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Punu

Le Libéralisme Et Transcendance

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Je suis tombé sur ce texte de Soral dans son "Abécédaire de la bêtise ambiante". Je crois qu'il rejoint certaines idées déjà exprimées ici. L'auteur se concentre manifestement trop sur l'aspect purement économique du libéralisme, mais il me semble qu'en effet, il n'y a pas de projet réellement transcendantal dans le libéralisme, or c'est ce que recherche la majorité des individus. Si la religion n'est plus là pour le leur apporter, ils se tournent obligatoirement vers d'autres systèmes d'interprétation, la politique en premier, ce qui expliquerait peut-être l'échec du libéralisme à s'imposer hors circonstances conjoncturelles favorables.

Le libéralisme n'est pas l'alternative au communisme sur la voie laïque du bien. Il est la négation individualiste, jouisseuse, cynique, de toute transcendance. C'est pourquoi le libéralisme, malgré son indéniable efficacité, n'a jamais inspiré aucun homme de génie, ni aucun poète. Le libéralisme est la négation de l'idéalisme, de la jeunesse ; il n'est pas une vision du monde, mais le refus d'en avoir aucune ; le refus de penser, au-delà de soi, cet ensemble des hommes liés entre eux, qui est aussi la conception immanente du sacré. Le libéralisme est l'acide de l'égoïsme qui ronge peu à peu la communauté chrétienne qui lui a permis d'exister ; qui dissout la morale du respect de la loi, sans laquelle le libéralisme lui-même n'aurait pu naître, ni prospérer. Le libéralisme est la désacralisation absolue du monde, la négation de l'histoire, du projet et de l'âme. Or, aucune société humaine ne peut perdurer longtemps sans une idée transcendante d'elle-même, et sans l'idée du bien.

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… il me semble qu'en effet, il n'y a pas de projet réellement transcendantal dans le libéralisme, or c'est ce que recherche la majorité des individus. Si la religion n'est plus là pour le leur apporter, ils se tournent obligatoirement vers d'autres systèmes d'interprétation, la politique en premier, ce qui expliquerait peut-être l'échec du libéralisme à s'imposer hors circonstances conjoncturelles favorables.

Totalement d'accord avec toi, et c'est pourquoi je ne suis pas très optimiste pour le libéralisme.

Prenons un exemple : normalement, un libéral doit se contrefoutre de la politique politicienne et ne pas accorder deux minutes d'attention à leurs guerres de singes.

Et pourtant, beaucoup d'entre nous sommes les premiers à nous passionner pour les petites histoires de ces petits êtres vaniteux. Y compris sur ce forum.

J'ai moi-même réfléchi, dans l'abstrait, à un journal libéral orienté "société civile", et qui ne parlerait jamais de politique, sinon incidemment, contraint d'en exposer les méfaits au détour d'un sujet, ou dans la rubrique économie, traitant les partis politiques comme des entreprises du terciaire se partageant le même marché. Economie, science, sport, culture, etc. il y a tant de choses dans le monde… Mais croyez-vous qu'il fonctionnerait ? Moi-même, je lis les pages politiques et m'intéresse trop peu aux OPA, fusions, plans…

Qui a fait avancer le monde ? Les savants, les marchands. Que retenons-nous le plus dans l'Histoire ? Les théoriciens et les politiques. On se souvient des grands destins, des César, des Napoléon, des Robespierre, des De Gaulle, des grands systèmes philosophiques. Combien se passionneraient pour la vie des Fuser, d'un Rockefeller, des Curie… [Cf. Wikibéral où Chitah nous faisait remarquer que nous n'avons aucune biographie d'industriel.] Charles Quint émerveille ; qui s'intéresse à la Hollande qui a prospéré malgré un territoire minuscule et pas forcément riche ? Ad libitum.

