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Le capitalisme autoritaire est-il viable à long terme ?

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Plusieurs pays non-occidentaux présentent aujourd'hui une configuration politico-économique plutôt étrangère à l'Occident.

Ainsi, de nos jours, l'Occident décline plusieurs versions d'un modèle constitué de l'alliance entre un libéralisme politique relatif (démocratie libérale dont les élites se défient de plus en plus du peuple) et un libéralisme économique châtré (libre-échange au niveau international mais domination d'un Etat Thérapeute socialiste au niveau national) avec le succès limité que l'on sait.

Or, certains pays non-occidentaux (la Russie et la Chine continentale en particulier mais aussi Singapour, la Malaisie et le Kazakhstan) n'appliquent pas ce modèle occidental et se sont engagés depuis deux décennies et plus dans un modèle que l'on peut qualifier - faute de meilleure définition - de capitaliste autoritaire ; ce capitalisme autoritaire étant constitué d'un libéralisme économique variable (médian voire supérieur à ce qui existe en Occident) et d'un libéralisme politique très limité voire nul.

Dans quelle mesure peut-on considérer que ce type de capitalisme autoritaire est une alternative soutenable au modèle occidental pour ce qui est de la croissance économique et du développement d'un pays à long terme ?

J'aimerai bien avoir votre avis sur ce sujet. Merci d'avance !

[Cela pose des problèmes de définition des mots : peut-on dire qu'un pays est capitaliste en l'absence d'état de Droit ou de protection incomplète de la propriété privée ? ; quels sont les pays capitalistes autoritaires ? ; n'existe-t-il pas des pays capitalistes autoritaires en Occident ? ; qu'est-ce que "long terme" signifie ?…]

On lira cet article (trouvé grâce à Liberty-Finder) pour mieux comprendre ma question et ses enjeux.

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L'article comporte un premier biais : la Russie et la Chine partent de tellement loin que leur croissance n'a rien d'étonnante. Que demain Cuba se libéralise économiquement et ça sera du 10% pendant dix ans (chiffres choisis au pif).

Moreover, in both countries, the state has advanced rather than retreated in terms of its economic role. For example, in China the most important and lucrative industries are dominated by enterprises owned or controlled by the state. The banking sector is state dominated, and the state sector receives more than three quarters of all loans. Genuinely private companies account for fewer than 5% of all listed companies on the Shanghai and Shenzhen stock exchanges. Russia is trending toward the Chinese model. The most compelling illustration is Russia’s lucrative energy sector. In 2004, private firms accounted for 90% of Russian oil production. It is around 50% today

Rappel salutaire pour quelques membres du forum.

On y lit aussi la tentation totalitaire inhérente aux élites :

Finally, the weaknesses of the American democratic system, in particular, to repair the economy has been laid bare for all to see. Back in 2005, the prominent New York Times columnist Thomas Friedman admitted to ‘casting an envious eye to the Chinese political system’s ability to get things done.’ The editor of Newsweek, Fareed Zakaria, previously lamented the seeming incapacity of insiders in Washington to both identify and respond to the problems facing America. Many applauded as Beijing expedited without obvious delay a half a trillion dollar stimulus plan to deal with the crisis. In contrast, Congress in Washington argued and squabbled over details of the US$700 billion bailout package requiring two sittings and a host of pork barreling concessions before it was passed. As a former Chinese official mockingly exclaimed to me in referring to the messy decision-making structure within liberal democracies: ‘Now I know what it means to say, “Nero fiddled while Rome burnt?” ’

En gros, allons droit vers la technocratie plutôt que vers la liberté. Rien de nouveau.

Pour conclure, je dirais que ce systeme "capitaliste authoritaire" ne peut survivre que tant qu'il y aura du riz dans le bol des Chinois. Et meme dans ce cas, c'est quand on a le ventre plein qu'on se met a réfléchir et qu'on commence a avoir d'autres aspirations, notamment plus de liberté.

Mais d'autre part, on a affaire a deux peuples qui n'ont jamais connu la démocratie, ou qui en ont un tres mauvais souvenir, et qui pensent devoir leur réussite économique a leurs dirigeants. Ces deux pays ont d'ailleurs encore beaucoup de marge en terme de croissance économique, ce qui devrait les éloigner un peu plus longtemps de la démocratie. Ce qui serait a craindre, c'est qu'en cas de crise économique encore plus violente que la présente, leurs dirigeants détournent l'ire de leurs peuples vers d'autres pays.

