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Usage de la théorie des soldes financiers sectoriels de W. Godley pour la pensée libérale


Libéralix

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En faisant défiler X il y a quelques temps, je suis tombé sur une publication évoquant la théorie des soldes financiers sectoriels de W. Godley (SFS).

 

Les SFS sont une identité comptable reflétant la macroéconomie en posant une équation simple : (S-I) + (T - G) + (X-M) = 0. 

Autrement dit, le solde public (T-G), le solde privé (S-I) et le solde extérieur (X-M) s'équilibrent parfaitement (voir image de la page).

Actuellement en France, pour faire simple, on a (+4) + (-5) + (+1) = 0. 

 

C'est là que je me suis demandé quelle pouvait être l'utilité des soldes financiers sectoriels pour un libéral - peu importe sa tendance. Selon moi, ce point de vue apporte une chose essentielle si l'on veut appliquer des politiques libérales en France, pays très réticent à ce sujet : le sérieux.

 

D'abord, ce que nous permet de comprendre les SFS c'est que, nous ne pouvons pas avoir les 3 soldes en excédent. Actuellement en France, comme aux USA ou au RU, le solde public est déficitaire, le solde privé est excédentaire et le solde extérieur est déficitaire. Autrement dit, le déficit public peut tout à fait se comprendre comme l'épargne du secteur privé. Or, il semble aussi logique, qu'à solde extérieur inchangé, une réduction du déficit de l’État pour aller vers un excédent budgétaire (solde public positif) conduira à un déficit du secteur privé, donc à une diminution de l'épargne. Ainsi, pour que l’État redresse réellement ses comptes, il faut nécessairement une réduction du déficit extérieur ou la recherche d'un excédent extérieur (ex: Allemagne, Corée du Sud). Au moins un des trois soldes doit être en déficit. L'enjeu pour un libéral en 2026 (et 2027) est de savoir lequel et surtout, de l'assumer (inutile de sortir les phrases toutes faites ou les poncifs, nous ne sommes plus au temps de Bastiat).

 

Dès lors, un autre point important pour la pensée libérale est la mise en pratique des politiques libérales. Nous souhaitons tous réduire le rôle de l’État, donc, nécessairement, réduire le déficit public. Or, tout programme libéral en 2027 partira de la situation économique réelle de 2027, soit, très probablement, un solde privé positif, un solde public négatif et un solde extérieur négatif (assez faible), car, en gros, le solde privé a un souhait d'épargne (+ faible investissement + incertitudes + immobilier = il faut absorber l'épargne), le pays importe plus qu'il n'exporte (la demande fuit à l'étranger) donc, nécessairement (pour éviter une récession), l’État doit être en déficit (déficit structurel + rôle des stabilisateurs automatiques).

 

Mais, pour autant, on ne peut pas politiquement (et économiquement) réduire à tout va le déficit public en coupant par "centaine de milliards" sous peine de rendre le solde privé négatif, causant nécessairement une récession ce qui, politiquement, est inenvisageable. Le sérieux d'une programme libéral voulant, à raison, réduire le déficit public passera d'abord par questionner la soutenabilité du solde extérieur en visant à le faire monter progressivement en excédent. Tant que ce dernier n'est pas en excédent (ou du moins, réduit drastiquement) et qu'il ne contribue donc pas à donner du revenu extérieur à l'économie, il parait illusoire de vouloir réduire rapidement le déficit public. En effet, si le solde extérieur reste le même (possible après un choc budgétaire), soit +1, le solde privé devra nécessairement décroître et là, les conséquences ne seront pas les mêmes. Si l’État réduit de 5 points son déficit pour être à l'équilibre (0), le secteur privé en perd 5 aussi (-1). On retrouve bien un résultat à 0, mais politiquement, bon courage pour appuyer un tel résultat. Pire encore, une telle politique conduirait à un retour quasi-automatique du déficit public du seul fait de la baisse des recettes fiscales (suite à la diminution du solde privé) et de l'action des stabilisateurs automatiques.

