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zyggy

Et La Poésie?

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Parmi de nombreux autres que j'aime énormément, je classe celui-ci en premier!!! :icon_up:

J'ai connu une certaine Bénédicta, qui remplissait l'atmosphère d'idéal, et dont les yeux répandaient le désir de la grandeur, de la beauté, de la gloire et de tout ce qui fait croire à l'immortalité.

Mais cette fille miraculeuse était trop belle pour vivre longtemps; aussi est-elle morte quelques jours après que j'eus fait sa connaissance, et c'est moi-même qui l'ai enterrée, un jour que le printemps agitait son encensoir jusque dans les cimetières. C'est moi qui l'ai enterrée, bien close dans une bière d'un bois parfumé et incorruptible comme les coffres de l'Inde.

Et comme mes yeux restaient fichés sur le lieu où était enfoui mon trésor, je vis subitement une petite personne qui ressemblait singulièrement à la défunte, et qui, piétinant sur la terre fraîche avec une violence hystérique et bizarre, disait en éclatant de rire: "C'est moi, la vraie Bénédicta! C'est moi, une fameuse canaille! Et pour la punition de ta folie et de ton aveuglement, tu m'aimeras telle que je suis!"

Mais moi, furieux, j'ai répondu: "Non! non! non!" Et pour mieux accentuer mon refus, j'ai frappé si violemment la terre du pied que ma jambe s'est enfoncée jusqu'au genou dans la sépulture récente, et que, comme un loup pris au piège, je reste attaché, pour toujours peut-être, à la fosse de l'idéal.

Charles Baudelaire (Extrait du Spleen de Paris)

Et vous?

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Nous, Peuple des États-Unis, en vue de former une Union plus parfaite, d'établir la justice, de faire régner la paix intérieure, de pourvoir à la défense commune, de développer le bien-être général et d'assurer les bienfaits de la liberté à nous-mêmes et à notre postérité, nous décrétons et établissons cette Constitution pour les États-Unis d'Amérique.

(Collectif)

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Et vous?

"Au Nom de Dieu, le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux,

Dis : je cherche refuge auprès du Seigneur des hommes,

Le Souverain des Hommes,

Dieu des hommes,

contre le mal du mauvais conseiller, furtif,

qui souffle le mal dans les poitrines des hommes,

qu'il [le mauvais conseiller] soit démon, ou être humain".

Coran, 114, "les hommes".

Et en version originale par un récitateur chevronné : MP3 ici.

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Parmi de nombreux autres que j'aime énormément, je classe celui-ci en premier!!! :icon_up:

(…)

Charles Baudelaire (Extrait du Spleen de Paris)

Excellent choix que Baudelaire. Les premiers qui me viennent à l'esprit : les Méditations métaphysiques (Descartes) Le cimetière marin (Paul Valery), Toast funèbre (Mallarmé), Les chants de Maldoror (Lautréamont), Alcools (Apollinaire), La Divine Comédie (Dante), l'Iliade & l'Odyssée (Homère), les mythes de Platon, les Pythiques (Pindare) et maints autres poètes grecs & latins.

Ce toit tranquille, où marchent des colombes,

Entre les pins palpite, entre les tombes ;

Midi le juste y compose de feux

La mer, la mer, toujours recommencée

Ô récompense après une pensée

Qu’un long regard sur le calme des dieux !

Quel pur travail de fins éclairs consume

Maint diamant d’imperceptible écume,

Et quelle paix semble se concevoir !

Quand sur l’abîme un soleil se repose,

Ouvrages purs d’une éternelle cause,

Le Temps scintille et le Songe est savoir.

Stable trésor, temple simple à Minerve,

Masse de calme, et visible réserve,

Eau sourcilleuse, Œil qui gardes en toi

Tant de sommeil sous un voile de flamme,

Ô mon silence !… Édifice dans l’âme,

Mais comble d’or aux mille tuiles, Toit !

Temple du Temps, qu’un seul soupir résume,

À ce point pur je monte et m’accoutume,

Tout entouré de mon regard marin ;

Et comme aux dieux mon offrande suprême,

La scintillation sereine sème

Sur l’altitude un dédain souverain.

Comme le fruit se fond en jouissance,

Comme en délice il change son absence

Dans une bouche où sa forme se meurt,

Je hume ici ma future fumée,

Et le ciel chante à l’âme consumée

Le changement des rives en rumeur.

Beau ciel, vrai ciel, regarde-moi qui change !

Après tant d’orgueil, après tant d’étrange

Oisiveté, mais pleine de pouvoir,

Je m’abandonne à ce brillant espace,

Sur les maisons des morts mon ombre passe

Qui m’apprivoise à son frêle mouvoir.

L’âme exposée aux torches du solstice,

Je te soutiens, admirable justice

De la lumière aux armes sans pitié !

Je te tends pure à ta place première,

Regarde-toi !… Mais rendre la lumière

Suppose d’ombre une morne moitié.

Ô pour moi seul, à moi seul, en moi-même,

Auprès d’un cœur, aux sources du poème,

Entre le vide et l’événement pur,

J’attends l’écho de ma grandeur interne,

Amère, sombre, et sonore citerne,

Sonnant dans l’âme un creux toujours futur !

Sais-tu, fausse captive des feuillages,

Golfe mangeur de ces maigres grillages,

Sur mes yeux clos, secrets éblouissants,

Quel corps me traîne à sa fin paresseuse,

Quel front l’attire à cette terre osseuse ?

Une étincelle y pense à mes absents.

Fermé, sacré, plein d’un feu sans matière,

Fragment terrestre offert à la lumière,

Ce lieu me plaît, dominé de flambeaux,

Composé d’or, de pierre et d’arbres sombres,

Où tant de marbre est tremblant sur tant d’ombres ;

La mer fidèle y dort sur mes tombeaux !

Chienne splendide, écarte l’idolâtre !

Quand solitaire au sourire de pâtre,

Je pais longtemps, moutons mystérieux,

Le blanc troupeau de mes tranquilles tombes,

Éloignes-en les prudentes colombes,

Les songes vains, les anges curieux !

Ici venu, l’avenir est paresse.

L’insecte net gratte la sécheresse ;

Tout est brûlé, défait, reçu dans l’air

À je ne sais quelle sévère essence…

La vie est vaste, étant ivre d’absence,

Et l’amertume est douce, et l’esprit clair.

Les morts cachés sont bien dans cette terre

Qui les réchauffe et sèche leur mystère.

Midi là-haut, Midi sans mouvement

En soi se pense et convient à soi-même…

Tête complète et parfait diadème,

Je suis en toi le secret changement.

Tu n’as que moi pour contenir tes craintes !

Mes repentirs, mes doutes, mes contraintes

Sont le défaut de ton grand diamant…

Mais dans leur nuit toute lourde de marbres,

Un peuple vague aux racines des arbres

A pris déjà ton parti lentement.

Ils ont fondu dans une absence épaisse,

L’argile rouge a bu la blanche espèce,

Le don de vivre a passé dans les fleurs !

Où sont des morts les phrases familières,

L’art personnel, les âmes singulières ?

La larve file où se formaient les pleurs.

Les cris aigus des filles chatouillées,

Les yeux, les dents, les paupières mouillées,

Le sein charmant qui joue avec le feu,

Le sang qui brille aux lèvres qui se rendent,

Les derniers dons, les doigts qui les défendent,

Tout va sous terre et rentre dans le jeu !

Et vous, grande âme, espérez-vous un songe

Qui n’aura plus ces couleurs de mensonge

Qu’aux yeux de chair l’onde et l’or font ici ?

Chanterez-vous quand serez vaporeuse ?

Allez ! Tout fuit ! Ma présence est poreuse,

La sainte impatience meurt aussi !

Maigre immortalité noire et dorée,

Consolatrice affreusement laurée,

Qui de la mort fais un sein maternel,

Le beau mensonge et la pieuse ruse !

Qui ne connaît, et qui ne les refuse,

Ce crâne vide et ce rire éternel !

Pères profonds, têtes inhabitées,

Qui sous le poids de tant de pelletées,

Êtes la terre et confondez nos pas,

Le vrai rongeur, le ver irréfutable

N’est point pour vous qui dormez sous la table,

Il vit de vie, il ne me quitte pas !

Amour, peut-être, ou de moi-même haine ?

Sa dent secrète est de moi si prochaine

Que tous les noms lui peuvent convenir !

Qu’importe ! Il voit, il veut, il songe, il touche !

Ma chair lui plaît, et jusque sur ma couche,

À ce vivant je vis d’appartenir !

Zénon ! Cruel Zénon ! Zénon d’Êlée !

M’as-tu percé de cette flèche ailée

Qui vibre, vole, et qui ne vole pas !

Le son m’enfante et la flèche me tue !

Ah ! le soleil… Quelle ombre de tortue

Pour l’âme, Achille immobile à grands pas !

Non, non !… Debout ! Dans l’ère successive !

Brisez, mon corps, cette forme pensive !

Buvez, mon sein, la naissance du vent !

Une fraîcheur, de la mer exhalée,

Me rend mon âme… Ô puissance salée !

Courons à l’onde en rejaillir vivant.

Oui ! Grande mer de délires douée,

Peau de panthère et chlamyde trouée,

De mille et mille idoles du soleil,

Hydre absolue, ivre de ta chair bleue,

Qui te remords l’étincelante queue

Dans un tumulte au silence pareil,

Le vent se lève !… Il faut tenter de vivre !

L’air immense ouvre et referme mon livre,

La vague en poudre ose jaillir des rocs !

Envolez-vous, pages tout éblouies !

