Leepose Posté 13 février 2008 Signaler Posté 13 février 2008 Il se trouve que le jour de l'annonce du scandale de la SG, j'assistais a une formation donnée par mon employeur sur le risque opérationnel, donc dans le secteur de la banque. Formation d'initiation a laquelle assistaient surtout des néophytes comme moi. J'ai quand meme réussi a coller le formateur une fois ou deux! Bref, dans ce domaine, je sens qu'on navigue entre 2 écueils : celui qui consiste a prendre ces calculs sous un angle "absolument scientifique", et celui qui consiste a dire que tous ces calculs sont parfaitement arbitraires, ne reposent sur rien, et n'engagent que les cranes d'oeufs qui passent leurs journées a les faire, a les valider ou au contraire a les retoquer. Il est clair que la SG avait retenu des "scénarios" de fraudes, pour employer le jargon de ce métier (qui est sérieux d'après moi, et repose avant tout sur des stats et des probas, qui sont effectivement du domaine de la démarche scientifique) mais que personne n'avait envisagé un scénario de fraude a 5 milliards d'euros, ou alors avec une probabilité si faible (une fois tous les 5 siècles) que ca n'entrait pas réellement dans le calcul, in fine. Et pourtant!!! Quels vont etre les impacts de cette crise sur ce métier? Car quelque chose me dit qu'il y aura des impacts. En plus, si quelqu'un peut confirmer, je crois avoir compris que tout repose sur la notion d'"incident historique", c-a-d les incidents qui sont éffectivement arrivé dans l'histoire d'une banque donnée. Donc c'est trés mauvais pour la SG. Et tout le monde s'accorde a dire que le niveau de controle de la SG est plutot bon, et que ca aurait pu arriver n'importe ou ailleurs! un p'tit lien a la va-vite, première réponse de Google a "risque opérationnel" http://www.fimarkets.com/pages/risque_operationnel.htm Blague a part, c'est un sujet passionant il me semble. Par exemple, si tu t'appelle Cantor Fitzgerald et que tu travaille au WTC a New-York, quelle est la probabilité de te prendre un avion sur le coin de la gueule?
h16 Posté 13 février 2008 Signaler Posté 13 février 2008 Il se trouve que le jour de l'annonce du scandale de la SG, j'assistais a une formation donnée par mon employeur sur le risque opérationnel, donc dans le secteur de la banque. Formation d'initiation a laquelle assistaient surtout des néophytes comme moi. J'ai quand meme réussi a coller le formateur une fois ou deux! Leepose, notre mascotte. Il est clair que la SG avait retenu des "scénarios" de fraudes, pour employer le jargon de ce métier (qui est sérieux d'après moi, et repose avant tout sur des stats et des probas, qui sont effectivement du domaine de la démarche scientifique) mais que personne n'avait envisagé un scénario de fraude a 5 milliards d'euros, ou alors avec une probabilité si faible (une fois tous les 5 siècles) que ca n'entrait pas réellement dans le calcul, in fine. Et pourtant!!! Rasoir d'Occam : - J. Kerviel, machiavélique gourou de l'informatique et de la finance, passe au travers d'un contrôle technique anti-fraude très poussé en jouant sur les probas et sur le fait que son montage est tellement grossier qu'il ne sera pas vu par ses superviseurs. Mieux, il connaît toutes les ficelles du métier et déjoue avec brio le système établi par des douzaines de "crânes d'oeuf" très pointus. - les superviseurs de Kerviel étaient au courant et ont laissé faire. Mmmh… C'est très dur de trancher.
neuneu2k Posté 13 février 2008 Signaler Posté 13 février 2008 contrôle technique anti-fraude très poussé En même temps, le cumul est pas interdit hein :-)
h16 Posté 13 février 2008 Signaler Posté 13 février 2008 En même temps, le cumul est pas interdit hein :-) Ca ajoute simplement à l'imbalance des deux propositions.
neuneu2k Posté 13 février 2008 Signaler Posté 13 février 2008 Cela dit, plus sérieusement, ça va logiquement modifier les statistiques donc augmenter le cout du risque… ce qui n'est pas vraiment un problème, le risque étant a mon avis nettement sous-évalué… Bon par contre, ca veux dire qu'il faut vite fait que je me reconvertisse au risque opérationnel, va y avoir de quoi faire les 20 prochaines années !