 

Je pense sincèrement que c'est cela qui manque à l'offre politique libérale : le sérieux macroéconomique. On peut vouloir réduire le poids de l’État, mais énoncer des promesses de plusieurs milliards d'économie sans tenir compte des réalité comptables, c'est enterrer une bonne fois pour toute le libéralisme en France (déjà bien mort). La prise en compte de la contrainte extérieure doit être déterminante pour une politique libérale honnête et faisable (je songe ici à Lisnard ou à toute candidature libérale type Knafo. C'est pour cela que je crois beaucoup plus, pour 2027, à une politique proche d'un ordolibéralisme allemand qui met l'accent en priorité sur le solde extérieur, plutôt que des politiques très dogmatiques qui risquent de nous décrédibiliser.

 

Par cette publication, je veux surtout interroger mes amis libéraux sur la pertinence d'utiliser ce genre d'analyse macro-éco dans un débat et pour soutenir la viabilité d'un programme libéral. Tous les avis sont les bienvenus.

 

PS: Si je suis politiquement et philosophiquement libertarien anarcap, ma carrière de chercheur à l'université me pousse à voir la petite bête même au sein de ma famille philosophique. On gagnerait tous à être plus rigoureux, cela vaut aussi pour nous, libéraux. ;)

Posté
il y a 8 minutes, Libéralix a dit :

Autrement dit, le déficit public peut tout à fait se comprendre comme l'épargne du secteur privé.

Oui, ou comme aspirant l'épargne du secteur privé, pour le dire de manière un petit peu plus piquante.

 

il y a 8 minutes, Libéralix a dit :

L'enjeu pour un libéral en 2026 (et 2027) est de savoir lequel et surtout, de l'assumer (inutile de sortir les phrases toutes faites ou les poncifs, nous ne sommes plus au temps de Bastiat).

On peut aussi viser à peu près 0 pour chacun sur le long terme. On pourrait même y voir la marque d'une situation économique équilibrée.

 

il y a 10 minutes, Libéralix a dit :

Mais, pour autant, on ne peut pas politiquement (et économiquement) réduire à tout va le déficit public en coupant par "centaine de milliards" sous peine de rendre le solde privé négatif, causant nécessairement une récession ce qui, politiquement, est inenvisageable.

Maggie a tenu bon, pourtant (il est vrai qu'elle a rattrapé le prix de la récession à court terme par le reste de sa politique, entre autres sa victoire dans les Falklands, ou le rétablissement de l'ordre public face aux syndicats).

 

A confirmer avec les autres exemples des dernières décennies. (Reagan aussi a causé une forte récession, mais on ne peut pas vraiment dire qu'il ait réduit le déficit public...)

 

il y a 9 minutes, Libéralix a dit :

On gagnerait tous à être plus rigoureux, cela vaut aussi pour nous, libéraux. ;)

Oui. :) 

Posté

C’est pas S l’épargne ? Et donc le solde public n’est pas l’épargne du privé. 


Et si G baisse ça veut dire que I peut augmenter. Effet d’éviction bien connu. 
 

Posté
il y a 28 minutes, Rincevent a dit :

peut aussi viser à peu près 0 pour chacun sur le long terme. On pourrait même y voir la marque d'une situation économique équilibrée.

 

Situation possible en théorie, impossible en pratique (ex: un choc externe; une volonté d'épargne pour le secteur privé; etc). Puis, comme tout autrichien le sait, l'économie n'est jamais stationnaire mais une dynamique perpétuelle 😀

Posté
il y a 2 minutes, Tramp a dit :

C’est pas S l’épargne ? Et donc le solde public n’est pas l’épargne du privé. 


Et si G baisse ça veut dire que I peut augmenter. Effet d’éviction bien connu. 

 

Dire que: déficit public = épargne du secteur privé revient simplement à poser une équation comptable. Si S = épargne et I = investissement, un solde privé positif veut dire que S > I (besoin d'épargne supérieur à l'investissement). Or, à déficit extérieur négatif, il faut que l'excédent du privé soit compensé par le solde du secteur public, donc que G>T. D'un point de vue comptable, l'épargne du privé est nécessairement compensée par un déficit public si déficit extérieur.

 

Sur l'effet d'éviction, j'ai du mal à croire à sa réalité au regard des preuves contraires apportées par l'économétrie.

