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Henri

"Croissance Verte"

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http://vivelarepublik.blogspot.com/

En pleine récession économique mondiale, une idée est en train de prendre corps : notre salut viendra de la révolution écologique en préparation dans de nombreux pays. Alors que l’économie industrielle et financière classique marque le pas, les politiques et les investissements respectueux de l’environnement sont prêt à prendre le relais. C’est en tous cas le discours des partisans de la Croissance Verte, qui s’oppose en quelque sorte à la classique « décroissance » prônée par beaucoup d’autres militants écologistes. Ainsi, Jean-Louis Borloo de déclarer récemment que le respect de l’environnement n’était plus une contrainte, mais une opportunité. Un nouvel Eldorado en quelque sorte ?

Les externalités environnementales ont un impact négatif sur la croissance mondiale

Avant toute chose, il s’agit de bien définir ce dont on parle : la Croissance Verte, si l’on suit le Ministre d’Etat dans ses propos, consiste en un surcroît de croissance du fait d’investissements écologiquement responsables par rapport à une situation où il n’y aurait pas de problèmes dus au réchauffement climatique ou à l’épuisement des ressources naturelles. En clair, il ne s’agit pas ici de comparer une situation où l’on cherche à préserver la nature à une situation où l’on ne ferait rien. Ainsi, on peut parfaitement être préoccupé de la lutte contre le réchauffement climatique sans croire pour autant à la croissance verte, de même qu’on peut parfaitement croire à la croissance verte sans être intéressé plus que cela par la dégradation de l’environnement.

A priori, si l’on schématise à outrance, on peut dire que l’économie est un système à l’intérieur duquel les acteurs cherchent à maximiser leur richesse, leur prospérité, que l’on rassemble généralement sous la notion de croissance économique. Le réchauffement climatique et les autres problématiques environnementales qui ont émergé ces dernières années peuvent être considérés comme des contraintes supplémentaires sur ce système, ce que l’on appelle généralement des externalités négatives. Dès lors, comment les acteurs économiques pourraient-ils trouver un meilleur optimum en présence de ces nouvelles contraintes ? Bien entendu, le monde ne se réduit pas à une fonction à plusieurs variables à optimiser et la présentation qui vient d’être faite est certainement trop sommaire, elle permet néanmoins de poser le problème et de montrer que l’idée de Croissance Verte ne va pas de soi. La complexité de la réalité ne doit pas être une raison pour nous éloigner des idées simples en économie.

On peut commencer à raisonner sur un exemple simple, le captage et le stockage de CO2 sur les centrales électriques (au charbon principalement). Cette technologie est l’une des principales réponses au problème des émissions de gaz à effet de serre, on peut même dire que si elle ne se met pas en place rapidement de façon généralisée, ces émissions ne pourront qu’augmenter dans les années à venir. Ce système consiste à séparer le CO2 des autres gaz relâchés par la centrale puis de l’orienter vers des réserves géologiques dont il ne sortira pas. Pour cela, on utilise une partie conséquente de l’énergie produite par la centrale, ce qui dégrade significativement son rendement, et on est amené à construire des pipelines de CO2 : toutes ces mesures ont un coût qui sera nettement supérieur à zéro quelque soient les avancées technologiques des années à venir. L’objet des recherches en cours consiste précisément à réduire ce surcoût autant que faire se peut. On comprend bien que le captage et le stockage du carbone, s’il est absolument indispensable dans les années à venir pour lutter contre le réchauffement climatique, se traduira par des coûts très importants et aura donc un impact négatif sur la croissance économique.

La problématique de l’épuisement des ressources amènent peu ou prou aux mêmes conclusions : nous vivons globalement dans un monde où les matières premières, en particulier les hydrocarbures, ne sont pas chers et relativement abondants et nous entrons dans le monde de la rareté, où les matières premières les plus rares ou les plus recherchées verront inexorablement leur prix monter. Si aucun substitut n’est trouvé à ces matières premières, l’augmentation de leur prix viendra donc peser significativement sur la croissance mondiale (même si la situation sera contrastée entre les pays importateurs et exportateurs de pétrole), si d’autres sources énergie sont progressivement utilisées en substitution (énergies renouvelables), alors elles coûteront plus cher que les matières fossiles à leur prix actuel et pèseront alors également sur la croissance.

Pour justifier l’idée de croissance verte, il faut faire l’hypothèse que l’énergie alternative qui va être utilisée puisse devenir compétitive, c’est-à-dire moins chère que ne l’est le pétrole aujourd’hui. On peut être sceptique sur ce point pour au moins deux raisons : la première c’est le principe d’économie qui guide les sociétés humaines, si le développement de ces deux derniers siècles s’est fait avec le charbon et le pétrole, c’est certainement parce qu’il s’agit des sources d’énergie les moins chères à exploiter. Rappelons au passage que c’est lors de la révolution industrielle que les moulins à vent ont été peu à peu abandonnés. La seconde, c’est que les hydrocarbures sont le résultat du travail réalisé par le soleil sur la matière organique pendant des millions d’années : nous profitons donc aujourd’hui des bénéfices d’une énergie dont nous n’avons pas eu à supporter le coût, ce qui la rend particulièrement compétitive. On peut néanmoins espérer que l’augmentation de notre niveau technologique rende accessible à un coût modique des sources d’énergie qui ne l’étaient pas jusque là (vent, soleil, uranium 238,…).

Une autre justification possible de la croissance verte tient à la non-rationalité des acteurs. En effet, rien n’indique qu’en l’absence de contrainte environnementale, ces acteurs économiques parviennent à atteindre un optimum. En braquant les projecteurs sur la problématique climatique ou sur l’épuisement des ressources, les pouvoirs publics peuvent donc espérer rendre le marché plus efficient. Telle est la philosophie des eco-prêts à taux zéro où l’Etat accepte de prêter à des ménages qui décident d’investir dans l’isolation de leur logement, en se faisant rembourser sur les économies d’énergie réalisées. Une fois le remboursement effectué, la situation est donc à peu près neutre pour l’Etat et elle est meilleure pour les ménages, d’où un gain collectif qui doit se traduire par un impact favorable sur la croissance économique. Ce raisonnement est tout de même conditionné au coût de l’investissement à réaliser et au prix de l’énergie : toute mesure qui consiste à réduire la consommation d’énergie n’en est pas viable économiquement pour autant. Pour prendre un exemple caricatural, demander à un individu de pédaler la moitié de la journée pour économiser une partie de l’énergie qu’il consomme n’est vraisemblablement pas une idée pertinente quelle que soit l’évolution des prix de l’énergie.

