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Opa Hostile De Pepsico Sur Danone ?


Largo

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On ne serait pas loin de la manipulation de cours…

En tout cas, aujourd'hui il y a eu prise de bénéfice sur Danone, après une hausse de +10% et +6%, respectivement avant-hier et hier.

Posté

Ils auraient fait ça uniquement pour satisfaire les actionnaires de Danone ? Ce serait bidonnant !

Concernant AK72, je crois bien qu'il a fait un infarctus quand il a entendu son grand champion s'exprimer sur ce sujet…. :icon_up::doigt:

Posté

La thèse de la manipulatione est plausible, mais d'apres le Financial Times de mercredi, Pepsi aurait mandaté des banques pour étudier des scénarios de rachat:

French pledge to defend Danone

By Adam Jones in Paris and Jenny Wiggins in London

Published: July 20 2005 18:01 | Last updated: July 20 2005 18:01

Dominique de Villepin, the French prime minister, on Wednesday issued a veiled warning to any potential foreign bidders for Danone, declaring that the food multinational was one of France’s industrial “jewels” and adding that his government would strive to defend “the interests of France”.

The Financial Times reported on Wednesday that PepsiCo had appointed investment banks Morgan Stanley and UBS to advise on a potential takeover of Danone, whose shares had previously surged following rumours that the cola maker would bid.

Reste à savoir si la manipulation a été effectivement organisée au sens propre du terme, ou si la politicosphère s'est emballée en répondant comme un seul homme, dans un accès réflexe pavolvien, à une menace etrangère.

Il est bien clair que ces "menaces" sont constamment agitées par les politiques, et que ceux-ci se sont peut-être mis en tête de brasser un peu de vent sur une menace qui ne se concrétisera jamais, afin de pouvoir dire, tel Mitterand à propos du chomage, "tout a été tenté"; on peut imaginer que du coup, il sera plus facile de laisser filer quelques dossiers de rachats d'entreprises "françaises" par des intérêts étrangers, lorsque ceux-ci seront difficiles à bloquer.

Posté

J'ai entendu à l'instant sur BFM Elie Cohen (directeur de recherche au CNRS) qui trouve incroyables les réactions françaises et qui en expose les contradictions : activité de Danone principalement à l'étranger, par ailleurs 40% de la capitalisation du CAC40 d'origine étrangère, contradictions des syndicats qui fustigeaient le modèle social Danone il y a quelques années (épisode Lu), mauvais signal envoyé par la France qui ne veut pas reconnaître qu'on est déjà dans une économie mondialisée (on veut que nos entreprises gagnent des positions à l'étranger mais on ne veut pas des autres chez nous), etc.

Posté
(on veut que nos entreprises gagnent des positions à l'étranger mais on ne veut pas des autres chez nous), etc.

J'illustre :

France Télécom repart à l'offensive. Objectif: l'Espagne. A peine accordé, avant-hier, le feu vert de son conseil d'administration, le groupe dirigé par Didier Lombard s'apprête à s'emparer du troisième opérateur ibérique de téléphones mobiles, Amena, qui compte 9,6 millions de clients, pour 10,5 milliards d'euros.

Rhoooo… mais quel scandale ! Que fait le gouvernement espagnol face à l'envahisseur français ? :icon_up:

Invité jabial
Posté
Rhoooo… mais quel scandale ! Que fait le gouvernement espagnol face à l'envahisseur français ?  :icon_up:

C'est de zéropéens aussi, donc pas des zétrangers.

Les zaméricains, eux, sont d'immondes envahisseurs qui ne font pas partie du même Blok que nous.

Posté

Et pendant ce temps là Taittinger est vendu à Starwood Capital (à cause d'incidences fiscales sur les membres de la famille) ! Et que font nos défenseurs nationaux ???

Ce tapage autour de Danone est absolument risible, on a réellement l'impression qu'ils n'ont pas compris grand-chose au fonctionnement du marché. J'ai aussi beaucoup apprécié l'analyse de Cohen sur BFM, que j'ai trouvé très juste.

Posté
De toute façon, il faut sauver le bocage normand :doigt:

D'ailleurs, ce n'est peut-être pas tout à fait étranger au fait que Fabius soit député d'Elbeuf, en Seine-Maritime…

Quant à Sarkozy et DSK, au moins cet épisode a le mérite de me les rendre définitivement infréquentables.

