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Phénoménologie


alex6

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Posté
[…]Nous nous demanderons seulement quel sens peut prendre

la liberté dans une telle perspective.

A) Ce que la conception d'un moi éternel conduit à abandonner,

c'est évidemment la croyance à une liberté « éparpillée »,

voulant tantôt ceci, tantôt cela. Notre vie n'est point une suite

réelle de volitions indépendantes.

B ) Mais, loin de s'évanouir, notre liberté acquiert au contraire

sa véritable dimension : elle est absolue. Elle est, comme l'a

bien vu Descartes, égale en Dieu et en l'homme et l'expression

de « liberté partielle » est contradictoire. Ce que traduit cette

dernière est la confusion de la liberté et de la puissance. Être

libre n'est pas posséder une certaine force susceptible de s'ajouter

aux sollicitations de la nature pour précipiter le déclenchement

des actes, ou de s'y opposer, pour les neutraliser ou modifier

leur direction. Et la liberté n'a pas à chercher quelque lacune ou

quelque faille par laquelle elle pourrait s'introduire subrepticement

dans la nature et changer l'ordre des causes.

C) Concentrée sur une option unique, par l'éternité même

du moi dont elle procède, la liberté exclut toute futilité. Elle

ne consiste pas à choisir entre un crayon rouge ou un crayon

bleu, entre une lecture ou une promenade, comme invitent à le

croire certaines expositions de la liberté d'indifférence. Nous

pensons, ici encore, que Descartes est bien fondé à dire que nous

sommes d'autant plus libres que nous sommes moins indifférents.

C'est que l'enjeu est le plus sérieux qu'on puisse concevoir

— nous dirions le plus tragique si l'on n'avait abusé du

terme. Ce que notre choix déterminera, c'est notre destinée et

pas seulement notre avenir. La liberté n'a pas de sens sur le

plan physique. Elle apparaît au point où la métaphysique et la

morale se rejoignent.

D) Notre liberté est toujours en acte. Il n'y a pas de passé

qui nous enchaîne, il n'y en a pas non plus qui nous dispense

jamais d'être libres. C'est dans le présent que le moi éternel

prononce ses décisions, sans nourrir non plus le vain espoir

qu'un moment « à venir » puisse racheter sa défaillance.

L'éternité du moi ne fait donc pas de la vie humaine une

sorte de partie ridicule parce qu'elle serait jouée d'avance. C'est

la projection de la liberté sur le plan du temps qui donne naissance

à de telles représentations. Ma vie est éternellement en

train de se jouer ; rien n'est réglé « une fois pour toutes ».

E) Loin d'être un choix dans le temps, l'acte de ma liberté

est un choix entre le temps et l'éternité, entre un effort moralement

condamnable et métaphysiquement vain pour étaler

dans un temps mythique un présent qui fond entre nos doigts

— et le rattachement de notre propre insuffisance au principe

parfaitement suffisant. On pourrait symboliser l'option qui

nous est demandée par l'opposition d'un étirement horizontal

et d'une ascension verticale, au lieu d'utiliser l'image aberrante

et habituelle de la bifurcation dans un même plan.

Nous pourrions dire aussi qu'il nous faut choisir entre

l'abandon au temps et le consentement à l'absolu.

F) Si une philosophie du moi éternel nous interdit toute

paresse et toute complaisance en nous rappelant que notre

liberté est toujours en acte, elle nous interdit aussi de considérer

l'éternité comme un refuge, au sein duquel nous pourrions

oublier les soucis et les bassesses du monde. Se refusant à

chercher l'acte au niveau des actions, elle se refuse à distinguer,

au sein de la nature, des êtres purs et des instants privilégiés.

