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Il y a 9 heures, NoName a dit :

Il y a quelques semaines j'ai aussi lu 2001 Space Odyssey, mon premier Clarke. Je sais pas trop à quoi je m'attendais mais au final j'ai été très positivement surpris : il a un style très agréable à la fois classique et moderne, dépouillé dans le bon sens du terme, direct, rapide. Super lecture. 

J'en ai lu une dizaine de Clarke. Un bon souvenir de tous.

Et scientifiquement, ça tient toujours la route.

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il y a 35 minutes, Mégille a dit :

Sur les liens profonds entre l'antisémitisme et le socialisme. 

Les deux sont une réaction proprement moderne contre la modernité, issue d'une analyse faite de travers car employant des outils conceptuels inadaptés et proposant par conséquent des solutions à côté de la plaque. Pour le dire autrement, ce sont les enfants dégénérés de la partie la plus sombre des Lumières (rationalisme morbide et universalisme aveugle, pour l'essentiel, cf Hertzberg).

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  • 3 weeks later...
Le 17/12/2020 à 13:53, Vilfredo Pareto a dit :

Ca a l’air bien Comprendre la physique quantique de Bricmont

Sinon je lis beaucoup de littérature anglaise (Auden, Shakespeare) et avec très grand plaisir avec chouchou et je vais bientôt lire The State de Jasay et Le Libéralisme et les limites de la Justice de Sandel. Hâte.

 

Je confirme. Je suis en train de le lire, alors que je n'ai pas la moindre notion sur le sujet, il arrive à en parler de façon claire et sérieuse, en plus d'aborder le sujet intelligemment. Il n'expose pas simplement la physique quantique et ses fondements au profane, il tente aussi une approche qui sort de l'orthodoxie (ce n'est pas très étonnant de la part de Bricmont quand on connaît le personnage), mais rien à voir avec le mysticisme et les pseudosciences liés à la physique quantique qu'il réfute dès le début de l'ouvrage. Il y a d'ailleurs, vers la fin de l'ouvrage, tout un chapitre dédié à l'impact culturel de la physique quantique : pseudosciences, religions, théologie, le marxisme, le positivisme logique, le postmodernisme, etc. Il aborde surtout des questions que les experts jugent trop philosophiques ou métaphysiques, et cherche à comprendre pourquoi est-ce que la physique quantique fonctionne parfaitement. A cet égard, je trouve que ça apporte une plus-value au livre et le distingue des autres manuels que j'ai pu consulter sur le sujet.

Sinon je recommande aussi "La physique quantique (enfin) expliquée simplement" de Vincent Rollet, où on a encore affaire à un livre qui fait confiance à l'intelligence du lecteur et ne le prends pas pour un idiot sous prétexte de vulgarisation.

 

En parallèle je suis en train de lire un livre assez étonnant qui pourrait plaire aux mordus d'histoire des idées sur ce forum, c'est "L'autre tiers-mondisme : des origines à l'islamisme radical" de Philippe Baillet, un essayiste et un traducteur d'auteurs traditionalistes comme Evola, ou bien l'historien Ernst Nolte. L'auteur est un genre de païen identitaire qui a eu un parcours assez atypique et personnel, qui fait cavalier seul depuis plusieurs années par rapport à cette sphère nationalistes européens et racialistes. Dans son livre il parle d'un phénomène qui m'a toujours surpris quand j'observais sur ce qui se faisait chez la fachosphère internet début 2010 : l'accointance entre l'extrême droite, certains mouvements non-alignés et l'intérêt prononcé pour les causes du tiers-monde avec toujours cette rhétorique parfaitement identifiable : discours critique à l’égard de l’Occident et du capitalisme financier, apologie de figures telles que le terroriste Carlos, Fidel Castro, Hugo Chavez, antisionisme obsessionnel, intérêt  pour le panafricanisme, promotion de la cause palestinienne, islamophilie, spiritualisme oriental (René Guénon notamment), etc. 

L'auteur montre que ces racines sont plus profondes que les délires internet de la "dissidence" - rien que cette appellation en dit long je trouve - on trouve ça au moins dans le préfascisme de D'Annunzio, en passant par des figures historiques divers et variées comme Hitler, Bardèche, et bien d'autres. Très intéressant ! 

 

On peut trouver un certain écho avec le lien posté par Mégille sur le socialisme et l'antisémitisme sous certains aspects. Il y a un chapitre intéressant à ce propos dans "Le capital : l'invention du capitalisme" de l'éminent et regretté Michel Leter. 

