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Fondement du Droit naturel


POE

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Sur quoi fonder le Droit Naturel dès lors que l'on considère, comme la science le fait, qu'il n'existe pas de nature humaine ?

Posté
Sur quoi fonder le Droit Naturel dès lors que l'on considère, comme la science le fait, qu'il n'existe pas de nature humaine ?

De nombreux esprits scientistes croient en la fable obscurantiste selon laquelle l'homme n'aurait pas de nature. Nuance.

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De nombreux esprits scientistes croient en la fable obscurantiste selon laquelle l'homme n'aurait pas de nature. Nuance.

Je ne crois pas. Je crois que le concept de nature humaine est étranger à la science.

Si on suit la science sur cette voie, il n'y a pas de nature humaine sur laquelle on peut s'appuyer pour fonder le DN.

Ou bien, on ne suit pas la science jusque là, et on considère qu'il existe une nature humaine, mais dans ce cas sur quoi est elle fondée ?

Posté
Sur quoi fonder le Droit Naturel dès lors que l'on considère, comme la science le fait, qu'il n'existe pas de nature humaine ?

Tu considères mal. Et c'est un abus de langage que de dire que la science réfute la nature humaine.

…mais dans ce cas sur quoi est elle fondée ?

Sur la Loi naturelle.

Posté

"Tu ne peux pas prouver que tu n'existes pas." Voilà le genre de fait observable universel sur lequel on peut se baser.

En fait, c'est l'existence de plus d'un libre-arbitre qui fait émerger les valeurs morales, en toute objectivité: prends deux individus et confronte-les à un jeu à somme non-nulle, et de cette base absolument wertfrei tu obtiens inévitablement des choses comme la loyauté, l'honnêteté, la jalousie, etc… Rajoute un troisième individu et tu obtiens toute la palette de nuances morales dont la nature humaine est faite.

Cela indique qu'il y a bel et bien une nature humaine car l'individu agit de manière autodéterminée: cette nature (désolé, je n'ai pas d'autre mot scientifique pour désigner l'ensemble des propriétés observables de quelque chose) contient, de fait, les jugements de valeurs que l'on peut observer dans l'expérience décrite ci-dessus. L'interaction de ces jugements de valeurs, qui sont partie intégrante de ce que sont les individus, fait émerger le reste des jugements moraux. C'est une vérité de base déjà identifiée et utilisée par Ludwig von Mises, d'ailleurs.

Posté
Sur quoi fonder le Droit Naturel dès lors que l'on considère, comme la science le fait, qu'il n'existe pas de nature humaine ?

Il y a une nature humaine dans le sens qu'un homme est différent d'un chien ou d'un caillou. En revanche, prétendre en l'existence d'une nature humaine permanente (une "essence"), ou créée de toute éternité par un démiurge quelconque, relève d'une croyance sans fondement rationnel. :icon_up:

Posté
…ou créée de toute éternité par un démiurge quelconque, relève d'une croyance sans fondement rationnel

Je peine à voir en quoi il est un problème que de toucher au non-rationnel, surtout lorsque l'on sait les dégâts qu'ont causé les applications purement rationnelles.

Posté
Tu considères mal. Et c'est un abus de langage que de dire que la science réfute la nature humaine.

La science ne réfute pas la nature humaine, disons qu'elle l'ignore : pour la science, il n'existe pas de nature humaine.

Sur la Loi naturelle.

Dans ce cas, qu'est ce que la Loi naturelle, et sur quoi est elle fondée ?

"Tu ne peux pas prouver que tu n'existes pas." Voilà le genre de fait observable universel sur lequel on peut se baser.

En fait, c'est l'existence de plus d'un libre-arbitre qui fait émerger les valeurs morales, en toute objectivité: prends deux individus et confronte-les à un jeu à somme non-nulle, et de cette base absolument wertfrei tu obtiens inévitablement des choses comme la loyauté, l'honnêteté, la jalousie, etc… Rajoute un troisième individu et tu obtiens toute la palette de nuances morales dont la nature humaine est faite.