Leepose Posté 13 février 2008 Auteur Signaler Posté 13 février 2008 Je sens qu'on va droit au hors sujet, alors allons y gaiement. De toute façon je demanderai des infos a un de mes cousins, consultant spécialisé en risque opérationnel. Et je reviendrai poster sur le fil si ca vaut le coup. Leepose, notre mascotte. Clair. J'ai demandé au formateur ce qu'il advenait concrètement du "capital économique" (donc du pognon) qui servait a couvrir le risque opérationnel, au terme du calcul. Je voulais savoir concrètement si le pognon était bloqué quelque part, a l'intérieur ou a l'extérieur de la banque (comme des réserves obligatoires a la Banque de France par exemple), ou s'il pouvait etre investit pour rapporter des intérets, etc… C'est un simple participant a la formation qui a du se lever pour répondre, devant l'embarras manifeste du formateur. Rasoir d'Occam : - J. Kerviel, machiavélique gourou de l'informatique et de la finance, passe au travers d'un contrôle technique anti-fraude très poussé en jouant sur les probas et sur le fait que son montage est tellement grossier qu'il ne sera pas vu par ses superviseurs. Mieux, il connaît toutes les ficelles du métier et déjoue avec brio le système établi par des douzaines de "crânes d'oeuf" très pointus. - les superviseurs de Kerviel étaient au courant et ont laissé faire. Mmmh… C'est très dur de trancher. Les superviseurs de Kerviel étaient peu etre au courant, mais ce qui est inimaginable c'est que "tout le monde" était au courant. D'après moi il est trés fort. Impliquer Fimat, gruger click-options, envoyer Eurex se faire cuire un oeuf, et passer tous les controles internes et externes de la banque. D'un autre coté, un autre de mes cousins, trader "vedette" si on peut dire, aurait dit que cette histoire est une vaste connerie, et que beaucoup de traders ont un "matelas", comme Kerviel l'a expliqué. Personnellement ca me laisse sans voix. Il faudra que je lui parle directement car je n'arrive pas a croire qu'il trouve cette affaire si banale, apparemment.
neuneu2k Posté 13 février 2008 Signaler Posté 13 février 2008 L'affaire est banale, l'importance de la position l'est vachement moins, frauder les systèmes front, c'est assez classique, falsifier des confirmations back, c'est plus rare chez les traders… Quand a gruger Click-Options… il a participé aux specs alors… (C'est public, c'est sur son CV :-D) Le plus difficile a croire c'est le nombre de gens a qui il a menti avec succès, sur ce point, c'est assez impressionnant, ça doit être un très bon menteur.
A.B. Posté 13 février 2008 Signaler Posté 13 février 2008 Bref, dans ce domaine, je sens qu'on navigue entre 2 écueils : celui qui consiste a prendre ces calculs sous un angle "absolument scientifique", et celui qui consiste a dire que tous ces calculs sont parfaitement arbitraires, ne reposent sur rien, et n'engagent que les cranes d'oeufs qui passent leurs journées a les faire, a les valider ou au contraire a les retoquer.Il est clair que la SG avait retenu des "scénarios" de fraudes, pour employer le jargon de ce métier (qui est sérieux d'après moi, et repose avant tout sur des stats et des probas, qui sont effectivement du domaine de la démarche scientifique) mais que personne n'avait envisagé un scénario de fraude a 5 milliards d'euros, ou alors avec une probabilité si faible (une fois tous les 5 siècles) que ca n'entrait pas réellement dans le calcul, in fine. Et pourtant!!! C'est toute la philosophie de Nassim Taleb, je te recommande le bouquin, The Black Swan. Il se penche sur l'impact tres important des evenements improbables et sur l'illustion de connaissance que donnent les modeles et les probabilites.