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Il y a 2 heures, Doctrinaire a dit :

Je confirme. Je suis en train de le lire, alors que je n'ai pas la moindre notion sur le sujet, il arrive à en parler de façon claire et sérieuse, en plus d'aborder le sujet intelligemment. Il n'expose pas simplement la physique quantique et ses fondements au profane, il tente aussi une approche qui sort de l'orthodoxie (ce n'est pas très étonnant de la part de Bricmont quand on connaît le personnage)

Il n'est pas aussi partisan de l'interprétation De Broglie-Bohm d'ailleurs ? Niveau originalité ça se pose pas mal. ;)

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Ah bah cool @Doctrinaire je le mets sur ma wishlist goodreads ;)

Récemment, càd depuis janvier, j'ai lu donc (outre manuels et trucs qui n'intéressent personne ici) L Jaume, Hobbes et l'Etat représentatif moderne; A de Jasay, The State; M Sandel, Le Libéralisme et les limites de la justice; A Passerin d'Entrèves, The Notion of the State; Byrd & Hruschka, Kant's Doctrine of Right: A Commentary; pas mal de Nietzsche mais rien en entier (sachant que j'ai déjà lu Le Gai Savoir et Par-delà bien et mal) en lisant un ouvrage critique très recommandé, un petit bijou en son genre en fait, Kaufmann, Nietzsche. Philosopher, Psychologist, Antichrist, que je suis en train de finir et recommande très chaudement. Et j'ai enfin achevé la lecture de Misbehaving de Thaler, exclusivement aux toilettes. J'ai des livres de toilettes: j'ai ainsi lu, from cover to cover, exclusivement par passages aux toilettes plus ou moins prolongés, De l'inconvénient d'être né de Cioran (le format s'y prête) et les Nouvelles leçons d'économie contemporaine de Simonnot (là encore, le format s'y prête bien).

 

Jaume est très bien, la partie sur la représentation où il analyse à la lettre le texte de Hobbes (les 100 premières pages) est la plus stimulante. Il offre une intéressante réponse à la critique de Pitkin sur la question de la représentation dans le Léviathan, à savoir: comment le Léviathan peut-il être l'acteur du corps politique si l'"auteur" ne peut pas contrôler cet acteur? L'"auteur" n'est-il pas réduit au rang de simple spectateur? Il montre que non, car la personne du Léviathan est artificielle. Il montre quel sens "personne" a pour un nominaliste comme Hobbes (rien à voir avec son sens chez Kant par exemple). Il fournit une très bonne analyse du frontispice, qui pose les bonnes questions (pourquoi les hommes ont-ils déserté les villes? comment peuvent-ils être représentés s'ils forment le corps du représenté, càd s'il n'y a pas d'extériorité?), seulement dommage qu'il écrive très mal. Ses considérations sur le fictionalisme dans Hobbes (on n'obéit qu'à ce qu'on a créé, comme on ne reconnaît comme vraies que les vérités que l'on a formulées dans son esprit) sont très éclairantes, et aident à relativiser l'interprétation décisionniste schmittienne du "auctoritas, non veritas facit legem" (de toute façon avoir lu Zarka m'avait déjà fait comprendre à quel point Schmitt racontait de la merde sur Hobbes). La seconde partie sur la représentation de façon plus générale, l'héritage de Hobbes, est un peu plus faiblarde, mais il y a des trucs très bien dedans. Pas bien compris le gain des élucubrations sur Sieyès, le mec dit tout et son contraire (Sieyès insiste sur l’idée que la nation ne parle que par ses représentants, tout en écrivant que la nation existe avant tout, à titre d’instance de légitimation ; c’est contradictoire, mais simplement parce que Sieyès voulait éviter la démocratie (i.e. la démocratie directe) et défendre le gouvernement représentatif (i.e. la démocratie représentative)), so what? J'avais déjà lu Les Origines philosophiques du libéralisme de Jaume, qui m'avait plu même si les chapitres étaient très inégaux.

 

