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Pas de surprise aux César


Taranne

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César: "La Graine et le Mulet", Cotillard et Amalric récompensés

Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud, César du meilleur premier film, le 22 février 2008

Sacré meilleur film de l'année "La Graine et le Mulet", une chronique familiale humaniste signée par Abdellatif Kechiche, a surpris vendredi en obtenant aussi le prix du meilleur réalisateur, au nez et à la barbe de "La Môme" et d'"Un secret", favoris de la 33e édition des César .

Déjà lauréat du prix Louis-Delluc 2007 et du Prix du jury au dernier Festival de Venise, ce troisième film du franco-tunisien Abdellatif Kechiche, 47 ans, a en outre reçu les César du meilleur scénario original et du meilleur espoir féminin, décerné à Hafsia Herzi, 21 ans.

"Je voudrais remercier celui qui a été ma source d'inspiration, qui m'a donné beaucoup d'énergie, c'est un petit ouvrier du bâtiment, c'est mon père", a-t-il lancé Kechiche, très ému derrière ses lunettes à fines montures.

"Je veux remercier mon deuxième père", a-t-il poursuivi en se tournant vers son producteur Claude Berri venu sur scène à ses côtés, avant de saluer sa "grande source d'inspiration", le cinéaste Maurice Pialat :icon_up: .

En 2005, ce comédien passé derrière la caméra avait déjà raflé les quatre mêmes César avec "L'Esquive" son deuxième film, l'histoire de jeunes lycéens de banlieue répétant une pièce de Marivaux.

Vu par 700.000 spectateurs en France, "La Graine et le mulet" raconte à la façon d'une palpitante épopée l'ouverture, par un ouvrier licencié des chantiers navals, d'un restaurant de couscous de poisson sur un vieux rafiot.

Signé par un auteur exigeant comme l'élégant "Lady Chatterley" de Pascale Ferran, César du meilleur film l'an dernier, il a triomphé devant deux géants du box-office, nommés chacun onze fois: "La Môme" d'Olivier Dahan (5 millions de spectateurs) et "Un secret" de Claude Miller.

Sans surprise, "La Môme" a remporté le César de la meilleure actrice, décerné à Marion Cotillard, qui à 32 ans pourrait être, dimanche, la deuxième comédienne Française à remporter l'Oscar, 48 ans après Simone Signoret.

"Tu as changé ma vie, ma vie d'actrice, ma vie tout court, tu as écrit le plus beau rôle du monde et tu m'as demandé d'être toute une vie… et pour ça, forcément ça te revient", a lancé Cotillard, très émue dans sa robe pêche à Dahan, absent vendredi soir.

La mélodramatique biographie filmée d'Edith Piaf a obtenu quatre César techniques (photo, costumes, décors et son).

Dure déception pour Claude Miller qui signait là un film très personnel, "Le secret", onze fois nommé - 1,7 million de spectateurs en France -, a dû se contenter du César du meilleur second rôle féminin, attribué à Julie Depardieu.

Absent pour cause de tournage du dernier James Bond où il incarne le méchant, Mathieu Amalric, 42 ans, a remporté son deuxième César du meilleur acteur grâce à son rôle d'homme paralysé dans "Le Scaphandre et le Papillon" de Julian Schnabel - aussi récompensé pour son montage.

L'actrice Jeanne Moreau, qui à 80 ans a reçu un "super César d'honneur" pour une carrière de 60 ans, riche de plus de 100 films, a profité de la scène du Châtelet pour dire son inquiétude à l'égard "de mesures gouvernementales qui risquent d'affaiblir" le cinéma français.

Elle a pointé la baisse des subventions publiques redoutée par les cinémas indépendants, contre laquelle quelque 200 salles art et essai ont protesté vendredi soir en baissant le rideau.

Jeanne Moreau a aussi dénoncé les "attaques" de "groupes puissants qui reprochent une concurrence déloyale" à des petites salles, faisant référence à plusieurs actions juridiques intentées par UGC - parfois rejoint par MK2.

Enfin l'acteur-réalisateur italien Roberto Benigni a reçu également un César d'honneur.

Posté
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Tout y est.

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Inconnus - La 17ième nuits des Escars</a></b><br /><i>envoyé par <a href="http://www.dailymotion.com/thierrybenji">thierrybenji</a></i></div>

C'est ce qui est en rouge qu'il faut mettre entre les balises. C'est dans le code du lecteur exportable.

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Tout y est.

