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Un cas concret de libéralisme en action


Bernard

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Posté

Vendredi dernier un reportage intéressant à plus d'un titre est passé dans Thalassa: "Nigeria, les forçats de la lagune". Malheureusement il n'est pas visionnable sur le site de France 3, contrairement au reste de l'émission (pour des questions de droits certainement).

Le reportage décrit les conditions de travail extrêmement pénibles de Nigérians qui vont en bateau, un voilier rudimentaire, depuis leur village jusqu'à un haut-fond dans la lagune, afin d'en extraire du sable qui servira à la construction. Il faut environ 300 plongées en apnée à 2 mètres de profondeur pour remonter à chaque fois un seau plein de sable saturé d'eau et remplir le bateau, seau après seau, en 4 heures. En outre, le trajet prend encore 4 heures aller et 4 retour (ou plus selon les conditions de vent). A la fin du trajet, ils doivent démâter pour pouvoir passer sous le viaduc de la rocade de la capitale Lagos, et terminer en poussant leur bateau à l'aide d'une perche. D'autres personnes prennent alors le relais pour décharger le sable, qui est ensuite revendu par le propriétaire du bateau (en fait la propriétaire, ce sont des femmes qui paient les hommes pour ce travail).

C'est à la toute fin du reportage qu'on voit l'Histoire en marche: le village voisin, qui vit de la même ressource, a investi dans un remorqueur pour amener les bateaux sur les lieux d'extraction et les reconduire au village (le journaliste parle de révolution industrielle en direct). Les conséquences sont phénoménales:

  • le gain de temps est tel qu'on peut maintenant faire deux rotations par jour au lieu d'une;
  • les hommes peuvent se reposer à l'aller et évidemment surtout au retour;
  • grâce aux gains de productivité, ils ont gagné une demi-journée de congé par semaine, octroyée par les propriétaires des bateaux.

C'est une belle démonstration de la façon dont tout le monde y gagne dans un marché libre: le capitaliste qui a investi dans le remorqueur s'enrichit "sans travailler" (ce n'est évidemment pas lui qui effectue le remorquage), les propriétaires de bateaux aussi, mais les travailleurs s'enrichissent également grâce à cet investissement, alors que sans le capitaliste (dans l'autre village) il n'y a pas d'amélioration. Au contraire: comme le prix du sable baisse, il ne peuvent plus gagner autant et s'apauvrissent. De plus, tout le reste de la société en profite, même en dehors du village: le prix de la construction baisse en proportion du sable qui y est utilisé.

On peut extrapoler et compléter par une fable: imaginons que le propriétaire du remorqueur vienne proposer dans le premier village d'investir dans un nouveau remorqueur, pour en faire bénéficier les travailleurs. Mais dans ce village on trouve scandaleux qu'un capitaliste puisse s'enrichir sur le dos des travailleurs, et on exige une répartition égalitaire des bénéfices. L'investisseur risque fort de renoncer à son projet: il continuera d'épargner en vue d'acheter un engin de dragage mécanique, qui va encore faire exploser les gains de productivité du second village où il est bien accueilli. Résultat: nouvelle augmentation du niveau de vie dans le second village, mais aussi nouvelle baisse du prix du sable et donc baisse proportionnelle du revenu du premier village…

Je suis sûr que vous avez d'autres exemples du même type; mais ce qui me paraît intéressant ici, c'est d'une part qu'il s'agit d'un cas réel, et d'autre part que ce reportage est passé dans une émission grand public, qui ne peut pas être soupçonnée de propagande pro-libérale. D'ailleurs le reportage s'intéresse surtout aux travailleurs nigérians, le libre marché n'est pas du tout le sujet. Ce n'est qu'avec un regard décalé qu'on voit la démonstration: à mon avis c'est un bel exemple pour expliquer "comment ça marche le libéralisme"!

Invité jabial
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Ça illustre surtout une chose : on ne peut pas imaginer les bienfaits du libéralisme parce que, au sens propre, le libéralisme est une non-intervention et n'"apporte" donc aucun bienfait direct. C'est l'intervention étatique qui empêche l'émergence de bienfaits naturels que personne ne peut prévoir ; cet effet pervers est systématique parce qu'il est consubstantiel à la nature de l'État, qui ne crée rien mais ne peut que déshabiller Pierre pour habiller Paul.