Alors pour Jasay, je ne suis pas entièrement époustouflé, mais c'est très bien. Les problèmes du bouquin sont, à mon avis (je n'ai rien lu d'autre de lui mais j'ai Political Philosophy, Clearly qui m'attend) (1) les considérations historiques chiantes (grosso modo les 100 premières pages, jusqu'au moment où il écrit no chill que Jules Ferry était d'EG), (2) le fait que le développement sur les comparaisons interpersonnelles d'utilité est si convaincant et engageant qu'il prend un peu toute la place et tout l'intérêt du bouquin, (3) le fait qu'il présente parfois certaines critiques de Rawls comme si elles étaient nouvelles (par exemple le maximin principle n'est pas une bonne base pour la moralité) alors qu'en vrai, en prenant une phrase de Nozick et une phrase de Harsanyi, on obtient un peu la même limonade. J'ai surtout retenu l'idée que les individus sous le voile d'ignorance ne sont pas rationnels parce qu'être rationnels c'est conformer son action aux probabilités de survenue des fins de l'action, or si tout le monde part du principe qu'il est le plus mal loti (comme le veut l'expérience de pensée) & qu'ils sont rationnels, cela voudrait dire qu'il y a une probabilité de 1 qu'ils finissent le plus mal loti, ce qui n'est pas le cas. Les considérations sur la symétrie sont intéressantes quand il discute de la justice distributive (nous aimons instinctivement la symétrie dans les allocations de ressources mais il y a plusieurs symétries possibles, pourquoi préférer tel ordonnancement à tel autre). Jasay a parfois le don de balancer des thèses morales les pieds dans le plat (il ne faut pas juger la moralité d'une action par ses conséquences period motherfucker) et de réussir à être convaincant (parce qu'il a un style sublime et très witty (ça change de Buchanan qui écrit comme un fer à repasser!), c'est un vrai plaisir de lecture: je retiens une phrase où il écrit Nozick machine guned this sitting duck to shreds ou qqch comme ça (il donne un peu envie de relie ASU d'ailleurs, alors même que je me souviens quel bordel argumentatif c'est)), mais après quelques heures ou en reprenant le bouquin le lendemain, t'es moins convaincu. Surtout, par rapport au big développement sur l'utilitarisme, ça ressemble à des remarques éparses peut-être intéressantes en elles-mêmes mais je sens que je les oublierai assez vite. Plus globalement, ce qui fait plaisir est le style de pensée de Jasay, qui vivisecte littéralement les problèmes, les décompose, les recompose, ne laisse absolument no stone unturned, c'est un peu comme s'il faisait un lavement aux problèmes de philo politique.

 

Le Sandel je suis partagé. D'un côté c'est sûr que le mec a bossé Rawls et montre bien comment Rawls a le cul entre deux chaises, d'un côté voulant rejeter l'utilitarisme parce que ça applique au groupe une heuristique qui ne vaut que pour l'individu, de l'autre le kantisme, parce qu'il ne veut pas se taper la métaphysique de Kant et garder juste le déontologisme, ce qui le mène à imaginer des "mois désencombrés" (disencumbered selves) qui ressemblent à rien et posent des tas de problèmes, et sur lesquels il est obligé de s'appuyer, par exemple pour réfuter la méritocratie et le laissez-faire (sur une ligne d'argumentation assez pascalienne, disant que comme nous n'avons aucun attribut fixe, nous ne méritons rien du tout, et en particulier pas des droits naturels (genre de critiques que l'approche rothbardienne du droit de propriété coupe en morceaux ama)). Sandel prend appui sur une tradition humienne insistant sur la qualité contextuelle des vertus, et que la justice vaut entre communautés en conflit mais pas dans des communautés heureuses ou en bonne entente, et que faire primer le juste sur le bien (ce qui est la pierre angulaire de l'edifice rawlsien), c'est abolir dès le départ tout projet communautaire. Alors autant Sandel does a good job at pointing out les défauts de la théorie de Rawls, surtout que lui aussi est très rigoureux et tous les NTs en mettront partout à lire ce bouquin de ce point de vue, autant la partie "positive" du bouquin, quand il essaie plus ou moins de montrer que le neutralisme de Rawls sur les problèmes moraux de société (genre l'avortement, la moralité de l'homosexualité (le résumé de ce débat est priceless; en googlant j'ai vu qu'il y avait des textes de Michael Levin et Scruton sur le sujet, ça doit être des barres), l'esclavage) le mène à des positions intenables. Mais les positions de Rawls me paraissent beaucoup moins intenables que les siennes: en effet, l'Etat peut parfaitement rester neutre sur ces sujets en laissant les individus décider s'ils veulent être avortés, homos ou esclaves, et vu la nature des problèmes, la question se règlera assez vite. On n'a pas besoin de lois spécifiquement pour protéger les homos des agressions si on interdit les agressions tout court. Et son projet communautarien reste très vague et ressemble un peu à du youkaïdi-youkaïdisme, ou du embrassonsnousfollevillisme si vous préférez. La biblio est bien.

 

Le Passerin d'Entrèves est un peu inégal (genre les articles sur le gouvernement des élites, la raison d'Etat, par exemple, on s'en bat totalement les couilles) mais c'est dans l'ensemble très utile comme introduction à la théorie classique. Il est sensiblement meilleur quand il parle de la période classique que de la période moderne (même sur Machiavel c'est assez inepte). Le chapitre sur la nation et le pays est très synthétique et concis, s'ils pouvaient tous être comme ça ça serait tiptop. L'autre avantage du bouquin est de mettre les idées au clair sur certains lieux communs, par exemple sur la phrase de St Augustin sur l'Etat bande de voleurs, qui spécifie que c'est l'Etat qui ne respecte pas la justice qui est une bande de voleurs, et que cette observation est typique du réalisme/scepticisme politique des théoriciens catholiques. APdE a un mépris un peu trop voyant (et injustifié) pour la philosophie politique médiévale, sur laquelle j'aurais bien aimé qu'il s'attarde plus au lieu de dire que le principe est qu'on règle tout par la coutume et que ça vaut pour les barbares.

