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  1. 11 points
    Oulah que de réponses... Bon je vais me permettre de brosser un tableau de ce qu'est le marché de l'art aujourd'hui. Cela va resté très schématique, vu que je n'ai pas envie de rédiger 50 pages. La naissance véritable d'un marché de l'art comme on le connait aujourd'hui date du XIXeme siècle et même de la seconde moitié, notamment due à de nombreux facteurs: - Auparavant, un artiste était payé à la commande, c'est à dire qu'il réalisait une oeuvre pour le compte d'un commanditaire et le prix de cette dernière était convenu à l'avance. Il n'y avait pas d'accusation de plagiat et autre d'ailleurs vu qu'à cette époque, l'artiste renonçait naturellement à tout droit sur son oeuvre originelle. Il n'était d'ailleurs pas rare qu'entre artistes de renom, on se copie joyeusement sur certains thèmes (le portrait de Maddalena Doni de Rafael ne vous rappelle pas une certaine Joconde ?). - le XIX eme siècle, après la chute du second empire voit des changements de taille: · la plupart des œuvres sont détachées du contexte religieux · les artistes sont en contact avec le marché · l'offre fait la demande ainsi les artistes ne se soumettent pas à la demande des acheteurs mais leurs soumettent leurs productions - La bourgeoisie cherche elle aussi à acquérir des œuvres, symbole de leur ascension. Elle commence à chercher des tableaux de peintres reconnus, mais abordables. C'est à ce moment que pour répondre à cette demande apparaissent des courtiers en art, ainsi que des galeries pour exposer les nouvelles oeuvres. - La propriété artistique apparaît (droit d'auteur concernant l'art) et est renforcé par la convention de Berne en 1886 - Le« salon officiel » connait une première crise en 1863 avec l'apparition du "salon des refusés"puis parla création du « Salon des Indépendants » en 1884 et du « Salon d’Automne » en 1903 Des cette époque on voit les premières manipulations de cours. L'art n'est plus un symbole de statut social comme un autre mais devient objet de spéculation, surtout que son cours ne dépend pas de facteurs "rationnels" et peut être manipuler. Van Gogh, au delà de son talent, doit sa popularité post-mortem à sa belle sœur qui par d'habiles manœuvres et un certain sens du marketing a fait de ses tableaux des objets cotés. Sans elle et bien... On en parlerait comme d'un obscur peintre du XIXeme qui n'a pas laissé grand chose. Aujourd'hui le système est rodé. Admettons que vous êtes millionnaire et que vous aimeriez bien faire fructifier votre capital. Il se trouve que dans vos relations, vous avez un conservateur (d'un musée ou mieux d'un château ou autre endroit prestigieux) et un conseiller régional. Vous repérez un artiste prometteur (comme il y en a 20) et vous lui acheter quelques toiles à prix correct. Vous montrez les toiles à votre copain du conseil régional et vous le convainquez d'acheter plusieurs œuvres de cet artiste pour le FRAC; Puis vous dites au conservateur que, vu que le Frac expose cet artiste, ce serait sympa de faire une expo concernant l'artiste en question dans son lieu. Vous vous arrangez ensuite pour qu'une des œuvres exposées fasse polémique (taper sur l'église catholique... Cela ne menace pas votre vie et les intégristes religieux vous feront un maximum de pub en pétitionnant et manifestant contre l'oeuvre en question). Du jour au lendemain la valeur de l'artiste montera et vous pourrez faire une plus-value monstrueuse qu'aucun autre placement ne vous proposera. Au pire après, il suffit de trafiquer le cours d’enchères ou de gonfler les prix d'achat... (bon c'est très schématique, la réalité est un poil plus complexe mais l'idée est là). En plus rien ne vous interdit de bouger à l'étranger avec votre oeuvre, cette dernière étant trop récente pour avoir la qualification de "trésor national". Et je ne parle pas de la politique fiscale favorable à l'art... Pour ce qui est du blanchiment,... Dans les casinos et l'immobilier aussi. Et une oeuvre d'art, bah c'est traçable. Alors, oui la pratique existe mais entre nous c'est pas le meilleur moyen pour ce genre de pratiques. Là où Koons a passé un palier supérieur, c'est qu'il considère que l'oeuvre d'art est associée à l'idée de cette dernière et non l'oeuvre conçu elle même. En gros si un autre artiste avait pour idée de faire un bouquet de tulipes, Koons serait tout à fait capable de hurler au plagiat vu que l'idée (selon lui) est à lui. Voila, merci à ceux qui ont lu le pavé.
  2. 10 points
    - Quand un salarié touche 1 183 € (SMIC) sur son compte courant, sur les 1 654 € que débourse son employeur : o 8 % partent en cotisations patronales. o 20,5 % partent en cotisations salariales et CSG. o 0 % partent en IR. - Quand un salarié touche 10 000 € sur son compte courant, sur les 27 011 € que débourse son employeur : o 29,5 % partent en cotisations patronales. o 14 % partent en cotisations salariales et CSG. o 19 % partent en IR. Au SMIC, on touche 71,5 % de ce que débourse son employeur. À 10 000 €, on ne touche que 37 % de ce que notre vil patron a bien voulu payer pour nous. La courbe rouge représente le ratio entre la hausse du coût pour l’employeur et la hausse dont bénéficie le salarié (hausses en % et hors IR). Ainsi, au SMIC si le salaire augmente de 1 %, le coût pour l’employeur augmente de 1,6 %. On peut aussi voir ce phénomène de l’autre sens, ainsi quand un employeur fait l’effort d’investir 100 € de plus dans un salarié, celui-ci n’en bénéficie qu’à hauteur de 40 %. Ainsi, le taux de prélèvement marginal jusqu’à 1 800 € est supérieur à 50 % ! Entre 1 183 € et 1 900 €, on voit le ratio diminuer pour rejoindre un coefficient de 1. Il s’agit de la déduction Fillon sur les cotisations patronales qui décroit et s’éteint à 1,6 SMIC brute. Belle illustration de la trappe à bas salaire. Le salaire médian se situant aux alentours de 1 800 €, la moitié des salariés français est donc soumise à un taux marginal de cotisations supérieur à 50 % sur le super brute. Y a-t-il un lien entre la fin de la réduction Fillon à 1 800 € et le niveau du salaire médian ? La mise en place de la prime d’activité compense en partie le phénomène du taux de prélèvement marginal puisqu’elle s’applique jusqu’à 1,5 SMIC mais vient renforcer l’effet pervers de trappe à bas salaire. En plus de la gestion du prélèvement à la source par les entreprises, la prise en compte probable de la prime d’activité par les employeurs lors d’une négociation brouille un peu plus le rôle de chacun (jusqu’à 550 € de prime d’activité pour une personne célibataire). On voit un pic au niveau des 3 000 €. Le seuil est à 3 804 € brute (2,5 SMIC) – ou 2 615 € net – donc impactant la tranche net 2 500 € – 3 000 €. Cela correspond à un seuil de cotisation patronale maladie qui passe de 7 % à 13 %. Plus précisément, il s’agit de la pérennisation du CICE. En effet, avant le 1er janvier 2019, le taux était de 13 % et à la suite de la transformation du CICE en baisse de charges pérennes, le taux passe à 7 % mais seulement pour les rémunérations inférieures à 2,5 SMIC. En augmentant son salarié d’un euro (de 3 803 € à 3804 € brute), le patron se prend 230 € de hausse de cotisation. À voir dans quelques temps si ce magnifique effet de seuil se matérialise par une belle marche dans la distribution des rémunérations. Hormis ce seuil et la réduction Fillon, une augmentation de 1 % du coût pour l’employeur se traduit par une hausse de 1 % du salaire net (toujours hors IR) du salarié. Ce seuil de 3 804 € brute est aussi le niveau où le super net (donc cette fois-ci IR pris en compte) représente moins de 50 % de ce qu’a payé l’employeur. À partir de là, chaque nouvel euro négocié bénéficiera plus à l’état qu’à vous-même. La meilleure situation revient à bénéficier d’une augmentation entre 1 800 € et 3 000 € net hors IR. À ces niveaux-là, on bénéficie plein pot de l’augmentation i.e. tranche où vous bénéficiez le plus de ce que l’employeur vous accorde en sus. On a un système de rémunération qui favorise les bas salaires mais avec un seuil d’entré haut (SMIC). On se retrouve avec un système favorisant les secteurs économiques à faible VA mais avec en parallèle une forte pression sur les salariés pour rester compétitifs. Le système est progressif dans son ensemble (désolé je n'ai pas fait de zoom sur les 0,000 000 6 % les plus riches soit nos 40 milliardaires français). On passe d'un taux super net de plus de 70 % pour le SMIC à 37 % pour les gros salaires. La prime d'activité, la CAF, l'IFI viennent probablement renforcer ce mécanisme. Les chiffres ont été obtenus grâce à Pole Emploi. Ils sont bruts et ne tiennent pas compte de toutes les subtilités pouvant faire varier le taux des cotisations ou l’impôts sur le revenu.
  3. 7 points
    Je démarre un nouveau thread pour répondre à ta question et ce, afin de ne pas polluer l'autre. Bon, en quelques (longues lignes), l'explication de P. Raynaud (complétée par Wikipedia. Je sais, ce n'est pas très sérieux mais cela ne concerne que des points mineurs). Attention, un wall of text se cache dans le spoiler ci-dessous, on attache donc bien fort sa ceinture ! TLDR : tout ça est bien compliqué, même moi je m'y perds. Il faut juste retenir qu'au final, c'est rien que de la faute de Trotski et de ses analyses foireuses. Si certains ont des infos complémentaires ou des corrections à apporter, qu'ils n’hésitent pas.
  4. 6 points
    J'avais pondu ça l'année dernière :
  5. 6 points
    Libéral classique n'est pas synonyme de libéral modéré. Friedman est toujours cité à tort et à travers sur l'immigration. Je l'ai déjà expliqué à plusieurs reprises sur lib.org et CP : le propos de Friedman était une critique de la social-démocratie. Il ne visait pas à promouvoir un contrôle de l'immigration mais à souligner malicieusement les effets pervers de l’État-providence sur les libertés individuelles. C'était un argument pour montrer les incohérence de la social-démocratie, qui se prétend progressiste en matière d'immigration, mais dont l'application des principes aboutit à l'exact opposé à une politique autoritaire dans ce domaine. Friedman n'était pas un libéral modéré mais un libéral "pragmatique". Il considérait que les libertés économiques, politiques et civiles étaient indissociables. Son approche pragmatique était de gagner petit à petit des libertés économiques, considérant que les libertés économiques ouvriraient une brèche et que les autres libertés individuelles finiraient par suivre naturellement. Je ne connais aucun argument libéral classique en défaveur de la liberté de migrer. Aucun. En revanche, il y a de nombreux prétendus libertariens anarcho-capitalistes (en fait des droitards) qui mobilisent leur corpus théorique (à la suite de HHH) pour lutter contre l'immigration. Je rappelle par ailleurs que ce sont des principes libéraux classiques (et non des principes anarcho-capitalistes) qui ont permis l'espace Schengen, c'est-à-dire une mise en œuvre très concrète de la liberté de circulation des personnes au sein de l'UE.
  6. 5 points
    On me dit que le libéralisme n’aurait pas d’avenir en France (cf : https://forum.liberaux.org/index.php?/forum/151-philosophie-éthique-et-histoire/ ), ce qui n’est pas dire autre chose que la France n’a pas d’avenir (d'avenir désirable s'entend), que la route de la servitude est comme l’autre, tout comme l’autre sans sortie*, que les lendemains déchanteront fatalement, et qu’il n’y a aucun espoir à l’horizon. (*Allusion à la formule du commissaire du peuple européen Yves-Thibault de Silguy : « L’euro est une autoroute sans sortie. »). L’espoir, ce n’est peut-être pas à un pessimiste de caractère, qui estime son propre pays en décadence (cf: http://oratio-obscura.blogspot.com/2018/07/de-la-profanation-des-symboles.html ), qu’il faut le demander. Mais pessimisme n’est pas quiétisme, pas plus que comprendre le découragement n’implique d’admettre les jérémiades. Par exemple celles, trop fréquentes, qui consistent, à l’instar du premier collectiviste venu, à confondre un pays avec son gouvernement, ou l’opinion des Français avec celle d’une majorité électorale. Ou encore à dénigrer la « fRance » (sic), comme si elle n’avait jamais vu naître un seul homme libre, comme s’il s’agissait de quelque lamentable contrée maudite et sans qualités, rétive et obtuse et unanime dans l'adoration de ses chaînes. Ce à quoi l’auteur de ces lignes, sans du tout faire un pronostic ou un pari (il lui arrive de les perdre), voudrait rappeler, d’avantage à l’attention des dépités qu’à celle de la bêtise essentialiste, qu’à défaut d’un avenir, le libéralisme à un passé en France. Et quel passé ! Et par combien de luttes et de tempêtes sont-ils passés, les meilleurs de nos devanciers, pour nous donner, en dépit de tout, la liberté et le bonheur dont l’on peut jouir malgré tout, dans ce pays ? Et comment notre désespoir ne se trouverait-il pas tempéré, et même renversé, par le souvenir de cette longue suite d’audaces et de triomphes, de ce « non » perpétuel adressé à l’oppression, de cette ardeur qui nous fit meilleurs et plus grands que nous n’étions, et plus libres et plus enviables, tout de même, que peut-être bien des peuples encore ? … “Any movement that has no sense of its own history, that fails to acknowledge its own leaders and heroes, is not going to amount to very much, nor does it deserve a better fate.” -Murray N. Rothbard.
