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La servitude libérale ?


Vincent

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Posté
Un stal est foncièrement réac.

Je sais que c'est la conception d'un Vae Victis sur l'autre forum, mais cela ne me convainc pas. Je doute qu'un vieux stal' comme Flupke Moustache, par exemple, puisse être qualifié de réac'.

Posté
Les termes de postmodernisme et nihilisme m'ont souvent paru devoir s'appliquer à tes posts:

MDR :icon_up:

Je rappelle le Cinquième Commandement: Tu ne Croiras Point Tout ce que Tu Lis. Je ne le mentionne pas juste parce que c'est pratique (ça l'est, bien sûr) mais parce qu'en l'occurence, je n'y croyais pas non plus.

Accessoirement, et j'y repensais hier après avoir posté, le relativisme moral implique qu'on ne croit pas à l'existence de valeurs qui puissent être communes, alors que le libéralisme implique, au contraire, que ces valeurs communes existent et peuvent être d'autant mieux découvertes s'il n'y a pas d'autorité en matière de morale privée (mais que justice est rendue en matière d'interactions entre les gens: un point que Michéa balaie allégrement et sans justification en imaginant la juridisation des rapports humains). Bref, relativisme moral et libéralisme sont des routes qui, si elles peuvent peut-être se ressembler pour un observateur mal informé, mènent à des destinations fort différentes.

Posté
Accessoirement, et j'y repensais hier après avoir posté, le relativisme moral implique qu'on ne croit pas à l'existence de valeurs qui puissent être communes, alors que le libéralisme implique, au contraire, que ces valeurs communes existent et peuvent être d'autant mieux découvertes s'il n'y a pas d'autorité en matière de morale privée (mais que justice est rendue en matière d'interactions entre les gens: un point que Michéa balaie allégrement et sans justification en imaginant la juridisation des rapports humains). Bref, relativisme moral et libéralisme sont des routes qui, si elles peuvent peut-être se ressembler pour un observateur mal informé, mènent à des destinations fort différentes.

Tu as parfaitement raison : le libéralisme n'est en fait pas compatible avec le relativisme moral. Mais Michéa a raison lorsqu'il constate que les libéraux défendent souvent le relativisme moral; il ne faut pas aller bien loin pour le voir, ce forum regorge d'exemples.

Posté

Le relativisme moral se corrige facilement chez des personnes qui n'ont pas bac + 6 en sociophilosophie. Encore faut-il faire preuve de pédagogie et éviter de multiplier les procès en gauchisme. Pour trouver un consensus encore faut-il le chercher.

Posté
Oui c'est très bien vu. Il touche presque juste, la critique finale du Fig me parait également adéquate.

Il y a une bataille sur le vocabulaire. Mais Michéa touche juste. La morale libérale est bien idéologiquement neutre sur quasi-tous les domaines. Quand il dit que le tabac pourrait être interdit, effectivement dans un monde libéral il ne serait pas interdit par l'Etat… sauf que si le principe (de non-nuisance) est le même, le résultat reviendrait au même. Si globalement la fumée de tabac est vue comme nuisible, même dans les bars par exemple, quelle différence avec le cas du canapé tueur ? Et même si le droit libéral donnait raison au propriétaire qui accepte la fumée (et le canapé), en fait, les mécanismes communautaires qui resurgiraient de l'absence d'un Etat, régleraient le problème sans passer par le droit.

Posté

J'ai lu quelques extraits du livre sur le site du nouvel obs et je crois que les critiques sont beaucoup plus raffinées que le livre lui-même, qui resert la même soupe gauchiste que d'habitude avec son complot des médias, des grandes entreprises et du gouvernement américain pour le libéralisme, le marché nous contrôle, le capitalisme nous dresse et tout le toutim. Petite déception donc.

Michéa ne hait rien autant que les libertaires :

Il suffit, pour cela, de savoir manier, même de façon très approximative, ces techniques de la «déconstruction», que leur heureuse simplicité conceptuelle met désormais à la portée de n'importe qui (même d'un lecteur de «Libération») et qui permettent, sans trop d'efforts intellectuels, de transformer tous les scrupules éthiques possibles en autant de tabous arbitraires et historiquement déterminés.

en gras par moi

Au final, une analyse empirique du libéralisme par un prof de philo qui ne réussit pas à échapper à sa famille d'origine.