Cela indique qu'il y a bel et bien une nature humaine car l'individu agit de manière autodéterminée: cette nature (désolé, je n'ai pas d'autre mot scientifique pour désigner l'ensemble des propriétés observables de quelque chose) contient, de fait, les jugements de valeurs que l'on peut observer dans l'expérience décrite ci-dessus. L'interaction de ces jugements de valeurs, qui sont partie intégrante de ce que sont les individus, fait émerger le reste des jugements moraux. C'est une vérité de base déjà identifiée et utilisée par Ludwig von Mises, d'ailleurs.

Cela n'est pas clair (pour moi) ou pas explicite.

De l'interaction de trois individus émergent un certain nombre de comportements comme tu le décris, mais parmi ces comportements, il n'y a rien qui permette de dire que l'un est meilleur que l'autre d'une façon objective. Si tous les comportements se valent, d'où peut bien émerger le DN ?

Posté
Si tous les comportements se valent, d'où peut bien émerger le DN ?

Le droit naturel est simplement le seul droit qui ait émergé naturellement et ce progressivement au fil de l'évolution. C'est une sorte de convergence à long terme, convergence qui tend vers une finalité qui nous dépasse.

Posté
Sur quoi fonder le Droit Naturel dès lors que l'on considère, comme la science le fait, qu'il n'existe pas de nature humaine ?

En fondant le Droit Naturel comme un droit s'appliquant aux humains mais s'appliquant à tout être doué de raison donc d'un libre arbitre. On peut restreindre le droit naturel à l'Homme dans les faits, parce que pour autant qu'on sache il est le seul dans ce cas, mais pourquoi le restreindre dans sa définition?

Posté
La science ne réfute pas la nature humaine, disons qu'elle l'ignore : pour la science, il n'existe pas de nature humaine.

Les propositions que tu places de part et d'autre des deux-points ne sont pas équivalentes. La science ne s'intéresse pas à tout - c'est le scientisme qui prétend appliquer la méthode scientifique universellement - mais ne nie pas l'existence de ce qui sort de son champ d'étude. Maintenant, je ne vois pas pourquoi la nature humaine comprise comme l'ensemble des caractéristiques humaines ne pourrait pas être étudiée dans une démarche scientifique. Et ça m'étonnerait fort que les conclusions d'une telle étude puissent être "la nature humaine n'existe pas".

Posté
Les propositions que tu places de part et d'autre des deux-points ne sont pas équivalentes. La science ne s'intéresse pas à tout - c'est le scientisme qui prétend appliquer la méthode scientifique universellement - mais ne nie pas l'existence de ce qui sort de son champ d'étude. Maintenant, je ne vois pas pourquoi la nature humaine comprise comme l'ensemble des caractéristiques humaines ne pourrait pas être étudiée dans une démarche scientifique. Et ça m'étonnerait fort que les conclusions d'une telle étude puissent être "la nature humaine n'existe pas".

:icon_up:

Posté
La science ne s'intéresse pas à tout - c'est le scientisme qui prétend appliquer la méthode scientifique universellement - mais ne nie pas l'existence de ce qui sort de son champ d'étude.

Je crois bien que si. La science s'intéresse à tout, et cela lui permet de nier l'existence de ce qui sort de son champ d'étude.

Bien sûr, ce n'est pas le cas de la plupart des scientifiques.

Maintenant, je ne vois pas pourquoi la nature humaine comprise comme l'ensemble des caractéristiques humaines ne pourrait pas être étudiée dans une démarche scientifique. Et ça m'étonnerait fort que les conclusions d'une telle étude puissent être "la nature humaine n'existe pas".