Rompez, vagues ! Rompez d’eaux réjouies

Ce toit tranquille où picoraient des focs !

Paul Valéry, Le Cimetière marin (Charmes)

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A Villequier, celèbre poème de Victor Hugo :

Maintenant que Paris, ses pavés et ses marbres,

Et sa brume et ses toits sont bien loin de mes yeux ;

Maintenant que je suis sous les branches des arbres,

Et que je puis songer à la beauté des cieux ;

Maintenant que du deuil qui m'a fait l'âme obscure

Je sors, pâle et vainqueur,

Et que je sens la paix de la grande nature

Qui m'entre dans le cœur ;

Maintenant que je puis, assis au bord des ondes,

Emu par ce superbe et tranquille horizon,

Examiner en moi les vérités profondes

Et regarder les fleurs qui sont dans le gazon ;

Maintenant, ô mon Dieu ! que j'ai ce calme sombre

De pouvoir désormais

Voir de mes yeux la pierre où je sais que dans l'ombre

Elle dort pour jamais ;

Maintenant qu'attendri par ces divins spectacles,

Plaines, forêts, rochers, vallons, fleuve argenté,

Voyant ma petitesse et voyant vos miracles,

Je reprends ma raison devant l'immensité ;

Je viens à vous, Seigneur, père auquel il faut croire ;

Je vous porte, apaisé,

Les morceaux de ce cœur tout plein de votre gloire

Que vous avez brisé ;

Je viens à vous, Seigneur ! confessant que vous êtes

Bon, clément, indulgent et doux, ô Dieu vivant !

Je conviens que vous seul savez ce que vous faites,

Et que l'homme n'est rien qu'un jonc qui tremble au vent ;

Je dis que le tombeau qui sur les morts se ferme

Ouvre le firmament ;

Et que ce qu'ici-bas nous prenons pour le terme

Est le commencement ;

Je conviens à genoux que vous seul, père auguste,

Possédez l'infini, le réel, l'absolu ;

Je conviens qu'il est bon, je conviens qu'il est juste

Que mon cœur ait saigné, puisque Dieu l'a voulu !

Je ne résiste plus à tout ce qui m'arrive

Par votre volonté.

L'âme de deuils en deuils, l'homme de rive en rive,

Roule à l'éternité.

Nous ne voyons jamais qu'un seul côté des choses ;

L'autre plonge en la nuit d'un mystère effrayant.

L'homme subit le joug sans connaître les causes.

Tout ce qu'il voit est court, inutile et fuyant.

Vous faites revenir toujours la solitude

Autour de tous ses pas.

Vous n'avez pas voulu qu'il eût la certitude

Ni la joie ici-bas !

Dès qu'il possède un bien, le sort le lui retire.

Rien ne lui fut donné, dans ses rapides jours,

Pour qu'il s'en puisse faire une demeure, et dire :

C'est ici ma maison, mon champ et mes amours !

Il doit voir peu de temps tout ce que ses yeux voient ;

Il vieillit sans soutiens.

Puisque ces choses sont, c'est qu'il faut qu'elles soient ;

J'en conviens, j'en conviens !

Le monde est sombre, ô Dieu ! l'immuable harmonie

Se compose des pleurs aussi bien que des chants ;

L'homme n'est qu'un atome en cette ombre infinie,

Nuit où montent les bons, où tombent les méchants.

Je sais que vous avez bien autre chose à faire

Que de nous plaindre tous,

Et qu'un enfant qui meurt, désespoir de sa mère,

Ne vous fait rien, à vous !

Je sais que le fruit tombe au vent qui le secoue,

Que l'oiseau perd sa plume et la fleur son parfum ;

Que la création est une grande roue

Qui ne peut se mouvoir sans écraser quelqu'un ;

Les mois, les jours, les flots des mers, les yeux qui pleurent,

Passent sous le ciel bleu ;

Il faut que l'herbe pousse et que les enfants meurent ;

Je le sais, ô mon Dieu !

Dans vos cieux, au-delà de la sphère des nues,

Au fond de cet azur immobile et dormant,

Peut-être faites-vous des choses inconnues

Où la douleur de l'homme entre comme élément.

Peut-être est-il utile à vos desseins sans nombre

Que des êtres charmants

S'en aillent, emportés par le tourbillon sombre

Des noirs événements.

Nos destins ténébreux vont sous des lois immenses

Que rien ne déconcerte et que rien n'attendrit.

Vous ne pouvez avoir de subites clémences

Qui dérangent le monde, ô Dieu, tranquille esprit !

Je vous supplie, ô Dieu ! de regarder mon âme,

Et de considérer

Qu'humble comme un enfant et doux comme une femme,

Je viens vous adorer !

Considérez encor que j'avais, dès l'aurore,

Travaillé, combattu, pensé, marché, lutté,

Expliquant la nature à l'homme qui l'ignore,

Eclairant toute chose avec votre clarté ;

Que j'avais, affrontant la haine et la colère,

Fait ma tâche ici-bas,

Que je ne pouvais pas m'attendre à ce salaire,

Que je ne pouvais pas

Prévoir que, vous aussi, sur ma tête qui ploie

Vous appesantiriez votre bras triomphant,

Et que, vous qui voyiez comme j'ai peu de joie,

Vous me reprendriez si vite mon enfant !

Qu'une âme ainsi frappée à se plaindre est sujette,

Que j'ai pu blasphémer,

Et vous jeter mes cris comme un enfant qui jette

Une pierre à la mer !

Considérez qu'on doute, ô mon Dieu ! quand on souffre,

Que l'œil qui pleure trop finit par s'aveugler,

Qu'un être que son deuil plonge au plus noir du gouffre,

Quand il ne vous voit plus, ne peut vous contempler,

Et qu'il ne se peut pas que l'homme, lorsqu'il sombre

Dans les afflictions,

Ait présente à l'esprit la sérénité sombre

Des constellations !

Aujourd'hui, moi qui fus faible comme une mère,

Je me courbe à vos pieds devant vos cieux ouverts.

Je me sens éclairé dans ma douleur amère

Par un meilleur regard jeté sur l'univers.

Seigneur, je reconnais que l'homme est en délire

S'il ose murmurer ;

Je cesse d'accuser, je cesse de maudire,

Mais laissez-moi pleurer !

Hélas ! laissez les pleurs couler de ma paupière,

Puisque vous avez fait les hommes pour cela !

Laissez-moi me pencher sur cette froide pierre

Et dire à mon enfant : Sens-tu que je suis là ?

Laissez-moi lui parler, incliné sur ses restes,

Le soir, quand tout se tait,

Comme si, dans sa nuit rouvrant ses yeux célestes,

Cet ange m'écoutait !

Hélas ! vers le passé tournant un œil d'envie,

Sans que rien ici-bas puisse m'en consoler,

Je regarde toujours ce moment de ma vie

Où je l'ai vue ouvrir son aile et s'envoler !

Je verrai cet instant jusqu'à ce que je meure,

L'instant, pleurs superflus !

Où je criai : L'enfant que j'avais tout à l'heure,

Quoi donc ! je ne l'ai plus !

Ne vous irritez pas que je sois de la sorte,

Ô mon Dieu ! cette plaie a si longtemps saigné !

L'angoisse dans mon âme est toujours la plus forte,

Et mon cœur est soumis, mais n'est pas résigné.

Ne vous irritez pas ! fronts que le deuil réclame,

Mortels sujets aux pleurs,

Il nous est malaisé de retirer notre âme

De ces grandes douleurs.

Voyez-vous, nos enfants nous sont bien nécessaires,

Seigneur ; quand on a vu dans sa vie, un matin,

Au milieu des ennuis, des peines, des misères,

Et de l'ombre que fait sur nous notre destin,

Apparaître un enfant, tête chère et sacrée,

Petit être joyeux,

Si beau, qu'on a cru voir s'ouvrir à son entrée

Une porte des cieux ;

Quand on a vu, seize ans, de cet autre soi-même

Croître la grâce aimable et la douce raison,

Lorsqu'on a reconnu que cet enfant qu'on aime

Fait le jour dans notre âme et dans notre maison,

Que c'est la seule joie ici-bas qui persiste

De tout ce qu'on rêva,

Considérez que c'est une chose bien triste

De le voir qui s'en va !

Désolé de ne rien avoir de plus original :icon_up: ( mais il ne s'agit pas nécessairement d'un concours d'originalité, je suppose).

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Extrait d'Andromaque, de Racine :

Dois-je les oublier, s'il ne s'en souvient plus ?

Dois-je oublier Hector privé de funérailles,

Et traîné sans honneur autour de nos murailles ?

Dois-je oublier son père à mes pieds renversé,

Ensanglantant l'autel qu'il tenait embrassé ?

Songe, songe, Céphise, à cette nuit cruelle

Qui fut pour tout un peuple une nuit éternelle ;

Figure-toi Pyrrhus, les yeux étincelants,

Entrant à la lueur de nos palais brûlants,

Sur tous mes frères morts se faisant un passage,

Et, de sang tout couvert, échauffant le carnage,

Songe aux cris des vainqueurs, songe aux cris des mourants,

Dans la flamme étouffés, sous le fer expirants ;

Peins-toi dans ces horreurs Andromaque éperdue :

Voilà comme Pyrrhus vint s'offrir à ma vue ;

Voilà par quels exploits il sut se couronner ;

Enfin voilà l'époux que tu me veux donner.

Non, je ne serai point complice de ses crimes ;

Qu'il nous prenne, s'il veut, pour dernières victimes.

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Toujours de Racine.