Posté
Le relativisme moral se corrige facilement chez des personnes qui n'ont pas bac + 6 en sociophilosophie. Encore faut-il faire preuve de pédagogie et éviter de multiplier les procès en gauchisme. Pour trouver un consensus encore faut-il le chercher.

J'ai retrouvé un autre exemple de "neutralité axiologique au nom du progrès et de la liberté", à partir d'un sondage posté par wapiti:

http://www.liberaux.org/index.php?showtopic=29099

Pour cerner un peu plus les positions de uns et des autres, je vous propose ce petit sondage (trop long pour utiliser la fonction sondage du forum, malheureusement).

Pour chaque type de selection ou de modification de l'embryon suivants, est-ce :

a. positif et devrait être encouragé (en général ou dans certains cas)

b. acceptable

c. moralement condamnable mais ne devrait pas être interdit

d. innacceptable et devrait être interdit

… (autre point de vue à préciser)

1. Sélection d'embryons qui ne sont pas atteints de maladies ou malformation génétiques certaines (ex. trysomie 21, mucoviscidose).

2. Sélection d'embryons qui n'ont pas de prédispositions génétiques à certaines maladies (exemples svp ?)

3. Elimination des embryons qui porteur d'une seule copie d'un gène récessif responsable d'une maladie génétique (l'enfant ne serait pas atteint, mais sa descendance pourrait l'être si son partenaire est porteur du même gène, ex : mucoviscidose).

4. Sélection d'embryons porteurs de gènes de résistance à des maladies non génétiques (maladies virales, cancer …)

5. Modification artificielle d'un embryon en introduisant un gène humain de résistance à une maladie

6. Modification artificielle d'un embryon en introduisant un gène de résistance provenant d'une autre espèce.

7. Choix du sexe de l'enfant.

8. Choix de caractéristiques physiques comme la couleur des yeux ou des cheveux.

9. Selection d'embryons ayant des capacité physiques supérieures à la moyenne (taille, force, endurance).

10. Selection d'embryons ayant des capacité intellectuelles supérieures à la moyenne (à partir de là c'est de la SF, de même que la 9, je crois : on ne sait faire ce genre de selection pour les animaux que sur plusieures génération en choisissant les géniteurs il me semble).

11. Introduction artificielle de gènes humain permettant d'améliorer certaines capacité comme dans 9 et 10.

12. Introduction artificielle de gènes d'une autre expèce (ou inhibition de certains gènes) dans le but de modifier les caractéristiques de l'espèce (ex: capacité de régénération des membres, longévité accrue, force décuplée).

http://www.liberaux.org/index.php?s=&s…st&p=218053

Je vois difficilement en quoi on pourrait interdire n'importe laquelle de ces propositions tant qu'on n'y contraint pas les parents. Et tant que les techniques de sélection utilisées ne constituent pas un je n'en dirais pas plus, ce n'est pas moi qui relancerai ce putain de débat sur l'***mot interdit***

Les propositions 7 à 12 impliquent des motifs plus ou moins futiles, mais quand les enfants seront nés, peu importe.

Du point de vue de mon éthique personnel, c'est la 3. qui me gène le plus. Je n'aime pas l'idée qu'on soulage un type de sa vie pour épargner, peut-être, dela souffrance à ses enfants potentiels.

En clair, l'eugénisme: pas bien quand c'est imposé par l'Etat; bien quand c'est privé.

Posté

Je ne vois plus du tout le rapport avec la discussion en cours…

Au lieu de déterrer dix vieux threads dans celui-ci, rouvre ceux dont tu veux relancer la discussion.

Posté
J'ai lu quelques extraits du livre sur le site du nouvel obs et je crois que les critiques sont beaucoup plus raffinées que le livre lui-même, qui resert la même soupe gauchiste que d'habitude avec son complot des médias, des grandes entreprises et du gouvernement américain pour le libéralisme, le marché nous contrôle, le capitalisme nous dresse et tout le toutim. Petite déception donc.