Il y a tant de combats nobles pour lesquels lutter, il y a des gens admirables, mais je crois que nous avons tous un instinct un peu morbide en nous : nous détestons le tyran, mais sans lui le monde nous paraîtrait fâde. La théorie des grands hommes de Hegel est horrible, mais n'est-elle pas si réaliste ? (pour une fois). Nous aimons cette part de tragédie dans le monde, la lutte, nous partageons un certain goût pour l'horreur, la vanité de ces combats, une sorte de fascination répulsée.

Lutter pour donner le meilleur de nous-mêmes : être bons au travail, être de bons amis, de bons parents… ce serait un combat quotidien suffisant au plein épanouissement de chacun et du monde. Mais n'éprouvons-nous pas le besoin de l'adversaire ? Ne nous faut-il pas nous sentir acteur de l'Histoire (y compris en tant que libéraux, comme membre d'une élite éclairée et avant-gardiste), n'avons-nous pas besoin de participer à quelque chose qui nous dépasse et que le libéralisme ne réclame pas ? Cultive ton jardin : voilà ce qui me semble l'adage d'un libéral. Arrive un homme à cheval qui promet au bon père de famille de troquer sa fourche, sa vie tranquille, son confort bourgeois pour aller créer un empire à la Capitale… Combien résisteraient à la tentation ?

De même, l'Anarcapie, lors de mes quelques accès de sionisme libéral me fait penser, quand je ne l'imagine pas minée par les casuistiques et les différences d'interprétations de ce que doit être un "pays" libéral, à une Suisse très chiante, d'où les ennemis nous manqueraient… et nous les créerions sans doute pour avoir plaisir à les combattre.

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A la limite, la politique politicienne que tu décris, il est possible de la retrouver en anarcapie dans les différents organismes de gestion commune du genre "syndic d'immeuble", etc. Ca c'est le côté concierge de l'être humain, le plaisir de colporter des rumeurs, d'observer des disputes. Mais j'ai l'impression que beaucoup de gens veulent également, surtout, du rêve, faire partie de quelque chose de plus grand qu'eux, participer à de grands desseins, gagner du sens. Ils s'identifient aussi très fort à leurs congénères, il suffit de voir par exemple l'engouement que provoquent des victoires sportives de nationaux. Les idéologies politiques étatistes le leur donnent sous forme de destin national, de communauté d'idée et d'action, de grandeur partagée. Le libéralisme ne le leur donne pas, ou en tout cas pas aussi bien.

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Ou comment des libéraux deviennent conservateurs: en voulant réinjecter de la transcendance dans ce qui n'a rien à faire de la transcendance. Le libéralisme n'a rien contre la transcendance, mais est une vision du monde qui repousse la transcendance là où elle a sa place: dans la sphère privée.

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De nous deux, ce n'est pas moi qui porte mon appartenance à un groupe comme un étendard.

Sur le fond, l'objectif n'est pas d'accomoder le libéralisme à la sauce conservatrice, mais plutôt de se demander pourquoi il a si peu de succès. Tu as une autre lecture à proposer ?

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Le libéralisme n'a rien contre la transcendance, mais est une vision du monde qui repousse la transcendance là où elle a sa place: dans la sphère privée.

+ 1

Sur le fond, l'objectif n'est pas d'accomoder le libéralisme à la sauce conservatrice, mais plutôt de se demander pourquoi il a si peu de succès. Tu as une autre lecture à proposer ?

il demande un effort cognitif pénible consistant a faire la distinction entre faits et opinion ce qui,il n'y a qu'a se baisser pour le constater, semble faire royalement chier la plupart de nos contemporains.

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L'explication de Gadrel me paraît juste: le libéralisme ne peut pas être vraiment mis en concurrence avec les idéologies du sacré. Peut-être faudrait-t-il le combiner avec un certain idéalisme avant de le proposer au grand public.

Nous sommes tous convaincus ici de la supériorité du libéralisme, pourtant il faut bien comprendre pourquoi il ne parvient pas à s'imposer de lui-même, sinon nous serons condamnés à ne jamais le voir mis en pratique. Je m'inquiète de voir liberaux.org, pourtant de loin le meilleur forum "politique" francophone, se limiter à quelques dizaines d'aficionados, de haute tenue certes mais néanmoins insuffisants pour mener à bien une révolution, même pacifique.

