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La scientologie in the news again


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ENQUETE

L'étrange séquestration qui embarrasse la Scientologie Anne-Cécile Juillet

samedi 01 mars 2008 | Le Parisien

Secourue par la police italienne, Martine Boublil, une Française de 48 ans, a été séquestrée durant plusieurs semaines par des scientologues dans une maison isolée, en Sardaigne. Une affaire qui risque de relancer la polémique sur l'Eglise de scientologie

Pour la Scientologie, l'affaire tombe au plus mal. Alors que la problématique sectaire revient au premier plan du débat public en France, et tandis que le ministère de l'Intérieur vient de rappeler aux préfets la plus grande vigilance à l'encontre de toute dérive, un drame vient remettre en cause les pratiques controversées de la Scientologie.

Martine Boublil, 48 ans, ancienne scientologue et soeur de l'un des plus hauts gradés de la Scientologie en France, Claude Boublil, a été retrouvée fin janvier, en Sardaigne, après un mois et demi de séquestration dans des conditions sanitaires abominables.

Cet enfermement de force, visiblement organisé par son frère, avait, d'après ses déclarations, commencé quatre mois plus tôt, sur le sol français. Hospitalisée depuis sa libération, elle doit être rapatriée en France mardi.

Jean-Pierre Brard, député-maire PC et membre de la commission parlementaire de lutte contre les sectes, a alerté par courrier le ministère des Affaires étrangères il y a dix jours, lui demandant une « protection renforcée » de cette femme. La chancellerie et le ministère de l'Intérieur déclarent être « très attentifs » à l'affaire. Pour l'instant, c'est la justice italienne qui mène l'enquête. Elle a rendu leur liberté aux quatre scientologues après les avoir assignés à résidence sur le sol sarde pendant quelques jours.

Si elle dépasse sa peur et d'éventuelles pressions, Martine Boublil peut porter plainte dès son retour en France. Si ce n'est pas le cas, la balle resterait dans le camp italien : sans une demande officielle de coopération franco-italienne, les autorités françaises avouent leur impuissance. Ce serait donner raison à la porte-parole de la Scientologie, Danièle Gounord, qui nous affirmait qu'« aucune procédure pénale n'était en cours en France » contre son organisation. Contactée hier, celle-ci nie toute implication de la Scientologie dans cette histoire et rétorque qu'il s'agit d'un « drame familial ».

Pour Roger Gonnet, un ancien scientologue aujourd'hui chef de file de la lutte contre la Scientologie , ces méthodes sont au contraire « coutumières » de cette organisation. Il a rencontré hier, à l'Elysée, Emmanuelle Mignon, la directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy, pour s'entretenir de ces questions.

« J'ai vécu l'enfer… » Propos recueillis par Anne-Cécile Juillet

samedi 01 mars 2008 | Le Parisien

MARTINE BOUBLIL, 48 ans, ex-membre de la Scientologie

EN ETAT DE CHOC après sa libération, Martine Boublil se reconstruit peu à peu. Aujourd'hui, elle attend avec impatience son retour en France, malgré sa peur d'y redevenir la proie de ses geôliers.

Etes-vous membre de l'Eglise de scientologie ?

Martine Boublil. Plus depuis longtemps. J'y suis rentrée en 1978, j'avais 18 ans. J'ai toujours beaucoup aimé Claude, l'aîné de mes deux frères. Il a eu beaucoup d'influence sur moi. C'est lui qui m'a incitée à suivre un soi-disant « cours de communication ». En fait c'était la scientologie. Sans tout comprendre, j'ai découvert une théorie qui me passionnait à l'époque. Puis je suis devenue superviseur de cours. J'ai appris à me servir de l'électromètre (NDLR : un instrument électronique permettant de « mesurer l'état mental des individus »), j'ai grimpé les échelons. Au bout de huit ans, je m'en suis éloignée.

Pour quelles raisons ?

Je me suis rendu assez vite compte que, derrière la théorie, les gens qui disent la servir ne sont pas honnêtes. Les dirigeants, je les connais bien, ne veulent au fond qu'une chose : l'argent et la puissance. Ils manipulent. Je l'ai dit tout haut, ça a gêné, je me suis plus ou moins fait virer. Mais par la suite, mon frère est devenu l'un des plus importants d'entre eux.

Qu'avez-vous fait par la suite ?

J'ai vécu en donnant des cours de soutien scolaire tout en gardant des liens avec des amis scientologues. Il y a quelques années, j'ai fait une grave dépression. Claude m'a reprise sous sa coupe. J'ai été hospitalisée une première fois, contre son avis, pendant cinq jours. Il m'en a fait sortir : les scientologues combattent la psychiatrie avec une vigueur absolue. Lorsque ma mère est morte, en juin 2007, mon second frère, Gilbert, qui est médecin lui aussi mais n'est pas scientologue, m'a à nouveau fait interner. En août, Claude, qui cette fois m'a enlevée de l'hôpital, m'a emmenée de force en Normandie, dans une maison qui appartient à un scientologue. Puis dans la Sarthe, et enfin en Sardaigne. C'est à Nuoro, à partir de décembre, que mes conditions de vie ont été les pires.