La science peut étudier l'homme en tant qu'espèce biologique particulière, et décrire ainsi son fonctionnement, ses caractéristiques, exactement de la même façon que l'on peut décrire les différentes espèces de volatiles ou de mammifères. Mais cela ne constitue pas une nature humaine, car d'une part elle affirme que l'ensemble de ces caractéristiques résultent d'une évolution biologique dans une sorte de continuum, d'autre part, ces caractéristiques sont également soumises à l'évolution, et ne constitue pas un élément fixe.

Invité jabial
Posté

Personne n'a jamais dit que la nature humaine était fixe dans l'éternité du temps. Elle l'est à l'échelle d'une vie humaine ou d'une utopie politique, par contre. A une échelle encore plus importante, un jour, le soleil n'existera plus ; ce n'est certainement pas une raison valable pour le considérer comme un meuble éphémère de notre ciel.

Posté
Personne n'a jamais dit que la nature humaine était fixe dans l'éternité du temps. Elle l'est à l'échelle d'une vie humaine ou d'une utopie politique, par contre. A une échelle encore plus importante, un jour, le soleil n'existera plus ; ce n'est certainement pas une raison valable pour le considérer comme un meuble éphémère de notre ciel.

Si la nature humaine n'est pas fixe. Où commence-t-elle ? Où finit elle ?

Le soleil, certes n'est pas fixe en tant que tel, mais nous ne fondons aucun droit sur la nature du soleil.

Posté

Pourquoi chercher les fondations de ce qui existe naturellement?

Le droit naturel est intrinsèque à la nature humaine, si cela n'était pas le cas il ne se serait pas imposé sur des siècles d'évolution. Se demander ce qui le fonde reviens à se demander d'où vient l'homme, d'où la nécessité pour la science d'évacuer la question puisqu'elle ne peut y répondre.

Posté
Si la nature humaine n'est pas fixe. Où commence-t-elle ? Où finit elle ?

Ben, Mamie Lucie fait partie des "débuts" et la fin, ben, personne ne peut le savoir.

Posté
Pourquoi chercher les fondations de ce qui existe naturellement?

Le droit naturel est intrinsèque à la nature humaine, si cela n'était pas le cas il ne se serait pas imposé sur des siècles d'évolution. Se demander ce qui le fonde reviens à se demander d'où vient l'homme, d'où la nécessité pour la science d'évacuer la question puisqu'elle ne peut y répondre.

Le libéralisme se fonde sur le DN. Si tu considères que le DN s'est imposé de façon universelle, il faut aussi considérer que le libéralisme existe de la même manière, or ce n'est pas ce que nous constatons.

Donc, le DN ne s'est pas imposé de façon universelle, il existe plusieurs droits dans plusieurs pays, et beaucoup d'individus ne reconnaissent pas la notion de droit naturel. Bref, le DN n'est pas universel dans les faits, dans ce que nous observons de l'homme. S'il n'est pas observable dans les faits, il faut bien qu'il soit fondé en théorie. Et c'est précisément ma question. Sur quoi le DN se fonde en théorie.

Posté
…le DN ne s'est pas imposé de façon universelle, il existe plusieurs droits dans plusieurs pays, et beaucoup d'individus ne reconnaissent pas la notion de droit naturel.

Il est impossible de fonder le moindre ordre juridique sans faire appel, à la base, à la Loi naturelle et à la nature humaine. Pourquoi ne puis-je voler mon voisin, violer sa femme, tuer son fils ?

Posté
Cela n'est pas clair (pour moi) ou pas explicite.

De l'interaction de trois individus émergent un certain nombre de comportements comme tu le décris, mais parmi ces comportements, il n'y a rien qui permette de dire que l'un est meilleur que l'autre d'une façon objective. Si tous les comportements se valent, d'où peut bien émerger le DN ?

Justement, on reste en wertfrei du côté de l'observateur: la question n'est pas de juger des comportements qui émergent et forment le DN, mais simplement d'observer leur existence objective. Incidemment, c'est aussi ce qu'alex6 et David Boring expriment: la science ne peut pas tout expliquer, en particulier l'existence de la réalité (la recherche de la "prime condition" n'est pas falsifiable et n'est donc pas de la science, débattre de "qui a créé l'Univers, ou qui a créé les conditions menant à l'existence de l'Univers" ne peut se tester scientifiquement que s'il est possible que l'Univers… n'existe pas.)