PS : Chitah, salaud, tu m'as piqué l'article du FT que je voulais poster :icon_up:

Posté
Et pendant ce temps là Taittinger est vendu à Starwood Capital (à cause d'incidences fiscales sur les membres de la famille) ! Et que font nos défenseurs nationaux ???

Rien et tout le monde s'en fout en France. Taittinger fait dans le luxe, ses clients ce sont les salauds d'ultra-libéraux vendus au capitalisme apatride. Par contre danone, ça parle au gaucho de base. C'est le yaourt de la cantine de sa jeunesse ou de son restau d'entreprise, ça on ne peut pas le laisser filer comme ça entre de mauvaise mains.

Posté

C'est tout à fait juste.

Et du reste, on pourrait se poser la question de savoir pourquoi le rachat du CCF par la banque HSBC n'a pas créé un tel émoi!

Ou que le raid supposé de Electronic Arts sur Infogrames n'a pas affolé les foules plus que cela.

Posté
Le siège social de Mac Donald est aux USA. Ainsi, l'Etat français ne perçoit rien du tout des activités de Mac Donald France.

Le siège du holding qui détient Renault Nissan est au Pays Bas. Ainsi, l'Etat, français ne perçoit rien de l'activité de ces entreprises sur le territoire français.

Pareil pour Siemens, Microsoft, Nestlé, etc…

J'ai bon?

En fait c'est une erreur : prenons Mac Do .

Le siège est en effet aux USA mais les restaurants français sont des franchisés. Ce sont donc des entreprises françaises bien souvent de type SARL. A ce titre elles payent tous les impôts en France.

Par contre les bénéfices de Mac Donald Monde ne sont bien sûr pas imposables au titre de l'IS puisque c'est une société américaine.

Posté

@flavien: démonstration impeccable, qui prouve en plus que le fait de dire que MacDo est une entreprise "américaine" n'a pas grand sens, chaque euro dépensé en France est en très large parti imposé en France. (quasiment en totalité, à quelques dixiemes de pourcent près).

PS: j'étais ironique, même si c'était pas clair. :icon_up:

Posté
C'est tout à fait juste.

Et du reste, on pourrait se poser la question de savoir pourquoi le rachat du CCF par la banque HSBC n'a pas créé un tel émoi!

Ou que le raid supposé de Electronic Arts sur Infogrames n'a pas affolé les foules plus que cela.

Très bonne question pour le CCF . Pour EA juste une précision: la cible est Ubi Soft et il détient 20% du capital et n'a pas (encore) lancé d'OPA.

Moi je voudrais juste poser une question : est-ce que ceux qui avaient placé Danone et son PDG en 2001 en tête des ennemis de la France avec la plan social chez LU seront les mêmes qui descendront dans la rue pour défendre cette même entreprise ?

rappel du climat de l'époque :

"Les p'tits Lu toujours mobilisés

Calais a été le 21 avril le point de rencontre de la contestation des plans sociaux autour des salariés de l'usine LU (Danone) de la ville, menacée de fermeture. Quelque 20.000 personnes se sont rassemblées à l'appel du PCF et avec le soutien de nombreuses organisations de gauche et d'extrême-gauche et plusieurs syndicats. Dans le cortège, on a pu voir Robert Hue, Alain Krivine, Arlette Laguiller ou encore Michèle Demessine, la secrétaire d'Etat au Tourisme .

"Calais, c'est la capitale de la résistance sociale. Nous sommes là pour avoir le courage de dire non à des entreprises qui, pendant des années, exploitent le travail des salariés et ensuite veulent les jeter", a délcaré le secrétaire national du PCF, se félicitant de la forte mobilisation. Il a réclamé une loi pour interdire les licenciements aux entreprises qui font des profits faramineux.

Rappel :

Le plan social prévoit la fermeture des usines de Calais (à la mi 2003, 247 salariés) et Ris-Orangis (en juin 2004, 416 salariés), des réductions d'effectifs à Château-Thierry et Jussy, et le renforcement des usines de La Haye-Fouassière et de Cestas, et au niveau européen, les fermetures de sites en Italie, en Belgique, au Pays-Bas et en Hongrie.