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De nous deux, ce n'est pas moi qui porte mon appartenance à un groupe comme un étendard.

Gniii? Je peine à savoir à quoi tu fais référence.

Sur le fond, l'objectif n'est pas d'accomoder le libéralisme à la sauce conservatrice, mais plutôt de se demander pourquoi il a si peu de succès. Tu as une autre lecture à proposer ?

Re-Gniiii?? J'ajoutais juste que cette absence de transcendance est probablement la raison pour laquelle beaucoup de libéraux migrent vers le conservatisme. Ce qui prouve plutôt ta position de départ, que l'absence de transcendance est tellement peu vendeuse pour le libéralisme que ca fait même fuir certains libéraux.

Bref, quelle mouche te pique? :icon_up: J'abondais en ton sens. Peut-être n'était-ce pas clair.

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pas vraiment la paresse cognitive brute mais,d'appres dawkins et don beck,l'acces a certianes ss de pensées specifiques (memes),est un subtile conjonction enre facteurs environnementeux,education,libre arbitre,données génétiques etc…

par contre,quand il s'agit juste de parler a qqn du liberalisme et que dernier ne prend pas le temps de réfléchir pour integrer la masse d'information qui lui parviens,alors je penses qu'on peu appeller cela de la paresse intellectuelle(pas dans le sens de "volontaire" mais dans le sens ou un cerveau sur-saturé d'information pete un cable assez vite lol) :icon_up:

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Ce serait donc lié à la paresse intellectuelle, d'après toi ?

Pas seulement. Tiens, une occase de casser de l'évopsy du café du commerce: je pense que nous sommes des animaux de village: à savoir de groupe de quelques centaines, ou nous nous connaissons tous, avec un lien familial entre une grande partie des gens. Nous avons survécu en faisant confiance au conseil des anciens, aux costauds et aux chamanes.

Et puis, nous nous sommes mis à vivre en agglomérations de millions d'habitants, mais avons toujours ces besoins, et ces trois rôles, par exemple sous forme de politiciens, champions sportifs et fournisseurs de "transcendance" whatever that means.

Dans nos têtes, nous vivons toujours dans un village. Le rapport qu'ont les gens aux célébrités, à la presse people, aux familles royales, le démontre. Ma petite thèse expliquerait pourquoi les gens s'imaginent des liens affectifs réels avec des célebs' qu'il ne rencontreront jamais.

Pour en revenir à ta question peut-être de façon un peu éloignée: le libéralisme ne propose pas un village clé en main, un sentiment d'appartenir tout chaud et prêt à l'emploi.

Je ne pense pas que ça soit insurmontable car en fait la vie moderne a fait de nous des "multivillageois" qui sautent d'un village à l'autre au cours de chaque journée: la famille proche, les collègues, nos co-religionaires, tel groupe d'amis, tel autre groupe d'amis, tel groupe politique, la communauté des supporters de tel club, la liste est infinie.

Bref, le défi du libéralisme serait alors d'être associé dans l'esprit des gens à quelquechose de chaleureux et sympathique, non pas en offrant un village clé en main, mais en les rassurant sur le fait qu'il trouveront maints villages à leur pointure, et que moins on leur en impose, plus ils en trouveront.

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Ou comment des libéraux deviennent conservateurs: en voulant réinjecter de la transcendance dans ce qui n'a rien à faire de la transcendance. Le libéralisme n'a rien contre la transcendance, mais est une vision du monde qui repousse la transcendance là où elle a sa place: dans la sphère privée.

Je ne suis point d'accord avec cette analyse.

Je crois que le libéralisme se repose sur des valeurs transcendentes, surtout dans la sphère privée. Par contre, le socialisme détourne la transcendance, il se repose sur une vision immanentiste du monde, c'est à dire, le socialistes veulent actualiser le paradis dans ce monde. Le socialisme est en fine de compte une gnose vêtu dans un discours scientiste.