Les pratiques écologiquement responsables sont également réputées tirer un meilleur usage des ressources à disposition, limitant ainsi leur gaspillage. Le tri et le recyclage sont évidemment des pratiques vertueuses, qui ont certainement un impact favorable sur la croissance quoi qu’il ne faille pas en ignorer les coûts. Il n’en va pas de même de l’agriculture biologique qui consiste précisément à tirer un moins bon usage de la ressource (les surfaces cultivables) en réduisant les rendements au moment même où ces surfaces diminuent à l’échelle mondiale et que la population s’accroît. L’impact de ces politiques ne saurait donc avoir un impact favorable sur la croissance puisqu’elles diminuent la productivité.

Croissance Verte ou Décroissance ?

Au-delà de ces exemples sectoriels, on peut se demander si la notion de Croissance Verte n’est pas une façon trop commode de faire face au péril environnemental. C’est en tous cas la thèse défendue par certains écologistes, adeptes de la décroissance. Selon eux, la crise environnementale appelle à un changement radical de nos modes de vie et rien n’indique donc que cela permette de maintenir la croissance économique au niveau auquel nous l’avons connu ces dernières années. Il est en effet assez rassurant, pour ne pas dire confortable, de se dire que l’humanité est en mesure de répondre à l’un de ses plus grands défis en maintenant son rythme de développement. De plus, faire de la Croissance Verte l’alpha et l’oméga de toute politique environnementale, c’est prendre le risque de mettre au placard des mesures nécessaires mais qui pèseraient sur la croissance, comme la diminution générale de notre consommation.

Poussons en effet le raisonnement jusqu’au bout : un objectif de croissance positive stable sur les années à venir implique une augmentation exponentielle alors que le monde est fini et que certaines ressources sont rares. N’y a-t-il pas là une contradiction fondamentale entre la notion de croissance et celle de développement durable ? Bien entendu, il faut jeter un œil aux échelles de temps en jeu, car si l’épuisement de certaines ressources ne survient que dans plusieurs milliers d’années, on peut considérer qu’à l’échelle de l’humanité, en tous cas de nos sociétés, il s’agit là d’une ressource durable. Si tel n’est pas le cas, la seule solution pour maintenir une croissance stable est de la dématérialiser progressivement c’est-à-dire que le ratio PIB/(matières premières « rares » consommées) diminue significativement dans les années à venir.

Facile, répondra-t-on, à l’heure de l’économie de la connaissance et de l’innovation, mais rien n’est moins sûr. Jusque là, la croissance économique soutenue que nous connaissons depuis la révolution industrielle doit beaucoup à la consommation intensive (certains diront le pillage) des ressources naturelles. Les innovations (machines à vapeur, moteur à combustion,…) offrent des perspectives de croissance qui sont ensuite réalisées par la consommation « matérielle » de ressources naturelles. De nouvelles innovations permettent de rendre exploitable de la matière qui ne l’était pas, c’est le cas de l’uranium utilisés dans les réacteurs nucléaires. Dématérialiser la croissance ne consiste donc pas à se reposer sur de nouvelles innovations, il s’agit de faire en sorte que ces innovations n’aient plus besoin de « carburant » pour produire de la croissance, en tous cas qu’elles n’entraînent pas la consommation de ressources rares.

La désindustrialisation de ces dernières années dans les pays occidentaux pourrait faire penser que nous nous dirigeons tout droit vers une économie de service et rendrait donc possible cette dématérialisation de la croissance. Mais il s’agit là d’un trompe l’œil, en réalité, il n’existe quasiment pas de services qui ne s’appuient au final sur une industrie : le mouvement de ces dernières années est un exemple typique de partage du travail sur le plan mondial avec les pays émergents utilisés comme atelier du monde et les pays occidentaux qui se spécialisent dans les activités de service, supposées à plus forte valeur ajoutée. La croissance mondiale de la production industrielle n’a donc pas fléchi au cours des dernières décennies, et par conséquent, l’économie ne s’est pas encore « dématérialisée ».

Il y a un autre phénomène économique qui permet de générer de la croissance sans utiliser plus de ressource, c’est ce qu’on appelle les bulles économiques ! On définit d’ailleurs une bulle par la déconnection entre la valeur de marché d’un bien avec sa valeur réelle. Drôle de définition quand on sait que d’après les préceptes de l’économie de marché, ces deux valeurs devraient se confondre à tout moment puisque la valeur n’existe que dans les yeux du consommateur, c’est-à-dire qu’elle est essentiellement subjective. Parler de valeur réelle, c’est chercher une interprétation objective, pour ne pas dire … matérielle. Retournons alors le raisonnement : dématérialiser la croissance peut-il se traduire par autre chose que par l’apparition de bulles ? L’engouement actuel autour des CleanTechs ou des énergies renouvelables correspond-il à quelque chose de tangible ou est-on en train de préparer la prochaine bulle c’est-à-dire la prochaine crise économique ?

La Croissance Verte : un nouveau protectionnisme ?

Faut-il retenir de tout cela que la Croissance Verte, cela n’existe pas ? A l’échelle mondiale certainement : les investissements à mettre en œuvre pour capter et stocker le CO2, l’utilisation de sources d’énergie non-polluantes mais plus chères aura forcément un impact négatif sur la croissance, ce qui ne remet pas du tout en cause leur caractère absolument nécessaire. Mais dès que l’on descend à l’échelle régionale ou nationale, les choses sont assez fondamentalement différentes puisque d’autres facteurs stratégiques comme l’indépendance énergétique ou les avantages compétitifs entrent en jeu. La Croissance Verte peut être une excellente opportunité pour certains pays développés, souvent mal lotis en ressources de matières premières, d’être moins dépendant des pays producteurs de pétrole.

