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Jésuitisme catholique contre jésuitisme de gauche


Cochon

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Les franc-maçons ont été copieusement persécutés par les régimes que tu cites (d'où une certaine paranoïa j'imagine), et le concept de conplot judéo-maçonnique est une antienne courante de l'extrême-droite.

Que les francs-macs aient l'épiderme sensible à la suite de tout ce qu'ils ont subi, je puis aisément le comprendre. J'ai un petit plus de mal, ceci dit, avec l'instrumentalisation de ce passé douloureux aux fins de museler les critiques.

Qu'est-ce qu'ils ont fait de mal les franc-maçons, au fait?

Tu as passé les dernières années en exil à Sainte-Hélène ou quoi? :icon_up:

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@ Cochon:

La différence entre les morts franquistes et les morts de gauche n'est pas facile à saisir mais elle existe. A savoir que les prêtres basques ont été exécutés parcequ'ils appuyaient les républicains. Alors que les victimes franquistes, et canonisées, l'ont été A CAUSE de leur statut de religieux. Ces derniers sont donc martyrs de la foi, alors que les premiers n'en sont pas. C'est toute la différence

Même Henri Tincq le dit:

Pour qu'un "martyr" soit béatifié ou canonisé, la preuve doit être apportée qu'il a été tué par "haine de la foi" (odium fidei), en dehors de toute raison politique. Il est dispensé de faire des miracles (un pour le bienheureux, deux pour le saint, selon les règles catholiques). Depuis Néron, aux origines du christianisme, les grands épisodes de persécutions religieuses - la Révolution française, la guerre anticléricale au Mexique, la révolution bolchevique - ont ainsi fait se lever des générations de "martyrs" aujourd'hui vénérés dans les églises.

Selon les centaines d'études consacrées à la fureur fratricide qui a saisi l'Espagne en 1936, au moins 6 000 prêtres et religieux (dont 13 évêques) ont été massacrés en zone républicaine. Soit 88 % du clergé dans le seul diocèse de Barbastro (Aragon), dont l'évêque, Mgr Asensio Barroso, a été émasculé vivant avant d'être assassiné le 9 août 1936. Neuf diocèses ont perdu plus de la moitié de leur clergé. La seule appartenance au clergé était justiciable d'une exécution sommaire. Ceux qui ont pu y échapper se trouvaient en zone nationaliste, ou ils avaient pu fuir, se cacher ou bénéficier de protections. A ce martyrologe, il faut ajouter les incendies d'églises et de couvents, les profanations d'autels et de sépultures… Dès septembre 1936, Pie XI avait dénoncé la "haine de Dieu satanique professée par les républicains".

Aucun pape ne fut plus attaché que Jean Paul II à l'exaltation de tels "martyrs" pour ériger des modèles de vertu chrétienne, mais cette lecture purement religieuse de la guerre civile d'Espagne et de la comptabilité de ses victimes est trop partiale pour ne pas aujourd'hui diviser l'opinion. Si le clergé a payé un lourd tribut à la guerre, les horreurs et les victimes ont appartenu aux deux camps. Selon les travaux historiques les plus récents, les républicains auraient été responsables de 85 000 exécutions, dont 75 000 pendant l'été 1936. Les nationalistes auraient été à l'origine, eux, de 40 000 exécutions.

(…)

Sur ce procès de partialité, l'épiscopat se défend dans un dossier intitulé "Le siècle des martyrs et la persécution religieuse en Espagne (1934-1939)". Pour lui, les 498 béatifiés ne sont pas des martyrs de la guerre civile : "Cela serait chronologiquement et techniquement faux." Ce sont des martyrs de la persécution religieuse. Ils ont été assassinés parce qu'ils étaient religieux, non parce qu'ils faisaient partie du camp nationaliste et franquiste. Et les évêques d'ajouter : "Les guerres ont leurs lots de morts de chaque côté. Les répressions politiques ont leurs lots de victimes de part et d'autre. Seules les persécutions religieuses ont des martyrs d'une idéologie à l'autre."

