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il y a 46 minutes, Wayto a dit :

Second strawman, c'est chiant. Il existe un droit de s'exprimer. Tu défends que les individus ne devraient pas être égaux là dessus, atteinte au concept d'isonomie.

Edit : maintenant si tu as des arguments liberhallal qui défendent une asymétrie du droit de s'exprimer au regard de ta situation professionnel - puisque c'est ce que tu défendais il y a 2 pages - je suis preneur.

 

Il n'y a pas de strawman sans volonté de le commettre. Et je note que tu n'as pas répondu à mon argument sur la différence de traitement entre le salarié et le consommateur critiquant la même entreprise : c'est ce que le droit consacre (la faute du premier pour abus de la liberté d'expression). Pour autant, il y a-t-il atteinte au principe d'isonomie ?

 

Le raisonnement s'applique également aux hommes investis d'une fonction d'autorité et les autres citoyens.

 

il y a 36 minutes, POE a dit :

Il y a une différence de nature entre l'expression d'une opinion d'un côté et l'appel au meurtre de l'autre, pénaliser l'un ce n'est pas limiter l'autre, je ne vois pas ce que vous n'arrivez pas à comprendre ici ?

La question est de savoir sur quels critères faut-il pénaliser le second.

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Il y a 13 heures, Johnathan R. Razorback a dit :

 

1): C'est pas parce que je le cites que je suis un aficionado :rolleyes:. C'est assez facile à déceler ceci dit.

 

2): Je suis à la page 67. Il y a une ou deux idées intéressantes, ou qui pourraient le devenir le jour où on mettra une argumentation autour. J'ai aussi un peu lu La France baroque et d'autres de ses livres. Mais ils sont souvent très obscurs. Le Bréviaire du chaos est très sympa si on le lit au second degré comme une parodie de textes apocalyptiques.

D'une manière générale, on dirait du Cioran. Ce n'est ni particulièrement beau ni particulièrement nourrissant pour la réflexion. J'ai dû lire un tiers des œuvres de Cioran et ne noter que quelques pages d'aphorismes. Sans vouloir être méchant, les deux font un peu du sous-Nietzsche (Caraco se compare à Nietzsche et Cioran est manifestement nietzschéen). Ce qui est toujours mieux que le nietzschéisme de carnaval de gauche, qui lui se prétend autre chose que de la littérature.

 

Depuis que le goût de Guy Debord m'est passé, idem du goût pour les assertions. Il y a beaucoup de choses qu'on ne peut guère plus lire après ça.

Je suis assez d'accord avec toi sur ce que tu dis sur ceux que Heidegger appelait les "cracheurs d'aphorismes" et sur Cioran, je serai de l'avis de George Steiner, qui est aussi un peu le tien. Mais Caraco est un niveau au-dessus de Cioran : d'abord il écrit mieux et ensuite il a une certaine vigueur stylistique qui manque à Cioran, qui évoque le déclin de la civilisation occidentale du même ton qu'un mec qui se plaint de l'inconvénient de laver ses chaussettes. Et il y a des livres de Caraco qui n'ont pas grand-chose à voir avec du Cioran : je pense à son livre sur sa mère, Post-Mortem qui est assez loin de l'aphorisme : c'est une succession de portraits ou de souvenirs sans lien entre eux rattachés à sa mère et à son deuil. Mais je suis d'accord que ce n'est pas "nourrissant pour la réflexion" (cela dit, Huysmans non plus, mais c'est pas pour ça que je le lis).

 

Citation

Pour emprunter le registre de l'anecdote, je me souviens d'un séminaire de CS Lewis. Sachant sa profonde nostalgie de ce qu'il appelait "l'image intacte" du cosmos du Moyen Âge et de l'aube de la Renaissance, sachant son aversion pour les vulgarités et les confusions morales du ton du XXe siècle, un étudiant de troisième cycle se lança dans un panégyrique du passé. Lewis l'écouta quelques instants, sa tête massive enfouie entre ses mains. Puis, brusquement, il se tourna vers l'intervenant : "Cessez de proférer vos foutaises faciles, enjoignit-il. Fermez les yeux et concentrez votre âme délicate sur ce qu'aurait été réellement votre vie avant le chloroforme !" Le mot décisif est ici "faciles". Au fil des jérémiades de Cioran, il y a une alarmante facilité. Nul n'est besoin de pensée analytique soutenue, d'un raisonnement serré et clair pour pontifier sur la "pourriture", sur la "gangrène" de l'homme, sur le cancer terminal de l'histoire. Les pages que j'ai citées ne sont pas seulement faciles à écrire, elles flattent l'écrivain par l'encens ténébreux de l'oraculaire. (George Steiner, Lectures. Chroniques du New Yorker, Gallimard, coll. Arcades, 2010, pp. 346-347)

 

Il reconnaît à Cioran le mérite d'un bon essai sur Maistre (effectivement plutôt bon). Mais les livres de Caraco ne sont pas des "jérémiades". Certains sont faciles (le Bréviaire du chaos) mais le ton est différent, me semble-t-il, de celui de Cioran.

