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Lancelot

Logorrhées et salades de mots

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13 minutes ago, Johnathan R. Razorback said:

Pas lu le bouquin mais le compte-rendu fait rêver... ou pas: http://idiocratie2012.blogspot.com/2018/06/approche-de-la-criticite-jean-vioulac.html

 

"D’où la nécessité d’une archéologie qui fouille dans l’essence des relations humaines pour y découvrir le bruissement premier, celui de « l’intersubjectivité transcendantale et de sa communisation transcendantale »."

 

Moi aussi je veux jouer au générateur de post-modernisme ! 

http://www.elsewhere.org/journal/pomo

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J'aime bien les idiots, ce sont des amis, mais leur passion pour J. Vioulac m'est incompréhensible. Un peu comme la prose éthérée de ce dernier.

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Vous reprendrez bien un peu de critique (assumée) des libertés formelles bourgeoises (j'ai hésité avec le fil sur le féminisme) ?:

 

(On soulignera l'abus de concepts jamais définis, ou piètrement définis, comme celui de care):

 

Mark Tushnet esquisse une critique des droits qu’il entend comme une « destruction créatrice capable de nous aider à

construire des sociétés qui transcendent les failles du capitalisme. ». Il présente quatre critiques connexes des droits qui caractérisent le débat juridique américain : 1) les droits sont instables – il peut être difficile d’affirmer qu’un droit reste impliqué quand des changements importants mais relativement modestes interviennent dans l’organisation sociale ; 2) les droits sont indéterminés – affirmer qu’un droit est impliqué dans certains contextes ne produit pas de conséquences certaines ; 3) le langage des droits transforme des expériences réelles, que nous devrions valoriser pour elles-mêmes, en des abstractions vides ; 4) l’utilisation de droits dans le discours contemporain gêne les avancées des forces sociales progressistes. Tushnet admet qu’une stratégie possible pour répondre à ces critiques consisterait à s’efforcer de développer un ensemble plus complet de « droits positifs ». Mais il s’oppose à cette stratégie pour des raisons pragmatiques : « Je ne prétends pas disposer d’un argument contre cette évolution et ne voudrais pas affaiblir les efforts de mes camarades pour construire une société qui garantisse les droits positifs aussi bien que négatifs. Mais il semble bien y avoir des raisons pragmatiques substantielles de penser qu’abandonner la rhétorique des droits constituerait la meilleure voie à suivre pour le moment. Les personnes ont immédiatement besoin de nourriture et de logement, et exiger que ces besoins soient satisfaits (qu’on puisse ou non caractériser de façon convaincante à l’heure actuelle leur satisfaction comme l’application d’un droit) me semble plus à même de réussir que d’affirmer que des droits existants à la subsistance et au logement doivent être appliqués."

 

Répondant à Tushnet sur ce point, Jeremy Waldron a rejeté les considérations stratégiques de ce dernier et affirmé que le langage des besoins doit être reformulé ou traduit dans le langage des droits s’il veut être utile dans la lutte pour l’émancipation (empowerment).

 

Waldron examine successivement les quatre critiques formulées par Tushnet. Il concède que les revendications de droits sont souvent indéterminées, mais fait valoir que les revendications liées aux besoins le sont tout autant. Même avec quelque chose d’apparemment aussi direct que « P doit avoir X pour survivre, être en bonne santé et fonctionner correctement, soutient Waldron, le concept est à l’évidence contestable ; et il peut être contesté non seulement entre ces différentes analyses, mais également dans notre compréhension des termes abstraits dans lesquels chacune est formulée […] “en bonne santé”, “fonctionner correctement”, etc.  ». Les besoins ne sont pas essentiels ou incontestés ; ils sont aussi ouverts à la contestation que les revendications portant sur les droits. Et ils ne produisent pas de conséquences déterminées : nous ne pouvons pas plaider en faveur des revendications liées à des besoins au prétexte qu’elles constituent la garantie que les ressources seront fournies. Les droits ne sont peut-être pas des « atouts » politiques, mais il semblerait que les besoins n’en soient pas non plus.

 

D’un point de vue moral, le langage des besoins n’est pas non plus avantageux, suggère Waldron : « Le langage des besoins a une sonorité [?!] d’une certaine façon plus compassionnelle, plus ouverte, plus réceptive, moins agressivement individualiste, moins masculine [?!] que le coup-de-poing sur la table asséné par la rhétorique conflictuelle des droits. » Mais c’est là seulement la façon dont le langage des besoins se présente de prime abord – « il ne faut pas longtemps pour que cet attribut soit lui aussi exploité par ses utilisateurs en vue d’intensifier leurs exigences. ». Le langage des besoins peut lui aussi être instrumental et intéressé. De même, l’une des critiques les plus courantes peut-être du langage des droits est qu’il n’est pas relationnel et ne permet pas comme tel d’aborder de façon satisfaisante les questions liées à la responsabilité [!]. Il semblerait que le langage des droits n’oblige qu’à la non-interférence, tandis que le langage des besoins, par contraste, impliquerait un devoir positif d’assistance. Mais, en réalité, la distinction entre l’obligation de ne pas interférer et le devoir de porter positivement assistance ne tient pas. Waldron soutient que la tradition des droits n’a cessé d’impliquer depuis ses origines des devoirs correspondants, dont certains consistent en des responsabilités positives et substantielles : « Les droits peuvent être utilisés pour exprimer des demandes d’assistance et d’action positive. Il est vrai cependant qu’ils font cela dans un style ou un esprit particulier, que le langage des besoins ne peut pas saisir. Nous devrions nous demander si nous voulons réellement renoncer à cet esprit. »

