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Bonsoir,

Ca fait longtemps que je m'étonne de ne pas voir, sur un forum consacré à la politique, aucun sujet consacré à l'insécurité culturelle ; malheureusement à chaque fois que je m'y attelle je n'arrive pas poser une problématique propre. Je vais donc essayer d'ouvrir le sujet avec différentes questions qui, je l'espère, recouvrent la plupart de ses facettes.

 

Je vais éviter de faire une longue présentation de l'idée pour ceux qui ne la connaissent pas ; elle est portée principalement par Christophe Gulluy (pour le pendant scientifique) et par Laurent Bouvet (qui a une approche plus politique, en théorie comme en pratique) :

http://www.liberation.fr/societe/2015/02/11/nous-sommes-dans-le-deni-de-l-insecurite-culturelle_1200428

http://www.slate.fr/story/98455/insecurite-culturelle-gauche-intellectuelle-panique

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2017/07/06/31003-20170706ARTFIG00287-laurent-bouvet-l-insecurite-culturelle-est-toujours-la.php

https://www.contrepoints.org/2016/04/15/247348-laicite-il-faut-remettre-de-la-republique-dans-la-gauche-laurent-bouvet (un peu connexe, ça traite surtout du Printemps Républicain et moins de l'insécurité culturelle).

 

1. La clef du "moment populiste" occidental ?

 

Si le concept me parait important, c'est par sa force explicative ; il est en effet capable de résumer une très grande partie des forces en jeu dans le "moment populiste" occidental : ces cartes électorales remodelées, le sentiment que les grands partis historiques sont complètement à côté des vrais enjeux...

 

2. Concept scientifique ou idée politique ?

 

Une première approche de l'insécurité culturelle serait de la définir comme un pur élément d'analyse scientifique, utile aux descriptions sociologiques. Toutefois, il semble avoir acquis une dimension supplémentaire en France, sous l'impulsion de Laurent Bouvet, et de sa vision de l'intellectuel engagé - et comme souvent à gauche (cf. l'article de Slate), l'idée est critiquée pour faire-le-jeu-du-FN.

 

3. Un concept plus large qu'il n'y parait ?

 

Vu l'histoire du terme, on le voit immédiatement comme s'appliquant aux classes moyennes/populaires françaises "périphériques" au XXIème siècle. On étendra sans trop de difficulté l'analyse à d'autres pays occidentaux. Laurent Bouvet l'étend volontiers (à l'opposé de Gulluy, voir l'article de Libération) aux vagues d'immigration récentes. J'irai même plus loin, et je pense que les mécanisme à l’œuvre dans la bourgeoisie française catholique sont assez identiques : celle-ci voit une bonne partie de ses références s'effondrer, et semble plus perméable à l'action politique qu'il y a quelques années.

Et puis on pourrait étendre encore et encore le concept (le doctorat de Bouvet était sur les US par exemple).

 

4. Ne réinvente-t-on pas l'eau chaude ?

 

Quand on commence à étaler un concept un peu partout, on se demande rapidement si on a pas mis un joli nom totalement nouveau sur un truc qu'on connaît depuis au moins les Lumières. En fait, parfois, j'en viens à me demander si l'insécurité culturelle n'est pas simplement la redécouverte de certains pans du conservatisme par une gauche qui l'aurait oublié.

 

J'ai jeté quelques questions rapides ; n'hésitez pas à les reprendre au vol, reformuler ou en ajouter d'autres :).

