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Propositions pour Contrepoints


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  • 3 weeks later...
il y a 1 minute, Raffarin2012 a dit :

Pour info, Neal Asher est partant lui aussi. 

 

 

The Polity Is Libertarian Space Opera Done Righthttps://www.wired.com/2018/07/geeks-guide-neal-asher/

 

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Neal_Asher

 

@F. mas @Séverine B @h16 @Lexington

 

PuTAiN ouiIIiIiIii c'est un de mes auteurs favoris !

 

 

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il y a 8 minutes, h16 a dit :

 

PuTAiN ouiIIiIiIii c'est un de mes auteurs favoris !

 

 

Je suis partant pour l'interviewer ms tu es mieux placé que moi--> du coup si tu veux tu peux l'interviewer toi-meme, ca ne me derangerait absolument pas. 

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il y a 53 minutes, Raffarin2012 a dit :

Je suis partant pour l'interviewer ms tu es mieux placé que moi--> du coup si tu veux tu peux l'interviewer toi-meme, ca ne me derangerait absolument pas. 

 

Mieux placé ? Ah bon ? 

Je pense plutôt qu'on peut procéder ainsi et ce sera plus simple : je peux te proposer qq questions qui ont trait à ce qu'il écrit, et tu peux y ajouter qq questions plus dans ce que tu as en tête. 

 

Qq questions sur sa façon d'écrire / l'univers qu'il a créé

- déjà, compte-tenu de l'univers foisonnant qu'il a créé, d'où tire-t-il son imagination ? 

- quand il a commencé sa série sur la Polity et tout l'univers qui l'entoure, il avait déjà une idée précise de l'état de l'art technologique de l'univers dans lequel il faisait évoluer ses perso, ou a-t-il inventé au fur et à mesure, en fonction des besoins ? 

- l'univers qu'il décrit - où la notion de transhumanisme est laaargement dépassée, les morts peuvent vivre bien après la mort, la limite entre humain, intelligences artificielles, mélange des deux et autres golems est complètement floue -  est-ce un univers qu'il redoute, qu'il craint, ou qu'il appelle de ses voeux, ou simplement ce qu'il imagine être une suite logique (ou au moins possible) de la tendance qu'on observe déjà actuellement (et donc il est neutre vis-à-vis de ça) ? 

 

Plus politique

- dans l'univers humain qu'il décrit, les I.A. jouent un rôle prépondérant comme orientant/président à la destinée humaine et donc se plaçant hiérarchiquement au-dessus des humains. Les autres univers sont des colonies très hiérarchisées (chef de gang, dictateur à la tête, typiquement), soit sont colonisées par les ennemis des humains (pradors) et donc là encore basés sur une hiérarchie du plus fort. N'y a-t-il aucune place pour des univers "anarchiques" où règne d'abord le marché et le capitalisme le plus strict ? (ce serait un challenge d'écriture, peut-être ?)

 

Avec ça, y'a de quoi faire un gros article joufflu ! 

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Tu peux ajouter une question gourmande : qu'est-ce qui nous attend pour les prochains opus ? (sneak peek peut-être ? miam)

  • Yea 1
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  • 2 months later...
  • 4 weeks later...

Je suis peu intervenu sur les fils dédiés au Covid, alors je me venge en un bloc : attention 3000 mots. Beaucoup d’éléments vus ailleurs, et depuis longtemps, mais agrégés et avec des rappels et des analyses perso plus de vrais morceaux de nostalgie sixties. Et puis France Inter fait encore un podcast sur le même sujet aujourd'hui. A la rédaction de voir si cela peut intéresser les lecteurs de Contrepoints.

 

Titre à choisir (ou à modifier), du type : 

L’évolution de la société française à 50 ans d’intervalle révélée par la pandémie

ou

 

A l’épreuve de la pandémie : la société française à cinquante ans d’intervalle 

 

Révélation

 

 

Le Covid-19 a ravivé dans les médias et sur les réseaux sociaux le souvenir des trois grandes pandémies grippales du XXe siècle, la grippe dite « espagnole » de 1918-1919 (qui fit plusieurs dizaine de millions de morts), l’ « asiatique » de 1956-1958 (plusieurs millions de morts) et la grippe « de Hong Kong » entre 1968 et 1970 (plus d’un million de morts). Cette dernière affecte la France durant l’hiver 1969-1970 dans une certaine indifférence médiatique et politique. Son bilan national, de 30 000 à 40 000 morts, est pourtant du même ordre de grandeur que celui attendu de l’actuelle épidémie de coronavirus. Si la crise sanitaire actuelle n’est pas entièrement dénouée, les réactions collectives antagonistes à cinquante ans d’écart sont déjà révélatrices de deux contextes et deux sociétés différentes. 

 

 

Été 1969, en pleine Révolution culturelle, Mao Zedong, qui pour sécuriser son pouvoir a lancé des troupes fanatisées à l’assaut de l’ennemi intérieur, doit encore faire face à son meilleur ennemi extérieur, Léonid Brejnev. Alors que les deux leaders se disputent l’hégémonie du bloc communiste, les incidents de frontières se multiplient. Le paroxysme de la crise est atteint au mois d'août le long de la frontière sino-soviétique du Xinjiang. Des combats font plusieurs dizaines de milliers de victimes et la tension s'accroit au point que l’Union soviétique envisage une frappe préventive de l’arsenal nucléaire de la république populaire de Chine.

 

En Occident, le contexte est plus apaisé.

 

Aux États-Unis, le président Richard Milhous Nixon, entré en fonction en début d’année, entame une politique de retrait progressif des troupes du Vietnam. Le 20 juillet à 23 h 45, alors qu’il suit depuis la Maison-Blanche la retransmission télévisée du premier atterrissage sur la Lune, il s’entretient en direct avec les astronautes de la mission Apollo 11. 

 

Le massacre début août à Los Angeles de Sharon Tate et d’autres innocents par des membres de la « Famille », la secte de Charles Manson, déclenche une stupeur médiatique internationale. Une fracture dans un été plutôt « peace and love » ; quelques jours après le drame a lieu dans l’état de New York le festival de Woodstock, apothéose du mouvement hippie, marqué par les performances de Jimi Hendrix ou de Carlos Santana et le rassemblement de plus de 400 000 spectateurs. Une semaine plus tard en Angleterre, Bob Dylan et les Who - entre autres - se produisent au festival de l'île de Wight où ils réunissent près de 150 000 spectateurs. 

 

Ce même été en France, Georges Pompidou tourne la page de la geste gaullienne. Lui aussi nouvellement élu, il inaugure son mandat de manière moins éclatante que le président américain. Pas vraiment un événement destiné à marquer l’Histoire, mais une simple dévaluation du franc de 12%, conséquence logique des accords de Grenelle négociés un an auparavant. La mesure est mise en œuvre par Valéry Giscard d’Estaing de retour au ministère des finances.

 

Si les français ne méconnaissent pas la vague folk, rock, soul et blues, le hit parade des vacances reste dominé par des gloires plutôt nationales, Johnny Hallyday, Georges Moustaki et Mireille Mathieu. A la rentrée, en septembre, les lecteurs de Franquin peuvent trouver en librairie le septième album de Gaston Lagaffe, « Un gaffeur sachant gaffer », d’abord publié en épisodes dans Le Journal de Spirou. Les cinémas jouent « La Horde sauvage » de Sam Peckinpah et « Que la bête meure » de Claude Chabrol.

 

Le monde en proie à la pandémie

 

Concerts, festivals, vie sociale et professionnelle ne semblent pas affectés de préoccupations sanitaires particulières. Rétrospectivement, peu semblent se soucier de la pandémie de grippe en cours, ni s’en souvenir aujourd’hui, alors qu’il sera difficile aux historiens d’ignorer la propagation du coronavirus comme l’événement majeur de l’année 2020, phagocytant l’énergie et l’attention du monde entier. Le seul épisode du confinement a touché cette année un nombre de personnes (plus de quatre milliards) supérieur à la population mondiale de l’époque. 

 

Causée par une souche H3N2 du virus de la grippe A, descendant probable du H2N2 qui a provoqué la pandémie de 19571, la maladie est apparue en Chine2 en 1968. Mais elle y passe inaperçu dans le chaos qui y règne. Elle doit atteindre Hong Kong, alors colonie britannique, pour être remarquée en contaminant rapidement près de 500 000 personnes, soit près d'un habitant sur six (d’après ce bulletin de l’OMS paru en 1969).

 

Le virus s’attaque au système respiratoire. L’infection pulmonaire s’accompagne de frissons, de fièvre, de douleurs et de faiblesse musculaires. Ces symptômes disparaissent en quelques jours mais les cas les plus aigus sont mortels. Comme pour toute contamination virale, la qualité de la réponse immunitaire est déterminée par l’âge, le passé infectieux, le patrimoine génétique et l’état de santé préalable du malade. Alors que la maladie reste diffuse et ne touche qu'un nombre restreint de personnes au Japon, elle est répandue et mortelle aux États-Unis où elle tue plus de 50 000 personnes en l'espace de trois mois durant l’hiver 1968-1969 (sur un total de 100 000 morts environ au niveau national d’après le CDC).

 

Elle semble disparaitre avec l’été mémorable que nous venons d’évoquer. En octobre, le consensus scientifique émis lors de la conférence internationale sur la grippe de Hong Kong réunit par l’OMS à Atlanta conclut à la fin de la pandémie. Le virus resurgit pourtant au cours du nouvel hiver avec une grande virulence, mais en Europe cette fois ci. 

 

Un système sanitaire saturé dans une France insouciante 

 

En 2005, la journaliste Corinne Bensimon, dans un article de Libération intitulé « 1968, la planète grippée » évoque les conséquences de la grippe de Hong Kong qui se développe donc en France aux mois de décembre 1969 et janvier 1970. Elle interroge des témoins de l’époque. Le professeur Dellamonica était âgé d'une vingtaine d’années lorsqu’il travaillait comme externe dans un service de réanimation de l'hôpital Edouard-Herriot à Lyon ; il se souvient :

 

« On n'avait pas le temps de sortir les morts. On les entassait dans une salle au fond du service de réanimation. Et on les évacuait quand on pouvait, dans la journée, le soir. » 

 

« Les gens arrivaient en brancard, dans un état catastrophique. Ils mouraient d'hémorragie pulmonaire, les lèvres cyanosées, tout gris. Il y en avait de tous les âges, 20, 30, 40 ans et plus. Ça a duré dix à quinze jours, et puis ça s'est calmé. Et étrangement, on a oublié. »

 

Laconiquement, la presse rapporte bien des désorganisations importantes des services publics, des transports et des écoles dus à l’exceptionnelle morbidité, mais sur le ton badin du « marronnier » (le terme est employé par France Soir). 

