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Connaissez-vous Bayrou ? (3)


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François Bayrou est un terrien. Et il ne manque jamais de le rappeler : ce serait un gage d’authenticité, de vérité et de clarté vis à vis des électeurs.

« La terre, elle, ne ment pas » fut la fuligineuse déclaration du Maréchal en 1940, rédigée comme on sait par le très centriste Emmanuel Berl. Mais qu’en est-il exactement ? Dit-il toujours la vérité sur lui-même, sur sa politique, sur la situation politique ? Trois affaires peu connues ou mal comprises permettent d’en douter.

Haro sur le CPE

Le 4 mai 2004, le parlement a voté une loi « relative à la formation professionnelle tout au long de la vie et au dialogue social ». Dans son exposé des motifs, François Fillon fit cette déclaration surprenante :

«Le Gouvernement prend l’engagement solennel de renvoyer à la négociation nationale interprofessionnelle toute réforme de nature législative relative au droit du travail. Par conséquent, il saisira officiellement les partenaires sociaux, avant l’élaboration de tout projet de loi portant réforme du droit du travail, afin de savoir s’ils souhaitent engager un processus de négociation sur le sujet évoqué par le Gouvernement. »

En pleine crise du CPE, le 21 février 2006, Bayrou monte à la tribune de l’Assemblée dans un état d’excitation extrême :

« Voilà notre opposition au CPE. Et voilà ce que vous auriez entendu, sans nul doute, de la part de la France, si vous aviez respecté l’engagement pris, répété, en particulier par Jacques Chirac, de faire vivre la démocratie sociale, d’aider à la « refondation sociale », de faire vivre la démocratie politique en respectant, tout simplement en respectant le parlement. Si vous aviez seulement respecté la loi que cette majorité a voté, que ce parlement a voté le 4 mai 2004, la loi Fillon, qui imposait la consultation des partenaires sociaux avant toute décision. »

A première vue, Bayrou a raison. Mais c’est oublier que l’«engagement solennel » n’avait aucune portée juridique, puisqu’il ne faisait pas partie de la loi, mais seulement de son exposé des motifs (ce que n’importe quel député savait, bien entendu). Qui engageait-il ? Le gouvernement Raffarin de l’époque, mais en aucun cas les gouvernements suivants.

A la décharge de Bayrou, il faut dire qu’il ne fut pas le seul à proférer ce mensonge. Dans l’atmosphère hystérique où l’on se trouvait, il fut repris par toute la presse, Le Monde et Le Figaro compris. Mais Bayrou en fut le plus ardent propagateur. Ainsi au micro de France Inter le 27 mars 2006, dans «Question directe » :

« C’est cette majorité et ce gouvernement pour ainsi dire qui a voté cette loi et à la première occasion on l’abandonne et on ne la respecte pas !».

Bien entendu, l’exposé des motifs n’engageait nullement les parlementaires de la majorité parlementaire, puisqu’il n’a fait l’objet d’aucun vote. On peut espérer qu’il existait des députés UMP pour y voir une aberration. Le «pour ainsi dire » est particulièrement savoureux.

Le CSA, Bastille de la Révolution légale

Le 16 mai 2006, onze des trente députés UDF votèrent la motion de censure déposée par le groupe socialiste.

Tous les commentateurs estimèrent que Bayrou venait de franchir le Rubicon. Il s’agissait bien d’un acte politique majeur. Hervé Morin se précipita au Conseil National de l’UDF pour dire : « Nous l’avons fait ! », c’est-à-dire : « Nous avons osé ! ».

Appliquant des principes établis en 2000, et qui n’avaient jamais soulevé aucune objection, ni à gauche, ni à droite, le CSA annonça que les interventions de ces onze députés sur les grandes chaînes seraient dorénavant décomptées sur le temps de parole de l’opposition parlementaire (en laissant la possibilité aux dix-neuf autres de faire connaître leur position).

Dans ces principes, voici le point crucial :

« Sauf exception justifiée par l'actualité, le temps d'intervention des personnalités de l'opposition parlementaire ne peut être inférieur à la moitié du temps d'intervention cumulé des membres du gouvernement et des personnalités de la majorité parlementaire. »

On note que ce principe s’applique à des personnalités et non à des formations politiques. D’autre part, il s’agit, en ce qui concerne l’opposition, d’un plancher et non d’un plafond. Rien n’empêche une chaîne d’accorder par exemple la moitié du temps de parole à l’opposition.

Bayrou réunit immédiatement une conférence de presse pour jouer les victimes http://www.udf.org/actualites/actu_site/20…rou_140606.html :

« Je vous ai réunis pour évoquer avec vous une décision qui n’aurait dû mériter qu’une franche rigolade, mais qui est révélatrice de bien des dérives de notre pays. Vous l’aurez constaté, il ne fait pas bon être indépendant sous ce régime. L’Etat UMP décidé à faire plier et à stigmatiser toute indépendance d’esprit a obtenu que le CSA classe « à partir du 14 juin » les déclarations de onze députés UDF dans la colonne de l’opposition »

En réalité le CSA comprend des personnalités de plusieurs bords politiques. C’est effectivement sur requête faite par Bernard Accoyer au non de l’UMP qu’il a pris cette décision. Mais celui-ci la demandait depuis longtemps, notamment depuis le vote de Bayrou contre le budget, et le CSA avait toujours résisté. Il était cette fois acculé à cette décision par la logique politique.