Dans Iphigénie en Aulide, Uysse essaie de convaincre agammemnon de sacrifier sa fille Iphigénie :

Ulysse

Je suis père, Seigneur, et faible comme un autre.

Mon coeur se met sans peine en la place du vôtre,

Et frémissant du coup qui vous fait soupirer,

Loin de blâmer vos pleurs, je suis prêt de pleurer.

Mais votre amour n'a plus d'excuse légitime;

Les dieux ont à Calchas amené leur victime;

Il le sait, il l'attend, et s'il la voit tarder,

Lui-même à haute voix viendra la demander.

Nous sommes seuls encor: hâtez-vous de répandre

Des pleurs que vous arrache un intérêt si tendre;

Pleurez ce sang, pleurez; ou plutôt, sans pâlir,

Considérez l'honneur qui doit en rejaillir:

Voyez tout l'Hellespont blanchissant sous nos rames,

Et la perfide Troie abandonnée aux flammes,

Ses peuples dans vos fers, Priam à vos genoux,

Hélène par vos mains rendue à son époux.

Voyez de vos vaisseaux les poupes couronnées

Dans cette même Aulide avec vous retournées,

Et ce triomphe heureux qui s'en va devenir

L'éternel entretien des siècles à venir.

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Vous m'en voudrez probablement de ne pas mettre le texte original de Poe mais il faut un anglais remarquable pour en comprendre tout le sens et la substance donc je me permets de mettre la traduction de Mallarmé bien plus belle que celle de Baudelaire.

Le Corbeau (Mallarmé)

Edgar Allan Poe

Une fois, par un minuit lugubre, tandis que je m'appesantissais,

faible et fatigué, sur maint curieux et bizarre volume de savoir oublié

- tandis que je dodelinais de la tête, somnolant presque: soudain se

fit un heurt, comme de quelqu'un frappant doucement, frappant à la

porte de ma chambre - cela seul et rien de plus.

Ah! distinctement je me souviens que c'était en le glacial Décembre:

et chaque tison, mourant isolé, ouvrageait son spectre sur le sol.

Ardemment je souhaitais le jour - vainement j'avais cherché

d'emprunter à mes livres un sursis au chagrin - au chagrin de la

Lénore perdue - de la rare et rayonnante jeune fille que les anges

nomment Lénore: - de nom pour elle ici, non, jamais plus.

Et de la soie l'incertain et triste bruissement en chaque rideau

purpural me traversait - m'emplissait de fantastiques terreurs pas

senties encore: si bien que, pour clamer le battement de mon coeur,

je demeurais maintenant à répéter: "C'est quelque visiteur qui

sollicite l'entrée, à la porte de ma chambre - quelque visiteur qui

sollicite l'entrée à la porte de ma chambre; c'est cela et rien de plus."

Mon âme se fit subitement plus forte et, n'hésitant davantage:

"Monsieur, dis-je, ou Madame, j'implore véritablement votre

pardon; mais le fait est que je somnolais, et vous vîntes si

doucement frapper, et si faiblement vous vîntes heurter, heurter à

la porte de ma chambre, que j'étais à peine sûr de vous avoir

entendu." - Ici j'ouvris grande la porte: les ténèbres et rien de plus.

Loin dans l'ombre regardant, je me tins longtemps à douter, m'étonner

et craindre, à rêver des rêves qu'aucun mortel n'avait osé rêver encore;

mais le silence ne se rompit point et la quiétude ne donna de signe:

et le seul mot qui se dit, fut le mot chuchoté; "Lénore!". Je le

chuchotai - et un écho murmura de retour le mot "Lénore!"-

purement cela et rien de plus.

Rentrant dans la chambre, toute l'âme en feu, j'entendis bientôt un heurt

en quelque sorte plus fort qu'auparavant. "Sûrement, dis-je, sûrement

c'est quelque chose à la persienne de ma fenêtre. Voyons donc ce

qu'il y a et explorons ce mystère - que mon coeur se calme un moment

et explore ce mystère; c'est le vent et rien de plus."

Au large je poussai le volet, quand, avec maints enjouement et agitation

d'ailes, entra un majestueux corbeau des saints jours de jadis. Il ne fit

pas la moindre révérence, il ne s'arrêta ni n'hésit un instant: mais,

avec une mine de lord ou de lady, se percha au-dessu de la porte de

ma chambre - se percha sur un buste de Pallas, juste au-dessus de la

porte de ma chambre - se percha -siégea et rien de plus.

Alors cet oiseau d'ébène induisant ma triste imagination au sourire, par

le grave et sévère décorum de la contenance qu'il eut: "Quoique ta

crête soit chue et rase, non! dis-je, tu n'es pas pour sûr un poltron,

spectral, lugubre et ancien Corbeau, errant loin du rivage de Nuit

- dis-moi quel est ton nom seigneurial au rivage plutonien de Nuit?"

Le Corbeau dit: "Jamais plus!"

Je m'émerveillai fort d'entendre ce disgracieux volatile s'énoncer aussi

clairement, quoique sa réponse n'eût que peu de sens et peu

d'à-propos; car on ne peut s'empêcher de convenir que nul homme

vivant n'eut encore l'heur de voir un oiseau au-dessus de la porte de

sa chambre - un oiseau ou toute autre bête sur le buste sculpté

au-dessus de la porte de sa chambre avec un nom tel que:

"Jamais plus!"

Mais le Corbeau, perché solitairement sur ce buste placide, parla ce

seul mot comme si mon âme, en ce

seul mot, il la répandait. Je ne proférai donc rien de

plus: il n'agita donc pas d eplume - jusqu'à ce que je

fis à peine davantage que marmotter " D'autres amis

déjà ont pris leur vol - demain il me laissera comme

mes Espérances déjà ont pris leur vol." Alors l'oiseau

dit: "Jamais plus!"

Tressaillant au calme rompu par une réplique si bien

parlée: "Sans doute, dis-je, ce qu'ilprofère est tout

son fond et son bagage, pris à quelque malheureux

maître que l'impitoyable Désastre suivit de près et

de très près, suivit jusqu'à ce que ses chansons

comportassent un unique refrain; jusqu'à ce que les

chants funèbres de son Espérance comportassent le

mélancolique refrain de 'Jamais - jamais plus!'"

Le Corbeau induisant toute ma triste âme encore au

sourire, je roulai soudain un siège à coussins en

face de l'oiseau, et du buste, et de la porte; et

m'enfonçant dans le velours, je me pris à enchaîner

songerie à songerie, pensant à ce que cet augural

oiseau de jadis - à ce que ce sombre, disgracieux,

sinistre, maigre et augural oiseau de jadis

signifiait en croassant: "Jamais plus"

Cela, je m'assis occupé à le conjecturer, mais

n'adressant pas une syllabe à l'oiseau dont les yeux de

feu brûlaient, maintenant, au fond de mon sein; cela

et plus encore, je m'assis pour le deviner, ma tête

reposant à l'aise sur la housse de velours des coussins

que dévorait la lumière de la lampe, housse violette de

velours qu'Elle ne pressera plus, ah! jamais plus.

L'air, me sembla-t-il, devint alors plus dense, parfumé

selon un encensoir invisible balancé par les Séraphins

dont le pied, dans sa chute, tintait sur l'étoffe du

parquet. "Misérable! m'écriai-je, ton Dieu t'a prêté - il

t'a envoyé par ses anges le répit - le répit et le népenthès

dans ta mémoire de Lénore! Bois! oh! bois ce bon

népenthès et oublie cette Lénore perdue!" Le Corbeau

dit: "Jamais plus!"

"Prophète, dis-je, être de malheur! prophète, oui, oiseau

ou démon! Que si le Tentateur t'envoya ou la tempête

t'échoua vers ces bords, désolé et encore tout

indompté, vers cette déserte terre enchantée - vers ce

logis par l'horreur hanté: dis-moi, véritablement, je

t'implore! y a-t-il du baume en Judée? - dis-moi, je

t'implore." Le Corbeau dit: "Jamais plus!"

"Prophète, dis-je, être de malheur! prophète, oui, oiseau

ou démon! Par les cieux sur nous épars, - et le Dieu que

nous adorons tous deux - dis à cette âme de chagrin

chargée si, dans le distant Eden, elle doit embrasser

une jeune fille sanctifiée que les anges nomment Lénore

- embrasser une rare et rayonnante jeune fille que les

anges nomment Lénore." Le Corbeau dit: "Jamais plus!"

"Que ce mot soit le signal de notre séparation, oiseau

ou malin esprit", hurlai-je en me dressant. "Recule en

la tempête et le rivage plutonien de Nuit! Ne laisse pas

une plume noire ici comme un gage du mensonge qu'a

proféré ton âme. Laisse inviolé mon abandon! quitte le

buste au-dessus de ma porte! ôte ton bec de mon coeur

et jette ta forme loin de ma porte!" Le Corbeau dit:

"Jamais plus!"

Et le Corbeau, sans voleter, siège encore - siège encore

sur le buste pallide de Pallas, juste au-dessus de la porte

de ma chambre, et ses yeux ont toute la semblance des

yeux d'un démon qui rêve, et la lumière de la lampe

ruisselant sur lui,projette son ombre à terre; et mon âme,

de cette ombre qui gît flottante à terre, ne s'élèvera

- jamais plus!

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Parmi les poèmes que j'aime, il y a celui-ci d'Emile Zola (ben oui, il s'est essayé à la poésie lui aussi).

A mon dernier amour

Hier, enfant, tu m'as dit d'une voix inquiète,

Souriant et boudant, te penchant dans mes bras:

« Toi qui chantes pour tous, infidèle poète,

« Sur nos jeunes amours ne chanteras-tu pas?