"

Dernier mot sur cette affaire : si offre publique d'achat il y a, ce sera aux seuls propriétaires de Danone de décider si oui ou non ils vendent. Et les propriétaires de Danone ne sont pas français puisque l'on sait qu'environ 50% du capital des sociétes du CAC40 sont aux mains des fonds anglo-saxons.

Posté

:icon_up: :oops: Oui, désolé, c'etait Ubi Soft et pas Infogrames. :doigt:

Et à propos de Lu, excellent retour en arrière, en effet, j'en parlais encore hier, Danone était en 2001 l'ennemi à abattre des spécialistes de l'exploitation politique des décisions de gestion des groupes nationaux.

Les précisions de flavien sont précieuses…. :warez:

Posté
:doigt: :oops: Oui, désolé, c'etait Ubi Soft et pas Infogrames.  :warez:

Et à propos de Lu, excellent retour en arrière, en effet, j'en parlais encore hier, Danone était en 2001 l'ennemi à abattre des spécialistes de l'exploitation politique des décisions de gestion des groupes nationaux.

Les précisions de flavien sont précieuses…. :warez:

Ce compliment venant d'un membre ayant plus de 10000 messages à son compteur est tout à fait laisant :icon_up:

Posté

Sur la une des Echos d'aujourd'hui : "PepsiCo a certifié à l'AMF ne pas préparer une opération sur Danone".

Reste à savoir qui va se faire pincer pour manipulation de cours.

Posté

Ils ne se gèneront pas pour affirmer que ce n'était qu'une rumeur, que l'emballement a suivi, que l'erreur est humaine, et qu'il y avait des éléments tangibles et de bonnes raisons de penser à une OPA.

Par conséquent pas grand risque que quelqu'un se fasse pincer pour quoi que ce soit.

Mais suposons un instant que la fausse rumeur (si elle s'avère effectivement infondée) ait bien été intentionnelle.

La vraie question est qui et pourquoi ?

Danone, l'Etat, les 2 ?

plusieurs hypothèses :

- stock-options et/ou spéculation :

le cours de l'action Danone acccuse une baisse ces derniers jours, a priori due aux prises de bénéfices qui ont suivi la hausse. Et si le but inavoué était la hausse brutale, on pense immédiatement aux levées d'options avec délit d'initié à la clef si ceci est avéré.

- restructuration à venir :

tout n'aurait pu être qu'un prétexte pour des opérations à venir sur le capital de Danone. On pense bien sûr au renforcement de l'Etat, ou au passage en douce de Nestlé ou autre société européenne, voire à une opération de restructuration.

Le terrain serait ainsi préparé (face à l'opinion publique), et on pourrait à la limite faire croire en une restructuration inévitable pour prévenir de futures tentatives d'OPA…. ce serait bien joué, et ce le serait d'autant plus que Riboud passe dorénavant pour un patron attaché aux racines du groupe et soucieux de telles OPA.

- dissuasion :

et oui, maintenant tout le monde sait que l'Etat et la Nation sont derrière Danone, et que son PDG ne se laisserait pas faire facilement.

Bref, c'est tout ce que je vois de tout à fait réalisable.

Vous avez d'autres explications ?

Posté
En fait c'est une erreur : prenons Mac Do .

Le siège est en effet aux USA mais les restaurants français sont des franchisés. Ce sont donc des entreprises françaises bien souvent de type SARL. A ce titre elles payent tous les impôts en France.

Par contre les bénéfices de Mac Donald Monde ne sont bien sûr pas imposables au titre de l'IS puisque c'est une société américaine.

Curieux ça…

Quels sont les bénéfices (comptables) déclarés par les franchisés ?

Où sont les sièges sociaux des fournisseurs des franchisés ?

Mais soyons plus vicieux encore, où sont les sièges sociaux des sociétés "fournissant les capitaux propres des franchisés"?

Où son les sièges sociaux des (de la) sociétés percevant les royalties de la marque Mc Donald ?

Mac Do se fiche des bénéfices des franchises (Dailleurs, ce n'est pas lui qui les touche). Par contre, celui des royalties et des fournitures…

Pas assez vicieux les comptables ici… C'est pas bon ça !