Au final, il est assez difficile de se faire devin sur la question.

Johnnieboy l'insomniaque qui cherche désespérement un bon film d'horreur ou d'épouvante.

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Invité jabial

L'autoritarisme c'est mauvais parce que ça nuit à la créativité indispensable à l'économie, mais quitte à avoir de l'autoritarisme, il est évident que plus ses choix seront proches de ce qui existerait en son absence, moins il sera nuisible.

Et puis il y a cette idée stupide que l'autoritarisme adoubé par la majorité serait moins autoritaire que l'autoritarisme autocratique. Pourquoi le serait-il ?

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Très difficile de répondre à ta question, G7H+, tant le "capitalisme autoritaire" recouvre tant de choses différentes, entre une Chine où règne la dictature d'un parti communiste qui refuse toujours la propriété de la terre et où l'État est hyper intrusif à la Malaisie où le poids de l'État est infiniment moindre et les droits normalement respectés en passant par les exemples historiques de l'Espagne franquiste ou le Chili de Pinochet avec un respect presque complet des droits (dès lors qu'on ne se la jouait pas opposant politique) et un État relativement réduit et pratiquement non intrusif (sauf, encore une fois, si on avait des prétention au martyr idéologique).

Mais, dans l'absolu. Je dirais oui, ça peut être viable. Souvenons-nous que le capitalisme a existé sous l'empire romain, sous les monarchies féodales ou de despotisme éclairé. Mais ça peut être viable seulement si l'autoritarisme ne concerne que peu d'aspects de la vie des gens. Par contre, si l'État devient trop intrusif et si son autoritarisme touche trop de domaines, ça ne peut que capoter car le processus capitaliste se voit freiné jusqu'à l'arrêt complet de la machine.

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Disons qu'un capitalisme autoritaire "business friendly" (ouverture d'entreprise en un guichet en 48h et 200 Dollars, basse fiscalité, droit social minimum, pas de salaire minimum, etc.) est plus avantageux que l'ignoble interventionisme autoritaire de collusion (tout le contraire de la parenthèse précédente) ou nous marinons.

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Invité jabial

Oui, ce qui est moins marrant c'est de se faire arrêter à 5h du mat parce qu'on a des opinions.

Mais bon, pyramide de Maslow, tout ça. De fait, faire de la politique n'est pas le plus important dans la vie de 99% des gens.

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The IMF recently released a study showing that economic growth in ‘capitalist’ authoritarian countries averaged 6.28% over the past fifteen years while liberal democracies only averaged 2.62%.

Et en accroissement brut, mesuré en Dollars par habitant ? :icon_up:

Sinon, je soussigne à ce qui a été dit par mes prédécesseurs.

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Disons qu'un capitalisme autoritaire "business friendly" (ouverture d'entreprise en un guichet en 48h et 200 Dollars, basse fiscalité, droit social minimum, pas de salaire minimum, etc.) est plus avantageux que l'ignoble interventionisme autoritaire de collusion (tout le contraire de la parenthèse précédente) ou nous marinons.

Faut voir, parce que si par exemple on refuse la propriété foncière aux paysans par exemple, ils n'ont pas d'autre choix que d'aller bosser à l'usine, ce qui fait forcément une pression sur les salaires des ouvriers qui n'obtiennent pas tout ce qu'ils auraient pu avoir si les autres alternatives n'étaient pas bridées.

Le capitalisme business-friendly comme tu le décris sans propriété foncière, j'ai peur que ça tourne au capitalisme "féodal".

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Invité jabial

C'est srutout que pour répondre à la question du fil, non ça ne marche pas à long terme. À long terme, l'autoritarisme bride la capitalisme.

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Invité

Chinagora, au confluent de la Marne et de la Seine, sous la direction de capitalistes Chinois est un flop commercial. A visiter quand même; il reste les restaurants, ainsi qu'un jardin très agréable. Les batobus y vont, Vogueo passe à côté, mais n'y a pas d'arrêt

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Chinagora, au confluent de la Marne et de la Seine, sous la direction de capitalistes Chinois est un flop commercial. A visiter quand même; il reste les restaurants, ainsi qu'un jardin très agréable. Les batobus y vont, Vogueo passe à côté, mais n'y a pas d'arrêt

Heu le rapport avec la choucroute ?