 

  • Coeur 2

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Hello, je vais répondre pour ma part au 2, 3, et 4 :

 

2 - Il y a un parti pris assumé culturaliste chez LB qui permet néanmoins de porter un éclairage intelligent des conflits identitaires contemporains. Il n'a pas la prétention dans son essai (que j'ai lu) de poser une analyse purement scientifique, mais plutôt d'agir en intellectuel public (ce qui lui est bcp reproché par ses collègues). Il donne des justifications rationnelles, discutables au sens de falsifiables, et ne prétend pas faire de l'insécurité culturelle une sorte de propos explicatif universel et ahistorique permettant de comprendre l'intégralité des relations humaines. Si je pense qu'il a mis le doigt sur une folie contemporaine qui contamine tout le débat public contemporain (tout ce qui touche à l'identity politics), il me semble parfois négliger le ressort de l'intérêt dans les différents arrangements généraux que sont les arrangements politiques, et son idéalisme républicain un peu trop idéaliste justement.

3 - L'insécurité culturelle est en effet exportable à bcp de classes sociales et à d'autres pays (on trouve des concepts quasi équivalents en scpo aux USA par exemple) : il est lié aux politiques de la reconnaissance et à l'identity politics, cad à ce recentrage global de la politique sur les questions d'identités individuelles et collectives (les questions de genre, d'identité, de tribalisme, de communautarisme pré ou post moderne), plutôt que sur les discours et/ou la raison publique (cf Kant/Rawls). Parmi les prédécesseurs de Bouvet, on lira avec intérêt Allan Bloom et son The closing of American Mind, qui,  dès 1987, critiquait l'attitude des étudiants qui débarquaient dans ses cours avec un seul centre d'intérêt : eux-mêmes. Cette pathologie narcissique demande à être flattée, et surtout pas contrariée. L'université américaine, au grand dam de Bloom, s'est accommodée de cette demande et a réorganisé ses filières afin de bétonner leurs certitudes, qu'elles soient afrocentristes, féministes, etc. Ce recentrage sur l'identité a aussi comme effet de porter atteinte à la manière dont nous raisonnons et nous jugeons le monde : si le monde n'est plus qu'une suite de narrations uniquement destinées à flatter l'ego individuel ou collectif, alors la vérité n'est plus si importante que ça, welcome dans le monde de la post-vérité.

Ama, la contamination identitaire dépasse largement la question de l'immigration récente ou des sectes gauchistes, et a infiltré tout le spectre politique comme par mimétisme. Philippe Muray disait qu'à l'heure actuelle, la querelle médiévale des universaux était difficilement compréhensible parce que tout le monde était devenu nominaliste plus ou moins implicitement. C'est un peu le même problème avec la question identitaire : elle est difficile à repérer parce nous sommes tous plus ou moins contaminés par son fonctionnement. Il suffit de voir à quel point, même chez les libéraux (mais partout ailleurs aussi), on s'investit pour forger de l'identité de groupe, des labels, des étiquettes etc pour se reconnaître et s'identifier entre nous. 

4 - Je ne crois pas que ça se limite au conservatisme. Bloom, en bon lecteur de Rousseau, a tenté d'établir une filiation entre ce repli sur soi général et le courant romantique allemand, cad la réaction aux lumières rationalistes et abstraites de la première vague de la modernité. Je ne suis pas sûr que ça aille aussi loin et que tout ça soit aussi articulé philosophiquement.  

 

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L'insécurité culturelle semble un sujet politique interessant.

Mais sur le plan de l'activisme, Bouvet et le Printemps Républicain me semblent une belle bande de mange-merdes, je vois pas bien en quoi la crypto religion laïco-républicaine idéaliste, la soumission à l'Etat et la valorisation des élites actuelles est une réponse politique crédible à ce problème (ou à d'autres d'ailleurs).

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Affrontements de mythes, encore et toujours, ca se résumes à peu pret à cela, comme le conflit israélo-palestiniens et un paquet d'autres "vieux conflits"

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Je vais essayer d'éviter le record du sujet avec plus de j'aime sur le message inaugural que de réponses :D.