 

Le commentaire de Kant est un bonheur absolu. C'est d'une clarté exemplaire, j'ai pas grand chose à en dire, le texte est examiné, illustré de façon extrêmement pédagogique, quand Kant se contredit d'un texte à l'autre, la généalogie de sa pensée est retracée et les thèses de la Doctrine du droit sont replacées dans le système, c'est vraiment un modèle.

 

Kaufmann est super. C'est un livre à recommander pour ceux qui veulent défaire tous les préjugés sur Nietzsche. Là encore, pas de commentaire très détaillé à faire, je peux juste dire que c'est un éclairage précieux qui saisit simplement les points compliqués (le sens de la puissance, la signification du surhomme, comment se combinent les principes apollinien et dionysiaque en art etc.) @Lancelot sera peut-être intéressé par les passages sur la théorie politique de Nietzsche, son opposition à Hegel. Un autre texte apparemment important sur le sujet mais que je n'avais pas cité quand tu me l'avais demandé est la 3e Considération inactuelle. Je lis le bouquin avec les livres de Nietzsche en allemand près de moi pour aller chercher les passages. C'est un plaisir fantastique, je vais me remettre à l'allemand l'année prochaine, l'allemand de Nietzsche est d'une telle beauté!

 

Le Misbehaving de Thaler est une plaie à lire: je déteste les gens qui font du storytelling, et ce bouquin en fait tellement bordel de putain de merde. Tout ce que Thaler réussit à faire c'est passer pour un gros con prétentieux qui a toujours raison et que tout le monde a méprisé pendant toute sa vie et ils l'ont bien profondément dans le cul maintenant nananananèreu. Beyond that, le bouquin souffre d'un gros problème d'organisation, qui est que Thaler présente les résultats de ses recherches comme une liste de courses, donc on retient des bullet points mais tout ça n'est que lâchement relié par le fil conducteur dummy de Humans != Econs. Souvent, faut bien le dire, ses "découvertes" sont du bon sens, donc c'est pas le bouquin qui va vous ébouriffer d'originalité, surtout quand on a un minimum (je parle de moi là donc vraiment minimum) de background en théorie des jeux. Le passage sur sa réfutation du théorème de Coase dans les cas où on présente aux gens une transaction qu'ils jugent injuste indépendamment du fait qu'elle leur est utile really makes you think tho, et pas mal de passages really make you think, mais le problème mec est que c'est un bouquin, pas une liste d'articles. Donc faites comme moi, lisez-le aux chiottes. Bizarrement (puisqu'il présente le personnage comme un vieux con), il m'a donné envie de lire Posner. Parmi les points importants, sa discussion des "comme si" dans la théorie néoclassique (critique de Friedman), réponse à la critique que les behavioral economics ne sont pas significatives car elles n'utilisent que des enjeux trop bas dans leurs expériences de labo de fiottes, des illustrations des biais cognitifs célèbres complètement redondantes si on a lu Kahneman (sunk costs, transaction utility, dans quelles circonstances les gens perdent leur aversion au risque, etc), pourquoi il ne faut pas accepter de faire 100x un pari qu'on ne serait pas prêt à faire une fois (simplement pour laisser ouverte la possibilité de gagner plus), une illustration réussie du concours de beauté de Keynes. La discussion du Nudge arrive à la fin et il ne me convainc pas avec son truc, mais c'est tricky, parce que ce que ça challenge vraiment est la théorie des préférences révélées. Si les gens agissent de telle sorte qu'ils ne poursuivent pas les buts qu'ils se sont consciemment fixés à cause de biais cognitifs inconscients, ils manquent inconsciemment la satisfaction de leur préférence, et le nudge n'est pas une intrusion dans leur liberté: il réalise leur liberté. D'un autre côté, je ne vois pas très bien quoi (1) c'est le boulot du gouvernement ni (2) en quoi les politiques sont exempts de ces biais (au contraire en fait). A la limite ça peut servir à éviter que les mecs pissent à côté de la pissotière mais bon je sais pas si cet achievement mérite un prix Nobel.

