Jump to content

free jazz

Utilisateur
  • Posts

    11323
  • Joined

  • Last visited

Everything posted by free jazz

  1. Déjà fait par les grands: Mises, Hayek, Popper, Rothbard, Rand ( très pertinente sur l'altruisme sacrificiel), Aron, Revel et bien d'autres s'y sont déjà employés. Voir notamment cet article de Hayek, qui explique l'attraction spontanée des intellectuels pour la pensée socialiste (pour tout constructivisme en général) et l'intérêt qu'ils y trouvent. "Les intellectuels et le socialisme": http://www.catallaxia.org/index.php?title=…t_le_socialisme Au fait, rien sur Revel dans Catallaxia, c'est dommage.
  2. D'un autre côté, construire des argumentaires pour démonter les sophismes des gauchistes sans les tester, ni donner l'occasion aux intéressés de les réfuter, ça reste plutôt spéculatif. C'est aussi prendre le risque de rester dans un discours dogmatique ou circulaire, donc d'affaiblir la pertinence de ces réponses. Mais pour que la contradiction soit possible et intéressante, ça suppose de trouver un gauchiste non dogmatique, ce qui est improbable. Sur ce point tu soulignes un obstacle important et difficilement contournable: la discussion entre un socialiste et un libéral tourne presque inévitablement à l'absurde, car le socialiste, éduqué dans l'esprit de système et le sectarisme moralisateur (et non moral), interprètera les arguments libéraux dans un sens idéologique. Le socialiste, enchaîné au préjugé selon lequel "tout est politique", est aveugle lorsqu'il s'agit de regarder des faits, indépendamment de leurs belles indignations qui le feront suspecter apriori un libéral comme un rouage mécanique de l'exploitation sociale. Il s'attaquera donc systématiquement au messager et non au contenu du message. D'autre part, il considèrera presque toujours le libéralisme comme une idéologie inverse du socialisme, c'est-à-dire comme un système holiste qui a réponse à tout et promet de construire une société parfaite. Le socialiste est instinctivement sociologue, il voit la société comme une entité agissante animée d'intentions. Ainsi, s'il arrive que le libéral porte la critique sur le terrain des injustices liées aux monopoles, le socialiste, croyant au service public comme le paradis réalisé des biens communs, arguera que le "système" libéral provoquera des accidents, car il est soumis à la "dictature du marché ", privilégiant le profit sur l'intérêt commun. Le libéral n'a pourtant jamais promis la suppression des accidents grâce au libéralisme, mais seulement qu'une économie libre ne ferait pas moins bien que l'Etat, tout en respectant mieux les droits de chacun. De même qu'il ne promet pas la suppression des injustices ou de la pauvreté. Mais le socialiste en reviendra toujours à cette obsession: dans un monde libéral il y a des pauvres, donc le libéralisme provoque de la pauvreté. Enferré dans son idéologie, il sera en général incapable de prendre en compte "ce qu'on ne voit pas". Ici, ce qu'on ne voit pas, ce sont les phénomènes d'émergence et de mobilité sociale.
  3. Clairement. Matthäuspassion est un sommet. J'ajouterais dans mon top 10 de Bach l'Oratorio de Noël, avec les airs prophétiques "Grosser Herr und Starker König" et "Ich will nur Dir zu Ehren Leben". Vous m'avez donné envie de musique contemplative. Plus ancien, mais toujours aussi efficace, la Sybille du Rhin :
  4. Je comprends mieux pourquoi en lisant Rand, j'avais cette impression tenace de lire un ersatz de Nietzsche (sans vouloir offenser Jabial). Il y a certes des incompatibilités essentielles, puisque Nietzsche critique l'égalité des Droits comme l'antichambre de l'égalitarisme et du socialisme, conduisant au relativisme moral puis au nihilisme (la victoire du "bouddhisme européen"). Mais pour le reste, la plupart des thématiques de la philosophie randienne me paraissent importées de Nietzche : le "vitalisme", la vertu d'égoïsme, "l'héroïsme" individualiste, l'idée que toute philosophie politique est une traduction d'un code moral, le caractère sacrificiel de l'altruisme, la critique de la mystique sociale et politique, le parallèlisme entre la mystique socialiste et la mystique chrétienne, la nécessité de découvrir une hiérarchie entre les valeurs pour renverser les valeurs altruistes en place, etc… Toutes ces thèses constituent le fonds philosophique de l'auteur de "La Généalogie de la Morale" (un ouvrage que je recommande à tous les libertariens). J'ajoute que l'interprétation de Jabial me paraît correcte : la pensée randienne est une philosophie morale; en partant du "droit de contrôler sa propre vie" elle fournit les prinicipes éthiques objectifs servant de prémisses à la découverte d'une théorie objectiviste du Droit.