« Tu fais métier d'écrire et sèmes ta parole.

« Dis? que ne m'offres-tu ces bouquets que ta main

« Effeuille sur la route, insouciante et folle.

« Je veux glaner les fleurs que tu perds en chemin.

« Je me fâche, je veux que mon regard t'inspire,

« Que tu chantes mon cœur qui bat pour toi. Je veux

« Que tu dises à tous le miel de mon sourire,

« Et me lises tes vers en baisant mes cheveux.

« Va rimer nos amours, dans le silence et l'ombre.

« Je te donne un pensum et te mets en prison.

« Va chercher sur tes doigts la césure et le nombre,

« Et reviens, m'apportant aux lèvres ma chanson. »

Tu le vois, j'obéis, et penché sur ma table,

Pâle, pressant mon front, ayant de l'encre aux mains,

Mon enfant, je me donne un mal épouvantable,

J'accouche avec labeur de ces quelques quatrains.

J'ai froid. Tu n'es plus là pour me dire: Je t'aime.

Ce papier blanc est bête et me rend soucieux.

Lorsque de nos amours j'écrirai le poème,

Je préfère l'écrire en baisers sur les yeux.

Eh bien! non, mon enfant, je t'aime et je refuse.

Je sais trop ce que vaut l'once de ce parfum,

Je n'invoquerai pas cette fille de Muse

Qui vend au carrefour de l'encens pour chacun.

Je ne t'appellerai ni Manon ni Musette,

Et j'aurai le respect sacré de notre amour.

La Laure de Pétrarque est un rêve, et Ninette

Est l'idéale enfant du caprice d'un jour.

Je n'imiterai pas les faiseurs d'acrostiches,

Et, tout au fond de moi, je garderai ton nom.

Jamais je ne voudrai joindre deux hémistiches,

Pour enrouler mon cœur autour d'un mirliton.

Il est de ces amours, banales et vulgaires,

Qu'un poète menteur drape d'un manteau d'or.

Il est, dans le ciel bleu, des amours mensongères,

Que riment à seize ans les coeurs vides encor.

Mais il est des amours profondes, des tendresses

Qui forcent les amants à se parler tout bas,

Emplissant les baisers de leurs âpres ivresses:

Ces amours, on les vit, on ne les rime pas.

Nos poèmes à nous, c'est, notre douce vie,

C'est l'heure, chaque soir, passée à ton côté,

Ce sont nos nuits de mai, mon rire et ta folie,

Nos puissantes amours dans leur réalité.

Toujours nous augmentons l'adorable poème.

La page, plaise à Dieu, jamais ne s'emplira.

J'y vais chaque matin écrire: Mon cœur t'aime,

Et je mets au-dessous: Demain, il t'aimera.

Voici tes vers, enfant. Je veux, en récompense,

Que tu me laisses faire un chant à ma façon.

Je te prends doucement dans mes bras, en silence:

Mes baisers deux à deux vont rimer leur chanson.

Écoute-les chanter sur ton front, sur tes lèvres.

Ils ont le rythme, d'or des amoureux concerts.

Ils bavardent entre eux, contant leurs douées fièvres…

J'ai toujours des baisers, je n'aurai plus de vers.

Emile Zola

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Parmi les poèmes que j'aime, il y a celui-ci d'Emile Zola (ben oui, il s'est essayé à la poésie lui aussi).

:icon_up: Il ne nous aura rien épargné.

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Dans le port d'Amsterdam

Y a des marins qui chantent

Les rêves qui les hantent

Au large d'Amsterdam

Dans le port d'Amsterdam

Y a des marins qui dorment

Comme des oriflammes

Le long des berges mornes

Dans le port d'Amsterdam

Y a des marins qui meurent

Pleins de bière et de drames

Aux premières lueurs

Mais dans le port d'Amsterdam

Y a des marins qui naissent

Dans la chaleur épaisse

Des langueurs océanes

Dans le port d'Amsterdam

Y a des marins qui mangent

Sur des nappes trop blanches

Des poissons ruisselants

Ils vous montrent des dents

A croquer la fortune

A décroisser la lune

A bouffer des haubans

Et ça sent la morue

Jusque dans le cœur des frites

Que leurs grosses mains invitent

A revenir en plus

Puis se lèvent en riant

Dans un bruit de tempête

Referment leur braguette

Et sortent en rotant

Dans le port d'Amsterdam

Y a des marins qui dansent

En se frottant la panse

Sur la panse des femmes

Et ils tournent et ils dansent

Comme des soleils crachés

Dans le son déchiré

D'un accordéon rance

Ils se tordent le cou

Pour mieux s'entendre rire

Jusqu'à ce que tout à coup

L'accordéon expire

Alors le geste grave

Alors le regard fier

Ils ramènent leur batave

Jusqu'en pleine lumière

Dans le port d'Amsterdam

Y a des marins qui boivent

Et qui boivent et reboivent

Et qui reboivent encore

Ils boivent à la santé

Des putains d'Amsterdam

De Hambourg ou d'ailleurs

Enfin ils boivent aux dames

Qui leur donnent leur joli corps

Qui leur donnent leur vertu

Pour une pièce en or

Et quand ils ont bien bu

Se plantent le nez au ciel

Se mouchent dans les étoiles

Et ils pissent comme je pleure

Sur les femmes infidèles

Dans le port d'Amsterdam

Dans le port d'Amsterdam.

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Tu veux un averto ?

Non mais c'est quoi ça ? Un coup de Zola, un coup de Brel ? Mais vous voulez ma mort ?!

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vous voulez ma mort ?!

Zut, il se doute de quelque chose. Le complot est éventé. ;–;

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Charles Baudelaire, la vie antérieure :

J'ai longtemps habité sous de vastes portiques

Que les soleils marins teignaient de mille feux,

Et que leurs grands piliers, droits et majestueux,

Rendaient pareils, le soir, aux grottes basaltiques.

Les houles, en roulant les images des cieux,

Mêlaient d'une façon solennelle et mystique

Les tout-puissants accords de leur riche musique

Aux couleurs du couchant reflété par mes yeux.

C'est là que j'ai vécu dans les voluptés calmes,

Au milieu de l'azur, des vagues, des splendeurs

Et des esclaves nus, tout imprégnés d'odeurs,

Qui me rafraîchissaient le front avec des palmes,

Et dont l'unique soin était d'approfondir

Le secret douloureux qui me faisait languir.

La servante au grand coeur :

La servante au grand cœur dont vous étiez jalouse,

Et qui dort son sommeil sous une humble pelouse,

Nous devrions pourtant lui porter quelques fleurs.

Les morts, les pauvres morts, ont de grandes douleurs,

Et quand Octobre souffle, émondeur des vieux arbres,

Son vent mélancolique à l’entour de leurs marbres,

Certe, ils doivent trouver les vivants bien ingrats,

À dormir, comme ils font, chaudement dans leurs draps,

Tandis que, dévorés de noires songeries,

Sans compagnon de lit, sans bonnes causeries,

Vieux squelettes gelés travaillés par le ver,

Ils sentent s’égoutter les neiges de l’hiver

Et le siècle couler, sans qu’amis ni famille

Remplacent les lambeaux qui pendent à leur grille.

Lorsque la bûche siffle et chante, si le soir,

Calme, dans le fauteuil je la voyais s’asseoir,

Si, par une nuit bleue et froide de décembre,

Je la trouvais tapie en un coin de ma chambre,

Grave, et venant du fond de son lit éternel

Couver l’enfant grandi de son œil maternel,

Que pourrais-je répondre à cette âme pieuse,

Voyant tomber des pleurs de sa paupière creuse ?

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Charles Baudelaire, la vie antérieure :

La servante au grand coeur :

La servante au grand coeur est magnifique , je ne connaisssais pas

Voici un poème de Sully Prudhomme qui fait partie de mon anthologie personnelle:

Le vase brisé

Le vase où meurt cette verveine

D'un coup d'éventail fut fêlé ;

Le coup dut l'effleurer à peine,

Aucun bruit ne l'a révélé.

Mais la légère meurtrissure,

Mordant le cristal chaque jour,

D'une marche invisible et sûre

En a fait lentement le tour.

Son eau fraîche a fui goutte à goutte,

Le suc des fleurs s'est épuisé ;

Personne encore ne s'en doute,

N'y touchez pas, il est brisé.

Souvent aussi la main qu'on aime

Effleurant le coeur, le meurtrit ;

Puis le coeur se fend de lui-même,

La fleur de son amour périt ;

Toujours intact aux yeux du monde,

Il sent croître et pleurer tout bas

Sa blessure fine et profonde :

Il est brisé, n'y touchez pas.

Sully Prudhomme

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De quoi satisfaire les misogynes, La colère de Samson (Alfred de Vigny) :

Le désert est muet, la tente est solitaire.

Quel Pasteur courageux la dressa sur la terre

Du sable et des lions? - La nuit n'a pas calmé

La fournaise du jour dont l'air est enflammé.

Un vent léger s'élève à l'horizon et ride

Les flots de la poussière ainsi qu'un lac limpide.

Le lin blanc de la tente est bercé mollement ;

L'oeuf d'autruche allumé veille paisiblement,

Des voyageurs voilés intérieure étoile,

Et jette longuement deux ombres sur la toile.

L'une est grande et superbe, et l'autre est à ses pieds :

C'est Dalila, l'esclave, et ses bras sont liés

Aux genoux réunis du maître jeune et grave

Dont la force divine obéit à l'esclave.

Comme un doux léopard elle est souple, et répand

Ses cheveux dénoués aux pieds de son amant.