h16 Posté 13 février 2008 Signaler Posté 13 février 2008 Les superviseurs de Kerviel étaient peu etre au courant, mais ce qui est inimaginable c'est que "tout le monde" était au courant. Tout le monde, non. Mais les rouages clés, oui, certainement. Ce qui revient à dire que la sécurité n'a pas été remise en cause à aucun moment. Simplement, ils ont (en groupe) joué avec le feu et c'est Kerviel qui a brûlé. D'après moi il est trés fort. D'après moi, c'est un lampiste naïf. Le plus difficile a croire c'est le nombre de gens a qui il a menti avec succès, sur ce point, c'est assez impressionnant, ça doit être un très bon menteur. Ou il n'a pas eu besoin. C'est de loin l'explication la plus simple. D'ailleurs, actuellement, les cadres de la SG serrent tellement des fesses pour éviter de se prendre une bonne baffe qu'ils émettent dans les ultrasons quand ils pètent …
POE Posté 20 février 2008 Signaler Posté 20 février 2008 Je ne connais rien au risque opérationnel, mais je crois que lorsqu'un événement très improbable (disons un accident) survient alors que des systèmes de contrôle et de surveillance existent, il s'agit le plus souvent d'une somme de défaillances humaines. Chacun à son niveau n'a pas connaissance de la globalité du système, et il commet donc une négligence ou une erreur qui lui semble d'une importance relative, jusqu'à ce que l'accident survienne. En clair, je ne pense pas qu'il y ait eu des positions prises sur 50 Mds d'euros, mais probablement une somme de positions importantes qui individuellement n'ont pas déclenchées la réaction appropriée. L'autre hypothèse est que l'importance globale des positions (50 Mds) étaient connues de certains contrôles et qu'ils ont laissés faire.
txomin Posté 21 février 2008 Signaler Posté 21 février 2008 C'est toute la philosophie de Nassim Taleb, je te recommande le bouquin, The Black Swan. Il se penche sur l'impact tres important des evenements improbables et sur l'illustion de connaissance que donnent les modeles et les probabilites. En fait, ce qui est assez dingue, c'est que c'est connu depuis les débuts de la théorie financières moderne. Mandelbrot (qui a dirigé la thèse de Fama !) montre dès les années 60 (notamment avec les prix du coton sur 150 ans) que les cas extrêmes sont non seulement "fréquents" mais qu'en plus ils font l'essentiel de la variation totale. En fait, tout se passe comme si les fluctiations boursières suivent une loi normale la plupart du temps avec des variations cumulées proches de 0 et des variations extrêmes qui sont elles décisives et pas du tout conforme à la loi normale (les moins 22 % d'octobre 1987 ont une chance sur 10puissance 50 de se produire dans une loi normale!!!) Mandelbrot a donc proposé une loi de distribution plus proche d'une loi de puissance. Le problème, c'est qu'elles ont une variance infinie et qu'elle se prètent donc beaucoup moins à tous calculs. La théorie a donc chois d'ignorer ces évènements hors-modèle. Kerviel ne doit pas être le seul à avoir payer cher les "évènements rares" du début janvier.
Polydamas Posté 21 février 2008 Signaler Posté 21 février 2008 Kerviel ne doit pas être le seul à avoir payer cher les "évènements rares" du début janvier. Nonnon, il y a Crédit Suisse, Merril, Morgan Stanley, UBS, et j'en passe…
Leepose Posté 22 février 2008 Auteur Signaler Posté 22 février 2008 Je ne connais rien au risque opérationnel, mais je crois que lorsqu'un événement très improbable (disons un accident) survient alors que des systèmes de contrôle et de surveillance existent, il s'agit le plus souvent d'une somme de défaillances humaines. Chacun à son niveau n'a pas connaissance de la globalité du système, et il commet donc une négligence ou une erreur qui lui semble d'une importance relative, jusqu'à ce que l'accident survienne. Des fois, il n'y a meme pas de mesure de surveillance particulière car le risque en question est complètement externe : par exemple un tremblement de terre en plein Paris. (je suis en forme, moi…) Le truc que j'ai compris et qui m'a paru intéressant en risque opérationnel est la chose suivante : depuis Bale 2, les banques sont tenues de "provisionner" des montants correspondants a leur risque. Une petite banque pourra choisir une estimation a la va-vite de ce montant, mais la formule a appliquer fait en sorte que le montant est élevé. (X% des dépots ou des fonds propres, je ne sais plus) Une grosse banque pourra elle embaucher 5 spécialistes de risque opérationnel (déja ca créé de l'emploi!!) et l'idée est de ne pas appliquer la formule classique mais de parvenir a réduire ce montant, réduction qui se justifie par la bonne connaissance de son risque par la banque. Elle connait sa "cartographie du risque", par région, par métier, par mois, etc… Je trouve cette idée intéressante : on réduit le pognon nécessaire a la couverture du risque par la bonne connaissance de ce risque, justement. Autre idée intéressante : les banques sont censées coopérer et communiquer entre elles sur le niveau de risque, leurs "incidents historiques", etc… ce qu'elles ne font pas car c'est trop sensible, et qu'elles n'y trouvent aucun intéret sur le coup.