 

@F. mas, j'ai l'impression qu'en filigrane de ta description, il y a un peu une histoire de la poule et de l’œuf, comme si l'inflation des politiques identitaires alimentaient l'insécurité culturelle, qui vient elle même renforcer les entrepreneurs identitaires. Mais je suis peut-être top actuel en ce que je vois difficilement comment ça pourrait être autrement. L'insécurité culturelle ne me parait pas vraiment une réaction aux évènements politiques, mais plutôt le réveil du besoin d'avoir un chez-soi. Si le marché politique fait une place à ce besoin, je ne suis pas du tout certain qu'il le génère.

Je dirais plutôt que l'individu se sent impuissant à enrayer la machine de l'histoire pour préserver son chez-soi, d'où la demande politique.

 

Il y a 13 heures, Fagotto a dit :

Mais sur le plan de l'activisme, Bouvet et le Printemps Républicain me semblent une belle bande de mange-merdes, je vois pas bien en quoi la crypto religion laïco-républicaine idéaliste, la soumission à l'Etat et la valorisation des élites actuelles est une réponse politique crédible à ce problème (ou à d'autres d'ailleurs).

 

C'est HS mais deux points :

1 - Bouvet lui-même l'est pas dans le délire d'une religion civile, il l'a dit clairement. Par contre, je crois que tout ça n'est pas hyper-clair dans sa tête ;

2 - Pour le reste, il me semble que le Printemps Républicain a fait l'objet, dès sa fondation, d'une OPA par les vallsistes. Faut être conscient que c'est un peu l'outil de Valls pour devenir calife (on pourra ouvrir un topic sur eux si mes prédictions se réalisent).

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Ben il le semble que Bouvet est vallsiste. Il ne le critique jamais et quand il en parle c'est en bien

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11 minutes ago, Johnnieboy said:

J'ai lu l'interview de Bouvet. Est-ce normal si je n'ai pas saisi ce qu'était "l'insécurité culturelle" ?

 

Même remarque, l'interview dans libé ne comporte aucune définition. L'article de Slate (qui est vraiment très mal écrit) donne davantage d'éléments, mais sur l'idée de Guilluy, pas celle de Bouvet. Je continue à lire des trucs. Ce serait intéressant de voir à quoi ça peut se rattacher dans la littérature universitaire en psychologie sociale.

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il y a 5 minutes, Anton_K a dit :

 

Même remarque, l'interview dans libé ne comporte aucune définition. L'article de Slate (qui est vraiment très mal écrit) donne davantage d'éléments, mais sur l'idée de Guilluy, pas celle de Bouvet. Je continue à lire des trucs. Ce serait intéressant de voir à quoi ça peut se rattacher dans la littérature universitaire en psychologie sociale.

 

il y a 13 minutes, Johnnieboy a dit :

J'ai lu l'interview de Bouvet. Est-ce normal si je n'ai pas saisi ce qu'était "l'insécurité culturelle" ?

 

Utiliser un concept non défini, surtout lorsqu'il a une dimension politique évidente, c'est effectivement suspect. 

C'est un sujet qui m'intéresse vaguement, sans que j'ai le temps de m'y pencher. Je suis donc fort curieux d'avoir un retour, si vous trouvez quoique ce soit permettant de cerner ce concept.

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il y a 45 minutes, poney a dit :

Ben il le semble que Bouvet est vallsiste. Il ne le critique jamais et quand il en parle c'est en bien

 

Bouvet a effectivement voté pour Valls aux primaires du PS en janvier.

Maintenant, j'ai l'impression que son soutien à l'ex-premier ministre se limite au fait que ce dernier se veut inflexible sur les questions de laïcité (telle qu'on la comprend en France).

 

Fin du HS.