Ses grands yeux, entr'ouverts comme s'ouvre l'amande,

Sont brûlants du plaisir que son regard demande,

Et jettent, par éclats, leurs mobiles lueurs.

Ses bras fins tout mouillés de tièdes sueurs,

Ses pieds voluptueux qui sont croisés sous elle,

Ses flancs plus élancés que ceux de la gazelle,

Pressés de bracelets, d'anneaux, de boucles d'or,

Sont bruns ; et, comme il sied aux filles de Hatsor,

Ses deux seins, tout chargés d'amulettes anciennes,

Sont chastement pressés d'étoffes syriennes.

Les genoux de Samson fortement sont unis

Comme les deux genoux du colosse Anubis.

Elle s'endort sans force et riante et bercée

Par la puissante main sous sa tête placée.

Lui, murmure ce chant funèbre et douloureux

Prononcé dans la gorge avec des mots hébreux.

Elle ne comprend pas la parole étrangère,

Mais le chant verse un somme en sa tête légère.

" Une lutte éternelle en tout temps, en tout lieu

Se livre sur la terre, en présence de Dieu,

Entre la bonté d'Homme et la ruse de Femme.

Car la Femme est un être impur de corps et d'âme.

L'Homme a toujours besoin de caresse et d'amour,

Sa mère l'en abreuve alors qu'il vient au jour,

Et ce bras le premier l'engourdit, le balance

Et lui donne un désir d'amour et d'indolence.

Troublé dans l'action, troublé dans le dessein,

Il rêvera partout à la chaleur du sein,

Aux chansons de la nuit, aux baisers de l'aurore,

A la lèvre de feu que sa lèvre dévore,

Aux cheveux dénoués qui roulent sur son front,

Et les regrets du lit, en marchant, le suivront.

Il ira dans la ville, et là les vierges folles

Le prendront dans leurs lacs aux premières paroles.

Plus fort il sera né, mieux il sera vaincu,

Car plus le fleuve est grand et plus il est ému.

Quand le combat que Dieu fit pour la créature

Et contre son semblable et contre la Nature

Force l'Homme à chercher un sein où reposer,

Quand ses yeux sont en pleurs, il lui faut un baiser.

Mais il n'a pas encor fini toute sa tâche. -

Vient un autre combat plus secret, traître et lâche ;

Sous son bras, sous son coeur se livre celui-là,

Et, plus ou moins, la Femme est toujours DALILA.

Elle rit et triomphe ; en sa froideur savante,

Au milieu de ses soeurs elle attend et se vante

De ne rien éprouver des atteintes du feu.

A sa plus belle amie elle en a fait l'aveu :

" Elle se fait aimer sans aimer elle-même.

" Un Maître lui fait peur. C'est le plaisir qu'elle aime,

" L'Homme est rude et le prend sans savoir le donner.

" Un sacrifice illustre et fait pour étonner

" Rehausse mieux que l'or, aux yeux de ses pareilles,

" La beauté qui produit tant d'étranges merveilles

" Et d'un sang précieux sait arroser ses pas. "

- Donc ce que j'ai voulu, Seigneur, n'existe pas. -

Celle à qui va l'amour et de qui vient la vie,

Celle-là, par Orgueil, se fait notre ennemie.

La Femme est à présent pire que dans ces temps

Où voyant les Humains Dieu dit : Je me repens !

Bientôt, se retirant dans un hideux royaume,

La Femme aura Gomorrhe et l'Homme aura Sodome,

Et, se jetant, de loin, un regard irrité,

Les deux sexes mourront chacun de son côté.

Eternel ! Dieu des forts ! vous savez que mon âme

N'avait pour aliment que l'amour d'une femme,

Puisant dans l'amour seul plus de sainte vigueur

Que mes cheveux divins n'en donnaient à mon coeur.

- Jugez-nous. - La voilà sur mes pieds endormie.

- Trois fois elle a vendu mes secrets et ma vie,

Et trois fois a versé des pleurs fallacieux

Qui n'ont pu me cacher a rage de ses yeux ;

Honteuse qu'elle était plus encor qu'étonnée

De se voir découverte ensemble et pardonnée.

Car la bonté de l'Homme est forte, et sa douceur

Ecrase, en l'absolvant, l'être faible et menteur.

Mais enfin je suis las. - J'ai l'aine si pesante,

Que mon corps gigantesque et ma tête puissante

Qui soutiennent le poids des colonnes d'airain

Ne la peuvent porter avec tout son chagrin.

Toujours voir serpenter la vipère dorée

Qui se traîne en sa fange et s'y croit ignorée ;

Toujours ce compagnon dont le coeur n'est pas sûr,

La Femme, enfant malade et douze fois impur !

- Toujours mettre sa force à garder sa colère

Dans son coeur offensé, comme en un sanctuaire

D'où le feu s'échappant irait tout dévorer,

Interdire à ses yeux de voir ou de pleurer,

C'est trop ! - Dieu s'il le veut peut balayer ma cendre,

J'ai donné mon secret ; Dalila va le vendre.

- Qu'ils seront beaux, les pieds de celui qui viendra

Pour m'annoncer la mort ! - Ce qui sera, sera ! "

Il dit et s'endormit près d'elle jusqu'à l'heure

Où les guerriers, tremblant d'être dans sa demeure,

Payant au poids de l'or chacun de ses cheveux,

Attachèrent ses mains et brûlèrent ses yeux,

Le traînèrent sanglant et chargé d'une chaîne

Que douze grands taureaux ne tiraient qu'avec peine,

La placèrent debout, silencieusement,

Devant Dagon leur Dieu qui gémit sourdement

Et deux fois, en tournant, recula sur sa base

Et fit pâlir deux fois ses prêtres en extase ;

Allumèrent l'encens ; dressèrent un festin

Dont le bruit s'entendait du mont le plus lointain,

Et près de la génisse aux pieds du Dieu tuée

Placèrent Dalila, pâle prostituée,

Couronnée, adorée et reine du repas,

Mais tremblante et disant : IL NE ME VERRA PAS !

Terre et Ciel ! avez-vous tressailli d'allégresse

Lorsque vous avez vu la menteuse maîtresse

Suivre d'un oeil hagard les yeux tachés de sang

Qui cherchaient le soleil d'un regard impuissant ?

Et quand enfin Samson secouant les colonnes

Qui faisaient le soutien des immenses Pylônes

Ecrasant d'un seul coup sous les débris mortels

Ses trois mille ennemis, leurs Dieux et leurs autels ? -

Terre et Ciel ! punissez par de telles justices

La trahison ourdie en es amours factices

Et la délation du secret de nos coeurs

Arraché dans nos bras par des baisers menteurs !

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Heureusement, Rocou est là pour déniaiser cette bande de pucelles pédantes.

LE CORBAC ET LE GOUPIL

Un pignouf de corbac sur un abri planqué

S'envoyait par la gueule un coulant baraqué.

Un goupil n'ayant eu qu'un cent d'clous pour bectance

S'en vint lui dégoiser un tantinet jactance :

"Salut, dab croasseur ! Lui bonnit-il d'autor.

En disant qu'tes l'plus beau, j'ai pas peur d'avoir tort !

Si tu pousses la goualante aussi bien qu't'es nippé,

T'es l'mecton à la r'dresse des mectons du bocqué !"

A ces ragots guincheurs qui n'étaient pas marioles,

Le corbac lui balance le coulant par la fiole.

"Enlevé, c'est pesé, j't'ai baisé, dit l'goupil.

Fais bien gaffe aux p'tits gonzes qui t'la font à l'estoc,

Et t'gazouillent par la couâne des bobards à l'esbroff."

Et un spécial pour Transtextuel:

LE BAUCOR ET LE NAREU

Daron Baucor sur un brehar chépert

Tenait dans son quebé un magefro.

Daron Nareu par l’odeur kifé

Lui péoch à près peu ce gagelan

«Ah ziva gosse beau, que t’es styli

Sans mitoner, si ta tchache

Se rapporte à ton styli

T’es le plus gosse beau des squatters d’la téci».

A ce barratin Corbac ne se sent plus sep

Et pour se la péter

S’open un big kébé et laisse béton son géman.

Le Nareu le pécho et lanceba «Mon bon Daron,

Fous-toi dans la teuté que tout mac

Vit aux basks du narco qui l’esgourde.

Cette galère vaut bien un magefro sans quedé.

Le Baucor téhon et faut-cul

Jura sur sa reum qu’on le péta plus.

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Alfred de Vigny, Le Mont des Oliviers

I

Alors il était nuit et Jésus marchait seul,

Vêtu de blanc ainsi qu'un mort de son linceul ;

Les disciples dormaient au pied de la colline.

Parmi les oliviers qu'un vent sinistre incline

Jésus marche à grands pas en frissonnant comme eux ;

Triste jusqu'à la mort; l'oeil sombre et ténébreux,

Le front baissé, croisant les deux bras sur sa robe

Comme un voleur de nuit cachant ce qu'il dérobe ;

Connaissant les rochers mieux qu'un sentier uni,

Il s'arrête en un lieu nommé Gethsémani :

Il se courbe, à genoux, le front contre la terre,

Puis regarde le ciel en appelant : Mon Père !

- Mais le ciel reste noir, et Dieu ne répond pas.

Il se lève étonné, marche encore à grands pas,

Froissant les oliviers qui tremblent. Froide et lente

Découle de sa tête une sueur sanglante.

Il recule, il descend, il crie avec effroi :

Ne pouviez-vous prier et veiller avec moi !

Mais un sommeil de mort accable les apôtres,

Pierre à la voix du maître est sourd comme les autres.

Le fils de l'homme alors remonte lentement.