A.B. Posté 22 février 2008 Signaler Posté 22 février 2008 Mandelbrot a donc proposé une loi de distribution plus proche d'une loi de puissance. Le problème, c'est qu'elles ont une variance infinie et qu'elle se prètent donc beaucoup moins à tous calculs. Je ne suis pas sur que Mandelbrot ait été le premier a proposer les levy-stables je crois. De toute maniere la volatilité stochastique modelise bien les fat-tails donc on peut s'en sortir avec des gaussiennes, et l'intuition de volatilité stochastique me semble refletter mieux ce qui se passe qu'un modele stationnaire avec des queues polynomiales.
Polydamas Posté 22 février 2008 Signaler Posté 22 février 2008 Tiens au fait, pour ceux que ça intéresse, le rapport intermédiaire de la commission d'enquête est disponible ici. On remarquera qu'il a envoyé balader les mecs du back office à coups de : "Agent 3 lui demande [ndlr : à Jérôme Kerviel] des explications sur ses positions, elle obtient la réponse : "ça matérialise des give up de futs faits tardivement, je dois de l'argent à la contrepartie. On va le rebooker asap". Elle a avoué en entretien n'avoir pas compris l'explication."
vincponcet Posté 23 février 2008 Signaler Posté 23 février 2008 Des fois, il n'y a meme pas de mesure de surveillance particulière car le risque en question est complètement externe : par exemple un tremblement de terre en plein Paris.(je suis en forme, moi…) Le truc que j'ai compris et qui m'a paru intéressant en risque opérationnel est la chose suivante : depuis Bale 2, les banques sont tenues de "provisionner" des montants correspondants a leur risque. Une petite banque pourra choisir une estimation a la va-vite de ce montant, mais la formule a appliquer fait en sorte que le montant est élevé. (X% des dépots ou des fonds propres, je ne sais plus) Une grosse banque pourra elle embaucher 5 spécialistes de risque opérationnel (déja ca créé de l'emploi!!) et l'idée est de ne pas appliquer la formule classique mais de parvenir a réduire ce montant, réduction qui se justifie par la bonne connaissance de son risque par la banque. Elle connait sa "cartographie du risque", par région, par métier, par mois, etc… Je trouve cette idée intéressante : on réduit le pognon nécessaire a la couverture du risque par la bonne connaissance de ce risque, justement. Autre idée intéressante : les banques sont censées coopérer et communiquer entre elles sur le niveau de risque, leurs "incidents historiques", etc… ce qu'elles ne font pas car c'est trop sensible, et qu'elles n'y trouvent aucun intéret sur le coup. Les modèles de risque, ça marche bien quand on est dans l'euphorie et que tout monte, bref, quand la perception du risque est artificiellement baissé par la banque centrale. Bref, c'est du vent qui dans le cadre de BâleII ne sert qu'à permettre aux banques de prendre plus de risque et lorsque le vent tourne, ça fera encore plus de dégats pour toute l'économie, car ils auront des injections de la part de la BC. Pendant ce temps-là, le citoyen de base voit le prix du pain monter. Qu'un investisseur utilise tous les calculs qu'il désire pour faire ses investissements, je m'en moque. Si tous ces investissements étaient faits avec du vrai argent épargné, soit, mais ce n'est pas le cas, tout est ultra-leveragé avec du credit fiat. Le problème est que dans notre système actuel collectiviste autour de la banque centrale, les investissements pourris des banques impactent toute la population. tiens au passage, Guido Hülsman a passé un article dans l'Echo de belgique http://www.institutmolinari.org/editos/20080212.htm Temps de repenser le système monétaireGuido Hülsmann – 12 février 2008 Article publié le samedi 9 février 2008 dans L'Écho de Belgique. La crise des « subprimes » – qui éclata l’été dernier sur le segment limité des créances immobilières américaines à fort risque – ne cesse de se répandre et de s’amplifier. À l’heure actuelle, elle a déjà touché la majorité des banques et des entreprises d’investissement, non seulement aux États-Unis, mais aussi en Europe et ailleurs. Une sévère crise de l’économie mondiale s’annonce pour 2008. Alors quel diagnostique et quels remèdes ? Certains économistes y voient l’échec du « laissez-faire » et le