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Le monde de demain / L'après COVID


RaHaN

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Quelques remarques sur le volet RH issues de mon expérience personnelle pendant les confinements (j'ai travaillé dans un hôpital public dans une zone fortement touchée par le covid, et fait du consulting pour un groupe de santé privé entre deux jobs ensuite) :

- on ne manquait pas spécialement de personnel en cardio ou onco, on aurait pu prendre plus de patients dans ces spécialités ;

- on aurait pu opérer beaucoup plus : j'ai vu être payés à rien faire des chir, anesthésistes, iade et ibode (dans les coins paumés, il faut les payer à ne rien faire, sinon ils vont se barrer) ;

- si les labos étaient saturés, l'imagerie ne l'était pas forcément (pas plus que d'habitude disons).

 

Globalement, les soignants ne sont pas aussi substituables d'une unité à l'autre qu'on peut l'imaginer. Souvent une équipe préférera tourner avec une personne ou deux en moins plutôt que d'avoir à récupérer des remplaçants qui ne connaissent pas le service et ses spécificités. C'est bien sûr d'autant plus vrai que le niveau de qualification augmente (on peut envisager de transférer une AS d'une unité à une autre, une infirmière, par contre, c'est pas la peine d'y penser).

 

Alors oui, on a énormément manqué de personnel pendant le covid, mais c'était pas valable uniformément dans tous les secteurs. Je pense que la situation est nettement plus grave sur ce front aujourd'hui : soignés non vaccinés écartés + épidémie de flemme dans la population active + épuisement moral et physique de ceux qui ont tenu la baraque pendant le plus dur de la crise + hausse du coût de l'essence (dissuasif pour les intérimaires et CDD qui viennent de loin), etc.

 

Dès la fin du premier confinement, en conf "post mortem", les médecins considéraient qu'on avait tué plus de gens qu'on n'en avait sauvé à cause de la fermeture des blocs et de la baisse des consultations qui a repoussé des diagnostics. Ce sont des retards irrattrapables. L'impression que j'en ai gardé est que les pouvoirs publics ont tellement terrorisé la population avec le covid qu'ils ont interdit toute estimation rationnelle, même approximative, du calcul bénéfice/risque de se rendre à l'hôpital devant certains symptômes. Autrement dit, il y a des gens qui ont préféré prendre le risque de faire un arrêt cardiaque à la maison plutôt que de risquer d'attraper le covid en allant fréquenter les urgences. Et n'oublions pas aussi les gens sont morts de désespoir, de solitude, dans les unités médicales et les ehpad, où on les a traités comme des prisonniers, pire que des prisonniers. Mais en fait, à l'époque où on tirait ces premiers constats, on était loin d'imaginer à quel point les conséquences à plus long terme allaient être dévastatrices.

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17 hours ago, Bézoukhov said:

 

Au pire de la vague, il y avait officiellement 30k personnes hospitalisées pour Covid. Il y a environ 400k lits d'hopital en France. 

Et on parle de pics qui ont une intensité de max deux semaines. Avec des el famoso comorbidites qui fait qu'une proportion des 30k auraient de toute façon occupé un lit.

16 hours ago, Marlenus said:

Le problème était les places en réanimation.

 

16 hours ago, Bézoukhov said:

Ce n'était pas la question.

15 hours ago, Marlenus said:

Ben la question à laquelle je réponds était pourquoi des opérations ont été repoussées.

 

 

Donc, ma question / mon commentaire portait bien sur le fait que sans doute une partie des reports n'est pas dû au confinement en soi (ou à toute autre surréaction) mais bien à la surcharge liée au covid lui-même.

Donc la surcharge de travail anormale peut avoir été un facteur.

Et les 400k lits en France ne sont pas fait pour être tous occupés,

Ni les ??k lits en réanimation. Surtout avec des soins beaucoup plus lourds pour le Covid, et des protocoles qui prennent du temps.

 

Mais bon c'était une question, et entretemps Cortalus a clarifié qu'il n'y a avait pas nécessairement de surcharge partout, ni de transfert facile.

Donc en effet, les décisions de report et la psychose entretenue ont sans doute joué un rôle très négatif...

 

 

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13 hours ago, Cortalus said:

 

La question que je me pose en lisant tout ça, c'est pourquoi ce n'est pas de notoriété publique si c'était aussi clair aussi tôt pour tout le monde dans les hôpitaux ? J'ai l'impression qu'aucune conséquence n'a été tirée au niveau politique mais peut-être que je me trompe ? Et sinon où est le blocage ?

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Il y a 3 heures, Bézoukhov a dit :

 

Peut être il y a 25 ans. Mais dans les politiques de gestion contemporaines de l'hôpital, @Cortalus pourra confirmer ou infirmer, il me semble que la cible soit un taux d'occupation proche de 100%.

 

 

 

L'idéal cherché c'est 100 % de facturation avec 0 % d'occupation, mais il faut bien faire des compromis. Sérieusement, l'objectif n'est pas tant d'être rempli que d'optimiser la facturation. Or, plus la durée de séjour d'un patient augmente, plus rémunération à la journée diminue. Au-delà d'un certain seuil, les journées supplémentaires ne sont même plus rémunérées ou presque. Donc on peut obtenir une meilleur marge à taux d'occupation équivalent, voire plus bas, si la DMS (durée moyenne de séjour) baisse.

