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Baudelaire, c'est extra


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Rencontre avec Jean-Louis Murat

Baudelaire, c’est extra

Par Fabrice Pliskin

Dans son nouvel album, le chanteur de «Cheyenne Autumn» entonne les vers du dandy toxique des «Fleurs du mal»

A l’heure où le haka triomphe au top sonneries, Jean-Louis Murat, berger mécontemporain, chante des poèmes des « Fleurs du mal » mis en musique par Léo Ferré. C’est son fils, Matthieu Ferré, qui l’a convaincu d’adapter ces maquettes inédites. Autodidacte lettré, fils de couturière, l’Auvergnat conte sa «divinidylle» avec Baudelaire, en vous fixant de ses yeux bleus de lesbienne parnassienne.

Un poète inéquitable

«Baudelaire est un poison. Je me suis laissé intoxiquer par sa poésie négative. L’époque va si vite qu’il n’y a rien de plus novateur que l’alexandrin. Alors, moi, je fais l’éboueur: je ramasse Baudelaire. Baudelaire, c’est le voyage intérieur qui finit dans la ténèbre, comme il dirait. Il ne croit plus à rien, éventuellement à la grâce. Il a un côté prêtre défroqué. Ce genre de comportement amène à des catastrophes collectives. Le dernier homme de Nietzsche a les deux pieds dans la merde et ne s’en rend pas compte. Baudelaire, c’est l’avant-dernier homme. Il est victime de son système nerveux. Souvent, il tombe dans une hystérie de rentier, à la façon des gens payés à rien foutre d’aujourd’hui. Il est très actuel. C’est un culbutos: il oscille sans cesse entre l’amour de soi, la rumination de soi, la haine de soi, de l’autre, du peuple.

Ni démocrate ni royaliste, il n’aime pas le peuple. Au XXIe siècle, plus personne n’aime le peuple: on ne se soucie que des téléspectateurs, des ceux-ci, des ceux-là, on découpe le saucisson et on n’a plus affaire qu’à des rondelles. Baudelaire n’aime guère le suffrage universel. Il faut le dédouaner: la première expérience de suffrage universel amène Napoléon III au pouvoir et accouche d’un tyran.»

Le lien défait

«Pour nous, Français, dans la musique il y a une rupture en 1789. C’est l’époque où on pète tous les violons, parce que ça fait mauvais genre. La musique devient une affaire de conservatoire et on se retrouve avec du folklore: on n’arrive plus à faire le lien. En Angleterre, les héritiers de Purcell, c’est les Beatles. Chez nous, il n’y a pas cette continuité.»

Liaisons dangereuses

«J’ai chanté Béranger, mais je déteste les gens qui manifestent leurs idées politiques dans leurs chansons. Quand tu écoutes les interviews de Ferré ou de Brassens, tu hallucines. Ils sont contre l’armée, contre la police, contre le truc et le machin. Qu’est-ce qu’ils veulent avec leur anarchisme de droite? Brassens met Roosevelt, de Gaulle, Hitler dans le même bateau! Et il part gentiment avec son paquetage visser des Messerschmitt avec Marchais pendant trois ans en Allemagne.

Manu Chao, c’est de la rigolade; l’altermondialisme, c’est son fonds de commerce. 1981, c’est la naissance de l’Homme Bon, dit Philippe Muray. L’Homme Bon a ses icônes. Il adore Manu Chao car Manu Chao a pris tous les gimmicks de l’Homme Bon. Baudelaire t’éclaire sur cette hypocrisie totale. Manu Chao a réussi à faire ce que Bové ne réussira jamais; c’est son frère de lait, mais lui, c’est d’abord un businessman. Manu Chao, si tu fais du «rock équitable», t’as qu’à verser les royautés aux prisonniers cubains au lieu d’investir dans l’immobilier en Espagne…

Le public de la chanson française est de gauche, donc tout le monde fait supergaffe à ce qu’il dit. Avant, tu avais un Ernest Pinard [l’avocat impérial qui accusa “les Fleurs du mal” et “Mme Bovary”]. Maintenant, tu as 60 millions d’Ernest. Et moi! Et moi! Et moi! Pinard, c’est extra. Pinard et Cauchon [l’accusateur de Jeanne d’Arc] sont les deux mamelles de l’âme française! Quand ça donne des interviews, c’est “plus à gauche que moi tu meurs”, alors qu’à ma grande stupéfaction 99% du business était pro-Sarkozy pendant la campagne.»