C’est en tous cas le sentiment partagé par de nombreux dirigeants européens et surtout américains dont les motivations sont davantage stratégiques qu’environnementales. John Kerry, proche du nouveau Président Barack Obama affirmait très récemment à propos de l’environnement : « C’est notre futur. Là où nous pouvons nous recréer un avantage concurrentiel vis-à-vis des pays émergents. L’afflux d’investissements dans ce secteur va bouger les États-Unis beaucoup plus fondamentalement que nous ne l’imaginons ». Certains pays européens, dont l’Allemagne et le Danemark, ont choisi d’investir très tôt dans les énergies renouvelables avant de pousser fortement à des objectifs ambitieux au plan d’européen ce qui va permettre à leurs entreprises leaders sur le marché d’avoir une activité soutenue et de créer beaucoup d’emplois. Dès lors que le virage écologique semble inéluctable, il est en effet de bonne politique que d’anticiper le mouvement. Cela explique l’engouement actuel des Etats-Unis dans ce secteur dont ils comptent bien faire leur prochain relais de croissance après celui des nouvelles technologies. Ajoutons enfin qu’en plus de l’aspect « indépendance énergétique », certains pays industrialisés voient dans la prise de conscience environnementale un moyen détourner de lutter contre les délocalisations ou la concurrence des pays émergents. Au nom du « dumpin environnemental », la protection de la nature est donc parfois employée pour habiller certaines mesures protectionnistes afin de préserver certaines industries nationales et créer des emplois non-délocalisables.

Le problème, c’est que si l’externalité environnementale a un impact globalement négatif sur la croissance mondiale et que certains pays espèrent malgré tout en tirer profit, d’autres devront bien payer : les pays émergents. On comprend alors pourquoi ils sont pour l’instant réticents à tout accord international contraignant sur le sujet. De leur point de vue, le différentiel de niveau de vie entre l’Occident et eux s’explique en partie par la possibilité qu’ont eu les pays riches de polluer sans se poser de questions depuis la Révolution Industrielle : au nom de quoi viendrait-on aujourd’hui leur donner des leçons et les freiner dans leur développement économique ? S’ils sont prêts à limiter leurs émissions de CO2, ce sera certainement en échange de transferts de technologie ou de compensation financière. Le Président tchèque Vaclav Klaus, bien que membre de l’UE a d’ailleurs donné le ton lors de la dernière conférence internationale de Poznan : « Maintenant que nous devons nous serrer la ceinture, il faut supprimer le luxe environnemental ». Toutes ces considérations expliquent pourquoi la signature d’un traité international sur les émissions de gaz à effet de serre sera si difficile à réaliser, bien qu’absolument nécessaire.

Conclusion : contraintes et créativité

Il convient donc d’être particulièrement vigilant face à cette notion de « Croissance Verte » qui laisserait penser qu’on peut à la fois lutter efficacement contre des externalités environnementales négatives et préserver notre modèle de croissance. En guise de maxime économique trop souvent oubliée, nous dirons qu’il est difficile d’obtenir à la fois « le beurre et l’argent du beurre ». Cela n’implique pas que les politiques environnementales ne doivent pas être poursuivies car les conséquences de l’inaction en matière environnementale pourraient être largement plus handicapantes pour l’humanité. Prendre au sérieux le réchauffement climatique et l’épuisement des ressources naturelles, c’est accepter de perdre une partie de notre croissance pour bâtir un monde plus durable.

Pour finir sur une note plus subjective et plus optimiste, on peut dire que plutôt que de diminuer l’optimum, les contraintes peuvent parfois stimuler la créativité. C’est en particulier vrai dans l’art où elles donnent parfois un bien meilleur résultat que la liberté totale (règles du théâtre et de la poésie classique, harmonie dans la musique classique,…). On peut donc se dire qu’il en ira de l’économie comme il en va de l’art et que l’humanité, face à un défi sans précédent, saura trouver en elle les ressources et la créativité suffisante pour le surmonter. A ce moment là, et à ce moment là seulement, on pourra parler de Croissance Verte.

Article très instructif, je me permets de le faire circuler ici.

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On ne peut capturer correctement les "externalités" que par l'application de la propriété privée. C'est assez visible d'ailleurs dans le domaine de la protection de l'environnement (C.F. la gestion des forêts en France, les élevages d'écrevisses du Mississipi, le succès massif des droits de pêche commercialisables, etc.).

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Sur la croissance écologique, ce qui va déclencher le mouvement c'est la prise de conscience des entreprises sur le thême de la contrainte budgétaire. Faire écologique, c'est produire autant avec moins (d'électricité, de matières premières…), c'est donc faire des économies. En période de crise ce n'est pas négligeable et les entreprises comprennent peu à peu que l'écologie n'est pas qu'un effet de communication. C'est aussi un moyen de gagner de l'argent :icon_up:

Après, est-ce que les aides et subventions de l'Etat aident à cette prise de conscience ? Pas sûr, si on sait que plus de la moitié des brevets liés aux énergies renouvellables ont été déposés aux Etats-Unis… Les aides là-bas sont bien moindres que dans d'autres pays.

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Sur la croissance écologique, ce qui va déclencher le mouvement c'est la prise de conscience des entreprises sur le thême de la contrainte budgétaire. Faire écologique, c'est produire autant avec moins (d'électricité, de matières premières…), c'est donc faire des économies. En période de crise ce n'est pas négligeable et les entreprises comprennent peu à peu que l'écologie n'est pas qu'un effet de communication. C'est aussi un moyen de gagner de l'argent :icon_up:

Après, est-ce que les aides et subventions de l'Etat aident à cette prise de conscience ? Pas sûr, si on sait que plus de la moitié des brevets liés aux énergies renouvellables ont été déposés aux Etats-Unis… Les aides là-bas sont bien moindres que dans d'autres pays.

Les entrepreneurs n'ont pas attendu la vague écologiste pour chercher à faire plus pour moins de ressources.

D'ailleurs, je trouve absolument ahurissant de voir les entreprises passer des pubs comme quoi elles sont "vertes", alors qu'elles ne font que ce qu'elles font depuis toujours, càd faire plus pour moins de ressources consommées.