 

Il faut lire le Monde comme on lit la Pravda, entre les lignes, pour comprendre l’ampleur et la gravité de la situation. La nouvelle de l’alitement du chancelier Willy Brandt révèle que l’Allemagne est touchée. Un billet du 31 décembre, toujours relevé par Corinne Bensimon, s’amuse des conséquences de la grippe en Angleterre : célébrités hospitalisées (l’hôpital devient « le dernier salon ou l’on cause »), queues devant les pharmacies pour les livraisons d’aspirine, pannes d'électricité faute de techniciens ou lignes de métro interrompues faute de conducteurs.

 

Comment comprendre le peu de réaction d’alors comparé à la crise actuelle?

 

Personne n’enquête vraiment dans les hôpitaux, n’agrège les données et ne donne l’alerte. Un reportage de l'Ortf du 10 décembre 1969 annonce qu’ « un français sur quatre à la grippe » et conclut, après l’énumération des symptômes bénins: « somme toute, après trois jours de grogs, d’aspirine et d’édredon bien chaud cela n’est pas si désagréable! ». Une telle communication n’incite pas à des mesures prophylactiques drastiques et la sous-information, du public et sans doute du pouvoir, fut certainement la première cause de l’apathie apparente qui accueillit la pandémie.

 

S’il est devenu banal d’accuser twitter, par exemple, de complotisme ou de diffusion de fake news, le temps de l’Ortf nous rappelle que le partage d’expériences ou d’informations en réseau, en direct et sans (trop de) filtres, est bien supérieure à une diffusion centralisée de type top-down, particulièrement quand le sommet est lui même dans le brouillard.

 

Plus largement en termes de solutions et de capacités nouvelles, la technologie et la richesse accumulées en un demi-siècle (le PIB par habitant triple en volume) ont rendu possible l’inimaginable, comme advenu l’âge d’or de « l’an 2000 » rêvé dans les années soixante, certes avec deux décennies de retard. Vente en ligne, ravitaillement au drive, échange de données informatisées ou télétravail, autant d’éléments de résilience économique qui ont permis un fonctionnement social en mode dégradé plus que viable. Si la France embourgeoisée et tertiarisée redécouvre périodiquement le rôle central du monde ouvrier dans le système de production, sa disparition de moitié (de 40% à 20 % de la population active) s’avère source d’adaptabilité ; tel bureau d’études réalise qu’une ingénieur peut continuer à se connecter pour créer des maillages en éléments finis depuis son salon, alors que l’on est pas fraiseur ou chaudronnier à distance. 

 

La salarisation (associée au chômage partiel étendu) et la fonctionnarisation du monde du travail ont aussi aidé à l’acceptation sociale des mesures d’exception. Les indépendants, aujourd’hui réduits à moins de 10% de la population active, qui observent l’érosion de leur trésorerie depuis le début du confinement, étant plus susceptibles de s’alarmer de ses conséquences de long terme. 

 

Zeitgeist, espoir et apocalypse

 

Les données du système d’information ne commandent pas mécaniquement les décisions individuelles, elles sont interprétées à travers un système de valeurs perméable à l’esprit du temps. 

 

La guerre, par exemple, a-t-elle conduit à la dévaluation du prix de la vie humaine? En 1969, toute personne de plus de trente ans a connu l’occupation. La guerre d’Algérie qui prend fin en 1962 est plus proche encore et ses pertes militaires s’élèvent à 25 000 morts. De quoi relativiser la pandémie comme fléau absolu qui viendrait occuper la totalité de l’espace psychique et médiatique. A moins que, considéré autrement, la paix dans un contexte de croissance économique et d’accès à la consommation de masse ne soit vécue comme un paradis relatif où s’oublie la prudence.

 

Globalement, l’éthos de la société pompidolienne ne semble pas marqué de préoccupations hygiénistes et sécuritaires délirantes. Tout le monde fume, comme l’attestent les actualités ou la production cinématographique de l’époque (même en tenant compte du placement de produit alors habituel de l’industrie du tabac). Si depuis 1956 les élèves les plus jeunes sont sevrés de leur ration de vin -ou de cidre ou de bière suivant les régions- les cantines scolaires continuent de servir de l’alcool aux plus de quatorze ans jusqu’en 1981. Les accidents de la route semblent eux aussi vécus avec fatalité : au cours de la décennie 1960, l’augmentation continue de la circulation porte le nombre de victimes de 8 000 à 15 000 morts par an (contre moins de 3 500 morts aujourd’hui), les réactions institutionnelles sont plus tardives. 

 

En 1969, l’espérance de vie s’établie à 67 ans pour les hommes et 75 ans pour les femmes, contre 80 et 85 ans aujourd’hui. La hausse de l’espérance mathématique d’années de vie perdues joue certainement un rôle dans la perception d’un danger qui affecte surtout les personnes âgées. Le premier être humain qui devrait vivre 1000 ans est déjà né, parait-il, et l’on devrait mourir bêtement à 80 ans d’un virus codé sur huit kilooctets? Voilà qui est difficilement acceptable. 

 

En contraste, la société française des années soixante semble donc plus fataliste et moins inquiète ; deux états complémentaires pour toutes les philosophies eudémonistes qui invitent à se pénétrer de l’inéluctabilité de la mort comme condition du carpe diem. L’avenir est vu aussi avec plus d’optimisme, ce fatalisme n’a rien de morose. Rétrospectivement, la présidence de Pompidou fut ainsi marquée par un volontarisme et une politique de modernisation industrielle confiante en l’avenir. Alors que nous bénéficions de conditions de vies plus faciles et moins précaires, alors que l'humanité vient de vivre sa meilleure décennie, nos contemporains semblent plus portés à l’anxiété. 

 

Nourri par la fiction, films d’épouvante compris, l’imaginaire collectif s’est familiarisé à l’idée d’une crise de grande ampleur, du virus échappé du laboratoire au mal global à dimension mystique. Fictions qui trouvent des points d’intersection avec le réel à chacune des alertes successives (Sras, H1N1, Ebola) qui acclimatent la population au scénario du pire. 

 

Mais le fait nouveau est surtout la transformation du mouvement écologiste en une force politique à l’idéologie millénariste et pénitentielle, nourrie de culpabilité collective. Le nouveau credo semble avoir converti en France et en Europe les élites politiques et administratives, tous partis confondus. Depuis 1970, cinquante ans de prédictions apocalyptiques ont à l’usure fini par dessiner ces toutes dernières années un arrière-plan de fin des temps.

 

Sur le plan religieux, le confinement prend dans cette perspective la dimension d’un rite apotropaïque collectif, auquel il est important que chacun se conforme avec précision. Depuis la Rome antique ou l’Inde brahmanique, il faut prendre garde à ce que chaque détail soit opéré correctement, le malheur punissant une omission ou une erreur commise dans le culte. La danse de la pluie doit être dansée à l’unisson dans l’oblation du bon sens et la mortification collective. La gendarmerie corrige - sur dénonciation souvent -  l’acheteur de biscuits, le cycliste ou le randonneur solitaire. En 1970, neuf français sur dix sont baptisés dans le culte catholique. Après cinquante ans de déplétion des fidèles sur un marché des idéologies plus ouvert et compétitif, même le pape, qui évoque une « vengeance de la nature », en est réduit à une régression animiste pour espérer glaner quelques conversions, voire une simple attention. L’air du temps est bien à l’expiation. 

 

La prise de décision du confinement de 2020

 

Sur le plan scientifique, au terme d’une chronologie chaotique3, l’OMS qualifie le Covid-19 de pandémie le 11 mars. Elle préconise au delà de mesures prophylactiques évidentes une stratégie centrée sur les tests de la population, fréquents et à grande échelle, suivis de l’isolement des malades (« We have a simple message for all countries: test, test, test » date du 16 mars).

 

Il y a alors autant d’avis que de médecins, autant de modélisations que d’épidémiologistes. Des personnages émergent du bruit médiatique, comme le professeur Didier Raoult qui minimise la pandémie. La modélisation qui guide finalement les réponses publiques (d’après cet article de Nature traduit ici en français) est le modèle de l’Imperial College de Londres développé par une équipe de premier plan dirigée par Neil Ferguson. Ses conclusions -à défaut de son code source- sont publiées mi-mars et elles sont plus qu’inquiétantes.

 

Il s’agit d’un modèle à agents naïfs, i.e. incapables d’ajuster spontanément leurs comportements. Il est alarmiste et promet en cas d’inaction plusieurs centaines de milliers de décès au Royaume-Uni et à la France, plus de deux millions aux États-Unis. Le Covid-19, par ses conséquences d’ampleur biblique, s’apparenterait donc plus à la grippe espagnole de 1918 qu’à la grippe de Hong Kong. Ferguson s’est révélé dans ses prédictions imprécis ou très éloigné de la réalité par le passé, mais cela ne signifie pas que son modèle ne soit clairvoyant cette fois-ci. 

 

Par un saisissement soudain, au vu des images sinistres des salles de réanimation saturées de la Lombardie et des premières remontées des praticiens hospitaliers français, qui voient mourir leurs premiers patients, on change radicalement de modèle. Les décisions prises dans la crainte de la damnatio memoriae infligée en 2009 à Roselyne Bachelot4, réhabilitée depuis, sont réévaluées. La peur d’une sur-réaction coûteuse cède la place à la peur de la sous-réaction meurtrière, si ce n’est la peur de l’apocalypse sanitaire. 

 

Comme l’impréparation est totale, ni masques, ni tests, le confinement devient à l’inspiration de l’Italie et dans l’urgence la moins mauvaise des solutions. Il convient simplement d’abriter la responsabilité du gouvernement derrière l’écran d’un comité d’experts ad hoc, et de saturer le déconfinement de règles arbitraires qui prouvent sa maitrise technique. 

 

La sortie de crise

 

Le virus H3N2 de la grippe de Hong-Kong n’a pas subitement disparu, même après l’hiver 1969. Il est en fait toujours en circulation aujourd’hui, considéré comme l’une des souches de la grippe saisonnière. Logiquement, il n’y eu pas de bouleversement, pas d’annonces grandiloquentes de refondation du système mondial. La mortalité exceptionnelle, qui fut finalement perçue, décida simplement les pouvoirs publics à encourager la recherche, la veille sanitaire et la vaccination des personnes à risque. 

 

Arès la crise aucun responsable n’eu à encourir de réelles conséquences politiques ou juridiques, alors que la recherche des coupables et de leur châtiment, pas nécessairement immérité, est devenu la norme. Contrecoup pour la classe politique de son paternalisme, dont l’inflation législative est un symptôme, d’une ère nouvelle du micro-management qui ne laisse aucun domaine de la relation contractuelle ou de la vie privée indigne de l’attention du législateur ou de l’administration. A cinquante ans d’intervalle, la population française est beaucoup plus instruite et, pour ceux qui veulent s’en donner la peine, mieux informée dans une société ouverte où les possibilités d’autonomie individuelle et de choix de vie personnels n’ont jamais été aussi élevées. Dans le même temps, elle n'a jamais été autant taxée et encadrée. En cas de crise, il est normal, et peut-être nécessaire, que des consignes strictes s'appliquent à un peuple infantilisé. 