  5. Un article intéressant du US Senate Comittee on Environment sur le nombre grandissant de scientifiques sceptiques : "Climate Momentum Shifting: Prominent Scientists Reverse Belief in Man-made Global Warming - Now Skeptics Growing Number of Scientists Convert to Skeptics After Reviewing New Research" > http://epw.senate.gov/public/index.cfm?Fus…=&Issue_id= Vous y trouverez plein de ressources croustillantes, comme ce rapport officiel du Sénat intitulé "A Skeptic’s Guide to Debunking Global Warming Alarmism". > http://epw.senate.gov/public/index.cfm?Fus…=&Issue_id= Ainsi qu'une réhabilitation méritée pour ce bon Claude Allègre qui a manqué de se faire lyncher à plusieurs reprises par les réchauffés, décroissantistes fanatiques et même les ayatollahs de son propre parti socialiste.
  6. Je ne considère pas les anarcho-collectivistes comme des anars authentiques, mais comme des parasites de la doctrine anarchiste. Ils sont contre la propriété privée, contre la paix, contre l'auto-organisation, contre l'ordre: cette meute de chiens braillards est in fine constituée d'ennemis déclarés de l'individualisme. Les anarcho-collectivistes sont pris dans une contradiction, car ils veulent supprimer simultanément la propriété privée et l’Etat. Mais dans une société sans gouvernement, ils ne peuvent empêcher le développement des droits de propriété ni la liberté contractuelle sans reconstituer une forme d'État policier pour réprimer les initiatives individuelles.
  7. Le PS laisse faire sur le mode "responsable mais pas coupable", parceque les socialistes espèrent en récupérer un profit, un avantage. Ils attendent un retour de balancier qui discréditerait Sarko au cas où il y aurait des bavures, au cas où il y aurait des morts sur les pavés. Ce n'est que la prolongation de leur tactique suicidaire sur le thème 'no pasaran'. Ils n'ont toujours rien compris aux raisons profondes de leur branlée électorale. Cette gauche-là est pathétique, minable, débile. Le retour de balancier aura bien lieu, mais pour mieux leur casser les dents, sous la forme d'une grosse chambre bleue. Je crois que Mélodius a raison, cette gauche-là est indéfendable, incurable : en attendant la refondation d'une gauche moderne, "libérale" et nettoyée de son marxisme rampant, il faut laisser celle-ci pourrir dans son jus, pour que les derniers débris du collectivisme version 68 achèvent de se décomposer dans le naufrage de la pensée critique.
  8. Qu'Onfray rit des imbéciles, ou confrérie de ceux qui s'applaudissent eux-mêmes.
  9. c'est pour ça que j'ai bien précisé "problème général". Dans ce cas précis, je suis d'accord avec toi -sur le plan humain et déontologique plus que logique. Mais ça pose un autre problème de degré : à partir de quand juge-t-on un crime particulièrement ignoble? Quels sont les critères? Peut-on modifier les règles générales de la justice pour des cas particuliers? Un système de lois peut-il admettre des exceptions?
  10. Problème général: il est clair que dans le cadre d'une procédure judiciaire inquisitoriale (secret d'instruction, surdétermination de l'aveu et enquête à charge) qui ne respecte pas la présomption d'innoncence, l'aveu ne peut être un critère de culpabilité puisqu'il peut être fabriqué - vient ensuite l'argument du caractère irréversible de la peine capitale. Cette dernière me paraît donc incompatible avec la procédure inquisitoriale (voir un certain nombre d'erreurs judiciaires récentes), sauf si le crime est commis en public.