Quant à la philosophie politique conservatrice, le problème n'est pas d'ordre des valeurs défendues ; le problème c'est qu'elle repose sur une vision holiste : l'ordre, pour un conservateur, doit etre preservé à tout prix, même en transgressant certaines valeurs fondamentales comme la vie d'un homme.

J'ajoute qu'à mon avis l'auteur cité au début, bien que ce soit pour la première fois que j'entends son nom, fait preuve d'une mécompréhènsion du libéralisme tipique aux intellectuels français.

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Pas seulement. Tiens, une occase de casser de l'évopsy du café du commerce: je pense que nous sommes des animaux de village: à savoir de groupe de quelques centaines, ou nous nous connaissons tous, avec un lien familial entre une grande partie des gens. Nous avons survécu en faisant confiance au conseil des anciens, aux costauds et aux chamanes.

Et puis, nous nous sommes mis à vivre en agglomérations de millions d'habitants, mais avons toujours ces besoins, et ces trois rôles, par exemple sous forme de politiciens, champions sportifs et fournisseurs de "transcendance" whatever that means. […]

Ce serait plutôt indo-européen, selon Dumézil.

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J'ai moi-même réfléchi, dans l'abstrait, à un journal libéral orienté "société civile", et qui ne parlerait jamais de politique, sinon incidemment, contraint d'en exposer les méfaits au détour d'un sujet, ou dans la rubrique économie, traitant les partis politiques comme des entreprises du terciaire se partageant le même marché. Economie, science, sport, culture, etc. il y a tant de choses dans le monde… Mais croyez-vous qu'il fonctionnerait ? Moi-même, je lis les pages politiques et m'intéresse trop peu aux OPA, fusions, plans…

Il suffit de regarder dnas le kiosque du quartier pour voir la quantité de sujets autres que la politique qui passionnent les gens. A part plusieurs revues de sciences (Pour la science, La Recherche, Cerveau & Psycho…) je lis régulièrement Management Magazine, parfois L'Expansion ou Capital.

Qui a fait avancer le monde ? Les savants, les marchands. Que retenons-nous le plus dans l'Histoire ? Les théoriciens et les politiques. On se souvient des grands destins, des César, des Napoléon, des Robespierre, des De Gaulle, des grands systèmes philosophiques. Combien se passionneraient pour la vie des Fuser, d'un Rockefeller, des Curie… [Cf. Wikibéral où Chitah nous faisait remarquer que nous n'avons aucune biographie d'industriel.] Charles Quint émerveille ; qui s'intéresse à la Hollande qui a prospéré malgré un territoire minuscule et pas forcément riche ? Ad libitum.

C'est vrai. Serait-ce en fait un "choix" de l'éducation nationale ? Il ne tient qu'à nous de faire un peu avancer les choses. En développant les biographies d'honnêtes hommes, inventeurs, etc. sur le Wikibéral. Je retiens l'idée.

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A la limite, la politique politicienne que tu décris, il est possible de la retrouver en anarcapie dans les différents organismes de gestion commune du genre "syndic d'immeuble", etc. Ca c'est le côté concierge de l'être humain, le plaisir de colporter des rumeurs, d'observer des disputes. Mais j'ai l'impression que beaucoup de gens veulent également, surtout, du rêve, faire partie de quelque chose de plus grand qu'eux, participer à de grands desseins, gagner du sens.

Ils s'identifient aussi très fort à leurs congénères, il suffit de voir par exemple l'engouement que provoquent des victoires sportives de nationaux. Les idéologies politiques étatistes le leur donnent sous forme de destin national, de communauté d'idée et d'action, de grandeur partagée. Le libéralisme ne le leur donne pas, ou en tout cas pas aussi bien.