Michéa ne hait rien autant que les libertaires :

en gras par moi

Au final, une analyse empirique du libéralisme par un prof de philo qui ne réussit pas à échapper à sa famille d'origine.

Extraits: http://bibliobs.nouvelobs.com/2007/09/13/l…lisme-ou-la-vie

Bien vu, le passage sur l'idéologie du Bien opposée à toute vraie bonté. Très juste aussi l'analyse du mépris envers une morale de bon sens, mépris partagé par la gauche bobo et certains qui se réclament du libéralisme.

Posté
Alors, je ne peux rien pour toi. :icon_up:

Mais je n'ai absolument pas parlé de neutralité axiologique dans ce fil, qui m'avait déjà fort peu intéressé (une seule contribution en sept pages). Je n'ai même pas répondu au sondage de wapiti.

—> Je ne vois pas où tu veux en venir, tout ce que tu peux réussir c'est enterrer la discussion sur Michéa.

Posté
Mais je n'ai absolument pas parlé de neutralité axiologique dans ce fil, qui m'avait déjà fort peu intéressé (une seule contribution en sept pages). Je n'ai même pas répondu au sondage de wapiti.

—> Je ne vois pas où tu veux en venir, tout ce que tu peux réussir c'est enterrer la discussion sur Michéa.

Je viens de la relancer, figure-toi.

Sinon, je voulais dire que le fil sur l'eugénisme semblait animé par un refus d'exprimer des valeurs autres que la défense d'un scientisme comme religion du "progrès libéral". Je trouve emblématique que, chaque fois qu'elle a été évoquée sur le forum, la question de l'eugénisme ait été dédramatisée, voire que les objectifs de cette vision du monde aient été salués par plusieurs intervenants.

Lors du débat "Dawkins et l'eugénisme", l'excellent Xav l'avait d'ailleurs relevé avec acuité:

http://www.liberaux.org/index.php?s=&s…st&p=216211

Cela m'embête de découvrir cela sur un forum libéral.

Je pensais qu'un libéral était quelqu'un qui demandait nombre de vérifications pour accepter une évolution. Ici je découvre des types qui disent "Génial l'eugénisme, la liberté du choix des gênes de nos enfants" sans avoir de preuves de la non-nocivité sociale de cela. C'est comme les communistes qui disent "Génial le communisme" sans savoir où cela va conduire.

Tester vos saloperies sur vous et surtout sur une autre planète si vous le souhaitez. Finalement l'URSS avait du bon et permettait à certains d'avoir un terrain de jeu.

Posté
Sinon, je voulais dire que le fil sur l'eugénisme semblait animé par un refus d'exprimer des valeurs autres que la défense d'un scientisme comme religion du "progrès libéral". Je trouve emblématique que, chaque fois qu'elle a été évoquée sur le forum, la question de l'eugénisme ait été dédramatisée, voire que les objectifs de cette vision du monde aient été salués par plusieurs intervenants.

Primo, je ne vois pas pourquoi tu comptes mon intervention parmi celle-ci, alors que je fais une réponse de normand totalement inintéressante et qui n'a d'ailleurs suscité aucune réaction.

Secundo, il n'y a pas UNE vision eugéniste du monde, car la définition de l'eugénisme est extrêmement large (entre éviter de se reproduire avec un handicapé trisomique et castrer les homosexuels, il y a une large palette de comportements se rapportant à l'eugénisme).

Tertio, je vais virer l'impromptu de ma signature, c'est quand même honteux et très mauvais :icon_up:

Posté
Primo, je ne vois pas pourquoi tu comptes mon intervention parmi celle-ci, alors que je fais une réponse de normand totalement inintéressante et qui n'a d'ailleurs suscité aucune réaction.

Secundo, il n'y a pas UNE vision eugéniste du monde, car la définition de l'eugénisme est extrêmement large (entre éviter de se reproduire avec un handicapé trisomique et castrer les homosexuels, il y a une large palette de comportements se rapportant à l'eugénisme).

