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Baverez: nous ne sommes pas en 1929


Taranne

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Chronique

Nous ne sommes pas en 1929, par Nicolas Baverez

LE MONDE | 08.01.08 | 14h14

L'année 2008 sera dominée au plan économique par la crise financière née à l'été 2007 et dont l'impact principal reste à venir. La crise est multiforme, cumulant un retournement du cycle mondial après le point haut de 2006, un krach immobilier et le dégonflement de la bulle sur la liquidité qui se traduit par le rationnement des crédits bancaires et par la hausse des taux qui accompagne la réévaluation des risques. La crise est globale, s'étendant de l'économie financière à l'économie réelle à travers la baisse de la consommation et de l'investissement, des Etats-Unis au Japon et à l'Europe puis aux pays émergents. La crise est structurelle et durable car elle marque la fin d'un modèle de croissance fondé sur la réassurance de l'activité par le consommateur américain, sur l'abondance et le faible coût du crédit, sur la baisse parallèle de l'inflation, des taux d'intérêt, des coûts des matières premières et des biens industriels qui cède aujourd'hui la place à une poussée généralisée des prix et des salaires - de la Chine aux Etats-Unis en passant par l'Allemagne.

L'année 2008 concentrera l'essentiel du choc, avec le blocage du crédit bancaire, la remontée du coût du risque, l'accélération de la baisse des prix de l'immobilier aux Etats-Unis mais aussi au Royaume-Uni et en Espagne, la menace de faillites en chaîne d'entreprises ou de ménages (plus de 2 millions pour les seuls Etats-Unis). Avec à la clé un net recul de la croissance mondiale de 5,2 % autour de 3,5 %, une récession potentielle aux Etats-Unis, une croissance molle de l'ordre de 1,5 % en Europe et au Japon, un ralentissement des pays émergents.

La crise accélère le basculement de l'économie mondialisée vers le Sud. Le choc de 2007 se présente comme l'envers de la crise asiatique de 1997. Les Etats-Unis avaient alors réassuré les pays émergents au prix de l'ouverture de leurs frontières et d'une forte dévaluation qui avaient favorisé l'entrée en force des capitaux du Nord dans les entreprises des pays du Pacifique. Aujourd'hui, la crise venue du système financier américain contraint les pays du Nord à accepter le sauvetage de leurs institutions financières par les fonds souverains des superpuissances du Sud et des pétromonarchies. Le Sud prend ainsi le pouvoir, non seulement au plan du travail et de l'activité (la moitié du PIB mondial), mais du capital et de la propriété via la mobilisation de ses réserves de change (75 % du total mondial), la montée en puissance de son capitalisme d'Etat (quatre entreprises chinoises et une russe figurent parmi les dix premières capitalisations), l'activation des quelque 3 500 milliards de dollars des fonds souverains. Le Nord ne perd pas seulement le monopole de la production et de l'innovation, mais celui du contrôle des actifs stratégiques et de la régulation du capitalisme mondialisé.

Ainsi, 2008 n'est pas 1929. Trois facteurs de résistance majeurs excluent en effet une déflation ou un krach planétaires. D'abord, la mondialisation continue à produire ses effets positifs en termes d'ouverture, d'innovation, de sortie de la pauvreté et d'enrichissement des populations des pays émergents. Ensuite, la crise frappe de plein fouet le secteur financier mais non les groupes industriels qui conservent des structures financières saines et une rentabilité élevée. Enfin, contrairement aux années 1920 ou 1990, on ne constate aucune bulle ou surévaluation des marchés d'actions.

De nombreux moyens restent disponibles pour prévenir les risques d'effondrement du crédit ou de récession. Au plan mondial, l'évolution du modèle de développement du Sud en faveur de la demande intérieure et la poursuite du recyclage des excédents commerciaux pour réassurer le système financier. Au plan des pays développés, la coordination de l'action des banques centrales qui doit privilégier la régulation de la liquidité bancaire et la baisse des taux d'intérêt. Cela implique notamment que la Banque centrale européenne (BCE) rompe avec une stratégie schizophrène accommodante sur le plan de la liquidité et restrictive dans son refus de diminuer les taux et dans sa défense d'un euro surévalué. Au plan des Etats, la mobilisation des marges de manoeuvre budgétaires pour éviter les faillites en chaîne des banques, des PME ou des ménages.

Pour tous, le durcissement de l'environnement économique est porteur de difficultés mais aussi d'opportunités. Ceci s'applique à la France, où le freinage de la conjoncture justifie non pas la pause mais l'accélération des réformes. Parce qu'elle est la moins compétitive de la zone euro, l'économie française connaîtra des performances très médiocres en 2008 avec une croissance en baisse de 1,9 % à 1,5 %, une inflation de l'ordre de 2,5 %, un déficit et une dette publics de 3 % et 65 % du PIB.

Mais le pays peut se placer en situation idéale pour profiter pleinement de la reprise de 2009-2010 s'il libéralise le marché du travail, supprime les rentes des secteurs protégés, réinvestit dans l'enseignement supérieur et la recherche, mène à bien la réforme de l'Etat.