  11. À propos de la future tyrannie écolo-technocratique, en voici les prémisses : " Bruxelles veut pénaliser les crimes contre l'environnement " Dans une proposition de loi, le gouvernement européen veut créer de nouveaux crimes verts en donnant à la Cour de Justice des pouvoirs pénaux d'emprisonnement et d'extradition dans ce domaine. "Ces sanctions reflètent une désapprobation de la société, qualitativement différente de celle manifestée par le biais des sanctions administratives ou d'une indemnisation au civil", explique-t-elle dans son exposé des motifs. En outre, observe-t-elle, "il existe une garantie supplémentaire d'impartialité des autorités chargées de l'enquête pénale parce que ce sont d'autres autorités que les autorités administratives ayant accordé les licences d'exploitation ou les permis de polluer". "Neuf types d'infractions sont définis par le texte. Seraient passibles d'une peine de cinq à dix ans de prison les infractions commises intentionnellement telles que "le rejet, l'émission ou l'introduction d'une quantité de substances ou de radiations ionisantes dans l'atmosphère, le sol ou les eaux, qui causent la mort ou de graves lésions à des personnes" ou "de substantiels dommages à la qualité de l'air, du sol, de l'eau, aux animaux et aux plantes". Sont concernés également "la fabrication, le traitement, le stockage, l'utilisation, le transport, l'exportation ou l'importation de matière nucléaires ou d'autres substances radioactives dangereuses qui causent ou sont susceptibles de causer la mort ou de graves lésions à des personnes, ou des dommages substantiels à la qualité de l'air, du sol, des eaux, à des animaux ou à des végétaux". > http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-…1-864666,0.html
  12. Excellent article, qui dénonce le procédé d'induction illicite (irrationnel?) utilisé par le rapport catastrophiste de l'ONU. Malgré quelques approximations le fond de l'argumentation est cohérent et introduit un peu d'esprit critique dans le " climat " médiatique de lavage de cerveau, dont une partie de la communauté scientifique acoquinée avec l'État se rend complice. Serge Galam est physicien au CNRS, membre du Centre de recherche en épistémologie appliquée (CREA) de l'Ecole polytechnique - ce qui ne gâche rien. J'ai relevé un point qui me semble sous-évaluer le potentiel destructeur de l'écologie profonde : Il est évident quand on parcourt la littérature écolo-obscurantiste que la prochaine étape de leur programme néo-malthusien sera la stérilisation forcée des pauvres pour les empêcher de croître et de se multiplier. Ces sacrifices humains seront acceptés au nom d'une nouvelle religion millénariste se nourrissant de ressentiment victimaire et d'idéologie compassionnelle. D'ailleurs on peut s'attendre à moyen terme aux premiers actes d'éco-terrorisme qui feront de réelles victimes.
  13. Ségo c'est plutôt l'invention de la double-peine socialiste. Pour le même tarif, on a la nurserie et le purgatoire
  14. Je rigole aussi, mais jaune. Mon raisonnement est le même que le tien. Si les socialo-phalanstèriens et les alter-gauchos anti-Ségo s'abstiennent, si les équitaristes utilitaristes votent Sarko l'anti-libéral (de même que les communautaristes favorables à la discrimination positive), si les mous votent Bayrou, si les banlieusards démago-racistes adeptes de Dieudonné votent Leborgne, on voit se profiler un second tour répétant la pantalonnade de 2002. Pronostic JMLP vs Sarko jouable.
  15. Il me semble au contraire que la théorie de la vérité-correspondance est à prendre au sens fort dans le randisme. Ce n'est pas sans poser quelques problèmes logiques et ontologiques, comme cette mystérieuse symétrie entre l'image du monde et la structure des énoncés. ça me semble une propriété tout-à-fait extraordinaire. C'est une théorie de la vérité objective (sans turbulences ni distortions par le cerveau de l'observateur) entre le sujet et les phénomènes, entendue comme l'adéquation d'un énoncé avec les faits, absolue et parfaite. Si un énoncé formulé clairement est vrai dans un langage, toute traduction correcte de cet énoncé dans un autre langage est donc également vraie. Cette théorie de la vérité empruntée à Aristote, a été réactualisée par les logiciens Tarski et Gödel, qui ont éssayé de montrer qu'elle était logiquement défendable. En principe tous ceux qui considèrent que la réalité est en soi anarchique et chaotique. Tous ceux qui se réfèrent au kantisme donc : le sujet informe et organise ce donné anarchique en objets reliés par des chaînes causales, en projetant à l'extérieur de lui les catégories de la raison (causalité, régularité, identité etc…). Pour un kantien, les "choses en soi" se situant dehors des possibilités de compréhension de la raison, elles sont inconnaissables. On ne peut rien en dire. Ce que nous appelons le monde réel n'est qu'une construction synthétisée par les catégories de la raison et les formes