Ce n'était qu'un exemple. Par ailleurs, ceci n'est pas une réponse de Normand:

Je vois difficilement en quoi on pourrait interdire n'importe laquelle de ces propositions tant qu'on n'y contraint pas les parents.

Cela revient à soutenir: "L'eugénisme, c'est mal quand l'Etat y contraint, mais cela ne me dérange pas quand c'est privé".

Ensuite, peu importe au final qu'il y ait différentes applications pratiques de l'eugénisme; ce qui compte, c'est de savoir que l'eugénisme est mauvais en soi.

Tertio, je vais virer l'impromptu de ma signature, c'est quand même honteux et très mauvais

??

Posté
Ensuite, peu importe au final qu'il y ait différentes applications pratiques de l'eugénisme; ce qui compte, c'est de savoir que l'eugénisme est mauvais en soi.

Non.

L'instinct qui nous pousse à choisir un partenaire reproducteur viable pour avoir des enfants viables (éviter les partenaires génétiquement déficients, malades, éviter les femmes trop jeunes ou trop vieilles) n'est pas mauvais en soi. Je vois venir ta réponse, mais les mots ont un sens, et l'eugénisme ce n'est pas seulement Mengele et autres blouses blanches maniant l'éprouvette, c'est aussi la répulsion naturelle à ne pas donner les meilleures armes aux fruits de nos entrailles (fallait pas qu'elle s'en aille, wouohoho).

Posté
Extraits: http://bibliobs.nouvelobs.com/2007/09/13/l…lisme-ou-la-vie

Bien vu, le passage sur l'idéologie du Bien opposée à toute vraie bonté. Très juste aussi l'analyse du mépris envers une morale de bon sens, mépris partagé par la gauche bobo et certains qui se réclament du libéralisme.

Ceci étant dit malgré quelques points intéressants ses thèses sont globalement perverses et dangereuses. Faut pas qu'il nous la fasse à l'envers : c'est bien un abominable gauchiste !
Posté
Ceci étant dit malgré quelques points intéressants ses thèses sont globalement perverses et dangereuses. Faut pas qu'il nous la fasse à l'envers : c'est bien un abominable gauchiste !

Michéa serait aux anges s'il lisait ça :icon_up:

Posté
Michéa serait aux anges s'il lisait ça :doigt:
Tant que je peux rendre service… :icon_up:
Posté
Non.

L'instinct qui nous pousse à choisir un partenaire reproducteur viable pour avoir des enfants viables (éviter les partenaires génétiquement déficients, malades, éviter les femmes trop jeunes ou trop vieilles) n'est pas mauvais en soi. Je vois venir ta réponse, mais les mots ont un sens, et l'eugénisme ce n'est pas seulement Mengele et autres blouses blanches maniant l'éprouvette, c'est aussi la répulsion naturelle à ne pas donner les meilleures armes aux fruits de nos entrailles (fallait pas qu'elle s'en aille, wouohoho).

Désolé, mais les mots ont un sens, et quiconque défend l'eugénisme est un Mengele en puissance. It's a fact.

En clair, c'est du totalitarisme. Rappelez-vous le voeu de Trotski:

L'homme sera beaucoup plus fort, beaucoup plus perspicace, beaucoup plus fin. Son corps sera plus harmonieux, ses mouvements plus rythmiques, sa voix plus musicale. La moyenne humaine s'élèvera au niveau d'Aristote, de Goethe, de Marx. Et au-dessus de cette crête de montagnes s'élèveront de nouveaux sommets.

Enfin, je me permets de citer encore l'excellent Xav, qui a mis le doigt où ça faisait mal:

http://www.liberaux.org/index.php?s=&s…st&p=216553

Ce matin, je me suis réveillé avec cette réflexion:

Certains ont répondu à mes craintes non en m'expliquant les possibles effets sur l'humanité mais en expliquant que le choix revient aux parents, pas à l'Etat, qu'il y aura des contrats, etc. Outre le fait que les progrès de la génétique seront bien plus rapides que ceux de l'état de Droit, je reste méfiant voire plus.