 

Maintenant j'ai reçu In Pursuit de Murray, donc je vais bientôt lire ça, je vais me mettre à Ryle (The Notion of Mind et Dilemmas), j'ai acheté un livre de Szasz (The Myth of Mental Illness), j'ai jamais lu Hume donc faudrait, j'ai The Blank Slate de Pinker, le Jasay dont j'ai parlé, des Mill (On Liberty, son texte sur Tocqueville, Representative Government), Foucault (l'Histoire de la sexualité et certains cours du Collège de France), Beccaria et deux-trois autres trucs sur la planche. En littérature ça sera plutôt pour cet été mais je voudrais me mettre à Nabokov et Burgess. Et aussi lire plus de Virginia Woolf.

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14 minutes ago, Vilfredo Pareto said:

La discussion du Nudge arrive à la fin et il ne me convainc pas avec son truc, mais c'est tricky, parce que ce que ça challenge vraiment est la théorie des préférences révélées. Si les gens agissent de telle sorte qu'ils ne poursuivent pas les buts qu'ils se sont consciemment fixés à cause de biais cognitifs inconscients, ils manquent inconsciemment la satisfaction de leur préférence, et le nudge n'est pas une intrusion dans leur liberté: il réalise leur liberté. D'un autre côté, je ne vois pas très bien quoi (1) c'est le boulot du gouvernement ni (2) en quoi les politiques sont exempts de ces biais (au contraire en fait). A la limite ça peut servir à éviter que les mecs pissent à côté de la pissotière mais bon je sais pas si cet achievement mérite un prix Nobel.

Alors ça recoupe assez là où je voulais en venir l'autre jour avec ma question sur ce qu'est un vice/une vertu dans le thread sur l'éthique. Faudra que je prenne le temps de répondre là-bas.

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il y a 1 minute, Lancelot a dit :

Alors ça recoupe assez là où je voulais en venir l'autre jour avec ma question sur ce qu'est un vice/une vertu dans le thread sur l'éthique. Faudra que je prenne le temps de répondre là-bas.

Oui tu disais que ça tombait dans la catégorie de "faire chier les gens", mais c'est difficile à argumenter si les gens applaudissent l'idée ET que ça mène à des résultats préférables pour eux et pour tout le monde d'ailleurs. Outre la critique anarcap axiomatiste ("il faut des fonctionnaires pour que ça fonctionne"), je pense que l'élément significatif d'une vie humaine morale est moins la satisfaction de ses désirs que le fait qu'on soit l'auteur de cette satisfaction. Enfin c'est mon idée pour l'instant.

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il y a 46 minutes, Vilfredo Pareto a dit :

j'ai acheté un livre de Szasz (The Myth of Mental Illness)

Je l'ai depuis un bail, en français en plus, mais pas encore lu. Tu me redonnes envie de l'ouvrir. :)

 

il y a 49 minutes, Vilfredo Pareto a dit :

(de toute façon avoir lu Zarka m'avait déjà fait comprendre à quel point Schmitt racontait de la merde sur Hobbes)

On demande l'avis de @F. mas ! ;)

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Le 16/02/2021 à 16:31, Rincevent a dit :

Les deux sont une réaction proprement moderne contre la modernité, issue d'une analyse faite de travers car employant des outils conceptuels inadaptés et proposant par conséquent des solutions à côté de la plaque. Pour le dire autrement, ce sont les enfants dégénérés de la partie la plus sombre des Lumières (rationalisme morbide et universalisme aveugle, pour l'essentiel, cf Hertzberg).

 

Je vais faire mon historien des idées chiant subtil, mais le socialisme d'un Charles Péguy, d'un Édouard Berth, d'un William Morris, d'une Simone Weil, d'un Albert Camus, d'un George Orwell... n'est ni spécialement rationaliste (les 3 premiers sont clairement romantiques), ni spécialement tendre avec le monde moderne. 

 

C'est largement vrai de l'anarchisme aussi. Le socialisme ne peut pas être réduit au marxisme, et même s'agissant du marxisme le désigner comme un universalisme n'est que partiellement vrai puisque c'est un historicisme et un relativisme moral (pas de droit naturel intemporel mais seulement des croyances morales produites par une formation socio-historique particulière, etc).

 

Dans la tendance socialiste conservatrice il y a eu Proudhon, Georges Sorel et de nos jours Michéa (et des michéens québécois, comme Gilles Lebelle) et Michel Onfray...

 

De manière plus anecdotique, il y a eu des groupes nationalistes-révolutionnaires ou fascistes qui étaient réellement socialistes ou communistes (nationaux-bolcheviks allemands de l'entre-deux-guerres, chemises bleues en Chine). Le socialisme n'est pas systématiquement dans la lignée des Lumières. 