Invité jabial
Posté

La raison pour laquelle Taittinger passe et pas Danone n'a rien d'idéologique.

C'est simplement que la vente de Taittinger a été une opération de "capitalisme à la française", c'est-à-dire que la famille propriétaire a gentiment signé un contrat autour d'une table.

Par contre, dans le cas de Danone, l'opération était capitalistique, c'est-à-dire, une pure proposition commerciale ouverte et sans clauses secrètes - de l'argent contre des actions. Ceux qui aujourd'hui profitent de l'ignorance d'une partie des actionnaires pour vivre sur leur dos auraient vu leurs privilèges prendre fin.

Je n'ai pas le temps de développer mais quoi qu'il en soit ceux à qui j'avais fait part de mes prédictions boursières ont pu s'enrichir quelque peu :icon_up:

Posté
Quels sont les bénéfices (comptables) déclarés par les franchisés ?

Les franchisés gardent le bénéfice (il est donc localisé en France) et paient une redevance à Mac Do France, qui est une filiale de Mac Do USA. Mac Do France a ensuite une fraction de son bénéfice qui peut être rapatrié à la maison mère aux USA, mais c'est loin d'être sûr.

Au final, il est fort possible que sur 100€ de chiffre d'affaires de Mac Do France, seuls 10 centimes d'euros sont peut-être rapatriés aux USA. (personellement, je pense que rien n'est rapatrié, mais c'est à vérifier).

Où sont les sièges sociaux des fournisseurs des franchisés ?

En France pour l'alimentaire, sûrement quelquepart en Europe pour les tables et les chaises, les fours et les friteuses.

Mais soyons plus vicieux encore, où sont les sièges sociaux des sociétés "fournissant les capitaux propres des franchisés"?

Ces sociétés fournissant les capitaux propres portent un nom, cela s'appele des "banques", et elles sont localisées sur le territoire français.

Pas assez vicieux les comptables ici… C'est pas bon ça !

Tout était détaillé pourtant.

Posté
- restructuration à venir :

tout n'aurait pu être qu'un prétexte pour des opérations à venir sur le capital de Danone. On pense bien sûr au renforcement de l'Etat, ou au passage en douce de Nestlé ou autre société européenne, voire à une opération de restructuration.

Le terrain serait ainsi préparé (face à l'opinion publique), et on pourrait à la limite faire croire en une restructuration inévitable pour prévenir de futures tentatives d'OPA…. ce serait bien joué, et ce le serait d'autant plus que Riboud passe dorénavant pour un patron attaché aux racines du groupe et soucieux de telles OPA.

et publié ce soir dans le 18h.com de l'expansion :

http://www.lexpansion.com

Le quotidien de L'Expansion

25/07/2005

"L'affaire a été orchestrée par Danone"

Retour sur l'affaire Danone, au terme d'une semaine de fièvre boursière. L'économiste Elie Cohen, chercheur au CNRS, décrypte les tenants et aboutissants de la vraie fausse OPA de PepsiCo. Interview.

Après une semaine de folie médiatico-boursière, le soufflé Danone semble être retombé. Comment expliquer un tel phénomène ?

La présomption est aujourd'hui forte que l'affaire a été orchestrée par Danone. C'est le groupe lui-même qui apparemment a monté son propre « buzz ». D'ailleurs, ce n'est pas anodin si la direction se défend aujourd'hui d'avoir alimenté la spéculation, par crainte d'en être formellement accusée ! Sur le fond, le groupe de Franck Riboud est à vrai dire dans une drôle de posture. Voilà un groupe recentré, rentable, prestigieux, bien géré et de surcroît leader mondial ou numéro deux dans ses principaux métiers, à savoir l'eau, les biscuits et les produits laitiers. Seulement, il présente une faille majeure : il n'a pas la surface financière suffisante. Il est trop petit, face aux géants qui l'entourent, les Nestlé, PepsiCo et autre Kraft Foods. Un seul signe : avant l'affaire, la capitalisation boursière de Danone oscillait sous les 20 milliards d'euros, soit quatre fois moins que celle de son concurrent suisse par exemple. A cela s'ajoute une autre faiblesse handicapante : le groupe est « opéable » à tout moment. Il n'a pas de groupe significatif stable d'actionnaires. Son capital n'étant pas verrouillé, il est à la merci des prédateurs. D'où son souci de se doter à terme d'un pacte d'actionnaires solide pour combler cette lacune. Mais pour cela, encore faut-il provoquer un électrochoc…

Y avait-il une fenêtre favorable ces derniers temps pour monter ce scénario machiavélique ?