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Faut voir, parce que si par exemple on refuse la propriété foncière aux paysans par exemple, ils n'ont pas d'autre choix que d'aller bosser à l'usine, ce qui fait forcément une pression sur les salaires des ouvriers qui n'obtiennent pas tout ce qu'ils auraient pu avoir si les autres alternatives n'étaient pas bridées.

Le capitalisme business-friendly comme tu le décris sans propriété foncière, j'ai peur que ça tourne au capitalisme "féodal".

Tout a fait d'accord. Mais si on collectivise les moyens de production, ce n'est pas du capitalisme. Bref, ce capitalisme autoritaire n'est-il pas une pure chimère?

Oui, ce qui est moins marrant c'est de se faire arrêter à 5h du mat parce qu'on a des opinions.

100% avec toi sur ce point là.

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C'est pas parce qu'on n'en entend pas parler qu'il n'y a pas de la grogne pour plus de libertés civiles dans les régimes autoritaires.

Protests have not only become bigger in size; they are now more numerous. In 1994, there were 10,000 such “mass incidents”; by 2003 there were 58,000; in 2004 and 2005 there were 74,000 and 87,000 respectively. This is according to official statistics, which undoubtedly undercount. According to the legal activist Jerome Cohen, a truer figure for the last year may be 150,000.

Virtually every segment in society (except, of course, senior Communist leaders and wealthy entrepreneurs) is participating in these public demonstrations. Almost anything, whether or not it is a genuine grievance, can trigger a sit-in, demonstration, or riot against party officials, village bosses, tax collectors, factory owners, or township cadres.

Dans les faits, la liberté appelle la liberté.

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Mais bon, pyramide de Maslow, tout ça. De fait, faire de la politique n'est pas le plus important dans la vie de 99% des gens.

C'est un point souvent oublie. Pour la plupart des gens ne pas se faire voler 60% de son argent c'est plus important que le droit de faire de la politique.

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Je tiens à préciser que la croissance ne devrait pas être le but des libéraux mais uniquement des utilitaristes. La croissance est une conséquence heureuse des libertés individuelles.

Ceci n'est pas une réponse automatique.

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Invité jabial
C'est un point souvent oublie. Pour la plupart des gens ne pas se faire voler 60% de son argent c'est plus important que le droit de faire de la politique.

Oui, et le corollaire étatique, c'est qu'une fois que l'économie est devenue mixte (lire : à moitié bolchevique), pour la plupart des gens, continuer à toucher leur subvention c'est plus important que le droit d'entreprendre.

C'est pour ça qu'on ne peut pas se contenter de demi-mesures : on peut le faire aussi lentement qu'on veut mais le but poursuivi doit être la destruction totale et durable (je ne dis pas définitive parce que rien n'est définitif à l'échelle de l'histoire) de l'Etat-providence. Tout poste de fonctionnaire qui n'existait pas en 1800 doit être supprimé. C'est loin d'être libertarien, mais c'est la limite du vrai libéralisme, celui qui ne se contente pas d'être l'aile libérale du parti unique républicain.

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Que la liberté d'entreprendre entraîne des demandes de liberté politique me paraît tout à fait probable. Seulement, la question qui reste ouverte est de savoir pendant combien de temps un régime fondé sur la contradiction entre liberté économique et absence de liberté politique peut durer. Après tout, si l'appareil d'Etat chinois est assez puissant, il peut encore se maintenir une bonne centaine d'années sans que ne soit remis en cause son autorité, et cela malgré un taux de croissance vertigineux. Là se repose un problème politique.

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Il y a en occident une admiration malsaine pour la capacité des régimes autoritaires à "get the things done", mais on oublie trop souvent que la Chine et la Russie, et les autres pays "capitalistes autoritaires" sont parmi les pays les plus corrompus du monde, et que des dizaines de milliards d'euros d'investissement qui pourraient se faire dans ces pays ne se font pas à cause de la corruption. C'est particulièrement vrai pour le cas de la Russie.