apriori de la sensibilité (temps, espace). Dans la critique kantienne la notion de monde fait partie des antinomies de la raison pure, audelà de toute expérience possible. Par exemple on peut soutenir de façon cohérente qu'il est fini ou infini sans pouvoir jamais le prouver. Je ne suis pas d'accord. On peut tout-à-fait placer l'individu en relation avec son environnement, et penser que ce monde n'est ni organisé par des lois ni rationnel. ça n'a rien de socialiste : je vous renvoie à la lecture de Hume (un auteur important du libéralisme). Pour Hume les causes ne sont que des connexions arbitraires reliant certains phénomènes avec d'autres parcequ'on a pris l'habitude de les observer simultanément (conjonctions). On peut très bien imaginer que l'homme colonise un jour une planète qui ne serait pas soumise à la loi de causalité, ou bien surlaquelle il faudrait s'habituer à observer des conjonctions différentes de phénomènes. Je me considère d'ailleurs empiriste comme vous, sans adhérer à cette fausse évidence que vous énoncez. Disons que je me situe plutôt comme un empiriste logique critique, dans la tradition de Hume et de Popper. L'idée selon laquelle le monde serait soumis aux même habitudes que la connaissance humaine me paraît assez arbitraire et mystérieuse, quasiment magique. Cela relève à mon avis du domaine de la foi. On le voit de manière caractéristique chez Eisntein, notamment lorsqu’il remarque qu'" à la base de tout travail scientifique d’une certaine envergure, on trouve une conviction bien comparable au sentiment religieux, puisqu’elle accepte un monde fondé en raison, un monde intelligible. " Théoriquement oui selon le positivisme logique. Voir sur ce point Frege, Russell et le premier Wittgenstein. J'approuve. La question que je posais était à un niveau plus en amont : ce libre-choix n'est-il pas une illusion rétrospective si ces choix sont déterminés par la génétique et la neuro-biologie? L'imprévisibilité pourrait être seulement apparente ; de même, pour bien des biologistes d’aujourd’hui l’indétermination du monde microbiologique correspond, non pas véritablement à une absence de déterminisme, mais à une difficulté pour l’esprit humain de le cerner en raison du nombre considérable de facteurs en cause. En ce sens c'est une indétermination qui tient aux limites de la connaissance humaine et non à une indétermination objective. D’ailleurs certaines avancées dans le domaine des sciences de l'homme (en sociologie, en psychologie, en neu-robiologie) ont renforcé les thèses négationnistes de la liberté humaine. C’est la même illusion qui tend à nous faire croire que les règles ou « lois » que nous élaborons à partir des données d’observation du monde, font partie de ces données elles-mêmes (projection). Comme celui qui porte des lunettes jaunes est incité à penser que ce qu’il voit est objectivement jaune, qu’il y a du jaune dans les choses en face de lui, le savant qui regarde le monde à travers les règles théoriques qu’il a élaborées a naturellement tendance à croire que le monde est objectivement réglé. Oui et non, il y a de plus en plus de scientifiques qui reviennent au platonisme. En premier lieu les mathématiciens et certains physiciens, comme Trinh Xuan Thuan. Les mathématiciens vous diront que les idéalités mathématiques ne dérivent pas de la connaissance sensible, elles ont une existence indépendante de notre cerveau. Viennent s'y ajouter tous ceux qui se réfèrent à la théorie de l'information, qui touche maintenant à la microphysique, la biologie (génétique), la sociologie, la cybernétique et bien sûr…l'informatique. Dans le cadre de la théorie de l'information, la réalité sensible n'est que la forme, ou l'apparence d'un code numérique. " L'information (ou néguentropie) est un facteur d'organisation qui s'oppose à la tendance naturel au désordre et au chaos (ou entropie). Un organisme vivant, comme le corp humain, ne peut rester organisé que par les informations qui le lie. Toute rupture d'information (nerveuse, chimique, ect) entraîne la dégénérescence d'une partie ou de l'ensemble. Cela tient au fait que l'information, la matière et l'énergie sont indissociables. Connaître la proportion de chacune d'entre elles permet de définir le degrè de complexité d'une structure, et partant, son niveau systémique. Car le niveau d'un système est avant tout déterminé par ses constituants, eux mêmes étant des systèmes constitués à un autre niveau, chaque niveau étant défini par le type d'énergie qui est mis en oeuvre. La systémique met donc en avant l'imbrication de structures, chacune étant mue par une dynamique, donc une énergie spécifique. En définitive, l'information met en communication les éléments d'un système dynamique. Un être vivant offre un bon exemple descriptif du fonctionnement d'un système. A l'échelle globale, c'est une dynamique chimique et gravitationelle. Les cellules sont organisés autour de dynamiques chimiques et à l'intérieur de chacune d'entre elles, des échanges électromagnétiques et ioniques maintiennent la cohésion. On pourrait continuer le raisonnement aux échelles moléculaires, atomiques et particulaires. Mais nous sortons là du cadre du vivant." -> http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9orie_…#39;information
