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Français, l'URSS te protège


Punu

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J'ai récemment acheté un superbe lot de magazines "Russie d'Aujourd'hui", un mensuel publié dans les années 30 par l'URSS à des fins de propagande. Malraux y a écrit, ainsi que Gide, Nizan, Signac, etc. On y parle des procès de Moscou, de "L'URSS et l'Espagne", mais l'avant-dernier numéro, celui d'avril 1939, est amusant à plus d'un titre. Voici sa couverture :

DSCN1951.jpg

:icon_up: C'est énorme, je trouve. Quatre mois plus tard l'URSS signait le pacte germano-soviétique. Le pacte en question fut signé le 2 mai 1935 par Potemkine, abassadeur d'URSS à Paris, et Pierre Laval.

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J'ai récemment acheté un superbe lot de magazines "Russie d'Aujourd'hui", un mensuel publié dans les années 30 par l'URSS à des fins de propagande. Malraux y a écrit, ainsi que Gide, Nizan, Signac, etc. On y parle des procès de Moscou, de "L'URSS et l'Espagne", mais l'avant-dernier numéro, celui d'avril 1939, est amusant à plus d'un titre. Voici sa couverture :

DSCN1951.jpg

:icon_up: C'est énorme, je trouve. Quatre mois plus tard l'URSS signait le pacte germano-soviétique. Le pacte en question fut signé le 2 mai 1935 par Potemkine, abassadeur d'URSS à Paris, et Pierre Laval.

Exact, et à l'occasion de la signature de ce pacte franco-soviétique, Staline intima aux dirigeants du PCF de renoncer à leur propagande anti-militariste (on trouvait régulièrement dans les colonnes de l'Humanité des critiques contre les "gueules de vache").

Et effectivement, entre 1935 et 1939, le PCF soutint tout projet visant à renforcer la défense nationale face au Reich, votant par exemple contre la ratification des accords de Munich.

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La France était en effet bien protégée. :doigt: D'ailleurs notre prix Nobel de littérature, Romain Rolland, qui entretenait une correspondance suivie avec le Camarade Staline n'en doutait pas. :icon_up:

27 décembre 1935

Cher camarade,

Je profite du passage d’A[rossev] pour vous faire remettre ce qui suit. Car je ne suis pas sûr que les lettres que je confie à la poste vous arrivent. Je vous en ai écrit deux, depuis trois mois, sans réponse.

Vous vous souvenez que dans l’entretien que vous avez bien voulu m’accorder, j’avais insisté sur les graves malentendus causés dans l’opinion d’Occident par le manque total d’informations exactes, même parmi les amis de l’URSS, et l’impossibilité pour eux d’obtenir de l’URSS des renseignements précis et sûrs pour répondre aux accusations dont celle-ci est constamment l’objet.Vous aviez reconnu le sérieux de mes observations et la nécessité de remédier au mal.Vous m’aviez dit (je cite textuellement) : " Certainement, si nos amis en Occident sont mal informés des motifs qui dirigent les actes du gouvernement soviétique et s’ils ne savent pas souvent quoi répondre à nos ennemis, cela signifie que nos amis ne savent pas aussi bien s’armer que nos ennemis. Cela signifie aussi que nous n’informons pas et n’armons pas assez nos amis. Nous tâcherons de corriger cela. "

Et plus loin : « II est possible que vous ayez raison. Certainement on pourrait réagir de façon plus énergique contre les bruits absurdes. »

Cher camarade, il s’est passé depuis ces paroles cinq mois. Rien n’a été fait pour « corriger cela » et pour « réagir ». Et le mal a considérablement grossi.

Vous ne pouvez imaginer la quantité et la gravité des questions dont nous, les amis de l’URSS, nous sommes presque journellement assaillis, et qui travaillent l’opinion publique du monde. Ce serait une dangereuse erreur de les sous-estimer et de se persuader que si l’on n’y répond pas, elles tombent dans l’oubli. Rien ne s’oublie, tout s’accumule, et cela finit par former une infection qui ronge les sympathies, même de centaines de gens qui semblaient le plus attirés par l’URSS. J’assiste, depuis six mois, à une désaffection croissante pour l’URSS parmi cette partie des intellectuels français, du corps enseignant, des instituteurs, des petits-bourgeois honnêtes, que nous avions réussi à gagner à la cause de l’URSS. Ils sont inquiets et désorientés parce qu’ils n’obtiennent pas d’explications à beaucoup de questions troublantes et de bruits calomniateurs contre l’URSS. Et nous, qu’ils interrogent anxieusement, nous ne pouvons leur répondre que par notre conviction personnelle - (ce qui est insuffisant pour convaincre les autres) - et non par des renseignements précis et sûrs.