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Il y a 3 heures, poincaré a dit :

Il n'y a pas de strawman sans volonté de le commettre.

Je suis censé être télépathe ? Ce n'était pas le premier de notre échange, du coup tu m'excuseras de ne pas t'avoir laissé le bénéfice du doute.

 

Il y a 3 heures, poincaré a dit :

Et je note que tu n'as pas répondu à mon argument sur la différence de traitement entre le salarié et le consommateur critiquant la même entreprise : c'est ce que le droit consacre (la faute du premier pour abus de la liberté d'expression). Pour autant, il y a-t-il atteinte au principe d'isonomie ?

Je n'y ai pas répondu parce que j'avais l'impression que tu tentais de noyer le poisson en déviant la conversation. Je ne suis pas familier avec ce cas précis, donc je dis peut-être des bêtises, mais il me semble qu'il y a un contrat entre le salarié et l'entreprise qui l'emploie, ce qui n'est pas le cas concernant le consommateur. J'ai beaucoup de mal à voir l'intérêt de cette comparaison dans notre débat, vu que tu défends une inégalité en droit établi par le législateur.

 

Il y a 16 heures, poincaré a dit :

C'est ce que je fais depuis deux pages justement. Et je n'ai franchement pas l'impression d'avoir des contradicteurs sérieux en contrepartie.

Je viens de relire les deux pages, et ton seul argument pour défendre une inégalité en droit, et donc une atteinte au principe d'isonomie, et donc une atteinte au DN est utilitariste :

Citation

 Ensuite, c'est un critère d'autant plus pertinent dans la mesure où des propos d'un homme faisant autorité, et donc ayant un plus grand nombre de récepteurs, sont beaucoup susceptibles d'être pris au sérieux. Les conséquences sont donc plus graves que dans le cas d'un no name dans son appartement à Molenbeek qui appelle à rejoindre Daesh sur Facebook.

 

J'ose espérer qu'on aura pas à débattre de la dangerosité de l'utilitarisme, et donc de la faiblesse de l'argument du point de vue libéral.

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Bon les enfants, ce fil est censé porter sur vos lectures du moments. Si vous souhaitez débattre d'un autre sujet merci d'ouvrir un fil idoine et de ne pas faire dévier celui-ci.

 

La Modération.

  • Yea 1
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Il y a 6 heures, Vilfredo Pareto a dit :

Huysmans non plus, mais c'est pas pour ça que je le lis

 

C'est bien À rebours ?

 

J'ai rien contre le genre aphoristique cela dit. Mais c'est dur à faire. Le petit livre d'Ernest Jünger qui porte là-dessus n'est pas très réussi. Les meilleurs que j'ai lu sont chez La Rochefoucauld ou Nietzsche.

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Il y a 3 heures, Johnathan R. Razorback a dit :

Le petit livre d'Ernest Jünger qui porte là-dessus n'est pas très réussi.

Quelle est cette merveille (j'adore Jünger) ??? Rivarol et autres essais ?

Il y a 3 heures, Johnathan R. Razorback a dit :

C'est bien À rebours ?

Fucking masterpiece. Celui-là, En rade et En route sont des romans à tomber à la renverse. Je te conseille vivement. Surtout si, comme j'ai cru le comprendre, tu n'aimes pas Houellebecq :D

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tentative de lire un classique de la littérature chinois, le rêve du pavillon rouge, aussi captivant que frustrant

 

Pas d'arc narratif, personnages innombrables, passages constants du coq à l'âne, mélange des genres (chronique, guide de vie, coquin, petites vignettes biographiques, traduction fort difficile semble-t-il) et puis bon, il nous maque, en gros, tous les repères du mode de vie de ces gens, pour accrocher à l'action. Quand on lit un roman du XVIIIème de chez nous on a une connaissance historique de comment ces gens vivaient (pas précise mais bâties sur des centaines de lectures et de films), mais en Chine, on ne voit pas trop en fait

 

Ou alors, tu le prends complètement différemment et tu dis que c'est juste du Pynchon avant l'heure :lol:

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Le 02/03/2019 à 23:17, Vilfredo Pareto a dit :

Quelle est cette merveille (j'adore Jünger) ???