 

 

(1) Les virus grippaux de type A sont classés selon leurs protéines de surface («H» pour hémaglutinine et «N» pour neuraminidase), protéines qui jouent un rôle fonctionnel dans l’entrée dans la cellule hôte et qui sont reconnues par le système immunitaire. Comme le nouveau virus de 1968 a conservé la même protéine N2, les personnes qui avaient été exposées au virus de 1957 ont apparemment conservé une certaine protection.

 

(2) L’anthropologue James C. Scott rappelle que l’émergence de pandémies originaires de Chine n’est pas spécifique à l’époque moderne, il la date… de plusieurs millénaires. «  [La] génération de nouvelles zoonoses trans-spécifiques a prospéré au fur et a mesure que les populations humaines et animales augmentaient et que les contacts à longue distance devenaient plus fréquents. Ce processus continue aujourd’hui. Rien d’étonnant, donc, à ce que le sud-est de la Chine […], à savoir probablement la plus vaste, la plus ancienne et la plus dense concentration d’humains, de porcs, de poulets, d’oies, de canards et de marchés d’animaux sauvages du monde, soit une véritable boîte de Pétri à l’échelle mondiale propice à l’incubation de nouvelle souches de grippe aviaire et porcine. », Homo Domesticus, Yale University 2017, édition française : La découverte 2019, p. 118.

 

(3) L’OMS publie son premier bulletin sur les flambées épidémiques consacré au Covid-19 le 5 janvier dernier. Le 10 elle pense « qu’il n’y a pas de transmission interhumaine ou que celle-ci est limitée » pour se déjuger le 22. Le 30 elle publie un avis « d’urgence de santé publique internationale », le sixième en quinze ans, soit un tous les deux ans et demi.

 

(4) L’ampleur de grippe H1N1 de 2009, qui causa environ 320 morts en France en six mois, avait été mal estimée. Des syndromes inhabituellement sévères chez de jeunes adultes avaient éveillé le spectre de la grippe espagnole. Le coût des mesures prises, supérieur à 800 millions d’euros, avait été reproché ex post à Roselyne Bachelot, ministre de la santé.

 

 

 

 

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5 minutes ago, Drake said:

Je suis peu intervenu sur les fils dédiés au Covid, alors je me venge en un bloc : attention 3000 mots. Beaucoup d’éléments vus ailleurs, et depuis longtemps, mais agrégés et avec des rappels et des analyses perso plus de vrais morceaux de nostalgie sixties. Et puis France Inter fait encore un podcast sur le même sujet aujourd'hui. A la rédaction de voir si cela peut intéresser les lecteurs de Contrepoints.

 

Titre à choisir (ou à modifier), du type : 

L’évolution de la société française à 50 ans d’intervalle révélée par la pandémie

ou

 

A l’épreuve de la pandémie : la société française à cinquante ans d’intervalle 

 

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Le Covid-19 a ravivé dans les médias et sur les réseaux sociaux le souvenir des trois grandes pandémies grippales du XXe siècle, la grippe dite « espagnole » de 1918-1919 (qui fit plusieurs dizaine de millions de morts), l’ « asiatique » de 1956-1958 (plusieurs millions de morts) et la grippe « de Hong Kong » entre 1968 et 1970 (plus d’un million de morts). Cette dernière affecte la France durant l’hiver 1969-1970 dans une certaine indifférence médiatique et politique. Son bilan national, de 30 000 à 40 000 morts, est pourtant du même ordre de grandeur que celui attendu de l’actuelle épidémie de coronavirus. Si la crise sanitaire actuelle n’est pas entièrement dénouée, les réactions collectives antagonistes à cinquante ans d’écart sont déjà révélatrices de deux contextes et deux sociétés différentes. 

 

 

Été 1969, en pleine Révolution culturelle, Mao Zedong, qui pour sécuriser son pouvoir a lancé des troupes fanatisées à l’assaut de l’ennemi intérieur, doit encore faire face à son meilleur ennemi extérieur, Léonid Brejnev. Alors que les deux leaders se disputent l’hégémonie du bloc communiste, les incidents de frontières se multiplient. Le paroxysme de la crise est atteint au mois d'août le long de la frontière sino-soviétique du Xinjiang. Des combats font plusieurs dizaines de milliers de victimes et la tension s'accroit au point que l’Union soviétique envisage une frappe préventive de l’arsenal nucléaire de la république populaire de Chine.

 

En Occident, le contexte est plus apaisé.

 

Aux États-Unis, le président Richard Milhous Nixon, entré en fonction en début d’année, entame une politique de retrait progressif des troupes du Vietnam. Le 20 juillet à 23 h 45, alors qu’il suit depuis la Maison-Blanche la retransmission télévisée du premier atterrissage sur la Lune, il s’entretient en direct avec les astronautes de la mission Apollo 11. 

 

Le massacre début août à Los Angeles de Sharon Tate et d’autres innocents par des membres de la « Famille », la secte de Charles Manson, déclenche une stupeur médiatique internationale. Une fracture dans un été plutôt « peace and love » ; quelques jours après le drame a lieu dans l’état de New York le festival de Woodstock, apothéose du mouvement hippie, marqué par les performances de Jimi Hendrix ou de Carlos Santana et le rassemblement de plus de 400 000 spectateurs. Une semaine plus tard en Angleterre, Bob Dylan et les Who - entre autres - se produisent au festival de l'île de Wight où ils réunissent près de 150 000 spectateurs. 

 

Ce même été en France, Georges Pompidou tourne la page de la geste gaullienne. Lui aussi nouvellement élu, il inaugure son mandat de manière moins éclatante que le président américain. Pas vraiment un événement destiné à marquer l’Histoire, mais une simple dévaluation du franc de 12%, conséquence logique des accords de Grenelle négociés un an auparavant. La mesure est mise en œuvre par Valéry Giscard d’Estaing de retour au ministère des finances.

 

Si les français ne méconnaissent pas la vague folk, rock, soul et blues, le hit parade des vacances reste dominé par des gloires plutôt nationales, Johnny Hallyday, Georges Moustaki et Mireille Mathieu. A la rentrée, en septembre, les lecteurs de Franquin peuvent trouver en librairie le septième album de Gaston Lagaffe, « Un gaffeur sachant gaffer », d’abord publié en épisodes dans Le Journal de Spirou. Les cinémas jouent « La Horde sauvage » de Sam Peckinpah et « Que la bête meure » de Claude Chabrol.

 

Le monde en proie à la pandémie

 

Concerts, festivals, vie sociale et professionnelle ne semblent pas affectés de préoccupations sanitaires particulières. Rétrospectivement, peu semblent se soucier de la pandémie de grippe en cours, ni s’en souvenir aujourd’hui, alors qu’il sera difficile aux historiens d’ignorer la propagation du coronavirus comme l’événement majeur de l’année 2020, phagocytant l’énergie et l’attention du monde entier. Le seul épisode du confinement a touché cette année un nombre de personnes (plus de quatre milliards) supérieur à la population mondiale de l’époque. 

 

Causée par une souche H3N2 du virus de la grippe A, descendant probable du H2N2 qui a provoqué la pandémie de 19571, la maladie est apparue en Chine2 en 1968. Mais elle y passe inaperçu dans le chaos qui y règne. Elle doit atteindre Hong Kong, alors colonie britannique, pour être remarquée en contaminant rapidement près de 500 000 personnes, soit près d'un habitant sur six (d’après ce bulletin de l’OMS paru en 1969).

 

Le virus s’attaque au système respiratoire. L’infection pulmonaire s’accompagne de frissons, de fièvre, de douleurs et de faiblesse musculaires. Ces symptômes disparaissent en quelques jours mais les cas les plus aigus sont mortels. Comme pour toute contamination virale, la qualité de la réponse immunitaire est déterminée par l’âge, le passé infectieux, le patrimoine génétique et l’état de santé préalable du malade. Alors que la maladie reste diffuse et ne touche qu'un nombre restreint de personnes au Japon, elle est répandue et mortelle aux États-Unis où elle tue plus de 50 000 personnes en l'espace de trois mois durant l’hiver 1968-1969 (sur un total de 100 000 morts environ au niveau national d’après le CDC).

 

Elle semble disparaitre avec l’été mémorable que nous venons d’évoquer. En octobre, le consensus scientifique émis lors de la conférence internationale sur la grippe de Hong Kong réunit par l’OMS à Atlanta conclut à la fin de la pandémie. Le virus resurgit pourtant au cours du nouvel hiver avec une grande virulence, mais en Europe cette fois ci. 

 

Un système sanitaire saturé dans une France insouciante 

 

En 2005, la journaliste Corinne Bensimon, dans un article de Libération intitulé « 1968, la planète grippée » évoque les conséquences de la grippe de Hong Kong qui se développe donc en France aux mois de décembre 1969 et janvier 1970. Elle interroge des témoins de l’époque. Le professeur Dellamonica était âgé d'une vingtaine d’années lorsqu’il travaillait comme externe dans un service de réanimation de l'hôpital Edouard-Herriot à Lyon ; il se souvient :

 

« On n'avait pas le temps de sortir les morts. On les entassait dans une salle au fond du service de réanimation. Et on les évacuait quand on pouvait, dans la journée, le soir. » 

 

« Les gens arrivaient en brancard, dans un état catastrophique. Ils mouraient d'hémorragie pulmonaire, les lèvres cyanosées, tout gris. Il y en avait de tous les âges, 20, 30, 40 ans et plus. Ça a duré dix à quinze jours, et puis ça s'est calmé. Et étrangement, on a oublié. »

 

Laconiquement, la presse rapporte bien des désorganisations importantes des services publics, des transports et des écoles dus à l’exceptionnelle morbidité, mais sur le ton badin du « marronnier » (le terme est employé par France Soir). 

 

Il faut lire le Monde comme on lit la Pravda, entre les lignes, pour comprendre l’ampleur et la gravité de la situation. La nouvelle de l’alitement du chancelier Willy Brandt révèle que l’Allemagne est touchée. Un billet du 31 décembre, toujours relevé par Corinne Bensimon, s’amuse des conséquences de la grippe en Angleterre : célébrités hospitalisées (l’hôpital devient « le dernier salon ou l’on cause »), queues devant les pharmacies pour les livraisons d’aspirine, pannes d'électricité faute de techniciens ou lignes de métro interrompues faute de conducteurs.

 

Comment comprendre le peu de réaction d’alors comparé à la crise actuelle?

 

Personne n’enquête vraiment dans les hôpitaux, n’agrège les données et ne donne l’alerte. Un reportage de l'Ortf du 10 décembre 1969 annonce qu’ « un français sur quatre à la grippe » et conclut, après l’énumération des symptômes bénins: « somme toute, après trois jours de grogs, d’aspirine et d’édredon bien chaud cela n’est pas si désagréable! ». Une telle communication n’incite pas à des mesures prophylactiques drastiques et la sous-information, du public et sans doute du pouvoir, fut certainement la première cause de l’apathie apparente qui accueillit la pandémie.

 

S’il est devenu banal d’accuser twitter, par exemple, de complotisme ou de diffusion de fake news, le temps de l’Ortf nous rappelle que le partage d’expériences ou d’informations en réseau, en direct et sans (trop de) filtres, est bien supérieure à une diffusion centralisée de type top-down, particulièrement quand le sommet est lui même dans le brouillard.