 

Les seuils et la dégressivité de la rémunération journalière dépendent des pathologies traitées. Certaines dégagent plus de marge que d'autres, parce que la tarification hospitalière est basée sur des études qui ne reflètent pas bien les vrais coûts des soins. On appelle case-mix la ventilation des séjours entre les différentes pathologies pour un établissement donné. La DMS et le case-mix sont donc le nerf de la guerre pour les hôpitaux basiquement. Au final, on ne parle pas tant que ça du taux d'occupation (à moins de s'intéresser aux ehpad qui dépendent des hôpitaux, où là cela devient l'indicateur clé).

 

Quoi qu'il en soit, on essaye de ne pas avoir plus de lits qu'il n'en faut pour gérer une activité normale. Par lit, j'entends pas un meuble, mais un effectif de personnels paramédicaux et médicaux permettant de traiter un patient dans une unité médicale donnée. Le coût du lit marginal peut être prohibitif à cause des effets de seuil. Bon, il faut aussi des chambres, des meubles et de l'équipement bien sûr, mais considérez basiquement que le RH c'est environ 2/3 du coût. Le facteur limitatif à l'ouverture d'un lit supplémentaire n'est généralement pas immobilier ou mobilier.

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Il y a 4 heures, Lancelot a dit :

La question que je me pose en lisant tout ça, c'est pourquoi ce n'est pas de notoriété publique si c'était aussi clair aussi tôt pour tout le monde dans les hôpitaux ? J'ai l'impression qu'aucune conséquence n'a été tirée au niveau politique mais peut-être que je me trompe ? Et sinon où est le blocage ?

 

Il faut bien comprendre que les confinements, s'ils ont des effets désastreux sur le plan sanitaire au global, surtout à plus long terme, n'en ont pas moins soulagé à court terme les hôpitaux. Dans leur ensemble, les agents hospitaliers y étaient très favorables, y compris parmi les dirigeants. Le mécanisme de garantie de recettes mis en place par l'Etat a fait que les établissements ont gagné autant que d'habitude pour moins d'activité, tout bénef. Les services en sous-activité ont plutôt bien vécu ces périodes d'accalmie, pas la peine d'expliquer pourquoi. Les services en surchauffe voyaient enfin les confinements comme une nécessité vitale parce que pour eux, seules comptaient les entrées/sorties covid, les autres impacts sanitaires ne les impactant pas dans leur quotidien.

 

Enfin bref, j'ai toujours dit que les confinements ne visaient pas à protéger la population, mais à protéger l'hôpital public. Quand on voit leur état aujourd'hui, j'ai envie de dire que même ça a raté au final.

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  • 2 weeks later...
Le 23/11/2022 à 17:42, Lexington a dit :

 

Très intéressante cette vidéo. D'autant plus que je suis convaincu que, s'il devait y avoir un sujet vaccin, ce serait par les assureurs que ça sortirait de manière la plus claire, vus les montants en jeu pour eux. Et je suis tristement intéressé de revoir ce que je disais plus haut :

  • Surmortalité long terme élevée chez les personnes ayant eu le COVID dans le passé (Différent du COVID long), même si la vaccination permet de réduire ce risque
  • Surmortalité cardio-vasculaire. Plus de 90 000 opérations cardio-vasculaires n'ont pas eu lieu vs la tendance, à cause des confinements & co (chiffres UK). Le retard n'a jamais été rattrapé. On commence à en payer le prix.
  • Surmortalité cancer non encore visible, mais on devrait se prendre la vague des opérations non réalisées en pleine figure auss

 

 

La surmortalité cancer semble déjà être visible au UK 😕

 

Citation

Britain will face a “prolonged period” of excess deaths after operations were cancelled and people avoided the NHS during the pandemic, Sir Chris Whitty and Sir Patrick Vallance have said.

The Chief Medical Officer (CMO) for England and Chief Scientific Adviser made the comments in a co-authored technical report on the Covid-19 pandemic in the UK.

All four CMOs of the UK, the NHS England National Medical Director, and the UK Health Security Agency (UKHSA) Chief Executive are also signatories.

[..]

Recent data from the Office for Health Improvement and Disparities (OHID) show since the beginning of September there have been nearly 900 more cancer deaths than would be expected at this time of year.

 

Source

 

Et sur les problèmes cardiaques, les retards énormes de soins potentiellement liés à + de 10 000 morts par an https://www.bhf.org.uk/what-we-do/news-from-the-bhf/news-archive/2022/november/extreme-heart-care-disruption-linked-to-excess-deaths-involving-heart-disease

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On 11/25/2022 at 6:44 PM, Cortalus said:

 

Il faut bien comprendre que les confinements, s'ils ont des effets désastreux sur le plan sanitaire au global, surtout à plus long terme, n'en ont pas moins soulagé à court terme les hôpitaux. Dans leur ensemble, les agents hospitaliers y étaient très favorables, y compris parmi les dirigeants. Le mécanisme de garantie de recettes mis en place par l'Etat a fait que les établissements ont gagné autant que d'habitude pour moins d'activité, tout bénef. Les services en sous-activité ont plutôt bien vécu ces périodes d'accalmie, pas la peine d'expliquer pourquoi. Les services en surchauffe voyaient enfin les confinements comme une nécessité vitale parce que pour eux, seules comptaient les entrées/sorties covid, les autres impacts sanitaires ne les impactant pas dans leur quotidien.

 

Enfin bref, j'ai toujours dit que les confinements ne visaient pas à protéger la population, mais à protéger l'hôpital public. Quand on voit leur état aujourd'hui, j'ai envie de dire que même ça a raté au final.

Ce qu'en pensent les agents hospitaliers ne justifie pas des mesures qui tuent plus qu'elles ne sauvent. 

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