Que tu puisses parler du "côté concierge de l'être humain", montre que tu n'as pas saisi toute la portée de mon propos : la grandeur que les hommes poursuivent est tâchée de sang, elle ne peut y échapper. L'héroïsme* que veulent les hommes, le déni du modèle du bourgeois, est fait de violence et de combats. Il y a quelques chose de plus tragique et de plus vital qu'un syndic. C'est pourquoi l'universalisme révolutionnaire Français ou l'esprit allemand feront plus rêver que le modèle américain original (la grande frontière, le self made-man) ; que les querelles idéologico-religieuses (malgré l'absurdité des secondes) seront toujours d'actualités (et je suis d'accord avec Yozz sur la perversion de certains libéraux, notamment ceux qui faute d'ennemis communistes doivent s'inventer de nouvelles croisades anti-musulmanes pour se sentir exister) ; que la société des Caligula, Sparte, paraîtront plus vivables que la société de marché et ne cesseront de fasciner, y compris les plus intelligents.

Regarde les socialistes qui nous voient, nous les individualistes, comme des porcs d'Epicure et qui veulent nous imposer des ascèses : de consommation (décroissance), morale (écologie, générosité, citoyenneté), etc. Regarde la perversion de l'idée de Jihad qui est, comme celle que je décrivais plus haut pour les libéraux, lutte contre ses propres penchants et qui devient lutte sanglante contre le Grand Satan. C'est autrement plus gratifiant d'être d'être le martyr d'une grande cause, que de se fouetter parce qu'on a convoité la femme de son voisin - malgré la bourqa qui la rend moins sexy - ou volé une orange…

Pour finir sur l'idée je vous inciterais à (re)lire La notion de politique de Schmitt pour comprendre la tragédie, peut-être inéluctable, du libéralisme. Il faudrait une politique dé-théologisée, un monde dépolitisé, désenchanté… même Gauchet, il me semble, n'y croit plus… L'homme est un animal politique (dans tous les sens du terme) …donc religieux. L'Homme Nouveau qui sait…

Le libéralisme n'a rien contre la transcendance, mais est une vision du monde qui repousse la transcendance là où elle a sa place: dans la sphère privée.

Il faudrait faire le distingo entre transcendance horizontale et verticale : pour le libéralisme chacun résoud ses petites fièvres existentielles comme il veut/peut (même chez les randoïdes, je crois) : dans des arrières-mondes, sur Terre, nulle part. Pas de ligne officielle.

Par contre un certain libéralisme progressiste (lointains héritiers de Hegel qui sont en gros tous ceux qui pensent que nous sommes une élite éclairée dans un monde ébloui par l'étatisme) peut voir dans l'Histoire une marche vers l'idée de liberté, et qui sait, si l'on voulait faire du Hegel à la sauvette, voir dans les totalitarismes du XXe une étape pédagogique vers l'idée, si difficile à concevoir, si peu intuitive, d'ordre spontané et de polycentrisme, état qui sera la fin de l'histoire (politique). De même le progressisme tempéré de Hayek ne serait que la vérité du progressisme et du conservatisme, la synthèse des deux, l'"ordre et progrés" du scientisme comtien revu et corrigé à la sauce autrichienne. Il y a bien, ne serait-ce que tacitement, une idée de l'Histoire qui implique une transcendance indéniable : nous sommes des agents de la liberté sur la longue marche de l'Histoire. Nous sommes les relais de la flamme qui mène jusqu'à l'Olympie rothbardienne. Courage, camarades, Chavez est le dernier avatar du Mal, l'heure arrive, les esprits sont mûrs !

Bon, je me situe assez dans le premier pessimisme. Mais cela peut aussi devenir une posture aussi confortable que l'intégrisme anarcap. [ :icon_up: comment se faire des amis en une leçon] Chassez le kisch il vous rattrape…

(Va se saouler et arrête de vous le faire).

—-

* Il y a pourtant chez Rand, notamment chez Hank Rearden (mon petit préféré … ou le seul vraiment supportable dans Atlas Shrugged) un héroïsme purement libéral, une conception chevaleresque de la sexualité et de l'existence.