C'est pour ça que c'est quasiment impossible de "vendre" le libéralisme : à la question "mais comment on fera pour…" la bonne réponse est "on n'en sait rien, ça se réglera tout seul". C'est vrai, mais malgré le fait que l'histoire a démontré que ça marche, intuitivement ce n'est pas crédible. "Si la Terre était ronde, ceux qui sont en bas tomberaient". Croire à la catallaxie, c'est toute une éducation, tout un paradigme qu'il faut reconstruire de zéro.

Ce biais, je le vois même ici. La plupart des gens ne sont pas réellement prêts à accepter que des choses qu'ils considèrent comme mauvaises puissent advenir sans que la puissance publique n'y fasse rien. La vérité est qu'ils n'acceptent que ce qu'ils ne considèrent comme un bien caché — je n'ai encore jamais rencontré de personne qui pense à la fois que les inégalités, c'est mal, et qui est libéral. D'ailleurs, la plupart de ceux qui se sont éloignés du libéralisme en ces lieux l'ont fait précisément parce qu'ils ont rencontré leur limite morale et ont cessé de croire que le remède légal était partout et toujours pire que le mal.

Posté
C'est pour ça que c'est quasiment impossible de "vendre" le libéralisme : à la question "mais comment on fera pour…" la bonne réponse est "on n'en sait rien, ça se réglera tout seul". C'est vrai, mais malgré le fait que l'histoire a démontré que ça marche, intuitivement ce n'est pas crédible. "Si la Terre était ronde, ceux qui sont en bas tomberaient". Croire à la catallaxie, c'est toute une éducation, tout un paradigme qu'il faut reconstruire de zéro.

j'aime beaucoup l'exemple du globe.

Je trouve que Bernard résume bien l'état d'esprit des pays socialistes, ou sociaux-démocrates comme la France:

Mais dans ce village on trouve scandaleux qu'un capitaliste puisse s'enrichir sur le dos des travailleurs, et on exige une répartition égalitaire des bénéfices.

Quand les principes moraux sont déconnectés de leurs fins, au profit de sentiments puissants comme la jalousie et d'autres tout aussi peu glorieux. Une sorte de découplage.

Socialisme et pauvreté sont fortement corrélés, et tout à fait empiriquement, mais non, on est obligé de supporter des leçons de morale fallacieuses sur les riches qui en fait sont malheureux ou pas citoyens etc… J'ai tendance à penser, à cause des considérations malthusiennes qui accompagnent souvent les discours anti-capitalistes et anti-innovation, qu'en même temps que la jalousie ou comme l'a fait remarquer Hayek, le désir de se défausser de sa responsabilité et de s'affranchir des barrières morales par le biais du groupe sublimé dans l'Etat, entre en lice une vision incroyablement archaïque du monde comme un tout stable et fini, sans création de richesses ni entrepreneuriat, un jeu à somme nulle où celui qui s'en tire bien l'a forcément fait aux dépends des autres.

Ca sous-tend je crois le discours anti-riches et le discours tiers-mondiste, mais aussi le discours écologiste quand il flirte avec la décroissance: alors que le climat est en évolution constante et que les preuves historiques abondent sur des changements climatiques assez importants dans les temps pré-industriels, comme le petit âge glaciaire, bien documenté, l'écologiste qui lui croit que le climat est par nature invariable (comme les créationnistes qui nient l'évolution des espèces), va chercher une responsabilité, et comme par ailleurs il est anti-capitaliste, ça fait d'une pierre deux coups. Intuitif peut-être, mais du niveau de la pensée magique.

Posté
C'est pour ça que c'est quasiment impossible de "vendre" le libéralisme : à la question "mais comment on fera pour…" la bonne réponse est "on n'en sait rien, ça se réglera tout seul". C'est vrai, mais malgré le fait que l'histoire a démontré que ça marche, intuitivement ce n'est pas crédible. "Si la Terre était ronde, ceux qui sont en bas tomberaient". Croire à la catallaxie, c'est toute une éducation, tout un paradigme qu'il faut reconstruire de zéro.