fruit de libertés excessives dont auraient joui les acteurs sur les marchés financiers. Ils en demandent une réglementation bien plus poussée, accompagnée de politiques budgétaires et monétaires expansionnistes. Cette approche soulève cependant plusieurs questions. En effet, dans quelle mesure peut-on parler d’un « laissez-faire » financier, étant donné l’omniprésence des États sur les marchés financiers en tant que régulateurs et plus grands vendeurs d’obligations ? Dans quelle mesure peut-on parler aussi d’un « laissez-faire » bancaire, étant donné la sur-réglementation de ce secteur et la grande présence de l’État en tant que client, banquier et actionnaire de certaines banques ? N’est-il pas paradoxal de confier à l’État la mission de corriger les prétendues défaillances des marchés alors qu’il n’a pas cessé d’y intervenir? Il n’y a aucun doute que les marchés financiers se trouvent aujourd’hui très fragilisés par le fait que ses acteurs privilégient la dette au détriment des fonds propres. Dans une économie d’endettement, les faillites des uns se répercutent fortement et rapidement sur les bilans des autres, entraînant un effet « boule de neige ». C’est exactement ce que nous observons à l’heure actuelle. Ce problème a été pointé du doigt et débattu depuis des décennies, et pourtant il n’a cessé de s’accentuer. Pourquoi ? Non pas en raison d’une tendance suicidaire des marchés financiers, mais à cause des incitations créées par les interventions politiques. En particulier, l’État a mis en place un système monétaire qui déresponsabilise les acteurs et encourage de ce fait des pratiques financières insoutenables. Privilégier la dette aux fonds propres devient en effet le choix rationnel en présence d’un régime de banques centrales qui assument le rôle d’un « prêteur en dernier ressort ». Les banques centrales créent la monnaie de base de l’économie, soit par l’impression de nouveaux euros et dollars, soit par un simple acte d’écriture comptable. Puisque cette création monétaire se fait pratiquement sans coût, elle est en principe illimitée. Autrement dit, les banques centrales, à la différence des banques commerciales par exemple, ne sont pas contraintes de payer leurs dettes avec une monnaie qui échapperait à leur contrôle. Elles ne rencontrent donc jamais de problèmes de liquidité et ne peuvent jamais faire faillite, car elles peuvent simplement créer sans coût toute somme dont elles auraient besoin. Il s’ensuit qu’elles peuvent également prêter toute somme dont les autres agents auraient besoin, et ceci en principe, répétons-le, sans aucune limitation de montant. Selon l’orthodoxie actuelle, les banques centrales sont censées utiliser leur pouvoir extraordinaire pour stabiliser les marchés financiers. Elles doivent prêter librement tout montant nécessaire pour empêcher des défauts de paiements qui pourraient entraîner un effet « boule de neige ». Mais cet interventionnisme permanent n’a, au contraire, que contribué à renforcer ladite tendance vers l’endettement car les participants aux marchés financiers n’ignorent évidemment pas la mission des banques centrales. Ils savent que ces dernières ont la possibilité de sauver tout agent en difficulté de paiement, et qu’elles vont le faire lorsque cet agent est suffisamment important pour provoquer cet effet « boule de neige ». Il en résulte une incitation perverse que les économistes appellent un risque moral ou aléa moral, à savoir, l’incitation pour les banques et les entreprises d’investissement à s’endetter autant que possible, pour augmenter le rendement de leurs fonds propres. La tendance vers l’économie d’endettement et la fragilisation des marchés financiers n’est donc pas une conséquence d’un « laissez-faire » économique. Elle résulte bien au contraire d’une politique monétaire de longue haleine qui a imposé un monopole monétaire et l’a confié aux banques centrales. Ces dernières prétendent stabiliser les marchés financiers alors qu’elles les ont au contraire, fragilisés en déresponsabilisant leurs principaux acteurs. Toute réforme des marchés financiers serait bien incomplète, et vouée à l’échec, si elle ne remet pas en question notre système monétaire monopolistique et fortement étatisé.