  16. Il manquait une prémisse implicite mais évidente dans ma remarque un peu rapide: L'objectivisme s'appuie sur une ontologie sans Dieu (c'est un peut tout l'objet de notre débat ici de savoir si c'est viable) En fait vous complétez ma réponse en faisant référence à une 3è position : l'ontologie comme département de la physique (plus exactement ici la biochimie du cerveau et la neurologie). C'est la position matérialiste. Outre que le matérialisme est difficilement conciliable avec le libéralisme (je demande à voir comment on peut les rendre compatibles) à mon avis vous oubliez deux éléments : 1. l'ontologie est un discours sur l'être en général et pas seulement un discours sur la conscience. Or vous réduisez le problème de l'être à celui de la perception - sous-entendu le monde n'existe qu'au travers de mes sens et de la représentation qui est synthétisée/organisée par eux. (en passant vous faites déjà de la métaphysique à ce stade) 2. l'ontologie objectiviste établit une correspondance cognitive "rei et intellectus" entre les objets et la perception (vérité). Sur le premier point, c'est une prémisse essentielle de l'objectivisme sur laquelle cette doctrine fonde l'éthique : il existe un monde réel objectif en dehors de moi. Une chose existe, ce n'est pas une construction cognitive. Un individu existe, ce n'est ni une construction sociale ni une construction juridique artificielle. Ce qui conduit au second point : Le monde est connaissable d'une part parceque les sens ne nous trompent pas, ils nous informent adéquatement sur les objets (réalisme). D'autre part parceque le monde est cohérent et organisé par les mêmes lois logiques que la raison (causalité, non-contradiction). Comme je l'ai déjà signalé c'est déjà une position spéculative, car ce genre de raisonnement ne peut être ni prouvé, ni infirmé par l'expérience. Cette position relève d'un acte de foi. En ce sens elle est audelà de la physique. Là où je vous rejoins c'est que l'objectivisme reprend l'ontologie aristotélicienne et en tire toutes les conséquences éthiques et politiques. Pour autant, il me semble qu'Ayn Rand introduit une rupture (Jabial me corrigera si je me plante) : - Dans la métaphysique aristotélicienne l'être se dit en plusieurs sens (plurivocité). Par exemple, il n'y a pas de définition du cheval qui existe en dehors de toutes ses caractéristiques variables (il n'existe de pas de "chevalité"). Traduction éthique : le bien n'existe pas, il y a une pluralité des biens. Traduction politique : la république doit être l'unité de la diversité. - Dans l'ontologie de Rand, il existe une identité univoque du cheval, une définition logique adéquate. De même l'individu correspond à une définition univoque (individualité). Plusieurs individus du même genre se disent donc en un seul sens. Traduction éthique : le bien existe, et il est le même pour tous les individus. Traduction politique : je ne sais pas mais ça m'inquiète. Je voudrais ici poser une question à Jabial sur la métaphysique de Rand : si le monde obéit strictement à la loi de causalité, il est donc déterminé (sauf contingence). Comment cette position déterministe peut-elle être compatible avec le libre-arbitre, c'est-à-dire la liberté au sens métaphysique? Faut-il y voir une position du type Von Mises? (la liberté métaphysique n'a pas d'importance, seule compte l'absence de contrainte juridique) Pour un néo-platonicien (parmis lesquels les chrétiens me semble-t-il), la multiplicité des êtres ne peut exister sans une hiérarchie de formes (formes sensibles, puis formes du langage, puis formes mathématiques, puis idées pures, puis monde "vrai"). Le monde sensible n'étant que l'étage le plus inférieur et le plus bas, celui de l'illusion et de la corruption. Exemple : tous les différents individus chevaux sont des apparences, la réalité c'est l'idée pure de l'espèce chevaline (par exemple son code génétique). Au sommet de cette hiérarchie: l'Un immobile, qui est le modèle original, le "patron" du monde des apparences et du changement. Pour accéder à ce monde vrai, le sage doit donc commencer par quitter la caverne des ombres sensibles, puis pratiquer les mathématiques et un idéal acétique qui le conduisent à la connaissance des formes pures. Finalement le discours sur l'être devient un discours sur la hiérarchie des êtres (procession), du plus faux vers le plus vrai (Un). C'est pourquoi la métaphysique pour un platonicien est un département de la théologie. Pour résumer ma pensée, se demander s'il peut exister une métaphysique sans Dieu nous conduit à nous demander s'il peut exister une spiritualité en dehors de la religion.