Merci pour ce franche moment de rigolade, celui là ça faisait un moment que je ne l'avais pas revu.

"Je vous le demande, monsieur le ministre, où est donc ce tant et tant?" :icon_up:

Posté
L'actrice Jeanne Moreau, qui à 80 ans a reçu un "super César d'honneur" pour une carrière de 60 ans, riche de plus de 100 films, a profité de la scène du Châtelet pour dire son inquiétude à l'égard "de mesures gouvernementales qui risquent d'affaiblir" le cinéma français.

:icon_up:

Elle a pointé la baisse des subventions publiques redoutée par les cinémas indépendants, contre laquelle quelque 200 salles art et essai ont protesté vendredi soir en baissant le rideau.

Y'a comme un oxymore.

Posté
Vu par 700.000 spectateurs en France, "La Graine et le mulet" raconte à la façon d'une palpitante épopée l'ouverture, par un ouvrier licencié des chantiers navals, d'un restaurant de couscous de poisson sur un vieux rafiot.

Tout simplement énorme ! :icon_up:

La mélodramatique biographie filmée d'Edith Piaf a obtenu quatre César techniques (photo, costumes, décors et son).

Autrement dit les miettes. Pas assez cultureux comme film j'imagine. En plus de ça il a marché au ciné…

Posté

Un blog de surveillance du "peuple de droite" recense toutes les réactions négatives au palmarès des César.

http://peuplededroite.blogspot.com/2008/02/brr.html

L'auteur, comme le titre du post et la courte introduction l'indiquent, voit dans tout cela une nouvelle étape dans la sarkoïsation des esprits, alors que certains commentaires sont de bon sens (Kéchiche meilleur que Schnabel? Vraiment?)

Quelqu'un a vu le film, avant de le descendre ?

Qui le descend?

EDIT: Tu fais peut-être allusion au sous-titre de ce fil. Quelqu'un peut retirer le "chiant"?

Posté
L'auteur, comme le titre du post et la courte introduction l'indiquent, voit dans tout cela une nouvelle étape dans la sarkoïsation des esprits, alors que certains commentaires sont de bon sens (Kéchiche meilleur que Schnabel? Vraiment?)

Je ne sais plus qui a dit

Pour bien juger d'une oeuvre, il faut d'abord essayer de comprendre les intentions de l'auteur, ce qu'il a voulu dire et/ou faire, et ensuite évaluer son degré de réussite. Après, on peut aimer ou pas, mais on n'est plus dans la critique… Ca peut paraître un truisme, mais force est de reconnaître que beaucoup de gens peinent à le comprendre.

Il n'y a pas de "caractère objectivement valable" d'une oeuvre.

peut être que ça pourrait nous aider ?

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Je ne sais plus qui a dit

peut être que ça pourrait nous aider ?

J'essaie de faire honneur à ma réputation de mauvaise foi. :icon_up:

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Signé par un auteur exigeant comme l'élégant "Lady Chatterley" de Pascale Ferran, César du meilleur film l'an dernier
:icon_up:

Celui là pardon je l'ai vu - en croyant que c'était une production ango-saxonne - avec des amis anglais, Quelle misère… le pauvre D.H. Lawrence!

En tout cas pas d'inquiétude cher public: le côté intello était aussi imperceptible que la culotte du garde-chasse batifolant dans l'herbe…

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Télérama pas content… mais pas pour les mêmes raisons.

Les César en plein remake

Publié le samedi 23 février 2008 à 16h32 | LE FIL CINéMA | Tags : cinéma français

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Une cérémonie ultra lénifiante, qui aboutit à un curieux sentiment de déjà-vu… Si les César se donnent bonne conscience en couronnant Abdellatif Kechiche, très exactement comme en 2005, le reste du palmarès cache mal la crise du cinéma de création en France. Décorticage.

Cérémonie poussive (l’alternative à Valérie Lemercier comme maîtresse de cérémonie reste à trouver), résultats éloquents. Pour La Graine et le Mulet, Abdellatif Kechiche gagne exactement les mêmes quatre césars qu’en 2005 avec L’Esquive : meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario et meilleur espoir féminin (remis à Hafsia Herzi). A nouveau, les votants font le choix du film réputé fragile (mais déjà porté par un beau succès en salles) contre le triomphe populaire de l’année écoulée, La Môme en 2008 ou Les Choristes en 2005. Préférence réjouissante, même si ce saisissant effet de répétition (le même homme pour les mêmes récompenses) dit aussi quelque chose de la désertification du créneau art et essai que la profession prétend défendre passionnément. A l’image de Pascale Ferran l’an dernier avec Lady Chatterley, Kechiche paraissait un peu le seul de son genre à monter sur scène. La Graine et le Mulet met tout le monde d’accord, ses césars évitent d’avoir à s’inquiéter du fait que, derrière ce film, la quasi-totalité du cinéma de création est dans le rouge.