Je n'aime pas les théories du complot. Je préfère l'idée de l'opportunité saisie. Le contexte était favorable : alors que la politique industrielle fait son retour dans les discours, que la France a peur de l'avenir et qu'à tort ou à raison, Danone incarne l'exception alimentaire française, il était tentant de jouer le réflexe de la protection dans les plis du drapeau. Se greffe ensuite le traditionnel vide estival. La machine médiatique ronronne, tourne à vide et attend désespérément son sujet fédérateur sur lequel pourront rebondir nos politiques. Enfin, la menace de l'OPA hostile fonctionne à plein, surtout lorsqu'elle émane d'intérêts nord-américains. Et chacun de brandir en France le précédent consternant du raid mené par le canadien Alcan sur Pechiney. Les pièces du puzzle sont en place. Ne reste plus qu'à les assembler. Patrick Ollier, le président de la commission des Affaires économiques de l'Assemblée générale, s'en chargera le premier avec le bonheur que l'on sait. La rumeur est alors lancée.

PepsiCo était-il vraiment intéressé ?

Bien sûr. Mais ni plus, ni moins qu'il y a quelques mois. L'Américain est sans doute le seul à avoir stratégiquement intérêt à s'emparer de la totalité de Danone pour renouveler son image déplorable de vendeur de snacks, facteurs d'obésité , il aa intérêt également à intégrer les marchés conquis par Danone dans les pays émergents. Les autres (Nestlé, Kraft Foods…) lorgnent davantage certains pans du français. Quoi qu'il en soit, Danone a réussi son coup :  dissuader PepsiCo de se lancer à l'abordage. Non pas pour une question de prix, car on imagine mal le géant américain caler pour 4 à 5 milliards d'euros supplémentaires. Mais sans doute le challenger de Coca-Cola a-t-il jugé qu'il n'était pas opportun de s'embarquer dans une opération suscitant un tel tir de barrage. Imagine-t-on en effet un autre pays occidental afficher un tel unanimisme de façade, jouer à ce point la carte de l'identité nationale froissée ? Il n'y a qu'en France que les hommes politiques, gauche et droite confondue, les syndicalistes, les décideurs et les dirigeants peuvent se livrer à semblable numéro. Ceci étant, ce coup de Danone ne peut marcher qu'une fois. C'est un « one-shot » qui appelle désormais un épilogue. Je pense que dans les semaines à venir le groupe cherchera à renforcer sa structure capitalistique.

Propos recueillis par Guillaume Evin

Posté

De toute façon, la rumeur de rachat de Danone, ou tout du moins son rachat à terme (reste à savoir si cela sera "amical" ou non), court depuis au moins cinq ans. Rien de nouveau sous le soleil.

Posté
Les derniers développements de l'affaire Danone ne manquent pas de créer un certain malaise, surtout après l'annonce que PepsiCo ne prépare pas d'offensive. Que penser, en effet, de toute cette agitation politique démarrant sur une rumeur qui, au final, semble s'avérer infondée ?

Intox, manipulation, surenchères politiques, manque de professionnalisme ? Que s'est-il passé ?

En l'absence d'éléments concrets, on ne peut pour l'heure que s'interroger sur l'attitude des principaux acteurs de ce psychodrame. Et d'abord Danone. Certes, on comprend tout à fait la volonté de ses dirigeants de sauvegarder l'indépendance du groupe. Mais les statuts de la société prévoient un certain nombre de moyens de défense. [Nous en avions parlé, les mécanismes anti-OPA de Danone semblent assez redoutables]Alors pourquoi, dans ces conditions, Danone a-t-il, par un intense lobbying, battu le rappel de toute la classe politique, jusqu'au sommet de l'Etat, alors même que le groupe n'avait reçu aucun signe d'intérêt d'un concurrent, comme l'a lui-même admis Franck Riboud aux « Echos » ? Crier au loup n'est légitime que si l'animal rôde. Il faut espérer pour Danone que ses craintes étaient fondées. Sinon, le groupe risque de se retrouver dans la situation de l'arroseur arrosé, ce qui pourrait fragiliser sa position à l'avenir. Et Thierry Breton a eu raison de rappeler, hier, que c'est d'abord aux chefs d'entreprise de faire en sorte d'éviter les OPA.