Je ne reviendrai pas sur la question de la publication de mon entretien avec vous.Vous ne m’avez pas répondu à ce sujet ; mais, d’après ce que je crois savoir, vous ne jugez pas cette publication opportune. Je n’insiste pas. Mais si la publication de l’entretien est écartée, il n’en reste pas moins que les questions qu’il avait touchées, restent posées devant l’opinion publique, la tourmentent plus que jamais, et réclament impérieusement une réponse. Que cette réponse soit calculée soigneusement et mitigée, s’il le faut ainsi, mais de toute façon, il faut une réponse qu’on puisse opposer aux accusations et publier.

Je reprendrai ici deux de ces questions tourmentantes, et j’y ajouterai plusieurs autres qui agitent l’opinion.

Prime : en premier lieu, la loi sur le châtiment des enfants à partir de l’âge de douze ans. J’avais prévu l’émotion qu’elle soulèverait en Occident. Cette émotion dépasse mes prévisions. Les bruits les plus atroces sont mis en circulation. J’ai du écrire, en vain, une douzaine de lettres à des amis, pour m’efforcer de les tranquilliser. Leur inquiétude n’a pas été apaisée, et le flot de protestation monte. Les ennemis de l’URSS ont beau jeu. Un prélat très connu et malheureusement estimé, Monseigneur D’Hervilly, fait en Belgique et en France, dans les provinces, une série de conférences où il est allé jusqu’à dire que d’après la loi du 7 avril dernier, les enfants de douze ans étaient condamnés à mort pour « obstination religieuse » ! - II faut répondre. Je ne le puis pas avec termes de notre entretien : on me ferme la bouche. Mais, d’une façon ou de l’autre, que l’on réponde ! Sans dire les vrais motifs de la loi, n’est-il pas bien des moyens d’étouffer de si honteuses calomnies ! Et d’abord, qu’on fasse savoir que (comme vous me l’avez affirmé à la fin de juin) pas un enfant n’avait à cette date été condamné à mort !

Deuxièmement : pour le procès qui a suivi le meurtre de Kirov, je vous disais combien il serait essentiel de faire connaître au public étranger les charges écrasantes qui fait châtier les conjurés. On ne l’a point fait. Le résultat est qu’en Occident s’est répandue l’opinion que, selon les expressions de Léon Trotsky dans un récent article du 31 octobre, paru dans son organe de Paris La Vérité, « on s’est servi de l’affaire Kirov pour anéantir des dizaines de gens, manifestement dévoués à la Révolution, mais qui réprouvaient l’arbitraire et les privilèges de la caste dominante ». On ajoute que les accusations portées contre Zinoviev et Kamenev sont absolument sans fondement. Et Trotsky se fait le promoteur d’une demande de « Commission internationale, au dessus de tout reproche par sa composition, qui serait chargée d’enquêter sur les arrestations, procès, fusillades, déportations, en liaison avec l’affaire Kirov ».Trotsky, qui me prend à partie dans cet article, intitulé : « Romain Rolland remplit sa mission », me somme d’accepter cette proposition et pensant que je m’y refuserai, insinue que mon refus sera la preuve de la peur que les amis du régime soviétique ont de faire la lumière sur cette affaire.

Troisièmement : (autres questions) : Je reçois de Tel-Aviv une lettre signée d’un écrivain Israélite, qui se dit révolutionnaire et admirateur de l’URSS, et qui lutte en Palestine contre la classe bourgeoise israélite, mais qui s’indigne contre un prétendu antisémitisme régnant en URSS et se traduisant par des reprécutions [sans doute répression N.d.l.R.] contre « les Juifs qui veulent parler leur langue ! » Cette langue hébraïque serait décrétée par le gouvernement « contre-révolutionnaire » et pour cette raison, prohibée. J’ai entendu la même plainte de la part de jeunes juifs en Suisse.

Quatrièmement : Barthélémy de Ligt, l’antibelliciste hollandais connu, qui jouit d’un grand public international, m’a adressé une lettre ouverte où il parle de persécutions atroces contre les Doukhobors, soi-disant innocents de toute action antisoviétique, et simplement poursuivis pour leurs convictions religieuses et leur refus de service militaire. (J’imagine que si des villages de Doukhobors ont été exilés, ce doit être plutôt pour activité antisoviétique, résistance et sabotage à la politique agraire, mais je n’ai pas de faits précis pour répondre).

Cinquièmement : je reçois des lettres d’antifascistes italiens, se répandant en clameurs d’indignation, parce que, prétendent-ils, le gouvernement soviétique aurait livré un de leurs compagnons antifascistes, Pétrini, à la police mussolinienne.

Sixièmement : on ressort de l’oubli un ancien procès qui aurait eu lieu à Moscou contre des prêtres polonais, dont un évêque, qui a été fusillé ; et les journaux répètent que ce fut amplement parce qu’il « croyait en Dieu » ! Il m’est évident que c’est absurde ; mais il faudrait pouvoir répondre par les vraies raisons de cette condamnation, qui sous la forme où elle est présentée, indigne même des libres-penseurs.