Le déjà-vu ne s’arrête pas là. Comme en 2005, Mathieu Amalric remporte le césar du meilleur acteur. Mais cette répétition s’accompagne en l’occurrence d’une tendance nouvelle : en matière d’incarnation, les César opèrent leur virage américain. En récompensant et Marion Cotillard pour La Môme et Mathieu Amalric pour Le Scaphandre et le Papillon, ils distinguent deux performances actor’s studio, ultra spectaculaires. Cotillard est souvent couverte de prothèses dans La Môme, Amalric a la lèvre agrafée au menton dans Le Scaphandre : c’est une idée du jeu comme les Oscars en raffolent. Les César ne font d’ailleurs là que valider un engouement international, les deux comédiens étant sollicités par Hollywood. Cotillard (lauréate du Golden Globe, nommée à l’Oscar) commence mardi le nouveau film de Michael Mann avec Johnny Depp. Mathieu Amalric est actuellement au Panama sur le tournage du prochain James Bond…

Aucune surprise pour le césar (légitime) du premier film (Persépolis) ni, hélas, du côté du second rôle féminin : Julie Depardieu semble avoir pris un abonnement à la catégorie, à l'instar de Dominique Blanc en son temps. Comment ne pas voir que, dans Le Secret, de Claude Miller, l’actrice qui déchire tout est Ludivine Sagnier – elle aussi nommée en second rôle. Julie Depardieu le sait mieux que quiconque, qui a traîné par les cheveux jusqu’à la scène sa compétitrice malheureuse pour tenter de réparer l’erreur. Heureusement que chez les garçons, justice était rendue à Sami Bouajila, inattendu et bouleversant dans Les Témoins, d'André Téchine, et sans prothèse ni pansement ni postiche.

Louis Guichard

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Bon, c'est justement sur tout ce cinéma de création d'arts et d'essais d'auteur que se déversent depuis des décennies les avances sur recettes du CNC.

Conclusion?

(Réponse de la gauche en cœur: plus de la même chose, il faut beaucoup plus de la même chose).

Posté

Où l'on apprend que l'on censure aux César:

César 2008

Absent de Paris pour cause de tournage du prochain James Bond, Mathieu Amalric avait adressé à Antoine De caunes un petit texte à lire au cas où il recevrait le César. Ce qui advint, sauf que le-dit texte a été censuré de toute sa dernières partie. Le revoici, dans son intégralité, précédé par le e-mail avec lequel il nous l’a fait parvenir.

e-mail de Mathieu Amalric :

De Panama je t’envoie le texte que j’avais envoyé au dernier moment aux Césars au cas où. Et comme le cas où est arrivé, il a été lu, paraît-il très bien, par De Caunes mais…. pas jusqu’au bout.

Je n’en reviens pas. Je ne savais pas que c’était si simple que ça, la censure.

— -

Antoine, tu le lis avec hésitation et bafouillements

Oui bon ben… euh… alors là on frôle le n’importe quoi :

Lindon ; trois fois nommé, zéro compression

Darroussin ; deux fois… nada

Michel ; quatre fois comme acteur… résultat blanc

Et le pompon, Jean Pierre Marielle. Sept fois nommé !!! Et jamais la fève, même pas pour les Galettes.

Chapeau ! … De Panama, d’où je vous fait un vrai faux-Bon…D.

L’autre vilain de Lonsdale aussi il paraît.

Enfin, mouais, mais… non ce qui fait plaisir, c’est que le Scaphandre, c’est bien la preuve qu’un acteur n’existe qu’à travers, qu’en regard de ses partenaires. Parce que qui voit-on à l’image, qui fait prendre vie au Jean-Do de fiction ?

C’est Chesnais, c’est Ecoffey, Arestrup, Watkins. Ce sont Marie-José, Olatz, Consigny penchées vers lui, vers moi, vers vous, tendres, drôles et attentives. C’est Marina en Vierge Marie, c’est Emmanuelle Seigner qui joue pas la Sainte et qui du coup donne corps, chair et souffrance à Bauby. Ta fille aussi, Emma qui carrément provoque le miracle. Et c’était Jean-Pierre Cassel, doublement.