  7. 5 points
    Ici, je souhaiterais élaborer un peu sur le « style de pensée » conservateur, histoire de mettre un peu d’ordre dans mes idées. Je parle de « style de pensée » comme le fait Oakeshott pour désigner une manière de raisonner et d’aborder la théorie partagée par des auteurs aussi différents que Montaigne, Hobbes, Machiavel, Clausewitz, Hume ou encore Sowell, Scruton, Aron, Buchanan et Hayek (ça fait large, je sais, mais wait for la suite). Pessimisme sur la nature humaine Il me semble que si les conservateurs reconnaissent en tant que tel le pluralisme politique, moral et religieux, c’est parce qu’ils s’inscrivent dans une même sensibilité pessimiste quant à la nature humaine, et donc à la possibilité de dépasser les conflits inhérents à une nature humaine qui marche un peu sur trois pattes (voir le post précédent). En d’autres termes et à gros traits, la permanence de la conflictualité des valeurs et la limitation des ressources informent le reste et limitent plus ou moins le progrès moral de l’Humanité. On retrouve par exemple cette idée chez Carl Schmitt, qui, dans sa Notion de politique (1932), dresse une généalogie de son propre ‘réalisme’ (Hobbes, Machiavel, Hegel) en notant un commun pessimisme anthropologique (issu de l’augustinisme théologique). La marque du péché originel dessine un homme imparfait, limité et belliqueux que les conventions, l’autorité ou encore les contraintes conventionnelles de la morale doivent polir pour vivre en société. Carl Schmitt donne ici une description intéressante de son réalisme politique, qui aboutit en relations internationales à une reconnaissance du caractère pluriel des Etats et des organisations internationales (pourquoi au sein des RI et pas des Etats eux-mêmes ? La réponse dans sa théorie de la constitution et le nomos de la terre). Thomas Sowell dans son livre A conflict of vision. Ideological Origins of Political Struggles (2007) présente aussi le pessimisme anthropologique, même s’il est moins marqué que chez Schmitt, comme un trait essentiel du conservatisme. L’ambition de Sowell dans cet essai est de présenter les « visions » (des « actes cognitifs préanalytiques ») qui sont à l’origine des clivages entre théories morales, économiques et politiques. Il existe selon lui un « vision sous contrainte » de la nature humaine, qui reconnaît les limitations morales de l’homme en général et son égoïsme en particulier, à laquelle répond une « vision sans contrainte » qui refuse de poser comme une constante de la nature humaine son caractère égocentrique (et donc capable d’être élevé ou perfectionné. Sowell pose d’un côté Adam Smith (aux côtés de Hobbes et Hayek par exemple) et de l’autre William Godwin (et Condorcet par exemple). Prudence first Plus intéressant encore pour notre propos sur le style de pensée conservateur, Thomas Sowell propose d’associer la vision sous contrainte à l’éthique des vertus d’Edmund Burke et d’Adam Smith : « Dans la vision sous contrainte, où les compromis (trade off) sont tout ce que nous pouvons espérer, la prudence l’un des devoirs les plus élevés. Edmund Burke l’appelait ‘la première de toutes les vertus’. ‘Rien n’est bon, disait Burke, mais en proportion et avec référence’, en résumé comme compromis. » Je note au passage que la propension des (libéraux) conservateurs à célébrer la prudence (le calcul, la rationalité, l’homo economicus) chez Adam Smith a été critiquée chez McCloskey (parce qu’ils ont tendance à oublier les autres vertus de la TSM et à minorer son caractère égalitariste en politique). Si pessimisme anthropologique il y a chez eux, il est beaucoup moins marqué que chez les non libéraux : Smith, Hume et Burke ne vont pas aussi loin que Mandeville ou Hobbes (c’est d’ailleurs ce qui me les rend à la fois plus sympathiques, et qu’ils me semblent plus ‘réalistes’ que les réalistes autoproclamés qui minorent le rôle de la morale, les capacités de coopération sociale humaines ou encore sous estiment son intelligence). Il y a d’autres traits caractéristiques de ce ‘conservatisme interne’ au libéralisme (son scepticisme prononcé et sa réflexion sur les sciences de l’homme qui mériteraient une étude). En théorie des relations internationales Ce style conservateur transparaît particulièrement en théorie des relations internationales, où l’école réaliste, qu’on oppose en général à l’école libérale ou internationaliste, lui donne une place de premier plan (la théorie des RI est un autre de mes dadas). Le pessimisme anthropologique, la compétition entre Etats pour l’appropriation des ressources, l’anarchie des Ri ou encore l’équilibre des puissances sont des thèmes communs à des auteurs qui sont politiquement assez éloignés les uns des autres (Aron, Schmitt, Morgenthau, Waltz, Carr, Niebuhr), si ce n’est dans le rejet de l’internationalisme, qui dégénère souvent en esprit de croisade (pour la démocratie ou pas, version néocon), dérègle le fonctionnement interne des Etats et tend à l’institution d’organismes internationaux incapables ou dont la légitimité est contestable (il y a tout une littérature sur le sujet). C’est un point de jonction par ailleurs entre conservateurs revendiqués et libertariens, qui s’entendent pour critiquer la guerre démocratique (même si la position libertarienne condamne toutes les guerres, alors que pour les réalistes, c’est l’interdiction de faire la guerre dans le droit international moderne, ou plutôt sa requalification comme opération de police ou intervention humanitaire qui aboutit à l’illimitation) et les différentes formes d’interventionnismes non strictement nécessaires (ce qui reste à définir, et ce qui peut varier selon les auteurs). @Johnnieboy : sur le conservatisme religieux : Tous les conservateurs ne sont pas croyants, et parmi les plus ‘conservateurs’ au sein de la constellation libérale, ce n’est pas non plus unanime (Hume, Smith). Chesterton, qui était réactionnaire, ne s’y était pas trompé. Il reprochait au whig Edmund Burke devenu idole des conservateurs d’être un moderne et d’avoir un air de famille avec le Darwinisme, ce qui est vrai, puisque le (libéral) conservatisme des Lumières écossaises appartient à la même sensibilité spontanéiste dans le domaine moral et épistémologique (il existe même un conservatisme darwinien pour tout dire). Mais là aussi, expliquer ça pourrait durer des posts, et je devrais plutôt foutre tout ça dans un livre ! Je pourrais encore continuer sur le kantisme et la morale du devoir progressiste, qui me semble bcp moins tolérante et bcp plus excluante que le pluralisme libéral (du moins dans sa version pathologique, parce qu'il y en a des biens quand même), mais je vais arrêter de vous emmerder avec mes walls of texts et me mettre son mon bouquin sérieusement. Ou sortir un article sur le sujet. Pour les courageux qui ont réussi a me lire, vos comms sont toujours bienvenus. Je suis preneur de toute remarque.
  8. 5 points
    Résumé de l’épisode précédent : il est difficile de trouver la trace d’une tradition intellectuelle et politique conservatrice distincte en France, et le terme ‘conservateur’, s’il est utilisé dans le lexique politique au 19e pour désigner la Réaction, a pratiquement disparu le siècle suivant (après-guerre en tout cas). Ça ne fait qu’une vingtaine d’années qu’on l’utilise de nouveau : sans doute faut-il y voir aussi l’effacement des clivages liées à la révolution française justement et l’avènement de la « république du centre » (enfin qui est tout sauf apaisée contra Julliard, Furet, Rosanvallon, les lignes de fracture se sont recréées ailleurs) entendue ici comme lestée de sa conscience historique fondatrice. La plupart des tentatives actuelles me semble essentiellement du rebranding des vieilles droites française, et l’incapacité aujourd’hui de trouver un consensus sur sa signification réelle nous raconte l’histoire des fractures sociales et politiques profondes d’un pays qui est tout sauf un long fleuve tranquille dans lequel se coulerait naturellement l’Etat de droit, la démocratisation ou plus généralement ce que les néoinstitutionnalistes appellent le modèle économique aux institutions inclusives. ---- Deuxièmement, l’une des critiques philosophiques portées sur le pluralisme par le philosophe John Gray à l’endroit du libéralisme me semble intéressante. Dans un texte (publié dans un livre de 1989) qui a fait grand bruit au sein du milieu libéral, au point que James Buchanan se soit senti obligé de prendre la plume pour défendre le libéralisme classique (et que l’œuvre de philosophie politique d’Anthony de Jasay puisse être lue comme une réponse adressée à Gray), le philosophe qui fut l’un des jeunes intellectuels du thatchérisme (et un spécialiste de Popper, Hayek et Oakeshott entre autres) répudie son libéralisme politique pour embrasser une sorte de pensée post-pyrrhonienne à la limite du relativisme (plus tard, d’ailleurs, c’est même une position nihiliste qu’il adoptera. NB, le relativisme, le différentialisme ou encore l’identitarisme sont ama des pathologies assez souvent attachées au conservatisme sceptique). Pour Gray, le libéralisme, dont les fondements prétendent défendre la tolérance et le pluralisme, est politiquement l’inverse : il est une expression de l’intolérance parce qu’incapable de comprendre que différentes formes de régimes politiques peuvent contribuer au bien-être de l’individu. Il relève un certain nombre de faiblesses constitutives de la tradition libérale, en particulier le caractère indeterminé de ses principes fondateurs, son incohérence et son aveuglement aux conditions historiques de son émergence et de compréhension de sa propre identité. Il critique en particulier Hayek, Buchanan et David Gauthier (mes héros personnels, le salaud !), l’évolutionnisme, le contractualisme mais aussi les tentatives pour accommoder Aristote et le libéralisme moderne à la lumière de ce qu’en dit Alasdair McIntyre (qui a écrit un essai retentissant sur l’éthique des vertus quelques années avant). Mais concentrons-nous sur l’intolérance politique du libéralisme, voilà son argumentation : l’universalité politique du libéralisme est de l’ordre de la foi (politics of faith, clin d’œil à Oakeshott), à l’image de l’évangélisme chrétien : « aucun libéral [sans cesser d’être libéral] ne peut accepter que les pratiques libérales n'expriment et n'incarnent qu'une seule des nombreuses variétés souvent contradictoires et parfois incommensurables de l'épanouissement humain ». Par conséquent, pour le libéral, la société libérale n’est pas une option parmi plusieurs autres possibles, mais une obligation morale. Toutes les sociétés non libérales sont condamnées, toutes ensembles, ainsi que les vertus sur lesquelles elles peuvent éventuellement se fonder (il pense ici aux cités antiques ama). A cause de son zèle universaliste doctrinal, la pensée libérale a toujours pensé élever les pratiques libérales au rang de principes, et ensuite de chercher à les fonder en raison sur ces mêmes principes. En d’autres termes, plus que n’importe quelle idéologie occidentale, celle du libéralisme a cherché à se constituer en idéologie. Ce qui me fait dire à moi (plus à J Gray) qu’il existe une tendance naturelle des libéraux à accepter le pluralisme, la diversité des points de vue, des opinions, et des organisations sociales à une seule condition, que ces différentes formes de la vie sociale et politique puissent trouver une justification ou une traduction au sein de l’idéologie libérale elle-même. C’est un monisme au sens défini par John Kekes cité plus haut : pour les monistes, la tache essentielle de la morale est de créer des institutions, de formuler des principes et d’éduquer le peuple pour que les gens s’accordent le plus possible à un seul système de valeurs jugé raisonnable. Pour les libéraux monistes je pense, il faut que tous les individus s’accordent par exemple sur la notion de justice, entendue comme la protection de la propriété et de son transfert (éventuellement de la punition en cas de fraude), ce qui suppose aussi de défendre un certain nombre de préconditions culturelles favorables à la défense des obligations et à la formation du droit par ex. C’est un exemple, et vous pouvez penser à tous les théoriciens libéraux qui cherchent à refonder la moralité et la politique en fonction d’une théorie de la justice plus ou moins épaisse. Le monisme qu’on peut trouver au sein de la tradition libérale est un progressisme : l’idéal moral qu’il défend est l’avenir du monde et obsolétise toutes les formes anciennes ou différentes de moralité (on rejoint la critique de J. Gray), quand il ne réussit pas à les traduire dans son idiome particulier. A contrario, le pluraliste, qu’il soit libéral ou non, reconnaît avec fatalisme peut-être, que les conflits de valeurs et leur incommensurabilité (relative et absolue) est un fait indépassable. Il y aura toujours des conflits et des tensions parce que les ressources sont limitées, parce que les modes de vie sont différents et même certains totalement incompatibles entre eux et que ce pluriversum ne s’atténue qu’en convoquant des outils extérieurs à la raison seule, comme l’autorité de la tradition ou de l’histoire commune. Le libéral n’est pas un fantôme qui gravite au-dessus des phénomènes, mais est situé dans une histoire nationale, et dialogue -assez difficilement oui- avec d’autres traditions, et sauf à tomber dans l’autisme, pour se faire entendre et avancer ses idées, il fait des transactions (ah du pragmatisme !), et donc accepter le monde comme pluriel, ce qui me fait m’arrêter là pour l’instant : je reprendrai plus tard sur la tension interne au libéralisme entre pluralisme et rationalisme (ou alors que ce qui me semble être la différence essentielle entre le langage moral prog et cons, et expliquer la difficulté de penser de concert libéralisme et pluralisme, en tout cas plus que conservatisme et pluralisme wait for it là encore, il faut que je pose tout et on verra ensuite).
  9. 5 points
    Sauf que cette crise, elle touche tout l'Occident. Historiquement, chaque camp politique (doté d'une base sociologique) avait ses élites qui portaient sa voix sur le plan de la représentation politique. Ces dernières décennies, pour diverses raisons (cf par exemple Charles Murray), les élites ont fini par s'agglomérer les unes aux autres, donnant dans un premier temps l'illusion d'arriver à atténuer les affrontements politiques dans un centrisme social-managérial éternel (l'ère Clinton-Blair-Jospin, pour simplifier). Sauf que cette illusion s'est brisée parce que les gens ont fini par comprendre que leurs élites considéraient avoir davantage en commun avec les autres élites (du même pays mais d'autres camps politique, ou même d'un autre pays), aboutissant à une profonde crise de la représentation (la prise de conscience officielle de ce fait en France a été le référendum de 2005). De plus en plus, tout donne aux gens l'impression d'une nouvelle lutte des classes ; à ceci près que ce ne sont plus les prolétaires de tous pays qui cherchent à renverser le capitalisme, mais les élites de tous les pays qui cherchent à dissoudre les nations (ces deux représentations décrivent sans doute moins ce qui se passe dans la réalité que ce que les gens en perçoivent, et donc comment ils vont réagir). Privées d'élites, les masses sont intrinsèquement désorganisées (i.e. privées à la fois de cadres et de direction précise), et seul un leader hors élite habituelle peut arriver à plus ou moins surfer sur tout ça (aux USA Trump, en Italie Beppe Grillo, c'est-à-dire leur Coluche). Qui le fera en France ? J'ai mes idées...
  10. 5 points
    Bon, bon, pour mon retour ici, quelle ambiance. Une des raisons qui fait que j'ai été peu présente ici ces derniers temps, outre diverses manifestations d'art est que je suis allée apporter mon humble contribution au mouvement des gilets jaunes. J'ai assisté aux assemblées locales de ma région, j'ai fait quelques blocages et suis même allée à Paris il y a une semaine. Le bilan de tout cela ? C'est que les libéraux qui pensent voir dans ce mouvement les prémices d'une nouvelle révolution libérale se foutent le doigt (et même une partie du bras) dans l'oeil. Exemple de quelques propositions retenues par de nombreuses assemblées de gilets jaunes (et je parle de ceux sur le terrain), comme votées à celle de Nantes Jeudi dernier: - Rétablissement de l'ISF avant Macron pour baisser les taxes des petits - SMIC à 1500 euros - Salaires dirigeants d'entreprise (Renault, Air France...) plafonné. - Renationalisation de certains services dit public (La Poste, EDF, la SNCF...) parce que "c'est la faute du privé si les petites communes sont mal desservies". Et il ne s'agit pas de l'entrisme de militants FI ou RN. C'est réellement le gilet jaune moyen (si tant est que cela puisse être défini ainsi) qui tient ce type de propos sur les barrages ou à la pause. De toute façon Macron est un président "libéral" à la solde des banques et des mangeurs d'enfants que nous sommes (discours entendu aussi). N'oubliez pas qu'une des principales revendications des gilets jaunes(autre que le cout de la vie) c'est le rétablissement des services publics partout en France, avec un guichetier de poste dans chaque village. Quand aux violences et autres pillages... Si effectivement l'allumage est le fait de groupuscules "ultras" (droite ou gauche), j'ai vu des gens biens sous tout rapport se comporter comme de véritables pilleurs sur certaines boutiques (de toute façon tout cela c'est la propriété de milliardaires Quataris qui saignent la France, n'est ce pas?). Et ce sont là des gens tout à fait normaux que vous croisez tous les jours. Moi en tout cas j'arrête avec le mouvement. Mais allez voir par vous même et vous verrez que le PCF a bien plus de chances que nous de tirer parti de la situation (et je ne parle pas du RN ou de FI).