Comme un pasteur d'Egypte il cherche au firmament

Si l'Ange ne luit pas au fond de quelque étoile.

Mais un nuage en deuil s'étend comme le voile

D'une veuve et ses plis entourent le désert.

Jésus, se rappelant ce qu'il avait souffert

Depuis trente-trois ans, devint homme, et la crainte

Serra son coeur mortel d'une invincible étreinte.

Il eut froid. Vainement il appela trois fois :

MON PÈRE ! - Le vent seul répondit à sa voix…

Il tomba sur le sable assis et, dans sa peine,

Eut sur le monde et l'homme une pensée humaine.

- Et la Terre trembla, sentant la pesanteur

Du Sauveur qui tombait aux pieds du créateur.

II

Jésus disait : " Ô Père, encor laisse-moi vivre !

Avant le dernier mot ne ferme pas mon livre !

Ne sens-tu pas le monde et tout le genre humain

Qui souffre avec ma chair et frémit dans ta main ?

C'est que la Terre a peur de rester seule et veuve,

Quand meurt celui qui dit une parole neuve ;

Et que tu n'as laissé dans son sein desséché

Tomber qu'un mot du ciel par ma bouche épanché.

Mais ce mot est si pur, et sa douceur est telle,

Qu'il a comme enivré la famille mortelle

D'une goutte de vie et de Divinité,

Lorsqu'en ouvrant les bras j'ai dit : FRATERNITE !

- Père, oh ! si j'ai rempli mon douloureux message,

Si j'ai caché le Dieu sous la face du Sage,

Du Sacrifice humain si j'ai changé le prix,

Pour l'offrande des corps recevant les esprits,

Substituant partout aux choses le Symbole,

La parole au combat, comme au trésor l'obole,

Aux flots rouges du Sang les flots vermeils du vin,

Aux membres de la chair le pain blanc sans levain ;

Si j'ai coupé les temps en deux parts, l'une esclave

Et l'autre libre ; - au nom du Passé que je lave

Par le sang de mon corps qui souffre et va finir :

Versons-en la moitié pour laver l'avenir !

Père Libérateur ! jette aujourd'hui, d'avance,

La moitié de ce Sang d'amour et d'innocence

Sur la tête de ceux qui viendront en disant :

"Il est permis pour tous de tuer l'innocent."

Nous savons qu'il naîtra, dans le lointain des âges,

Des dominateurs durs escortés de faux Sages

Qui troubleront l'esprit de chaque nation

En donnant un faux sens à ma rédemption. -

Hélas ! je parle encor que déjà ma parole

Est tournée en poison dans chaque parabole ;

Eloigne ce calice impur et plus amer

Que le fiel, ou l'absinthe, ou les eaux de la mer.

Les verges qui viendront, la couronne d'épine,

Les clous des mains, la lance au fond de ma poitrine,

Enfin toute la croix qui se dresse et m'attend,

N'ont rien, mon Père, oh ! rien qui m'épouvante autant !

- Quand les Dieux veulent bien s'abattre sur les mondes,

Et n'y doivent laisser que des traces profondes,

Et si j'ai mis le pied sur ce globe incomplet

Dont le gémissement sans repos m'appelait,

C'était pour y laisser deux anges à ma place

De qui la race humaine aurait baisé la trace,

La Certitude heureuse et l'Espoir confiant

Qui dans le Paradis marchent en souriant.

Mais je vais la quitter, cette indigente terre,

N'ayant que soulevé ce manteau de misère

Qui l'entoure à grands plis, drap lugubre et fatal,

Que d'un bout tient le Doute et de l'autre le Mal.

Mal et Doute ! En un mot je puis les mettre en poudre ;

Vous les aviez prévus, laissez-moi vous absoudre

De les avoir permis. - C'est l'accusation

Qui pèse de partout sur la Création !

- Sur son tombeau désert faisons monter Lazare.

Du grand secret des morts qu'il ne soit plus avare

Et de ce qu'il a vu donnons-lui souvenir,

Qu'il parle. - Ce qui dure et ce qui doit finir ;

Ce qu'a mis le Seigneur au cœur de la Nature,

Ce qu'elle prend et donne à toute créature ;

Quels sont, avec le Ciel, ses muets entretiens,

Son amour ineffable et ses chastes liens ;

Comment tout s'y détruit et tout s'y renouvelle

Pourquoi ce qui s'y cache et ce qui s'y révèle ;

Si les astres des cieux tour à tour éprouvés

Sont comme celui-ci coupables et sauvés ;

Si la Terre est pour eux ou s'ils sont pour la Terre ;

Ce qu'a de vrai la fable et de clair le mystère,

D'ignorant le savoir et de faux la raison ;

Pourquoi l'âme est liée en sa faible prison ;

Et pourquoi nul sentier entre deux larges voies,

Entre l'ennui du calme et des paisibles joies

Et la rage sans fin des vagues passions,

Entre la Léthargie et les Convulsions ;

Et pourquoi pend la Mort comme une sombre épée

Attristant la Nature à tout moment frappée ;

- Si le Juste et le Bien, si l'Injuste et le Mal

Sont de vils accidents en un cercle fatal

Ou si de l'univers ils sont les deux grands pôles,

Soutenant Terre et Cieux sur leurs vastes épaules ;

Et pourquoi les Esprits du Mal sont triomphants

Des maux immérités, de la mort des enfants ;

- Et si les Nations sont des femmes guidées

Par les étoiles d'or des divines idées

Ou de folles enfants sans lampes dans la nuit,

Se heurtant et pleurant et que rien ne conduit ;

- Et si, lorsque des temps l'horloge périssable

Aura jusqu'au dernier versé ses grains de sable,

Un regard de vos yeux, un cri de votre voix,

Un soupir de mon cœur, un signe de ma croix,

Pourra faire ouvrir l'ongle aux Peines Eternelles,

Lâcher leur proie humaine et reployer leurs ailes ;

- Tout sera révélé dés que l'homme saura

De quels lieux il arrive et dans quels il ira. "

III

Ainsi le divin fils parlait au divin Père.

Il se prosterne encore, il attend, il espère,

Mais il renonce et dit : Que votre Volonté

Soit faite et non la mienne et pour l'Eternité.

Une terreur profonde, une angoisse infinie

Redoublent sa torture et sa lente agonie.

Il regarde longtemps, longtemps cherche sans voir.

Comme un marbre de deuil tout le ciel était noir.

La Terre sans clartés, sans astre et sans aurore,

Et sans clartés de l'âme ainsi qu'elle est encore,

Frémissait. - Dans le bois il entendit des pas,

Et puis il vit rôder la torche de Judas.

Le silence

S'il est vrai qu'au Jardin sacré des Ecritures,

Le Fils de l'Homme ait dit ce qu'on voit rapporté ;

Muet, aveugle et sourd au cri des créatures,

Si le Ciel nous laissa comme un monde avorté,

Le juste opposera le dédain à l'absence

Et ne répondra plus que par un froid silence

Au silence éternel de la Divinité.

Racine, Phèdre

Mon mal vient de plus loin. À peine au fils d'Égée

Sous les lois de l'hymen je m'étais engagée,

Mon repos, mon bonheur semblait être affermi,

Athènes me montra mon superbe ennemi.

Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;

Un trouble s'éleva dans mon âme éperdue ;

Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;

Je sentis tout mon corps, et transir et brûler.

Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,

D'un sang qu'elle poursuit tourments inévitables.

Par des vœux assidus je crus les détourner :

Je lui bâtis un temple, et pris soin de l'orner ;

De victimes moi-même à toute heure entourée,

Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée.

D'un incurable amour remèdes impuissants !

En vain sur les autels ma main brûlait l'encens :

Quand ma bouche implorait le nom de la déesse,

J'adorais Hippolyte, et le voyant sans cesse,

Même au pied des autels que je faisais fumer.

J'offrais tout à ce dieu, que je n'osais nommer.

Je l'évitais partout. Ô comble de misère !

Mes yeux le retrouvaient dans les traits de son père.

Contre moi-même enfin j'osai me révolter :

J'excitai mon courage à le persécuter.

Pour bannir l'ennemi dont j'étais idolâtre,

J'affectai les chagrins d'une injuste marâtre ;

Je pressai son exil, et mes cris éternels

L'arrachèrent du sein, et des bras paternels.

Je respirais, Œnone. Et depuis son absence,

Mes jours moins agités coulaient dans l'innocence ;

Soumise à mon époux, et cachant mes ennuis,

De son fatal hymen je cultivais les fruits.

Vaines précautions ! Cruelle destinée !

Par mon époux lui-même à Trézène amenée,

J'ai revu l'Ennemi que j'avais éloigné :

Ma blessure trop vive aussitôt a saigné.

Ce n'est plus une ardeur dans mes veines cachée :

C'est Vénus toute entière à sa proie attachée.

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Il me semble qu'un tel fil a déjà existé sur le forum.

Il est difficile de répondre à cette question, mais j'en sélectionnerai deux, d'Arthur Rimbaud : "Le Bateau ivre" (immortel, que je ne ferai pas l'affront de recopier en ce lieu de culture), et "Chanson de la plus haute tour", bien moins célèbre, mais qui brille par sa simplicité, sa naïveté et sa musicalité.

Oisive jeunesse

À tout asservie,

Par délicatesse

J'ai perdu ma vie.

Ah ! Que le temps vienne

Où les coeurs s'éprennent.

Je me suis dit : laisse,

Et qu'on ne te voie :

Et sans la promesse

De plus hautes joies.

Que rien ne t'arrête,

Auguste retraite.