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Ce que j'ai compris de l'insécurité culturelle, c'est le parti pris, effectivement culturaliste, de dire qu'aujourd'hui, la question des identités est plus importante que la question de classe, la question économique et qu'en particulier, il existe un crainte de moins en moins sourde dans la société des différences culturelles et des revendications identitaires. Ce n'est pas dire, comme une partie de la gauche, que "c'est tous des racistes", mais dire -et je trouve que ça se voit parfois sur ce forum- qu'une partie de la population craint pour sa culture et craint la culture de l'autre, qu'elle voit comme s'imposant de plus en plus.
En gros, les Français ont l'impression que les musulmans prennent trop de place, ils craignent qu'on fasse trop de concessions culturelles. Ils ne sont pas racistes parce qu'ils ne sont pas "contre" les musulmans, mais ils voudraient qu'ils fassent plus profil bas.
Ca se remarquerait par exemple dans le vote FN ou extrême droite qui renaît même en Allemagne alors qu'on le pensait définitivement enterré et dans les préoccupations politiques qu'on retrouve dans les sondages, ou les question d'immigration ou de laicité se retrouvent avant les questions économiques.

Pour suivre Bouvet sur FB depuis presque 2 ans, je crois qu'il n'a pas foncièrement tort. Je sens également une forme de ras le bol de la population face aux concessions culturelles qui peuvent être faites, ou ressenties comme ça -la question n'est pas de savoir si ça existe ou non, c'est un débat vain, la question est de savoir si les gens le ressente ou non, c'est tout l'intérêt du mot "insécurité"-. Par exemple, la semaine dernière, en Belgique, Solidaris, la mutualité socialiste, à décidé de faire un concours de dessin pour Saint-Nicolas en omettant volontairement la croix sur la mître du saint et en disant que ça permettait à tous les enfants de s'y retrouver (sous entendu : même les enfants musulmans). Ca a déclenché une tempete de shit storm monstrueuse avec des "haro sur les musulmans qui s'attaquent à notre culture", dans un contexte difficile ou on vient de se taper 3 émeutes en 10 jours à  Bruxelles, avec pas mal de casse, par des jeunes marocains puis jeunes congolais.
Or, la demande de supprimer la croix sur la mitre de Saint Nicolas n'est pas une demande qui émane de la communauté musulmane, c'est une initiative de la mutualité socialiste, mais elle a été vécue par une bonne partie de la population comme une "insécurité culturelle", c'est à dire une forme de mise en danger de leur culture par une autre qui devient trop envahissante (et ici les musulmans deviennent victime malgré eux du truc puisqu'ils deviennent la cible de l'ire populaire alors qu'ils n'y sont pour rien).

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Le problème c'est qu'on ne défini jamais culture, ni insécurité d'ailleurs, c'est une truc aux contours flous où tout et n'importe quoi peut devenir de l'insécurité culturelle.

Je pense ceci dit que Bouvet n'a pas tort mais par contre, je crois qu'il ne voit pas que c'est un invariant humain. La question du groupe et de l'Etranger. 

 

J'apprenais l'autre jour que "forain" renvoi étymologiquement à dehors, étranger. Ce que j'aurais du comprendre depuis longtemps sachant qu'en italien, fuori signifie dehors... Mais bref, le fait que les forains subissent une image dégradante et que le mot soit devenu une injure ne m'étonne plus, c'est quelque chose de profondément ancré dans la matrice humaine. L'étranger fait peur, l'extérieur au groupe. Quand j'ai lu le bouquin de Benveniste sur le vocabulaire indo-européen, ce fut une révélation. Le fait que "hôte" signifie à la fois l'accueilli et l'accueillant et que "hotel" et "hostile" partage la même racine, toujours l'étranger, et renvoie autant au danger (hostile) qu'a l'acceuil (hotel, hopital, ...) souligne vraiment cette peur humaine de l'extérieur, mais une peur ambivalante, qui n'est pas exclusive et ne signifie pas qu'on ne peut pas finir par s'ouvrir aux autres (sinon les libéraux seraient mal barré, pas de commerce, pas de libre circulation, plus de culture, plus rien).