Quant aux politiques, on peut se demander pourquoi ils sont montés si vite et si fort au créneau contre cette « OPA virtuelle ». Les arrière-pensées ne semblent pas manquer. Il ne déplaisait sans doute pas à la gauche de placer un gouvernement libéral, à l'heure où il privatise les autoroutes et, demain, peut-être EDF, face à ses contradictions. Quant au gouvernement, dans le climat postréférendaire, il a sauté sur l'occasion de démontrer qu'il défend bec et ongles les intérêts nationaux. Il y est d'autant plus fondé que d'autres pays, à commencer par les Etats-Unis, ne se privent pas de faire preuve, eux aussi, de nationalisme industriel.

Reste que ce n'est pas en faisant des moulinets et en proférant de vagues menaces qu'on sert au mieux les intérêts des entreprises. Celles-ci attendent avant tout des pouvoirs publics qu'ils créent un environnement économique favorable à leur activité. En l'occurrence, les entreprises françaises se sentiraient mieux protégées contre des raiders étrangers si des dispositions avaient été prises pour favoriser la création de véritables fonds de pension et pour renforcer l'actionnariat des salariés. Par conséquent, si Thierry Breton a raison d'inciter les patrons à exercer leurs responsabilités au lieu de se réfugier derrière le bouclier de la puissance publique, encore faut-il que les politiques fassent leur vrai métier, qui ne consiste pas à parler à tort et à travers mais à rendre nos entreprises plus fortes par une bonne politique économique.

Posté
E POINT DE VUE DE JEAN-MARC FORNERI

L'été s'installe et certains patrons du CAC 40 sont pris d'une appétence soudaine pour les saveurs méridionales. Ainsi, le président de Danone, jusqu'alors connu et respecté pour ses choix stratégiques, sa convivialité naturelle et son goût pour le golf, nous a mitonné une belle bouillabaisse.

Pour ce plat délicat, il faut avant tout aller à la pêche à la rumeur et explorer si possible les eaux froides et obscures de la banque d'affaires où foisonnent les grandes confidences. La quasi-totalité des banquiers de la place de Paris ayant planché durant les six derniers mois sur des groupes tels que Schneider, Alcatel, Danone, voire Thomson, soit à la demande de clients en pleine réflexion stratégique, soit dans le cadre habituel du brainstorming professionnel, la rumeur était donc aisée à trouver.

Les condiments sont essentiels à la réussite de la recette, car ils en relèvent le goût et en renforcent le fumet. Ils sont vendus chez les communicants, grands prêtres des vérités cachées et brusquement révélées. L'un d'entre eux affola méthodiquement le petit porteur en livrant, des trémolos dans la voix, ses craintes sur l'imminence d'opérations hostiles contre nos fleurons industriels français. Il les avait vues dans la boule cristalline de son Reuters. L'autre, crispé à son téléphone, sut éviter l'affadissement de la rumeur en multipliant les appels aux rédactions, susurrant les confidences et les demi-vérités, en bon connaisseur insulaire et méridional de l'intérêt de relever les plats d'une pointe d'ail et de safran.

La recette méditerranéenne nécessite aussi et surtout quelques belles variétés de poissons ; le choix s'est avéré pléthorique… de la galinette au grand requin blanc. Et l'on vit soudainement s'agiter dans l'immense aquarium médiatique les espèces les plus improbables, toutes réunies contre l'horrible menace étrangère. Union sacrée de syndicalistes laitiers, d'un Patrick Ollier jusqu'alors plus timoré, d'un Fabius transformé en ultime porte-flambeau du guesdisme et d'un Premier ministre plus enclin à la fulgurance poétique qu'à la compréhension des mécanismes brutaux de l'économie libérale. Il ne manquait à notre bouillabaisse qu'un morceau royal que l'on trouva dans les eaux malgaches, célèbres pour leurs coelacanthes, ces poissons abyssaux d'un autre âge. Après tout, reçu par un chef de gouvernement enrichi par le lait et les petits-suisses, il n'était pas inconvenant que notre président de la République s'intéressât au sort de Danone, bien que les productions du géant de l'agroalimentaire ne comportassent pas encore la tête de veau ou l'aligot.