Mais il y a deux exceptions: Hong Kong et Singapour, deux pays moins corrompus que la plupart des démocraties libérales selon le Corruption Perception Index.

Sur le long terme, il n'y a pas de contradiction fondamentale pour un pays entre être autoritaire et permettre à un état de droit d'apparaître.ça prend juste plus de temps.

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A mon avis le "capitalisme autoritaire" peut marcher, mais est fort limité et peu sûr à long terme car il dépend de la mondialisation des pays vraiment libéraux comme les états unis et exige une planification parfaite de l'économie.

La Chine est communiste au niveau national, mais hyper capitaliste au niveau international.

L'utopie de karl marx (le "vrai" communisme) voudrait qu'il y ait un état providence et qui serait hostile à toute forme de capitalisme étranger.

Il faudrait une économie parfaitement planifiée se basant sur l'autarcie ou sur un communisme mondiale où la planète entière voudrait la même chose.

Le moindre mouvement capitaliste serait une menace (même à l'extérieur du pays) ce qui impliquerait un contrôle parfait du territoire et d'une très bonne défense militaire.

De plus que la base du communisme étant le partage équitable des richesses et de droits dits "fondamentaux" de chacun et donc il faudrait que les dirigeants soient tous des saints, pures de toutes mauvaises pensées.

Le modèle chinois ne fonctionne que grâce aux pays libéraux et les autres pays fonctionnant sur le même système sont des concurrents.

C'est très instable et ça repose sur des théories peu réalistes à long terme.

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Pour aborder la question posée par G7H+, je préfère parler de régimes non démocratiques.

On peut concilier liberté d'entreprendre et régime non démocratique. Il me semble plus difficile de concilier liberté d'expression et régime non démocratique. Je ne crois pas qu'il y ait beaucoup d'exemples d'une telle expérience, s'il y en a eu.

Voilà pourquoi les régimes non démocratiques sont appelés autoritaires, au sens où ils restreignent les libertés d'opinion et d'expression. La confusion des termes et des notions n'est pas due au hasard mais au fait qu'elles ont à peu près le même domaine dans la réalité.

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Je tiens à préciser que la croissance ne devrait pas être le but des libéraux mais uniquement des utilitaristes. La croissance est une conséquence heureuse des libertés individuelles.

Un libéralisme qui ne se soucie pas des conséquences de son application sur le bien-être des individus (donc sinon de la croissance, au moins d'une certaine prospérité économique) est aussi dogmatique, dangereux et stupide qu'un socialisme qui oublie totalement la liberté et la prospérité de son peuple au profit de la seule égalité sociale.

Entre "la fin justifie tous les moyens" et le jusnaturalisme aveugle, il y a un juste milieu qui reste, au moins historiquement, parfaitement libéral.

Sinon sur le sujet du fil, j'ai tendance à penser que le communisme soviétique a un peu sombré par faiblesse en finissant par renoncer à tirer sur la foule. Avec les moyens modernes de répression des émeutes (artillerie lourde, tanks, mais aussi à l'opposé armes non-létales), je me demande si un totalitarisme (capitaliste ou pas) maintenant toute sa fermeté et conservant le soutien de l'armée (en lui accordant de lourds privilèges) pourrait vraiment être renversé, même par la totalité de son peuple.

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Après tout, si l'appareil d'Etat chinois est assez puissant, il peut encore se maintenir une bonne centaine d'années sans que ne soit remis en cause son autorité,
On peut concilier liberté d'entreprendre et régime non démocratique. Il me semble plus difficile de concilier liberté d'expression et régime non démocratique. Je ne crois pas qu'il y ait beaucoup d'exemples d'une telle expérience, s'il y en a eu.

C'est bien la conclusion de Bruce Bueno de Mesquita.

et cela malgré un taux de croissance vertigineux.

L'article cité remet en cause de manière tot à fait éclairante le caractère vertigineux dudit taux de croissance.

L'utopie de karl marx (le "vrai" communisme) voudrait qu'il y ait un état providence et qui serait hostile à toute forme de capitalisme étranger.

Non.

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Plusieurs pays non-occidentaux présentent aujourd'hui une configuration politico-économique plutôt étrangère à l'Occident.