C'est le présent concret qui s'offre dans son ensemble, et s'offre

seul à mon jugement. Rien n'y est trop bas pour servir de matière

à ma volonté. Il est chimérique de chercher à y séparer les actes

accomplis par désir de ceux qu'inspirerait la volonté pure. Tous

les actes sortent du désir, même celui d'écrire un livre sur l'impératif

catégorique. Il nous faut élever le monde vers la justice

en prenant des appétits comme matière première, à la manière

du peintre qui fait de la beauté avec des terres et des boues et

non avec de la lumière pure ou de bonnes intentions. Sentir

l'insuffisance du monde est tout autre chose que le mépriser

ou le fuir. Consentir à l'absolu c'est le servir en cherchant à

promouvoir la valeur dans le monde — c'est-à-dire dans le

monde présent. L'ordre du devoir n'est pas de préparer une cité

juste pour nos arrière-petits-enfants. Il est d'être justes nous-mêmes

et tout de suite. Et ce qu'il y a d'angoissant dans la

liberté est que nous ne savons jamais, ni du dehors ni par

réflexion, quand nous sommes justes et quand nous ne le sommes

pas. Du moins les choses paraissent-elles ainsi à un premier

examen. Mais devant une conscience plus exigeante il apparaît

que l'origine de l'angoisse est le sentiment que nous avons d'être

certainement injustes. Nous n'avons jamais fait tout ce que

nous pouvions : être tenté de le croire est une excellente raison

d'en douter…[…]

Voilà un extrait d'une série de textes et de conférences de Gaston Berger qui me semblent être intéressants à partager.

A mon sens, la phénoménologie y apparait comme la seule philosophie méritant le nom de néo-kantienne et invite surtout à se poser des questions sur des dérives toutes actuelles.

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Posté

Justement, je trouve G.Berger très lisible et agréable à lire. Il me semble de plus donner des réponses intéressantes à certaines "lacunes" qu'il y a dans la cohérence de la phénoménologie Husserlienne.

Posté
Je me suis farci Husserl quand j'étais plus jeune… Des intuitions intéressantes, mais noyées dans un jargon insupportable.

Le demeuré* qui donnait cours de philo en candi à Saint Louis abordait la matière avec Husserl … vraiment pas un bon souvenir !

* Jeune, barbu et portant la même chemise rouge tous les jours de l'année pour qu'il n'y ait pas de confusion !

Posté
Le demeuré* qui donnait cours de philo en candi à Saint Louis abordait la matière avec Husserl …

L'assistant de Dillens ? C'est vrai que la philo aux FUSL, c'est (c'était) en-dessous de tout. (Moi, je me suis farci la Dillens :icon_up: )

Posté
L'assistant de Dillens ? C'est vrai que la philo aux FUSL, c'est (c'était) en-dessous de tout. (Moi, je me suis farci la Dillens :icon_up: )

J'imagine … le sommet a été atteint le jour il est pratiquement entré en transe dans l'auditoire en nous parlant de la République de Platon et du rôle majeur que devaient y jouer les philosophes dans la direction du peuple ! Il marchait frénétiquement de droite à gauche en tapant du pied comme s'il récitait des incantations …

Posté
Je me suis farci Husserl quand j'étais plus jeune… Des intuitions intéressantes, mais noyées dans un jargon insupportable.

Bizarrement, Husserl a été des lectures clef qui m'ont amené au idées libérales… en particulier son travail sur la conscience et le temps.

Mais c'est vrai qu'il n'est pas très clair…

EDIT: plus que pas très clair, il n'est pas simple.

  • 2 months later...
Posté
J'imagine … le sommet a été atteint le jour il est pratiquement entré en transe dans l'auditoire en nous parlant de la République de Platon et du rôle majeur que devaient y jouer les philosophes dans la direction du peuple ! Il marchait frénétiquement de droite à gauche en tapant du pied comme s'il récitait des incantations …

:icon_up:

En tout cas, il me semblait que von Mises, bien qu'il ait eu du respect pour Wittgenstein (dont le QI aurait été de loin supérieur á celui d'Einstein) était en désaccord avec lui.

J'ai cherché des sources éclairant le rapport entre von Mises et la phénoménologie récemment mais je n'ai rien trouvé de satisfaisant….

Quelqu'un peut-il m'aider à ce sujet?

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