 

Plus largement en termes de solutions et de capacités nouvelles, la technologie et la richesse accumulées en un demi-siècle (le PIB par habitant triple en volume) ont rendu possible l’inimaginable, comme advenu l’âge d’or de « l’an 2000 » rêvé dans les années soixante, certes avec deux décennies de retard. Vente en ligne, ravitaillement au drive, échange de données informatisées ou télétravail, autant d’éléments de résilience économique qui ont permis un fonctionnement social en mode dégradé plus que viable. Si la France embourgeoisée et tertiarisée redécouvre périodiquement le rôle central du monde ouvrier dans le système de production, sa disparition de moitié (de 40% à 20 % de la population active) s’avère source d’adaptabilité ; tel bureau d’études réalise qu’une ingénieur peut continuer à se connecter pour créer des maillages en éléments finis depuis son salon, alors que l’on est pas fraiseur ou chaudronnier à distance. 

 

La salarisation (associée au chômage partiel étendu) et la fonctionnarisation du monde du travail ont aussi aidé à l’acceptation sociale des mesures d’exception. Les indépendants, aujourd’hui réduits à moins de 10% de la population active, qui observent l’érosion de leur trésorerie depuis le début du confinement, étant plus susceptibles de s’alarmer de ses conséquences de long terme. 

 

Zeitgeist, espoir et apocalypse

 

Les données du système d’information ne commandent pas mécaniquement les décisions individuelles, elles sont interprétées à travers un système de valeurs perméable à l’esprit du temps. 

 

La guerre, par exemple, a-t-elle conduit à la dévaluation du prix de la vie humaine? En 1969, toute personne de plus de trente ans a connu l’occupation. La guerre d’Algérie qui prend fin en 1962 est plus proche encore et ses pertes militaires s’élèvent à 25 000 morts. De quoi relativiser la pandémie comme fléau absolu qui viendrait occuper la totalité de l’espace psychique et médiatique. A moins que, considéré autrement, la paix dans un contexte de croissance économique et d’accès à la consommation de masse ne soit vécue comme un paradis relatif où s’oublie la prudence.

 

Globalement, l’éthos de la société pompidolienne ne semble pas marqué de préoccupations hygiénistes et sécuritaires délirantes. Tout le monde fume, comme l’attestent les actualités ou la production cinématographique de l’époque (même en tenant compte du placement de produit alors habituel de l’industrie du tabac). Si depuis 1956 les élèves les plus jeunes sont sevrés de leur ration de vin -ou de cidre ou de bière suivant les régions- les cantines scolaires continuent de servir de l’alcool aux plus de quatorze ans jusqu’en 1981. Les accidents de la route semblent eux aussi vécus avec fatalité : au cours de la décennie 1960, l’augmentation continue de la circulation porte le nombre de victimes de 8 000 à 15 000 morts par an (contre moins de 3 500 morts aujourd’hui), les réactions institutionnelles sont plus tardives. 

 

En 1969, l’espérance de vie s’établie à 67 ans pour les hommes et 75 ans pour les femmes, contre 80 et 85 ans aujourd’hui. La hausse de l’espérance mathématique d’années de vie perdues joue certainement un rôle dans la perception d’un danger qui affecte surtout les personnes âgées. Le premier être humain qui devrait vivre 1000 ans est déjà né, parait-il, et l’on devrait mourir bêtement à 80 ans d’un virus codé sur huit kilooctets? Voilà qui est difficilement acceptable. 

 

En contraste, la société française des années soixante semble donc plus fataliste et moins inquiète ; deux états complémentaires pour toutes les philosophies eudémonistes qui invitent à se pénétrer de l’inéluctabilité de la mort comme condition du carpe diem. L’avenir est vu aussi avec plus d’optimisme, ce fatalisme n’a rien de morose. Rétrospectivement, la présidence de Pompidou fut ainsi marquée par un volontarisme et une politique de modernisation industrielle confiante en l’avenir. Alors que nous bénéficions de conditions de vies plus faciles et moins précaires, alors que l'humanité vient de vivre sa meilleure décennie, nos contemporains semblent plus portés à l’anxiété. 

 

Nourri par la fiction, films d’épouvante compris, l’imaginaire collectif s’est familiarisé à l’idée d’une crise de grande ampleur, du virus échappé du laboratoire au mal global à dimension mystique. Fictions qui trouvent des points d’intersection avec le réel à chacune des alertes successives (Sras, H1N1, Ebola) qui acclimatent la population au scénario du pire. 

 

Mais le fait nouveau est surtout la transformation du mouvement écologiste en une force politique à l’idéologie millénariste et pénitentielle, nourrie de culpabilité collective. Le nouveau credo semble avoir converti en France et en Europe les élites politiques et administratives, tous partis confondus. Depuis 1970, cinquante ans de prédictions apocalyptiques ont à l’usure fini par dessiner ces toutes dernières années un arrière-plan de fin des temps.

 

Sur le plan religieux, le confinement prend dans cette perspective la dimension d’un rite apotropaïque collectif, auquel il est important que chacun se conforme avec précision. Depuis la Rome antique ou l’Inde brahmanique, il faut prendre garde à ce que chaque détail soit opéré correctement, le malheur punissant une omission ou une erreur commise dans le culte. La danse de la pluie doit être dansée à l’unisson dans l’oblation du bon sens et la mortification collective. La gendarmerie corrige - sur dénonciation souvent -  l’acheteur de biscuits, le cycliste ou le randonneur solitaire. En 1970, neuf français sur dix sont baptisés dans le culte catholique. Après cinquante ans de déplétion des fidèles sur un marché des idéologies plus ouvert et compétitif, même le pape, qui évoque une « vengeance de la nature », en est réduit à une régression animiste pour espérer glaner quelques conversions, voire une simple attention. L’air du temps est bien à l’expiation. 

 

La prise de décision du confinement de 2020

 

Sur le plan scientifique, au terme d’une chronologie chaotique3, l’OMS qualifie le Covid-19 de pandémie le 11 mars. Elle préconise au delà de mesures prophylactiques évidentes une stratégie centrée sur les tests de la population, fréquents et à grande échelle, suivis de l’isolement des malades (« We have a simple message for all countries: test, test, test » date du 16 mars).

 

Il y a alors autant d’avis que de médecins, autant de modélisations que d’épidémiologistes. Des personnages émergent du bruit médiatique, comme le professeur Didier Raoult qui minimise la pandémie. La modélisation qui guide finalement les réponses publiques (d’après cet article de Nature traduit ici en français) est le modèle de l’Imperial College de Londres développé par une équipe de premier plan dirigée par Neil Ferguson. Ses conclusions -à défaut de son code source- sont publiées mi-mars et elles sont plus qu’inquiétantes.

 

Il s’agit d’un modèle à agents naïfs, i.e. incapables d’ajuster spontanément leurs comportements. Il est alarmiste et promet en cas d’inaction plusieurs centaines de milliers de décès au Royaume-Uni et à la France, plus de deux millions aux États-Unis. Le Covid-19, par ses conséquences d’ampleur biblique, s’apparenterait donc plus à la grippe espagnole de 1918 qu’à la grippe de Hong Kong. Ferguson s’est révélé dans ses prédictions imprécis ou très éloigné de la réalité par le passé, mais cela ne signifie pas que son modèle ne soit clairvoyant cette fois-ci. 

 

Par un saisissement soudain, au vu des images sinistres des salles de réanimation saturées de la Lombardie et des premières remontées des praticiens hospitaliers français, qui voient mourir leurs premiers patients, on change radicalement de modèle. Les décisions prises dans la crainte de la damnatio memoriae infligée en 2009 à Roselyne Bachelot4, réhabilitée depuis, sont réévaluées. La peur d’une sur-réaction coûteuse cède la place à la peur de la sous-réaction meurtrière, si ce n’est la peur de l’apocalypse sanitaire. 

 

Comme l’impréparation est totale, ni masques, ni tests, le confinement devient à l’inspiration de l’Italie et dans l’urgence la moins mauvaise des solutions. Il convient simplement d’abriter la responsabilité du gouvernement derrière l’écran d’un comité d’experts ad hoc, et de saturer le déconfinement de règles arbitraires qui prouvent sa maitrise technique. 

 

La sortie de crise

 

Le virus H3N2 de la grippe de Hong-Kong n’a pas subitement disparu, même après l’hiver 1969. Il est en fait toujours en circulation aujourd’hui, considéré comme l’une des souches de la grippe saisonnière. Logiquement, il n’y eu pas de bouleversement, pas d’annonces grandiloquentes de refondation du système mondial. La mortalité exceptionnelle, qui fut finalement perçue, décida simplement les pouvoirs publics à encourager la recherche, la veille sanitaire et la vaccination des personnes à risque. 

 

Arès la crise aucun responsable n’eu à encourir de réelles conséquences politiques ou juridiques, alors que la recherche des coupables et de leur châtiment, pas nécessairement immérité, est devenu la norme. Contrecoup pour la classe politique de son paternalisme, dont l’inflation législative est un symptôme, d’une ère nouvelle du micro-management qui ne laisse aucun domaine de la relation contractuelle ou de la vie privée indigne de l’attention du législateur ou de l’administration. A cinquante ans d’intervalle, la population française est beaucoup plus instruite et, pour ceux qui veulent s’en donner la peine, mieux informée dans une société ouverte où les possibilités d’autonomie individuelle et de choix de vie personnels n’ont jamais été aussi élevées. Dans le même temps, elle n'a jamais été autant taxée et encadrée. En cas de crise, il est normal, et peut-être nécessaire, que des consignes strictes s'appliquent à un peuple infantilisé. 

 

 

(1) Les virus grippaux de type A sont classés selon leurs protéines de surface («H» pour hémaglutinine et «N» pour neuraminidase), protéines qui jouent un rôle fonctionnel dans l’entrée dans la cellule hôte et qui sont reconnues par le système immunitaire. Comme le nouveau virus de 1968 a conservé la même protéine N2, les personnes qui avaient été exposées au virus de 1957 ont apparemment conservé une certaine protection.

 

(2) L’anthropologue James C. Scott rappelle que l’émergence de pandémies originaires de Chine n’est pas spécifique à l’époque moderne, il la date… de plusieurs millénaires. «  [La] génération de nouvelles zoonoses trans-spécifiques a prospéré au fur et a mesure que les populations humaines et animales augmentaient et que les contacts à longue distance devenaient plus fréquents. Ce processus continue aujourd’hui. Rien d’étonnant, donc, à ce que le sud-est de la Chine […], à savoir probablement la plus vaste, la plus ancienne et la plus dense concentration d’humains, de porcs, de poulets, d’oies, de canards et de marchés d’animaux sauvages du monde, soit une véritable boîte de Pétri à l’échelle mondiale propice à l’incubation de nouvelle souches de grippe aviaire et porcine. », Homo Domesticus, Yale University 2017, édition française : La découverte 2019, p. 118.