Ainsi, de nos jours, l'Occident décline plusieurs versions d'un modèle constitué de l'alliance entre un libéralisme politique relatif (démocratie libérale dont les élites se défient de plus en plus du peuple) et un libéralisme économique châtré (libre-échange au niveau international mais domination d'un Etat Thérapeute socialiste au niveau national) avec le succès limité que l'on sait.

Or, certains pays non-occidentaux (la Russie et la Chine continentale en particulier mais aussi Singapour, la Malaisie et le Kazakhstan) n'appliquent pas ce modèle occidental et se sont engagés depuis deux décennies et plus dans un modèle que l'on peut qualifier - faute de meilleure définition - de capitaliste autoritaire ; ce capitalisme autoritaire étant constitué d'un libéralisme économique variable (médian voire supérieur à ce qui existe en Occident) et d'un libéralisme politique très limité voire nul.

Dans quelle mesure peut-on considérer que ce type de capitalisme autoritaire est une alternative soutenable au modèle occidental pour ce qui est de la croissance économique et du développement d'un pays à long terme ?

J'aimerai bien avoir votre avis sur ce sujet. Merci d'avance !

[Cela pose des problèmes de définition des mots : peut-on dire qu'un pays est capitaliste en l'absence d'état de Droit ou de protection incomplète de la propriété privée ? ; quels sont les pays capitalistes autoritaires ? ; n'existe-t-il pas des pays capitalistes autoritaires en Occident ? ; qu'est-ce que "long terme" signifie ?…]

On lira cet article (trouvé grâce à Liberty-Finder) pour mieux comprendre ma question et ses enjeux.

Le plus problématique me semble-t-il dans cette grille de lecture, est cette idée de "libéralisme politique" pour la fameuse "démocratie libérale" alors que les autres modèles seraient "autoritaires" c'est à dire non démocratiques, c'est-à-dire affreux. Le problème bien sûr est qu'il n'y a rien de particulièrement libéral dans les procédures démocratiques de désignation des chefs. Même à première vue, la démocratie n'est pas moins autoritaire qu'un Etat se passant du suffrage universel. S'asseoir sur les droits des gens n'est pas plus libéral avec une démocratie que sans. Ensuite, la démocratie pourrait et a été défendue d'un point de vue libéral comme moyen de limiter la tyrannie du pouvoir politique. On s'assied moins sur les droits des gens avec la démocratie. Cette vue est très loin d'aller de soi (cf. les arguments de Jouvenel et Hoppe)

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Avec les moyens modernes de répression des émeutes (artillerie lourde, tanks, mais aussi à l'opposé armes non-létales), je me demande si un totalitarisme (capitaliste ou pas) maintenant toute sa fermeté et conservant le soutien de l'armée (en lui accordant de lourds privilèges) pourrait vraiment être renversé, même par la totalité de son peuple.

On n'a pas spécialement besoin de moyens modernes pour réprimer les peuples. Les chevaliers n'avaient aucun mal à venir à bout des jacqueries.

Le soucis de ce type de régimes, c'est qu'ils sont gouvernés par une poignée (voir un seul) d'hommes. Et que les hommes vieillissent. A leur mort, la cohésion qu'ils peuvent réussir à maintenir sur les organes de contrôles de la société à tendance à disparaitre. D'où révolution qui a - la plupart du temps - pour origine l'armée ou une fraction de l'armée (le portugal en 73 ou la roumanie de cauescu).

Pour qu'un régime autoritaire puisse se maintenir sur plusieurs générations, il lui faut une légitimité qui ne dépend pas seulement des hommes en place. Cette légitimité peut-être héréditaire (syrie, corée du nord) ou idéologique (URSS, l'Iran).

Sur la question initiale et le capitalisme autoritaire. Cela a été le mode de développement de pas mal de pays. Notamment la corée du sud et Taiwan qui se sont ensuite transformé en démocratie. Ce n'est pas (encore ?) le cas de Singapour, mais cela me parait une évolution "naturelle". Au fur et à mesure que l'on donne des droits économiques aux personnes, on est obligé de relâcher le contrôle sur le droit d'expression (sans cela comment s'assurer que les droits économiques sont réels), donc de critiquer le pouvoir en place, puis de proposer des alternatives.