  11. 5 points
    On ne devrait pas s'étonner que libéraux classiques et libertariens défendent des mêmes principes de libertés individuelles, ici la liberté de migrer. Je profite de ton message et des suivants pour proposer une tentative d'explication de la mécompréhension récurrente entre libéraux classiques et libertariens. Voilà comme je vois les choses : Ce qui distingue le libéral classique du libertarien (au sens anarcap) n'est pas que l'un serait plus "modéré" que l'autre, comme aiment le croire les libertariens. Ce qui les distingue est plus profond : entre eux, il y a une différence ontologique et méthodologique. Le libéral classique est pragmatique tandis que le libertarien est utopique. (je précise que j'utilise ici les termes "pragmatique" et "utopique" de façon neutre, sans aucune connotation négative) Le pragmatisme du libéral classique le conduit à privilégier la recherche de solutions libérales ici et maintenant, au regard de principes libéraux, en partant du réel tel qu'il est. L'utopisme du libertarien le conduit à privilégier la recherche et la construction d'un modèle idéal parfaitement cohérent au regard d' "axiomes" libertariens, en partant d'un "idéal-type". Les libertariens sont obsédés par la "cohérence" interne de leur modèle d'anarcapie là où les libéraux classiques sont obsédés par la congruence de leurs propositions libérales. Les libertariens s'obstinent à penser un modèle d'organisation sociale qui garantirait totalement les libertés individuelles là où les libéraux classiques s'obstinent à vouloir amender l'organisation sociale actuelle dans le sens de davantage de gains de libertés individuelles. La démarche libertarienne paraîtra souvent vaine et chimérique aux yeux du libéral, la démarche libérale paraîtra souvent incohérente et inconséquente aux yeux du libertarien. Ma conviction est que les libéraux classiques ne sont pas plus "modérés" que les libertariens dans la défense des libertés individuelles : les libéraux classiques sont plus "modestes" intellectuellement en comparaison des positions maximalistes des libertariens. Par exemple, que faut-il penser des chéques-éducations ? Au regard de la situation actuelle, le libéral classique pourrait y voir une solution pragmatique fondée sur l'application de principes libéraux (concurrence, liberté de choix, liberté pédagogique, etc.) qui offre très concrètement quelques gains de libertés individuelles. Au regard de la situation idéale anarcap, le libertarien pourrait y voir une concession à la social-démocratie, une échappatoire visant à perpétuer une conception intrinsèquement étatiste de l'instruction. Et de conclure que le libéral est plus "modéré" et moins cohérent que le libertarien. De son côté, le libéral jugera la position libertarienne trop maximaliste pour être pragmatique et offrir une solution congruente à la situation actuelle. La question de l'immigration est intéressante parce qu'elle permet de constater que la différence entre libéraux classiques et libertariens n'est pas une différence de "modération", mais une différence dans la façon d'appréhender le réel et de proposer des idées libérales. Je rappelle que ce sont des principes libéraux classiques qui ont conduit à l'espace Schengen. On est loin de l'idéal de l'immigration libre, mais voilà une solution libérale pragmatique de gain de libertés individuelles, en comparaison de la situation qui précédait. Renforcer les contrôles aux frontières, c'est revenir sur des gains de liberté. Il n'y a pas à s'étonner que des libéraux classiques rejettent une solution qui serait une régression en comparaison de la situation existante et au regard des principes libéraux. Le souci de "cohérence" devrait également conduire tout anarcap à être "pro-immigration". Mais on peut constater que les petits malins xénophobes se réfugient dans le maximalisme libertarien : "je serai pour l'immigration libre le jour où il n'y aura plus d’État-providence et où on sera dans un monde libre"... Avec ma posture libéral-classique, je ne peux m'empêcher de voir que la rhétorique de la "cohérence interne" ne sert pas toujours au mieux la défense des libertés individuelles.
  12. 4 points
    Le problème c'est que, contrairement à un procès classique, les migrants sont soupçonnés par les administrations dès le début de la procédure d'être des menteurs et de vouloir resquiller. La présomption innocence (ou de victime ici) n'existe pas. Ils n'ont aucune maîtrise des codes sociaux, culturels, .. de nos administrations. La plupart sont en état de traumatisme du même niveau que les soldats (espt), concrètement, les migrants refusent de parler des tortures qu'ils ont subis le cas échéant parce que ça leur fait revivre les situations, ce qui s'ajoute au trauma de l'exil, du pays en guerre, de la traversée de la Méditerranée, des amis noyés, .. Des tas d'histoires circulent, parfois pour le pire - ce que ne montrera évidement pas ce stupide reportage à charge : les migrants ont tous entendu de vagues histoires sous forme de téléphone arabe qui "marchent" et les répètent bêtement dans l'espoir qu'on leur foute la paix ou qu'on les autorise a passer. L'histoire du gars dont les parents ont été tués sous ses yeux et qui a du fuir est répétée 100x par jours aux professionnels désespérés qui savent que c'est un mensonge mais qui savent aussi que le mec en face n'en démordra pas parce qu'il pense que cette histoire est la clef pour avoir ses papiers. Ce qu'il ne sait pas c'est que l'administration des étrangers a embauché des professionnels qui connaissent bien les pays d'où ils viennent et qui posent des questions avec assez de détails pour les coincer. Ces gens ont 2h d'interview pour convaincre un fonctionnaire qu'ils n'ont jamais vu avant, et ne reverront jamais après, qu'ils ne mentent pas et sont en danger. Evidemment que dans ce contexte ubuesque, ils sont "briefé" par des associations, pour le meilleur et pour le pire. Oui, beaucoup de militants dans ces associations savent que les gars qui n'ont pas d'autres raisons d'être là que d'avoir fui un pays en guerre dans l'espoir d'un avenir meilleur (les migrants dit "économiques") se verront refouler par l'administration et leur font inventer une vie. Et bien sur, ces gens sont souvent la majorité. Oui c'est débile, oui c'est éventuellement condamnable moralement mais faire reposer le bordel actuel sur ces ong ou ces militants c'est de la connerie, arbre, foret, toussa. Si tu fréquentais un peu ce milieu plutôt qu'anoner ce genre de bêtise issue de la droite xénophobe, tu saurais que la tuberculose est une maladie classique chez les SDF. Les professionnels de la santé de rue appelle ça "la maladie de la pauvreté", l'une de ses causes directes est la vie en rue sans système de santé efficace. Tous les SDF sont confrontés un jour ou l'autre à ce problème, qu'ils viennent d'Afrique ou qu'ils soient des bons Français. Ce n'est pas les migrants qui "amènent" la tuberculose, c'est la situation dans lesquels on les laisse pourrir ici, i.e. dans des campements de fortune dehors toute l'année. Ce n'est pas les migrants qui sont responsables des vagues de tubercolose, mais bien la régulation étatique actuelle. Du reste, c'est pareil pour leur santé mentale en général : la plupart des migrants qui sont chez nous sont en train de développer d'immenses problèmes psychiatriques. Ce n'est que le début, tous les professionnels tirent la sonnette d'alarme. L'alcoolisme fait des ravages, beaucoup se suicident. La plupart n'ont plus de projet au bout de plusieurs mois, même plus rallier l'UK, ils ont abandonné tout espoir soit de passer soit d'avoir un droit de séjour ici. Ils errent, c'est tout.En fait, on a beaucoup de chance que ça n'aie pas encore dégénéré en quelque chose de très dangereux. Les migrants ne sont pas responsables de ces problèmes, ils ont les victimes : les responsables sont nos gouvernements
  13. 4 points
    Ah, tu veux les dix grands classiques de la sociologie à lire avant de mourir selon Poney malgré le fait que lui même ne les a pas tous lu ? Here we go : - L'imagination Sociologique, Mills - Economie et Société, Weber - La Distinction, Bourdieu (mais s'il ne fallait en lire qu'un, je conseille toujours "le bal des célibataires") - La construction sociale de la réalité, Berger & Luckman - Stigmate, Goffman (ou alternativement "la présentation de soi") - Outsider, Becker - La Théorie de la structuration, Giddens - Le suicide, Durkheim - Essai sur le Don, Mauss (pourrait/devrait aller en anthropologie, mais bon...) - La théorie de l'action, Parsons Je pense que là, on a les 10 gros classiques mais pour être complet il faudrait rajouter les "pas vraiment de la sociologie mais presque" comme les ouvrages de Norbert Elias, Marx ou Tocqueville. Et pour les 10 classiques de l'anthropologie, qui est quand même "the real deal", hein, faut pas déconner : - Interprétation of culture, Geertz - Withcraft, Evans-Pritchard - La pensée sauvage, Levi-Strauss - The argonauts, Malinowski - Les mots, la mort, les sorts, Favret-Saada - Modernity at large, Appadurai - Stone Age Economics, Sahlins - How we think they think, Bloch - La production des grands hommes, Godelier (alternativement "l'énigme du don", si t'as lu Mauss, c'est la meilleure critique) - un Balandier, mais lequel... "Sociologie des Brazzavilles noires", ou "Afrique Ambiugue", ou "la situation coloniale", ou ses livres sur le désordre Tiens, je réalise que je lis la sociologie traduite et l'anthropologie en VO, curieux.
  14. 4 points
    Je suggérais qu’un certain conservatisme était mieux équipé qu’un certain libéralisme politique en matière de respect du pluralisme idéologique, moral et social, que ce certain conservatisme n’était pas une exception au sein des diverses formes de conservatisme, mais un tropisme assez répandu. Je suggérais aussi que cette forme de conservatisme chevauchait le frontière libéralisme/non libéralisme, bien qu’il me semble que celui interne à la tradition libérale (oui, interne, comme courant interne) soit à la fois préférable et cumulant à la fois les avantages du conservatisme et du libéralisme classique. C’est une réflexion qui me trotte dans la tête depuis un certain temps, et faire quelques posts me permet aussi de mettre mes idées au clair sur le sujet. C’est aussi une réflexion personnelle que je vous soumets, qui n’engage que moi et moi seul. Premièrement, je ne vois pas de conservatisme politique moderne en France aussi complet historiquement et sociologiquement que dans le monde anglo-américain, ceci pour une raison historique assez peu abordée ici, à savoir que nous sommes le pays de la révolution française, pas celui du whiggisme (qui est paradoxalement l’un des pères du conservatisme moderne anglo-américain). Elle instaure une rupture politique radicale dans le pays, obligeant d’abord à se positionner pour ou contre le nouveau régime et marginalisant toutes les positions modérées entre les deux grandes traditions politiques classiquement libérale et réactionnaire (le socialisme n’émergera vraiment que plus tard au 19e siècle). La troisième force qui émerge à la suite de la révolution française, le bonapartisme (ou césarisme), est une autre tradition illibérale qui fonctionne sur la volonté de rassembler le peuple par-delà les clivages. Du fait de la polarisation issue de la révolution, l’organisation symbolique du débat public depuis les débuts de la république s’est faite jusqu’à une date récente autour du clivage droite gauche, avec une asymétrie assez favorable idéologiquement -pas sociologiquement- en faveur de la gauche, ou du moins du parti républicain et progressiste, au détriment d’une droite catholique et réactionnaire certes puissante, mais dont la légitimité politique n’est pas institutionnelle. Ainsi, un certain nombre de thèmes associés à la contre-révolution (le fédéralisme, la décentralisation, la subsidiarité) ont été largement marginalisé pour ne pas dire discrédité, et cela malgré les écrits héroïques et extraordinaires de certains libéraux (Constant, de Stael) qui regardaient un peu le modèle anglais et son idéologie de l’ancienne constitution avec envie. En France, il n’y a pas de continuité historique entre l’Ancien régime et la révolution, et les classes les plus susceptibles d’être politiquement ‘conservatrices’ ont été tenu à l’écart de la politique et du débat public, entrainant à la fois sa radicalisation et son caractère ‘révolutionnaire’ ou au moins ‘rupturiste’. Il n’y a qu’à voir comment se fait la réception d’Edmund Burke en France, et plus largement sur le continent : les contre-révolutionnaires s’en emparent pour n’en retenir qu’une charge violente contre la révolution et ses principes abstraits. On ignore le Burke whig, intellectuellement proche d’Adam Smith et David Hume, défenseur du droit des Anglais et des libertés américaines, pour forger partout en armer la ‘rhétorique réactionnaire’ partout en Europe face à la révolution et son émissaire à cheval Bonaparte. On marie Burke avec de Bonald, de Maistre, Veuillot et D. Cortès pour condamner l’effacement de la société d’ordre, de la souveraineté politique et de la légitimité théocratique des temps anciens. La polarisation idéologique postrévolutionnaire n’est pas la seule en cause dans la marginalisation du conservatisme en France (ce jusqu’à une date récente, en gros deux bonnes décennies) : si les révolutionnaires associent le fédéralisme, la subsidiarité, la liberté des provinces et le pays à la Réaction, cette dernière n’est pas non plus unanime ou totalement honnête dans leur défense. Entre l’Ancien régime et la révolution, il y a aussi le poids du centralisme capétien et de l’instrumentalisation de l’Eglise pour l’unifier, qui rend difficile de penser en termes de pluralisme religieux mais aussi institutionnel. La réaction en France se situe plus du côté de Jean Bodin que d’Althusius, de Loiseau que de François Hotman. Comme l’avait très bien vu G de Stael, le monarchisme contre-révolutionnaire a toujours eu tendance à idéaliser la monarchie et à minorer les tensions internes, les résistances des pays, des provinces, des corporations et des juridictions locales pour présenter un tableau alliant harmonieusement le Trône et l’Autel. Résultat, l’espace accordé au conservatisme en France est réduit, et se limite à quelques intellectuels -certains assez brillants- mais marginaux comparés à nos voisins anglos. Le deuxième point va suivre sur un texte de J Gray (wait for it)
  15. 4 points
    Elle reconduit une confusion typiquement conservatrice (d'origine platonicienne) entre liberté et vertu ("si je suis l'esclave de mes désirs chaotiques, je ne suis pas libre"). Alors que la liberté n'est ni la mesure, ni la tempérance, ni la vertu, ni la sagesse, etc. La liberté est l'état dans lequel je suis lorsque mes droits naturels individuels sont respectés. On peut ensuite soutenir que la liberté ne peut pas être maintenue durablement sans certaines vertus, sans l'acceptation de devoirs qui la fonde, etc., je serais d'accord ; mais ça ne change pas que la liberté n'est pas la même chose que la vertu. Une fois que cette confusion perfectionniste est opérée, on peut justifier une politique paternaliste et liberticide puisqu'en empêchant l'individu de mal consommer, en réprimant ses vices, etc., on le rend "libre" ... c'est une conception positive de la liberté. On la retrouve d'ailleurs à gauche du spectre politique.