 

(3) L’OMS publie son premier bulletin sur les flambées épidémiques consacré au Covid-19 le 5 janvier dernier. Le 10 elle pense « qu’il n’y a pas de transmission interhumaine ou que celle-ci est limitée » pour se déjuger le 22. Le 30 elle publie un avis « d’urgence de santé publique internationale », le sixième en quinze ans, soit un tous les deux ans et demi.

 

(4) L’ampleur de grippe H1N1 de 2009, qui causa environ 320 morts en France en six mois, avait été mal estimée. Des syndromes inhabituellement sévères chez de jeunes adultes avaient éveillé le spectre de la grippe espagnole. Le coût des mesures prises, supérieur à 800 millions d’euros, avait été reproché ex post à Roselyne Bachelot, ministre de la santé.

 

 

 

 

Hello Drake ! Envoie ça sur le mail de la rédac ;)

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il y a 23 minutes, F. mas a dit :

Hello Drake ! Envoie ça sur le mail de la rédac ;)

Merci, oui c'est fait.

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  • 1 month later...

Je propose ici mon WoT sur les racial disparities dans les violences policières aux US. Je l'ai un peu aménagé/peaufiné. Ça passe? Je ne suis pas encore rôdé pour le style, j'en suis bien conscient ^_^ 

 

Révélation

 

Les policiers américains sont-ils racistes ?

 

            La police américaine est sous le feu nourri d’attaques bien légitimes depuis la mort de George Floyd. Mais peu d’articles dans la presse française ont pris le temps de se pencher sur les subtilités sociologiques et statistiques que pose la mesure du racisme des policiers individuels. Les policiers racistes et meurtriers sont-ils des cas isolés ? Le problème est-il individuel ou institutionnel ? D’où viennent ces biais racistes ?

            Ce sont des questions importantes, mais qui n’ont pas voie à fournir un traitement exhaustif de la question du racisme de la police américaine. Nous nous concentrons exclusivement sur la violence policière extrême, en tant qu’elle aboutit à un homicide sur un civil blanc ou noir, armé ou non-armé. Il convient de ne pas oublier que toute conclusion de cet article n’est donc pas une conclusion sur la violence policière en général, qui peut être marquée (comme il semblerait que ce soit le cas) par des disparités plus fortes selon le type de violence considéré, surtout en-dessous du niveau de l’homicide.

Le problèmes des données

Le premier problème que pose l’étude du racisme des policiers américains est lié aux données qui nous parviennent sur leur comportement. Ensuite, un second problème est celui de la représentativité des échantillons d’interactions utilisés.

Although use of force with citizens who suffer from mental health problems is an important issue, another important issue is use of force for young, unarmed, mentally healthy (nonsuicidal) men. To examine racial disparities in this group, we specified an alternative model that focused on young (age 20 y), unarmed male victims that showed no signs of mental health problems and were not suicidal in a county with equal proportions of Black and White citizens. The intercept of this model suggested that victims with these characteristics are 13.67 times more likely to be Black than White, 95% confidence interval = 6.65, 28.13 (note 6).

 

Il faut en effet préciser que dans les 28% de victimes noires de la police (données 2014/15), 1% n'étaient pas armées. Il s’agit là d’une donnée sur les deux années (2014 et 2015), sachant que pour 2015 seulement, le chiffre s’approche davantage de 14%, mais les statistiques n’utilisent pas toutes la même granulation. Les données du Washington Post nous apprennent par exemple que seuls 65% des victimes étaient armées d’une arme à feu (10). Néanmoins, cette part des victimes policières reste minoritaire. Fractionnez ensuite les résultats par âge, par état de santé (suicidaire ou non), par comté et il ne reste plus grand-chose à se mettre sous la dent. Mais pour ceux que ça intéresse,

It is worth noting, that on average across counties in the United States, an individual is as likely to be {black, unarmed, and shot by police} as {white, armed, and shot by police}, with a median relative risk estimate of 1.04 (PCI95: 0.62, 1.61). (4)

 

Je me trompe peut-être mais en lisant ça j'ai l'impression qu'un noir non-armé tué par la police, ça arrive tous les quatre matins et qu'on croule sous les données, alors que ce que d'autres données suggèrent, c'est que les disparités s'atténuent avec l'âge, comme le montre cet article : https://www.pnas.org/content/116/34/16793

Cette limite est reconnue par les études : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4634878/

"there is extensive variation across counties in the U.S. in these relative risk ratios. Figs Figs66 and and77 plot the posterior distributions of county-specific risk ratios, as well as the geographic distributions of the estimates. It is notable that Miami-Dade (FL, contains Miami), Los Angeles (CA, contains Los Angeles), and Orleans Parish (LA, contains New Orleans), stand out as counties where the ratio of {black, unarmed, and shot by police} to {white, unarmed, and shot by police} is elevated to 22.88 (PCI95: 6.25, 87.70), 10.25 (PCI95: 2.96, 76.05), and 9.29 (PCI95: 1.88, 105.54) respectively."

 

et pour rappel, la moyenne nationale selon cette étude est 3.49. Par ailleurs, l'écrasante majorité des interactions de la police avec des blancs ou des noirs sont des interactions avec des gens non-armés, et celles qui dérivent en shooting dont une fraction minoritaire, et celles qui finissent par un mort sont une fraction minoritaire de cette fraction minoritaire ; ensuite je me faisais la réflexion que les noirs sont plus souvent non-armés que les blancs, du moins puis-je l'inférer des stats de possession d'arme à feu en fonction de la race en 2016/18: https://www.statista.com/statistics/623356/gun-ownership-in-the-us-by-ethnicity/ Au passage, je me demande si les suicidal sont inclus dans les armed ou dans les non-armed ou s'ils faussent les stats, indépendamment du fait que armed n’est pas assez précis dans une configuration Battle Royale avec un Glock contre un couvercle de poubelle. J'y reviendrai dans la section "outils de mesure".

 

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Au passage selon une statistique assez curieuse, le taux de possession d’arme à feu chez le suspect dépend de la race du flic qui l’interpelle… Ça peut paraître anodin mais ne doit pas être oublié lorsque nous étudierons les disparités dans le recours à la violence entre policiers blancs et noirs.

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Mais je n'ai pas la prétention de critiquer les auteurs de l'article, qui reconnaissent bien humblement que

As such, the data cannot speak to the relative risk of being shot by a police officer conditional on being encountered by police.

 

La majorité des rencontres avec la police (même pour les noirs) ne finissent pas par une balle dans le crâne.

Bien sûr, ça change du tout au tout dans les études locales, qui sont d'autant plus importantes que les violences policières arrivent surtout dans les bleds paumés

 

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Mais cet ici que le manque de données se fait sentir, comme dans cette carte qui représente les odds d'être shot by the police si vous êtes noir et armé p/r à si vous êtes pas armé ceteris paribus

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ça vient de cet article: https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4634878/

Autre exemple plus spécifique:

Using data from Houston, Texas – where we have both officer-involved shootings and a randomly chosen set of potential interactions with police where lethal force may have been justified –we find, after controlling for suspect demographics, officer demographics,  encounter characteristics,suspect weapon and year fixed effects, that blacks are 27.4 percent less likely to be shot at by police relative to non-black, non-Hispanics

 

https://www.nber.org/papers/w22399.pdf

Ce coefficient n'est toutefois pas signifiant (pour les raisons que je viens d’évoquer). L’autre limitation des données, que j’ai évoquée en introduction, est qu’on se base sur les données que la police veut bien nous donner. Comme le souligne un article de Nature,

The data are still limited, which makes crafting policy difficult. A national data set established by the FBI in 2019, for example, contains data from only about 40% of US law-enforcement officers. Data submission by officers and agencies is voluntary, which many researchers see as part of the problem.

 

In essence, this is equivalent to analyzing labor market discrimination on a set of firms willing to supply a researcher with their Human Resources data! (11) Mais enfin lire un peu sur le sujet m'a rappelé le rapport Korn Ferry sur le pay gap: on factorise les officiers par race, mais pourquoi? Pourquoi ne pas factoriser par expérience, par âge (dans les études faites à NY entre 2004 et 2006, un an de différence diminuait de 10% la probabilité de shooting (3)), par sexe? On trouve que (quelle surprise) les officiers les plus inexpérimentés sont les plus violents. Il y a aussi une disparité sexuelle, mais dont l’importance doit être relativisée par l’extrême rareté des policiers de sexe féminin :

Male officers were more likely to shoot than female officers, and college-educated officers were less likely to be involved in shootings than officers with no college education.

 

https://journals.sagepub.com/doi/abs/10.1177/0093854807313995

Mais que certains officiers soient plus violents que d'autres pour d'autres raisons que leur racisme voudrait dire qu'ils sont violents de façon indifférente à la race de la victime. Ici, la littérature distingue la proportion dans laquelle les noirs sont tués par la police de la probabilité qu'un flic blanc tue un noir p/r à cette proba pour un flic noir. Et

although minority suspects are disproportionately killed by police, white officers appear to be no more likely to use lethal force against minorities than nonwhite officers .

 

https://onlinelibrary.wiley.com/doi/abs/10.1111/puar.12956

 

Policiers noirs et policiers blancs

 

Je vois plusieurs façons d'expliquer ce fait étonnant qu’il n’y ait pas de différence majeure entre le taux d’homicide chez les policiers noirs et blancs.

  1. Ou bien les policiers racistes sont une minorité très néfaste (2) et qui est responsable d'une grande part des crimes racistes mais n'est pas assez importante en proportion pour changer la probabilité moyenne pour un policier blanc d'être raciste,
  2. Ou bien il y a une différence, par exemple géographique, entre policiers noirs et policiers blancs qui fait apparaître une corrélation exposant les victimes noires d’homicides policiers davantage aux policiers noris qu’aux policiers blancs, ce qui ne veut donc pas dire que les policiers noirs sont plus ou moins racistes que les policiers blancs.