Bref, tu poses les mauvaises questions.

Posté
Le libéralisme se fonde sur le DN. Si tu considères que le DN s'est imposé de façon universelle, il faut aussi considérer que le libéralisme existe de la même manière, or ce n'est pas ce que nous constatons.

La relation de causalité me semble pour le moins discutable.

Le DN régit bel et bien les sociétés modernes actuelles, celles qui sont issues du terreau judéo-chrétien (avec assimilation des pensées grecques et romaines bien sûr)

En revanche si le libéralisme ne s'impose pas de la même manière c'est qu'il n'a pas la même nature. Là où le droit naturel agit comme un impératif, le libéralisme n'est qu'une option que l'homme peut par son libre-arbitre choisir de ne pas prendre.

Donc, le DN ne s'est pas imposé de façon universelle, il existe plusieurs droits dans plusieurs pays, et beaucoup d'individus ne reconnaissent pas la notion de droit naturel.

Des exemples?

Posté
Il est impossible de fonder le moindre ordre juridique sans faire appel, à la base, à la Loi naturelle et à la nature humaine. Pourquoi ne puis-je voler mon voisin, violer sa femme, tuer son fils ?

Pas assez festif, mon cher. Pas assez festif.

Posté
Le DN régit bel et bien les sociétés modernes actuelles

Je suis le seul à considérer que ceci est une nouvelle de premier ordre?

Posté

Qu'y a-t-il en dessous de la couche "droit positif"?

Toute la civilisation judéo-chrétienne repose sur la conception du droit thomiste, le fait qu'actuellement une couche particulièrement tenace de droits illégitimes le recouvre ne le nie pas pour autant.

Posté
Je suis le seul à considérer que ceci est une nouvelle de premier ordre?

Ca dépend comment tu l'entends. Il est clair qu'une société plus ou moins stable doit incorporer des éléments du DN dans son ordre juridique. Tout est donc question de quantité.

Posté
POE a posé la question plus haut pour savoir ce qu'était la Loi naturelle dont tu parles, Lucilio.
La loi naturelle comme discipline scientifique

On devrait tout de même s’étonner que tant de philosophes modernes froncent le nez chaque fois qu’on parle de la “nature” d’une chose, comme s’il s’agissait d’introduire dans la discussion des éléments de mystique ou de surnaturel. Une pomme, si on la lâche, il faut bien qu’elle tombe par terre : nous observons le phénomène et l’attribuons à la nature de la pomme (et du monde en général). Deux atomes d’hydrogène combinés à un atome d’oxygène produiront une molécule d’eau — phénomène qui est caractéristique de la nature de l’hydrogène, de l’oxygène et de l’eau. Il n’y a rien d’ésotérique ni de mystique dans ce genre d’observations. Pourquoi donc se battre sur le concept de “nature” ? Le fait est que l’univers consiste en une myriade de choses ou entités observables. On ne peut douter qu’il s’agisse là d’un fait d’observation. Puisque l’univers n’est pas constitué d’une masse homogène, d’une seule entité, il s’ensuit que chacune des choses diverses qui le composent possède des attributs différents, sans quoi il s’agirait d’une seule et même chose. Mais alors, si A, B, C, etc. ont des attributs différents, il s’ensuit forcément qu’ils ont des natures différentes,. Il s’ensuit aussi que quand ces différentes choses viendront en contact et en interaction, cela produira un résultat spécifique et bien défini. Bref, des causes spécifiques et circonscrites produisent des effets spécifiques et circonscrits. Le comportement observable de chacune de ces entités représente la loi de sa nature, laquelle loi embrasse ce qui se produit comme résultat des interactions. L’édifice construit à partir de ces lois peut être appelé la structure de la loi naturelle. Où se trouve la “mystique” là-dedans ?