Je crains que sur cette question les libéraux jouent encore un très mauvais rôle. En individualisant la pratique de l'eugénisme, ils le rendent respectable. Ce que l'Etat n'a pas le droit de faire, l'individu, les parents, le peuvent. A quel résultat arriverons nous à la fin? Ne risque-t-on pas d'arriver aux fins qui furent celles des nazis ou de certains sociaux démocrates?

Je crains que le choix des parents soit celui de modifier les gênes de leurs enfants pour avoir des génies sans aucun défaut physique.

Finalement, je me demande si l'eugénisme, tel que certains le conçoivent ici, ne sera pas l'acte final de la révolte contre la nature que décrit Rothbard.

Posté
Je crains que sur cette question les libéraux jouent encore un très mauvais rôle. En individualisant la pratique de l'eugénisme, ils le rendent respectable. Ce que l'Etat n'a pas le droit de faire, l'individu, les parents, le peuvent.

Je vais présenter ma position autrement: la seule discussion possible sur le sens du terme "eugénisme" vient de ce que certaines personnes ne l'emploient que pour désigner une pratique sociale, politique. Si on ne distingue pas le comportement individuel choisi du comportement collectif pouvant recourir à la coercition, au motif, tout à fait envisageable, que les motivations sont les mêmes, et qu'au final ce n'est pas le caractère volontaire et unique de la recherche de l'optimisation biologique, alors l'eugénisme a un sens très large.

Mais alors, on construit une définition générique de l'eugénisme, et on ne peut pas le rejeter en bloc comme ceci:

ce qui compte, c'est de savoir que l'eugénisme est mauvais en soi

parce que

1/ L'eugénisme ne se caractérise pas par la scientificité des procédures mises en oeuvre pour parvenir à ce but.

2/ L'eugénisme englobe indifféremment la favorisation de la reproduction de gènes positifs (poussée à l'extrême, on obtient les mythes du surhomme) et la limitation ou l'élimination des gènes négatifs.

Donc, si j'éprouve un sentiment de répulsion vis-à-vis de femmes trisomiques à l'idée de concevoir un enfant avec elles, il s'agit AUSSI d'eugénisme, à considérer que l'eugénisme peut être un comportement individuelle. Etant donné que je suis conscient de ressentir cette répulsion, et qu'elle me paraît inébranlable, suis-je un Mengele en puissance?

Posté

:icon_up:

L'avis de Marianne. D'abord quelques lignes pleines d'audace contre l'utopisme de la gauche, mais… c'est pour mieux attaquer le libéralisme ! :doigt:

C'est un genre à part entière : un peu d'esprit critique puis des gages d'appartenance au camp du bien. Ouf !

(gras par moi)

Quand Jean-Claude Michéa taquine la droite libérale… et la gauche bien pensante

Marianne2.fr publie des extraits du livre l'Empire du moindre mal, qui vient de paraître aux éditions Climats.

Dans l'institution imaginaire de la société, publiée en 1975, Cornélius Castoriadis développait l'idée que le socialisme était avant tout la réalité des pays socialistes, idée qui mettra quelques années à s'imposer avec la montée en puissance des dissidents. Que voulait dire le philosophe ? Qu'ignorer la pratique pour sauver la théorie revenait à adopter le comportement de ces sectes religieuses qui considèrent que les dérives de l'Eglise n'ont rien à voir avec la religion originelle, qui, elle, serait pure. Or c'était exactement le comportement de toutes les composantes de la gauche non communiste, des socialistes aux anarchistes en passant par les trotskistes : tous considéraient que le stalinisme était une « trahison » de la théorie marxiste et que cette dérive monstrueuse n'entachait en rien la justesse du projet socialiste. Il n'y a pas d'autre socialisme que celui pratiqué par les hommes sur terre, rétorquait Castoriadis. La gauche de l'époque ne l'a pas écouté. Elle ne s'en est pas encore relevée.