  17. ça dépend si vous pensez que l'ontologie fait partie de la métaphysique, ou si vous réduisez la métaphysique à la théologie, en écartant une ontologie sui generis. La première position est aristotélicienne, la seconde néo-platonicienne. Le principe selon lequel la réalité (le monde objectif) est organisée selon des lois rationnelles (causalité, cohérence) relève en tout cas d'un type de raisonnement spéculatif qui ne peut être prouvé, ni infirmé par l'expérience. C'est donc une sorte d'acte de foi. Mais attention : une foi(s) que vous avez basculé dans cette foi, Hegel et Marx peuvent pointer leur nez. Danger. D'où la nécessité d'une analyse critique des limites de l'objectivisme, comme le fait Popper.
  18. C'est marrant, j'aurais plutôt pensé que la question pertinente au vu du sujet serait : "pourquoi le monde devrait-il avoir un sens pour être juste?"
  19. Heu…tu es sûr de ne pas confondre? As-tu lu le "Traité Théologico-Politique"? Spinoza est un des pioniers les plus authentiques du libéralisme, car contrairement aux autres jusnaturalistes du rationalisme classique, il refuse de fonder la théorie politique sur le contrat social. Il veut au contraire assigner des limites à l'autorité du souverain et du théologien, en établissant la primauté des individus. Autrement dit il rejoint un point essentiel du libéralisme moderne: dans la vie sociale tout n'est pas politique, où plutôt le politique n'est rien de plus que la somme des droits individuels. C'est une critique féroce du Léviathan, doctrine dans laquelle les individus sont contraints à abandonner leur droit naturel au profit du souverain: " Qui pourrait jamais, en effet, se dépouiller en faveur d’autrui de la puissance qui lui a été donnée, et par suite des droits qui lui appartiennent, au point de cesser d’être homme ? Et où est le souverain pouvoir qui dispose de toute chose à son gré ? En vain commanderait-on à un sujet de haïr son bienfaiteur, d’aimer son ennemi, d’être insensible à l’injure, de ne point désirer la sécurité de l’âme, toutes choses qui résultent invariablement des lois de la nature humaine. C’est ce que l’expérience prouve de la manière la plus éclatante. Jamais les hommes n’ont tellement abdiqué leurs droits, tellement renoncé à leur pouvoir personnel, qu’ils aient cessé d’être un objet de crainte pour ceux-là même à qui ils avaient fait don de leurs droits et de leur pouvoir personnel ; et le gouvernement a toujours eu autant de dangers à redouter de la part des citoyens, quoique privés de leurs droits, que de la part des ennemis mêmes. Du reste, si les hommes pouvaient perdre leurs droits naturels au point d’être désormais dans une impuissance absolue de s’opposer à la volonté du souverain, ne serait-il pas permis au gouvernement d’opprimer impunément et d’accabler de violences des sujets désarmés ? Or, c’est un droit que personne n’a jamais pensé, j’imagine, à lui accorder. Donc il faut convenir que chacun se réserve plein pouvoir sur certaines choses qui, échappant aux décisions du gouvernement, ne dépendent que de la propre volonté du citoyen." Châpitre XVII : "Qu'il n'est point nécessaire, ni même possible, que personne cède abolument tous ses droit au souverain." -> http://www.spinozaetnous.org/ttp/17.htm - Pour la tolérance et la liberté d'expression, lire le Chapitre XX : "On établit que dans un Etat libre chacun a le droit de penser ce qu'il veut et de dire ce qu'il pense. " Le meilleur Etat est selon Spinoza l’Etat libéral en ceci qu’il inscrit en lui-même l’expansion maximale des libertés humaines : il déconstruit la transcendance du pouvoir, mais ce n’est pas pour le supprimer, mais le fonder sur la liberté dont les hommes deviennent capables en coopérant. L’interdépendance n’est pas la servitude ; seule l’est la dépendance consistant à s’imaginer seul au monde ou pire encore hors du monde. La réalité juridique de l’individu (le droit naturel) doit être le fondement inaliénable des structures englobantes ( les institutions politiques, religieuses). En effet, la notion d’individu n’y est pas déduite d’une quelconque série d’analyses philosophiques mais utilisée immédiatement, en relation à d’autres individus, avec lesquels elle entretient des liens si intimes, que