 

La résistance, au sens large du terme, à l'immigration et la peur de perdre sa culture n'est rien d'autre qu'une crainte très animale ancrée au plus profond de nos cerveaux. C'est un véritable invariant anthropologique, qui va probablement d'Australopithecus aux Français en passant par Cro-Magnon et n'importe quelle petite tribu perdu en forêt amazonienne. Et qui n'est pas réductible à du racisme (ce qui ne veut pas dire que le racisme ne peut pas intervenir de temps en temps mais l'y réduire c'est s'empêcher de comprendre le phénomène).

 

En fait, c'est une sorte de jeu d'équilibriste entre peur et acceptation de l'Etranger. Et Bouvet remet ça sur la table avec d'autres mots, en dénonçant à la fois la gauche identitaire et "islamo-gauchiste" parce qu'elle met de l'huile sur le feu et fait des immigrés les idiots utiles de leur politique, et à la fois sur la droite (extreme surtout) parce qu'elle tombe parfois (souvent) dans le racisme pur et simple.

 

 

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13 hours ago, Bézoukhov said:

Je vais essayer d'éviter le record du sujet avec plus de j'aime sur le message inaugural que de réponses :D.

 

@F. mas, j'ai l'impression qu'en filigrane de ta description, il y a un peu une histoire de la poule et de l’œuf, comme si l'inflation des politiques identitaires alimentaient l'insécurité culturelle, qui vient elle même renforcer les entrepreneurs identitaires. Mais je suis peut-être top actuel en ce que je vois difficilement comment ça pourrait être autrement. L'insécurité culturelle ne me parait pas vraiment une réaction aux évènements politiques, mais plutôt le réveil du besoin d'avoir un chez-soi.

 

A mon avis il faut recontextualiser pour comprendre la nouveauté du problème (et effectivement le mécanisme pervers qui se met en place fractionnement identitaire, insécurité culturelle, politiques identitaires, entrepreneurs identitaires, qui vont alimenter en retour le premier élément de la chaîne) : ces demandes identitaires sont très récentes, parce qu'elles demandent plusieurs ressources qui n'existent que depuis quelques décennies : des demandeurs qui ne se reconnaissent plus dans le récit politique dominant, des offreurs qui se proposent de redécrire l'offre politique en termes d'identité (en gros des idéologues, des entrepreneurs identitaires, des universitaires, etc), et un système politique (la démocratie entendue non plus comme défense de la volonté générale ou bien commun mais comme la recollection des intérêts au sein du monde social) qui permet de rendre possible un tel marchandage. Il a fallu, pour que la demande politique s'exprime dans l'idiome de l'identité, que celle collective, implicite et communément admise (et surtout ignorée, parce que ce nétait pas un enjeu du tout) jusque dans les années 60-70 s'effondre. La conscience d'avoir un besoin de chez soi n'émerge justement que parce que la possibilité de sa disparition apparaît (et devient donc une demande sociale, puis politique etc). L'identity politics et l'idéologie multiculturelle par exemple naît aux USA dans les années 60 avec la révolution des droits et l'éveil des minorités, et sa plausibilité s'est renforcée avec les mouvements migratoires (mais aussi plus largement la décolonisation, etc) qui ont changé la sociologie du pays. La renaissance de la philo po aux USA avec Rawls en 1971 est aussi une tentative de répondre au fait nouveau du pluralisme (mais dans une grammaire plus classique, qui cherche à séparer la fragmentation du monde social de l'exercice public de la raison au sein du politique).

 

1 hour ago, poney said:

Le problème c'est qu'on ne défini jamais culture, ni insécurité d'ailleurs, c'est une truc aux contours flous où tout et n'importe quoi peut devenir de l'insécurité culturelle.

Je pense ceci dit que Bouvet n'a pas tort mais par contre, je crois qu'il ne voit pas que c'est un invariant humain. La question du groupe et de l'Etranger. 