Personnellement je suis venu au libéralisme à partir de simples faits: de façon empirique il est clair que le socialisme, quelles que soient ses bonnes intentions (ou non), ne fonctionne pas. L'histoire l'a prouvé et l'actualité le prouve encore. Il me semble plus facile de "vendre" le libéralisme en commençant par des exemples et des faits réels: après avoir constaté que ça marche, on peut s'intéresser à la raison pour laquelle ça marche.

Pour reprendre l'idée du globe, si on ne croit pas que la Terre est ronde, voir qu'il est possible d'en faire le tour force à reconsidérer l'hypothèse de départ. Intuitivement la Terre semble plate: le contraire est difficile à accepter surtout si on doit remettre toute sa vision du monde en cause, et il est plus simple de croire à une mystification (théorie du complot du genre: le voyageur s'est caché dans son appart et a fait envoyer des cartes postales par ses copains). Mais si pleins de gens d'horizons différents effectuent ce tour du monde, cette position devient intenable sans malhonnêteté intellectuelle… Du moins on peut l'espérer!

Invité jabial
Posté
Pour reprendre l'idée du globe, si on ne croit pas que la Terre est ronde, voir qu'il est possible d'en faire le tour force à reconsidérer l'hypothèse de départ. Intuitivement la Terre semble plate: le contraire est difficile à accepter surtout si on doit remettre toute sa vision du monde en cause, et il est plus simple de croire à une mystification (théorie du complot du genre: le voyageur s'est caché dans son appart et a fait envoyer des cartes postales par ses copains). Mais si pleins de gens d'horizons différents effectuent ce tour du monde, cette position devient intenable sans malhonnêteté intellectuelle… Du moins on peut l'espérer!

La situation se complique si les choses ne sont pas aussi simples à vérifier, et que la question devient un tel enjeu de société que des gens risquent de perdre en masse leur situation sociale si la vérité se sait, engendrant potentiellement un chaos extrêmement dangereux.

Ici, ce qu'il faut réaliser est qu'aussi douloureux que soit le changement aujourd'hui, il ne peut que l'être plus pour chaque seconde de plus qui passe dans l'étatisme. Plus on attend, pire ce sera d'un point de vue économique. Par contre, ça peut mieux se passer socialement si la faillite conduit les gens à retrouver dans le libéralisme une valeur subversive de masse — mais vu l'incroyable capacité des États à réunir les conditions pour que d'autres fassent gratuitement leur propagande, j'en doute.

Posté

Ca me paraît plutôt un exemple concret de capitalisme en action, avec création d'inégalités, exploitation des Nigérians par les actionnaires de la société d'extraction de sable, revendications pour obtenir une augmentation de salaires et une demi-journée de congé supplémentaire, surexploitation des ressources naturelles, etc. Une véritable mine d'or pour les gauchistes.

Invité jabial
Posté

L'économie réelle ne ressemble pas au Club Med. Les travailleurs bénéficient de l'opération, end of story. C'est ça le capitalisme réel, pas la peine de chercher des exemples tirés par les cheveux. D'ailleurs si on a besoin de chercher des exemples tirés par les cheveux, on a déjà perdu. Le libéralisme n'est pas le paradis sur Terre, c'est le vrai "pire des systèmes à l'exclusion de tous les autres". Autrement dit, l'homme n'étant pas un ange on ne fait pas mieux.

Posté
Le libéralisme n'est pas le paradis sur Terre

Voilà. Le libéralisme ne guérit pas les écrouelles par simple imposition des mains. Ni le facteur d'ailleurs.

Posté

J'ai toujours trouvé que la libéralisation partielle de l'économie chinoise est un exemple excellent. Si on s'intéresse un petit peu aux toutes premières réformes (droits pour les paysans de revendre leur surplus, autorisations de micro échoppes de rue) c'est encore plus intéressant. Les chiffres en terme de productivité sont hallucinants. Cet exemple est aussi particulièrement parlant de par la vitesse de la transformation. Je rappelle que le système précédent a établi des records en terme de famine.

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