Dans le domaine des lois pures de la physique, le concept de “nature” ne se distinguera de la terminologie positiviste moderne qu’à un niveau élevé du discours philosophique ; quand c’est à l’homme qu’on l’applique, il semble susciter beaucoup plus de controverse. Et pourtant, si les pommes, les cailloux et les roses ont chacun leur nature spécifique, l’homme serait-il la seule entité, le seul être, à ne pas en avoir ? Et si l’homme possède bel et bien une nature, pourquoi ne pourrait-on pas la soumettre à l’observation rationnelle et à la réflexion ? Si toutes les choses ont une nature, alors il faut bien admettre que celle de l’homme peut être examinée ; on voit donc à quel point le rejet sans appel du concept de nature de l’homme auquel on assiste aujourd’hui est arbitraire et a priori.

Une critique courante et facile que nous font les adversaires de la loi naturelle est la suivante : “qui donc établira ces prétendues vérités sur la nature de l’homme ?” La réponse ne consiste pas à dire qui mais quoi, car il s’agit tout simplement de la raison humaine. La raison de l’homme est objective, ce qui veut dire que tout homme peut l’employer pour découvrir des vérités sur l’univers. Demander “— En quoi consiste la nature de l’homme ?” c’est s’exposer à ce qu’on vous réponde derechef : “— Mais allez donc trouver ça vous-même!” C’est comme si on prétendait contredire quelqu’un qui aurait affirmé que la nature du cuivre est susceptible d’un examen scientifique, en le défiant d’énoncer immédiatement toutes les lois découvertes sur ce métal.

Une autre critique fréquente est que les théoriciens de la loi naturelle ne sont pas d’accord entre entre eux et qu’il faudrait par conséquent rejeter toutes leurs théories. C’est une critique particulièrement mal venue quand, comme c’est souvent le cas, elle est le fait d’économistes utilitaristes. En effet, s’il est une science controversée, c’est bien l’économie politique et pourtant, cela ne conduit que peu de gens à réclamer qu’on la jette toute entière au panier. De plus, le fait qu’il existe des divergences d’opinions n’est pas une raison suffisante pour rejeter toutes les opinions en cause ; l’attitude responsable consiste à se servir de sa raison pour examiner les diverses thèses et se faire sa propre opinion On ne peut pas dire a priori : “il n’y en a pas une pour racheter l’autre”. L’existence de la raison humaine n’implique pas que l’erreur soit impossible. Même des sciences “dures” comme la physique et la chimie ont connu leurs erreurs et leurs controverses. Aucun homme n’est omniscient ni infaillible — loi qui se trouve justement faire partie de la nature humaine.

L’éthique de la loi naturelle affirme qu’en ce qui concerne tout être vivant, ce qui est bon est ce qui convient le mieux à ce type de créature ; le “bon” et le mauvais dépendent donc de la nature de la créature en question. . Ainsi, le professeur Cropsey écrit : “La doctrine classique [de la loi naturelle] soutient que chaque chose est excellente dans la mesure où elle peut faire ce pour quoi son espèce est naturellement disposée… En quoi ce qui est naturel est-il bon ? [Parce que] par exemple, nous ne pouvons ni ne devons nous empêcher de distinguer entre les bêtes inutiles et les bêtes utilisables ; et […] que la norme empiriquement la plus évidente et la plus rationnelle des services que peut rendre la chose, ou des limites de son action, est donnée par sa nature. Ce n’est pas parce qu’ils sont naturels que nous trouvons que les éléphants sont bons, ni parce que la nature serait moralement juste - quelque sens que cette expression puisse avoir-. Nous jugeons qu’un éléphant particulier est bon à la lumière de ce que la nature des éléphants leur permet de faire et d’être.” Dans le cas de l’homme, l’éthique de la loi naturelle affirme que ce qui est bon ou mauvais peut être défini comme ce qui favorise ou au contraire empêche la réalisation de ce qui est le plus approprié à la nature humaine.