 

https://www.google.com/search?q=Ernst+Jünger,+Aphorismes&client=firefox-b-d&source=lnms&tbm=isch&sa=X&ved=0ahUKEwj-6cyK0OjgAhVSRBoKHVDQAq0Q_AUIDigB&biw=1366&bih=621#imgrc=B0gUZ24yKLFUrM

 

Sinon, quel rebelle ce Aron. Il se permet d'envoyer balader Bergson l'air de rien en passant:

 

« La Pensée serait à l'origine, bien que la pensée humaine ne se manifeste qu'au terme du mouvement. Car celui-ci tout entier serait la manifestation d'un élan créateur, d'essence spirituelle, qui dans l'homme atteindrait à la lucidité. [...]
Solution [idéaliste] à la fois facile et vague. [...]
Certes, lorsque l'on dispose d'un élan spirituel, capable de créer, d'innover subitement, peu importe l'hétérogénéité des êtres rapprochés dans une série évolutive. La continuité est alors aussi facile à affirmer que difficile à démontrer et impossible à réfuter. Pour la science positive, la continuité véritable impliquerait la réduction du supérieur à l'inférieur, ou du moins l'explication de celui-là par celui-ci. Or le mécanisme de l'évolution des espèces nous reste mystérieux, nous ne comprenons pas davantage le surgissement de la vie à partir du non-vivant. Pas davantage la naissance de l'homme ou de l'intelligence. Dans ces conditions, même si l'on admet le fait de la succession, la vision historique n'impose ni n'implique aucune conséquence philosophique. Chacun a le droit d'interpréter le passé dont nous recueillons les traces et fixons les moments.
 »

-Raymond Aron, Introduction à la philosophie de l'histoire. Essai sur les limites de l'objectivité historique, Gallimard, 1986 (1938 pour la première édition), 521 pages, p.41.

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Le 03/03/2019 à 05:40, Nick de Cusa a dit :

tentative de lire un classique de la littérature chinois, le rêve du pavillon rouge, aussi captivant que frustrant

 

Pas d'arc narratif, personnages innombrables, passages constants du coq à l'âne, mélange des genres (chronique, guide de vie, coquin, petites vignettes biographiques, traduction fort difficile semble-t-il) et puis bon, il nous maque, en gros, tous les repères du mode de vie de ces gens, pour accrocher à l'action. Quand on lit un roman du XVIIIème de chez nous on a une connaissance historique de comment ces gens vivaient (pas précise mais bâties sur des centaines de lectures et de films), mais en Chine, on ne voit pas trop en fait

 

Ou alors, tu le prends complètement différemment et tu dis que c'est juste du Pynchon avant l'heure :lol:

 

Typique de la littérature non occidentale. Le schéma linéaire auquel on est habitué me semble plutôt récent et très européen (la structure des poèmes épiques antiques est assez déstructurée aussi au premier abord). C'est encore plus flagrant quand on s'attaque à des œuvres asiatiques (Au bord de l'eau  m'avait frustré de la même manière).

Ça explique aussi pourquoi on est un peu surpris par la structure de textes sacrés d'autres civilisations (le Tao, le Coran...). 

 

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Il y a 7 heures, Johnathan R. Razorback a dit :

whah trop bien merci (je ne connaissais pas du tout) ! Traduit par Henri Thomas :wub:

 

Il y a 7 heures, Johnathan R. Razorback a dit :

Sinon, quel rebelle ce Aron. Il se permet d'envoyer balader Bergson l'air de rien en passant:

Oui c'était à la mode à l'époque quand même. Bergson était considéré soit comme un irrationaliste spiritualiste un peu barré et peu rigoureux, soit carrément comme un fasciste. Les choses ont un peu changé depuis (il y a eu Deleuze ^^). Et au sujet de l'évolution, Bergson est resté un lamarckien obtus !

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il y a 19 minutes, Vilfredo Pareto a dit :

Oui c'était à la mode à l'époque quand même. Bergson était considéré soit comme un irrationaliste spiritualiste un peu barré et peu rigoureux, soit carrément comme un fasciste.