« Au début, je dormais assise sur une caisse »

Qu'y avez-vous vécu ?

L'enfer… (long silence) C'était bien organisé. Les deux jeunes me surveillaient (NDLR : Julien Q. et Rachid K.), parce que je ne devais pas sortir de ma chambre, au premier étage. Enfin, c'était une pièce dégoûtante, avec seulement un matelas par terre. Au début, je dormais assise sur une caisse. Les autres dormaient en bas, dans le salon. La femme (NDLR : Marie D.) s'occupait de l'intendance. Ils ne m'adressaient pas un mot. Pour dire oui, ils clignaient des yeux, pour non, les laissaient ouverts. Ils m'apportaient de la nourriture, essentiellement des « cordons bleus », matin, midi, soir, et des fruits. Pour faire mes besoins, j'avais une bassine. Pour vêtement, un tee-shirt. Je n'ai pas pu me laver non plus. Si je voulais sortir de ma chambre, on m'y repoussait violemment.

Comment avez-vous fait pour vous sortir de cette situation ?

La maison où j'étais détenue était mitoyenne d'une autre. Mi-janvier, avec un tube de rouge à lèvres qu'on m'avait laissé, j'ai écrit « SOS ! », « Aiuto ! » (au secours en italien) sur une boîte vide, sur un vieux bout de journal. J'ai lancé mes messages dans le jardin des voisins, qui ne venaient dans cette maison que le week-end. C'est eux qui ont prévenu la police.

Vos geôliers présumés avancent, pour justifier votre séquestration, qu'ils voulaient « vous aider ». Qu'en pensez-vous ?

C'est faux ! C'est pour mon bien qu'on m'a séquestrée ? Maltraitée au point de n'en plus pouvoir marcher ? Ces gens sont des menteurs, des escrocs. Dès que je rentre à Paris, et que je suis en sécurité, je porte plainte. Je veux que les gens qui m'ont fait du mal soient jugés.

« Ce n'est pas la première fois qu'ils ont recours à cette pratique » Propos recueillis par Emeline Cazi

samedi 01 mars 2008 | Le Parisien

ROGER GONNET a quitté la Scientologie au milieu des années1980 en violent désaccord avec « cette pseudo-religion qui trompe les gens et fait payer ses méthodes beaucoup trop cher ». En 1974, il avait créé la première organisation du mouvement en dehors de Paris, dans la région lyonnaise.

Vous avez été reçu par Emmanuelle Mignon cet après-midi. Quelle a été la nature de cet entretien ?

Roger Gonnet. J'ai demandé à la rencontrer à la suite de son interview dans « VSD ». J'ai pensé que, pour tenir de tels propos, elle devait méconnaître le problème. Comme Michèle Alliot-Marie d'ailleurs. Emmanuelle Mignon a reconnu qu'elle n'était pas très au fait des pratiques de la Scientologie. Je l'ai donc éclairée en décrivant les méthodes de manipulation, les suicides dont j'ai eu connaissance et que le seul but du mouvement consiste à amasser de l'argent. Bien informées, les personnes qui pensent que les sectes ne sont pas un problème changent forcément d'avis. Pas sur tout, mais au moins sur le principal.

« Elle a dû vouloir se rebeller »

Ce qui est arrivé à Martine Boublil vous étonne-t-il ?

La Scientologie a-t-elle souvent recours à ce type de pratique ? Ce n'est pas la première fois. J'ai recueilli il y a quelque temps le témoignage d'un adepte séquestré dans une maison aux Pays-Bas et privé de tout contact avec l'extérieur. Pour autant, les isolements à l'étranger ne sont pas si fréquents que cela. Tout simplement parce que cela coûte cher. Il faut trouver des personnes volontaires pour rester plusieurs semaines dans un pays qu'ils ne connaissent pas et dont ils ne parlent pas forcément la langue. La Scientologie n'a pas les moyens pour cela. Elle préfère se consacrer au financement de campagnes de communication, à la vente de ses produits et à l'organisation de sa défense. Comment expliquer ce qu'ils ont fait subir à cette adepte ? La Scientologie prétend qu'elle est folle, je suis convaincu qu'elle ne l'est pas du tout. Martine Boublil a dû vouloir se rebeller. Elle a dû piquer une crise de nerfs, peut-être même vouloir communiquer avec l'ennemi ou, pire, parler à la presse. Ils ont leur méthode pour cadrer les fous, les PTS type 3 comme ils les rebaptisent. Ils appellent cela Introspection Rundown. L'adepte est mis à l'abri, nourri et placé sous bonne garde avant qu'on lui fasse subir toute sorte d'auditions pseudo-psychanalytiques. J'imagine que c'était dans leurs intentions, mais ils n'ont pas eu le temps d'aller au bout du processus.