La loi naturelle, par conséquent, met à jour ce qui est le meilleur pour l’homme — quelles sont les fins les plus conformes à sa nature et qu’il doit rechercher, parce qu’elles sont les plus propres à promouvoir son achèvement. Cela a donc un sens de dire que la loi naturelle fournit à l’homme une “science du bonheur”, puisqu’elle lui indique les voies qui mènent au bonheur véritable. On peut opposer cette conception à l’économie politique ou praxéologie qui, comme la philosophie utilitariste avec laquelle cette science fut étroitement associée, conçoit “le bonheur” de manière purement formelle, comme la réalisation des fins que les gens —pour une raison ou pour une autre— placent à un rang élevé sur leur échelle de valeurs. Satisfaire ces fins donne à l’homme son “utilité”, sa “satisfaction”, son “bonheur”. La valeur au sens de l’appréciation ou de l’utilité y est purement subjective et définie par chaque individu. Cette approche, tout à fait appropriée à la discipline formelle de la praxéologie ou théorie économique, ne l’est pas nécessairement dans d’autres. En effet dans la science normative de la loi naturelle on démontre au contraire que certaines fins sont bonnes ou mauvaises pour l’homme à des degrés divers : la valeur y est objective, c’est-à-dire déterminée par la loi naturelle de l’être humain ; le bonheur humain y est pris dans son sens substantiel, qui est le sens commun.

Comme l’écrit le Père Kenealy, “Cette philosophie soutient qu’il existe en réalité un ordre moral objectif, accessible à la raison, auquel les sociétés humaines sont en conscience tenues de se conformer et duquel dépendent la paix et le bonheur dans la vie personnelle, nationale et internationale”. De son côté, Sir William Blackstone, un des plus grands juristes de l’histoire d’Angleterre, résumait en ces termes la loi naturelle et son rapport avec le bonheur humain : “C’est là le fondement de ce que nous nommons l’éthique, ou loi naturelle… en démontrant que telle ou telle action conduit au véritable bonheur de l’homme et par conséquent que son exécution appartient à la loi naturelle ; ou, d’un autre côté, que telle ou telle action détruit le véritable bonheur de l’homme et que par conséquent elle est interdite par la loi naturelle.”

Sans utiliser la terminologie de la loi naturelle, le psychologue Leonard Carmichael a montré comment il est possible de définir une éthique objective et absolue pour l’homme à partir des méthodes scientifiques de la recherche en biologie et en psychologie :

“[…] puisque l’homme a depuis toujours une constitution anatomique, physiologique et psychologique fixe et génétiquement déterminée, on a de bonnes raisons de croire que certaines au moins des ‘valeurs’ reconnues par l’homme comme bonnes ou mauvaises ont été découvertes ou inconsciemment choisies au cours des milliers d’années durant lesquelles les individus humains ont cohabité dans un grand nombre de sociétés. Avons-nous des raisons de croire que ces valeurs, une fois découvertes et testées, ne pourraient pas être considérées comme fixes et invariables ? Par exemple, l’assassinat au hasard d’un adulte par un autre pour le seul plaisir de l’assassin, une fois reconnu comme tombant dans la catégorie du mal, sera sans doute toujours ainsi jugé. Ce genre de meurtre entraîne des inconvénients pour l’individu comme pour la société. Ou, pour prendre un exemple moins évident dans le domaine de l’esthétique, l’homme établira sans doute toujours la même relation particulière entre deux couleurs complémentaires pour la simple raison qu’il est né avec les yeux d’un homme, qui sont faits d’une certaine manière”.