Vingt-deux ans après, le philosophe Jean-Claude Michéa, ancien communiste devenu disciple d'Orwell, applique la même observation au libéralisme, qui suscite, au fond, les mêmes engouements religieux que le socialisme naguère. Face aux critiques sur le développement des inégalités et des dysfonctionnements provoqués par la révolution libérale, ses thuriféraires répondent comme les trotskistes des années 1950 : si le libéralisme n'apporte pas encore le bonheur aux peuples, c'est parce qu'il n'est appliqué que partiellement ou encore qu'il est trahi par les politiciens qui s'en réclament. Bref, la révolution, qu'elle soit socialiste ou libérale a pour vocation essentielle d'être trahie.

Michéa va plus loin encore : les penseurs de la gauche et même ceux d'extrême gauche croient que le libéralisme est comme le cholestérol et qu'il existe un « bon libéralisme », le libéralisme politique, et un « mauvais libéralisme », qui serait économique. Le philosophe montre que la logique du libéralisme politique, qui donne la priorité à la lutte pour de nouveaux droits, est très articulée à une conception libérale de l'homme qui serait mu par son seul intérêt égoïste.

Même si nous ne partageons pas toutes ses conclusions (notamment celles sur sa critique de la croissance), ce n'est évidemment pas un hasard si le lancement du site mariane2.fr s'accompagne d'un coup de chapeau à Jean-Claude Michéa qui poursuit une œuvre jubilatoire sur le fond comme sur la forme, œuvre écrite sous le soleil du Languedoc, loin du Flore et de l'Hôtel Lutétia. Michéa incarne une pensée vivante et une critique conjointe de la droite et de la gauche libérales : « A partir du moment où l'on postule que les hommes ne sont mus que par « l'amour d'eux-mêmes et l'oubli des autres » (La Bruyère, ndlr), il ne peut plus exister, en effet, que deux solutions cohérentes au problème politique moderne. Soit on se décide à accepter les hommes « tels qu'ils sont » et il faut alors se résigner à tirer parti de leur égoïsme pour édifier l'empire du moindre mal. Soit on maintient le projet d'un empire du bien (autrtement dit l'utopie d'un monde parfait) mais son avènement triomphal se trouve nécessairement subordonné à la fabrication d'un homme nouveau. On ne saurait mieux résumer l'impasse de la politique contemporaine.

Ph. C. (Marianne)

Posté

Une fois de plus, j'ai moi-même pu constater sur ce forum qu'à chaque critique de l'action des libéraux du passé, la réaction de bon nombre de participants est "mais ce n'était pas du vrai libéralisme" - et j'ai également fait le lien avec les cocos qui vous disent que "le vrai communisme" n'a jamais été appliqué. C'est pas gai, parfois, de se regarder dans le miroir.

Un peu de folklore belge pour illustrer l'idée :

ulenspiegel.jpg

Posté
Une fois de plus, j'ai moi-même pu constater sur ce forum qu'à chaque critique de l'action des libéraux du passé, la réaction de bon nombre de participants est "mais ce n'était pas du vrai libéralisme" - et j'ai également fait le lien avec les cocos qui vous disent que "le vrai communisme" n'a jamais été appliqué. C'est pas gai, parfois, de se regarder dans le miroir.

Un peu de folklore belge pour illustrer l'idée :

D'abord l'article ne critique pas les libéraux d'hier mais bien ceux d'aujourd'hui, ensuite cette critique est assez minable, qui consiste à bien vouloir admettre les torts du socialisme à condition qu'on puisse continuer à raconter que le libéralisme est pire, et enfin ta propre critique ne peut s'appliquer au mieux qu'aux libéraux ayant un objectif révolutionnaire (aussi appellés libertariens). Ce qui n'est pas mon cas, la recherche du moindre mal est bien le but que j'assigne au libéralisme, l'apaisement des passions collectives. Peut-être que cette conception est pessimiste et manque d'ambition mais je trouve qu'en ce sens non seulement le libéralisme est appliqué mais encore que c'est un succès.