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Faire écologique, c'est produire autant avec moins (d'électricité, de matières premières…), c'est donc faire des économies. En période de crise ce n'est pas négligeable et les entreprises comprennent peu à peu que l'écologie n'est pas qu'un effet de communication. C'est aussi un moyen de gagner de l'argent :icon_up:

Cette définition correspond plus aux gains de productivité.

L'écologie politique a la particularité de prendre en compte l'environnement (biocénose, biotope) et non seulement l'Homme. Ce qui amène des écologistes à considérer la survie des écosystèmes (dont leur conception est totalement figée incapable d'évoluer) plus importante que celle de l'Homme.

Les plus extrémistes prônent le meurtre de toute l'humanité et les moins extrémistes tentent de nous faire prendre conscience du danger afin que l'humanité décide d'elle-même de se suicider.

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Après la Croissance Verte, le Soleil Vert ?

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… Les aides là-bas sont bien moindres que dans d'autres pays.

Il y a quand même l'obligation de consommer 36 milliards de gallons d'éthanol par an comme carburant (à terme) qui constitue une aide de facto, et une aide non négligeable.

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Cette définition correspond plus aux gains de productivité.

L'écologie politique a la particularité de prendre en compte l'environnement (biocénose, biotope) et non seulement l'Homme. Ce qui amène des écologistes à considérer la survie des écosystèmes (dont leur conception est totalement figée incapable d'évoluer) plus importante que celle de l'Homme.

Les plus extrémistes prônent le meurtre de toute l'humanité et les moins extrémistes tentent de nous faire prendre conscience du danger afin que l'humanité décide d'elle-même de se suicider.

+1

Le meutre a déjà commencé (depuis 1972, date de l'interdiction du DDT)

Les oiseaux de New York (aux coquilles d'oeuf soi disant fragilisées par le DDT) contre des millions de personnes mourrant du paludisme.

L'organisation new yorkaise à l'origine de la plainte historique contre les fabricants de DDT ont récemment conseillé l'usage du DDT en pulvérisation dans les intérieurs des maisons en Afrique.

30 ans d'erreur et des millions de morts plus tard…

Source: Les prêcheurs de l'Apocalypse, Jean de Kervasdoué

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Il y a quand même l'obligation de consommer 36 milliards de gallons d'éthanol par an comme carburant (à terme) qui constitue une aide de facto, et une aide non négligeable.

Surtout combinée aux aides qui vont aux producteurs de cet éthanol…

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Cette définition correspond plus aux gains de productivité.

L'écologie politique a la particularité de prendre en compte l'environnement (biocénose, biotope) et non seulement l'Homme. Ce qui amène des écologistes à considérer la survie des écosystèmes (dont leur conception est totalement figée incapable d'évoluer) plus importante que celle de l'Homme.

Les plus extrémistes prônent le meurtre de toute l'humanité et les moins extrémistes tentent de nous faire prendre conscience du danger afin que l'humanité décide d'elle-même de se suicider.

J'affinerai la définition sur la productivité. Je n'avais d'ailleurs pas la prétention de faire une définition :icon_up:

On essaie désormais de se rapprocher de l'efficience (arriver au résultat en consommant le moins de ressources possibles) plutôt que de la seule efficacité (arriver au résultat voulu). Et j'ai l'impression que le discours change sur l'écologie. Il y a peu de temps encore, l'écologie était vécue comme une contrainte coûteuse imposée par la législation ou des impératifs de communication. Depuis l'envolée du coût des matières premières, les entreprises commencent à voir l'intérêt de faire des économies d'énergie ou de matières premières. Avec in fine un effet bénéfique sur l'environnement.

L'écologie politique est un autre sujet même si j'ai du mal avec la législation centralisée imposant une norme. Est-ce que des systèmes type class actions ne pourraient pas avoir le même effet en dissuadant les industriels de faire n'importe quoi ? Ou pour le compte, est-ce le genre de domaine sur lequel un Etat même minimal se doit de légiférer ? Je suis preneur de vos idées sur le sujet.

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Il y a quand même l'obligation de consommer 36 milliards de gallons d'éthanol par an comme carburant (à terme) qui constitue une aide de facto, et une aide non négligeable.

Vu comme ça… C'est une jolie subvention…

Après, ce n'est pas pour moi une mesure écologique (l'intérêt d'utiliser des terres arables pour produire de l'éthanol est assez douteux). C'est plus une subvention à l'agriculture américaine.

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J'affinerai la définition sur la productivité. Je n'avais d'ailleurs pas la prétention de faire une définition :icon_up:

On essaie désormais de se rapprocher de l'efficience (arriver au résultat en consommant le moins de ressources possibles) plutôt que de la seule efficacité (arriver au résultat voulu).

La recherche du moindre effort pour un résultat donné est ce que fait l'Homme depuis qu'il existe.

De même pour les entreprises, une ressource, ça a un coût, et comme l'objet d'une entreprise, c'est de gagner des sous, et bien la recherche de la production au moindre coût, on a pas attendu les écolos pour faire cela.

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L'écologie politique est un autre sujet même si j'ai du mal avec la législation centralisée imposant une norme. Est-ce que des systèmes type class actions ne pourraient pas avoir le même effet en dissuadant les industriels de faire n'importe quoi ? Ou pour le compte, est-ce le genre de domaine sur lequel un Etat même minimal se doit de légiférer ? Je suis preneur de vos idées sur le sujet.

Une définition de la pollution qui me paraît pas mal (et validée par le wikiberal) :

« La pollution est une modification défavorable du milieu naturel qui apparaît en totalité ou en partie comme le sous-produit de l’action humaine, au travers d’effets directs ou indirects altérant les modalités de répartition des flux d’énergie, des niveaux de radiation, de la constitution physico-chimique du milieu naturel et de l’abondance des espèces vivantes. Ces modifications peuvent affecter l’homme directement ou au travers des ressources en produits agricoles, en eau, et autres produits biologiques. Elles peuvent aussi l’affecter en altérant les objets physiques qu’il détient, les possibilités récréatives du milieu ou encore en enlaidissant la nature. »

http://www.wikiberal.org/wiki/Pollution

D'une manière générale, comme l'a écrit Jesrad, la propriété privée est le seul socle pour déterminer les externalités (négatives), c'est à dire les conséquences d'une activité préjudiciable à d'autres propriétés

A mon sens, une pollution peut être traitée judiciairement comme une agression. La pollution doit être proscrite et sanctionnée (punition et réparation) comme le vol ou le meurtre (pas dans les mêmes proportions évidemment).