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@ Cochon:

La différence entre les morts franquistes et les morts de gauche n'est pas facile à saisir mais elle existe. A savoir que les prêtres basques ont été exécutés parcequ'ils appuyaient les républicains. Alors que les victimes franquistes, et canonisées, l'ont été A CAUSE de leur statut de religieux. Ces derniers sont donc martyrs de la foi, alors que les premiers n'en sont pas. C'est toute la différence

Bien sûr. Mais l'église catholique espagnole n'a jamais protesté ne serait ce que modérément contre ces prêtres assassinés froidement. Contrairement aux accusations à deux balles de certains, j'ai autant de pitié pour une victime de la haine républicaine que pour une victime de la haine franquiste.

Mais ni les instances catholiques ni le PSOE et la gôche espagnole ne sont sur cette position…

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…Benoît XVI se découvre (par la grâce divine?) quelques martyrs… uniquement dans l'autre camp.

Ce commentaire est parfaitement ridicule : Benoît XVI canonise un peu moins de 500 religieux qui furent martyrisés pour le simple fait d'être chrétiens. Bref, rien que de très normal. (Sauf pour ceux qui s'imagine encore au 21e siècle que seuls l'Inquisition espagnole a commis des horreurs tout au long de l'Histoire.) Et le Pape y est pour peu de chose, certaines causes sont en cours depuis des dizaines d'années.

Il est vrai que les prêtres basques massacrés en nombre par les franquistes n'ont pas droit aux hommages…

J'attends tes sources chiffrées avec intérêt.

Une victime républicaine devrait chagriner autant qu'une victime franquiste, mais manifestement ni Benoit XVI dans sa grande charité chrétienne…

Grostesque procès d'intention. Tu ne connais nullement la position de Benoît XVI quant aux victimes républicaines de la Guerre d'Espagne.

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Bien sûr. Mais l'église catholique espagnole n'a jamais protesté ne serait ce que modérément contre ces prêtres assassinés froidement. Contrairement aux accusations à deux balles de certains, j'ai autant de pitié pour une victime de la haine républicaine que pour une victime de la haine franquiste.

Mais ni les instances catholiques ni le PSOE et la gôche espagnole ne sont sur cette position…

Je souscris totalement à ce qu'ont écrit Lucilio et Polydamas.

Pour le reste, si tu ne vois pas la différence entre Franco et les communistes, on ne peut pas grand chose pour toi.

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La différence entre les morts franquistes et les morts de gauche n'est pas facile à saisir mais elle existe.

Et surtout, que les spécialistes du renvoi dos-à-dos cessent de se foutre de notre gueule : le nombre des cas dûment recensés de curés basques fusillés par les franquistes s'élève à 16 (dont le sort - contrairement à ce que prétend Cochon - ému la Papauté, qui protesta auprès des autorités franquistes), alors que celui des religieux assassinés par les Républicains se monte à plus de 6.000 - c'est-à-dire une des plus grandes persécutions qu'ait jamais subi l'Église catholique. Alors, oui, l'Église catholique avait parfaitement le droit de glorifier, ce dimanche, le sort de 500 de ses membres morts pour leur foi. Surtout quand cela ne gêne personne. (Sauf, bien entendu, ceux qui se sentent morveux.) Et c'est du plus haut ridicule que de mettre cette béatification - qui ne concerne que les catholiques - sur le même pied que le lavage de cerveau étatique que veut imposer le gouvernement socialiste de Rodríguez avec sa loi de "mémoire historique", qui, elle, sera imposée à tous les Espagnols.

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  • 4 weeks later...
Ce que cache la béatification des "martyrs" franquistes

Par Nestor Romero (Ancien enseignant) 17H30 31/10/2007

Dimanche, "498 martyrs des persécutions religieuses" pendant la guerre civile d'Espagne (1936-1939) ont été béatifiées à Rome. Le même jour, c'était le vingt-cinquième anniversaire de l'arrivée des socialistes au pouvoir en 1982. Et, pur hasard, deux jours avant le vote par les Cortes (parlement) de la loi de réhabilitation des victimes du franquisme, loi violemment combattue par la droite et… l'Eglise.

Béatification cela signifie rendre "béat", c'est-à-dire "bienheureux", de manière à donner en exemple celles et ceux qui sont morts pour leur foi, je dis bien pour leur foi et non, par exemple, pour des raisons politiques.