Pour la première hypothèse, c'est ici qu'il faut faire entrer les considérations institutionnelles et non individuelles. J’ai croisé par exemple le cas d'un policier qui a tué un gosse de 12 ans, Tamir Rice, dans l'Ohio en 2014 ; le policier avait déjà démissionné d'un précédent bureau de police (unfit to serve) et a été quand même engagé dans la police de Cleveland, qui n'a pas regardé son dossier (cf. article de Nature cité). En Floride, on estime que 3% des flics sont dans ce cas (previously fired, still hired). Et vous allez rire jaune,

according to Gabrielson et al. [5], Florida departments have failed to file reports since 1997. The data collected thus far by the USPSD help to shed light on racial bias in police shootings in Florida, which has some of the most racially-biased police shooting rates in the nation. In Miami-Dade, for example, unarmed black individuals are estimated to be more than 22 times as likely to be shot by police than unarmed white individuals

 

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4634878/

La 2e hypothèse semble avoir quelque fondement. Que la majorité des tueurs de noirs soient blancs n'y change rien (ça reflète juste le fait que la majorité des flics (75%), de façon générale, sont blancs)

Crunching the numbers, the researchers report "white police officers actually kill black and other minority suspects at lower rates than we would expect if killings were randomly distributed among officers of all races. In contrast, "we find that nonwhite officers kill both black and Latino suspects at significantly higher rates than white officers," they write. "This is likely due to the fact that minority police officers tend to be assigned to minority neighborhoods, and therefore have more contact with minority suspects." (voilà qui est extrêmement intéressant comme corrélation)

 

https://psmag.com/social-justice/black-cops-are-just-as-likely-as-whites-to-kill-black-suspects

Par esprit de contradiction, je ne peux m’empêcher de souligner que, quand ils sont affectés dans un quartier noir, les policiers blancs tendent plus à utiliser leur arme que les noirs

 

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Mais encore une fois, il y a beaucoup plus d'officiers noirs que d'officiers blancs. Et "used force involving a gun" != tuer un noir (les conclusions de l’article de Nature ne vont donc pas contre celles de Pacific Standard, elles ne font que refléter les niveaux plus élevés de disparité raciale pour les violences mineures (i.e. de niveau inférieur à l’homicide)). D'abord parce que visiblement les policiers tirent très mal (1) et ensuite parce que quand ils tirent, ils ne tuent pas nécessairement. Je note en passant par souci d'exhaustivité qu'il faut aussi distinguer les shootings avec un seul officier en présence ou plusieurs officiers, sachant qu'il peut y avoir un phénomène de contagious fire (dont l’existence est controversée dans la relevant literature) qui fausse les ratios flics noirs/flics blancs par type de victime civile (9). Comme ça a été déjà montré ici, les racial disparities sont indiscutables pour des niveaux de violence plus faibles que l'homicide. Une théorie que j'aime bien pour expliquer cela est que

one could argue that the patterns in the data are consistent with a model in which police officers are utility maximizers, a fraction of which have a preference for discrimination, who incur relatively high expected costs of officer-involved shootings (8).

 

Il faut ajouter que le % de policiers noirs est corrélé (positivement) au % de noirs/comté (ce qui va dans le sens de: les noirs sont affiliés là où il y a des noirs ET dans le sens de: les policiers noirs tuent plus de noirs civils (en proportion pas en valeur absolue))

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https://www.pnas.org/content/pnas/suppl/2019/07/16/1903856116.DCSupplemental/pnas.1903856116.sapp.pdf (p. 9)

Par ailleurs

Black officers were 3.3 times and officers rapidly accumulating negative marks in their files were 3.1 times more likely to shoot than other officers.

 

https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/2330443X.2015.1129918 Là encore, on distinguera bien shoot et kill (et on se rappellera que l’article ne parle que de NYC).

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Pourquoi les noirs?

 

Une question qu'on peut se poser est: est-ce que les noirs sont visés disproportionnellement p/r à leur part dans la population US (13% de la population VS 28% des morts de la police) parce que les policiers sont racistes irrationnellement ou parce qu'ils sont racistes rationnellement (j'utilise la notion controversée de "noyau rationnel" créée par Nolte pour parler des nazis (5)), càd qu'ils ont un biais raciste à l'égard des noirs parce que les noirs sont surreprésentés dans les prisons et parmi les criminels  

According to the US Department of Justice, African Americans accounted for 52.5% of all homicide offenders from 1980 to 2008, with Whites 45.3% and "Other" 2.2%. The offending rate for African Americans was almost 8 times higher than Whites, and the victim rate 6 times higher. Most homicides were intraracial, with 84% of White victims killed by Whites and 93% of African American victims killed by African Americans

https://en.wikipedia.org/wiki/Race_and_crime_in_the_United_States#Homicide

Ces résultats sont en accord avec les données du FBI sur l’année 2016, qui trouvent un taux de 47% : https://ucr.fbi.gov/crime-in-the-u.s/2016/crime-in-the-u.s.-2016/tables/expanded-homicide-data-table-3.xls

Mais le raisonnement peut paraître bizarre. D'abord, j'ai déjà montré que les violences policières arrivaient surtout dans les petites villes, où la criminalité n’explose pas, ce qui indique une décorrélation entre le niveau des violences policières et le niveau local de criminalité (plus élevé dans les grandes villes)

 

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Mais après tout, les policiers pourraient se dire: il y a de la violence liée aux noirs ailleurs ou en général, donc les noirs sont plus portés au crime (quitte à sauter de la corrélation à la causalité). Ensuite, on peut aussi trouver le contraire

 

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(Cf. note 6)

Vous voyez que quand le % de crimes commis par les noirs augmente, les odds que la victime de la police soit noire augmente.

Ces odds sont de 3.66.

Race-specific violent crime was a very strong predictor of civilian race, explaining 44% of the variance in the race of a person fatally shot. This reveals that the race of a person who is fatally shot closely tracks same-race violent crime, at least as indexed by Centers for Disease Control and Prevention homicide data (6).

 

 

Stats are so fucking stupid, you know? Not that they’re stupid. It’s the way people apply ’em

 

On a vu au cours de la review plusieurs façons de quantifier le racisme de la police américaine: les odds d'être {noir, non-armé, tué par la police} VS {blanc, non-armé, tué par la police}, au lieu de la probablité(être tué par la police|blanc & non-armé) VS probabilité(être tué par la police|noir & non-armé) (on aurait alors juste deux probas très faibles, qui rendraient mieux compte, à mon humble avis, de la situation, que des odds comme ceux faits sur les jeunes de 20 ans sans tendance suicidaire dans un certain comté tous noirs et pas armés. Par exemple un vrai fait qu'on peut tirer de la formulation par proba c'est la comparaison p(non-armé|noir & tué par la police) > p(non-armé|blanc & tué par la police) et p(armé|blanc & tué par la police) = p(non-armé|noir & tué par la police) donc en gros les flics y réfléchissent à deux fois pour les blancs mais pas pour les noirs pour aller vite). On peut aussi comparer la part des noirs dans les victimes de la police VS leur part dans la population (classique), mais ça suppose que tout le monde est aussi exposé à des situations qui amènent les policiers à dégainer (or c'est trivialement faux). Vous remarquerez que ces deux mesures ne sont pas indépendantes, parce que les odds ("les noirs ont 3x plus de chances d'êtres tués que les blancs") reposent sur le même calcul, qui prend pour base la population entière.

Is there evidence of a Black–White disparity in death by police gunfire in the United States? This is commonly answered by comparing the odds of being fatally shot for Blacks and Whites, with odds benchmarked against each group’s population proportion. However, adjusting for population values has questionable assumptions given the context of deadly force decisions. We benchmark 2 years of fatal shooting data on 16 crime rate estimates. When adjusting for crime, we find no systematic evidence of anti-Black disparities in fatal shootings, fatal shootings of unarmed citizens, or fatal shootings involving misidentification of harmless objects.

 

https://journals.sagepub.com/doi/abs/10.1177/1948550618775108

On pourrait protester que les calculs par odds pour {noir, non-armé, tué par la police} VS {blanc, non-armé, tué par la police} ne prennent pas pour base la population entière mais le ratio des noirs désarmés tués par la police sur l'ensemble des noirs désarmés interpelés par la police. En effet, quand on spécifie pour armé/désarmé, on ne prend plus la population entière. Mais justement, comme je l'avais suggéré plus haut, les mêmes auteurs notent:

For unarmed shootings or misidentification shootings, data are too uncertain to be conclusive.

 

Du coup, d'autres études prennent les choses à l'envers, en essayant de prédire la race de la personne tuée: quels facteurs sont les meilleurs prédicteurs de cette caractéristique? Cela donne ce genre de tableaux: (cf. note 6, de même pour la figure suivante)

 

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On apprend par exemple ont 7x plus de chances d'être victimes de "suicide by cop" (6), ce qui n'étonnera pas ceux qui connaissent les disparités raciales dans la tendance au suicide (qui ne les connaît pas d'ailleurs) (7). Bref, parmi les noirs et blancs armés (s'ils sont comptés comme tels), il faudrait distinguer les suicidaires et voir si, soustraits des données, les disparités persistent autant. Il y a d'autres subtilités statistiques: par exemple sur les données de 2015, sur l'ensemble des civils tués par la police (55% blancs/19% noirs), 86% des noirs étaient armés mais 93% étaient "attacking" (oui, sans armes, ils couraient sans doute en montrant les dents (je fais de l'humour noir mais ça a l'air d'être un vrai problème : des gens qui sont comptabilisés comme attacking mais qui ont cessé d'être menaçants avant et même bien avant que les policiers tirent). Ensuite, dans la mesure où 91% des blancs étaient armés, je ne comprends pas comment on a pu en arriver à des odds de 3.49x plus de chances d'être noir. La seule explication que je vois c'est qu'on rapporte les 14% de noirs non-armés tués par la police (14% des 19% des victimes totales de la police hein) à la population noire, qui est 4x moins nombreuse que la population blanche (et donc on s'approche du 3.49). Mais dans ce cas, je réitère ma critique: prendre l'ensemble de la population comme benchmark est une mauvaise idée. Et surtout on compare des probas riquiquis (245/l'ensemble des noirs américains VS 501/l'ensemble des blancs non-hispaniques américains). Mais allons-y puisqu'on y est: donc 42M de blacks aux US, 206M de babtous. 35 noirs non-armés tués en 2015, 44 blancs. (35/42x10^6)/(44/206x10^6)=3.90. Donc oui en gros c'est l'idée. Mais c’est discutable. 107605367_314513363056109_63924234034212

 

La conclusion la plus sûre qui peut être tirée de ces données est : ils sont tous plutôt armés, plutôt mâles, plutôt pas suicidaires, plutôt agressifs. Pour citer une dernière fois l'article de la note 6, the uncertainty around these estimates highlights the need for more data before drawing conclusions about disparities in specific types of shootings.

 

 

 

Conclusion

Les données actuelles ne permettent pas d’établir des disparités raciales importantes dans le taux d’homicide par la police des civils noirs ou blancs. Les statistiques dont nous disposons sont partielles et peuvent être biaisées dans un sens ou l’autre (surreprésentation des noirs parmi les victimes de la police par rapport à leur part dans la population américaine, sous-représentation des noirs parmi les victimes de la police par rapport à leur surreprésentation dans le crime) et le racisme de ces homicides reste difficile à évaluer. Il peut en revanche être un sujet pour les psychologues cognitivistes, dont les simulations mettent en évidence des biais racistes dans la police américaine (mais aussi dans la population générale) en ayant recours au phénomène d’ancrage.

https://www.sciencemag.org/news/2020/03/meet-psychologist-exploring-unconscious-bias-and-its-tragic-consequences-society

Quand on expose quelqu’un à une image floue de revolver, il identifie plus vite le revolver si l'image d'un noir a été ancrée auparavant. In other words, seeing a black face—even subconsciously—prompted people to see the image of a gun. Quand on demande à deux blancs l'un de poser des questions à l'autre (en en connaissant les réponses) et l'autre d'y répondre, les sujets interrogés identifient irrationnellement le poseur de questions comme le plus intelligent sauf s'il est noir. Eberhardt, la psychologue présentée dans l'article, a donc dirigé ses études à la suite de ces résultats surprenants sur la psychologie de la perception de la race, remarquant que les aires du cerveau liée à la reconnaissance faciale sont plus stimulées chez les individus exposés à des photos d'individus de leur propre race et que par conséquent, ils se souviennent moins des visages des noirs s'ils sont blancs et vice-versa ("ils se ressemblent tous").