L'efficacité dépend beaucoup du niveau de connaissance scientifique car il faut prouver que la pollution est la cause de l'agression.

PS: il existe déjà un fil sur les externalités.

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Une définition de la pollution qui me paraît pas mal (et validée par le wikiberal) :

« La pollution est une modification défavorable du milieu naturel qui apparaît en totalité ou en partie comme le sous-produit de l’action humaine, au travers d’effets directs ou indirects altérant les modalités de répartition des flux d’énergie, des niveaux de radiation, de la constitution physico-chimique du milieu naturel et de l’abondance des espèces vivantes. Ces modifications peuvent affecter l’homme directement ou au travers des ressources en produits agricoles, en eau, et autres produits biologiques. Elles peuvent aussi l’affecter en altérant les objets physiques qu’il détient, les possibilités récréatives du milieu ou encore en enlaidissant la nature. »

http://www.wikiberal.org/wiki/Pollution

D'une manière générale, comme l'a écrit Jesrad, la propriété privée est le seul socle pour déterminer les externalités (négatives), c'est à dire les conséquences d'une activité préjudiciable à d'autres propriétés

A mon sens, une pollution peut être traitée judiciairement comme une agression. La pollution doit être proscrite et sanctionnée (punition et réparation) comme le vol ou le meurtre (pas dans les mêmes proportions évidemment).

L'efficacité dépend beaucoup du niveau de connaissance scientifique car il faut prouver que la pollution est la cause de l'agression.

PS: il existe déjà un fil sur les externalités.

Tout à fait d'accord sur le traitement de la pollution comme une agression d'un point de vue judiciaire. Je vais aller faire un tour sur le fil externalités pour affiner ma réflexion.

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Tout à fait d'accord sur le traitement de la pollution comme une agression d'un point de vue judiciaire. Je vais aller faire un tour sur le fil externalités pour affiner ma réflexion.

Si la pollution est traitée sous cet angle, encore faut-il juger de la réalité du préjudice subi, et ne pas se contenter de hurler avec les loups.

Dans le cas des marées noires, ça semble évident.

Mais les appareils de mesure chimique peuvent mesurer à 10^-12 près: on peut détecter de tout à l'état de traces.

Dès lors, toutes les manips sont possibles…

Prenons le cas du wagon Cogema "contaminé aux poussières radioactives" (1998, Jospin était intervenu à la télé).

Si on creuse un peu, on s'aperçoit que le niveau de radiation subi par une personne qui aurait dormi dans le wagon était équivalent à celui subi du fait d'une élévation d'altitude de … 1000m.

Faut-il faire descendre les bergers dans la vallée, et faire fermer toutes les stations de ski ?

Autre exemple frappant: Les nitrates (NO3-) dissous dans l'eau.

C'est soi disant une pollution.

Mais… manger 25 g de salade donne une dose de nitrates > celle d'un litre d'eau déclarée impropre à la conso du fait des nitrates.

Oups…

Buvez vittel, et jetez les bouteilles à l'incinérateur ! Ca fait gonfler la taxe des ordures…

Même dans le coup des poulets à la dioxine, il eut fallu manger pendant 1 an 18Kg de poulet "contaminé" PAR JOUR pour atteindre la dose toxique.

Sources: Les prêcheurs de l'apocalypse, Jean de Kervasdoué

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Guest Arn0

Faudrait éviter d'utiliser les termes propriété et agression à toutes les sauces. Un quota individuel transférable de pêche (QIT) n'est pas vraiment un doit de propriété et la plupart des pollutions sont plus des nuisances que des agressions.

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Faudrait éviter d'utiliser les termes propriété et agression à toutes les sauces. Un quota individuel transférable de pêche (QIT) n'est pas vraiment un doit de propriété et la plupart des pollutions sont plus des nuisances que des agressions.

C'est une agression si la pollution a pour effet de réduire la valeur de mes droits de propriété ou d'entraver mon activité. Evidemment, si l'activité polluante est là avant moi, rien à dire. Après tout, j'étais au courant…

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Guest Arn0

Le mot agression ne s'applique pas à toute violation d'un droit de propriété et le premier problème de la pollution ne sont pas les atteintes aux droits de propriété mais les atteintes à la santé.

Je sais bien que pour les rothbardiens même un chèque en blanc est une "agression" et que les atteintes à la santé sont une violation de la "propriété de soi-même" mais c'est un vocabulaire absurde.

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Faudrait éviter d'utiliser les termes propriété et agression à toutes les sauces. Un quota individuel transférable de pêche (QIT) n'est pas vraiment un doit de propriété et la plupart des pollutions sont plus des nuisances que des agressions.

Super des quotas!!

Une petite idée de taxe aussi ?

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Guest Arn0
Super des quotas!!

Une petite idée de taxe aussi ?

Sais-tu seulement de quoi je parle et à qui je réponds ou tu es en mode automatique ?

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Sais-tu seulement de quoi je parle ?

oui, de quotas.

et à qui je réponds?

Je ne savais pas qu'il s'agissait d'une discussion privée.

En ce cas, mille excuses. :icon_up:

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Guest Arn0
oui, de quotas.

Je ne savais pas qu'il s'agissait d'une discussion privée.

En ce cas, mille excuses. :icon_up:

C'est bien ce que je pensais : tu es en mode automatique.

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Cette définition correspond plus aux gains de productivité.

L'écologie politique a la particularité de prendre en compte l'environnement (biocénose, biotope) et non seulement l'Homme. Ce qui amène des écologistes à considérer la survie des écosystèmes (dont leur conception est totalement figée incapable d'évoluer) plus importante que celle de l'Homme.