 

Ah non, pas du tout. Bergson a été le premier philosophe français aussi encensé de son vivant* et doté de disciples multiples ** (le seul cas antérieur à peu près comparable étant Rousseau ; postérieurement, Sartre). Il a eu une carrière académique de premier plan, contribué au dictionnaire philosophique de référence (Le Lalande), obtenu le Nobel de littérature et les honneurs du régime (il est envoyé par Briand pour convaincre Wilson d'entrer dans la WWI). Thibaudet le désigne comme l'intellectuel français le plus influent de son temps avec Barrès et Maurras. Et surtout il n'a guère d'adversaires en France sur le terrain philosophique: personne n'a ressorti contre lui la thèse de Jaurès, le marxisme vulgaire de Georges Politzer ne touche guère que les cadres de la SFIC...

 

* Surtout avant 1914. Mais à la fin des années 30 il y a nouveau moment bergsonien. C'est pour ça que les piques d'Aron me semble relativement osées.

« On y étudiait [au séminaire de Reims, en 1937] la philosophie thomiste, mais aussi Bergson, qui, après avoir été condamné par l'Église pour avoir écrit L'Évolution créatrice, était presque devenu un Père de l'Église, depuis qu'il avait écrit Les Deux Sources de la Morale et de la Religion. Bergson a eu une influence considérable sur l'évolution de ma pensée, dans la mesure où toute sa philosophie est centrée sur l'expérience d'un jaillissement de l'existence, de la vie, que nous expérimentons en nous dans le vouloir et dans la durée et que nous voyons à l’œuvre dans l'élan qui produit l'évolution vivante. J'ai passé le baccalauréat de philosophie en 1939, et la dissertation avait pour sujet le commentaire de cette phrase de Bergson: "La philosophie n'est pas une construction de système, mais la résolution une fois prise de regarder naïvement en soi et autour de soi". » -Pierre Hadot, La Philosophie comme manière de vivre, Entretiens avec Jeannie Carlier et Arnold I. Davidson, Paris, Éditions Albin Michel, coll. Le livre de Poche, 2001, 280 pages, p.30.

 

** dont Péguy. Bergson a aussi influencé Gilbert Simondon par l'intermédiaire de la philosophie d'Étienne Souriau.

 

Bergson était tout sauf un outsider:

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il y a 4 minutes, Johnathan R. Razorback a dit :

 

Ah non, pas du tout. Bergson a été le premier philosophe français aussi encensé de son vivant* et doté de disciples multiples ** (le seul cas antérieur à peu près comparable étant Rousseau ; postérieurement, Sartre). Il a eu une carrière académique de premier plan, contribué au dictionnaire philosophique de référence (Le Lalande), obtenu le Nobel de littérature et les honneurs du régime (il est envoyé par Briand pour convaincre Wilson d'entrer dans la WWI). Et surtout il n'a guère d'adversaires en France sur le terrain philosophique: personne n'a ressorti contre lui la thèse de Jaurès, le marxisme vulgaire de Georges Politzer ne touche guère que les cadres de la SFIC...

 

* Surtout avant 1914. Mais à la fin des années 30 il y a nouveau moment bergsonien. C'est pour ça que les piques d'Aron me semble relativement osées.

« On y étudiait [au séminaire de Reims, en 1937] la philosophie thomiste, mais aussi Bergson, qui, après avoir été condamné par l'Église pour avoir écrit L'Évolution créatrice, était presque devenu un Père de l'Église, depuis qu'il avait écrit Les Deux Sources de la Morale et de la Religion. Bergson a eu une influence considérable sur l'évolution de ma pensée, dans la mesure où toute sa philosophie est centrée sur l'expérience d'un jaillissement de l'existence, de la vie, que nous expérimentons en nous dans le vouloir et dans la durée et que nous voyons à l’œuvre dans l'élan qui produit l'évolution vivante. J'ai passé le baccalauréat de philosophie en 1939, et la dissertation avait pour sujet le commentaire de cette phrase de Bergson: "La philosophie n'est pas une construction de système, mais la résolution une fois prise de regarder naïvement en soi et autour de soi". » -Pierre Hadot, La Philosophie comme manière de vivre, Entretiens avec Jeannie Carlier et Arnold I. Davidson, Paris, Éditions Albin Michel, coll. Le livre de Poche, 2001, 280 pages, p.30.