  16. 4 points
    Suite aux réactions pas franchement positives sur mon dernier post je tiens à expliciter un peu. D'abord c'était évidemment un bon troll d'utiliser le terme "gilets bruns", mais ça illustrait mon sentiment de plus en plus précis que la sociologie des GJ reflète celle du RN, tout comme les méthodes employées. En clair on a l'impression d'assister à une revanche, une sorte de 3ème tour de la présidentielle de 2017. Certains ici ont de la sympathie pour le mouvement, en particulier pour sa phase initiale avant les violences répétées et la récupération tous azimuts. Et là je ne suis pas d'accord, car je trouve que ça partait mal dès le début. Effectivement c'est l'augmentation d'une taxe qui a suscité le mouvement, on pourrait y voir du libéralisme. On a pu voir qu'il n'en était rien, puisque dès le succès initial les revendications se sont multipliées dans tous les sens, tant que ça faisait plus de pognon à la fin du mois. Pour ce que j'ai vu des groupes GJ sur le net, de mes propres amis ou contacts GJ, et des nombreuses interviews à la TV/Radio ou de mon propre passage sur les ronds-points (je parcours beaucoup la France), le "plus de pognons pour nous" semblait l'emporter sur "moins de dépenses publiques". Toujours dans la phase initiale du mouvement j'étais interpellé par les méthodes employées, à savoir le blocage des routes. Les méthodes en disent beaucoup sur le fond, et quand des individus se croient investis d'une légitimité à emmerder leurs voisins parce que "c'est la seule manière de se faire entendre dans ce pays", je m'interroge. Admettons alors que les GJ libéraux l'emportent et que l'Etat recule, qu'est-ce qui empêchera demain les gauchos d'aller bloquer les routes et d'obtenir le retour des dépenses publiques par des méthodes similaires ? C'est un chemin dangereux à emprunter, et ce n'est pas parce que nos adversaires gagnent comme ça qu'il faut s'y mettre, car nous savons que c'est injuste et surtout inefficace pour garantir un Etat limité à long terme. Ensuite il y a eu le développement et le dérapage du mouvement, et là ça devient incontestablement n'importe quoi. J'ai suivi la chose en détails, jour après jour, car c'était tristement instructif. Quand un couillon se faisait écraser quelque part - souvent après avoir pris des risques inconsidérés - on avait systématiquement droit au coup du martyr. Puis lors des manifs il y avait des scènes de violences dignes des pires racailles de banlieues, et si la police avait le malheur de répondre la foule semblait en vouloir à la police ! C'était aussi le phase où l'extrême-droite et l'extrême-gauche ont jugé en choeur que ce mouvement était un bon tremplin pour elles. Là encore il y a de quoi s'interroger : si quand je lance un mouvement j'attire naturellement des mouches à merde, c'est peut-être qu'il y a quelque chose qui cloche, non ? Puis il y a eu les pillages de magasins, les tentatives de lynchage de policiers, la dévastation de l'Arc de Triomphe, le saccage des locaux de sociétés d'autoroutes (qui sont les seules routes correctement entretenues dans toute la France, mais passons), bref, largement de quoi donner honte à quiconque de porter un gilet jaune depuis lors. A chaque manif les policiers saisissaient des centaines d'armes aussi sympathiques que des marteaux, des boules de pétanques, d'énormes pétards capables de gravement blesser, etc., et les gens continuaient à venir, parfois accompagnés de leurs bambins. Incroyable, quelle irresponsabilité ! Ca n'empêche pas qu'il y a eu des violences policières par la suite, mais qu'on ne vienne pas m'expliquer que c'est la police qui a commencé. Le système actuel n'est évidemment pas satisfaisant, sinon je ne serai pas dans le mouvement libéral, nous sommes d'accord. Mais il est quand même héritier d'une tradition libérale d'équilibre des pouvoirs, de respect d'un droit lui-même soumis à des textes fondamentaux, et nous aurions tort de sous-estimer le bénéfice que ça représente. Si en France nous avons utilisé la démocratie comme le craignait Bastiat, soit pour vivre aux dépens des autres catégories, c'est plus la faute de notre mentalité que du système lui-même. Et je n'ai pas l'impression que les GJ ont une mentalité moins axée sur la la redistribution. En revanche j'ai un net sentiment qu'ils piétinent les institutions en recourant à "l'appel au peuple", c'est-à-dire ce procédé magique qui permet de justifier n'importe quelle voie de faits sous prétexte d'une légitimité supposée des actes commis au nom du peuple. J'ajoute que dans les éléments inquiétants il y a le niveau de haine anti-Macron qu'on a pu constater sur les ronds-points. Près de chez moi on avait des choses aussi poétiques que "Macron va niquer ton singe" ou encore "rends-nous notre honneur ou tu connaîtras la peur !". Quoiqu'on pense du personnage il n'est sûrement pas pire que ses prédécesseurs, et même s'il l'était on parle de quelqu'un qui a été justement été élu par la volonté "du peuple". Lui en vouloir personnellement à ce point c'est irrationnel, il sert clairement de défouloir à une colère plus profonde. On peut discuter des heures sur le mal-être d'une certaine classe moyenne rurale, mais ce n'est pas aux libéraux de s'associer à des actes injustifiables, même quand on comprend la colère ou le mal-être qui y donnent naissance. Bref, je m'arrête là car ça va devenir illisible, mais je ne connais pas une seule situation historique où la prise de pouvoir par des couches populaires énervées aurait débouché sur des institutions plus libérales qu'avant. A ce titre la Révolution Française est riche de leçons : ceux qui se sont appuyés sur "le peuple" pour mettre en place des institutions libérales dans la phase 1 ont vite compris que "le peuple" pouvait être agité par plus méchant qu'eux dans une phase 2 ou 3. Peut-être ont-ils eu le temps de méditer sur l'appel au peuple en allant à l'échafaud, devant ces foules assoiffées de sang qui pensaient sincèrement que l'extermination d'un nombre suffisant d'anti-révolutionnaires allait résoudre les problèmes.
  17. 4 points
    Je rebondis pas sur l'affaire des malformations mais sur la fin de l'article. ok, je vais voir. Bon, y en a plus qu'une. admettons une erreur de frappe. Ah, y en a donc plusieurs. Continuons. ok, formidable. Une seule étude. Et quelle étude ! Rapport disponible ici Représentativité de l'étude ? Ben on se baladait toutes les 5 maisons pour sonner chez les gens. Superbe. L'échantillon ? Plus de femmes, plus âgées, plus inactives. Que des %, pas d'analyse comparative. L'existence de maladie ? Fondée sur parole. Quid des non malades qui ont peur ?(j'imagine la grand-mère qui tousse. "C'est peux-être de l'asthme ? oh oui oui." Check asthme, je valide.), quid des malades qui veulent pas répondre ? La standardisation ? Oh ben les deux villes doivent être kiffkiff à la France, allez go, on valide. Autre chose qui m'a surpris, on fait participer les gens. On leur pose des questions sur les maladies, sur leur environnement, sur la pollution. Et puis on leur demande leur sentiment général. Résultat ? Sentiment de crainte élevé. Non, sans blague. Parle de viol en réunion et de trafiquant de drogue dans un patelin pommé de la Drôme, tu verras le sentiment de sécurité comment il va baisser. Conclusion de tout ça, alors qu'il y a des enfants qui naissent sans bras dans la région, l'imMonde peut pondre ça : Ce journal, c'est un pur torchon, y a pas d'autre mot.
  18. 4 points
    La question portait donc sur la responsabilité de la gauche SJW dans la radicalisation de la droite (ou, pourquoi l'alt-right est fille, ou nièce, de la ctrl-left). J'y vois plusieurs raisons concomitantes (il y en a sans doute d'autres, mais je ne prétends pas à l'exhaustivité). Comme je le disais, la droite est principalement composée d'exclus de la gauche et de réactions envers la gauche ; en l'occurrence, l'alt-right n'est pour l'essentiel pas composée d'exclus (ça, c'est plutôt l'IDW), mais est fondamentalement une réaction à certain nombre d'éléments prônés par la ctrl-left. D'abord, le fait que les SJW aient été élevés dans et prônent le culte de la différence et l'agressivité envers ceux qui critiquent les groupes officiellement protégés (en gros, les outgroups traditionnels deviennent l'ingroup des SJW), ça énerve, parce que c'est fatigant d'être traité de fasciste à toutes les sauces (et là intervient la deuxième raison, le labeling). On peut aussi mentionner le puritanisme prosélyte des SJW qui a par exemple amené au Gamerate, par lequel une importante partie de cette génération (qui se réfugiait dans les jeux vidéo comme stratégie d'escapism) a été rattrapée par le militantisme de certains, a été sommée de prendre position sur le sujet... et a souvent pris une position anti-SJW par réaction directe à leur intrusion dans leur sphère ouatée. Et puis comme quatrième explication, il ne faut jamais oublier que, parmi les cinq ou six sentiments humains élémentaires, le sentiment de base des mouvements fascistes, davantage encore que la colère, c'est le dégoût (hat tip à Peterson) ; plus les SJW prônaient la "beauté alternative" (cheveux WTF, modifications corporelles), plus ils militaient non pas pour la tolérance mais pour l'acceptation de l'homosexualité (ça me chagrine de dire ça, mais voir deux hommes qui s'embrassent, ça choquera et ça dégoûtera toujours un sacré paquet de gens) et de la transsexualité (et là, Peterson a pas mal à dire), ou la promotion de tout autre truc délibérément choquant (on se souvient de Xochi Mochi, la fameuse drag queen qui lit des histoires aux enfants dans la Michelle Obama Library de Long Beach), et plus en réaction les gens se trouvent dégoûtés, et donc à même d'entendre un discours politique "adapté" à leur dégoût. Enfin, je reviens à la tactique du salami évoquée plus haut : une fois que tu as une politique identitaire pour les Noirs, pour les Latinos, pour les gays, pour les femmes, pour les trans, pour les Asiatiques, pour tel, tel ou tel groupe "minoritaire" (et la ctrl-left adore trouver un tas de nouveaux groupes minoritaires, comme en témoigne l'allongement potentiellement infini de l'acronyme LGBT et de la liste des genres par exemple), à la fin, le bloc de salami restant, celui des hommes blancs/européens hétéros et de culture occidentale se trouve lui-même en position de minorité, et même par certains aspects de minorité oppressée (la violence du discours sur la "masculinité toxique" ou sur les "white men" est invraisemblable). Au fur et à mesure où ce bloc prend conscience d'être minoritaire, il tend à définir son identité de la même manière que les autres minorités (d'où la revendication d'être "blanc", étiquette pourtant oubliée depuis des décennies par la plupart des gens concernés), et à réclamer une politique identitaire adaptée à sa propre identité. E que s'appellorio l'alt-right. Ajoute à ça une responsabilité indirecte (à savoir que, comme je le disais, les progressistes de la Silicon Valley ont mis en place les réseaux antisociaux nécessaires pour que 1- les malpensants finissent par se rendre compte qu'ils ne sont pas seuls à penser mal, 2- ces mêmes malpensants en arrivent à échanger des matériaux idéologiques d'horizons divers, depuis Hoppe jusqu'aux masculinistes en passant par les white nats ou encore les oeuvres de KMD, oeuvrant ainsi mutuellement à leur enrichissement culturel, 3- le miracle du village mondial rapproche les SJW de tout le monde, favorisant l'émergence du sentiment de dégoût et donc de la réaction, 4- l'anonymat des Interwebs permet un certain niveau de déresponsabilisation, coucou 4chan). Pour le dire comme Niall Ferguson, loin d'aboutir à l'idéal naïf d'égalité et d'intercompréhension mutuelle, l'organisation des sociétés en réseaux a toujours mené à la polarisation.
  19. 4 points
    Verser le salaire brut aux salariés et leur laisser le soin de faire eux-mêmes les chèques à leur caisse de retraite, leur csg, leur assurance chômage et leur urssaf... Tout le monde aurait très vite envie de baisser les dépenses et le périmètre de l'état .. dans un deuxième temps on baisse les taxes et l'IR. Dans l'intervalle la dette commence à se tasser. C'est assez radical et cela pourrait se faire de manière paisible...on agrémente ça de mesures symboliques de probité des politiques, pas de privilèges, pas de dépenses non justifiées, etc...
  20. 4 points
    Bonjour @expat J'ai également travaillé en Chine quelques années mais j'ai pris la décision de rentrer en Europe. Je te rejoins complètement sur le fait que la liberté d'entreprendre est beaucoup plus large en Chine que ce à quoi on est habitué par chez nous. Les autorités ferment généralement les yeux sur les activités des "petits" et il est très facile de monter un petit magasin ou un petit restaurant. Du point de vue business en général (tech en particulier), il y a énormément d'opportunités en Chine en ce moment comme tu le soulignes, du fait de la taille du marché intérieur, du financement disponible et des compétences locales. Il y a de très belles boîtes chinoises qui sont apparues relativement récemment et qui sont devenues les références de leur secteur : DJI pour les drones grand public par exemple. Le pays (ou plutôt, les grandes villes) sont sûres, tu peux rentrer en pleine nuit chez toi sans aucun risque de te faire emmerder par des racailles. La délinquance existe mais elle est beaucoup plus invisible et indolore (très peu de violence physique, pas d'incivilités) que chez nous. Après tout n'est pas rose et c'est pourquoi je n'avais pas opté pour une installation sur le long terme : Beaucoup d'arnaques en tout genre, tout le temps, partout, ce qui fait que tu deviens un peu parano et ne peut plus faire confiance à quiconque. Quelques cas auxquels moi ou des amis ont été exposés : agent immobilier véreux qui t'arnaque de 500 euros en échange d'une réduction que tu ne verras jamais, fausse monnaie dans des distributeurs de billets, faux magasin de bijoux qui utilise la marque d'un acteur établi mais vend des bijoux avec beaucoup moins d'or évidemment, faux magasin Apple qui vend des iPhones en dessous du prix du marché (occasion ou contrefaçon ?), fausse "annexe" médicale installée à côté d'un hôpital... en définitive tu n'es jamais vraiment sûr de ce que tu achètes. C'est pour ça que les touristes chinois achètent autant quand ils viennent en Europe, c'est pour le prix certes, mais aussi pour la provenance garantie. Internet. TOUS les sites ou services (facebook, twitter, gmail, skype, etc.) dont tu as besoin pour garder le contact avec ta famille et tes amis sont bloqués ou tellement ralentis qu'ils sont inutilisables. Certes, il y a les VPN mais c'est un peu le chat et la souris avec les autorités, donc ton VPN peut cesser de fonctionner à tout moment. En plus tout ce que tu fais sur internet est susceptible d'être intercepté par un employé gouvernemental. Il y a quand même des dizaines de milliers de personnes affectées au contrôle de l'internet. L'information est tellement contrôlé que paradoxalement ça laisse la porte ouverte à toutes les rumeurs les plus délirantes parce que la population sait qu'un problème sérieux ne sera pas relayé par les agences gouvernementales. Toutes les statistiques en Chine sont bidonnées, même le gouvernement ne connait pas la situation réelle du pays. Même la population serait apparemment sous-évaluée, peut-être de de 100 millions de personnes ! L'esprit de "us vs them" général à l'encontre de l'étranger. Bien si tu es chinois, moins si tu ne l'es pas. Par exemple si jamais en cas d'accident de voiture entre un chinois et un étranger, tous les témoins prendront toujours la cause du conducteur chinois, même si celui-ci est complètement en tort, et ça peut rapidement dégénérer en violence. La culture traditionnelle chinoise qui a été à peu près éradiquée par 70 ans de propagande. Ne reste plus que quelques slogans genre "5000 ans d'histoire" (ce qui est faux a priori, c'est plus 3000 ou 4000) et une histoire officielle tellement romancée qu'elle tient plus de la fiction (bon ok, en France on en est pas si loin, mais les voix dissonantes sont autorisées). Tellement de contrôle sur toutes les productions culturelles qu'il y a très peu films, séries, jeux vidéo qui soient un tant soit peu intéressants. Très peu de culture underground. De mon point de vue, un pays comme la Suède avec ses 10 millions d'habitants produit plus de produits culturels intéressants que la Chine. La tendance pour l'ouverture du pays avec Xi Jiping est clairement négative depuis plusieurs années et je pense que ça pèsera sur le développement du pays à terme, avec des multinationales qui quitteront le pays complètement. Le gouvernement impose par exemple de plus en plus la présence de membres du PCC au conseil d'administration d'entreprises étrangères privées. Mes critiques sont surtout à l'encontre du gouvernement, j'ai rencontré plein de chinois très agréables et accueillants. Et on y mange super bien ! Tu ne parles pas de la nourriture dans tes points positifs, pourtant pour moi c'est un énorme plus. Tu habites à Hong Kong ou en Chine continentale au fait ? C'est pas très clair dans tes messages. Hong Kong est quand même encore bien différente du reste de la Chine. L'État de droit y subsiste encore et la population est quand même beaucoup plus éduquée et fortunée en général.
  21. 4 points
    C'est pas mal résumé (la vraie question est double : non seulement la cohabitation, mais aussi la fusion ou non des populations). D'une manière générale, la force des libéraux, c'est qu'ils savent que l'économie va toute seule sans qu'on y touche, et qu'il n'existe au fond pas de réel problème économique (il n'y a que des problèmes de politiques économiques). Et la faiblesse de beaucoup de libéraux, c'est de croire que tout peut se réduire à l'économie, et donc qu'il n'existe aucun problème social du tout.