Une objection que les philosophes opposent souvent aux tenants de l’éthique naturelle est que celle-ci confond, ou identifie le réalisme des faits avec celui des valeurs. Pour les besoins de notre brève discussion, la réponse de John Wild suffira :

“En réponse à cette objection, nous pouvons faire remarquer que leur conception [celle des tenants de la loi naturelle] assimile la valeur non pas à l’existence mais plutôt à la
réalisation
des tendances déterminées par la structure de l’existant en question. De plus, elle assimile le mal non pas à la non-existence mais plutôt à un mode d’existence dans lequel les tendances naturelles sont étouffées et entravées dans leur réalisation… La jeune plante dont les feuilles dépérissent par manque de lumière n’est pas non existante. Elle existe, mais d’une manière maladive, dans un mode de privation. L’estropié n’est pas non existant. Il existe, mais une de ses capacités naturelles demeure partiellement non réalisée”.

Après avoir montré que les principes normatifs, pour l’homme comme pour toute autre entité, sont établis par une recherche de ses tendances effectives et observables, Wild pose la question essentielle de toute éthique non théologique : “Pourquoi considère-t-on que je suis tenu de suivre ces principes ?” Comment ces tendances universelles de la nature humaine s’incorporent-elles dans l’échelle des valeurs subjectives d’une personne ? C’est parce que, explique-t-il, “les besoins réels qui sous-tendent ce processus sont communs à tous les hommes. Les valeurs fondées sur elles sont universelles. Donc, si je ne me suis pas trompé dans mon analyse des tendances de la nature humaine, et si je me connais moi-même, je dois constituer un cas particulier de la tendance et la ressentir subjectivement comme une impulsion impérieuse pour l’action”.

C’est leur confrère David Hume qui passe aux yeux des philosophes modernes pour avoir effectivement démoli la théorie de la loi naturelle. La “démolition” de Hume était double : tout d’abord il affirmait la prétendue dichotomie entre les faits et les valeurs, interdisant ainsi de déduire des jugements de valeur à partir de l’observation des faits ; et par ailleurs, pour lui, la raison n’était et ne pouvait être autre chose qu’une esclave des passions. Pour résumer, prenant le contre-pied de la doctrine de la loi naturelle selon laquelle la raison humaine est capable de découvrir les fins que l’homme doit poursuivre, Hume affirmait qu’il n’y avait que les émotions qui puissent en dernière analyse fournir ses raisons d’agir à l’homme, et que le rôle de la raison était de leur servir d’expert ou de bonne à tout faire. (ce en quoi Hume a fait des émules parmi les spécialistes des sciences sociales depuis Max Weber). Cette perspective présume que les émotions humaines sont des données premières qui échappent à l’analyse.

Le professeur Hesselberg n’en a pas moins montré que Hume, au cours de ses propres démonstrations, avait bel bien été obligé de réintroduire un raisonnement propre à la loi naturelle dans sa philosophie sociale et notamment dans sa théorie de la justice (illustrant ainsi le mot d’Étienne Gilson, comme quoi : “La loi naturelle enterre toujours ses croque-morts”). En effet, pour Hesselberg, Hume“reconnaissait et admettait le fait que l’ordre […] social est une nécessité préalable au bien-être et au bonheur de l’homme : s’il ne s’agit pas de l’affirmation d’un fait normatif, de quoi s’agit-il ?” Cela revient en effet à dire qu’en vertu de ce fait, l’homme doit bel et bien maintenir l’ordre social. Hesselberg enfonce le clou :

“Cependant, un ordre social est impossible à moins que l’homme ne puisse concevoir en quoi il consiste, comprendre ses avantages et aussi concevoir les normes de conduite qui sont nécessaires à son établissement et à sa conservation, à savoir le respect de la personne d’autrui et de sa propriété légitime, ce qui constitue l’essence de la justice… Or, la justice est le produit de la raison et non des passions. Et la justice constitue le fondement essentiel de l’ordre social ; et l’ordre social est nécessaire au bien-être et au bonheur de l’homme. S’il en est ainsi, alors ce sont les normes de la justice qui doivent contrôler et réguler les passions et non le contraire”.