Il me semble que ce processus est à l'œuvre en Chine (avec bien sûr des ratés et des marches arrières). Il ne l'est pas en Russie. Mais l'économie russe est bien plus une économie de rentes qu'une économie capitaliste.

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Même à première vue, la démocratie n'est pas moins autoritaire qu'un Etat se passant du suffrage universel.

Oui bon…

Même en France qui n'est pas une démocratie mais une république tu ne peux pas être détenue arbitrairement pendant plus de 96 heures. Tu seras soumis a des traitements dégradants (fouilles, mise à nu), mais tu pourras t'entretenir avec des personnes extérieurs (médecins, avocats). Tu auras droit à un jugement public, soumis a des recours, y compris en dehors de la france.

J'ai beau réfléchir, il me semble que cela fait une différence.

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Oui bon…

Même en France qui n'est pas une démocratie mais une république tu ne peux pas être détenue arbitrairement pendant plus de 96 heures. Tu seras soumis a des traitements dégradants (fouilles, mise à nu), mais tu pourras t'entretenir avec des personnes extérieurs (médecins, avocats). Tu auras droit à un jugement public, soumis a des recours, y compris en dehors de la france.

J'ai beau réfléchir, il me semble que cela fait une différence.

Personne ne nie qu'on est mieux traité en France que dans beaucoup d'autres régions du monde quand on est coupable de certains non-crimes. La question est de savoir si ça a quelque chose à voir avec la démocratie. Simplement dire qu'en France, tu as la droit à un avocat, ne nous dit pas si c'est grâce à, malgré ou sans aucun rapport avec la démocratie. Le problème peut-être, c'est qu'on a un usage équivoque du terme. On passe allègrement de démocratie "loi de la majorité/suffrage universel pour désigner quelques hommes d'Etat" à "liberté individuelle" comme si c'était la même chose ou que l'un garantissait l'autre.

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Personnellement, je n'ai pas très bien compris ce que vous entendiez par "capitalisme autoritaire".

Pour ma part, bien que la Chine me semble être un bon exemple, je pensais plutôt au développement économique de l'Allemagne durant la première révolution industrielle (1830-1840). Sous l'influence de List, l'Etat s'est montré plutôt autoritaire avec les entreprises, en forçant leur concentration (notamment verticale) et leur collaboration pour faire face à la concurrence des pays plus avancés comme les Etats-Unis ou la Grande Bretagne. Sous l'impulsion de l'Etat de Bismarck, apparaissent des grandes banques qui sont à la fois des banques de dépôts, des banques d'affaires et actionnaires, permettant ainsi aux entreprises de renforcer leur capital. Dans les années 1840, l'Allemagne connaît un taux de croissance de 2% par an pour accélérer en 1850.

Si vous cherchez des analyses plus contemporaines, je vous recommande, Capitalisme contre Capitalisme, écrit par Michel Albert en 1991. On voit clairement que le modèle Rhenan est beaucoup moins libéral que le modèle anglo-saxons et cherche la rentabilité sur le long terme, sous l'impulsion d'une activité économique plus consensuel et où l'Etat est plus présent. Aujourd'hui, on voit le résultat : L'Allemagne est le premier exportateur mondial.

Le modèle semble clairement porter ses fruits.

Néanmoins, n'allez pas croire que je défends les thèses protectionnistes. Mais, en matière de "capitalisme autoritaire" l'Allemagne est sans doute un des meilleurs exemples de réussites.

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Aujourd'hui, on voit le résultat : L'Allemagne est le premier exportateur mondial.

Le modèle semble clairement porter ses fruits.

Néanmoins, n'allez pas croire que je défends les thèses protectionnistes. Mais, en matière de "capitalisme autoritaire" l'Allemagne est sans doute un des meilleurs exemples de réussites.

Vraiment ?

Si le pays est premier exportateur malgré l'adoption de l'Euro, c'est parce qu'elle a comprimé les salaires, d'environ 10%.

Les effets sont doubles :

-la compétitivité des produits allemands s'est faite au détriment de ses voisins auxquels elle a "volé" des parts de marché

-le niveau de vie des allemands est… comment dire !

La qualité de ses produits et l'innovation dont elle se vante bien n'explique pas qu'elle soit numéro 1 dans l'exportation.