 

** dont Péguy. Bergson a aussi influencé Gilbert Simondon par l'intermédiaire de la philosophie d'Étienne Souriau.

Ah ok. Bah c'est pas ce qu'on m'a dit en cours mais mon prof n'est pas évangéliste non plus ^^ Cela dit

Citation

Etrange revirement pour une oeuvre reléguée durant un demi-siècle au rayon des curiosités littéraires - l'éclat de son style ne lui ayant jamais été dénié, même, et surtout, par ses pires ennemis, qui y voyaient la preuve ultime de sa frivolité. Après une gloire éphémère (1907-1914), dont on peine aujourd'hui à se représenter l'intensité, le bergsonisme devint pour les tenants du rationalisme la philosophie à liquider. Son culte de la vie et du mouvement, trop confiant dans les pulsations intimes de la nature, fut assimilé soit à un spiritualisme vieillot, soit à un vitalisme dangereux. Avec cette tache rouge, indélébile, sur l'habit vert de l'académicien : ses discours de guerre en 1914, confondant l'élan vital avec le vent soufflant dans le drapeau français. "Bergsonien attardé" devint une insulte dans la cour de récré des philosophes. Epoussetant le tabac sur sa veste en tweed, le logicien Bertrand Russell persiflait : "Il n'y a pas de mauvais raisonnements chez Bergson, car il n'y a pas de raisonnements."  (...) C'est à Frédéric Worms, directeur du Centre international d'étude de la philosophie française contemporaine à l'ENS, que l'on doit ces dernières années un immense travail éditorial pour dépoussiérer Bergson.

https://www.lexpress.fr/culture/livre/henri-bergson-un-philosophe-dans-le-vent_1136546.html

J'aime bien l'anecdote sur "bergsonien attardé" :lol: Et Worms n'est pas une lumière mais je crois qu'effectivement il a beaucoup joué dans cette opération de relecture de Bergson (lui et Camille Riquier, qui a dirigé le volume collectif consacré à Bergson aux éditions du Cerf). Il a édité Durée et simultanéité (le livre de Bergson sur Einstein, jamais lu j'y comprends rien).

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J'ai lu (et eu cours sur) L'Évolution créatrice, et je suis assez de l'avis de Russell...

 

Comme disait quelqu'un qui a bien connu Bergson: "Peut-être que lui, il la sentait la durée, mais moi, même en me concentrant, j'ai jamais réussie !"

 

Sinon j'ai fini une interview de Castoriadis où il explique qu'il n'y a pas de valeurs objectives... Décidément c'est le jeu préféré des philosophes depuis Hobbes contemporains. L'étape suivante c'est d'essayer rejeter tout jugement de valeur, comme disait @Rincevent. Car après tout avoir un avis est toujours douloureux pour les indécis alentours. Le dernier homme n'a même plus besoin de la doxa.

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il y a 28 minutes, Vilfredo Pareto a dit :

le livre de Bergson sur Einstein, jamais lu j'y comprends rien

Je crois me souvenir que, après l'avoir lu, Einstein lui non plus n'y avait rien compris. :lol:

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Il y a 2 heures, Johnathan R. Razorback a dit :

L'étape suivante c'est d'essayer rejeter tout jugement de valeur

ça me fait penser à ce cher Peterson : https://www.youtube.com/watch?v=OHLSv-tdR7w#t=2m00s

Sinon pas lu L'Evolution créatrice, j'ai seulement parcouru et j'ai vu qu'il disait du mal de Spencer ce qui m'a donné un prétexte pour fermer le bouquin de façon sectaire et bête ("si c'est pas libéral, je lis pas"). Mais j'ai lu le très malthusien Les Deux Sources de la morale et de la religion, inégal, avec une division "société statique"/"société dynamique" franchement pas utile, des passages toupourris sur le bouddhisme et les religions orientales (il faut voir comment Guénon se marre en lisant ça), sans parler des développements sur l'élan, qui n'est pas une impulsion et qui progresse par sauts sans pour autant être aléatoire (dafuq) ; si je me souviens bien il prend l'exemple d'une main qui plonge dans la limaille de fer et réorganise tout n'importe comment. Et puis il a aussi cette idée de la croissance en gerbe propre à la tendance vitale : tu as l'émergence de deux tendances façonnées par le temps, et le progrès consiste en ceci que les hommes se lancent à fond d'un côté ou de l'autre (il appelle ça la "double frénésie"). Ce qui nous avance bien. Après il y a aussi des passages pas mal dedans, sur le machinisme à la toute fin du bouquin, quand il explique que l'outil est un organe artificiel, que la mécanique continue le corps humain (on croirait presque lire du Gehlen ; apparemment je suis pas le seul à faire le lien...). Dans l'ensemble j'avais préféré La Pensée et le mouvant, où certains textes sont vraiment stimulants ("Le Possible et le réel") et surtout où il arrête de causer biologie. L'Energie spirituelle est le plus caricatural que j'aie lu (une conférence où il explique que la télékinésie c'est très intéressant...) mais le chapitre sur la "fausse reconnaissance" aide beaucoup à comprendre Proust, donc...