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il n'y a pas de projet réellement transcendantal dans le libéralisme,

Précision de vocabulaire, puisque nous sommes sur le forum consacré : je pense que tu entendais projet métaphysique. Transcendantal est ce qui a rapport avec la connaissance, il ne s'agit pas de l'adjectif directement tiré de transcendance.

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Je suis tombé sur ce texte de Soral dans son "Abécédaire de la bêtise ambiante". Je crois qu'il rejoint certaines idées déjà exprimées ici. L'auteur se concentre manifestement trop sur l'aspect purement économique du libéralisme, mais il me semble qu'en effet, il n'y a pas de projet réellement transcendantal dans le libéralisme, or c'est ce que recherche la majorité des individus. Si la religion n'est plus là pour le leur apporter, ils se tournent obligatoirement vers d'autres systèmes d'interprétation, la politique en premier, ce qui expliquerait peut-être l'échec du libéralisme à s'imposer hors circonstances conjoncturelles favorables.

Je ne sais pas si la notion de transcendance est la plus pertinente, car comme le dit magistre, on peut très bien considérer que le libéralisme est fondé sur des valeurs transcendantes.

Je dirai plutôt que le libéralisme ne laisse pas de place à une espérance collective.

Je précise que j'emploie ici le mot "espérance" dans un sens critique.

Le socialisme, sous toute ses formes, ne doit pas son succès à l'exactitude des ses présupposés, ni à son efficacité concrète,

mais bien plus au fait qu'il donne bonne conscience à tous ceux qui sont persuadés le socialisme est, comme il prétend l'être, le chemin vers une "société sans classes", donc sans exploitation et sans violence. Mais ce que veut l'humain moyen c'est non seulement espérer, pour supporter ses maux présents en imaginants d'improbables lendemains qui chantent, mais c'est également espérer la même chose que son voisin, pour que sa tranquilité d'esprit ne soit pas bouleversée par le doute d'avoir fait fausse route ( ou en tout cas, pour être sûr que s'il a fait fausse route, il n'est pas le seul ).

Or, le libéralisme ne prétend pas apporter le bonheur, ou mener à la vie éternelle, il propose "seulement" une liberté maximale que chacun pourra employer comme il le souhaite.

Même si je pense que le libéralisme peut, compte tenu de son efficacité, s'installer progressivement de manière implicite ( et je ne suis pas du tout sûr que celà se produise ), je ne pense pas qu'il s'impose un jour dans le débat d'idées démocratique ( en France en tout cas ). D'ailleurs je pense que cette impossibilité que le libéralisme devienne populaire est bien perçue par les libéraux, qui sont tous un peu narcissiques. ( non ? ah bah tant pis, je suis le seul )

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Or, le libéralisme ne prétend pas apporter le bonheur, ou mener à la vie éternelle, il propose "seulement" une liberté maximale que chacun pourra employer comme il le souhaite.

Et pourquoi pas ?

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Et pourquoi pas ?

Parce qu'il n'en apporte que les conditions, et que chacun est libre de les utiliser comme bon lui semble. De plus, dans un régime libre, ceux qui prennent la liberté pour une fin en soi sont satisfaits, tandis que ceux qui prennent la servitude comme fin en soi peuvent aussi être satisfaits, en prenant un maitre.

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Les seconds pourront toujours se chercher un maître dans une société libre, justement. Question de pouvoir choisir.

Je pensais donc à l'idée de pursuit of happiness de la déclaration d'indépendance.

Nous tenons pour évidentes pour elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Les gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés. Toutes les fois qu'une forme de gouvernement devient destructive de ce but, le peuple a le droit de la changer ou de l'abolir et d'établir un nouveau gouvernement, en le fondant sur les principes et en l'organisant en la forme qui lui paraîtront les plus propres à lui donner la sûreté et le bonheur.