cette interaction permet de faire comprendre en retour sa pleine signification : le droit, l'éthique, la liberté, la vérité, sont les fondements ultimes de la vie en société. Spinoza colle parfaitement au débat de ces dernières pages. D'une part il montre que l'autorité surnaturelle de la politique et du religieux doit être remplacée par une éthique rationnelle et individuelle. D'autre part, il montre que cette éthique doit être fondée sur la raison et la liberté, et non sur la peur des masses, que ce soit la peur du jugement divin, ou la peur de l'État. L'éthique peut et doit exister en dehors de la religion et de la morale dominante. Spinoza dit exactement la même chose que Rand dans la citation que j'avais donnée en amont du fil. Ayn Rand reprend d'ailleurs presque entièrement la thématique de Spinoza en ce qui concerne la fondation de la politique sur une éthique rationaliste débarassée du mysticisme, ainsi que la critique radicale de la collusion tyrannique entre le théologique et le politique.
  20. Sur ce sujet, il me paraît utile à ce moment du débat sur la croyance à une nature pleine d'intentions (cause première et fins dernières), de rappeler ce bon vieux Spinoza à notre attention. Je ne suis pas Spinoziste, puisque de mon point de vue il y a une prépondérance du hasard et du chaos dans les processus naturels d'organisation spontanée. Spinoza croyait dans le Dieu des philosophes, ce n'est pas mon cas. Néanmoins comme pour Rand, la partie critique de sa pensée contre l'idolâtrie et le mysticisme est très puissante. "Les partisans de cette doctrine, qui ont voulu faire étalage de leur talent en assignant des fins aux choses, ont, pour prouver leur doctrine, apporté un nouveau mode d'argumentation : la réduction, non à l'impossible, mais à l'ignorance - ce qui montre qu'il n'y avait aucun autre moyen d'argumenter en faveur de cette doctrine. Si, par exemple, une pierre est tombée d'un toit sur la tête de quelqu'un et l'a tué, ils démontreront que la pierre est tombée pour tuer l'homme, de la façon suivante : Si, en effet, elle n'est pas tombée à cette fin par la volonté de Dieu, comment tant de circonstances (souvent, en effet, il faut un grand concours de circonstances simultanées) ont-elles pu concourir par hasard ? Vous répondrez peut-être que c'est arrivé parce que le vent soufflait et que l'homme passait par là. Mais ils insisteront : Pourquoi le vent soufflait-il à ce moment-là ? Pourquoi l'homme passait-il par là à ce même moment ? Si vous répondez de nouveau que le vent s'est levé parce que la veille, par un temps encore calme, la mer avait commencé à s'agiter, et que l'homme avait été invité par un ami, ils insisteront de nouveau car ils ne sont jamais à court de questions : Pourquoi donc la mer était-elle agitée ? Pourquoi l'homme a-t-il été invité à ce moment-là ? Et ils ne cesseront ainsi de vous interroger sur les causes des causes, jusqu'à ce que vous vous soyez réfugié dans la volonté de Dieu, cet asile de l'ignorance. De même aussi, devant la structure du corps humain, ils s'étonnent, et ignorant les causes de tant d'art, ils concluent que cette structure n'est pas due à un art mécanique, mais à un art divin ou surnaturel, et qu'elle est formée de façon que nulle partie ne nuise à l'autre. Et ainsi arrive-t-il que celui qui cherche les vraies causes des miracles et s'applique à comprendre en savant les choses naturelles, au lieu de s'en étonner comme un sot, est souvent tenu pour hérétique et impie, et proclamé tel par ceux que le vulgaire adore comme les interprètes de la Nature et des Dieux. Car ils savent que l'ignorance une fois détruite, s'évanouit cet étonnement, leur unique moyen d'argumenter et de conserver leur autorité. " SPINOZA Ethique, Appendice du Livre I
  21. Oui, mais trempée dans le platonisme et endurcie dans le stoïcisme, ce qui a conféré des propriétés particulièremenent résistantes à son alliage. Le mot secte est ici utilisé dans le sens n° 2 défini par Xav. Il est intéressant de noter que le christianisme primitif fut une religion culturellement orientale, où l'on retrouve repris sous d'autres formes des mythes hébreux, égyptiens, assyriens et indo-iraniens, avant d'être sédimentés par la philosophie grecque.