Femmes damnées

«Baudelaire a une prescience supermoderne du féminisme, genre elles vont toutes devenir imbaisables, ces salopes! Dans la chanson, il y a une nouvelle génération de chanteuses qui “font leur étroite”, comme on aurait dit au XIXe siècle. Du talent, mais si tu écoutes bien leurs textes, elles vivent très bien sans nous. Elles préfèrent le fantasme Chabal. Ou All Blacks. Quand tu vois le haka, tu as envie de prendre un fusil à lunettes et de descendre les quinze. Baudelaire avait pressenti la tarlouzification des âmes, dont l’emblème est Ségolène Royal. J’ai toujours trouvé que le gros cul du Poitou n’assurait pas une cacahuète. Ce pauvre François Hollande a bien fait de se barrer. Depuis, il va mieux: il a maigri, il tète les gros orteils des filles, il renaît.»

Propos recueillis par Fabrice Pliskin

«Charles et Léo», par Jean-Louis Murat, 1 CD et 1 DVD Scarlett/V2 Music. Coffret « les Fleurs du mal », un livre-CD, Gallimard, 354 p., 21 euros.

Jean-Louis Murat est né en 1952 à La Bourboule. Il est l’auteur, entre autres, de «Cheyenne Autumn», du « Manteau de pluie » et de «Mustango».

Source: «Le Nouvel Observateur» du 18 octobre 2007.

Les commentaires des internautes sont priceless.

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De Murat, on avait déja cité ce passage sur le forum:

" Jack Lang a réussi ce que voulait faire Goebbles : mettre le monde artistique en coupe réglée. Depuis Lang, la culture en France, c'est une mafia, un clergé avec ses dogmes, et quand on est pas d'accord avec eux, on est excommunié. C'est dire que tous les matins, je me sens un peu comme Maïakovski ! Tout cela est une tragédie qui amènera un jour la disparition de ce caractère français fait d'impertinence, et Jack Lang en est le responsable. En matière de culture, la France d'aujourd'hui est l'un des pays les plus minables avec le budget de la culture le plus colossal du monde (…) Je pense que seul le système ultra-libéral est viable pour les artistes - d'ailleurs, ma maison de disques est gérée par des fonds de pension américains - et avec ce système socialisant de la culture, on va au clash tous les jours. Et je ne parle pas des intermittents du spectacle, parce qu'il y a dans ce pays de plus en plus de phrases qui sentent le fagot. "
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Comme disait Bigard :

Je tombe sur un noyau dur. Un concentré de tomates, tu vois ? Le trou noir… le triangle des Bermudes, l'oeil du cyclone… Là quand t'es devant le gouffre de la connerie ! Ca fout le vertige hein ? Dis donc, un gars qu'est pas habitué, il peut avoir un malaise ! C'est un gouffre, tu jettes une pièce dedans… tu vas en vacances 3 semaines au Maroc, tu reviens… elle a toujours pas touché le fond. Alors y en a qui vont me dire, de toute façon s'il se mettait à la culture… ça changerait rien ! Et ben si ! Mesdames et messieurs ! Justement ! Ca changerait tout ! Vous savez pourquoi ? Parce que la culture, c'est ça qui donne de l'imagination ! […] Comme Victor Hugo ! A côté J.L Murat,c'est l'encéphalogramme de la grenouille ! C'est le vertige du bas ! Et Victor Hugo, c'est le vertige du haut !
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Croustillante également son anecdote de l'engueulade avec ce porc de CHARASSE qui avait pour habitude de garder deux places en avion pour sa personne et pensait plier le chanteur à cette règle. Mais MURAT l'a atomisé devant tout le monde et gardé sa place assise. :icon_up:

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Quand tu vois le haka, tu as envie de prendre un fusil à lunettes et de descendre les quinze. Baudelaire avait pressenti la tarlouzification des âmes, dont l’emblème est Ségolène Royal. J’ai toujours trouvé que le gros cul du Poitou n’assurait pas une cacahuète.