Il est vrai, tragiquement vrai que des religieux(es) ont été tués, je dirais, quoi qu'il en coûte, assassinés, dans les années 30 et particulièrement au cours de l'été 1936 (je me souviens de ce vieux militant libertaire, journaliste dans la région de Valence, me disant, les larmes aux yeux: nous aussi nous avons fait, parfois, ce que nous n'aurions pas dû faire). Tous les historiens s'accordent sur le fait sinon sur les chiffres (on peut voir, par exemple, ce monument de pondération méthodique: "La guerra civil española", d'Antony Beevor, éd. Crítica, Barcelona).

L'implication de l'Eglise espagnole dans la guerre civile est un fait politique

Mais alors peut-on dire, pour autant, comme le fait aujourd'hui la droite espagnole, l'Eglise et le pape lui-même, qu'il s'agissait de persécutions religieuses et non d'une guerre, c'est-à dire d'un fait politique?

Il suffit de consulter l'énorme iconographie issue de cette guerre pour tomber en arrêt devant ces évêques et cardinaux entourés de militaires soulevés contre la République, tous bras tendu et main bien ouverte, pour comprendre que l'Eglise espagnole, a non seulement béni le soulèvement du 17 juillet 1936, mais y a collaboré très concrètement et massivement.

Et l'on n'en finirait pas de citer les proclamations des autorités ecclésiastiques, non seulement dans les années 30, mais dès le XIXe siècle et la révolution cantonaliste, pour ne pas remonter au-delà, jusqu'aux proclamations appelant l'armée à la croisade (cruzada), on n'en finirait pas…

Quand Pie XI bénissait les "croisés du Christ et de l'Espagne"

Il suffit de rappeler qu'en ce mois de juillet 1936, l'autorité suprême, le pape Pie XI, salue "la contre-révolution" et bénit "les croisés du Christ et de l'Espagne" et que le 23 août 1940, Franco signe un décret disposant que le cardinal Isidro Gomá serait enterré avec "tous les honneurs d'Etat en raison des inestimables services rendus à la patrie", lequel cardinal n'est rien d'autre que celui qui rédigea, en 1937, la lettre épiscopale de soutien au coup d'état militaire et l'inventeur de l'expression "croisade chrétienne" pour qualifier l'épopée franquiste.

Comment douter alors de la dimension politique de l'intervention de l'Eglise? Le mot, d'ailleurs, est bien choisi, contre-révolution, car on ne comprend rien à cette guerre si l'on ne voit pas que le soulèvement militaire, au-delà de la république, se dresse contre la révolution qui se prépare dans le pays depuis le début du siècle pour le moins. Et si l'on ne voit pas, en outre, que cette révolution présente des caractéristiques bien particulières en ceci que, fait unique en Europe, elle se réfère plutôt à la tendance libertaire de Bakounine qu'à celle "autoritaire" de Marx, toutes deux issues de la première Internationale.

Ce qui contribue à expliquer l'effervescence estivale qui ne vise l'Eglise qu'en tant qu'elle est une composante essentielle du pouvoir séculaire contre lequel la révolution se dresse, ce pouvoir constitué en outre d'une classe possédante rétrograde et d'une armée dont la hiérarchie est issue de cette même "aristocratie".

Le camp républicain a fait arrêter les violences contre le clergé

C'est ce triptyque formé du cacique, du prêtre et du garde-civil que l'on retrouve, non pas symboliquement, mais très concrètement dans chaque village du pays, disposant de tous les pouvoirs sur une population asservie quand ce n'est misérable. Et l'Eglise participe, le plus souvent, concrètement à ce pouvoir par ses prêtres qui prêchent la résignation à l'ordre voulu par Dieu et menace des foudres du ciel le moindre récalcitrant. Imagine-t-on les haines accumulées?

Alors quand vient la révolution, sur la "Plaza Mayor" sont jetés dans un même feu les registres de la propriété, les fichiers de police et les objets du culte qui symbolisent l'oppression séculaire. Et personne ne se trompe d'ennemi, les prêtres bénissent les militaires soulevés et ne rechignent pas à prendre, eux aussi, les armes. Ils sont des soldats d'un camp, et les soldats meurent à la guerre.