Ça ne l'empêche pas non plus d'être plus endettée que la France par exemple.

D'après moi, l'allemagne est loin d'être une "réussite". Même chose pour la Chine.

Le modèle de "'l'offre" montre clairement ses limites.

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Certes, je ne dis pas que ce que tu viens d'évoquer n'a pas joué un rôle conséquent dans le développement économique allemand et je suis, soit dit en passant, tout à fait d'accord avec toi. Mais, dans ce cas la, je ne pense pas qu'on puisse se limiter aux assertions que tu as faites. Ainsi, si on voulait réellement connaître les causes de la croissance allemande, il faudrait aussi prendre en compte la mentalité protestante des allemands décrite par Max Weber et qui, selon cet auteur, serait le fer de lance du développement du capitalisme allemand. Il faudrait aussi remettre en perspective l'histoire allemande avec les conséquences qu'ont eus la RFA et la RDA. Tout cela pour expliquer que l'Allemagne est le premier exportateur mondial.

Quant au terme de réussite, il est vrai que c'est maladroit de ma part d'utiliser un mot qui pourrait être interprété comme un superlatif étant donné qu'on peut facilement relativiser les situations qu'on qualifie de "bonne" ou de "mauvaise". Un comparatif est plus approprié. Nous dirons alors que l'Allemagne est un des pays qui a le mieux réussi.

Donc, pour revenir au sujet, je pense que l'Allemagne est un modèle pertinent de "capitalisme autoritaire" sur le long terme. L'histoire aura mis fin à ce modèle à cause des diverses guerres et crises que l'Allemagne a connu en imposant un tout nouveau système de pensée économique, le Keynésianisme.

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Il faudrait aussi remettre en perspective l'histoire allemande avec les conséquences qu'ont eus la RFA et la RDA. Tout cela pour expliquer que l'Allemagne est le premier exportateur mondial.

Actuellement, je veux dire que la croissance allemande est surtout tirée par les exportations, depuis qu'elle a décidé de faire cavalier seul pour grignoter des parts de marchés. Ainsi, si les pays européens adoptent la même stratégie, c'est pour récupérer des parts sur l'Allemagne. Le résultat sera bien évidemment une perte de croissance pour tout le monde. Cette stratégie n'est pas gagnante, si l'on tient pour vrai que si tout le monde l'applique, tout le monde tombe. Baisser le coût des produit n'est pas le seul moyen pour produire de la croissance.

Je n'ignore pas cependant que l'Allemagne est novatrice, mais c'est pas ce qui explique qu'elle numéro 1 dans les exportations.

Sur la question de la réunification, oui, le coût est élevé, et il a fallu que l'état se charge d'investir, de mettre dans l'oeuvre de rattraper le retard économique de l'Allemagne de l'est. Mais qui te dit que ce processus ne nécessite pas un temps de transition, et même que le pays n'est pas encore sorti de cette transition ? A première vue, la réunification est un échec (en grande partie due au retard de l'est et les fortes inégalités dans les deux pays), mais l'est-elle vraiment en fin de compte ?

La réunification a eu un impact très fort sur la (mauvaise) croissance allemande des années 90. A partir des années 2000, ça ne tient plus. L'Allemagne a adopté la stratégie de l'offre avec les conséquences qu'on sait.

Ainsi, si on voulait réellement connaître les causes de la croissance allemande, il faudrait aussi prendre en compte la mentalité protestante des allemands décrite par Max Weber et qui, selon cet auteur, serait le fer de lance du développement du capitalisme allemand.

Je comprends pas en quoi la domination politique protestante tire la croissance allemande vers le haut. Si l'Allemagne à la fin du XIXème siècle/début XXème a connu une forte croissance c'est grâce à un système recherche et d'enseignement efficace et prolifique.

On voit même qu'aujourd'hui, ce pays n'a rien perdu de son savoir-faire dans les hautes technologies, particulièrement dans les biens d'équipement.

Tu me diras sans doute que c'est l'éthique protestante qui a favorisé à la fois l'accumulation du capital et la recherche du gain, mais qu'est-ce que ça change ?

Parce qu'on sait tous que la croissance de la religion ne peut aller de pair avec la croissance de l'économie. (cf séparation politique-religion)

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