 

 

 

Ah les mecs  vous m'obligez à sortir un livre de ma bibliothèque, ce qui est, quelque part, une atteinte à mes droits fondamentaux de fainéant. Voilà ce que dit L'insécurité culturelle dans sa préface : "L'insécurité culturelle (...) est l'expression d'un inquiétude, d'une crainte, voire d'une peur, vis à vis de ce que l'on vit, voit, perçoit et ressent, ici et maintenant, "chez soi" des bouleversements de l'ordre du monde, des changements dans la société, de ce qui peut nous être à la fois proche et lointain, familier ou étranger.(...) Vivre, voir, percevoir ou ressentir le monde ou le voisin comme une gêne ou une menace en raison de sa "culture", de différences apparentes ou supposées, qu'il s'agisse, par exemple, de ses origines ethnoraciales ou de sa religion, voilà ce qui provoque l'insécurité culturelle." Pour LB, partir de ces représentations individuelles ou collectives est plus éclairant que de tout réduire à l'économie (en particulier pour expliquer les comportements politiques des individus en France et en Occident). 

 

Sur la culture, il consacre son troisième chapitre à la question (le deuxième est sur l'insécurité) : il s'inscrit dans les travaux de Denys Cuche sur l'identité, et  conçoit l'adjectif culturel comme une manière de voir la société à travers le prisme du tournant identitaire dont l'origine remonte aux années 60-70. Je cite : "Après ce tournant, dans l'ensemble des grandes démocraties s'affichent au premier plan, des différences identitaires culturelles (genre, origine ethno-raciale, préférence sexuelle, religion, appartenance régionale) là où, dans la période précédente, comptait avant tout la diversité des intérêts et des rapports de force économiques et sociaux, sur le monde marxiste." (p.50). 

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Héhé, fainéant va.

 

Moi je ne fais que lire ce qu'il écrit sur FB, je n'ai pas son bouquin et je ne compte pas l'acheter, donc il est sans doute plus précis dedans.

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Il se trouve que LB est un ami (et un de mes anciens profs puis associé au même centre de recherches à scpipo). Je suis ses travaux depuis très longtemps.

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Yep, je sais, on en a déjà parlé une ou deux fois (c'est d'ailleurs pour ça que je le suis sur FB).

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Ce qui pose vraiment problème, et ce que LB n'aborde pas parce que ce n'est pas son ambition, c'est de savoir si toutes les insécurités culturelles se valent, ou plus précisément, s'il y en des peurs plus légitimes que les autres. Si l'insécurité culturelle est une source explicative pertinente pour décrire le changement de physionomie de la politique aujourd'hui, qu'est-ce qui permet de hiérarchiser les demandes ? Ou alors faut-il simplement les nier en bloc ? L'idée de LB étant de créer un concept relativement neutre, il n'aborde pas la question dans son essai (puisque pour lui, il s'agit d'expliquer en partant de l'ensemble des représentations disponibles dans le monde social), mais par contre prend position dans son groupe "printemps républicain". 

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Il y a 2 heures, poney a dit :

La résistance, au sens large du terme, à l'immigration et la peur de perdre sa culture n'est rien d'autre qu'une crainte très animale ancrée au plus profond de nos cerveaux. C'est un véritable invariant anthropologique, qui va probablement d'Australopithecus aux Français en passant par Cro-Magnon et n'importe quelle petite tribu perdu en forêt amazonienne. Et qui n'est pas réductible à du racisme (ce qui ne veut pas dire que le racisme ne peut pas intervenir de temps en temps mais l'y réduire c'est s'empêcher de comprendre le phénomène).

Le racisme, c'est juste l'habillage intellectuel de cette peur qui est dans l'ADN.

ça fait partie d'un paquet de trucs que l'espèce humaine traîne, qui ont été pertinents/efficients pendant une période, mais qui ne le sont pas forcément éternellement.

Craindre l'étranger (et craindre n'importe quoi tout court), c'est plutôt rationnel.

Refuser la pénicilline parce que c'est un étranger qui l'apporte ... c'est un peu couillon.

 

Dans ma tribu, ok. Pas dans ma tribu, pas ok.