 

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Bergson m'a toujours l'impression d'être franchement un littérateur, limite un poète (j'allais dire un baratineur :icon_wink:) car pas vraiment d'argumentation, on dirait les émissions pseudo-philosophiques de Enthoven. Il y a tellement à redire sur lui (en fait Russel a tout dit en une seule phrase).

Ce qui accentue encore plus la médiocrité de quelqu'un comme Onfray : au lieu de s'attaquer à la non-pensée bergsonienne, tout ce qu'il trouve à dire c'est que c'est un...facho.

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Il y a 10 heures, Vilfredo Pareto a dit :

1): l'outil est un organe artificiel, que la mécanique continue le corps humain

 

2): Dans l'ensemble j'avais préféré La Pensée et le mouvant, où certains textes sont vraiment stimulants ("Le Possible et le réel")

 

1): L'organicisme c'est une vieille métaphore idée en philosophie politique de la technique mais depuis Simondon et d'autres sont passés par là:

 

"La sphère du mécanique étant pour Kapp totalement identifiée à celle des artefacts, elle est postérieure à celle de l'organique qui l'engendre et qui la détermine en tant que modèle inconscient." (p.28)


"A la thèse d'une constitution du monde par extériorisation organique correspond une conception préformationniste du processus historique. L'histoire ne crée rien, elle déploie un ordre originaire.
On retrouvera ces deux traits (organisme et évolutionnisme préformationniste), plus ou moins prononcés, dans toutes les "philosophies de la technique" qui se fondent sur une théorie de la projection d'organe, qu'elles aient ou non connaissance du texte de Kapp. On peut multiplier les exemples, mais la techno-prophétie béate de Jöel de Rosnay suffit à illustrer le propos: "l'homme du futur sera simplement l'homme symbiotique, en partenariat étroit, -s'il parvient à le construire- avec le système sociétal qu'il a extériosé à partir de son cerveau, de ses sens et de ses muscles. Un super organisme nourricier, vivant de la vie de cellules, ces neurones de la Terre que nous sommes en train de devenir."
Poussé à son terme, la théorie de la projection d'organe aboutit à la naturalisation de l'ordre social et ses transformations, alors présentées comme le développement d'un principe germinal plutôt que comme un authentique devenir historique.
Pour mener à bien sa démonstration, cet évolutionnisme continuiste doit masquer ou ignorer les ruptures et les renversements qui marquent l'histoire des techniques
." (p.36)
-Grégoire Chamayou, introduction à Ernst Kapp, Principes d'une philosophie de la technique, Paris, Librairie philosophique, Vrin, 2007 (1887 pour la première édition allemande).

 

2): +1, Le possible et le réel comporte un passage très intéressant où Bergson montre que l'idée de néant est réductible à l'idée de substitution. C'est ce qu'il a fait de mieux à ma connaissance.

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Quote
Cardinali, Lucilla, et al. "Tool-use induces morphological updating of the body schema." Current biology 19.12 (2009): R478-R479.

 

To control bodily movements the human brain relies on a somatosensory representation referred to as the body schema. The almost century-old hypothesis that tool-use induces plastic changes resulting in the tool being incorporated in the body schema is nowadays widely accepted. Whether this somatosensory representation is truly modified remains unknown, however, as tool-use has never been shown to affect arm motor behaviour. Here we report that using a mechanical grabber that physically extends the arm does alter the kinematics of subsequent free-hand grasping movements. Remarkably, tool-use after-effects generalise to pointing movements, despite the absence of specific tool-training. Furthermore, this effect is driven by an increase of the represented length of the arm: after tool-use, subjects localised touches delivered on the elbow and middle fingertip of their arm as if they were farther apart. These findings indicate that tool-use alters the body schema, and also show that what is modified is the somatosensory representation of intrinsic properties of the body morphology. 

 

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Je commence dès ce soir la lecture d'un ouvrage reçu aujourd'hui, enfin traduit en France, L'Erreur et l'orgueil de Roger Scruton, aux éditions L'Artilleur.