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Parce qu'il n'en apporte que les conditions, et que chacun est libre de les utiliser comme bon lui semble. De plus, dans un régime libre, ceux qui prennent la liberté pour une fin en soi sont satisfaits, tandis que ceux qui prennent la servitude comme fin en soi peuvent aussi être satisfaits, en prenant un maitre.

oh c'est bien dit ca…c'est sobre,concis,exaustif a la fois…j'adore :icon_up:

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Guest jabial

Pas d'accord du tout avec Soral, mais je suppose que de ma part ça ne vous surprendra pas.

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Son abécédaire m'avait un peu fait rire à l'époque. Mais là, après une relecture récente, je l'ai filé à mon père qui a réussi à le vendre lors d'un vide-grenier.

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Parce qu'il n'en apporte que les conditions, et que chacun est libre de les utiliser comme bon lui semble. De plus, dans un régime libre, ceux qui prennent la liberté pour une fin en soi sont satisfaits, tandis que ceux qui prennent la servitude comme fin en soi peuvent aussi être satisfaits, en prenant un maitre.

Dans ce cas, tout le monde devrait aimer le libéralisme, or le sujet est de savoir ce que le libéralisme a "de moins" qu'une idéologie qui dispense d'une réflexion personnelle ( fanatisme religieux ou totalitarisme politique ).

Je suis moi-même bien évidemment un grand défenseur du libéralisme, mais ce que je crois c'est qu'il y a des gens qui ne veulent pas simplement se choisir un maître, mais qui veulent donner un sens, non pas à leur existence singulière, mais à l'existence de l'humanité toute entière. D'où le fait qu'ils recherchent un "maître" pour l'ensemble du genre humain.

C'est ce que j'appelle le besoin d'une espérance collective, et comme le libéralisme défend une vision individualisée du bonheur, je suis pessimiste quant aux chances de succès du libéralisme.

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Ou comment des libéraux deviennent conservateurs: en voulant réinjecter de la transcendance dans ce qui n'a rien à faire de la transcendance. Le libéralisme n'a rien contre la transcendance, mais est une vision du monde qui repousse la transcendance là où elle a sa place: dans la sphère privée.

Ce que tu écris ici n'a rien à voir avec le libéralisme en tant que tel; c'est l'idéologie progressiste telle que la pratiquent également les socialistes.

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A ce sujet, une remarque du Saint Père faite au début de son pontificat, et à laquelle je souscris pleinement :

http://www.lalibre.be/article.phtml?id=10&…p;art_id=243260

La tolérance, qui admet Dieu comme une opinion privée mais qui l'exclut du domaine public, de la réalité du monde et de notre vie, n'est pas de la tolérance mais de l'hypocrisie». (…) «Là où l'homme se fait l'unique maître du monde et le propriétaire de lui-même, ne peut exister la justice. C'est alors le règne de l'arbitraire du pouvoir et des intérêts».

En d'autres termes, refouler la foi dans la sphère privée au titre d'une simple opinion revient à laisser toute la place aux puissances terrestres (les Etats) qui n'admettent pas qu'une autorité morale supérieure puisse les relativiser.

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Ce que tu écris ici n'a rien à voir avec le libéralisme en tant que tel; c'est l'idéologie progressiste telle que la pratiquent également les socialistes.

Bien sûr que non; les socialistes pratiquent la transcendance à tout va avec la notion de "société", "social" et autres inepties du style, sans parler du "progrès", notion transcendante s'il en est.

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Bien sûr que non; les socialistes pratiquent la transcendance à tout va avec la notion de "société", "social" et autres inepties du style, sans parler du "progrès", notion transcendante s'il en est.

Les socialistes sont, au contraire, dans l'immanentisation totale. En cela, ils descendent bien des millénaristes de la fin du moyen âge. C'est ce que le philosophe Voegelin appelait : "to immanentize the eschaton"

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Les socialistes sont, au contraire, dans l'immanentisation totale. En cela, ils descendent bien des millénaristes de la fin du moyen âge. C'est ce que le philosophe Voegelin appelait : "to immanentize the eschaton"

Merci pour cette argumentation puissante. A part ca, société ou progrès, c'est des concepts immanents peut-être?

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