txomin Posté 23 février 2008 Signaler Posté 23 février 2008 Je ne suis pas sur que Mandelbrot ait été le premier a proposer les levy-stables je crois. De toute maniere la volatilité stochastique modelise bien les fat-tails donc on peut s'en sortir avec des gaussiennes, et l'intuition de volatilité stochastique me semble refletter mieux ce qui se passe qu'un modele stationnaire avec des queues polynomiales. En fait, c'est pire que cela, Mandelbrot connait bien le Lévy (professeur à polytechnique) à l'origine de ces fonctions. Et comme le monde est petit, ce Lévy a involontairement contribué à l'échec de la carrière universitaire de Bachelier ! C'est ce que raconte Mandelbrot dans un livre "Une approche fractale des marchés". Pour Mandelbrot, tous les modèles Arch est dérivés ne sont qu'une cautère sur une jambe de bois. J'avoue que je ne sais pas si on arrive à modéliser correctement les comportements des marchés financiers avec ces modèles ; Ou plutôt tous les comportements. Aucun modèle Arch (s'il avait existé) développé à partir des données d'avant le 24 octobre 1987, n'aurait pu modéliser ce phénomène, non ? Comment ces modèles tiennent compte de la non indépendance des cas extrèmes (qui sont souvent proches dans le temps et pas isolés) ?
vincponcet Posté 23 février 2008 Signaler Posté 23 février 2008 En fait, c'est pire que cela, Mandelbrot connait bien le Lévy (professeur à polytechnique) à l'origine de ces fonctions. Et comme le monde est petit, ce Lévy a involontairement contribué à l'échec de la carrière universitaire de Bachelier ! C'est ce que raconte Mandelbrot dans un livre "Une approche fractale des marchés".Pour Mandelbrot, tous les modèles Arch est dérivés ne sont qu'une cautère sur une jambe de bois. J'avoue que je ne sais pas si on arrive à modéliser correctement les comportements des marchés financiers avec ces modèles ; Ou plutôt tous les comportements. Aucun modèle Arch (s'il avait existé) développé à partir des données d'avant le 24 octobre 1987, n'aurait pu modéliser ce phénomène, non ? Comment ces modèles tiennent compte de la non indépendance des cas extrèmes (qui sont souvent proches dans le temps et pas isolés) ? vous croyez vraiment qu'il est possible de prédire l'avenir ?
Rincevent Posté 23 février 2008 Signaler Posté 23 février 2008 vous croyez vraiment qu'il est possible de prédire l'avenir ? Oui. Un jour, je mourrai, et un autre jour, ou peut-être le même, tu mourras aussi. Ca t'en bouche un coin, hein ?
txomin Posté 23 février 2008 Signaler Posté 23 février 2008 vous croyez vraiment qu'il est possible de prédire l'avenir ? Ce n'est pas de prédire l'avenir dont il s'agit mais de modéliser le possible, tous le possible, par exemple pour savoir combien une banque peut perdre dans le pire des cas compte tenu de ses engagements.
vincponcet Posté 23 février 2008 Signaler Posté 23 février 2008 Oui. Un jour, je mourrai, et un autre jour, ou peut-être le même, tu mourras aussi. Ca t'en bouche un coin, hein ? et dire qu'un jour un type va mourrir un jour, ça te permet de prédire les cours de bourse ?
Rincevent Posté 23 février 2008 Signaler Posté 23 février 2008 et dire qu'un jour un type va mourrir un jour, ça te permet de prédire les cours de bourse ? Tu n'as pas précisé à quel point la prédiction devait être précise. Si toute prédiction était impossible, la science serait impossible.
neuneu2k Posté 23 février 2008 Signaler Posté 23 février 2008 Ce n'est pas de prédire l'avenir dont il s'agit mais de modéliser le possible, tous le possible, par exemple pour savoir combien une banque peut perdre dans le pire des cas compte tenu de ses engagements. Sauf qu'il suffit d'une seule option call non couverte par l'intégralité du sous-jacent (et la je ne parle pas d'une couverture delta-neutre, mais bien d'une couverture totale) pour "dans le pire des cas" exposer la banque a un risque potentiellement infini. En fait, un dérivé ouvert, si on envisage le pire des cas, faut jamais le vendre MOUHAHAHAHAhahahahaha
Leepose Posté 25 février 2008 Auteur Signaler Posté 25 février 2008 Tiens au fait, pour ceux que ça intéresse, le rapport intermédiaire de la commission d'enquête est disponible ici.On remarquera qu'il a envoyé balader les mecs du back office à coups de : merci pour le lien. Enfin des infos précises sur l'affaire Kerviel?