Le Papillon c’est la preuve que, quand il y a un réalisateur, les techniciens sont des roseaux pensants. Que tout se mélange, que sur un plateau tout est dans tout, qu’on peut être, (ce joli mot), une équipe PAS technique… parce que franchement qui c’est l’Acteur quand c’est Berto, le caméraman qui fait, qui EST le regard. C’est LUI qui, par les mouvements de sa caméra crée les mouvements de la pensée de Jean-Do.

Oui, quand il y a un réalisateur… Julian.

Je pense fort à une autre équipe. Celle, médicale, de l’Hôpital Maritime de Berck-sur-Mer où on a tourné et où Bauby a passé un an et demi. Le vrai et le faux, la réalité et la fiction… on ne savait plus. D’ailleurs c’est drôle, je me souviens. Le décor de la chambre, pour avoir plus d’espace, était reconstituée dans une grande salle au rez de chaussée de l’Hôpital, la salle des fêtes. Avec au dessus de la porte, une enseigne en grosses lettres rouges : CINEMA.

Ça ne s’invente pas.

ET LÀ DE CAUNES S’ARRÊTE

Mais la salle de cinéma. Oui, la SALLE de cinéma, elle, doit pouvoir continuer à s’inventer.

"A lire à la lumière. Et à diriger sur notre nuit" Notre musique.

Insupportable "trompe l’œil" des multiplexes. Les chiffres comme seule ligne d’horizon. Aveuglement, brouillage, gavage, lavage. Et quelle solitude. Vous avez déjà parlé à quelqu’un dans un multiplexe ? Pas moi. D’ailleurs c’est impossible, ce qui compte c’est le flux. "Circulez s’il vous plaît, y’a rien à voir" . Au suivant ! bande de Brel.

Alors que le travail souterrain, patient, divers, dédié au public, aux écoles, aux rencontres que font et on envie de faire tellement d’exploitants de salle se voit de plus en plus nié aujourd’hui.

La Question humaine n’aurait par exemple jamais fait autant d’entrées sans le travail de curiosité des exploitants de province et de l’ACRIF.

Ce tissu de salles, que le monde entier nous envie, est notre cœur, nos poumons.

Sinon…

Sinon on va tous finir devant nos "home cinéma" à se tripoter la nouille…

Bons baisers de Panama…

Mathieu

Posté

Je n'ai rien compris à ce charabia. En tout cas, si Amalric veut éventuellement se reconvertir dans la littérature après une carrière d'acteur plutôt anémique, ça ne va pas être du millefeuille !

Posté

J'ai bien aimé le traditionnel "que le monde entier nous envie" (sous entendu, s'il n'y a pas ça chez tous les autres ce n'est pas que c'est inutile et coûteux, c'est qu'ils en meurent d'envie mais ne peuvent pas se le permettre).

Sinon le mec qui tourne dans un James Bond et qui crache dans la soupe, c'est plutôt pas mal. Pour le reste on dirait effectivement un discours écrit par Sophie Marceau.

Posté
Sinon le mec qui tourne dans un James Bond et qui crache dans la soupe, c'est plutôt pas mal.

Par présentateur interposé: prudence est mère de sûreté. Et s'il regrette à ce point de flouer Lindon, Marielle et Daroussin, pourquoi ne pas tout simplement refuser le trophée? Voilà qui aurait eu de la gueule…

Posté
C'est Amalric, hein, il ne faut pas trop en demander.

Dire qu'avant de lire ce fil je ne connaissais même pas ce type.

Un con de plus.

Français, comme il se doit.

Réputation oblige.

Posté
Dire qu'avant de lire ce fil je ne connaissais même pas ce type.

So what ? Moi aussi je ne savais pas qui c'était.

Hormis le film de Coppola, je n'ai rien vu de sa longue liste. Rien que les titres m'effrayent.

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So what ? Moi aussi je ne savais pas qui c'était.

Hormis le film de Coppola, je n'ai rien vu de sa longue liste de films où il est apparu.

Même pas Munich?

Posté

Si j'ai bien suivi, Amalric avait écrit un discours et De Caunes n'a pas lu la partie sur les pauvres petites salles de cinéma contre les horribles multiplexes avec l'antilibéralisme en prime (le pauvre n'était pas présent parce qu'il tournait un James Bond au Panama). D'où hurlement à la censure et narcissisme dégoulinant. Je suis bien content que Télérama mette sa performance à sa place.