En conclusion, Hesselberg constate que “la thèse de ‘la primauté des passions’ posée à l’origine par Hume est tout à fait intenable du point de vue de sa théorie sociale et politique, […] il est alors forcé de réintroduire la raison comme facteur cognitif-normatif dans les relations de l’homme en société”.

En fait, dans son examen de la justice et de l’importance des Droits de propriété privée, Hume a bien été forcé d’écrire que la raison est capable de définir ce genre d’éthique sociale : “par le jugement et la compréhension, la nature fournit un remède pour ce qui est irrégulier et incommode dans les affections -En somme, la raison peut être supérieure aux passions.”

Nous avons vu que la doctrine de la loi naturelle — selon laquelle une éthique objective peut être établie par la raison,— a dû, à l’ère moderne, affronter deux puissants groupes d’ennemis, chacun soucieux de dénigrer le pouvoir qu’a la raison humaine de décider de son destin : nous avons eu d’un côté les fidéistes, qui croient que les normes ne peuvent être données aux hommes que par une révélation surnaturelle, et de l’autre les sceptiques, qui croient que pour choisir une éthique, l’homme est forcé de s’en remettre à des caprices arbitraires ou à des émotions. Ce qui peut se résumer en citant le professeur Grant, qui a bien fait remarquer

“… cette étrange alliance contemporaine entre ceux qui doutent de la capacité de la raison humaine au nom du scepticisme (doute qui est probablement d’origine scientifique) et ceux qui la dénigrent au nom de la religion révélée. Il suffit d’étudier la pensée d’Occam pour constater que cette étrange alliance ne date pas d’hier. Chez lui, en effet, le nominalisme philosophique, parce qu’il est incapable de faire face au problème de la certitude pratique, le résout par l’hypothèse arbitraire de la révélation. La volonté détachée de l’intellect (et elle l'est
nécessairement
dans le nominalisme) ne peut cesser de douter que si elle se donne ce genre d’hypothèses arbitraires”.

“D’un point de vue historique, le fait intéressant réside en ce que ces deux traditions anti-rationalistes — le scepticisme libéral et le révélationnisme* protestant — proviennent de deux (…) conceptions opposées de l’homme. C’est à cause de son pessimisme profond sur la nature humaine que le protestantisme est tellement dépendant de la révélation… Quant aux valeurs social-démocrates censées pouvoir être directement perçues, elles trouvent leur source dans un grand optimisme. Or […], la tradition dominante en Amérique du Nord n’est-elle pas un protestantisme transformé par une technologie pragmatique et des aspirations progressistes ?”

Je suis le seul à considérer que ceci est une nouvelle de premier ordre?

Sur quoi se fonde le droit positif ?

Posté
Ca dépend comment tu l'entends. Il est clair qu'une société plus ou moins stable doit incorporer des éléments du DN dans son ordre juridique. Tout est donc question de quantité.

Ok, là je veux bien, mais il y a tellement de choses totalement contraires au DN (peu importe l'extension qu'on donne à celui-ci en l'occurrence), que dire que le DN régit la société actuelle est un vilain abus de langages.

Qu'y a-t-il en dessous de la couche "droit positif"?

Toute la civilisation judéo-chrétienne repose sur la conception du droit thomiste, le fait qu'actuellement une couche particulièrement tenace de droits illégitimes le recouvre ne le nie pas pour autant.

Dans la mesure où la couche qui recouvre le DN le viole furieusement et a bien plus d'influence que la couche de DN, je dirais que dire que le DN régit nos sociétés actuelles est un vilain abus de langage.

Posté
Qu'y a-t-il en dessous de la couche "droit positif"?

Toute la civilisation judéo-chrétienne repose sur la conception du droit thomiste, le fait qu'actuellement une couche particulièrement tenace de droits illégitimes le recouvre ne le nie pas pour autant.

…et la collision entre les deux cause bien des dissonances cognitives chez ceux qui ne savent pas faire la distinction.

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