vincponcet Posté 25 février 2008 Signaler Posté 25 février 2008 Tu n'as pas précisé à quel point la prédiction devait être précise. Si toute prédiction était impossible, la science serait impossible. Justement, je ne vois pas les sciences de la Nature, et les sciences de l'Homme sur le même plan. La connaissance du mouvement d'une voiture ne change pas la nature de son comportement. En science de l'Homme, l'Homme est sujet et objet. Et l'Homme est un être apprenant. Ainsi toute expérience qu'il fera va impacter ses comportements futurs. Bref, autant on peut prédire le mouvement d'une voiture, autant, les sentiments des gens, et donc les prix, j'ai du mal à y croire. Les modèles ne peuvent donner que des tendances basées sur les faits passés (qui ne sont que des conséquences des sentiments des gens, mais pas leurs sentiments justement, et c'est cela qui est la source des prix), mais rien ne dit qu'un jour, les opinions vont changer drastiquement. C'est d'ailleurs ce qui se passe en ce moment. Et là, les modèles sont la pire des choses, puisque les fonds quant, basés sur leurs "certitudes" des comportements futurs ont pris des positions ultra-leveragées, et là, ils prennent leurs pertes (enfin, façon de parler puisque justement, les BCs étanchent la soif de toute la finance en ce moment). En plus, vu qu'ils sont directement connectés aux banques et donc à la planche à billet par leur leverage, et bien, ils en arrivent à être très impactant dans la direction des prix qu'ils prétendent prédire. Bref, tout cela tourne en rond, et marche tellement bien en période de boom principalement parce qu'ils bénéficient de la planche à billet. Pour la même raison, on peut même dire que leurs actions basées sur leur soit disant connaissance du futur augmente la variabilité du futur et le rend encore plus incertain, d'autant plus du point de vue de leurs modèles. Voir le fameux directeur quant de goldman sachs qui en aout a annoncé un truc du genre "nous avons vécu un évènement à 6 écart-types, le marché est irrationnel", genre, mon modèle n'a pas prévu cela, donc les gens sont fous. Il est parti sur une autre planète le type et en vient à croire que son modèle est la réalité. Et bien non, son modèle marche quand on est en boom entretenu par l'injection de monnaie par la BC et par l'irresponsabilité institutionnelles des banques parce qu'elles savent qu'il y a un préteur de dernier ressort pour leur éviter la faillite. Bref, ça ne modélise pas grand chose en fait.
Starscream Posté 3 mars 2008 Signaler Posté 3 mars 2008 L'Etat français a fait largement mieux que ce Jérôme Kerviel (si c'est bien lui qui est derrière tout cela tout seul) : * 1993 - Quasi-faillite notamment à cause d'investissements massifs (dont ceux faits par le truchement d'une filiale aux Pays-Bas) perdus dans la Metro-Goldwyn-Mayer. Un rapport parlementaire dénonce le système des avances et prêts à risques faits aux spéculateurs, notamment dans le domaine immobilier, qui anticipaient la plus-value envisagée sur ces opérations immobilières. L'affaire du Crédit lyonnais a mis en valeur certaines des causes financières de la crise du logement liées à l'utilisation de crédits publics dans cette spéculation. Le montant des pertes (130 milliards de francs) en ont fait l'un des plus grands scandales financiers de l'histoire, au même titre que l'affaire du canal de Panama. Ce scandale a touché également plusieurs filiales du Crédit lyonnais (CLBN, Société de banque occidentale (SDBO), IBSA, Altus Finance). * 5 mai 1996 - Incendie du siège central parisien, le siège social est à Lyon. Le Crédit lyonnais sauve toutefois ses activités de marché grâce à une salle de marché de secours prête à fonctionner. Doutes sur le caractère accidentel de l'accident, en particulier du fait des multiples foyers et de l'incendie au Havre d'une partie des archives du groupe. Les 40 milliards de francs de Kerviel, ça fait petit joueur à côté quand même.
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