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A.B.

Claude Allegre

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Je ne sais pas trop pourquoi pas mal ici le trouvent liberal…

Petite interview

http://www.lexpress.fr/actualite/economie/…sme_481539.html

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Claude Allègre, ancien ministre et physicien, débat avec Nicolas Baverez, économiste et avocat Pour stimuler la croissance et l'emploi, l'Etat joue-t-il son rôle? Jusqu'où, comment doit-il intervenir? Des questions plus que jamais au cœur des débats, alors que la France, l'Europe s'inquiètent des effets de la mondialisation

Faut-il débrider le libéralisme ou le réguler?

Claude Allègre: Le marché doit être respecté, mais, sans l'Etat, l'économie ne peut pas fonctionner. Il joue un rôle central dans les grandes économies qui se développent avec succès: la Chine, l'Inde, les Etats-Unis, le Japon, le Vietnam et même la Russie. Le keynésianisme triomphe partout où il est appliqué.

Nicolas Baverez: Le libéralisme a trois dimensions: politique, depuis Montesquieu et la séparation des pouvoirs; économique, à partir des utilitaristes anglais; et morale, qui est à chercher dans le refus du fatalisme et du déterminisme, le combat pour la liberté politique et individuelle. La France est l'un des pays qui ont inventé le libéralisme. La gauche même a une tradition libérale du fait de l'ambiguïté du socialisme, doctrine d'organisation collective mais aussi d'émancipation. C'est le marxisme qui a déporté le socialisme du côté de l'antilibéralisme. La priorité de la gauche française devrait être de se réconcilier avec le libéralisme.

C. A.: Revenons au terrain économique, car c'est là que le mot fait débat. Le politique n'a pas joué son rôle de régulateur, en particulier l'Europe, qui n'a pas de pouvoir ni de légitimité dans ce domaine. On a fait un contresens en opposant l'Etat au marché, il faut l'Etat et le marché.

Vous dites que c'est à partir de 1974 et de l'ouverture des frontières que la croissance a dévissé.

C. A.: Absolument. Des secteurs entiers ont été bouleversés et le chômage a explosé. Peu importe! La philosophie de Bruxelles, c'est le libéralisme, parce que c'est bon par définition. Comme dit la présidente du Medef: «L'économie marche toute seule, l'Etat ne doit pas s'en mêler.» Je ne suis pas d'accord!

Claude Allègre

N. B.: Vous avez raison, il n'y a pas d'autorégulation du marché et il faut des contre-pouvoirs. Sur l'ouverture des frontières, en revanche, je ne vous suis pas. Pourquoi la Chine ou l'Inde représentaient-elles autour de 25% du PIB mondial en 1700 et sont-elles tombées à 2 ou 3% dans les années 1970? Parce que ces économies se sont fermées, coupées de l'extérieur. Aujourd'hui, la Chine, sans rompre avec le communisme sur le plan politique, comme l'Inde ont abandonné l'économie dirigée et le protectionnisme: c'est ce qui explique leur extraordinaire développement. Le Brésil aussi s'est ouvert, et cela lui vaut 4,5% de croissance et une diminution de la pauvreté…

C. A.: Oui, mais regardez avec quelle prudence il ouvre les portes. Je ne suis pas contre la mondialisation. J'en critique simplement le rythme et les modalités. Le temps des économistes n'est pas celui de la souffrance humaine.

N. B.: En Europe, il faut aussi s'adapter à la mondialisation. Les protections ne permettent pas d'avoir plus de croissance et d'emploi. La France a connu, dans les années 1960, un rythme de croissance qui a frôlé les 6% par an, avec une situation de plein-emploi qui a été tirée par l'ouverture rapide des frontières à l'intérieur de l'Europe. Quand de Gaulle est arrivé au pouvoir, tout le monde était persuadé qu'il arrêterait le Marché commun. Le calendrier a été accéléré. Il faut désormais ouvrir aussi les frontières de l'Europe sur l'extérieur.

C. A.: Les pays qui ont bénéficié de l'ouverture des frontières sont essentiellement ceux qui étaient en retard. Qui s'est retrouvé avec des problèmes de chômage aigus? La France et l'Allemagne.

N. B.: Le taux de croissance de l'Europe est de 1,5% par an, alors que la croissance mondiale est de 4,5%. Mais il y a deux Europe: celle qui marche, qui fait des réformes, et celle qui ne marche pas, qui refuse le changement - hier, avant l'Agenda 2010, l'Allemagne, mais surtout la France et l'Italie.

Qu'ont de commun ceux qui «marchent»?

N. B.: Tous ces pays ont agi sur des leviers communs: la fiscalité, le marché du travail, la réorientation de la protection sociale vers l'activité, la réforme de l'Etat.