Posté
D'abord l'article ne critique pas les libéraux d'hier mais bien ceux d'aujourd'hui, ensuite cette critique est assez minable, qui consiste à bien vouloir admettre les torts du socialisme à condition qu'on puisse continuer à raconter que le libéralisme est pire, et enfin ta propre critique ne peut s'appliquer au mieux qu'aux libéraux ayant un objectif révolutionnaire (aussi appellés libertariens). Ce qui n'est pas mon cas, la recherche du moindre mal est bien le but que j'assigne au libéralisme, l'apaisement des passions collectives. Peut-être que cette conception est pessimiste et manque d'ambition mais je trouve qu'en ce sens non seulement le libéralisme est appliqué mais encore que c'est un succès.

Ca y est, il a planté.

Vu qu'il est certainement sous Windows, le plus simple c'est d'éteindre et puis de rallumer.

Posté
Ca y est, il a planté.

Vu qu'il est certainement sous Windows, le plus simple c'est d'éteindre et puis de rallumer.

On entend parfois que les libéraux sont juste de nouveaux marxistes et il est vrai que quand on lit que le libéralisme n'a jamais été appliqué ou que la lutte des classes c'est vrai mais pas sous la forme énoncée par Marx, j'ai le coeur fendu :icon_up:

Posté

Le texte de Michéa me semble totalement à côté de la plaque dans le sens où, comme d'habitude, il critique la situation étatique en imputant les torts à un libéralisme fantasmatiquement réalisé.

Posté
Vingt-deux ans après, le philosophe Jean-Claude Michéa, ancien communiste devenu disciple d'Orwell, applique la même observation au libéralisme, qui suscite, au fond, les mêmes engouements religieux que le socialisme naguère. Face aux critiques sur le développement des inégalités et des dysfonctionnements provoqués par la révolution libérale, ses thuriféraires répondent comme les trotskistes des années 1950 : si le libéralisme n'apporte pas encore le bonheur aux peuples, c'est parce qu'il n'est appliqué que partiellement ou encore qu'il est trahi par les politiciens qui s'en réclament. Bref, la révolution, qu'elle soit socialiste ou libérale a pour vocation essentielle d'être trahie.

Qui sont ces thuriféraires? Marianne n'en dit mot, sans doute parce qu'à court d'exemples. Il faut dire que l'auteur de l'article (et Michéa semble-t-il) attribue aux libéraux une mentalité et des objectifs qui sont ceux de la gauche. Apporter le bonheur aux peuples, c'est du bla-bla pour idéalistes et utopistes; on est libéral avant tout parce que le libéralisme fonctionne, ou du moins fonctionne beaucoup mieux - et, partant, rend les peuples un peu moins malheureux, que ses concurrents.

Michéa va plus loin encore : les penseurs de la gauche et même ceux d'extrême gauche croient que le libéralisme est comme le cholestérol et qu'il existe un « bon libéralisme », le libéralisme politique, et un « mauvais libéralisme », qui serait économique. Le philosophe montre que la logique du libéralisme politique, qui donne la priorité à la lutte pour de nouveaux droits, est très articulée à une conception libérale de l'homme qui serait mu par son seul intérêt égoïste.

Je la voyais arriver celle-là, et depuis longtemps: à force de cogner sur le libéralisme économique, il faudrait bien s'en prendre un jour au libéralisme politique. On peut même se demander si ce n'était pas l'objectif visé depuis le début, et c'est assez inquiétant je trouve. Sinon Marianne comme dans le paragraphe précité se fabrique un adversaire sur mesure: le libéralisme politique au sens strict ne vise pas tant à revendiquer de nouveaux droits qu'à préserver ceux qui existent déjà. Tous les libéraux ne sont pas libertaires.

Posté
Le texte de Michéa me semble totalement à côté de la plaque dans le sens où, comme d'habitude, il critique la situation étatique en imputant les torts à un libéralisme fantasmatiquement réalisé.

J'ai lu un de ses livres, "L'enseignement de l'ignorance". Il fait une série de constants qu'on ferait tous sur l'éducation mais incrimine le marché, plutot que l'Etat.

Lire un livre qui souligne de vrais problèmes ou pose les bonnes questions, ça sert pas à grand chose si ces questions, on se les pose déjà et les réponses données par l'auteur sont manifestement fausses.

Invité jabial
Posté

Je dois dire que je comprend mal l'intérêt que Mélodius porte à ce bolcho.

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