La "survie" de l'homme ne dépend-elle pas de la "survie" des écosystèmes ?

N'oublions pas que que ce dont nous avons besoin avant tout, avant les voitures et les ordinateurs portables, c'est de manger et de boire.

Pour complèter cet article lucide sur l'utopie de la croissance verte, un autre sur le mythe de la dématérialisation de l'économie :

http://www.x-environnement.org/jr/JR07/8jmj.htm

Soit un PIB dont nous voulons qu’il continue à croître. Soient des ressources dont nous voulons que la consommation annuelle se mette à décroître - ou dont la consommation annuelle va décroître, que cela nous plaise ou pas.(1) Soit une histoire économique des deux derniers siècles qui montre que l’augmentation du PIB par habitant, dans tous les pays du monde ou à peu près, se traduit depuis des décennies par une augmentation de la consommation d’énergie, de sol, de viande, de minerais de toute nature, et encore de quelques bricoles, et une augmentation non moins importante de la production de déchets de toute sorte, dont le CO2 fait assurément partie, avec pour tous ces flux des impasses qui se précisent pour les décennies à venir. Soit enfin chacun d’entre nous - et donc nos élus - qui aime la croissance chez soi le Lundi mais un peu moins chez les autres le Mardi, la première étant bonne pour nos emplois et la second mauvaise pour nos enfants, alors qu’il s’agit bien évidemment de la même.

Que faire face à cette somme de contradictions ? Mais c’est évident mon cher Watson : dé-ma-té-ria-li-ser. « Avant », impossible : notre économie se nourrissait de tonnes de charbon, d’acier et de ciment, et les ouvriers ressortaient la gueule noircie des mines, des locomotives et des usines : tout cela était d’un matérialisme évident, et on ne faisait pas de croissance sans casser quelques œufs. Heureusement, cette vision ne sera bientôt qu’un souvenir du passé : grâce à Internet, l’économie de services, les loisirs, les employés de bureau, les visites payantes au Musée,(2) et encore quelques autres bricoles parfaitement dématérialisées, l’employé(e) ressort de son bureau les mains propres et le pli du pantalon - ou de la jupe - impeccable. Pfuit ! Terminées les consommations matérielles, et le PIB va pouvoir monter pendant que les consommations de ressources non renouvelables vont baisser : mettre tout le monde derrière un ordinateur, il suffisait d’y penser. Nous serons sauvés par la tertiarisation de l’économie, impensable auparavant. La vérité étant, pour reprendre une maxime d’Allais (l’économiste, pas l’écrivain !), non point l’opinion de la majorité, mais ce qui découle de l’observation des faits, que disent ces derniers ?

Il est incontestable que, en 2 siècles, la part de l’emploi dans le tertiaire (en France) est passée de 15% à 70% (ci-dessous), avec diminution à due concurrence de la part des deux autres secteurs d’activité.

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Graphique 1 : Part de chaque secteur d’activité dans l’emploi en France de 1800 à 1996.

Mais la part de l’emploi industriel a également augmenté sans cesse jusqu’en 1974 (au détriment de l’emploi agricole), et surtout il y a une évolution que le raisonnement en pourcentage masque complètement : il y avait 2 millions d’actifs dans l’industrie en 1800, alors qu’il y en a 8 millions aujourd’hui. Si nous prenons comme ratio non pas la part de l’industrie dans l’emploi, mais le nombre d’emplois industriels par hectare de sol, avons-nous tant dématérialisé que cela ?

Il y a une deuxième chose que ce pourcentage sur l’emploi ne dit pas : un employé du tertiaire de l’an 2000 consomme-t-il moins d’eau, d’énergie, ou de minerai de cuivre qu’un employé de l’industrie (et des mines) d’il y a un siècle ? Si nous prenons l’énergie ou l’espace au sol, il n’est pas sûr que le tertiaire d’aujourd’hui soit moins consommateur que l’industrie d’hier. L’INSEE met en effet dans les services nombre d’activités parfaitement énergivores ou dévoreuses d’espace, à commencer par les transports (routier, maritime ou aérien), les zones commerciales en périphérie de ville (et les accès routiers associés), et encore tout ce qui est logistique, loisirs, santé,(3) enseignement, sports, etc ; ces activités utilisent des bâtiments qu’il va bien falloir chauffer, desservir en électricité, et accessoirement alimenter en objets industriels pour leur fonctionnement. Quand on sait que bâtiments et transports, mis bout à bout, sont à l’origine de 70% de la consommation d’énergie en France,(4) on mesure que d’assimiler automatiquement cette « tertiarisation » à une diminution de la pression anthropique sur l’environnement est peut-être un raisonnement un peu court. Et de fait, un employé de bureau émet, en 2005, à peu près autant de gaz à effet de serre pour son seul travail (y compris la fabrication des ordinateurs et de l’immeuble occupé) qu’un Français de 1960 en émettait tous usages confondus.

Enfin, une autre observation qui vient montrer que rien n’est simple est qu’il n’y a point de tertiaire… sans industrie. Si nous pouvons passer nos journées confortablement assis sur une chaise ou derrière un ordinateur, c’est bien que dans le même temps machines et ouvriers conjugués fabriquent de plus en plus « à notre place » vêtements, nourriture, matériaux, et plus généralement tous les objets de la vie de « tous les jours ».

Si nous passons en revue les pays de la planète, n’est-il pas frappant de constater que la proportion d’emplois dans le tertiaire est, grosso modo, proportionnelle à la consommation d’énergie par habitant ? La faiblesse de la consommation d’énergie par personne conduit-elle à voir apparaître spontanément des armées d’employés de bureau au Mali, au Népal, ou en Mongolie ? Pas vraiment ! Industrialisation et augmentation de l’emploi tertiaire seraient plutôt synonymes…

Peut-on tenter une explication ? L’apparition d’industries suppose certes des emplois directement rattachés aux flux matériels dans des usines (ouvriers et leur encadrement), mais il faut aussi du monde pour distribuer et administrer cette production, et éventuellement déplacer, aider, ou former les clients, et ces emplois - de service - croissent avec la production matérielle.