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Et puisqu'on parle de socialisme et de romantisme, je te conseille vivement ce texte que je viens de dénicher, en particulier les passages que j'ai mis en gras @Rincevent Franklin Rosemont, « Le romantisme de la classe ouvrière révolutionnaire. La politique culturelle des Industrial Workers of the World » (forumactif.org)

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il y a 51 minutes, F. mas a dit :

Attention effectivement, Zarka n'est pas sérieux sur le sujet Schmitt. 

Au sujet de Schmitt en général non, peut-être, mais c'est un spécialiste reconnu de Hobbes. De lui je n'ai pas lu La Décision métaphysique mais Hobbes et la pensée juridique moderne. Il critique la lecture strictement décisionniste que fait Schmitt de Hobbes et la confronte avec le texte. Elle semble factuellement inexacte.

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36 minutes ago, Vilfredo Pareto said:

Au sujet de Schmitt en général non, peut-être, mais c'est un spécialiste reconnu de Hobbes. De lui je n'ai pas lu La Décision métaphysique mais Hobbes et la pensée juridique moderne. Il critique la lecture strictement décisionniste que fait Schmitt de Hobbes et la confronte avec le texte. Elle semble factuellement inexacte.

 

Oui la lecture schmittienne de Hobbes est très critiquable. C'est la lecture zarkienne de l'oeuvre de S qui est un peu loufoque :) Zarka sur Hobbes c'est ok (ce n'est pas Oakeshott mais Ok ?).

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Il y a 5 heures, Vilfredo Pareto a dit :

Alors pour Jasay, je ne suis pas entièrement époustouflé, mais c'est très bien. Les problèmes du bouquin sont, à mon avis (je n'ai rien lu d'autre de lui mais j'ai Political Philosophy, Clearly qui m'attend) (1) les considérations historiques chiantes (grosso modo les 100 premières pages, jusqu'au moment où il écrit no chill que Jules Ferry était d'EG), (2) le fait que le développement sur les comparaisons interpersonnelles d'utilité est si convaincant et engageant qu'il prend un peu toute la place et tout l'intérêt du bouquin

 

Oui, c'est un bon point du livre, je l'ai annoté à l'époque. Mais je ne trouve pas son écriture très agréable. 

 

Je me souviens en relisant mes notes que j'avais quand même été déçu par le fait que c'est un livre de sociologie politique et très peu de philosophie politique. La page 89 le montre bien:

« Le premier concept constitue la quintessence du capitalisme en ce qu'il refuse d'avoir à fournir des justifications à la propriété. Certains disent que Locke a donné une idéologie au capitalisme. Cela me paraît inexact. Locke enseigne en effet que le bien appartient au premier occupant à condition qu'il en reste assez « en quantité et en qualité » pour les autres, clause nécessitant que l'on applique des principes d'occupation égalitaires et prenant en compte les « besoins» aussitôt que l'on a quitté la Frontière du défrichement pour passer à un monde de rareté. Il dit aussi que le droit du premier occupant tient à son travail qu'il y a « ajouté », principe analogue à ceux qui font dépendre la propriété du capital d'un mérite quelconque. « Il a travaillé dur pour ça », « il a économisé sou par sou », « il en a bavé », « il donne du travail à des tas de pauvres gens ». (Sous-entendu: s'il n'a rien fait de tous ces actes méritoires, alors de quel Droit prétend-il conserver son capital ? Même le fait que « son grand-père s'est échiné pour le lui gagner » devient une excuse trop mince parce que, voyez-vous, ces mérites-là sont déjà doublement anciens.) Dans la mesure où la montée du capitalisme ne s'est accompagnée d'aucune théorie tendant à rendre le droit de propriété indépendant de ces notions de valeur morale ou d'utilité sociale, et où il est encore moins parvenu à s'en donner une, on peut vraiment dire que le capitalisme n'a encore jamais possédé d'idéologie qui tienne la route. Cette lacune à son tour peut permettre d'expliquer pour une part la faiblesse intellectuelle dont le capitalisme a toujours fait preuve pour se défendre face à un Etat essentiellement prédateur et à sa logomachie, et aussi pourquoi les plaidoyers qu'il a réussi à élaborer n'ont abouti qu'à de pauvres arguties, des compromis boiteux voire des offres de capitulation plus ou moins honorables. » 

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Il y a 4 heures, Johnathan R. Razorback a dit :

Je me souviens en relisant mes notes que j'avais quand même été déçu par le fait que c'est un livre de sociologie politique et très peu de philosophie politique

Oui je suis d’accord c’est l’impression qui se dégage de la première partie trop historique du livre

Il y a 4 heures, Johnathan R. Razorback a dit :

Mais je ne trouve pas son écriture très agréable

Vielleicht because traduction pourrie

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Il y a 23 heures, Rincevent a dit :