  22. 4 points
    Exactement. La fermeture des frontières ne crée que des effets collatéraux dommageables qui vont a l'inverse des politiques voulues (ce qui rappelle inévitablement a peu près toutes les politiques, mais passons). Quelques exemples qui me viennent en tête : - Les familles capverdiennes qui veulent migrer aux USA, à cause de la fermeture des frontières, se construisent patiemment au travers des générations, un véritable "capital migratoire", qui s'entretient et se transmet comme n'importe quel capital (marier une fille dont l'oncle est aux USA, ce genre de choses) :https://uclouvain.be/fr/instituts-recherche/iacchos/laap/actualites/nouvelle-publication-amours-pragmatiques.html (ce bouquin est fascinant). C'est une pratique qui n'existerait pas avec des frontières ouvertes, évidemment, ça oblige les gens à se projeter dans un voyage unique, la perspective des aller/retours disparait. Une fois accroché au rocher USA, y rester, "tenter sa chance" et éventuellement revenir devient "y aller coute que coute, et advienne que pourra". - Cela crée immanquablement des crimes qui ne sont pas des vices, toussa, cela va du stress des policiers à des gens innocents en prison (ou des petites filles qui meurent, comme Mawda en Belgique il y a 3 semaines) - Cela crée de véritables crimes (passeurs, trafics d'enfants, résurgences de l'esclavage en Libye, ...) - Le retour étant impossible, l'aveu d''échec l'est tout autant, le silence qui entoure les échecs des migrants en Afrique et la visibilité des réussites seules poussent à croire que l'El Dorado existe vraiment en Europe - Le retour étant impossible, ceux sur place doivent entrer dans une vie parallèle qui ne participe ni à leur intégration, ni à la paix sociale, ni à rien du tout
  23. 3 points
    Et bien tu peux aller voir ce qu'en dit (bien mieux que moi) Robert Putnam. Ou bien prendre ce petit exemple., que je trouve assez parlant et qui a l'avantage d'être tout à fait neutre. En des termes dont tu dois avoir davantage l'habitude, pense société de confiance / société de défiance. Après, on peut aussi repartir de la définition de ce qu'est le capital social : l'ensemble du tissu des relations nouées entre des gens qui habitent ou travaillent à un endroit donné et qui augmentent la confiance implicite entre les acteurs, diminuent les coûts des interactions, permettent à des règles implicites et adaptées à la situation locale d'exister (depuis la culture et les coutumes locales entendues au sens large jusqu'aux normes de réciprocité, en passant par les incitations aux comportements pro-sociaux), aboutissant généralement à un certain sentiment d'appartenance au groupe en question ("les siens", si tu veux). Ce tissu de relations de confiance est le résultat de la fréquentation régulière et de l'interaction répétée des acteurs concernés (et, pour le dire comme Robert Axelrod, la meilleure manière de sortir du dilemme du prisonnier). Il me semble évident qu'intégrer un nouvel individu à ce tissu de relations prend du temps, beaucoup de temps ; et que la présence de ce nouvel individu peut vite le faire passer pour un chien dans un jeu de quilles si il n'y met pas du sien. Cette intégration peut se faire plus facilement quand le nombre de nouvelles personnes à intégrer est faible (pire, la difficulté marginale pour le faire est sans doute positive), et l'intégration est d'autant plus difficile que les personnes à intégrer avaient auparavant une culture éloignée, et se sentaient des appartenances rivales. Si tu veux une introduction aux liens entre immigration et détérioration du capital social, tu peux aller jeter un coup d'oeil à ce texte de Putnam qui résume pas mal le sujet (même si Putnam n'est pas neutre ; il s'est même empêché plusieurs années de publier ses résultats parce que lui était pro-immigration et que ses propre résultats le contredisaient, ce qui est contraire à l'éthique normale d'un scientifique). Bah, en fait si, le capital social est une chose très désirable dans une société, même si on ne s'en rend pas compte quand on n'y fait pas attention. Au point ou même un Eric S Raymond (cyberlibertarien hardcore, anarcap pur jus, pas du tout le genre hoppéen) a fini par le comprendre. La conclusion est la suivante, et j'y soussigne complètement : "[R]egardless of how you feel about government, high trust is a valuable kind of property for a society to have, and an ethically correct thing for it to defend.". J'y ajouterai qu'un haut niveau de capital social est non seulement une bonne chose en tant que tel, mais aussi est absolument nécessaire à la pérennité d'un ordre social libéral, et que c'est une raison supplémentaire d'en prendre soin et d'y faire très attention, à la fois en tant que membre de la société et en tant que libéraux. ... et libérales / régies par le droit ? Je voudrais bien voir ça.
  24. 3 points
    A beautiful contrarian truth - During WWII, the Navy tried to determine where they needed to armor their aircraft to ensure they came back home. They ran an analysis of where planes had been shot up, and came up with this. Obviously the places that needed to be up-armored are the wingtips, the central body, and the elevators. That’s where the planes were all getting shot up. Abraham Wald, a statistician, disagreed. He thought they should better armor the nose area, engines, and mid-body. Which was crazy, of course. That’s not where the planes were getting shot. Except Mr. Wald realized what the others didn’t. The planes were getting shot there too, but they weren’t making it home. What the Navy thought it had done was analyze where aircraft were suffering the most damage. What they had actually done was analyze where aircraft could suffer the most damage without catastrophic failure. All of the places that weren’t hit? Those planes had been shot there and crashed. They weren’t looking at the whole sample set, only the survivors.
  25. 3 points
    C'est un problème récurrent en politique : on essaye de raisonner comme si c'était un système formel. Et inévitablement on tombe sur des paradoxes : doit on tolérer les intolérants, faut il limiter la liberté aux enemis de la liberté etc. Penser qu'on peut résoudre ces paradoxes tout en conservant un système politique formel est une erreur. J'aurais tendance à dire que c'est encore plus prononcé pour le libéralisme qui est, avant d'avoir une instantiation politique, une philosophie mettant en avant la plus petite des minorités, la personne. En l'occurrence les raisonnements hors sol, ie complètement théoriques, manquent l'essentiel des problèmes pratiques posés par l'immigration. Car la seule option logique serait la suppression totale des frontières, et donc on fine, des états. Toute autre position, avec l'argumentation de la pente glissante, conduisant logiquement à la tyrannie et à la paralysie mondiale. En remettant deux secondes les pieds dans la réalité on s'aperçoit vite de l'irréalisme de ces positions qui pourtant étrangement sont les seules à ressortir des conversations sur le sujet de l'immigration. C'est le sujet Kantien par excellence, celui des intentions pures qui n'ont pas de mains. Ma remarque constructive sur le sujet est la suivante : on parle peu de la dynamique de l'immigration, la rapidité du changement est pourtant un facteur primordial pour l'intégration. Et encore ça dépend de la situation spécifique (immigrer à Tokyo en 2012 ou dans le grand ouest américain n'est pas la même chose). Et clairement on l'a vu en Europe avec la crise des migrants. Donc il n'y a pas de réponse fixe. La technologie aussi a changé la donne de manière incroyable. On peut se déplacer plus facilement : dans les deux sens et ça change car les installations peuvent ne pas être aussi définitives qu'avant (je voudrais savoir combien il y a eu d'émigration depuis l'Argentine au cours du temps, au doigt mouillé je dirais autour de 0 au XIX contre un nombre significatif actuellement). D'ailleurs je pars voire ma belle famille en Argentine à la fin de la semaine (ma femme est un exemple d'émigration du pays où ses grands parents étaient des immigrés). Peut être qu'une conclusion est que l'entité État-nation n'est plus la structure adaptée (retour aux grandes métropoles ?) à la techno-sociologie actuelle ? Mais le changement ne se fera pas dans la douceur : la première, et à sa suite, la seconde, guerre mondiale est l'événement consacrant le passage des "royaumes" et "empires " aux états nations.
  26. 3 points
    Je connais les articles, souvent très intéressants, de Francisco Moreno. Ne parlant pas l'espagnol, je m'en tiens aux articles publiés sur CP, que j'ai tous lus (il y en a 13). J'aurais du mal à considérer ça comme un état de l'art neutre ; c'est très certainement un (excellent) état de l'art des arguments libéraux en faveur de l'immigration, mais ce genre de débat devrait se traiter à charge et à décharge. Article 1 : Dans le cas théorique proposé, si Sam (présenté comme une personne physique) est le propriétaire du bout de route que Marvin veut traverser, et qu'il refuse, il a le droit de le faire., et n'importe quel libertarien sur ce forum le reconnaît ; on ne peut pas accepter d'un côté cette métaphore de Sam et son fusil, tout en refusant la vision hoppéenne des l'immigration, soit on prend les deux, soit aucune (pour ma part, c'est plutôt aucune). De plus, le fait que Marvin ait des besoins est sans doute pénible, mais ça ne lui crée aucun droit (parce qu'au sens libéral, un droit est une liberté, non une créance comme dans le sens socialiste du terme). Plus loin dans l'article, certaines mesures que propose Caplan vont assez loin (et honnêtement, aucun des partisans de la liberté totale d'immigration sur ce forum ne les accepterait toutes ; c'est une balle dans le pied pour eux). Article 2 : J'ai déjà dit ailleurs que les problèmes que pouvaient causer l'immigration n'étaient, pour l'essentiel, pas économiques. Par ailleurs, faire des projections de croissance du PIB mondial, c'est 1- accorder une confiance imméritée à la macroéconomie, et 2- oublier qu'une moyenne, ça masque énormément de choses. Bref, expliquer en ces lieux que le PIB est un indicateur au mieux médiocre, ça devrait être prêcher à des convaincus. Enfin, quand on commence à avancer que, pour enrichir les pauvres (ce qui serait une bonne chose), il suffit d'amener les habitants des pays pauvres dans les pays riches, alors on peut se demander ce qui se passerait dans la situation théorique (Moreno a l'air de bien aimer ça, les situations théoriques) où tous les habitants des pays pauvres viendraient dans les pays riches. Pour ma part, je doute que nos institutions y résistent. Et comme ce sont nos institutions (libérales) qui font de nous des pays riches, leur destruction aboutirait à une situation où tout le monde serait devenu pauvre. Mais bon, parler d'immigration en restant dans la théorie, ce n'est pas très pertinent (parce que, comme tu le sais, les gens ne sont jamais substituables les uns aux autres). Pour ce qui est des quatre raisons expliquant que la fuite des cerveaux est une bonne chose, la première raison (elle bénéficie aux cerveaux drainés) est plutôt vraie ("plutôt" seulement, parce que est-ce qu'il vaut mieux pour un excellent médecin africain partir en France et végéter comme médecin suppléant et corvéable dans un hôpital de banlieue, ou bien devenir patron d'un hôpital entier en restant au pays... la réponse n'est pas si évidente). La deuxième raison (les flux monétaires vers le pays d'origine) ne me pose aucun problème, puisque je suis pour la liberté de circulation des capitaux ; encore que pour ce qui est de la balance des paiements, l'importation de monnaie est toujours compensée par une modification de la balance courante, ou une baisse de l'épargne, ou une hausse des investissements ; seule cette dernière hypothèse est vraiment souhaitable pour développer le pays récipiendaire, mais rien ne dit qu'elle arrivera plutôt que les deux autres. La troisième raison (les émigrés revenus au pays y apportent leur savoir-faire) est souvent exacte mais, curieusement, jamais invoquée par ceux qui prônent une plus grande immigration (alors que pour ma part, je n'ai pas de problème à ce que des immigrés repartent, comme ça s'est toujours fait dans l'Histoire). La quatrième (les émigrés montrent l'exemple) me semble à côté de la plaque ; quand ton voisin émigre et que tu apprends qu'il réussit, en général, tu as envie toi aussi d'émigrer (d'où les métaphores migratoires à base de pompes aspirantes). Je note plus loin que Moreno précise que n'importe qui ne devrait pas pouvoir accéder au pays d'accueil n'importe comment, que l'immigration n'a pas à être "incontrôlée et sans restriction". Je suis tout à fait d'accord avec ça, mais je ne pense pas que c'était ce que les pro-immigration avaient en tête. Article 3 : il est nettement moins bon que les précédents. Il suppose qu'on déplace des gens comme on déplace des marchandises ou des capitaux ; or, les gens ont une vie dans laquelle ils sont investis, des habitudes, des attaches, des racines même, bref : qu'il y ait des écarts de productivité montre bien que la matière humaine résiste à une analyse simpliste. Le travail ne se mondialise pas, parce que les travailleurs ne sont pas mondiaux, ils sont pour l'essentiel locaux ; si l'analyse ne prend pas en compte ce fait simple, alors elle est viciée de fond en comble. Bref, un billet très médiocre (le fait qu'il existe des pressions pour un phénomène social ne peut en rien ni le justifier, ni le délégitimer, même quand il s'agit de l'immigration ; au pire, rappeler trop souvent ces pressions va faire naître des fantasmes de remplacement que personne ici ne veut susciter). Article 4 : l'article mentionne justement que la xénophobie est une tendance naturelle de l'être humain (je l'ai expliqué par ailleurs) ; par contre, l'auteur souhaite qu'elle soit surmontée, et je pense que c'est une erreur (après tout, les mères inculqueront toujours à leurs enfants de ne pas parler aux inconnus, et elles ont raison, parce que l'existence d'un ingroup distinct de l'outgroup est une feature tout à fait fonctionnelle de la nature humaine). Première "crainte nativiste", l'invasion d'immigrants ; l'auteur explique que le point d'inflexion arrive bien avant celui où les salaires se sont égalisés : un coup dans l'eau, parce que ce n'est pas le bon critère. Rien ne dit que ce point d'inflexion arrivera avant que le seuil de tolérance des locaux ne soit atteint. Puis, l'auteur parle de migration circulaire (en gros, une noria naturelle) ; je suis fondamentalement d'accord avec lui, parce que toute législation (à la con) qui incite les immigrés à rester davantage que ce qu'ils aimeraient ne fait que des mécontents : les locaux, qui voient plus d'étrangers que ce qu'une situation saine produirait, et dont les craintes augmentent d'autant, et les immigrés eux-mêmes, qui auraient préféré s'en aller aussi retrouver les leurs. Deuxième "crainte nativiste", les immigrés voleraient les emplois des locaux. J'ai expliqué plusieurs fois que le problème de l'immigration était rarement économique (on peut éventuellement mentionner des perturbations sur certains segments du marche de l'emploi peu qualifié, mais ce n'est pas un problème d'ensemble) : je suis donc globalement d'accord avec Moreno sur ce point-là. Globalement, parce que arrive la troisième crainte : les immigrés feraient baisser les salaires (les perturbations que je mentionnais juste avant), phénomène que Moreno nie complètement, mais dont il existe pourtant des indices ; toutefois, comme je l'ai dit, la perturbation est localisée sur certains segments (peu qualifiés) du marché du travail, et n'est donc pas global. Quatrième "crainte nativiste", les immigrés coûtent plus qu'ils ne rapportent à l'Etat-providence. Pour ma part, ma position est connue depuis longtemps : pas de prestations sociales aux immigrés n'ayant pas la nationalité ou présents depuis moins d'un certain temps (en attendant de les supprimer pour tout le monde). Entre libéraux, l'argument est donc entendu... jusqu'à ce que Moreno en arrive à écrire que les immigrés sont indispensables pour sauver les retraites par répartition. Bref. Cinquième "crainte nativiste" : l'absence d'assimilation culturelle. Moreno écrit que ça s'est toujours bien passé, et qu'il n'y a pas de raison que ça ne se passe pas à nouveau bien. Ça peut sembler raisonnable, à ceci près que "toujours", c'était principalement une période de l'histoire sans Etat-providence, sns politique identitaire, avec un patriotisme très fort et pendant laquelle la "pression sociale" des voisins (comprendre : l'hostilité aux coutumes étrangères ostentatoires et la discrimination envers ceux qui n'adoptent pas les habitudes locales) était perçue comme légitime (et aboutissait à ce qu'une partie des immigrés fassent le chemin inverse, d'ailleurs). Pour ma part, je n'ai pas de problème à revenir à un tel état de fait, comme je l'ai déjà exprimé ailleurs sur le forum ; mais le fait est que ce n'est pas le cas aujourd'hui, et qu'un tas de gens crieraient à la xénophobie si c'était le cas à nouveau. La possibilité de s'intégrer dépend en gros de trois facteurs : la fraction d'étrangers à intégrer, leur distance culturelle à la société d'accueil, et la capacité / volonté de la société d'accueil de les intégrer (la "pression sociale" en fait partie) ; je doute que la situation actuelle révèle un rapport favorable entre ces quantités. Sixième "crainte nativiste" : la criminalité. Moreno rappelle que les immigrés ne sont pas plus délinquants que les locaux. C'est vrai, mais c'est complètement myope : c'est généralement la deuxième génération qui est délinquante et criminelle (pour la simple raison que les immigrés ont choisi de venir s'installer dans le pays, alors que leurs enfants ne l'ont pas choisi, en gardant tout de même un sentiment de décalage), et ce d'autant plus que l'assimilation culturelle ne s'est pas faite (cf. crainte précédente), au point où ça peut parfois baver sur la troisième génération. C'était le cas lors de la Prohibition aux USA, les patrons de mafias n'étaient pas immigrés mais fils d'immigrés. De même que ce ne sont pas les Maghrébins qui sont venus du bled pour bosser à la régie Renault qui ont posé des problèmes de terrorisme, mais leurs enfants et leurs petits-enfants. Article 5 : ça commence déjà mal, mettre xénophobes et suprématistes dans le même panier, c'est au mieux complètement con et contreproductif. Je n'ai aucun problème à taper sur les malthusiens décroissants ou les eugénistes exterminateurs (ça me met même plutôt en joie, et de ce point de vue je suis dans l'ensemble d'accord avec les arguments de Moreno), mais mettre toute expression de scepticisme vis-à-vis de l'immigration dans le même panier, c'est débile, c'est en dessous de tout, c'est insulter ceux qu'on souhaite convaincre. Un seul paragraphe est à sauver, l'avant-dernier : "peu importe l'origine de la population, ce qui compte c'est de sauvegarder les institutions". Admettons que peu importe l'origine de la population (je doute que la plupart des gens n'y accordent aucun intérêt, parce qu'on coopère plus volontiers avec ceux qui nous ressemblent). Si ce qui compte est de garder des institutions libérales, alors il faut impérativement que les immigrés et leurs descendants adoptent les coutumes et valeurs du pays d'accueil... et l'on en revient à l'article précédent, sur les facteurs qui favorisent ou non l'intégration culturelle. Je me taperai les autres articles demain, à moins que ce post ne provoque un déluge de réponses outrées et hystériques à ce que je pense pourtant être du bon sens (pour ma part je préfère discuter de ces choses sérieuses dans le calme et entre gens honnêtes).