Ce qui croît aussi avec la productivité industrielle, c’est le nombre de paires de bras et de jambes qui vont pouvoir s’investir dans des services « de confort » (enseignement, garde d’enfant, ménage, restauration, etc) inaccessibles sinon. Il suffit dès lors que la performance des machines utilisés par les ouvriers augmente plus rapidement que la productivité des employés du commerce et des services, et le tour est joué : l’emploi tertiaire augmente le plus vite, mais… au service de la gestion d’une production industrielle qui augmente tout autant, et donc une économie pas du tout dématérialisée.

Est-il légitime de penser que la productivité ouvrière augmente plus vite que la productivité tertiaire ? Cela se plaide : il est beaucoup plus facile d’augmenter d’un facteur 10 la cadence d’une machine d’embouteillage à emploi quasi-constant - ou le nombre de containers chargés sur un bateau à emploi quasi-constant - que de multiplier par 3 le nombre d’enfants confiés à une assistante maternelle (600.000 emplois en France en 1998) ou à un enseignant du primaire et du secondaire (900.000 emplois). Il sera tout aussi ardu de multiplier par 3 - sans recourir à des machines - le nombre de m2 nettoyés en une journée par un agent d’entretien (1.000.000 d’emplois ; première profession en France) ou encore le nombre de clients qu’un vendeur peut servir par jour (1.000.000 d’emplois)… L’industrialisation massive doit donc assez logiquement déboucher sur une augmentation des flux matériels (tant que ça passe)… et de l’emploi dans le tertiaire. La seconde évolution serait donc plus une marque d’une société de plus en plus matérielle ! Et accessoirement, cela suggère que la sobriété énergétique renforcera la part manuelle du travail et non la diminuera.

Pour compliquer encore le débat, toute discussion sur la correspondance entre « dématérialisation » et emploi dans le tertiaire se heurte aussi, parfois, à un problème de nomenclature. Faut-il considérer comme emploi tertiaire un chauffeur de poids lourd ou une hôtesse de l’air, l’un comme l’autre ayant un emploi bien plus dépendant d’une énergie abondante qu’un ouvrier des mines du siècle dernier ? Faut-il mettre dans les activités tertiaires la distribution d’eau, pleine de pompes et de tuyaux partout (une station d’épuration, cela ressemble bigrement à une industrie !), un entrepôt logistique, ou encore un hypermarché de banlieue, qui est essentiellement un concentrateur de flux physiques (de produits vendus, de véhicules allant et venant) ? Que donnerait une nomenclature qui proposerait de classer les emplois en fonction de l’intensité énergétique ou l’intensité carbone ?

Après la structure de l’emploi, venons-en à ce qui fait l’objet d’un deuxième malentendu récurrent quand on parle de « dématérialisation » : l’utilisation d’un ratio unitaire pour juger d’une nuisance globale. Il est évident ou presque qu’à l’aune des ratios unitaires tout va de mieux en mieux Madame la Marquise. Il faut 4 à 5 fois moins de terre pour produire un quintal de blé qu’il y a 1 siècle, 4 fois moins d’essence pour faire fonctionner un CV de puissance de moteur qu’il y a 25 ans, 2 fois moins d’énergie pour chauffer un m2 de bâtiment qu’il y a 30 ans (en France), à peu près 10 fois moins d’énergie pour faire une tonne de verre, et il serait possible de continuer ainsi cette énumération très longtemps : nombre de ratios unitaires s’améliorent significativement quand ils sont suivis sur quelques décennies. De manière globale, il faut aujourd’hui 25% d’énergie de moins pour produire un euro de PIB en France qu’il y a 30 ans, et c’est ce résultat qui conduit souvent à la conclusion que l’économie se « dématérialise ».

Mais… le système Terre n’en a cure, et dans le même temps que nous « dématérialisons » ainsi la promesse d’ennuis futurs augmente. En effet, peu chaut à notre planète que les véhicules ou les industries soient unitairement plus efficaces : tout ce qu’elle « voit » est la consommation globale pour tout ce qui est flux de matière ou d’énergie, ou rejets, par exemple de CO2. C’est bien la quantité totale consommée qui conditionne la date du pic de production pour toute ressource dont le stock initial est donné une bonne fois pour toutes,(5) et non la consommation par objet fabriqué ou utilisé. Le graphique ci-dessous illustre très bien, sur les cas particuliers de l’énergie et du CO2, cet antagonisme entre analyse à partir des ratios et analyse à partir de la nuisance globale : les rations unitaires baissent (ce qui séduit notre cervelle), mais les nuisances globales augmentent (et c’est la seule chose qui importe à la planète).

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Fort bien, dira l’esprit analytique : pour le moment, l’économie va plus vite que les progrès unitaires, mais si nous nous y mettons vraiment, nous aurons l’inverse, et à nous la croissance perpétuelle sans les ennuis de la croissance perpétuelle. Peut-on discuter quantitativement cette « théorie » ?

On me pardonnera un certain tropisme pour les émissions humaines de CO2, mais c’est pourtant cette molécule toute simple qui va me servir pour la dissertation qui suit. Nos émissions de CO2 possèdent en effet un avantage incomparable dans toute spéculation sur l’avenir : elles font l’objet d’une double contrainte exogène, relativement facile à caractériser. La première d’entre elles est dictée par les mathématiques : comme le CO2 émis par l’homme est issu de la combustion des hydrocarbures et du défrichement des surfaces forestières, et que le stock d’hydrocarbures est fini aux échelles de temps qui nous intéressent, (6) tout comme la surface des forêts, il est absolument certain que nos émissions de CO2 vont passer par un maximum, puis tendre vers zéro à l’infini. (7) Ces émissions de CO2 seront donc « un jour » inférieures de moitié (et même inférieures du quart, du dixième…) à ce qu’elles sont aujourd’hui, que cela nous plaise ou pas.

La deuxième contrainte exogène est fixée par le climat : pour que la concentration atmosphérique de CO2 cesse d’augmenter, il faut précisément que nos émissions de ce gaz redeviennent inférieures à la moitié de ce qu’elles étaient en 1990. Certes cette diminution est certaine « un jour », comme le paragraphe précédent l’expose, mais pour éviter que le changement climatique ne devienne une force de rappel encore plus contraignante que la géologie nous serions bien avisés de parvenir à ce résultat le plus vite possible, disons d’ici 2050.