J'ai tant fait patience

Qu'a jamais j'oublie ;

Craintes et souffrances

Aux cieux sont parties.

Et la soif malsaine

Obscurcit mes veines.

Ainsi la Prairie

À l'oubli livrée,

Grandie, et fleurie

D'encens et d'ivraies

Au bourdon farouche

De cent sales mouches.

Ah ! Mille veuvages

De la si pauvre âme

Qui n'a que l'image

De la Notre-Dame !

Est-ce que l'on prie

La Vierge Marie ?

Oisive jeunesse

À tout asservie,

Par délicatesse.

J'ai perdu ma vie.

Ah ! Que le temps vienne

Où les coeurs s'éprennent !

Sinon, je me range auprès de Domi pour "The Raven" de Poe. Poème d'anthologie, et la traduction de Mallarmé est définitivement la meilleure.

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John Milton, Paradise Lost :

Thus Belial, with words clothed in reason's garb,

Counselled ignoble ease and peaceful sloth,

Not peace; and after him thus Mammon spake:—

"Either to disenthrone the King of Heaven

We war, if war be best, or to regain

Our own right lost. Him to unthrone we then

May hope, when everlasting Fate shall yield

To fickle Chance, and Chaos judge the strife.

The former, vain to hope, argues as vain

The latter; for what place can be for us

Within Heaven's bound, unless Heaven's Lord supreme

We overpower? Suppose he should relent

And publish grace to all, on promise made

Of new subjection; with what eyes could we

Stand in his presence humble, and receive

Strict laws imposed, to celebrate his throne

With warbled hymns, and to his Godhead sing

Forced hallelujahs, while he lordly sits

Our envied sovereign, and his altar breathes

Ambrosial odours and ambrosial flowers,

Our servile offerings? This must be our task

In Heaven, this our delight. How wearisome

Eternity so spent in worship paid

To whom we hate! Let us not then pursue,

By force impossible, by leave obtained

Unacceptable, though in Heaven, our state

Of splendid vassalage; but rather seek

Our own good from ourselves, and from our own

Live to ourselves, though in this vast recess,

Free and to none accountable, preferring

Hard liberty before the easy yoke

Of servile pomp. Our greatness will appear

Then most conspicuous when great things of small,

Useful of hurtful, prosperous of adverse,

We can create, and in what place soe'er

Thrive under evil, and work ease out of pain

Through labour and endurance. This deep world

Of darkness do we dread? How oft amidst

Thick clouds and dark doth Heaven's all-ruling Sire

Choose to reside, his glory unobscured,

And with the majesty of darkness round

Covers his throne, from whence deep thunders roar.

Mustering their rage, and Heaven resembles Hell!

As he our darkness, cannot we his light

Imitate when we please? This desert soil

Wants not her hidden lustre, gems and gold;

Nor want we skill or art from whence to raise

Magnificence; and what can Heaven show more?

Our torments also may, in length of time,

Become our elements, these piercing fires

As soft as now severe, our temper changed

Into their temper; which must needs remove

The sensible of pain. All things invite

To peaceful counsels, and the settled state

Of order, how in safety best we may

Compose our present evils, with regard

Of what we are and where, dismissing quite

All thoughts of war. Ye have what I advise."

Traduction de François-René de Chateaubriand :

Ainsi Bélial, par des mots revêtus du manteau de la raison, conseillait un ignoble repos, paisible bassesse, non la paix. Après lui, Mammon parla :

" Nous faisons la guerre (si la guerre est le meilleur parti), ou pour détrôner le roi du Ciel, ou pour regagner nos droits perdus. Détrôner le roi du Ciel, nous pouvons espérer cela, quand le Destin d'éternelle durée cédera à l'inconstant Hasard, et quand le Chaos jugera le différend. Le premier but, vain à espérer, prouve que le second est aussi vain ; car est-il pour nous une place dans l'étendue du Ciel, à moins que nous ne subjuguions le Monarque suprême du Ciel ? Supposons qu'il s'adoucisse, qu'il fasse grâce à tous, sur la promesse d'une nouvelle soumission, de quel oeil pourrions-nous humiliés demeurer en sa présence, recevoir l'ordre, strictement imposé, de glorifier son trône en murmurant des hymnes, de chanter à sa divinité des alleluia forcés, tandis que lui siégera impérieusement notre Souverain envié, tandis que son autel exhalera des parfums d'ambroisie et des fleurs d'ambroisie, nos serviles offrandes ? Telle sera notre tâche dans le Ciel, telles seront nos délices. Oh ! combien ennuyeuse une éternité ainsi consumée en adorations offertes à celui qu'on hait !

" N'essayons donc pas de ravir de force ce qui obtenu par le consentement serait encore inacceptable, même dans le Ciel, l'honneur d'un splendide vasselage ! Mais cherchons plutôt notre bien en nous ; et vivons de notre fonds pour nous-mêmes, libres quoique dans ce vaste souterrain, ne devant compte à personne, préférant une dure liberté au joug léger d'une pompe servile. Notre grandeur alors sera beaucoup plus frappante, lorsque nous créerons de grandes choses avec de petites, lorsque nous ferons sortir l'utile du nuisible, un état prospère d'une fortune adverse, lorsque dans quelque lieu que ce soit nous lutterons contre le mal, et tirerons l'aise de la peine, par le travail et la patience.

" Craignons-nous ce monde profond d'obscurité ? Combien de fois parmi les nuages noirs et épais, le souverain seigneur du ciel s'est-il plu à résider, sans obscurcir sa gloire, à couvrir son trône de la majesté des ténèbres d'où rugissent les profonds tonnerres en réunissant leur rage : le Ciel alors ressemble à l'Enfer ! De même qu'il imite notre nuit, ne pouvons-nous, quand il nous plaira, imiter sa lumière ? Ce sol désert ne manque point de trésor caché, diamants et or ; nous ne manquons point non plus d'habileté ou d'art pour en étaler la magnificence : et qu'est-ce que le Ciel peut montrer de plus ? Nos supplices aussi par longueur de temps peuvent devenir notre élément, ces flammes cuisantes devenir aussi bénignes qu'elles sont aujourd'hui cruelles ; notre nature se peut changer dans la leur, ce qui doit éloigner de nous nécessairement le sentiment de la souffrance. Tout nous invite donc aux conseils pacifiques et à l'établissement d'un ordre stable : nous examinerons comment en sûreté nous pouvons le mieux adoucir nos maux présents, eu égard à ce que nous sommes et au lieu où nous sommes, renonçant entièrement à toute idée de guerre. Vous avez mon avis. "

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Sinon, je me range auprès de Domi pour "The Raven" de Poe. Poème d'anthologie, et la traduction de Mallarmé est définitivement la meilleure.

Il faut rendre à Skit ce qui lui appartient. :icon_up:

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Un autre poème que j'aime tellement!

En dépit de ça



Est-il un homme pauvre, un homme honnête,

Qui, honteux, se cache, et tout ça?

Ce peureux, cet esclave, on ne le connaît pas,

Nous, on ose être pauvre, et tout ça!

Et tout ça, et tout ça;

Le rang n'est que le moule à pièce,

Mais l'or, c'est l'homme, malgré ça.

Peu importe qu'on mange maigre,

Qu'on porte du lin gris, et tout ça;

Donnez donc leur vin aux bandits, et aux idiots leur soie,

Un homme est un homme, malgré ça,

Malgré ça, malgré ça,

Malgré leur faire croire, et tout ça;

L'honnête homme, aussi pauvre qu'il soit,

Est le Roi des hommes, malgré ça.

Voyez ce jeune coq, qu'on appelle un Lord,

Insolent, m'as-tu-vu, et tout ça.

Deux cents faquins sont pendus à ses paroles,

Ce n'est qu'un bouffon malgré ça,

Malgré ça, malgré ça,

Ses rubans, ses étoiles et tout ça,

L'homme à l'esprit indépendant

S'en moque et se rit de tout ça.

Un prince peut faire un seigneur à écharpe,

Un marquis, un duc, et tout ça;

Mais faire un honnête homme est au-dessus de ça,

Il faut la bonne foi, pour ça,

Pour ça, pour ça;

Leurs titres, leurs récompenses, et tout ça,

Le bon sens, l'orgueil de son état,

Sont d'un meilleur rang que tout ça.

Alors prions pour qu'enfin arrive,

Comme il arrivera, malgré tout ça,

Le moment où bon sens et valeur, sur terre,

Emporterons tout et tout ça,

Car malgré tout ça et tout ça,

Le moment arrive, malgré tout ça,

Où l'homme pour l'homme, sur toute la terre,

Sera un frère, en dépit de tout ça.

Robert Burns (1759-1796)

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Il fallait laisser une place à mallarmé dans ce thread.

Pour choisir les heureux poèmes qui y figureront, je n'ai pas rencontré trop de difficultés, il n'en a publié qu'une vingtaine et au milieu de ceux-là, j'ai selectionné ceux que je comprenais, il en restait deux :icon_up: que voici :

Apparition

La lune s'attristait. Des séraphins en pleurs

Rêvant, l'archet aux doigts, dans le calme des fleurs

Vaporeuses, tiraient de mourantes violes

De blancs sanglots glissant sur l'azur des corolles.

- C'était le jour béni de ton premier baiser.

Ma songerie aimant à me martyriser

S'enivrait savamment du parfum de tristesse

Que même sans regret et sans déboire laisse

La cueillaison d'un Rêve au coeur qui l'a cueilli.