Alors que le modèle de croissance américain tiré par l'innovation financière est enrayé, que les réformes marquent le pas au Japon et en Allemagne, que la crise financière et immobilière déstabilise le Royaume-Uni et l'Espagne, une France modernisée peut devenir l'un des grands gagnants de la décennie 2010, comme une France immobile compta parmi les grands perdants des miraculeuses décennies 1990-2000.

Nicolas Baverez est économiste et historien.

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-…6-997015,0.html

Les commentaires des lecteurs sont savoureux:

l'avis d'un conseiller de Sarkozy et chroniqueur au Point a t-il sa place dans les colonnes du Monde ?
Relire Marx ou y a-t-il place pour un néomarxisme ? N'étant pas économiste, je serai sans doute mauvais sur ce thème ! Mais relisant Marx les rares pages prospectives sur le passage du capitalisme industriel au capitalisme financier m'interpellent. Certes Marx a produit des horreurs, le Goulag en particulier, mais après tout l'église a bien produit la Sainte-Inquisition! la catastrophe fût l'application de Marx dans un pays sous-développé. Faut-il transposer prolétariat vs classes moyennes?
Invité Arn0
Posté
C'est une sale manie que de laisser les lecteurs s'exprimer à côté des articles.

D'un point de vue sociologique c'est passionnant. Et puis le contenu de ces commentaires sont une sacrée charge contre le suffrage universel (mais pas autant que les commentaires des sites de vidéos en ligne :icon_up: ).

Posté
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-…6-997015,0.html

Les commentaires des lecteurs sont savoureux:

"Enfin, contrairement aux années 1920 ou 1990, on ne constate aucune bulle ou surévaluation des marchés d'actions."

ahahahahahah

http://custom.marketwatch.com/custom/ibg/h…p;x=50&y=15

Il s'agit du Standard and Poors 500.

La grande montée à partir de 98, c'est la bulle Internet, qui a craqué en 2001.

Nous sommes revenu au pic de 2000. à par ça, il n'y a pas de bulle.

Sinon, aujourd'hui, la crise est dans le domaine bancaire et construction immobilière.

L'indice XLF (actions financières du s&p) a perdu 30% par rapport à son plus haut en aout. L'indice XHB, actions construction résidentielle, a perdu 60% par rapport à février. et ça n'est pas fini, il y a pleins de news annonçant des pertes importantes dans la banque et des faillites dans l'immobilier.

Des banques qui bloquent les prêts aux industries, ça ralentira forcément le secteur industriel qui se porte bien encore pour le moment.

La construction qui baisse fortement, c'est des ouvriers du batiment en moins.

L'immobilier est très inflaté, depuis 97, le prix moyen a plus que doublé, alors que de 87 à 97, il était très stable aux US.

HousePriceDeclines.jpg

http://bp2.blogger.com/_pMscxxELHEg/R1OYkT…iceDeclines.jpg

Le Case-Shiller Index, l'indice des prix de l'immo résidentiel a baissé en de 6% en glissement annuel en octobre 2007.

http://calculatedrisk.blogspot.com/2007/12…es-fall-61.html

Le prix de l'immo qui baisse, c'est autant de consommation en moins, parce qu'au Etats-Unis, on peut prendre un crédit sur une hypothèque flotante sur le prix de sa maison. Ainsi, l'immo monte, on peux reprendre un crédit de la valeur de la hausse. Ainsi, la consommation US a été dopée par la hausse du prix de l'immo, D'autant plus qu'il y avait des formules de crédit éxotiques, avec des taux au rabais pendant 2 ans, et qui remontent d'un coup ensuite, voire pire, un crédit où on ne paye même pas l'intéret ce qui fait que le restant dû augmente dans le temps. Tout le monde pensait que ça marcherait ad vitam eternam avec le prix de l'immo qui augmente. Mais là avec l'immo qui baisse, le mécanisme est bloqué. Et c'est même pire, parce que des gens vont se faire saisir leur maison, parce qu'ils ont acheté un écran plasma à crédit hypthécaire sur la maison.

Bref, baverez a raison de dire qu'on va avoir une récession, mais il semble oublier pas mal d'éléments qui lui font dire que la crise ne sera pas si grave que ça.

Maintenant, de là à parler de 1929, c'est surement risqué. Ce qui est sûr, c'est que cette crise n'est pas sectorielle comme la crise Internet, elle touche le crédit, le coeur du système économique. Toutes les entreprises vivant du crédit, si il n'y en a plus, il y aura pas mal de business model qui vont tomber. ça rejoint la crise des savings&loans des années 80. Mais là, je pense que c'est pire, parce que les savings&loans n'étaient pas au coeur de la planche à billet, là, on parle des banques, celles qui sont connectées à la FED. C'est en cela que l'on peut voir un lien avec 1929.

Posté
D'un point de vue sociologique c'est passionnant.

:icon_up: et très valorisant pour soi-même.

edit : et bon article :doigt:

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