L’application de ces résultats est tendancieuse : elle peut expliquer des disparités de la violence policière à certains niveaux de violence (<homicide) et pas à d’autres (homicide), par exemple si l’on apporte foi au « Ferguson effect » qui nomme cette tendance à une diminution de la discrimination raciste dans les victimes d’homicides policiers (12), mais dont l’existence est controversée par la littérature (13).

 

Screen-Shot-2020-05-26-at-11.50.50-AM-10

  L’étude des violences policières meurtrières fait également apparaître des failles institutionnelles dans la police américaine qui ouvrent la voie à une critique libérale de cette institution et du pouvoir des syndicats, telle qu’elle a été menée déjà dans la presse américaine par la Foundation of Economic Freedom et la National Review, articles auxquels nous renvoyons, pour finir, les lecteurs curieux :

https://www.nationalreview.com/2020/05/george-floyd-death-focus-on-police-unions-protecting-bad-cops/

https://fee.org/articles/to-curb-police-violence-progressives-must-first-confront-their-allegiance-to-unions/

 

Notes

(1) https://www.safetylit.org/citations/index.php?fuseaction=citations.viewdetails&citationIds[]=citjournalarticle_626446_6

https://www.pnas.org/content/116/32/15877.long

(2) Similar forecasting models could recognize patterns of bad behaviour among officers. Data from the New York City Police Department suggests that officers who had repeated negative marks in their files were more than three times as likely to fire their gun as were other officers. https://www.nature.com/articles/d41586-020-01846-z

(3) op cit https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/2330443X.2015.1129918

(4) https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4634878/

(5) https://fr.wikipedia.org/wiki/Ernst_Nolte#Travaux_sur_la_genèse_des_totalitarismes

(6) op cit https://www.pnas.org/content/116/32/15877.long Cette étude a été critiquée en gros en disant que les auteurs ne savaient pas calculer des probas: https://www.pnas.org/content/117/3/1261 je vous laisse juger. Je me suis surtout servi des données factuelles et des corrélations. Je connais la théorème de Bayes et je sais l'appliquer mais la fig. 2 me donne mal au crâne rien que de la regarder. Mais la critique me semble juste (si je comprends bien): on peut pas faire des probas si on rapporte pas à l'ensemble de la population. Il faut donc laisser tomber les probas? "Johnson et al.’s (1) study examines only part of the numerators in Eq. 2’s right-hand side, terms dealing with Pr(minoritycivilianshot,…). Because it does not consider how many minority or White civilians are encountered, Pr(minoritycivilian…)—Eq. 2’s denominators— Johnson et al.’s (1) study does not show whether “Black civilians are more likely to be fatally shot than White civilians”"

(7) the smallest black-to-white ratio was for suicide (0.4); that is, the risk of dying from suicide was more than double for the white population than for the black population. (p. 12) https://stacks.cdc.gov/view/cdc/40133

(8) https://law.yale.edu/sites/default/files/area/workshop/leo/leo16_fryer.pdf

(9) In a majority of FOIS (56%), a single officer fired their weapon. In 39% of cases, two to four officers fired their weapons. Cases with five or more officers were rare (5%). Compared with officers nationwide (73% White, 12% Black, 12% Hispanic, 88% male; ref. 29), 79% of officers were White, 12% Hispanic, 6% Black, and 3% from other racial groups. Officers were overwhelmingly male (96%). (cf. note 6)

(10) https://www.washingtonpost.com/news/monkey-cage/wp/2018/08/29/we-gathered-data-on-every-confirmed-line-of-duty-police-killing-of-a-civilian-in-2014-and-2015-heres-what-we-found/

(11) https://www.nber.org/papers/w22399.pdf

(12) https://thesocietypages.org/toolbox/police-killing-of-blacks/

(13) https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0047235216300010

 

 

 

 

 

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1 hour ago, Vilfredo Pareto said:

 

Sur les fameux "biais racistes inconscients" dans la conclusion (où on constate aussi à quel point l'histoire se répète) :

 

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il y a une heure, Lancelot a dit :

Sur les fameux "biais racistes inconscients" dans la conclusion (où on constate aussi à quel point l'histoire se répète) :

 

D’abord merci pour cette vidéo passionnante. J’ai deux réflexions sur l’étude présentée vers la 20e min

1 n’est-ce pas normal que les blancs mettent plus de temps à tirer sur les noirs désarmés si leur IAT dit qu’ils mettent plus de temps à reconnaître un noir at all? (In group effect)

2 pourtant les policiers tuent une plus grande proportion de noirs désarmés que de blancs désarmés (mais ça ne veut pas dire qu’ils sont racistes, c’est peut-être que les noirs sont moins armés que les blancs et comme je l’ai dit ça dépend de la race du flic qui est là)

 

en tout cas si mon article vaut la peine d’être publié il faudra assurément ajouter une note là dessus notamment sur la critique du recours au temps de réaction (début de la vidéo). :) 

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Pour être honnête, à mon avis le message est surtout qu'on peut prouver tout et n'importe quoi avec ces trucs, et donc que les résultats obtenus en disent plus sur les biais (conscients ou pas)  des chercheurs qu'autre chose...

 

(note que la vidéo date de juillet 2016, tiens tiens quel autre point commun il y avait politiquement aux États-Unis en 2016 ? 🤔)

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  • 2 months later...
Le 06/01/2020 à 21:12, Lexington a dit :

Oui c'est la version du site mobile codée par Thomas et pas optimisée sur un certain nombre de choses. La version mobile Marfeel va revenir dans quelques jours

(Je hijacke ce post, ne pas hésiter à déplacer cette remarque dans un fil plis approprié le cas échéant.)

 

C'est normal que Marfeel semble déconner ? Symptômes : je suis sur mon mobile Android, je clique sur un lien d'un article de CP datant de quelques années, Marfeel s'en mêle (et l'URL s'en trouve donc modifiée), et on m'affiche que cette page n'est pas disponible. C'est frustrant. 

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Il y a 4 heures, Rincevent a dit :

(Je hijacke ce post, ne pas hésiter à déplacer cette remarque dans un fil plis approprié le cas échéant.)

 

C'est normal que Marfeel semble déconner ? Symptômes : je suis sur mon mobile Android, je clique sur un lien d'un article de CP datant de quelques années, Marfeel s'en mêle (et l'URL s'en trouve donc modifiée), et on m'affiche que cette page n'est pas disponible. C'est frustrant. 

 

Marfeel n'est plus en ligne depuis 6 mois un an donc je ne sais pas te répondre. Vider le cache / forcer un refresh ?

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Ça intéresserait Contrepoints un (court) article qui agrégerait ces tweets sur un mode humoristico-dubitatif anti-prohibition :

 

 

 

 

 

 

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C'est fait (photo CC tirée de wikipédia):

 

Révélation

Police, Gendarmerie et narcotrafic : un été sur tous les fronts

 

Que ce soit dans la Creuse, la Corrèze, la Loire ou la Nièvre, des hommes et des femmes se postent résolument en première ligne dans la guerre contre le cannabis. Ils le font fièrement savoir sur twitter.

 

Par Jérôme Morvan.

 

En cette fin août la chaleur est inhabituelle qui, au petit matin déjà, se languit sur les champs moissonnés. Au cœur de la Creuse, le bruit d’un moteur perce le silence de la campagne. Deux phares jaillissent et accompagnent le jour qui s’essaie. Le véhicule s’arrête sur l’accotement dans un crachin de paille sèche. Les visages d’un homme et d’une femme se découpent sous l’éclairage du plafonnier. L’habitacle est silencieux, chacun sait ce qu’il a à faire en attendant les collègues.

 

Une portière s’ouvre et se referme lentement. L’homme s’éloigne de quelques pas, les mâchoires serrées et le regard sombre. L’adjudant Frédéric* vérifie machinalement une dernière fois l’accroche de son chargeur sur son pistolet Sig Sauer SP2022, puis, déterminé, il arme la culasse pour chambrer une cartouche de 9 mm.

 

La brigade de gendarmerie de Sainte-Feyre à laquelle il appartient est surtout connue et appréciée pour ses opérations de contrôle de vitesse sur la nationale 145 et sa gestion sans faiblesse des attestations de déplacements durant le confinement. Mais ce qui se joue aujourd’hui est une affaire d’une autre dimension.

 

- Gaston*, fais pas l’con! T’es encore jeune! Il te reste de belles années.

 

Gaston* maugrée mais il se sait défait. Au contact froid du métal, il sent les menottes et la rigueur de la justice se refermer sur ses poignets.

 

Le lieutenant Sébastien* est fier de l’intervention de ses troupes, menée sans l’appui du Gign. Il tweete aussitôt la « belle saisie » qui ne doit qu’au déploiement des ressources et de l’intelligence  de sa brigade :

 

 

Nitescence inattendue dans la noirceur de l’âme humaine : vue la luxuriance des plants saisis, Gaston* a sûrement respecté l’arrête préfectoral interdisant l’arrosage des cultures, pelouses, plates bandes et jardinières. Peut-être n’est-il pas totalement un monstre.

 

Dans la soirée, la brigade au complet se réunit au Domespace Grill pour une fête dans le respect des gestes barrières. Contrecoup de la tension : c’est une bombance peu raisonnable de pâtés aux patates et de fondu aux frites. Ne pouvant briser le lien forgé dans l’action, les gendarmes décident de se rendre place Bonnyaud à Guéret (sauf Fabienne* qui a tenté le fondu** sur son pâté aux patates et qui est malade), pour un after fraternel jusqu’au petit matin à 21:30.

 

UN CHAMP DE BATAILLE NATIONAL

 

De telles offensives herbicides se répètent quotidiennement partout en France, ici au massif du Pilat, dans la Loire. Le cultivateur n’a pu être interpelé, mais un piège subtil lui a été tendu :

 

 

La raison d’un tel acharnement contre Cannabis sativa L. demeure cependant obscure. Le chanvre n’intoxique éventuellement que ceux qui le consomme, comme l’orge malté qui donne la bière. Les gendarmes se seraient-ils mépris, confondant avec -par exemple- l’ambroisie, Ambrosia artemisiifolia L., une plante envahissante et allergisante ?

 

580px-Ambrosia_artemisiifolia_10444.jpg

(Ambroisie à feuille d'armoise)

 

Et puis, en détruisant la production locale auto-consommée, pourquoi des militaires français se comportent-ils en supplétifs des producteurs mafieux du rif marocain? C’est absurde.