Un livre qui passe au crible les intellectuels de gauche en Europe. Le plan du livre est intéressant, on commence par un chapitre définissant la gauche, le suivant parle de Hobsbawm et E.P Thompson, puis des américains Galbraith et Dworkin, les français Sartre, Foucault puis Althusser, Lacan et Deleuze, l'allemand Habermas, la nouvelle gauche de Gramsci et la guerre culturelle en Europe, un chapitre dédié à Badiou et Zizek puis une conclusion sur les droites en Europe.

 

Ma foi, bien que j'aie déjà connaissance de ces sujets, le livre semble très intéressant dans son contenu, il me fait penser aux vieux livres du Club de l'Horloge.

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Quelques soient les désaccords qu'on puisse avoir avec lui, Aron est vraiment un grand philosophe français. Le passage suivant ne mobilise pas seulement un argument simple et définitif contre la théorie sociologique de Marx (la vacuité de la notion de dernière instance), il démolit aussi, avec plus de 20 ans d'avance, la tentative de renouvellement althussérienne du marxisme:

 

 

"Que la régression, à partir de n'importe quel événement, remonte à un phénomène économique, on l'admettra volontiers. Il suffit de prolonger assez loin la recherche ; de plus, les différentes causes sont enchevêtrées pour qu'on ne se heurte pas rapidement à un antécédent économique. Mais le problème est de savoir pourquoi, comment un tel antécédent peut être dit cause véritable ou cause dernière. Nous avons analysé le mécanisme de l'enquête historique: il est inconcevable que l'on puisse, à l'avance et de manière générale, quel antécédent est cause déterminante. De quel droit s'arrête-on dans la régression ? Au-delà de l'antécédent économique, on mettrait au jour d'autres antécédents non économiques. Comment donner un sens à l'expression en dernière analyse ?" (p.308-309)

"Nous accepterons volontiers cette notion d'action réciproque qui n'est ni spécifiquement marxiste, ni spécifiquement dialectique (l'action réciproque devient dialectique lorsqu'elle s'inscrit à l'intérieur d'une progression, lorsque l'antithèse, par réaction sur la thèse, l’œuvre par réaction sur le créateur, détermine l'accession à un terme supérieur qui réconcilie les deux premiers). La coexistence se définit par l'interaction. Si l'on considère deux ensembles -politiques d'une part, économique de l'autre-, certainement il faudra reconnaître l'échange des influences. Mais dès que l'on descend au détail, l'action réciproque devient position d'un problème: dans quel sens, à tel moment, s'est exercée l'action ? Je ne prétends pas que toujours on aboutisse à une relation de sens unique: la formule de l'interaction traduit les limites de notre savoir et de notre analyse autant que la structure du monde historique. A un niveau inférieur ou supérieur, on apercevrait peut-être le terme directeur." (p.310)

"Pour éviter que la doctrine se dissolve en une généralisation vague de l'action causale propre à l'économie, on tentera de donner un sens rigoureux à l'idée de prédominance. Mais cette tentative est condamnée à l'échec comme l'effort pour justifier l'efficace exclusive. [...] Nous en revenons toujours à la même argumentation: on pèse l'efficace des différents antécédents dans chaque situation. Comment formuler à l'avance le résultat, unique et constant, de ces évaluations singulières." (p.311)
-Raymond Aron, Introduction à la philosophie de l'histoire. Essai sur les limites de l'objectivité historique, Gallimard, 1986 (1938 pour la première édition), 521 pages.

 

  • Yea 1
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Toujours dans Aron. Celle-là je la garde pour le prochain liborgien type qui confond, ou réduit, défense de la liberté à la défense du marché (ou défense du capitalisme à usage d'arguments productivistes) :

 

"Entre l'économiste qui condamne le collectivisme parce qu'il produit à des prix de revient trop élevés, et le moraliste qui condamne un régime dont le ressort est le désir de profit, il n'y a et il n'y aura jamais de dialogue."

-Raymond Aron, Introduction à la philosophie de l'histoire. Essai sur les limites de l'objectivité historique, Gallimard, 1986 (1938 pour la première édition), 521 pages, p.405.

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Il y a 11 heures, Restless a dit :

Quelqu'un a déjà lu "Les libertariens aux États-Unis" de Stéphane Caré ?

Oui, la paire d'ouvrages de Sébastien Caré (pas Stéphane) sont bien, très convenablement informés et plutôt de bonne foi (malgré quelques erreurs d'analyse).