Il n'est pas aussi partisan de l'interprétation De Broglie-Bohm d'ailleurs ? Niveau originalité ça se pose pas mal. ;)

Effectivement, il avoue lui-même que c'est une position minoritaire et désavouée par les physiciens, mais il trouve intéressant de l'exposer car selon lui elle "résout les mystères de la physique". Je ne suis pas qualifié pour avoir un avis dessus, mais je comprends bien ce que la théorie implique et connaissant Bricmont, je comprends son inclinaison à se pencher vers des théories désapprouvées par la "doxa" et à y trouver des mérites par-ci par-là. Ca doit être en partie dû à sa déformation non pas professionnelle, mais intellectuelle, typique du gars qui est très politisé.

Maintenant, je suis toujours friand de ces auteurs qui font des réhabilitations plus ou moins audacieuses dans des domaines qui me sont inconnus, j'ai au moins le sentiment agréable qu'il existe encore un pluralisme en science. J'ai trouvé cette même satisfaction en lisant Raoult à propos de sa vision "postmoderne" de la science. 

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il y a 4 minutes, Doctrinaire a dit :

Effectivement, il avoue lui-même que c'est une position minoritaire et désavouée par les physiciens, mais il trouve intéressant de l'exposer car selon lui elle "résout les mystères de la physique".

Je ne dirais pas "désavouée". Il me semble que la plupart des spécialistes de quantique sont soit copenhaguiens, soit everettiens ; si j'étais méchant, je dirais que les premiers le sont par fainéantise, les seconds le sont par abus de science-fiction, et que les deux manquent bien souvent de formation philosophique et épistémologique sérieuse. (Il y a aussi ceux qui refusent d'adopter une interprétation particulière, les "feynmanniens", qui la ferment et se contentent de calculer ; ça ne me semble pas tout à fait satisfaisant, mais au moins ça a la vertu de la prudence, à défaut d'être sexy ou de fournir une base pour l'intuition.)

 

Le plus souvent, on entend deux arguments contre l'interprétation "deBB". D'une part, la violation des inégalités de Bell est censée montrer l'absence de "variables cachées" ; c'est très subtilement à côté de la plaque, parce que ça ne réfute que la possibilité de variables cachées locales et soumises à causalité, ce qui n'est pas le cas dans deBB. D'autre part, le rasoir d’Ockham "interdirait" de poser un objet supplémentaire (l'onde pilote) obéissant à une équation supplémentaire dans la mesure où ça n'aboutirait à aucune prédiction supplémentaire par rapport aux interprétations classiques ; si l'argument semble juste, il me semble que la simplification de l'épistémologie est une valeur en soi, et si il faut ajouter un objet pour se débarasser d'un authentique merdier conceptuel, ça peut être un prix correct à payer. On ne peut pas raisonnablement soutenir que les axiomes/postulats de la physique quantique ont un niveau de généralité/conceptualisation adapté à une théorie physique générale (dire que la mesure serait une idée, un concept sur lequel baser la physique, c'est un putain de vol de concept), tout comme on ne peut pas nier que deBB apporte une solution naturelle à la question du passage quantique-classique, entre autres problèmes épistémologiques qui plombent les autres interprétations.

 

N.B. : ça fait fort longtemps que je ne me suis pas penché sur le sujet, ma mémoire a sans doute émoussé divers détails ici et là.

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il y a 32 minutes, Doctrinaire a dit :

Maintenant, je suis toujours friand de ces auteurs qui font des réhabilitations plus ou moins audacieuses dans des domaines qui me sont inconnus, j'ai au moins le sentiment agréable qu'il existe encore un pluralisme en science. J'ai trouvé cette même satisfaction en lisant Raoult à propos de sa vision "postmoderne" de la science. 

Le pluralisme est essentiel en science et en épistémologie. Sans pluralisme, pas de recherche (entendue au sens de "exploration dans des directions diverses parce qu'on n'a aucune idée de quelle direction privilégier avant d'être arrivé à ce qu'on cherchait").

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18 minutes ago, Rincevent said:

dire que la mesure serait une idée, un concept sur lequel baser la physique, c'est un putain de vol de concept

17 minutes ago, Rincevent said:

les seconds le sont par abus de science-fiction, et que les deux manquent bien souvent de formation philosophique et épistémologique sérieuse

 

J’ai l’impression que tu as pris au premier degré une interprétation assez artistique du point de vue "everettien", dans laquelle une "mesure" "créerait" de "nouvelles branches" dans le "multivers".