Posté
Et que dire de la secte des économistes…

:icon_up: Taranne, je pense que tu voulais écrire "La scientologie in the news again" plutôt que "la sociologie" ?

EDIT (Fredo) : Grillé à la seconde près.

Posté
Je pense qu'on peut poser l'équation :

(honnêteté de l'association) = (1 / nombre d'avocats qu'elle emploie)

Applique ton équation à toutes les grosses entreprises.

Posté

La Scientologie est la providence des croisés anti-sectes, et cette histoire devrait leur permettre d'en remettre une couche. Je ne serais pas étonné que l'Eglise passe une nouvelle fois au travers, le témoin n'étant pas d'une fiabilité absolue et le lien avec l'institution étant difficile, voire impossible, à prouver.

  • 2 weeks later...
Posté
USTICE.

Scientologie : ouverture d'une enquête pour « séquestration »

Le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire afin de faire toute la lumière sur la « séquestration » d'une ex-adepte de la Scientologie en Sardaigne. La victime présumée, Martine Boublil, est hospitalisée depuis son retour en France.

DEPUIS son arrivée sur le sol français, mardi soir, Martine Boublil, 48 ans, est soignée dans un hôpital psychiatrique de la région parisienne, après avoir été prise en charge pendant vingt-quatre heures à l'hôpital Sainte-Anne, à Paris. Parallèlement, le jour de son rapatriement, le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire pour « séquestration ». Les officiers de l'office central de répression contre les violences faites aux personnes, qui dépend de la Direction de la police judiciaire, ont entendu la victime présumée à plusieurs reprises, mais brièvement. A ce jour, ils attendent que l'état de cette femme, très affaiblie par un mois et demi de séquestration, et psychiquement instable, soit compatible avec une audition en bonne et due forme.

« Un frère dévoué qui voulait aider sa soeur mentalement dérangée »

L'internement en structure psychiatrique, c'est précisément ce qu'affirme redouter le plus Claude Boublil. Le frère de Martine, après avoir refusé de répondre aux questions du « Parisien » - « Aujourd'hui en France », s'est exprimé jeudi sur le site Internet du « Nouvel Observateur ». Il se présente comme « un frère dévoué qui voulait aider sa soeur mentalement dérangée ». Pour lui éviter la « camisole chimique », il a préféré l'installer « à la campagne, au grand air, loin des perturbations de la ville où Martine pouvait faire de longues promenades, se reposer et bien dormir ». C'est en plein coeur de la Sardaigne, sur les hauteurs de Nuoro - la première ville de Sardaigne qui a accueilli un centre scientologue -, dans une maison isolée, qu'il installe Martine. Il la confie à trois autres scientologues qu'il compte au nombre de ses « amis », Julien Q., 18 ans, Rachid K., 18 ans tout juste également, et Marie D., 42 ans.

Visiblement, sa soeur ne bénéficie pas d'autant de « promenades au grand air » que son frère le prétend. Depuis sa chambre, elle tente d'alerter les voisins en lançant dans leur jardin de vieux bouts de journaux sur lesquels elle a écrit des « au secours » avec son rouge à lèvres. Les habitants de cette maison mitoyenne préviennent la police.

Le 20 janvier, lorsque les carabiniers italiens découvrent Martine Boublil, ils la trouvent vêtue d'un simple t-shirt, installée sur un matelas extrêmement sale. La femme ne peut plus marcher. Dans la pièce, un seau lui sert de toilettes. Le parquet de Nuoro ouvre une enquête pour « séquestration ». Claude Boublil et ses trois amis sont mis en examen, assignés à résidence, entendus à plusieurs reprises. A ce jour, ils demeurent à disposition de la justice italienne. Un juge des libertés a choisi de leur rendre leur liberté, estimant que tous présentent des garanties de représentation sérieuses. Martine Boublil est, elle, restée en Italie jusqu'au 4 mars, pour se faire soigner dans l'aile psychiatrique de l'hôpital de Nuoro.

Simple « affaire familiale », comme le prétendent Claude Boublil et Danièle Gounord, porte-parole de la Scientologie en France ? Séquestration prévue dans les textes scientologues sous l'appellation « introspection » pour traiter les cas de personnes « déviantes » ? L'enquête vient de commencer à Paris. Côté italien, les autorités judiciaires ne rejettent pas la possibilité de dénoncer les faits à la France, qui aurait alors accès au dossier italien.

Anne-Cécile Juillet

leparisien.com , dimanche 09 mars 2008, 0h00

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