Et des exactions se produisent, je l'ai dit, inacceptables, auxquelles les militants des organisations syndicales, très puissantes (CNT, UGT), tentent immédiatement de s'opposer et parviennent à circonscrire avant l'automne, alors que, dans l'autre camp…

Le général Mola, chef de l'armée du Nord et âme de la préparation du coup d'état, ordonne "d'éliminer les gens de gauche: communistes, anarchistes, syndicalistes, franc-maçons". Et le général Queipo de Llano (bourreau bavard de Séville) qualifie le "mouvement" de purificateur ("depurador") du peuple espagnol, alors que l'un des porte-paroles de Franco, le capitaine Gonzalo de Aguilera, dans une interview donnée au journaliste américain John Whitaker proclame: il faut "tuer, tuer et tuer tous les rouges, exterminer un tiers de la population masculine et nettoyer le pays de ses prolétaires".

C'est donc bien d'une entreprise de "purification sociale" dont se sont rendus coupables les "nationaux", comme ils disaient, et c'est à cette entreprise que l'Eglise apostolique et romaine a, en Espagne, appelé et collaboré. Que le pape béatifie autant qu'il le veut, mais qu'il ne nous demande pas d'oublier.

http://www.rue89.com/2007/10/31/ce-que-cac…yrs-franquistes

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Que le pape béatifie autant qu'il le veut, mais qu'il ne nous demande pas d'oublier.

Ouaip. Et que la gauche ne nous demande pas d'oublier pourquoi une moitié de l'Espagne s'est soulevé contre la Seconde République.

[…]

Car une bonne partie des mensonges qui concernent la Guerre d'Espagne se centrent sur la description de l'époque qui la précéda, à savoir la Seconde République - proclamée en Espagne il y a 75 ans -, qui est généralement dépeinte avec les vives couleurs du Jardin d'Éden, afin de faire ressortir plus clairement le blanc et le noir de la guerre civile espagnole, avec ses bons, très bons, et ses méchants, très méchants. La gauche et la droite, pour être plus clair, pour que personne ne s'égare. C'est ainsi que la majorité des gens, lorsqu'on leur parle de la Seconde République espagnole, se remémore l'image projetée par une historiographie sinistrement politisée : un régime de gauche qui parvint au pouvoir avec la mission de résoudre une série de problèmes ancestraux nés de l'incurie et des privilèges de la droite. Jusqu'à Diane Cambon qui, le mois d'avril dernier, dans les colonnes du Figaro (même pas celles de l'Humanité ou de Libération), se sentait obligée de ressasser la niaise antienne :

[…] les cinq années que dura la République (de 1931 à 1936) sont reconnues internationalement comme l'âge d'or du XXe siècle espagnol. « Ce fut une période brillante d'un point de vue culturel, mais aussi d'une grande modernité sociale et politique », assure l'historien britannique Paul Preston dans le quotidien El Pais. La République fut certes marquée par une profusion d'oeuvres littéraires et artistiques (Lorca, Alberti, Buñuel, Picasso…), mais aussi par une volonté de vulgariser la culture et l'enseignement à travers notamment la construction de dix mille écoles publiques. Le régime républicain permit également d'instaurer le suffrage universel et le droit de vote pour les femmes ainsi que la séparation de l'Église et l'État.

La propagande ne pourrait être plus grossière.

Tout d'abord, ce furent des hommes politiques de la droite espagnole classique, Alcalá-Zamora et Maura, qui unirent les républicains et les poussèrent à prendre le pouvoir en 1931. Et ils le firent non pas avec l'objectif de remplir de supposées « missions », mais bien pour instaurer une démocratie normale, avec une possibilité d'alternance entre la droite et la gauche, afin que la résolution des problèmes s'effectue selon un vote majoritaire. Maura et Alcalá-Zamora connaissaient l'inquiétant messianisme révolutionnaire de la gauche espagnole et ses dangereuses monomanies antireligieuses, mais ils pensaient pouvoir les neutraliser via l'établissement de libertés générales, d'élections libres et la participation active de la droite dans le processus républicain. Ces espérances raisonnables allaient recevoir très rapidement un terrible coup avec ce que l'on a appelé l'« incendie des couvents ».