:icon_up:

Mention spéciale pour "tarlouzification".

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Je ne savais pas que ce mec était aussi marrant. Un peu injuste envers Brassens, ceci étant.

Il a toujours fait preuve d'une lucidité corrosive à propos de la création musicale française. Je l'avais entendu critiquer le manque de professionnalisme des équipes et le verrouillage du milieu (toujours les mêmes depuis des lustres pour servir la même merde) il y a plusieurs années déjà. A l'époque il s'était cassé pour bosser avec des Américains sur un album.

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Croustillante également son anecdote de l'engueulade avec ce porc de CHARASSE qui avait pour habitude de garder deux places en avion pour sa personne et pensait plier le chanteur à cette règle. Mais MURAT l'a atomisé devant tout le monde et gardé sa place assise. :icon_up:

http://www.dailymotion.com/video/xk0qp_jea…-france2_events

Le passage sur le trou de b… de Depardieu est… succulent !

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Beaucoup de personnes dont les idées sont totalement opposées à celles de Baudelaire vont boire ses paroles parce qu'elles sont de Baudelaire ( et je ne parle pas spécialement de Murat). Baudelaire était un grand poète, mais un sale type, complétement inadapté à la vie sociale. C'est parce que sa haine de ses contemporains est dissimulée derrière une exigence poétique dandy que nous lui trouvons des excuses. Dès lors qu'elle est dictée, à mon avis par de mauvais motifs, il n'y a pas grand chose à retenir de la critique que faisait Baudelaire de la société de son temps.

La phrase de Murat sur Brassens et Ferré ( qu'il fusille alors qu'il reprend quand même ses mélodies pour le coup et … sur les conseils de son fils !) est amusante parce que Ferré avait pratiquement fait la même déclaration en parlant cette fois de Ferrat : "j'ai horreur des chanteurs engagés". Heureusement, toutes les chansons de Ferré ne relèvent pas de l'engagement politique.

J'ai eu du mal, il n'y a pas longtemps en relisant certains des textes de chansons de Brassens. Le mépris pour le "croquant", le bourgeois moyen, me parait relever davantage de la démagogie que d'autres choses, sans parler de chansons plus violentes comme "gare au gorille", qui si l'on y pense, est tout simplement abjecte.

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Il y en a un qui cite un autre commentaire de Murat:

Chaque fois que tu demandes un prêt de 4,5 % au Crédit agricole, ils te balancent Imagine. C'est pour ça que je n'ai jamais pu saquer John Lennon. En plus d'avoir fait splitter les Beatles à cause d'une biche il a quand même trouvé la plus conne à New York , ce type a fait des chansons qui peuvent servir au Crédit agricole ! Je déteste Imagine. Elle porte le poison du temps, c'est une chanson de Jean Paul II. Je déteste les gens qui imaginent, les gens qui parlent d'un autre monde, qui te font chier avec un autre monde. Le monde est ce qu'il est. Un oiseau qui pisse, c'est un oiseau qui pisse. Alors, si tu veux un autre monde, prends-toi en charge, défonce-toi, fais de la musique, de la poésie mais ne dis pas que c'est la politique qui va faire un autre monde.
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Ben moi, j'apprécie de moins en moins Murat: il tire absolument sur tout ce qui bouge, et sans discernement. Ca devient même son fond de commerce. C'est comme certains critiques d'art: la plume acérée, des rafales dans tous les sens, mais au final quel message derrière? Aucun.

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Les écrivains pamphlétaires aussi. Je pense à Nabe notamment. C'est souvent jouissif mais il faut éviter de creuser d'avantage.

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