C. A.: Sur la fiscalité, les Scandinaves sont plus lourds que nous!

N. B.: Mais la Suède, en dix ans, a baissé de 10 points de PIB ses dépenses publiques.

C. A.: Je pense que la Suède ou le Danemark ont un taux d'imposition trop élevé. Il faut trouver une solution française. Toute la politique de l'Etat devrait être centrée sur l'emploi.

N. B.: Ce qui gangrène notre pays, en effet, c'est un taux de chômage de 10% depuis un quart de siècle. L'Etat est aujourd'hui l'un des freins principaux à la croissance. Je rappelle que la dette est passée de 20% du PIB en 1980 à 67% aujourd'hui et que le nombre de fonctionnaires a augmenté de 650 000 dans les dix dernières années.

C. A.: Vous avez oublié la réglementation tatillonne, qui bloque les entreprises. Ce n'est pas ainsi que je conçois l'Etat.

N. B.: C'est dans le programme du PS qu'on veut mettre les petites entreprises aux 35 heures! On a euthanasié le travail en France. Les Français attendent 32 ans pour occuper un emploi permanent, ils arrêtent à 54 ans, ils travaillent 1 440 heures par an, pour 1 750 en Europe et 1 850 aux Etats-Unis. Et l'innovation a été bannie avec la constitutionnalisation du principe de précaution…

C. A.: Les 35 heures ont tout de même créé de l'activité économique dans les loisirs! Quant à l'innovation, il faudrait commencer par payer les chercheurs et les professeurs convenablement si l'on ne veut pas qu'ils s'en aillent. Enfin, je ne suis pas en opposition avec vous sur la nécessité de se tourner vers des marchés émergents, mais attention! J'écoutais le représentant du Brésil à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) dire: «On sait mieux élever les vaches que les Français, elles coûtent moins cher, donc les Français n'ont qu'à arrêter d'en produire et nous les acheter.» Le marché doit être libre en interne, mais encadré.

A quelle échelle? Et qui peut l'encadrer?

C. A.: La régulation mondiale ne peut pas se faire par l'ONU, car les Etats-Unis n'accepteront jamais. Il faut faire un G 15 et lui confier le pouvoir de régulation, avec des règles de gouvernance qui sont celles de l'entreprise.

N. B.: La seule institution taillée pour réguler au niveau mondial, c'est l'Organisation mondiale du commerce, mais il est très difficile de mettre d'accord 149 Etats. Au niveau européen, il n'y a pas de véritable coordination des politiques économiques ni de stratégie concrète de développement de l'économie de la connaissance.

C. A.: Donc, vous êtes d'accord avec notre proposition de gouvernement économique dans la zone euro?

N. B.: Oui, et aussi sur le fait que la politique monétaire conduite est à la fois déflationniste et malthusienne.

C. A.: Donc, il faudrait inscrire dans la charte de la Banque centrale européenne ce qui existe dans la Réserve fédérale américaine…

N. B.: … Qu'on s'occupe de croissance et d'emploi et pas seulement d'inflation. C'est le bon sens même! En revanche, je crois que pour remettre de la croissance en Europe il faut accélérer la constitution du grand marché et favoriser l'émergence d'un capitalisme européen.

C. A.: Je suis d'accord. On n'a rien fait pour le capitalisme européen.

N. B.: Il faut reconvertir des crédits, notamment consacrés à la politique agricole, pour les orienter vers la recherche, l'innovation, l'économie de la connaissance.

C. A.: J'écris cela sans arrêt.

N. B.: La France est schizophrène. On ne peut pas déplorer que l'Europe ne fasse pas grand-chose pour les infrastructures et l'économie de la connaissance et dire qu'il faut maintenir les aides agricoles comme dans les années 1960.

C. A.: Bien sûr, il faut modifier les priorités européennes, mais il faut aussi instaurer le keynésianisme au cœur de sa politique, avec une stimulation par la demande.

N. B.: Sous couvert de critique du libéralisme, la France a divorcé de la liberté tout court. On en voit les ravages sur le plan de l'Etat de droit, de Clearstream à Outreau; on en voit les ravages en économie. La seule manière de lutter contre cela, c'est de renouer avec la filiation libérale.

C. A.: Je ne crois pas. Il faut respecter le marché, mais aussi le rôle d'un Etat régulateur puissant.

Le feed google news "liberalisme" est dur pour les nerfs…

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Le feed google news "liberalisme" est dur pour les nerfs…

Il mène droit à une épistémologie pessimiste et donc au conservatisme.

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Encore un bien frais pour aller faire du "libéralisme" au MR

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Allègre est assez bon dans les secteurs qu'il connaît : enseignement supérieur, recherche et environnement. Son dernier bouquin est tout à fait riche d'enseignement sur ces points. En revanche, lorsqu'on s'en éloigne, sa méconnaissance des mécanismes de l'échange aboutit à des âneries de cet accabit.

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