Invité jabial
Posté

L'indépendance, c'est de suivre la doctrine du Soviet Suprême.

Toutes les autres doctrines sont subventionnées par, au choix :

- le complot judéo-maçonnique

- les utracatholiques qui, ô horreur, prient en latin (pour qu'on ne le comprenne pas, évidemment, comme les juifs et les arabes)

- le grand capital pétrolier, militaire, industriel et malbouffesque

Posté
So what ? Moi aussi je ne savais pas qui c'était.

Hormis le film de Coppola, je n'ai rien vu de sa longue liste. Rien que les titres m'effrayent.

c'eût été dommage de passer à côté d'un tel calibre. Non ?

  • 2 weeks later...
Posté
La Graine et le navet

En matière d’opinions aussi, on a besoin de diversité

par Marc Cohen

Autant vous prévenir tout de suite, je n’ai pas vu La graine et le mulet. J’aimerais donc n’avoir rien à en dire. Pas si simple.

Pour moi, un film est un ensemble ; particulièrement quand il est à caractère “social”. On ne peut pas dissocier l’œuvre, ce qu’en dit son auteur et, dans une moindre mesure, la critique. Si je ne suis pas allé voir La graine, c’est avant tout parce que je n’ai pas aimé la façon dont M. Kéchiche a parlé de son film, ni d’ailleurs du précédent (L’esquive, déjà César du meilleur film en 2005). Je sais bien que souvent, les interviews de metteurs en scène relèvent de la figure imposée, et que les artistes souhaitent être jugés sur pièce, un point , c’est tout. Rien de plus simple : il leur suffit de ne pas donner d’interview. C’est ce que font généralement des gens aussi dissemblables que Chris Marker ou les frères Wachowski (Matrix).

Abdellatif Kechiche, lui, accorde beaucoup d’interviews, et pour y redire toujours la même chose . Il ne fait pas du cinéma à message : “Je déteste que ce qui ressemble à du discours s’infiltre dans un film. Je revendique le droit à la banalité. Je trouve qu’on en dit plus en aimant ses personnages qu’en se situant dans la dénonciation.” (Première, décembre 2007) Ni a fortiori du cinéma ethnique : “La Graine et le Mulet relève avant tout de la fiction. Le clan que j’y montre pourrait tout à fait se retrouver chez Bergman ou ailleurs. Il a, au fond, quelque chose de très universel.” (Première, décembre 2007)

Le problème, c’est qu’à chaque entretien, il explique simultanément le contraire : “J’ai sûrement envie d’éduquer le regard du spectateur. Et en particulier son regard sur cette jeunesse. En tout cas sinon de l’éduquer, qui est un grand mot, du moins de le modifier.” (Les Inrocks, avril 2004) Ou encore : “Quand on voit toutes les humiliations par lesquelles passe Slimane en allant dans ces centres administratifs, qui sont des symboles (la banque, la mairie, les services de l’hygiène), c’est qu’il y a un malaise. On le dit d’ailleurs à plusieurs reprises dans le film : Slimane cherche pour son restaurant une place sur le Quai de la République.” (Allociné.fr, septembre 2007) Ou encore encore :”Par réaction à l’image caricaturale véhiculée par les médias de la femme arabe, soumise, silencieuse et voilée, j’essaie de rétablir une réalité.” (Première, décembre 2007) Mais je vous ai gardé le meilleur pour la fin : “La Graine et le Mulet, avec ses quatre couples mixtes, la chaleur et la sensualité de ses rapports affectifs et son regard porté sur l’inégalité des chances, trace aussi un portrait de la France.” (Première, décembre 2007)

J’adore. On croirait une déclaration d’intention des producteurs de Plus belle la vie, le térébrant soap “sociétal” de France 3. Mais revenons à notre mulet… Toutes les interviews d’AK relèvent du double langage systématique. L’auteur se réclame d’un cinéma “non-engagé” pour aussitôt nous asséner les pires poncifs de l’idéologie victimaire. Conclusion : M. Kechiche semble avoir à peu près autant à me dire sur l’immigration que Mme Ferran, César 2007 pour Lady Chatterley, sur la lutte des classes et le désir hétérosexuel – donc son film est dispensable.

