Rübezahl Posté 19 septembre 2024 Auteur Signaler Posté 19 septembre 2024 Campagne et dissidence : Lire la note de bas de page aussi. de J.C. Scott : la domination et les arts de la résistance
Mégille Posté Vendredi at 08:41 Signaler Posté Vendredi at 08:41 Je me demande jusqu'où ira l'exode rural. J'ai des vieux souvenirs de cours d'histoire-géo lors desquels on nous présentait le concept, tout comme celui de "transition démographique", comme un processus à peu près fini, et de façon implicitement téléologique comme un passage nécessaire pour aboutir au monde actuel. Mais sans forcément en analyser les causes, et sans voir que (encore une fois comme pour la transition démographique) elles n'avaient aucune raison immédiate de disparaître. Et en l'occurrence, la cause est profonde. Les populations humaines se sont toujours déplacé, et se déplacent toujours, vers les richesses, les ressources. A faible degré de division des tâches, c'est un facteur de dispersion, puisque la présence d'autres humains au dessus d'un certain seuil réduit la valeur du lieu, et c'est ce qui a poussé nos congénères à s'installer de l'Himalaya jusqu'aux îles du Pacifique. A partir d'un certain nombre d'occupants, une vallée fertile (peu importe qu'on veuille payer le coût de la partager ou prendre le risque de la disputer) devient moins intéressante que le Groenland ou le Kalahari. Mais l'augmentation du degré de division des tâches augmente le gain à la proximité des autres, et a déjà fini par rendre comparativement pour ainsi dire insignifiante la proximité des ressources naturelles. Si on étend la courbe, on finit tous accumulé dans quelques grandes métropoles (voire dans une seule métropole mondiale), et les exploitations agricoles, carrières minières, etc, deviennent des usines-machines à ciel ouvert, où grouillent robots et drones, et où des ingénieurs humains ne mettent les pieds que très occasionnellement. Evidemment, la réalité est toujours plus complexe qu'une prédiction à partir d'un seul facteur. Mais ce facteur là est quand même suffisamment réel pour qu'un phénomène comme les migrations internationales n'en soient qu'un cas particulier, puisque des pays entiers sont comme une ruralité pour le globe. (bien sûr, ce sont les urbains des petits pays qui immigrent, mais c'est parce que l'attraction d'une métropole A depuis un lieu B doit être à peu près égale à la différence de richesse entre A et B divisée par le coût pour s'y rendre, tant et si bien que même si (richesse de A) moins (richesse de est moins important depuis une autre ville, la plus grande facilité d'accès suffit à ce que le quotient final soit plus haut) A quoi d'autres s'attendre ? Que les désagréments des villes, grandissant avec leur densification, finissent par dissuader l'immigration ? Une rétroaction négative finirait alors par maintenir l'humanité dans un équilibre urbain-rural, sans doute à travers des variations cycliques. Ca ressemble à ce qu'on présentait, dans mon souvenir, comme soit actuel, soit très proche, dans les manuels de géo. Sauf qu'on ne voit pas encore l'ombre de cette rétroaction au niveau global, et la Chine a des villes aux populations de plusieurs ordres de grandeur au dessus des nôtres. Quoi d'autre ? On s'attend aussi parfois à ce que la baisse du coût des transports et des communications permette de jouir des avantages de la division du travail sans payer le coût de la proximité des autres humains. On irait alors vers un retour global au nomadisme. Mais ce facteur là aussi me semble trop faible ou trop lointain, la richesse réelle inclue l'accès à un paquet de services humains qui ne passent pas par la fibre ou le satellite, et ne gagnent pas forcément à être envoyé par drone ou ryanair depuis l'autre bout d'un continent. En plus, les avancés qui peuvent baisser les coûts de s'écarter de la ville peuvent aussi baisser d'autant plus le coût de la ville (par exemple, en facilitant l'accès à son centre depuis sa périphérie, ou en facilitant son organisation). A part l'effondrement civilisationnel (et c'est effectivement le processus auquel appartiennent généralement les désurbanisations), je ne vois pas très bien ce qui pourrait plausiblement inverser la tendance. Et c'est peut-être ce vers quoi on va avec l'abrutissement général et la dénatalité. D'ailleurs, la dénatalité est sans doute une rétroaction positive de la concentration urbaine. Donc... que faire entre temps ? Tenter de ralentir le processus en se disant que même si, hypothétiquement, l'ultra-urbanisation était bonne, l'étape suivante sera la pire ? Ou bien tâcher de penser et préparer un inévitable monde ultra-urbain pour le rendre le meilleur possible, quoi que soit ce qui viendra ensuite ?
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