  27. 3 points
    Il y a beaucoup de travaux de libéraux sur le sujet et il y a certes des variétés sur les registres d'argumentation mais peu sur les principes. Et les points consensuels sont nettement plus nombreux que ce que tu prétends. Pour s'en convaincre, on peut consulter les nombreux articles de Francisco Moreno de l'Institut Juan de Mariana, qui a fait durant plusieurs années un énorme travail d'état de l'art, en rassemblant et résumant des tonnes de sources. Les études en question ne se limitent pas aux effets économiques des migrations. Articles publiés en partie par Contrepoints : https://www.contrepoints.org/author/francisco-moreno Mais les articles en version originale de Moreno sont encore plus nombreux : https://www.juandemariana.org/el-ijm/personal/francisco-moreno
  28. 3 points
    Suite au décès de Chavez, Maduro a été élu de justesse en 2013 (50 % y pico, participation 80 %) face à un candidat de la coalition d'opposition dite Table de l'unité démocratique (ou MUD). Des irrégularités sont rapportées, mais le candidat d'opposition renonce finalement au recomptage pour mettre un terme aux violences (plusieurs morts, de nombreux blessés). En 2015, le les élections législatives font basculer l'Assemblée nationale aux mains de l'opposition (ras-le-bol face au désastre économique). Maduro décide que la nouvelle Assemblée est illégitime et il fabrique à côté une Assemblée constituante en y plaçant d’office ses partisans. Pour la présidentielle de 2018 (prise d'effet 1/1/19) Maduro avait pris ses précautions en annonçant soudain en début d’année la tenue d’élections anticipées de plusieurs mois de façon à gêner les partis d’opposition réunis dans la coalition MUD. Sa manoeuvre réussit à merveille puisque la MUD refusa de participer à ce qui lui apparut comme une mascarade de plus. Elle appela donc au boycott du scrutin. Pour maintenir l’illusion d’un vote démocratique, le régime accepta cependant trois autres candidats dont il était certain de n’avoir rien à craindre, ce que confirment les chiffres des résultats. Mais la participation est tombée à 46 % (chiffre officiel, Reuter avance 32 %) malgré toutes les incitations clientélistes via "El carnet de la patria" et toutes les menaces de violences pour défendre la patrie contre les usurpateurs. Toute cette élection est expliquée dans mon article (que j'ai posté ci-dessus mais je le remets) : Maduro : la victoire en câlinant, en affamant et en trichant (Mai 2018) https://leblogdenathaliemp.com/2018/05/22/maduro-la-victoire-en-calinant-en-arrosant-et-en-trichant/ La terrible situation économique, sociale, politique et sanitaire vécue par les Vénézuéliens qui sont de plus en plus nombreux à quitter leur pays est développée dans : Venezuela : le pays du socialisme radieux où l’avenir rime avec exil (avril 2018) https://leblogdenathaliemp.com/2018/04/03/venezuela-le-pays-du-socialisme-radieux-ou-lavenir-rime-avec-exil/
  29. 3 points
    Tu as surtout établi une fausse dichotomie. L'introduction d'un "libéralisme pur" dans le débat public serait la meilleure façon possible de déplacer la fenêtre d'Overton dans une direction plus libérale et d'avoir ainsi une chance d'obtenir des réformes qui iraient dans le bon sens. Regarde les communistes. Leur présence bien ancrée dans le débat public contribue fortement à l'accroissement du socialisme. C'est pas pour rien que depuis le XXe siècle pratiquement tous les pays du monde ont adopté la majeure partie des points du manifeste communiste sans qu'ils aient eu besoin de gagner des élections ou de faire des révolutions dans tous les pays du monde. Ils ont juste eu besoin que le communisme gagne sa place dans le débat public, rendant ainsi les formes moins radicales de socialisme tout à fait raisonnables en comparaison. Autre point qui joue en faveur des socialistes : ils sont profondément convaincus que leur cause est la plus morale, ce qui les rend moins sujets au compromis. Tandis que les libéraux modérés ont tendance à ne justifier le libéralisme que sur des bases technocratiques ou pragmatiques, allant parfois jusqu'à concéder que les idéaux socialistes sont nobles mais que leur seul problème réside dans le fait qu'ils soient irréalisables. En bref, les libéraux "modérés/pragmatiques" ont besoin des purs/mangeurs d'enfants/utopistes pour que leurs réformes paraissent plus raisonnables aux yeux du public. Parce que tant que les ultra-libéraux Macron et Fillon représentent la limite acceptable du libéralisme on ne risque pas de voir les idées libérales avoir une quelconque influence dans le débat politique et ces fameuses réformes marginales ont peu de chances de se produire.
  30. 3 points
    Plus haut, tu disais que les morons de McNamara avaient subi des pertes bien plus lourdes au combat. Cela ne veut pas dire qu'ils ne soient pas employables ailleurs ? Je me permets de recopier un post lu sur Quora. L'auteur a servi dans l'armée finlandaise et, en tant qu'officier, avait accès aux dossiers de ses subalternes (notamment à leurs résultats aux tests de Q.I.)
  31. 3 points
    C'est le contre coup du syndrome de l'horloge cassée et de la pensée complotiste, Servan Schreiber avait compris qu'il y avait un lien entre sucre et cancer (ce qu'on sait depuis Warburg...), mais s'est limité à sucre blanc rafiné, donc il a fini par mourir de son cancer du cerveau parce qu'il se gavait de fruits et de céréales. C'est con. Alors il est vu comme un pionnier. Et comme Servan à joué la carte du chevalier blanc de la science contre les interêts économique du complexe militaro industriel des lobbys pharma', ça plait, et notamment à Ulrich qui pense pareil. combo pionnier + chevalier blanc. Triple combo même : il est mort du même cancer que celui de la mère d'Ulrich, décès qui a la base de son travail. Ulrich et d'autres se plaignent que beaucoup de scientifiques regardent d'un oeil distrait ou suspect toutes les alternatives, mais c'est oublier que : - 95% des alternatives sont des pseudos sciences et donc il est légitime que les gens rationnels haussent les épaules, et il ne faut pas s'étonner quand on fait la promotion des charlatans, de s'y faire assimiler. - il y a beaucoup de recherche, en grande majorité, financée par le secteur public, alors l'argument des lobbys, je veux bien voir par quel stratagèmes ils s'en sortent... ("heu oui mais l'état est à la botte des lobbys" ou un truc du genre). - c'est oublier tous les chercheurs qui ne bossent pas sur ce sujet là et font, de manière parfaitement normale, confiance au consensus scientifique - c'est oublier que ce consensus est plus le fruit de la bureaucratisation de la science, sclérosée par le joug des ministères, que de son cours normal - c'est supposer que 95% des scientifiques sont à la botte des lobbys, ce qui reste à démontrer - c'est complètement oublier comment fonctionnent les paradigmes scientifiques (Kuhn, toussa), c'est ne pas savoir qu'il ne suffit pas d'une étude pour valider une idée ou un fait scientifique, c'est ne pas savoir faire la différence dans la hiérarchie des études (et les réplications, etc etc), ... j'en passe (d'ailleurs, Servan Schreiber basait son truc sur quelques études et c'est justement le manque de meta analyses, plusieurs, qui ne lui a sans doute pas permis de voir que l'indice glycémique on s'en fou, ça reste des glucides...). Bref, ça demande de savoir de quoi on parle. Ulrich est très bien pour synthétiser ce qu'il se dit et se fait dans le LCHF, à mon avis c'est le meilleur pour ça. Il a des contacts partout et est assez précis sur ce sujet là. Pour le reste, c'est n'importe quoi. Mais ce n'est pas très grave. C'est assez agaçant parce qu'il y a énormément à dire sur le monde académique, ses dérives, ses problèmes, à commencer par le vrai problème de fond qui est celui des égo : c'est parce que le monde académique est un système féodal basé sur des logiques d'honneur et de prestige que les gens ne se remettent plus en question après 20 ans de carrière (voir dès le début) c'est pour les même raisons qu'on répète les éventuelles âneries des gens prestigieux (pourquoi un médecin généraliste irait remettre en cause un professeur d'université ??). C'est ça le problème. On se rend pas compte de l'égo de l'universitaire moyen, surtout en science médiale ("je sauve le monde moi", "je fais de la vraie science moi"). Mais tant qu'on l'aborde par l'angle du complot, on se prend l'arbre dans la gueule et on rate la forêt. D'ailleurs, je suis prêt à parier que les universitaires avec qui discute Ulrich et les autres, puisqu'ils sont en marge et n'accumulent pas du capital prestigieux et les postes qui vont avec, rajoutent des tonnes sur leurs collègues. Ils ragent. Ce sont des haters. C'est bien quelque chose que j'ai tous les jours sous les yeux. Ca ne dit rien des qualités intrinsèques de la recherche et des gens, les gros nuls à Harvard et les gens très compétents sans poste et sans contrat, ça existe très largement, mais ça ne donne pas une image très fidèle des enjeux. Surtout que si demain, les hiérarchies se renversent, il y a fort à parier qu'ils feront pareil. Mais expliquer ça a des gens qui te répètent en boucle "c'est l'industrie du sucre qui a financé l'étude (au singulier) qui a prouvé que les gras provoquent les maladies cardiaques", c'est impossible, il faudrait d'abord leur faire comprendre que si c'était si simple, l'industrie du gras et ces trilliards de CA annuels pouvaient en sortir 15, des études, en 5 ans pour "prouver" que c'était le sucre, il faudrait leur faire comprendre le principe de réplication, leur faire comprendre qu'aucun scientifique ne croira sérieusement qu'on assoit un consensus sur une étude. Bref, faudrait faire réfléchir des gens qui pensent par axiome et phrases simples (ce que dénonce Ulrich par ailleurs, mais bon, chacun ses contradictions). Moi j'ai autre chose à faire, je lis ces messages là en haussant les yeux au ciel, je me dis que c'est exactement pour ça qu'ils ne sont pas pris au sérieux, malgré l'intérêt du LCHF qui a mon avis, pour le coup, est assez bien documenté par la science. Il n'empêche que si je critique cet aspect d'Ulrich, pour le reste, je ne finirai pas de saluer son travail de vulgarisation, au sens noble du terme, des travaux lchf. Ce qu'il fait est totalement unique en zone francophone et ça doit être absolument souligné. Et puis il est libéral, alors merde. edit : tiens, j'avais pas prévu de faire un wot
  32. 3 points
  33. 3 points
    Exactement de la même manière, si une entreprise baisse son prix, on l'accuse de tuer ses concurrents par dumping ; si elle le monte, de profiter de son pouvoir monopolistique ; et si elle le maintient, on l'accuse d'avoir monté une entente.
  34. 2 points
    Ce n'est pas tant la condamnation de Balkany que la rhétorique qui est mise en avant par la justice (et plus précisément le parquet) qui me gène. On a l'impression que ce qui est le plus reproché à Balkany c'est d'avoir attaqué le coté sacré de l'Etat et la République. Si encore s'était dans l'optique,l'Etat=argent du contribuable ca se comprendrait ; mais là le discours du procureur est une ode à l'Etat. Ce qui m'ennuie c'est que j'ai l'impression que derrière la condamnation légitime de la corruption se cache un discours anti-riches . Après tout ça serait même logique , les institutions ont tendances à attirer des personnes ayant des idées qui concordent avec leur missions: on ne va trouver beaucoup de libéraux au sein de l'inspection du travail et beaucoup d'anarchistes dans l'armée.