Posté
il y a 1 minute, Libéralix a dit :

Dire que: déficit public = épargne du secteur privé revient simplement à poser une équation comptable. Si S = épargne et I = investissement, un solde privé positif veut dire que S > I (besoin d'épargne supérieur à l'investissement). Or, à déficit extérieur négatif, il faut que l'excédent du privé soit compensé par le solde du secteur public, donc que G>T. D'un point de vue comptable, l'épargne du privé est nécessairement compensée par un déficit public si déficit extérieur.


J’entends bien. La relation ne serait-elle pas plutôt que le déficit public cause le déficit extérieur ? Étant donné que la dépense publique c’est essentiellement de la consommation et qu’il faut bien que ces biens et services arrivent de quelque part ie des importations. 
 

S pourrait tout aussi bien diminuer parce que les taux baissent vu que la demande pour l’épargne diminue. 
 

il y a 5 minutes, Libéralix a dit :

Sur l'effet d'éviction, j'ai du mal à croire à sa réalité au regard des preuves contraires apportées par l'économétrie.


On a eu des exemples récents de baisse de la dépense publique ? 

Posté
il y a 2 minutes, Tramp a dit :

J’entends bien. La relation ne serait-elle pas plutôt que le déficit public cause le déficit extérieur ? Étant donné que la dépense publique c’est essentiellement de la consommation et qu’il faut bien que ces biens et services arrivent de quelque part ie des importations. 

 

Les causes du déficit extérieur sont diverses (spécialisation productive; dépendance énergétique; structure de la demande interne à laquelle participe pour partie, les dépenses publiques) et est surtout due à une perte de compétitivité par rapport à ses voisins (déficit extérieur de A = excédent de B), notamment l'Allemagne. Le déficit joue dedans sur la structuration de la demande (avec le secteur privé) qui tourne principalement autour de la consommation.

 

Le déficit public a aussi servi à supporter le déficit extérieur de la France qui s'est fortement creusé début 2000 en maintenant, pour le secteur privé, une épargne conséquente.

 

il y a 6 minutes, Tramp a dit :

On a eu des exemples récents de baisse de la dépense publique ? 

 

En France, théoriquement oui avec le premier projet de finances de Barnier qui conduisait à une diminution de 1 point de PIB. On ne pouvait pas faire plus illustratif de l'équation comptable de mon poste. Toute diminution rapide du déficit public conduit à une diminution de l'excédent du secteur privé si solde extérieur inchangé, donc baisse de croissance et d'investissement.

 

Argentine avec Milei. Diminution drastique du déficit public pour chercher un excédent budgétaire. Il a fallu quelques temps avant que le solde extérieur soit positif (ce qu'il est maintenant), ce qui a conduit à une nette diminution du solde du secteur privé en territoire négatif et à la récession de deux ans qu'il a connu. Sans solde extérieur excédentaire (qui tire aujourd'hui la croissance), la recession aurait durée plus longtemps.

 

Donc oui, sans se soucier du solde extérieur, une réduction drastique du déficit public conduit à une diminution de l'activité du secteur privé --> je ne fais que suivre l'équation, l'un devant naturellement contrebalancer l'autre (naturel = qui résulte des mouvements et flux économiques). Un déficit public peut tout à fait apparaître sans que personne ne l'est voulu, il suffit qu'il y ait une modification dans les différents soldes, notamment privé (ex : volonté d'épargner) ou extérieur (importation massive).

 

Par contre, sur les preuves empiriques et économétrique de l'effet d'éviction, au regard des travaux récents, on penche vers l'absence de corrélation entre dépense pvu et éviction investissement privé.

 

J'invite chacun d'entre nous à réfléchir avec rigueur à la réalité comptable de la macro-économie. Songeons simplement à cela : qui prendra au sérieux Lisnard ou un autre candidat libéral (ou se prétendant comme tel) avec un programme prévoyant des coupes budgétaires à tous les niveaux ? Entre les discours et la réalité statistique, il y a un monde.

 

Si on veut réduire le déficit public, c'est d'abord vers le solde extérieur qu'il faut se tourner et pour cela, il faut donner les conditions pour que nos entreprises produisent plus et innovent. Le choc doit d'abord venir ici, avant de remonter sur le solde public (qui réduira de fait si le solde extérieur devient positif).

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