Au vu du palmarès des Césars 2008, cette opinion n’est guère partagée. Certes c’est peut-être uniquement le filmage et l’écriture de Kéchiche – qu’on soupçonne prodigieux – que ses pairs ont tenu à honorer pour la deuxième fois. Mais ce n’est pas vraiment ce que suggèrent les commentaires émus des JT du lendemain. Pour tout dire, je pense que c’est bel et bien le manifeste victimaire que la profession a voulu récompenser, comme elle l’avait fait avec La Haine (César du meilleur film 1996) ou Indigènes (César du meilleur scénario original 20071.) Et n’allez pas me demander des preuves, j’ai dit “je pense”, et pas “je sais”. Cela dit, essayez donc de me prouver le contraire.

En vérité, je n’ai pas vu non plus la remise des Césars, si ce n’est le premier quart d’heure, avant de rendre les armes devant les commentaires du maître de cérémonie Antoine de Caunes, si nuls et mal dits qu’on aurait pu les croire écrits sans nègre et déclamés sans prompteur…

L’an dernier, Valérie Lemercier, d’ordinaire aussi pétillante que de Caunes est plat nous avait gratifiés d’une piètre prestation de maîtresse cérémonieuse. Les Césars seraient-ils ontologiquement médiocres ? Disons juste qu’ils évoquent une docu-fiction qui aurait été écrite par Nicolas Baverez pour illustrer, un peu lourdement, ses sombres thèses déclinistes.

Je suis injuste ? Non, ce sont les Césars qui sont injustes ! N’ont-ils pas systématiquement ignoré, par exemple, l’œuvre de Malik Chibane dont la savoureuse “Trilogie urbaine” (Hexagone, Douce France, Voisins, Voisines) vient de sortir en DVD ? Et pour quelle raison sinon parce que le malotru a cru pouvoir envoyer aux pelotes le victimisme dominant : “Il faut relativiser nos problèmes à l’échelle planétaire – vendre des oignons au Bangladesh, c’est plus grave que d’être enfant d’immigrés en France.” (Les Inrocks, avril 2007)

Il a même aggravé son cas en pointant le mépris de classe qui règne dans sa profession : “Il existe une population, une classe sociale, que, fondamentalement, on n’aime pas, qu’on ne reconnaît pas et avec laquelle on n’a aucun lien, ou très lointain. On ne reconnaît pas l’environnement dans lequel elle évolue et l’approche est de l’ordre de la mendicité, de l’entraide, de la solidarité. C’est un retour au XIXe siècle !” (Revue Mouvements, premier trimestre 2004)

Faut-il le préciser ? Sans même parler d’une nomination aux Césars jamais un film de Chibane n’a été ne serait-ce que sélectionné pour Cannes, Venise, Berlin, Locarno et autre lieux .

Je pense aussi à l’excellent Travail d’Arabe de Christian Philibert, qui raconte, sur un ton épique mais badin, les mille misères que Momo, micro-délinquant beur, rencontre pour se réinsérer à sa sortie de prison. Là non plus, ni nominations, ni sélection aux Festivals. Rien qu’un communiqué tonitruant du MRAP : “L’affichage de ce cliché raciste sur des affiches de cinéma ne peut que contribuer à légitimer et banaliser l’expression du racisme…” On s’en doute, une telle fatwa ne pouvait qu’être fatale à ce film à petit budget. Aujourd’hui, quatre ans après les faits, Travail d’Arabe figure dans la liste de dix films français anti-racistes recommandés par le MRAP. Mieux vaut trop tard que jamais…

Christian Philibert, Travail d’Arabe, Wild side, 13,26 €

Acheter Travail d’Arabe, de Christian Philibert sur fnac.com

1 Je pense aussi que – même si l’on ne parle plus d’immigrés, mais de pauvres – le même engouement de dames patronnesses n’est pas étranger aux triomphes répétés des abominables frères Dardenne à Cannes.

http://www.causeur.fr/la-graine-et-le-navet

Invité jabial
Posté
Je pense aussi à l’excellent Travail d’Arabe de Christian Philibert, qui raconte, sur un ton épique mais badin, les mille misères que Momo, micro-délinquant beur, rencontre pour se réinsérer à sa sortie de prison. Là non plus, ni nominations, ni sélection aux Festivals. Rien qu’un communiqué tonitruant du MRAP : “L’affichage de ce cliché raciste sur des affiches de cinéma ne peut que contribuer à légitimer et banaliser l’expression du racisme…” On s’en doute, une telle fatwa ne pouvait qu’être fatale à ce film à petit budget. Aujourd’hui, quatre ans après les faits, Travail d’Arabe figure dans la liste de dix films français anti-racistes recommandés par le MRAP. Mieux vaut trop tard que jamais…

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