 

PAS LE COUTEAU LE PLUS AFFUTÉ DU TIROIR

 

Il faut dire que la confusion perle d’en haut. Voici comme le ministre de l’intérieur défend l'amende forfaitaire pour usage de stupéfiant de 200 euros (minorée à 150 euros en cas de paiement sous quinzaine), mise en place depuis le début du mois et dont il entend assurer la publicité :

 

 

Gérard reconnait de lui même que la politique qui découle depuis cinquante ans de la mise en œuvre de la loi de prohibition du 31 décembre 1970 génère "le crime organisé" et la "délinquance du quotidien", elle assurerait même "le financement du terrorisme". La consommation sans la prohibition n'engendre pas les mafias, pourtant, d'après Le Point, c'est le grand retour à la politique du chiffre.

 

 

UNE DÉMONSTRATION PAR L’ABSURDE DU MAUVAIS EMPLOI DES FORCES DE POLICE?

 

Les propos et les consignes du ministre ont naturellement déclenché l'action des préfets, toujours relayée sur twitter. Ici dans la Nièvre et en Corrèze. Là encore de belles saisies, un sachet de cannabis d’un coté et six têtes florales de l’autre (il faut dire qu'il s’agissait d’une « opérations d’envergure ») :

 

 

 

Les préfets sont des hauts fonctionnaires soumis au devoir de réserve, ils exécutent les ordres. Leur seul moyen d'exprimer une opposition éventuelle passe visiblement par l'exhibition de ces opérations pathétiques. Des contrôles aléatoires où tous sont suspects qui offrent le spectacle d’une police d’occupation dans un pays colonisé par sa propre administration. Dans un État de droit, les forces de police assure la protection des liberté individuelles, elle ne se battent pas contre la population pour des crimes imaginaires.

 

Sur twitter les commentateurs acerbes, indignés du mésusage des forces de police ou amusés ne s'y sont pas trompés, mais pour l'heure Gérald n'a pas percuté. Il continue d'être satisfait de lui même. 

 

 

 

 

* Tous les prénoms ont été modifiés. L’ensemble du paragraphe n’est de toutes façons qu’une œuvre de fiction, grossier plagiat du style de Sophie Noachovitch du « Nouveau détective ». Quelle que soit l'incrédulité qu'ils peuvent susciter, sont en revanche vrais : l'ensemble des tweets cités et la nomination de Gérald Darmanin au poste de ministre de l’intérieur.

 

** il s’agit bien du fondu creusois (n. m.)

 

 

 

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On 9/19/2020 at 3:40 PM, Drake said:

Ça intéresserait Contrepoints un (court) article qui agrégerait ces tweets sur un mode humoristico-dubitatif anti-prohibition :

 

 

 

 

 

 

Saint Julien Molin Molette c'est à côté de chez moi... 

 

Plus au sud de l'Ardèche, dans les années 80, on m'a raconté que la gendarmerie survolait la forêt en hélicoptère à la fin de l'été et balançait de l'herbicide dans les zones bien vertes qui avait été arrossées pour laisser pousser des plantes qui n'étaient pas locales...

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Très bon. :)

Deux menues coquilles peut-être : GIGN et non Gign (il me semble).

 

il y a 46 minutes, Drake a dit :

Gérard reconnait de lui même que la politique qui découle depuis cinquante ans de la mise en œuvre de la loi de prohibition du 31 décembre 1970 génère "le crime organisé" et la "délinquance du quotidien", elle assurerait même "le financement du terrorisme". La consommation sans la prohibition n'engendre pas les mafias, pourtant, d'après Le Point, c'est le grand retour à la politique du chiffre.

Gérald plutôt, non ?

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8 minutes ago, Drake said:

Merci. Oui il y avait pas mal de fautes, mais a priori corrigées dans la version envoyée.

 

 

 

 

 

Arf, comme je n'ai pas pu attendre, j'ai copié collé la version du forum; Dis-moi quelles fautes tu as repérer pour que j'aille plus vite. Et il est excellent ce billet.

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il y a 1 minute, F. mas a dit :

 

Arf, comme je n'ai pas pu attendre, j'ai copié collé la version du forum; Dis-moi quelles fautes tu as repérer pour que j'aille plus vite. Et il est excellent ce billet.

 

Version corrigée :

 

Révélation

 

Police, Gendarmerie et narcotrafic : un été sur tous les fronts

 

Que ce soit dans la Creuse, la Corrèze, la Loire ou la Nièvre, des hommes et des femmes se postent résolument en première ligne dans la guerre contre le cannabis. Ils le font fièrement savoir sur twitter.

 

Par Jérôme Morvan.

 

En cette fin août la chaleur est inhabituelle qui, au petit matin déjà, se languit sur les champs moissonnés. Au cœur de la Creuse, le bruit d’un moteur perce le silence de la campagne. Deux phares jaillissent et accompagnent le jour qui point. Le véhicule s’arrête sur l’accotement dans un crachin de paille sèche. Les visages d’un homme et d’une femme se découpent sous l’éclairage du plafonnier. L’habitacle est silencieux, chacun sait ce qu’il a à faire en attendant les collègues.

 

Une portière s’ouvre et se referme lentement. L’homme s’éloigne de quelques pas, les mâchoires serrées et le regard sombre. L’adjudant Frédéric* vérifie machinalement une dernière fois l’accroche de son chargeur sur son pistolet Sig Sauer SP2022, puis, déterminé, il arme la culasse pour chambrer une cartouche de 9 mm.

 

La brigade de gendarmerie de Sainte-Feyre à laquelle il appartient est surtout connue et appréciée pour ses opérations de contrôle de vitesse sur la nationale 145 et sa gestion sans faiblesse des attestations de déplacements durant le confinement. Mais ce qui se joue aujourd’hui est une affaire d’une autre dimension.

 

- Gaston*, fais pas l’con! T’es encore jeune! Il te reste de belles années.

 

Gaston* maugrée mais il se sait défait. Au contact froid du métal, il sent les menottes et la rigueur de la justice se refermer sur ses poignets.

 

Le lieutenant Sébastien* est fier de l’intervention de ses troupes, menée sans l’appui du GIGN. Il tweete aussitôt la « belle saisie » qui ne doit qu’au déploiement des ressources et de l’intelligence  de sa brigade :

 

https://twitter.com/guendarmerie23/status/1298561832597192704

 

Nitescence inattendue dans la noirceur de l’âme humaine : vue la luxuriance des plants saisis, Gaston* a sûrement respecté l’arrête préfectoral interdisant l’arrosage des cultures, pelouses, plates bandes et jardinières. Peut-être n’est-il pas totalement un monstre.

 

Dans la soirée, la brigade au complet se réunit au Domespace Grill pour une fête dans le respect des gestes barrières. Contrecoup de la tension : c’est une bombance peu raisonnable de pâtés aux patates et de fondu aux frites. Ne pouvant briser le lien forgé dans l’action, les gendarmes décident de se rendre place Bonnyaud à Guéret (sauf Fabienne* qui a tenté le fondu** sur son pâté aux patates et qui est malade), pour un after fraternel jusqu’au petit matin à 21:30.

 

UN CHAMP DE BATAILLE NATIONAL

 

De telles offensives herbicides se répètent quotidiennement partout en France, ici au massif du Pilat, dans la Loire. Le cultivateur n’a pu être interpelé, mais un piège subtil lui a été tendu :

 

https://twitter.com/Gendarmerie_042/status/1306502336936841216

 

La raison d’un tel acharnement contre Cannabis sativa L. demeure cependant obscure. Le chanvre n’intoxique éventuellement que ceux qui le consomme, comme l’orge malté qui donne la bière. Les gendarmes se seraient-ils mépris, confondant avec -par exemple- l’ambroisie, Ambrosia artemisiifolia L., une plante envahissante et allergisante ?

 

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/0/04/Ambrosia_artemisiifolia_10444.jpg/580px-Ambrosia_artemisiifolia_10444.jpg

 

(Ambroisie à feuille d'armoise)

 

Et puis, en détruisant la production locale auto-consommée, pourquoi des militaires français se comportent-ils en supplétifs des producteurs mafieux du rif marocain? C’est absurde.

 

PAS LE COUTEAU LE PLUS AFFUTÉ DU TIROIR

 

Il faut dire que la confusion perle d’en haut. Voici comme le ministre de l’intérieur défend l'amende forfaitaire pour usage de stupéfiant de 200 euros (minorée à 150 euros en cas de paiement sous quinzaine), mise en place depuis le début du mois et dont il entend assurer la publicité :

 

https://twitter.com/GDarmanin/status/1302254136294072320

 

Gérald reconnait de lui même que la politique qui découle depuis cinquante ans de la mise en œuvre de la loi de prohibition du 31 décembre 1970 génère « le crime organisé » et la « délinquance du quotidien », elle assurerait même « le financement du terrorisme ». La consommation sans la prohibition n'engendre pas les mafias, pourtant, d'après Le Point, c'est le grand retour à la politique du chiffre.

 

https://twitter.com/LePoint/status/1306542741103489024

 

UNE DÉMONSTRATION PAR L’ABSURDE DU MAUVAIS EMPLOI DES FORCES DE POLICE?

 

Les propos et les consignes du ministre ont naturellement déclenché l'action des préfets, toujours relayée sur twitter. Ici dans la Nièvre et en Corrèze. Là encore de belles saisies, un sachet de cannabis d’un coté et six têtes florales de l’autre (il faut dire qu'il s’agissait d’une « opération d’envergure ») :

 

https://twitter.com/Prefet58/status/1306284288313380864

 

https://twitter.com/Prefet19/status/1306577496213684224

 

Les préfets sont des hauts fonctionnaires soumis au devoir de réserve, ils exécutent les ordres. Leur seul moyen d'exprimer une opposition éventuelle passe visiblement par l'exhibition de ces opérations pathétiques. Des contrôles aléatoires où tous sont suspects qui offrent le spectacle d’une police d’occupation dans un pays colonisé par sa propre administration. Dans un État de droit, les forces de police assurent la protection des liberté individuelles, elle ne se battent pas contre la population pour des crimes imaginaires.

 

Sur twitter les commentateurs acerbes, indignés du mésusage des forces de police ou amusés ne s'y sont pas trompés, mais pour l'heure Gérald n'a pas percuté. Il continue d'être satisfait de lui même. 

 

https://twitter.com/GDarmanin/status/1307244808268898305

 

 

* Tous les prénoms ont été modifiés. L’ensemble du paragraphe n’est de toutes façons qu’une œuvre de fiction, grossier plagiat du style de Sophie Noachovitch du « Nouveau détective ». Quelle que soit l'incrédulité qu'ils peuvent susciter, l'ensemble des tweets cités sont en revanche authentiques.

 

** il s’agit bien du fondu creusois (n. m.)

 

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Le 17/09/2020 à 16:53, Lexington a dit :

Marfeel n'est plus en ligne depuis 6 mois un an donc je ne sais pas te répondre. Vider le cache / forcer un refresh ?

Il s'agit d'articles linkés par l'appli mobile LinkedIn, ce n'est probablement pas une question de cache. Je pense que l'appli n'est pas au courant que Marfeel n'est plus en ligne, justement. 

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