La question qui se pose alors est d’une simplicité biblique : cet impératif physique trouve-t-il facilement sa place dans la « croissance » telle que nous la concevons ? C’est une petite équation toute simple, que la légende attribue à un professeur japonais dénommé Kaya, qui va nous aider à répondre à cette question. Cette équation (ci-dessous) s’obtient tout simplement en multipliant et en divisant les émissions de CO2 par, successivement, l’énergie consommée (dans le monde), le PIB mondial, et enfin la population mondiale.

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Si nous exprimons cette équation avec des mots, cela donne ce qui suit :

Emissions de CO2 = Intensité CO2 de l’énergie x Intensité énergétique du PIB x PIB par personne x Population

Cette cuisine un peu particulière permet alors d’exprimer les émissions de CO2 comme le produit de quatre termes sur lesquels nous aimons à tenir des raisonnements autonomes : ceux qui parlent démographie s’intéressent rarement à l’intensité énergétique du PIB ; ceux qui dissertent le plus sur la croissance du PIB par personne sont rarement très soucieux de savoir s’il est « CO2-compatible », ou s’il se conjugue avec la population, etc.

Le grand mérite d’une égalité, aurait dit De La Palisse, c’est que les deux termes doivent être égaux. De ce fait, si le terme de gauche est sous contrainte, alors le produit des 4 termes de droite doit subir la même, et cela permet de replacer dans une même discussion démographie, PIB, énergie et CO2. En particulier, s’il est certain que les émissions de CO2 vont être divisées par 2, et s’il est souhaitable que cela se produise d’ici 2050, combien est-ce que cela contraint les termes de droite ?

Commençons par la population : de 6 milliards en 2000, elle s’achemine vers 9 en 2050 (du moins si aucune régulation brutale n'intervient). Mais comme il serait d’une portée pratique limitée de suggérer une division volontaire de la population par deux en 50 ans pour respecter l’égalité, oublions cette marge de manœuvre et passons à la suite.(8) Il est bien évident, cependant, que de ne pas souhaiter une division rapide de la population par deux n’est en rien une garantie que cette évolution est impossible si ce sont des forces de rappel indépendantes de notre volonté qui se chargent de faire respecter l’égalité, et c’est bien là l’un des dangers, même si personne n’est capable de le scénariser de manière précise.

Quid du PIB par personne ? Une augmentation annuelle de 2% du PIB par habitant, ce qui est la borne inférieure de ce que tout élu tente d'obtenir lorsqu'il est en fonction, augmente cette valeur d’un facteur 3 en 50 ans (1,02 à la puissance 50 = 2,7 pour être précis).(9)

Avant d’engager la suite de la discussion, nous voici donc avec un terme de gauche dont nous aimerions qu’il baisse de 50% en 50 ans, et un produit des deux termes les plus à droite qui représente une multiplication par 4,5 environ sur le même laps de temps. Question : les deux termes restants, qui se conjuguent pour donner l’intensité CO2 du PIB, peuvent-ils assurer une division par un facteur 9 à 10 en 50 ans ? Peut-on, en 45 ou 50 ans, faire un dollar de PIB avec 10 fois moins de CO2 ?

Reprenons la dissertation sur les deux termes en question : l'intensité énergétique de l’économie s’est améliorée de 30% dans le monde en 35 ans, période qui inclut la suite du double choc pétrolier de 1973-1979 et la multiplication par 10 des prix du pétrole, ce qui a constitué une incitation autrement plus puissante à faire des efforts que la morale. La prolongation d'un taux de diminution identique amènerait une réduction de 40% en 50 ans environ, mais c’est peut-être faire preuve d’optimisme, car comme pour l’intensité CO2 de l’économie ce ratio évolue dans le mauvais sens depuis 4 à 5 ans, et ce sont les premiers efforts les plus faciles.

La juxtaposition des hypothèses précédentes amène « mathématiquement » à cette conclusion sur le dernier terme : dans le même temps que l’approvisionnement en énergie double sur 50 ans, l’intensité CO2 de l’énergie doit être divisée par 4, alors que cette intensité a péniblement gagné 10% en 35 ans (graphique ci-dessus). Facile ? Sûrement pas. Possible ? Beau sujet de débat : dans le même temps qu’il faudrait 6 à 15.000 réacteurs nucléaires en fonctionnement (450 aujourd’hui), il faudrait multiplier par 7 la contribution de la biomasse, affectant la quasi-totalité des forêts actuelles à un usage énergétique, et dans le même temps multiplier par 7 les lacs de barrage. Oublions le photovoltaïque et l’éolien dans ce scénario : même avec de forts taux de croissance, passer des 0,05% actuels (éolien) ou 0,005% actuels (photovoltaïque) dans le total mondial à quelque chose qui soit suffisant pour boucler l’égalité ci-dessus (en 45 ans) est proprement impensable.

Il en ressort inévitablement cette question : comme « l’environnement » (c’est-à-dire des émissions de CO2 divisées par deux) finira par gagner, quelle est l’évolution du PIB par personne qui peut prendre place dans ce contexte sans violer les mathématiques ?

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Pour complèter cet article lucide sur l'utopie de la croissance verte, un autre sur le mythe de la dématérialisation de l'économie :

Tiens, tu ne voudrais pas lire ce petit fil (en te retenant d'expirer) avant de venir nous ennuyer avec le CO2?

http://www.liberaux.org/index.php?showtopic=29890

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S'il s'agit de débattre du besoin total d'énergie de la population terrestre, pourquoi ne pas prendre une unité énergétique comme le kWh?

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S'il s'agit de débattre du besoin total d'énergie de la population terrestre, pourquoi ne pas prendre une unité énergétique comme le kWh?

1tep = 11 630 kWh

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Ca ne me dit toujours pas ce que le CO2 vient faire là dedans.

Le CO2 à pour fonction de faire peur!

C'est toujours la même tactique depuis le club de Rome mais maintenant en plus on rajoute le CO2 pour montrer à quel point c'est pas possible!

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