  35. 2 points
    Dans tous les cas de figure c'est une catastrophe. La population active occupée en France en 2018 est de 27,1 millions de personnes, dont : - hommes : 14 millions ; - femmes : 13,1 millions. Parallèlement, la population active au chômage en France en 2018 est de 2,7 millions de personnes, dont : - hommes : 1,4 millions ; - femmes : 1,3 millions. Ce qui nous fait une population active totale (occupée ou non) de 29,8 millions de personnes. On constate que le nombre d'hommes qui travaillent est supérieur d'un million au nombre de femmes qui travaillent. Établir un quota obligatoire de 50 % de femmes dans tous les emplois revient par conséquent au minimum à mettre au chômage instantanément un million de travailleurs au seul motif qu'ils ne sont pas du bon sexe. En théorie, cela devrait faire sortir parallèlement un million de femmes du chômage. Cela supposerait cependant que parmi les 1,3 million de chômeuses, 77 % seraient prêtes à reprendre un emploi précédemment exercé par un homme dans un domaine qui ne respectait par le quota minimum de femmes. Le taux de chômage des femmes dans ces conditions descendrait à 2 % (difficile d'imaginer le réduire davantage à cause du chômage frictionnel). Je m'abstiendrai d'évaluer le réalisme de cette hypothèse. Admettons la simplement pour la suite de la démonstration. Sans rentrer dans le détail des emplois occupés, voici les déséquilibres les plus importants par secteur d'activité : - agriculture/sylviculture : 0,3 million d'hommes de plus que de femmes ; - industrie : 1,5 million d'hommes de plus que de femmes ; - construction : 1,4 million d'hommes de plus que de femmes ; - distribution, logistique et restauration : 1 million d'hommes de plus de femmes ; - fonction publique et enseignement : 0,9 million de femmes de plus que d'hommes ; - sanitaire et social : 2,3 millions de femmes de plus que d'hommes. En fait, on a donc 0,3 + 1,5 + 1,4 + 1 = 4,2 millions d'hommes en trop dans les secteurs de l'agriculture/sylviculture, de l'industrie, de la construction, de la distribution, de la logistique et de la restauration (appelons les secteurs à tendance masculine). Si on admet qu'un million de chômeuses prend des emplois dans ces secteurs, alors sur les 4,2 millions d'hommes en trop, un million peut garder son emploi dans le respect de la parité. Il reste donc 3,2 millions d'hommes qui doivent dégager. À ce stade du raisonnement, le nombre d'emplois qui restent non pourvus dans les secteurs à tendance masculine est de 2,2 millions, c'est-à-dire la différence entre les 3,2 millions d'hommes écartés et le million de femmes embauchées. En parallèle, on a 3,2 millions de femmes de plus que d'hommes dans la fonction publique et le sanitaire et social. On peut donc imaginer que 2,2 millions de ces femmes soient transférées pour occuper les emplois vacants dans les secteurs à tendance masculine. Sur les 3,2 millions d'hommes écartés de ces secteurs, 2,2 millions pourraient prendre les places laissées vacantes dans la fonction publique et le sanitaire et social. On retrouve ainsi l'estimation minimale d'un impact d'un million d'hommes mis au chômage et d'un million de femmes sorties du chômage. Mais pour aboutir à ce résultat, plus de cinq millions de personnes doivent être obligées de changer de secteur d'activité (2,2 millions d'hommes et 2,2 millions de femmes qui échangent leurs postes et, à la louche, une grosse part du million de chômeuses qui retrouvent du travail dans des secteurs à tendance masculine). Vu la population active de 29,8 millions, cela veut dire qu'en gros un actif sur six est obligé de se reconvertir. Pour aboutir à ce résultat, une coercition massive des entreprises et des individus est nécessaire. L'impact serait désastreux pour la productivité et pour le bien-être de la population. On aboutirait aussi à une situation ou sur les 2,7 millions de personnes en recherche d'emploi, 2,4 millions seraient des hommes, soit environ 89 % d'hommes parmi les chômeurs. Le taux de chômage des hommes serait de 16 %, celui des femmes de 2 %. Imaginons l'impact sur les structures familiales et sociales. C'est tout simplement un cauchemar. Et c'est le scénario le plus favorable. Parce qu'en réalité, il semble douteux que l'intention de la ministre soit d'exclure de la fonction publique et du secteur sanitaire et social 2,2 millions de femmes et de les obliger à se reconvertir dans des secteurs à tendance masculine. J'ai plus l'impression qu'elle parle d'un quota minimum de femmes partout, pas de la parité. Dans ce cas de figure, il n'y a pas échange des emplois entre 2,2 millions d'hommes dans les secteurs à tendance masculine et 2,2 millions de femmes dans la fonction publique et le sanitaire et social. On en reste donc au stade où un million de femmes sortent du chômage pour occuper des emplois dans des secteurs qui étaient en déficit de femmes et 3,2 millions d'hommes restent sur le carreau. On passerait ainsi de 2,7 millions de personnes en recherche d'emploi à 4,9 millions, avec une variation de + 2,2 millions (+ 81 %) dont + 3,2 millions d'hommes et - 1 million de femmes. Le taux de chômage grimperait de 9 à 16 %. Un actif homme sur trois serait au chômage. 94 % des personnes en recherche d'emploi seraient des hommes. C'est un désastre pour l'équilibre des structures familiales et sociales. Il faudrait s'attendre à une hausse de la violence, de la délinquance... Sachant que le ratio PIB/population active occupée est de 87 K€/actif occupé en 2018, on peut estimer très grossièrement qu'avec 2,2 millions de postes qui seraient laissés vacants dans les secteurs à tendance masculine, on perdrait sur le long terme environ 190 milliards d'euros de PIB (8 % du PIB). Probablement beaucoup plus à court et moyen terme compte tenu des coûts induits (reconversion, frais de gestion et de contrôle, etc.). Une telle chute de l'activité aurait des effets désastreux sur toutes les assiettes fiscales et de cotisations sociales, alors que la demande en prestations sociales exploserait. Comme on est en France, les impôts et taxes augmenteraient donc massivement. On a vu ces derniers mois ce que ça peut donner comme résultat dans la rue. Mais cela reste encore un scénario optimiste. Parce que tout le raisonnement précédent repose sur l'hypothèse que les métiers sont interchangeables au sein d'un même secteur d'activité, ce qui n'est bien sûr pas le cas. Prenons l'exemple de mon secteur d'activité, l'immobilier. C'est relativement paritaire au niveau de la branche, avec 47 % d'hommes et 53 % de femmes. Si on appliquait un quota minimum de 50 % de femme au niveau des entreprises, on ne serait pas trop inquiétés. Mais si je regarde par métier, dans mon organisme de logement social par exemple : - 100 % des informaticiens sont des hommes ; - 100 % des ouvriers et artisans du bâtiment sont des hommes ; - 100 % des chargés de contentieux et de recouvrement sont des hommes ; - 92 % des gardiens d'immeubles sont des hommes ; - 85 % des monteurs d'opération (responsables de chantiers en maîtrise d'ouvrage ) sont des hommes ; - 100 % des travailleurs sociaux sont des femmes ; - 100 % des gestionnaires RH sont des femmes ; - 92 % de l'équipe commerciale est composée de femmes ; - 75 % de l'équipe compta/finances est composée de femmes ; - etc. En pratique, si demain on doit avoir un minimum de 50 % de femmes dans chaque métier, on ferme la boutique. C'est aussi simple que ça. Et si c'était un minimum de 50 % d'hommes dans chaque métier, ce serait la même chose. Dans les deux cas cela nous oblige à licencier environ quarante pourcent de l'effectif, avec des fonctions clés qui ne sont plus remplies. Du coup, c'est tout le monde au chômage. On peut faire des observations similaires dans presque tous les secteurs. Les hommes et les femmes ont tendance à choisir des métiers et des environnements de travail différents. Bref, les résultats seraient déjà catastrophiques sur le papier avec l'hypothèse très simplificatrice que les emplois sont interchangeables au sein de chaque secteur. Alors dans la réalité autrement plus complexe, on n'ose imaginer l'ampleur du désastre. Mais bien sûr, pour celui qui veut établir la république des soviets et réinstaurer le passeport ouvrier, le quota de 50 % de femmes est un bon angle d'attaque du système économique. (Source des données : INSEE, enquête emploi publiée le 9 avril 2019 et comptes nationaux 2018)
  36. 2 points
    C'est un exemple ambulant du ressentiment au sens de Nietzsche Tout y est: le curé va culpabiliser le monde, passer son temps à geindre et vociférer qu'il vit dans le péché, sans jamais rien faire de constructif pour améliorer l'état du monde qui mérite de brûler dans l'apocalypse (à la rigueur, une poignée d'élus pourront former une "humanité nouvelle" dans l'utopie totalitaire du 4ème Reich écologiste). C'est vu et revu. Ce qu'il manque encore à l'écofascisme, c'est une Église pour transmettre le dogme in sæcula sæculorum. Mais vu sa conquête de la télé publique et des grands média, le processus est déjà en marche.
  37. 2 points
    Évidemment, vu que je fais partie de" ce qu'on ne voit pas " de l'A380 je vais pas rechigner, mais c'est vrai qu’Airbus a des fois un peu trop tendance à trouver des problèmes à ses solutions. Vu que c'est pétrit de socialistes en herbe(ce qui est désespérant vu le niveau intellectuel global de la boite, qui est somme toute assez elevé en comparaison du reste du pays) ils transposent assez facilement le problème de la girouette qui fait tourner le vent dans le domaine de l'entreprise. Il faut reconnaitre que l'A380 a au moins eu pour mérite d'unifier la boite à un niveau européen, préparant l'A350 qui lui fonctionne pas trop mal. Mais on sent bien que le sang d'Airbus est empreint d'un vieux relent d'étatisme dans sa démarche entrepreneuriale, ou il faut tous les jours expliquer contre vent et marée qu'on y est payé pour faire gagner de l'argent d'abord, dans un endroit ou un cadre à 4500€ net ose te dire que le capitalisme c'est mal. Encore ce matin, je me forçais de me calmer sur l'intérêt de vendre un business case avant de savoir sur quoi on allait travailler, avec tous les délires psychotiques de management qui vont avec. "oui mais une personne c'est XXXXXX€ un an, avant d'être un projet." ou comment faire sourire Bastiat et son maudit argent. Il y a encore beaucoup trop de gens qui crament le gasoil au moins d'octobre de peur de pas avoir de budget au moins de janvier ... On sent cependant que sous la pression du numérique briseur de frontières, et l'impulsion des nouveaux privés , ayant tendance à produire des fusées qui réatterrissent en 8 ans quand on est pas foutu de faire ariane 6 en 10, les têtes pensantes de la boite ont bien l'intention d’insuffler le vent d'entreprenariat minimum pour survivre les 10 prochaines années, et à ce titre ils investissent massivement actuellement, donc c'est déjà ça.
  38. 2 points
    En vérité une des distinctions les plus importantes dans la recherche sur la conscience est entre la conscience transitive (je suis conscient de quelque chose en particulier) et la conscience intransitive (j'ai un état de conscience en général qui peut être éveillé, dans le coma, dans différents types de sommeil etc.). Une autre distinction est entre la conscience du monde extérieur et la conscience de soi (en tant qu'objet dans le monde ou en tant qu'être conscient, on parle dans ce cas de méta-cognition). Je vous conseille le premier chapitre du bouquin de Dehaene qui est une bonne introduction à tout ça (et pour une fois qu'on a un français qui fait des trucs bien...). Pour une autre perspective vous pouvez aller voir du côté de Damasio, celui-ci en particulier s'intéresse au problème de l'émergence des différents types de conscience comme boucles d'auto-réflexion au niveau neuronal, mais j'ai bien peur que ça ne soit pas son plus accessible.
  39. 2 points
    Et après on s'étonne que les "experts" perdent leur crédibilité ? Quand on crame sa crédibilité à faire de la merde, on va pas pleurer ensuite. Parce qu'en dehors de 40m d'automobilistes, on les a pas trop entendu monter au créneau contre les 80km/h les experts. Parce que en dehors des méchants climatosceptiques, ils nous ont sorti de la "taxe pigouvienne" les experts. La revendication de base, c'est la pétition de Ludoski : https://www.change.org/p/pour-une-baisse-des-prix-à-la-pompe-essence-diesel Vas-y, cherche ISF ou fortune sur la pétition. Jacline Mouraud, c'est le visage public crackpot que les médias sont allés dénicher quand ils ont compris que le mouvement était important (savez, le mouvement que les "experts" ont complètement raté). Elle n'a jamais eu d'influence sur rien. C'était à l'époque où on prenait les gilets jaunes pour des cons. Depuis, les Insoumis sont allés s'accrocher comme des tiques sur la bête et tout d'un coup elle a pris grâce aux yeux des médias ; c'est à ce moment là seulement qu'on a entendu parler d'ISF. Et de manière assez amusante, le seul résultat de cette offensive d'extrême gauche est l'effondrement de Mélenchon dans les sondages. Le RIC, c'est encore apparu plus tard et je n'arrive pas trop à voir comment ; amha, les leaders objectifs du mouvement (Ludoski, Drouet, Nicolle) ont été travaillés et convaincus par quelques intellos. Mais je cherche encore d'où ça vient.
  40. 2 points
    Au niveau macro, les conséquences de la restriction foncière sont un transfert financier massif des travailleurs (acheteurs) vers les retraités (vendeurs) avec l'état/collectivités qui prend une énorme part au passage (droits de mutation, taxe d'aménagement, droits de succession...). En gros, les vieux et la sphère publique ont capté l'amélioration de la solvabilité des emprunteurs dans le contexte de taux artificiellement bas. Mais ce n'est pas tout : comme on consacre deux points de PIB aux aides au logement pour compenser les effets de la restriction foncière sur les loyers, le contribuable de base est également siphonné pour financer les aides à la pierre, les aides à la personne (APL, AL...), les dégrèvements et privilèges fiscaux des bailleurs sociaux, etc. Mais ce n'est toujours pas tout. Pour financer la construction de logements sociaux, l'état canalise l'épargne des ménages vers un produit qui rapporte très peu mais qui est liquide et fiscalement avantagé : le livret A. Un exemple de répression financière, avec bien sûr des effets d'évictions à la pelle, puisque toute l'épargne qui sert à faire du HLM ne va pas s'investir dans les entreprises. Je ne suis même pas sûr que les épargnants savent comment la CDC utilise leur livret A. Donc oui, il y a un énorme appauvrissement national, qui est comme d'habitude largement supporté par le pauvre con qui travaille, mais se manifeste aussi par un gâchis de l'épargne.
  41. 2 points
    Puisqu'on en est à parler du crony du kiki, j'apprends un détail croustifondant. Une seule marque est remboursée, nommée "Eden", inconnue au bataillon. Cette marque appartient au laboratoire Majorelle, auto-proclamé "1er Laboratoire citoyen", et dirigé par un certain Guillaume El Glaoui. Ce dernier est membre de CroissancePlus, l'association d'entrepreneurs qui s'est largement engagée pour Macron lors de son élection. Manifestement, un choix payant. Le pire, c'est que ce n'est même pas surprenant.
  42. 2 points
    Les libéraux de salon sur Facebook m’exaspèrent...une nouvelle fois. Les mêmes qui soutiennent Trump - étonnant comme parallèle - regardent avec dédain ce mouvement. En résumé, on est d’accord que beaucoup de gilets jaunes sont des étatistes, n’empêche que sur le fond les libéraux et les libertariens ont de quoi se faire entendre sur la réflexion des taxes sur les carburants et la fiscalité en général me semble-t-il...Mais non ils sont là encore comme d’habitude à débattre, débattre, débattre, débattre cette fois-ci de savoir si le mouvement des gilets jaunes est liberhalal, et si on ne se salit pas un peu trop si le voisin de cortège est un peu trop brun ou un peu trop rouge. Si la France est le dernier pays où un virage libéral est possible, c’est parce que la bataille des idées est largement perdue par la poignée de libéraux qui y existent, or c’est dans ce genre de circonstances que nos idées ont le plus de chances d’avancer. Je veux bien qu’on n’ait pas le temps d’aller manifester, on a tous un agenda, des choses à faire, une vie etc...il manquerait plus...mais de là à condamner d’avance parce que le cousin du proche de l’organisatrice du rassemblement de machin serait pas libéral, franchement ça me déprime.
  43. 2 points
    Chuuuuuut, on n'a pas trop le droit d'en parler. Disons que légalement, c'est un peu une zone grise. Ou mendiants, ou vagabonds (des personnages au fond assez courants au Moyen-Âge). Dotés d'une espérance de vie un peu raccourcie (essentiellement due, je suppose, à la surmortalité par accidents, et ce que ce soit à l'âge bête ou à l'approche de l'âge mûr). L'autre explication, mentionnée plus haut dans le fil, c'est qu'on y troue aussi des "Stanine 9". En fait, je trouve cette autre piste presque plus séduisante (parce que la rancoeur suppose elle aussi des capacités cognitives, et notamment des capacités à se représenter le passé et le futur). Steve Jobs l'a fait, pourtant. Mais un outil qui par nature a vocation à être généraliste, donc tout de même complexe, ne peut pas être vraiment accessible au QI trop en dessous de la moyenne. On est en train de parler de gens pour lesquels un noeud de lacet est un dispositif technologique trop avancé. Je le crois aussi ; en fait, je le crois d'autant plus que c'est déjà en bonne partie le cas. Si tu ne les vois pas au point où tu crois que c'est une toute petite minorité, c'est 1- parce que tu ne fréquentes pas les mêmes milieux, disons, et 2-parce que leurs familles les gardent chez eux (ou en institution éventuellement) pour s'occuper d'eux et les empêcher de faire des conneries ; mais une fois ces deux biais corrigés, tu t'aperçois qu'ils sont nettement plus nombreux que tu ne penses. En y réfléchissant une minute, j'en avais sans doute deux dans l'immeuble où j'ai grandi, une à la synagogue parisienne où j'allais, une autre à celle où je vais ces temps-ci, peut-être un dans ma classe de CP (mais c'est une reconstruction, les souvenirs sont lointains), et sans aucun doute d'autres encore auxquels je ne songe pas immédiatement, ou pour lesquels c'est moins immédiatement évident.
  44. 2 points
    Ah oui ? Moi je vois la nationalité comme un ensemble de privilèges libéraux (droit de vote, de se présenter, protection contre les autres États, droit d’entrer et de résider sans la moindre condition ou risque d’expulsion). Suffit de voir comment Petain s’en est notamment pris aux juifs français : en leur retirant la nationalité.