Dans la version écrite, on ne compte pas moins de douze exclamations du genre :

«En vérité, contre la liberté de parole, contre la liberté de vote, tout est fait pour empêcher un choix politique nouveau ! Cette décision est une insulte à l’intelligence des Français, comme s’ils ne savaient pas faire la différence entre le PS et l’UDF ! J’avais employé ce samedi un mot un peu familier pour définir la bêtise accablante, désastreuse, de cette France forcément coupée en deux ! »

En réalité le CSA n’entendait nullement remettre en question sa liberté de vote. Il ne s’agissait aucunement d’une sanction puisque cela ne changeait rigoureusement rien à son temps de parole. Les seuls habilités à se plaindre (et ils le firent naturellement) étaient les socialo-communistes, qui pouvait penser que leur temps se trouverait réduit, parce qu’ils considèrent le temps global consacré aux leaders politiques comme une sorte de gâteau à se répartir (ce qui nous l’avons vu, n’est pas forcément le cas).

Non seulement cette décision n’était pas une insulte à l’intelligence des Français, mais c’était au contraire une mesure de clarté politique consistant à prendre au sérieux les votes de François Bayrou.

Au galop !

Dans le numéro du 14 mars du Canard enchaîné, Bayrou déclare qu’il ne participe pas aux réunions du Comité de France-Galop.

C’est faux , puisque, par exemple le 5 juin 2003 il y demandait le développement des images de courses et des paris sur Internet. http://www.action-galop.com/ACTUALITE/ACcomi.htm

Demande tout à fait logique, puisque les courses sont la principale source de revenus de François. Il n’y a certes rien de déshonorant à participer à participer au Comité de France-Galop à titre de membre associé. Voici les camarades qu’il peut y rencontrer :

Hervé d’ARMAILLÉ - Louis GISCARD d’ESTAING - Charles-Henri de MOUSSAC - François BAYROU - Gérald HOVELACQUE - Henri de PRACOMTAL - Louis de BOURGOING - Jean d’INDY - Edouard de ROTHSCHILD - José BRUNEAU de la SALLE - Alain de KERMADEC Jean-Louis VALÉRIEN-PERRIN - Erick CHOMBART de LAUWE - Arnaud LAGARDÈRE - Jean-Pierre COLOMBU - Jean-Guillaume de LAGENESTE - Hugues DELLOYE - Nicolas LANDON - Noël FORGEARD - Bernard LE GENTIL - Robert FOURNIER SARLOVEZE - Bernard de MARMIESSE de LUSSAN.

Source : http://www.france-galop.com/INSTITUT/docadmi/Inst0107.pdf

Il est savoureux d’y retrouver Arnaud Lagardère, objet des ruades de notre pur-sang. D’autant plus que selon des bruits de couloirs, ce serait Jean-Luc Lagardère, son père, qui aurait fait entrer François dans ce cénacle très distingué.

Encore une fois, rien là de répréhensible. Mais alors pourquoi François se cache-t-il ?

Posté
Les seuls habilités à se plaindre (et ils le firent naturellement) étaient les socialo-communistes, qui pouvait penser que leur temps se trouverait réduit, parce qu'ils considèrent le temps global consacré aux leaders politiques comme une sorte de gâteau à se répartir (ce qui nous l'avons vu, n'est pas forcément le cas).

On notera que cette manie de voir des gâteaux à partager partout (temps de travail, bénéfice des entreprises privées, …) est très fréquente chez ces derniers. Une frustration dans la jeunesse, peut-être.

Posté
Le lien ne marche pas.

Effectivement. Pourtant si vous copiez l'adresse dans votre navigateur , ça marche.

Quant aux autres adresses que j'ai mentionnées, je n'arrive même pas à les passer en liens !

Posté
On notera que cette manie de voir des gâteaux à partager partout (temps de travail, bénéfice des entreprises privées, …) est très fréquente chez ces derniers. Une frustration dans la jeunesse, peut-être.

Pas de bras, pas de chocolat.

Pas de cerveau, pas de gâteau.

Posté
On notera que cette manie de voir des gâteaux à partager partout (temps de travail, bénéfice des entreprises privées, …) est très fréquente chez ces derniers. Une frustration dans la jeunesse, peut-être.

Les socialo-communistes sont envieux, jaloux et frustrés par définition.

Comment expliquer sinon leurs mépris de la propriété (enfin, quand c'est celle des autres) ?

Posté
Berl était plutôt de gauche il me semble…

C'est exact. J'ai employé "très centriste" un peu par euphémisme et pour faire un clin d'oeil aux initiés comme vous.

J'ai chez moi cinq heures d'interview réalisées par Pierre-André Boutang en 1972.

L'hommme politique dont il se sentait le plus proche était Edouard Herriot. Il avait éprouvé une grande sympathie pour le Front Popu, par une sorte d'ouvriérisme. Il avait été très ému dans sa jeunesse par les ouvrières qui travaillaient dans l'usine de son père. Revenu écoeuré de la guerre de 14, il était surtout très pacifiste. Et c'est sans doute ce qui explique la facilité avec laquelle il a accepté de rédiger deux discours de Pétain en 1940… sans le rencontrer!

Invité jabial
Posté
Le lien ne marche pas.

C'est à cause d'une parenthèse fermante. Quand on met des liens, on utilise la balise url à la main, sous peine de risquer le dysfonctionnement.

Posté
C'est à cause d'une parenthèse fermante. Quand on met des liens, on utilise la balise url à la main, sous peine de risquer le dysfonctionnement.

Je préfère enfreindre les règles syntaxiques en vigueur pour la langue française, et insérer un espace avant la parenthèse fermante. Ca marche très bien.

Invité jabial
Posté
Je préfère enfreindre les règles syntaxiques en vigueur pour la langue française, et insérer un espace avant la parenthèse fermante. Ca marche très bien.

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