Le 11 mai 1931, les éléments les plus fanatisés de la gauche lancèrent à Madrid une vague d'incendies d'édifices religieux, après une tentative d'assaut avortée contre le journal monarchique ABC. Les incendies s'étendirent les jours suivants en Andalousie et au Levant, avec un bilan final de quelques cent édifices détruits, églises d'une grande valeur historique et artistique, centres d'éducation et de formation où des milliers de travailleurs et de fils d'ouvriers avaient reçus un enseignement de qualité, écoles salésiennes, laboratoires, etc. De même, des bibliothèques furent brûlées avec leurs centaines de milliers de volumes, parmi lesquels des incunables, des éditions originales de Lope de Vega, Quevedo ou Calderón, des collections uniques de revues,… ou encore les irrécupérables archives du paléographe García Villada, produits d'une vie entière de recherches. Furent également réduits en cendres des tableaux et des sculptures de Zurbarán, Valdés Leal, Pacheco, Van Dyck, Coello, Mena, Montañés, Alonso Cano, etc. Un désastre presque inconcevable.

Mais le plus révélateur fut la réaction du gouvernement républicain et de la gauche. Le ministre (et futur Président de la République) Azaña, considérant les incendies comme un acte de « justice immanente », paralysa toutes tentatives de mettre fin aux troubles en déclarant : « Tous les couvents de Madrid ne valent pas la vie d'un républicain ». La gauche, de manière générale, justifia les événements en les attribuant au « peuple », et en accusant la droite d'avoir « provoqué les travailleurs ». Une publication du parti socialiste menaçait : « Si les représentants de la révolution victorieuse ont pêché, c'est par une excessive indulgence envers les vaincus. » (Alors même que la gauche n'avait vaincu personne : ce furent les monarchistes eux-mêmes qui lui offrirent la République sur un plateau.)

L'Église et les catholiques protestèrent, mais pacifiquement. Cela ne calma pas la gauche, qui interpréta ce geste comme un aveu de faiblesse et maintint son attitude agressive. À l'encontre du bon sens, cette dernière continua d'accuser la droite de violence et d'intolérance et lui montra son mépris moqueur en soutenant - sans craindre de se contredire - que ce fut l'Église elle-même qui avait provoqué les émeutes afin de salir l'image de la République. À peine un mois après l'installation des républicains au pouvoir, la Seconde République espagnole portait déjà en elle les germes de la maladie mortelle qui allait l'emporter. Et cinq ans plus tard, ce ne seront plus seulement des bâtiments qui seraient brûlés, mais des milliers de religieux qui seraient cruellement torturés et assassinés.

C'est ainsi que, même si à la naissance de la République, nombreux furent les hommes politiques et les intellectuels espagnols qui désirèrent instaurer une démocratie libérale, l'initiative fut confisquée dès l'instant même de la rédaction de sa constitution par une gauche qui estimait que le régime était sa propriété exclusive et que la droite était une option politique sans légitimité pour exercer le pouvoir émanant des urnes. Aussi rapidement que commencèrent les incendies d'églises, de bibliothèques et de centres scolaires, la charte fondamentale fut imprégnée non pas de laïcisme, mais de haine de la religion. Pour donner un simple exemple, en 1933 furent supprimées les célébrations de la Semaine Sainte dans presque toute l'Espagne. Beaucoup plus grave, les quelques éléments libéraux que conservait la constitution furent réduits à néant avec l'approbation de la Loi de Défense de la République, qui permit au premier gouvernement de gauche d'interdire d'innombrables actes politiques de l'opposition, en plus de fermer quelques 100 journaux de droite. Voilà pour la « grande modernité sociale et politique » de Paul Preston.

Quant aux succès politiques des gouvernements républicains, rappelons que sous le premier gouvernement de la gauche augmentèrent les chiffres des grévistes, du chômage et même celui des personnes mortes de faim. La réforme agraire, étendard du programme de la gauche, fut exécutée avec plus d'efficacité par le gouvernement postérieur de Lerroux. Bien qu'en définitive, ce projet se solda par un cuisant échec. Par ailleurs, l'augmentation du nombre d'écoles publiques doit être mis en balance avec la fermeture des collèges religieux, mesure promulguée selon les critères du plus atroce sectarisme. Voilà pour la « séparation de l'Église et l'État » de Diane Cambon.

Durant la Seconde République, nombreux furent les secteurs politiques qui se soulevèrent contre elle. Bien sûr des monarchistes radicaux, Sanjurjo, etc. Mais surtout les anarchistes, durant toute la République, et, en 1934, après la victoire de la droite aux élections, la totalité de la gauche, menée par les socialistes, qui tenta un coup d'État avec lequel, comme l'expliqua très clairement le grand philosophe Salvador de Madariaga, « la gauche espagnole perdit jusqu'à l'ombre de toute autorité morale pour condamner la rébellion de 1936 ».