 

btw, dans le paquet de textes historiques concernant ma petite commune, revient 100 fois le terme "forains".

Les forains en l'occurrence étant ... le patelin de Sisteron, à environ 10 kms.

L"'étranger" n'a pas besoin de faire 1000 kms pour faire peur.

 

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Donc, les Français auraient peur de ne plus pouvoir être français. Je comprends cette inquiétude, évidemment. Par contre, je ne vois pas qui les Français pourraient blâmer à part eux-mêmes. 

Les pas-comme-nous ont zéro pouvoir politique en France et, pour beaucoup d'entre eux, ils vivent en périphérie (ceux qui vivent dans les centres sont des pas-comme-nous comme moi, des comme-vous, donc).

 

De plus, ce qui crée véritablement l'identité française, c'est la langue. Et, encore une fois, c'est pas les pas-comme-nous qui la sabotent depuis décennies, de l'EdNat à l'écriture inclusive.

 

J'imagine qu'à partir de là, on peut créer un récit opposant les élites déconnectées au peuple mais j'avoue avoir peu de sympathie pour les premières ou le dernier.

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il y a 5 minutes, Vincent Andrès a dit :

Le racisme, c'est juste l'habillage intellectuel de cette peur qui est dans l'ADN.

ça fait partie d'un paquet de trucs que l'espèce humaine traîne, qui ont été pertinents/efficients pendant une période, mais qui ne le sont pas forcément éternellement.

Craindre l'étranger (et craindre n'importe quoi tout court), c'est plutôt rationnel.

Refuser la pénicilline parce que c'est un étranger qui l'apporte ... c'est un peu couillon.

 

Dans ma tribu, ok. Pas dans ma tribu, pas ok.

 

btw, dans le paquet de textes historiques concernant ma petite commune, revient 100 fois le terme "forains".

Les forains en l'occurrence étant ... le patelin de Sisteron, à environ 10 kms.

L"'étranger" n'a pas besoin de faire 1000 kms pour faire peur.

 

 

Ben oui, c'est ce que Levi Strauss avait écrit dasn "race et histoire" : L'Humanité cesse aux frontières de la tribu.
La tribu, ça peut être ta famille élargie, ton patelin, ta région, ton pays ou demain l'Europe. Va savoir.

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LPrécision : linsécurité culturelle ne concerne pas que l'identité française. Un exemple d'insécurité culturelle assez répandu chez les libéraux : le déclinisme (l'un des marqueurs de la droitisation de l'occident pour G Brustier). L'Europe décline face à ses concurrents américains et surtout asiatiques, ce qui poussent les acteurs à agir dans telle ou telle direction (politique sociale morale). Elle concerne aussi la radicalisation anti-occidentale d'une partie des musulmans séduits par un islam radical qui se propose d'être plus en phase avec leurs demandes, ou du féminisme de troisième génération qui essaie de se constituer une culture commune en opposition au "patriarcat". 

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Quand on sait pas expliquer pourquoi ça ne vas pas, -sur le plan économique, social ou sécuritaire- , c'est toujours la faute de l'autre -l'autre au sens large  (pas de la même catégorie sociale, pas de la même origine, pas de la même tribu etc...). 

Vous pouvez observer ce comportement dans la vie de tous les jours, ne serait-ce que dans le monde du travail. Quand une entreprise va mal, chaque département fait corps et accuse les autres départements de ne pas faire son travail.  

Après ce n'est jamais facile non plus d'avouer sa part de faute, ou celle du groupe auquel on s'identifie.

 

Ceci dit plus l'ignorance est grande sur comment analyser les causes d'un problème existentiel, plus ce comportement grégaire opère. Actuellement cette ignorance est répandue sans aucun doute: les médias, l'ednat et le laxisme des parents dans la transmission de connaissances  en sont les grandes causes

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Personnellement, je loue Héraclite "Panta Rei".