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Ça marche! Déjà le fait qu'il soit sur Rennes1 et pas Rennes2, ça laissait présager du moins pire :D ; Mais blague à part, je me laisserai surement tenter alors.

 

 

Sinon, je cherche de la bonne lecture sur MLK, ainsi que sur le Che.

Aussi, si vous avez des pistes sur des ouvrages concernant les religions, ça m'intéresse. Soit sous forme de "guide de religions", soit des spécifiques (essentiellement Christianisme, Islam et Judaïsme, j'attaquerai l'oriental après).

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Critique intéressante adressée à Arendt:

 

"Cette compréhension de l'effondrement intellectuel et spirituel est suivie, dans le texte du Dr Arendt, de cette phase: "C'est la nature humaine en tant que telle qui est en jeu ; et même s'il semble que ces expériences ne réussissent pas à changer l'homme, mais seulement à le détruire [...] on ne devrait jamais perdre de vue les nécessaires limites d'une expérience qui requiert un contrôle global des résultats concluants". Quand j'ai lu cette phrase, j'ai eu du mal à en croire mes yeux. La "nature" est un concept philosophique ; il désigne ce qui identifie une chose comme étant une chose de telle sorte et pas d'une autre. Une "nature" ne peut pas être changée ou transformée. Un "changement de nature" est une contradiction dans les termes: toucher à la "nature" d'une chose signifie détruire cette chose. Concevoir l'idée d'un "changement de la nature" de l'homme (ou de quoi que ce soit d'autre) est un symptôme de l'effondrement intellectuel de la civilisation occidentale. L'auteur adopte en réalité l'idéologie immanentiste. Elle conserve son "ouverture d'esprit" pour ce qui concerne les atrocités totalitaires. Elle considère la question d'un "changement de nature" comme un sujet qui ne saurait être tranché que par "expérimentation" ; et puisque "l'expérimentation" n'a pas pu encore bénéficier des opportunités offertes par un laboratoire global, la question doit demeurer pour l'instant en suspens.
Bien entendu, ces phrases du Dr Arendt ne doivent pas être interprétée comme une concession au totalitarisme au sens le plus restreint, c'est-à-dire comme une concession aux atrocités nationales-socialistes et communistes. Bien au contraire, elles reflètent une attitude typiquement libéral, progressiste, pragmatique, envers les problèmes philosophiques. [...] Cette attitude revêt, en effet, une importance d'ordre général en ce qu'elle révèle combien les positions libérales et totalitaires partagent de points communs ; l'immanentisme essentiel qui les unit l'emporte sur les différences d'ethos qui les séparent. La véritable ligne de partage dans la crise contemporaine ne passe pas entre les libéraux et les totalitaires, mais entre les partisans d'une transcendance philosophique ou religieuse d'un côté, et les adeptes sectaires de l'immanentisme, libéraux ou totalitaires, de l'autre
."
-Eric Voegelin, "The Origins of Totalitarianism", Review of Politics, janvier 1953, in Hannah Arendt, Les Origines du Totalitarisme - Eichmann à Jérusalem, Gallimard, coll. Quarto, 2002, 1615 pages, pp.958-966, p.964-965.

 

Cela étant Voegelin est doublement abusif: tous les libéraux (et sans doute même tous les liberals) ne s'appuient certes pas sur un antinaturalisme. D'autre part une philosophie reposant sur l'analyse de la nature humaine ne présuppose pas nécessairement une métaphysique idéaliste ou religieuse, comme le prouve le matérialisme épicurien ou le matérialisme moderne d'Holbach (le marxisme tomberait en revanche tout à fait sous le coup de sa critique puisqu'il réduit, après Rousseau, l'humain a son historicité) -ou encore l'objectivisme.

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2w7cic.jpgvia Imgflip Meme Generator

 

« Beaucoup de personnes, à la suite d’un accident imprévisible, étant devenues incapables de subvenir à leurs besoins par leur travail, ne doivent pas être abandonnées à la charité privée, mais elles doivent être prises en charge (autant que les nécessités naturelles l’exigent) selon les lois de l’Etat. Car tout comme c’est un manque de charité de la part de quiconque de ne pas s’occuper des invalides, c’est de même un manque de charité de la part de l’Etat de les exposer au hasard d’une charité aussi incertaine. »

-Thomas Hobbes, Léviathan. Traité de la matière, de la forme et du pouvoir de la république ecclésiastique et civile, chapitre 30, 1651.

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