 

Il soutient que nous ne le voulons pas [et c'est sensé être un argument ?!]. Waldron s’inspire ici du travail de Patricia Williams, en particulier de sa défense du rôle crucial du langage des droits dans le progrès de la position des Afro-Américains. Mais Waldron perçoit ce que l’appel de Tushnet aux besoins comme la défense par Williams du langage des droits ont d’intrinsèquement limité. Les deux sont la proie de ce qu’il appelle le « mythe de la déconnexion ». Waldron entend dépasser le système du « ou bien/ou bien » – dans lequel nous avons à choisir entre le langage des droits et celui des besoins. « Le langage des droits, dit-il, fournit une structure indispensable à l’intérieur de laquelle le langage des besoins peut être rapporté à des idées sur la personne, sur l’affirmation de soi et sur la dignité. » Selon cette conception, le langage des besoins ne disparaît pas ; il est plutôt intégré de façon appropriée dans une structure de droits : « Autrement dit, en prenant les besoins pour fondement des droits plutôt que comme une alternative aux droits, nous pouvons leur conférer une intégrité et une dignité particulières que les revendications liées aux besoins n’ont pas toujours par elles-mêmes. » En greffant le langage des besoins sur le langage plus étendu et mieux établi des droits, Waldron tente de surmonter le « mythe de la déconnexion » et fait signe vers une solution pratique aux défis qui se posent en ce domaine.

 

Mais pourquoi, pourrions-nous demander, les langages du besoin et du care manquent-ils de cette « intégrité et dignité particulières » que Waldron voit dans le langage des droits ? Waldron s’inquiète de ce que, alors que les besoins sont eux-mêmes indéterminés, « le langage des besoins est un langage objectif ». Par conséquent, les sujets des revendications n’ont pas à formuler leurs besoins en personne. L’objectivité de ceux-ci signifie que les besoins peuvent être diagnostiqués ou évalués par d’autres. « Le langage des droits d’un peuple opprimé s’exprime plus naturellement par leur propre bouche, et il paraîtra déconcertant à ceux qui considèrent qu’il est plus sage ou stratégique que les opprimés se taisent. Le langage des besoins n’a pas une telle connotation : il semble aussi naturel dans la bouche d’un observateur détaché que dans celle d’une personne dans le besoin. » Waldron craint que le langage du besoin, et du sujet dans le besoin qu’il implique, tende à conduire à une situation dans laquelle les experts parlent pour les autres au lieu que les sujets dans le besoin parlent pour eux-mêmes : « Les besoins peuvent être représentés comme étant l’affaire d’une autorité calme, technocratique. » Waldron conclut : « Ainsi, le langage des droits et celui des besoins peuvent tous deux incarner une forme de respect ; mais seul le langage des droits unit dans sa structure même l’idée de respect pour les personnes et de respect de soi. Les droits comme les besoins reviennent à exiger que certains intérêts soient pris en considération ; mais seul le langage des droits présente ces intérêts à travers la voix de quelqu’un qui serait un membre à part entière de la société, qui n’a pas l’intention de s’en aller [wtf ?] et qui s’attend à être pris au sérieux en tant que source durable de revendications permanentes. »

 

À cela nous répondons que la critique de Waldron suggère peut-être moins un problème lié au langage des besoins qu’un problème dans la manière dont nous comprenons la citoyenneté ou le fait d’« appartenir à part entière à la société ». Le langage des besoins n’entre en conflit avec le « respect de soi » que si nous ne parvenons pas à concevoir les personnes dans le besoin comme des citoyens. La recherche féministe récente a à la fois mis en question le concept d’autonomie et son assimilation courante à l’indépendance économique, et les liens entre l’autonomie et la citoyenneté libérale. Au bout du compte, toutes les personnes (selves) sont dans le besoin. Mais parce que la conception libérale de la citoyenneté est étroitement liée aux idées d’indépendance et d’autonomie, ce fait est souvent laissé dans l’obscurité : « Au niveau le plus général, faire une demande revient à avoir un besoin ; lorsque nous nous considérons comme des adultes autonomes, indépendants, il est très difficile de reconnaître que nous sommes aussi dans le besoin. Une partie des raisons pour lesquelles nous préférons méconnaître les formes routinières du care en tant que tel est de préserver l’image que nous avons de nous-mêmes comme n’étant pas soumis au besoin. Le besoin étant conçu comme une menace pour notre autonomie, ceux qui ont davantage de besoins que nous paraissent moins autonomes et donc comme disposant de moins de pouvoirs et de capacités. »

 

Alors même que Waldron commence par reconnaître le rôle déterminant de la politique dans la fixation des significations, il conclut en suggérant que le langage des besoins et le respect de soi entretiennent un conflit essentiel. La tension entre le langage des droits et le respect de soi, comme le fait observer Joan Tronto, est générée par une conception particulière de la personne qui n’est ni essentielle, ni apolitique. Ce n’est pas seulement que les besoins sont indéterminés. Les significations de la personne et du citoyen le sont également. Et c’est seulement une fois que nous avons construit les citoyens-personnes comme autonomes, autosuffisants, et « au-dessus du besoin », que le langage des besoins entre en conflit avec le respect. C’est cette conception du citoyen-personne qui légitime le paternalisme envers ceux qui admettent qu’ils sont dans le besoin.

 

https://www.cairn.info/revue-cahiers-philosophiques1-2014-1-page-69.htm

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