Les flux ont des avantages et des désavantages, mais les flux (le simple mouvement), c'est juste la vie.

L'opposition au flux, quelque part, au fond, c'est un désir (plutôt une renonciation) suicidaire.

Atavisme qui concerne (naturellement) énormément de monde. La vie est un minuscule accident dans un océan de non-vie.

La tranquillité du minéral.

 

J'en profite pour caser sournoisement un petit lien vers : https://opentruc.fr/wiki/Expats

petite  tentative d'utiliser internet pour aider les flux :-)

Avis/remarques/suggestions apprécié.e.ioné.s.ionnée.s.ionnisé.s.ionnisée.s.

 

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il y a 17 minutes, F. mas a dit :

LPrécision : linsécurité culturelle ne concerne pas que l'identité française. Un exemple d'insécurité culturelle assez répandu chez les libéraux : le déclinisme (l'un des marqueurs de la droitisation de l'occident pour G Brustier). L'Europe décline face à ses concurrents américains et surtout asiatiques, ce qui poussent les acteurs à agir dans telle ou telle direction (politique sociale morale). Elle concerne aussi la radicalisation anti-occidentale d'une partie des musulmans séduits par un islam radical qui se propose d'être plus en phase avec leurs demandes, ou du féminisme de troisième génération qui essaie de se constituer une culture commune en opposition au "patriarcat". 

 

 

On décline ou les autres nous rattrappent ? 

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5 minutes ago, Johnnieboy said:

 

 

On décline ou les autres nous rattrappent ? 

L'Europe stagne, les US ralentissent, le reste du monde accélère.

La tragédie qui se joue c'est d'attribuer ces problèmes à l'autre et pas à "nous". Et donc de penser que la priorité soit l'insécurité culturelle, et qu'une fois réglé ce problème on aura peut-être réglé les problèmes initiaux.

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Il y a 2 heures, Vincent Andrès a dit :

Personnellement, je loue Héraclite "Panta Rei".

Les flux ont des avantages et des désavantages, mais les flux (le simple mouvement), c'est juste la vie.

L'opposition au flux, quelque part, au fond, c'est un désir (plutôt une renonciation) suicidaire.

Bof. Comme disait l'autre, toute chose tend à persévérer dans son être. Même le flux, le mouvement, ou le changement, ou whatever concept similaire.

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il y a 5 minutes, Rincevent a dit :

Bof. Comme disait l'autre, toute chose tend à persévérer dans son être. Même le flux, le mouvement, ou le changement, ou whatever concept similaire.

c'est bien exactement ce que dit Héraclite :

la seule constante, c'est le changement

https://uplib.fr/wiki/Héraclite

 

(la contraposée étant que le refus du changement, c'est de facto le refus de la vie, ie l'acceptation/désir de la mort).

 

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il y a une heure, Vincent Andrès a dit :

la seule constante, c'est le changement

Le beau vol de concept. :)

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Il y a 7 heures, Johnnieboy a dit :

 

 

On décline ou les autres nous rattrappent ? 

Qu'est-ce que tu entends par décliner ?

 

 

Il y a 7 heures, Tremendo a dit :

L'Europe stagne, les US ralentissent, le reste du monde accélère.

 

Qu'est-ce que tu veux dire par stagner ?

 

Il y a 5 heures, Rincevent a dit :

Bof. Comme disait l'autre, toute chose tend à persévérer dans son être. Même le flux, le mouvement, ou le changement, ou whatever concept similaire.

Des exemples des choses dont tu parles ?

 

Il y a 5 heures, Vincent Andrès a dit :

(la contraposée étant que le refus du changement, c'est de facto le refus de la vie, ie l'acceptation/désir de la mort).

 

?

 

PS : Je ne tramp ni n'homme de paillise, ce débat me touche mais je n'ai aucune idée de ce que vous racontez, pourtant j'ai tout lu et j'ai déjà utilisez tous les mots que vous employez

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