  22. Et je l'ai bien pris comme telle ! Disons que c'était une boutade en dessous de la ceinture, mais qui a fait résonner en moi des questions plus sérieuses, lesquelles m'intéressent de près. D'ailleurs pour te retourner ta sympathique boutade, je trouve comique que ton attitude soit aussi ouverte pour un conservateur
  23. Tu as beau jeu de dénoncer l'irénisme du pacifiste. Mais Russell a fait de la prison pour défendre ses idées: il était donc prêt à en payer le prix, à en assumer les conséquences et à mettre sa carrière en jeu. Durant la Première Guerre mondiale, ses activités pacifistes l'ont fait renvoyer du Trinity College après qu'il eut été condamné suivant Defence of the Realm Act. Il fut condamné à purger une peine de six mois dans la Prison de Brixton en 1918. Pour délit d'opinion somme toute. Attitude qui dénote un sens des responsabilités certain, et qui le met à distance des charlatans gauchistes que tu évoques. Ses propos sur la tyrannie internationale du bolchévisme dans la citation plus haut sont d'ailleurs sans ambiguïté. Ouverture rules! Pour un anarchiste ou un falsificationniste, l'ouverture c'est fondamental. Ta remarque est un peu en dessous de la ceinture, mais c'est de bonne guerre. En plus je ne peux même pas l'ignorer ni faire le snob par une réponse elliptique, car ce sujet me passionne! À mon sens "le tournant logique" a constitué un progrès intellectuel majeur, peut-être le plus important du XXè siècle. Un positiviste logique peut très bien devenir un anarchiste au sens de Feyerabend. En effet l'anarchisme retient du positivisme le goût de la précision, la cohérence, ou la critique de la métaphysique, mais il veut éliminer tout dogmatisme quand le rationalisme y conduit. Il est donc naturel que le cheminement intellectuel de Feyerabend prenne justement sa source dans le positivisme logique. Il a commencé par fréquenter pendant plusieurs années une annexe du Cercle de Vienne, où il s'est lié avec Popper, Juhos, Hollitscher, von Wright, Anscombe et Wittgenstein. Le but du cercle était d’affranchir la philosophie de toute métaphysique, avec une référence spéciale aux découvertes scientifiques. Son principal sujet de discussion : la question de la réalité des entités théoriques et du monde externe. La thèse de doctorat de Feyerabend traitait des énoncés protocolaires théorisés par les positivistes logiques (Carnap en particulier), ceci dans la lignée des idées du cercle de Vienne. Je ne nie pas la dimension opportuniste de l'anarchisme épistémologique, qui est un processus évolutionniste fonctionnant par tâtonnements. Le positivisme logique a été une étape nécessaire, de même que le falsificationnisme, sur la route d'une théorie anarchiste de la connaissance. Comme dit Wittgenstein " Pour apprécier une limite, il faut déjà être passé de l'autre côté de cette limite." Or de Popper à Feyerabend, il n'y a qu'un pas à franchir. Les deux proposent des épistémologies sans critère de vérité. D'autre part, Feyerabend ne promeut pas l'irrationalisme. Il critique une science complice des gouvernements et porteuse d'une idéologie tyrannique, au nom d'une science tolérante, libératrice et ouverte. C'est pourquoi Feyerabend prône la séparation de la science et de l'État. Pardon pour cette extrapolation intempestive du fil Il serait plus sage d'ouvrir un topic pour continuer cette discussion sans troller le sujet de Jabial.
  24. Du tout. Ta réponse vient seulement de me faire remarquer qu'un croyant pourrait effectivement interpréter sa position de manière non nuancée. En rapprochant islam et bolchévisme, il établit tout de même une gradation dans l'obscurantisme. Russell place la religion chrétienne à un niveau plus évolué sur le plan de la civilisation, même si elle reste un obstacle au progrès moral. Cela montre que son jugement est nuancé.
×
×
  • Create New...