Septièmement : on ressort aussi de sa fosse Makhno ; et depuis sa mort, une quantité de journaux, non seulement anarchistes, mais de lutte contre la guerre, d’objecteurs de conscience, même de tendances religieuses libres (comme le Journal de Marc Sangnier, qui est catholique antifasciste, très énergique dans le combat contre Mussolini et contre Hitler) vont répétant que Makhno était un héros, presque un saint, qui se sacrifiait pour le peuple, qui jamais n’a provoqué de pogromes, ni professé d’antisémitisme, mais qui était la victime des calomnies des bolcheviks. - J’ai demandé à plusieurs reprises à Moscou des documents sur Makhno (livres, brochures, etc.) ; je n’ai rien reçu.

Huitièmement : la femme de Trotsky lance de tous côtés des lettres circulaires, au sujet de son fils Serge, professeur dans une école technique de Moscou, qui vient d’être arrêté ainsi que sa femme. Elle proteste qu’ils sont absolument innocents, et que leur condamnation est un acte de vengeance contre leur père. Il faudrait encore ici pouvoir répondre par des faits.

J’arrête ici la liste de questions, qui me sont posées. Il en arrivera d’autres. Il faudrait pouvoir y répondre au fur et à mesure : car je le répète, elles font un mal extrême. Je vois quantité de braves gens, qui se détournent de l’action commune pour la défense de l’URSS et qui se rallient aux groupements divers, de plus en plus nombreux, qui, tout en combattant la réaction fasciste, attaquent en même temps la politique de l’URSS. Je reçois nombre journaux de cette tendance (il s’en fonde sans cesse de nouveaux) ; et j’ai le regret d’y voir les noms d’amis que j’estime et que je sais sincèrement révolutionnaires de cœur. Des couches très larges d’instituteurs, et par eux, de fils d’ouvriers, sont touchés par ces plaintes et ces accusations. Et, de l’autre côté des mers, les journaux des États-Unis et de l’Amérique de Sud presque entièrement gagnés à l’opposition anarchiste ou trotskyste, font un bruyant écho à ces nouvelles. - Il serait inconcevable qu’on laissât faire, sans réagir énergiquement.

Cher camarade, je ne demande pas être renseigné et informé personnellement. Il ne s’agit pas de moi ; et d’ailleurs, je suis trop âgé et éloigné de Paris, pour pouvoir assumer le rôle de centre d’informations. Mais ce centre d’informations reçues de l’URSS doit exister, doit être fondé, à Paris, en sorte que tous les amis actifs de l’URSS (et moi parmi eux) puissent y puiser et s’y armer, pour répondre par des faits aux attaques inlassables contre l’URSS. Les ennemis de l’URSS sont incomparablement mieux organisés et mieux armés. Ils sont munis d’informations de toutes sources, ils ont une presse nombreuse, des écrivains de valeur, mille moyens d’agir. Nous, vos amis, nous sommes complètement livrés. On ne répond pas de chez vous à nos appels. Les plus dévoués finissent par se lasser et par laisser atteindre par le découragement. Je ne citerai pas ici de noms ; mais je le pourrais, et parmi les meilleurs amis de l’URSS. Je vous presse instamment d’agir dans le sens même que vous avez dit que j’ai rappelé au début de cette lettre : « Nous n’informons pas et n’armons pas assez nos amis, m’avez-vous dit. Nous tâcherons de corriger cela. » Informez- les donc et armez-les ! Il faut fonder à Paris un centre permanent d’informations.

Romain Rolland

De fait, aucun enfant de moins de 12 ans n'a été condamné à mort. Les parents arrêtés pour divers motifs politiques réels ou supposés, ils étaient envoyés dans des camps "de rééducation" où ils mourraient de maladies diverses, faute de soins, des mauvais traitements de leurs gardiens, d'épuisement au travail, de froid, de faim,… Quant à ceux qui étaient un peu plus âgés ils eurent à subir les rigueurs du peloton d'exécution quand il ne s'agissait pas d'exécutions sommaires.

On se rappellera que dans Au-Dessus de la mêlée (1914), Romain Rolland écrivait : « Le métier des intellectuels est de chercher la vérité au milieu de l’erreur. »

Posté
Et cette crevure passe pour un pacifiste encore aujourd'hui.

Toute proportion gardée, on peut rapprocher sa démarche intellectuelle de celle d'un Pierre Laval, par exemple: internationaliste et pacifiste, mais jouant l'idiot utile d'une puissance totalitaire.

Posté
J'aurais plutôt pensé à Julien Benda, pour rester dans le monde des lettres françaises.

C'est une comparaison effectivement tout à fait pertinente.

Invité Arn0
Posté

Ce genre de documents a le mérite de montrer que les horreurs du régime soviétique ont toujours été bien connus par ses défenseurs malgré leur aveuglement volontaire.

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