Vinrent les élections de 1936, les plus anormales de la Seconde République, qui donneront le pouvoir à la coalition des gauches du Front populaire. Par ce que, de manière extraordinairement suspecte, le gouvernement du Front populaire ne publia aucun chiffres officiels, encore aujourd'hui les résultats de ces élections ne sont que des estimations qui, selon les auteurs, peuvent varier d'un million de votes. Généralement, on estime que la gauche gagna plus de sièges, mais que la

droite recueilli plus de voix. La question était : la gauche avait-elle suffisamment modéré ses instincts insurrectionnels ou utiliserait-elle son succès au service de la revanche ?

Dès les premiers instants du nouveau gouvernement de gauche, ses membres les plus fanatiques imposèrent leur loi à partir de la rue. Les auteurs de la sanglante tentative du coup d'État de 1934 furent élevés au rang de héros, retrouvèrent avec honneur leurs anciens offices ou charges et les entrepreneurs se virent obligés de les réembaucher, ce qui, dans beaucoup de cas, signifiait le renvoi de travailleurs pacifiques qui avaient été engagés pour remplacer les putschistes. On vit même une veuve forcée de reprendre les triomphants assassins de son mari. Recommencèrent immédiatement les incendies d'églises et les attaques aux sièges des partis de la droite. Le 25 mars 1936, le syndicat socialiste, l'UGT, organisa l'invasion simultanée et violente de 3.000 propriétés dans la province de Badajoz. La situation ne fit qu'empirer les mois suivants. Le 1er mai, défilèrent dans différents villes à travers toute l'Espagne les milices paramilitaires gauchistes en uniforme et en formation.

L'insécurité généralisée paralysa l'initiative privée qui, pourtant, avait permis, lors des deux années du gouvernement de la droite, à l'économie de surmonter la crise apparue lors du premier gouvernement de gauche de la République. Augmentèrent ainsi rapidement le chômage et la misère. Toutefois, pour la gauche, cette situation n'avait rien à voir avec la violence déchaînée par ses membres, mais bien avec la méchanceté congénitale des propriétaires qui fuyaient avec leurs capitaux pour « saboter la République ». Ainsi, les révolutionnaires exploitaient le chômage pour exacerber chaque fois plus des masses désemparées et augmenter leurs exigences, dans un cercle vicieux que multipliaient les grèves et le chaos économique. En seulement cinq mois, on comptabilisa plus de 300 morts, des milliers d'incendies et d'attaques contre le domicile de membres de la droite, ainsi que d'immenses dégâts causés au patrimoine artistique.

Finalement, fut commis le crime qui allait sceller le destin de cette République. Après avoir été plusieurs fois menacé de mort par différents membres du Front populaire - lors de la séance parlementaire du 16 juin 1936, par Casares Quiroga, le Ministre de la Guerre du Front populaire, lors de la séance parlementaire du 1er juillet par le député socialiste Ángel Galarza ou encore le 13 juillet par la Pasionaria, député communiste pour les Asturies -, le monarchiste José Calvo Sotelo, un des principaux chefs de l'opposition au gouvernement du Front populaire, est assassiné par des membres de la Garde d'Assaut - la garde républicaine créée et dirigée par le gouvernement de gauche - et des militants socialistes. Après avoir pris d'assaut la résidence de Calvo Sotelo, les assassins l'emmèneront avec eux pour le tuer à l'intérieur d'une fourgonnette de police. Son corps sera ensuite amené et laissé au cimetière par les membres de la police républicaine elle-même.

Ce crime d'État et le silence complice du gouvernement républicain précipiteront l'Espagne dans la tragédie : quelques jours plus tard, le 17 juillet 1936, il y a aujourd'hui 70 ans, la garnison espagnole de Melilla, sous le commandement du général Franco, se soulèvera contre le gouvernement républicain mettant ainsi fin, cinq ans après sa naissance, à l'agonie de la Seconde République espagnole. Commença alors une guerre qui ne pouvait se conclure, hélas, que par une dictature, militaire ou « du prolétariat ».

http://chacun-pour-soi.blogspot.com/2006/0…-gauche_17.html

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