 

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il y a 27 minutes, Rincevent a dit :

Le plus souvent, on entend deux arguments contre l'interprétation "deBB". D'une part, la violation des inégalités de Bell est censée montrer l'absence de "variables cachées" ; c'est très subtilement à côté de la plaque, parce que ça ne réfute que la possibilité de variables cachées locales et soumises à causalité, ce qui n'est pas le cas dans deBB. D'autre part, le rasoir d’Ockham "interdirait" de poser un objet supplémentaire (l'onde pilote) obéissant à une équation supplémentaire dans la mesure où ça n'aboutirait à aucune prédiction supplémentaire par rapport aux interprétations classiques ; si l'argument semble juste, il me semble que la simplification de l'épistémologie est une valeur en soi, et si il faut ajouter un objet pour se débarasser d'un authentique merdier conceptuel, ça peut être un prix correct à payer. On ne peut pas raisonnablement soutenir que les axiomes/postulats de la physique quantique ont un niveau de généralité/conceptualisation adapté à une théorie physique générale (dire que la mesure serait une idée, un concept sur lequel baser la physique, c'est un putain de vol de concept), tout comme on ne peut pas nier que deBB apporte une solution naturelle à la question du passage quantique-classique, entre autres problèmes épistémologiques qui plombent les autres interprétations.

 

N.B. : ça fait fort longtemps que je ne me suis pas penché sur le sujet, ma mémoire a sans doute émoussé divers détails ici et là.

 

J'avoue que c'est passionnant. Le livre dit aussi que la théorie de De Broglie-Bohm est un contre exemple aux affirmations - apparemment communes au milieu - disant que la physique quantique implique la fin du déterminisme, qu'elle attribue un rôle particulier à "l'observateur" et que la physique quantique est quelque chose que personne ne comprend réellement. 

 

il y a 35 minutes, Rincevent a dit :

Le pluralisme est essentiel en science et en épistémologie. Sans pluralisme, pas de recherche (entendue au sens de "exploration dans des directions diverses parce qu'on n'a aucune idée de quelle direction privilégier avant d'être arrivé à ce qu'on cherchait").

 

C'est sûr, mais ça m'a changé des discours simplets sur le consensus, rabâchés à longueur de temps sur tous les réseaux l'année dernière, pour les raisons que l'on connaît. 

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il y a 8 minutes, Sloonz a dit :

J’ai l’impression que tu as pris au premier degré une interprétation assez artistique du point de vue "everettien", dans laquelle une "mesure" "créerait" de "nouvelles branches" dans le "multivers".

Je tape surtout sur les copenhaguiens dans mon message ; ce statut quasi-axiomatique de la mesure, ça vient d'eux. Les everettiens me semblent plus abstraits que les copenhaguiens dans leur approche (au sens où l'épistémologie everettienne me semble difficilement testable / confrontable à la réalité, mais pas fondamentalement malsaine). Si je devais faire un reproche aux everettiens, ce serait "il vaut mieux donner une définition utilisable de que vous entendez par multivers avant d'en causer".

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il y a 3 minutes, Doctrinaire a dit :

la théorie de De Broglie-Bohm est un contre exemple aux affirmations - apparemment communes au milieu - disant que la physique quantique implique la fin du déterminisme, qu'elle attribue un rôle particulier à "l'observateur"

J'en suis convaincu. Une épistémologie malsaine comme celle de Copenhague, c'est la quasi-garantie que les physiciens vont à un moment ou à un autre aboutir à raconter ce genre de trucs (confondant une interprétation particulière avec la théorie / les expériences), soit parce qu'ils sont complètement paumés intellectuellement sans s'en rendre compte (ce que les feynmanniens, eux, admettent ouvertement, et ils en tirent les conséquences en matière d'humilité), soit parce que ça les arrange notamment parce que ça leur permet d'épater le bourgeois et la bourgeoise dans les dîners mondains (ce qui n'est pas une affirmation théorique de ma part).

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27 minutes ago, Rincevent said:

il vaut mieux donner une définition utilisable de que vous entendez par multivers avant d'en causer

Non, je ne pense pas que ce soit important.

 

On va prendre une analogie. En cosmologie, on sait que du fait de l’expansion de l’Univers, certains objets sortent de notre cône de lumière. Quand on parle de l’Univers, il y a donc une certaine  ambiguité : est-ce qu’on inclut ce qui existait dans notre cône de lumière mais qui n’y est plus, ou non ? Établissons une convention selon laquelle tu dis Multivers si tu réponds oui, Univers si tu réponds non. Penses tu qu’un cosmologiste qui utiliserait cette distinction de univers/multivers devrait "donner une définition utilisable avant d’en causer" ?

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il y a 2 minutes, Sloonz a dit :

Non, je ne pense pas que ce soit important.

Pour ma part je pense que oui, mais surtout je pense que ce n'est pas aussi grave que le copenhaguisme. ;)

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