L'alliance de toutes ces saveurs diverses atteint une sorte de symphonie paroxystique qui vit nos éminents élus et ministres, la poitrine virilement tournée vers l'ennemi d'outre-Atlantique, lancer force anathèmes contre l'invasion programmée de la « junk food ». Poignante réconciliation nationale qui souda alors la droite, le centre et la gauche dans la défense admirable du yogourt industriel et de la langue-de-chat usinée à la tonne.

Mais en élevant la température du bouillon, on risque d'en gâter la saveur, car l'ébullition lui est néfaste : la bouille à baisse (d'où le nom). C'est pourquoi Franck Riboud (PDG de Danone), ne voulant pas gâcher la préparation, nous expliqua la semaine dernière qu'il n'y avait eu « aucun contact », qu'il n'y avait « rien, ni de près ni de loin », avec l'abominable gargotier yankee. Brusquement, la flamme perdit au moins 5 % de son intensité !

Voilà qui avait de quoi rendre perplexe l'amateur de bouillabaisse. Après lui avoir fait entrevoir les senteurs et les couleurs de ce mets superbe, après lui avoir fait miroiter les beautés de la serveuse (ne parlait-on pas de la femme la plus désirable du CAC 40, une sorte de cathédrale !), on le privait inélégamment du plaisir de la dégustation.

Qu'on se rassure, si notre gourmet a probablement perdu quelques sous dans l'affaire, il est heureux de ne pas avoir goûté au plat, car celui-ci n'est tout juste qu'un piètre brouet. En effet, le gone s'est pris les pieds dans l'escalier de la traboule et sa recette ne satisferait que le touriste finlandais égaré sur les quais du Vieux-Port.

A défaut de festin, l'amphitryon laisse à ses hôtes de bien pénibles sensations en bouche :

- L'amertume de la place de Paris, dont l'image est durablement atteinte par des gesticulations tendant à confirmer aux yeux du monde que notre pays est bien le dernier refuge du stalinisme économique le plus pur. On peut s'interroger sur le prix à payer pour l'inconséquence et l'indignation sélective de certaines de nos « élites » qui se félicitent à juste titre du succès brillant de Patrick Ricard, discret et efficace patron parti à la conquête d'Allied, et qui s'offusquent du jeu normal du capitalisme lorsque celui-ci se joue sur le terrain France. Précisons que l'enjeu n'est autre qu'un groupe multinational n'ayant jamais hésité à faire ses emplettes en Europe et en Asie.

- L'amertume des chefs d'entreprise français, qui, pour éloigner le risque d'une OPA hostile ont, sans tapage et sans appeler au secours la puissance publique, pris les mesures de protection adéquate : recomposition et stabilisation de leur actionnariat, qualité de leur gouvernance, excellence de leur résultats. De Thomson à Lafarge, les exemples ne manquent pas, mais il est vrai que les dirigeants de ces grands groupes ne se vantent pas périodiquement d'être opéables.

- L'amertume des électeurs de notre pays face à des hommes politiques dont on peut mettre en question la crédibilité et le sérieux. Alors que la France traverse une crise grave, marquée par un chômage élevé et une croissance faible, les états d'âme des dirigeants d'une multinationale largement détenue par des capitaux étrangers, valaient-ils la mobilisation estivale et médiatique de tant d'énergies et d'esprits brillants ? On doit se poser la question, y répondre et en tirer les conséquences.

- L'amertume des milliers des salariés et d'actionnaires individuels de Danone, à qui on avait promis du sang et des larmes dans le grand frisson de l'été et qui doivent à présent avaler un ragoût malodorant.

La cuisine n'était donc que médiocre et la bouillabaisse indigeste, doit-on pour autant fermer le restaurant et licencier le cuisinier ? C'est aux inspecteurs, non pas du guide Michelin mais de l'AMF, qu'il appartiendra de répondre.

JEAN-MARC FORNERI est président de Bucéphale Finance.

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