  45. 2 points
    Ok, j'ai dû mal m'exprimer alors je vais préciser. Je disais que premièrement on ne peut pas chiffrer les conséquences globales de l'immigration car les méthodes sont tellement approximatives que le résultat ne veut pas dire grand chose, et surtout parce que chaque personne est impactée différemment en général et même à des moments particuliers. Deuxièmement je disais que même si c'était une réalité prouvable par A + B, le ressenti jouerait une part importante et que tu aurais par conséquent du mal à faire passer un message favorable à la libre-circulation sans susciter des réactions hostiles. Bien sûr que dans ce deuxièmement c'est bien aux gens de caler sur la réalité et non l'inverse, mais que veux-tu, le monde est ainsi fait et on ne le changera pas, il faut donc savoir attaquer les problèmes de biais et intégrer la psychologie humaine aux raisonnements politiques. Mais enfin, que mets-tu derrière les adjectifs "bon" ou "mauvais" ? Chacun a ses propres critères pour juger de l'ensemble des facteurs qui constituent sa qualité de vie ! Savoir combien tu es prêt à payer en loyer supplémentaire pour vivre dans un endroit sûr et où tes gamins ne seront ni rackettés ni recrutés pour aller faire la djihad - toutes choses égales par ailleurs - c'est quelque chose de sacrément tangible, non ? Mon propos n'est pas du tout de dire que l'immigration cause ces désagréments en général et partout, mais simplement que ces phénomènes existent et ont des conséquences économiques très claires pour les habitants qui y vivaient jusqu'alors (non sans problèmes d'ailleurs, j'en suis bien conscient). Les primes d'assurances qui augmentent pour tout le monde à cause des cambriolages de quelques-uns, le collier en or que tu ne peux plus porter dans la rue parce que tu as toutes les chances de te le faire voler, le mobilier urbain qui devra être remplacé plus souvent à cause des dégradations, etc. Tout ça pèse économiquement et n'est généralement pas pris en compte dans les études, or pour avoir vécu dans différents types de quartiers et avoir vu des quartiers évoluer à mesure que les habitants changeaient, je peux te garantir que ce n'est pas du ressenti, c'est du bien réel. Autre exemple frappant : comment chiffrer la perte d'utilité engendrée par les habitudes de tes voisins si ces derniers viennent d'une culture (ça existe, la culture) où il est habituel et pas spécialement mal vu de jeter ses ordures par la fenêtre, ses mégots par terre, de faire uriner ses enfants n'importe où ou encore de crier d'un balcon à l'autre ? Il me semble clair que si tu as toi-même ces habitudes, ton utilité n'est pas entamée par l'installation de voisins qui vivent comme toi. Mais si tu es habitué au niveau de propreté et de politesse du Japon, ça te fait rapidement réfléchir à changer d'endroit ou à accepter de vivre dans les ordures. Et je ne fantasme pas, à Marseille il y a des endroits de la ville où on vit littéralement dans les ordures, je le constate tous les jours. C'est un peu comme quand tu as un gros con qui ne voit pas du tout où est le problème de manger bruyamment au cinéma ou de laisser son gamin parler bien fort tout le long : il est clair que ce n'est pas le gros con d'à côté que ça va gêner, mais plutôt celui qui estime plus normal d'affecter les autres le moins possible par ses propres activités. Mon propos n'est donc pas de dire que l'immigration c'est forcément mal, mais de souligner combien ses effets (pour les situations que je connais, du moins, mais à Marseille on a connu quelques vagues d'immigration ces derniers siècles) sont bien plus complexes que tu ne sembles le penser. Est-ce qu'il faut abandonner la libre-circulation pour autant ? Non, bien sûr. Mais il ne faut pas avoir peur de dire combien il est sain de pouvoir mettre en place des solutions qui permettent de fréquenter qui on veut. Or aujourd'hui il est impossible de discriminer à l'entrée d'une co-propriété, ou de sa propre propriété si on décide de la louer, l'école est publique, l'hôpital aussi, et mille autres choses qui font que rien ne permet de sélectionner naturellement et pacifiquement les personnes qui ne posent aucun problème d'intégration à une société occidentale pacifiée. Soit on ouvre toutes les portes à tout le monde, soit on les ferme à tout le monde, telle est la situation actuelle. Et bien je pense que le minimum c'est d'admettre que tout ne se passe pas comme dans la théorie économique joliment modélisée, et l'immigration apporte des bienfaits et des méfaits, dans des proportions variables selon les personnes, les lieux, et d'une manière que tu ne pourras jamais objectiver. La solution qui passe par la liberté de circulation et de discrimination (et bien sûr la disparition de l'Etat-Providence) est déjà périlleuse à faire accepter, mais personne n'a dit que le libéralisme était simple à appliquer au quotidien face aux problèmes du monde réel, fait aussi de politique, de culture, de religion, d'héritage historique réel ou supposé, etc. Mais alors la solution d'ouvrir la porte à tout le monde sous justification de bienfait économique, c'est voué à l'échec en dehors de Liberaux.org, SFL, et quelques no-borders. Car les gens attachent une très grande importance au culturel, surtout quand l'économique a tellement progressé depuis deux siècles que le confort de base est largement assuré pour la plupart, limitant naturellement la volonté d'enrichissement perpétuel. Tu as le droit de douter de mon libéralisme, moi je n'en doute pas. Mais ce n'est pas une religion, et face aux questions qui se posent là tout de suite dans mon quotidien, je n'applique pas les recettes miracles de l'Islande du IXème siècle, n'en déplaise à certains. Le libéralisme est une boussole, un cap, mais parfois il faut savoir dévier légèrement de la trajectoire quand on fait face à un mur. Et je précise que non seulement je vis dans un quartier bien tranquille d'une ville bien tranquille mais qu'en plus je prépare un départ loin d'ici dans 2 ans, donc je souhaite bien fort que la libre-circulation s'applique. Mais je ne peux pas en vouloir à d'autres de vivre une réalité différente, qui leur fait attribuer une importance relative différente au culturel et à l'économique. Entre des libéraux qui ne parlent plus que d'immigration et d'insécurité culturelle, et d'autres qui font comme si tout allait bien se passer si seulement on appliquait la libre-circulation à la sauce libérale, je crois qu'il existe un juste milieu.
  46. 2 points
    Alors oui et non. Les partis politiques souverainistes ou/et nationalistes en Europe ont un gros problème structurel de recrutement de leurs cadres et candidats. Entre les candidats potentiels qui ont un passé ressemblant plus à un passif (condamnation, propos publics homophobes/xénophobes), ceux qui sont incompétents, ceux qui sont à la fois incompétents et arrogants, ceux qui sont incapables de ne pas ‘baver’ (ne pas coller au message du parti et à la place improviser en disant n’importe quoi n’importe comment en finissant par ne laisser aucun doute sur le fait que ce sont des personnes au mieux médiocres) et ceux qui sont des roublards à la petite semaine (et je te facture ça à un pote, et je te fais des fausses notes de frais), c’est vraiment la cour des miracles. Vous me direz que ces problèmes se retrouvent dans d’autres partis, c’est vrai, mais les médias et les autorités collent à la culotte et font du zèle quand il s’agit d’investiguer ces gens-là. Les partis natios qui s’en sortent sont ceux qui concentrent tout le pouvoir aux mains de 4-5 personnes douées, ce qui est efficace à moyen terme mais insoutenable à long terme. Il suffit que ces leaders/cadres/techniciens se cassent pour que le truc s’effondre dans un festival de luttes intestines, de gogoleries et de condamnation au pénal.
  47. 2 points
    La réponse de JRZ est très correcte à mon avis : Mais je vais compléter : c'est exactement pour ça que j'ai reproché à Rocou (edit : et a Lancelot du coup) d'évacuer la question des intentions, la politique ce n'est pas qu'une suite de mesure technocratiques, c'est quelque chose qui se dit depuis au moins (au moins !) Les Politiques d'Aristote. Je ne sais plus si c'était Hayek ou Mises ou Boudon ou qui sais-je qui a dit "on juge une politique sur ses résultats et pas ses intentions". C'est très vrai, et on peut juger que communisme et fascisme et nazisme sont également des gros tas de merde. Ce n'est pas quelque chose qu'on va discuter ici. Mais ça n'infirme pas l'idée que ce ne sont pas des choses identiques pour autant : tu manges et en bout de course t'as du caca, c'est pas pour autant que la nourriture était la même. Désolé pour la comparaison mais c'est tout ce qui me vient en tête là tout de suite L'URSS est ce qui s'est rapproché le plus de la tentative socialiste, est-ce que ça a été un socialisme pur comme décrit dans les ouvrages socialistes ? non. Est-ce que ça infirme pour autant que du coup c'est pas socialiste ? Et ben désolé les coco mais non, exactement les même raisons qu'une politique qui ne serait pas anarcap ou libertarienne peut-etre très bien être libérale. Pas besoin d'être au rupteur à 100% pour être valide. Évidemment, si on déclare "je suis libéral" et puis qu'on nationalise l'économie et ferme la bourse, on a un problème, mais faut-il est anarcap pour autant ? Je veux dire, on est tous assez grand ici pour faire la différence. Le communisme s'effondrera toujours et partout pour deux raisons, l'une est économique et l'autre est politique. Economique, on sait tous ici que ça part en cacahuète. Politique, c'est ce qu'il faudra toujours rappeler aux coco qui soulignent que l'URSS était pas 100% socialiste et que donc, on peut retenter le coup : le socialisme, le communisme dur, supposent l'annihilation de la démocratie, la démocratie est ce qui nous protège des gogoleries dirigistes extrêmes (gauche ou droite). Peut-on imaginer qu'après 5 ans de léninisme, l'URSS aurait engagé une élection au risque de voir les Blancs passer? Bien sur que non. La première chose qu'on fait les Bolchéviques, qui étaient intelligents et qui avaient bien compris la suite des affaires, c'est liquider le parlement (ou peu s'en faut). Le communisme ne peut pas supporter la démocratie parce que l'alternance signifie sa mort. Si on est communiste, on est obligé in fine de reconnaitre la dictature, et foutre dieu, c'est Marx qui l'a écrit. On ne va pas mettre à bas la propriété privée pour la voir revenir aux prochaines élections... L'URSS n'est pas devenue totalitariste et stalinienne par hasard ou parce qu'elle a pas eu de bol de tomber sur un cinglé goulagiste, elle est devenue ce qu'elle était parce que c'est le sens de l'histoire (j'ai envie de dire matérialiste) du communisme. Même les léninistes des 70s le reconnaissent (j'ai lu ça dans Marcel Liebman), ça fait quand même 50 ans qu'ils savent que ça mène à la bureaucratie et à la tyrannie.
  48. 2 points
    Que le modal libertarian ait toujours eu une tendance anti-hiérarchique et un poil trop en faveur (ou plutôt, pas complètement neutre vis-à-vis) des modes de vie "différents", c'est une chose bien connue. Mais là, on a du vocabulaire explicitement SJW (et un ennemi désigné) : En faire l'aile droite de la sociale-démocratie, je suppose ? Ou tuer tout foyer possible de contestation culturelle ? Ou, plus prosaïquement, les réseaux antisociaux rendent les gens fous, surtout ceux qui sont les plus ouverts aux nouvelles idées (les jeunes et les gens intelligents notamment), et les millenials ont tous la cervelle flinguée par le virus mental SJW.
  49. 2 points
    ama ça mérite largement le test. Je me rappelle des débuts de twitter, où on pouvait faire pas mal de choses via l'API, et c'était bien commode, et évidemment ça a contribué à booster twitter. ... et puis, morceau par morceau, twitter a progressivement fermé l'API (toujours pour de bonnes raisons hein) et a systématiquement rapatrié les initiatives intéressantes dans le core. C'est à dire que, de facto, il y a des gens qui inventent des trucs ... qui marchent et qui ne marchent pas ... et les trucs qui marchent, ben twitter ferme les entrées/sorties qui faisaient que ça marchait, et se garde le truc en interne. TL;DR, a priori cela ne devrait pas arriver avec un soft open comme Mastodon, donc le potentiel me semble important sur cet axe là. Perso je trouve que Mastodon est déjà techniquement très supérieur à twitter, et a priori l'écart devrait encore se creuser. De toutes manières, la grosse innovation (pas propre à Mastodon), innovation qui répond à plusieurs problématiques, ce sont les instances. ama, il est évident que quand on groupe 500 millions de personnes sous un même chapeau, il va y avoir des problèmes de censure. (il y a un dessin qui est passé hier je ne sais plus où, où plein de groupes sont sous un même parapluie ... et où chaque groupe demande à être bien sous le parapluie ... quitte à découvrir, volontairement, les individus qui ne lui plaisent pas). Sur twitter, les gauchos font des chasses systématiques aux pas dans les clous. Bref, les instances sont une réponse à ça. En même temps que d'être une réponse aux questions de décentralisation, scalabilité, etc. à savoir aussi que Mastodon s'accède eg via torbrowser. Qu'il y a des instances qui se prétendent respectueuses de la vie privée (pas de logs) etc. Donc, pour les gens concernés par ça, c'est aussi un plus. Après, savoir si Mastodon va tirer son épingle du jeu ? Il y a ~1.5 millions d'users actuellement. Contre 350 millions/twitter. Est-ce que c'est une masse critique suffisante ? On va bien voir la dynamique sur les prochains mois. Perso, je trouve déjà du contenu bien intéressant. Et je fais le pari que cette réponse technique à des communautés (d'intérêt ou autre) est une vraie réponse à une vraie demande, donc ama ça devrait gazer.
  50. 2 points
    Je crois qu'il y a deux trucs différents : l'association d'idées et l'esprit de capitale. Il y a effectivement des Français qui sortent le combo "frites/moules/une fois/nonante" à la moindre mention de la Belgique. C'est à mon avis une association d'idées : tu viens avec un mot-clef ("Belgique"), et ton interlocuteur sort les premières choses qui lui viennent à l'esprit à propos de ce mot-clef ("frites/moules/une fois/nonante"). Pour un Français, c'est de l'ordre du chit chat, de la petite conversation, comme parler de la météo, cela permet de parler de quelque chose pour créer une relation, c'est un point de départ pour situer l'autre, apprendre à mieux se connaître, calibrer la conversation. Mais, vu que les mots-clef employés par ces Français-là sont souvent des clichés, il est compréhensible que cela soit ressenti comme lassant par des Belges. Car oui, les clichés, c'est lassant. La solution c'est peut-être d'en jouer, de s'amuser avec ces clichés, bien sûr, mais bon. L'autre chose, c'est l'esprit de capitale. Certains Français sont très facilement dans le jugement pour tout, y compris pour tout ce qui est vu comme provincial. Et quand un Français avec l'esprit de capitale va faire un commentaire sur la Belgique, cela va sonner comme un maître qui félicite un élève qui se débrouille toujours mal certes mais mieux que d'habitude. Pour prendre une référence de Français, cela sonne un peu comme le passage où OSS 117 donne une image de René Coty à un Egyptien. Et donc quand un Français combine à la fois association d'idées/clichés et esprit de capitale, il est compréhensible que cela soit plutôt négativement reçu. Maintenant, on trouve aussi des Parisiens avec l'esprit de capitale envers les provinciaux, des provinciaux avec l'esprit de capitale envers d'autres provinciaux et des provinciaux avec un certain esprit de capitale envers les Parisiens. Et l'association d'idées/clichés est quelque chose d'assez universel. Des Anglais vont le faire avec un Français, des Français avec un Anglais, des Français avec un Américain, des Américains avec un Européen et avec un Australien, etc. Le truc, c'est la façon de le faire : des Allemands vont moins l'ouvrir que des Français (ils ont sans doute des mots-clef qui leur viennent en tête, mais ils vont plutôt les garder pour eux ou en avancer un tranquillement, alors que des Français vont ouvrir en grand l'écluse à clichés).
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