J'errais donc, l'oeil rivé sur le pavé vieilli

Quand avec du soleil aux cheveux, dans la rue

Et dans le soir, tu m'es en riant apparue

Et j'ai cru voir la fée au chapeau de clarté

Qui jadis sur mes beaux sommeils d'enfant gâté

Passait, laissant toujours de ses mains mal fermées

Neiger de blancs bouquets d'étoiles parfumées.

Brise marine

La chair est triste, hélas ! et j'ai lu tous les livres.

Fuir ! là-bas fuir! Je sens que des oiseaux sont ivres

D'être parmi l'écume inconnue et les cieux !

Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux

Ne retiendra ce coeur qui dans la mer se trempe

Ô nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe

Sur le vide papier que la blancheur défend

Et ni la jeune femme allaitant son enfant.

Je partirai ! Steamer balançant ta mâture,

Lève l'ancre pour une exotique nature !

Un Ennui, désolé par les cruels espoirs,

Croit encore à l'adieu suprême des mouchoirs !

Et, peut-être, les mâts, invitant les orages,

Sont-ils de ceux qu'un vent penche sur les naufrages

Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots …

Mais, ô mon coeur, entends le chant des matelots !

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Victor Hugo. Un poème extrait de la légende des siècles que j'aime beaucoup ( et qui n'est pas forcément extrémement connu) :

La terre a vu jadis errer des paladins;

Ils flamboyaient ainsi que des éclairs soudains,

Puis s'évanouissaient, laissant sur les visages

La crainte, et la lueur de leurs brusques passages;

Ils étaient, dans des temps d'oppression, de deuil,

De honte, où l'infamie étalait son orgueil,

Les spectres de l'honneur, du droit, de la justice;

Ils foudroyaient le crime, ils souffletaient le vice;

On voyait le vol fuir, l'imposture hésiter,

Blêmir la trahison, et se déconcerter

Toute puissance injuste, inhumaine, usurpée,

Devant ces magistrats sinistres de l'épée.

Malheur à qui faisait le mal! Un de ces bras

Sortait de l'ombre avec ce cri: «Tu périras!»

Contre le genre humain et devant la nature,

De l'équité suprême ils tentaient l'aventure;

Prêts à toute besogne, à toute heure, en tout lieu,

Farouches, ils étaient les chevaliers de Dieu.

Ils erraient dans la nuit ainsi que des lumières.

Leur seigneurie était tutrice des chaumières;

Ils étaient justes, bons, lugubres, ténébreux;

Quoique gardé par eux, quoique vengé par eux,

Le peuple en leur présence avait l'inquiétude

De la foule devant la pâle solitude;

Car on a peur de ceux qui marchent en songeant,

Pendant que l'aquilon, du haut des cieux plongeant,

Rugit, et que la pluie épand à flots son urne

Sur leur tête entrevue au fond du bois nocturne.

Ils passaient effrayants, muets, masqués de fer.

Quelques-uns ressemblaient à des larves d'enfer;

Leurs cimiers se dressaient difformes sur leurs heaumes;

On ne savait jamais d'où sortaient ces fantômes;

On disait: «Qui sont-ils? d'où viennent-ils? Ils sont

Ceux qui punissent, ceux qui jugent, ceux qui vont.»

Tragiques, ils avaient l'attitude du rêve.

O les noirs chevaucheurs! ô les marcheurs sans trêve!

Partout où reluisait l'acier de leur corset,

Partout où l'un d'eux, calme et grave, apparaissait

Posant sa lance au coin ténébreux de la salle,

Partout où surgissait leur ombre colossale,

On sentait la terreur des pays inconnus;

Celui-ci vient du Rhin; celui-là du Cydnus;

Derrière eux cheminait la Mort, squelette chauve;

Il semblait qu'aux naseaux de leur cavale fauve

On entendît la mer ou la forêt gronder;

Et c'est aux quatre vents qu'il fallait demander

Si ce passant était roi d'Albe ou de Bretagne,

S'il sortait de la plaine ou bien de la montagne,

S'il avait triomphé du maure, ou du chenil

Des peuples monstrueux qui hurlent près du Nil;

Quelle ville son bras avait prise ou sauvée;

De quel monstre il avait écrasé la couvée.

Les noms de quelques-uns jusqu'à nous sont venus;

Ils s'appelaient Bernard, Lahire, Eviradnus;

Ils avaient vu l'Afrique; ils éveillaient l'idée

D'on ne sait quelle guerre effroyable en Judée;

Rois dans l'Inde, ils étaient en Europe barons;

Et les aigles, les cris des combats, les clairons,

Les batailles, les rois, les dieux, les épopées,

Tourbillonnaient dans l'ombre au vent de leurs épées;

Qui les voyait passer à l'angle de son mur

Pensait à ces cités d'or, de brume et d'azur,

Qui font l'effet d'un songe à la foule effarée:

Tyr, Héliopolis, Solyme, Césarée.

Ils surgissaient du sud ou du septentrion,

Portant sur leur écu l'hydre ou l'alérion,

Couverts des noirs oiseaux du taillis héraldique,

Marchant seuls au sentier que le devoir indique,

Ajoutant au bruit sourd de leur pas solennel

La vague obscurité d'un voyage éternel,

Ayant franchi les flots, les monts, les bois horribles,

Ils venaient de si loin, qu'ils en étaient terribles;

Et ces grands chevaliers mêlaient à leurs blasons

Toute l'immensité des sombres horizons.

J'en donne deux autres assez courts, en espérant qu'ils ne soient pas connus :

Un jour que mon esprit de brume était couvert,

Je gravis lentement la falàise au dos vert,

Et' puis je regardai quand je fus sur la cime.

Devant moi l'air et l'onde ouvraient leur double abîme.

Quelque chose de grand semblait tomber des cieux.

Le bruit de l'océan, sinistre et furieux,

Couvrait de l'humble port les rumeurs pacifiques.

Le soleil, d'où pendaient des rayons magnifiques,

A travers un réseau de nuages flottants,

S'épandait sur la mer qui brillait par instants.

Le vent chassait les flots où des formes sans nombre

Couraient. Des vagues d'eau berçaient des vagues d'ombre.

L'ensemble était immense et l'on y sentait Dieu.

Extrait de Dernière Gerbe

Quand il eut terminé, quand les soleils épars,

Éblouis, du chaos montant de toutes parts,

se furent tous rangés à leur place profonde,

Il sentit le besoin de se nommer au monde;

Et l'être formidable et serein se leva;

Il se dressa sur l'ombre et cria: JÉHOVAH!

Et dans l'immensité ces sept lettres tombèrent;

Et ce sont, dans les cieux que nos yeux réverbèrent,

Au-dessus de nos fronts tremblants sous leur rayon,

Les sept astres géants du noir septentrion.

Extrait des contemplations.

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La Fontaine, perpétuelle réjouissance de mes yeux, avec cette fable ô combien libérale-casher :icon_up:

http://fr.wikisource.org/wiki/Fables_%28La…3%A9e/Livre_I/5

LE LOUP ET LE CHIEN

Un Loup n’avait que les os et la peau,

Tant les Chiens faisaient bonne garde.

Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau ;

Gras, poli, qui s’était fourvoyé par mégarde.

L’attaquer, le mettre en quartiers,

Sire Loup l’eût fait volontiers.

Mais il fallait livrer bataille ;

Et le Mâtin était de taille

À se défendre hardiment.

Le Loup donc l’aborde humblement,

Entre en propos, et lui fait compliment

Sur son embonpoint, qu’il admire :

Il ne tiendra qu’à vous, beau Sire,

D’être aussi gras que moi, lui répartit le Chien.

Quittez les bois, vous ferez bien :

Vos pareils y sont misérables,

Cancres, haires, et pauvres diables,

Dont la condition est de mourir de faim.

Car quoi ? Rien d’assuré ; point de franche lippée ;

Tout à la pointe de l’épée.

Suivez-moi ; vous aurez un bien meilleur destin.

Le Loup reprit : Que me faudra-t-il faire ?

Presque rien, dit le Chien, donner la chasse aux gens

Portants bâtons, et mendiants ;

Flatter ceux du logis ; à son maitre complaire ;

Moyennant quoi votre salaire

Sera force reliefs de toutes les façons ;

Os de poulets, os de pigeons :

Sans parler de mainte caresse.

Le Loup déjà se forge une félicité

Qui le fait pleurer de tendresse.

Chemin faisant il vit le col du Chien pelé.

Qu’est-ce là, lui dit-il ? Rien. Quoi rien ? Peu de chose.

Mais encor ? Le collier dont je suis attaché

De ce que vous voyez est peut-être la cause.

Attaché ? dit le Loup, vous ne courez donc pas

Où vous voulez ? Pas toujours ; mais qu’importe ?

Il importe si bien, que de tous vos repas

Je ne veux en aucune sorte ;

Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor.

Cela dit, maître Loup s’enfuit, et court encor.

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je n'arrive pas a le retrouver, mais le discours de Ursus (L'homme) a Homo (le loup) sur l'autorite dans L'homme qui Rit de Hugo est une merveille.

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moi c'est la Divine comédie, quand Lucifer arrive (chant XXIV). d'ailleurs étonnament (ou pas), le purgatoire est très insipide. j'ai lu l'enfer en deux jours, le purgatoire je peine à le terminer. vivement le paradis.

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moi c'est la Divine comédie, quand Lucifer arrive (chant XXIV). d'ailleurs étonnament (ou pas), le purgatoire est très insipide. j'ai lu l'enfer en deux jours, le purgatoire je peine à le terminer. vivement le paradis.

J'en suis au chant IV de l'Enfer après un mois :icon_up:

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le purgatoire je peine à le terminer. vivement le paradis.

C'est censé étonner quelqu'un ? :icon_up:

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