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La Révolution Capitaliste, Cinquante Propositions

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En 1992 , les Editions LITEC ont publiée la traduction d’un livre de Peter L. BERGER intitulé : « La Révolution capitaliste, cinquante propositions concernant la prospérité, l’égalité et la liberté », malheureusement passée inaperçue, et qui est actuellement épuisée. L’édition originale de « The Capitalist Revolution » date de 1986.

Il est très rare qu’un tel ouvrage de sciences sociales soit résumé, en conclusion, en 50 propositions. Il ne s’agit pas de propositions politiques. Malgré l’impression qu’on retire d’une lecture superficielle, elles ne comportent aucun jugement de valeur. Ce sont des jugements de fait, susceptible d’être confirmés ou infirmés par la réalité. Bien entendu s’il nous les livre, c’est que l’auteur est convaincu que ces propositions sont en 1986 solidement étayées. Cependant il n’exclut pas que des évolutions ultérieures puissent les démentir. Elles conservent à ses yeux le caractère d’hypothèses. Sans les explications qui les accompagnent, elles paraîtront à certains sèches et péremptoires. Si elles sont formulées de façon aussi nettes, c’est pour mieux assurer leur réfutabilité : des affirmations floues peuvent toujours être sauvées au prix d’un petit glissement d’interprétation. Mais elles sont prudentes : l’auteur a soigneusement délimité leur portée, de sorte que ce serait une erreur de chercher à leur faire dire plus qu’elles ne disent.

J’essaierai de montrer dans un post ultérieur que certaines peuvent être affichées aujourd’hui avec plus de force, et que par contre quelques unes (très peu) sont dépassées. Pour faciliter la compréhension des propositions, j’ai constitué un petit lexique des termes utilisés par l’auteur, en me tenant le plus près possible de son langage. Maintenant, à chacun d’en juger !

capitalisme : système de production pour un marché par des individus ou des groupes d’individus entreprenants dans le but de réaliser un profit.

socialisme : système de production entièrement contrôlé par le pouvoir politique.

classe : groupe tirant ses privilèges de son rôle dans le processus de production et qui se caractérise par des intérêts et des traits culturels communs.

classe du savoir : classe constituée des gens qui reproduisent et distribuent des connaissances. Elle est beaucoup plus large que ce qu’on appelle « les intellectuels ».

société de classes : société dans laquelle les classes sont la forme dominante de stratification.

démocratie : système politique où les gouvernants sont élus au moyen d’élections libres ayant lieu à intervalles réguliers.

patrimonialisme politique : système de promotion sociale consistant à gravir les échelons dans un parti politique.

Cinquante propositions

Sur le capitalisme et la vie matérielle

1. Le capitalisme industriel a généré la plus grande capacité de production qui ait existé dans l’histoire de l’humanité.

2. A ce jour, aucun autre système économique n’a été capable de générer une capacité de production comparable.

3. Une économie orientée vers la production pour l’échange marchand fournit les conditions optimales pour l’émergence d’une capacité de production basée sur la technologie moderne à même de durer et de se développer sans cesse.

4. L’enclenchement du capitalisme industriel en Angleterre, et probablement dans les autres pays occidentaux, a entraîné des coûts humains considérables, voire même une baisse effective du niveau de vie matériel et une dislocation sociale et culturelle.

5. Le capitalisme industriel avancé a généré et continue à générer pour de larges masses de gens le plus haut niveau de vie matériel qui ait existé dans l’histoire de l’humanité.

6. A mesure que la modernisation technique et la croissance économique se déroulent, les inégalités de revenus et de richesse s’accroissent d’abord brusquement, puis chutent tout aussi brusque-ment, avant de se maintenir à un niveau relativement stable.

7. Ces changements sont causés par l’interaction des forces techni-ques et des forces démographiques, et sont relativement indépendants des modes d’organisation socio-économique.

8. La phase de chute au sein du processus peut être renforcée et accélérée par les interventions politiques, mais si ces interventions dépassent un certain degré (que nous ne pouvons à l’heure actuelle pas préciser), il en résultera des conséquences négatives pour la croissance économique, puis pour le niveau de vie.

Concernant le capitalisme et les classes

9. Il s’est opéré dans le capitalisme industriel un remplacement progressif de toutes les autres formes de stratification par le système de classes.

10. L’industrialisation progressive est, quel que soit le mode d’orga-nisation socio-politique, le déterminant fondamental de la mobilité sociale.

11. Dans toutes les sociétés industrielles avancées, les taux de mobilité sociale vers le haut ont connu des hausses modérées, mais pas des changements profonds.

12. Dans toutes les sociétés industrielles avancées, l’éducation est devenue le seul instrument important de la mobilité sociale vers le haut.

13. Le capitalisme industriel, tout spécialement lorsqu’il est com-biné à la démocratie politique, est plus à même de maintenir ouvert le système de stratification d’une société.

14. Les sociétés occidentales contemporaines sont caractérisées par un conflit durable entre deux classes, la vieille classe moyenne (centrée sur la production et la distribution de biens matériels et de services) et une nouvelle classe moyenne (centrée sur la production et la distribution de connaissances symboliques).

15. La nouvelle classe du savoir dans les sociétés occidentales constitue un adversaire majeur du capitalisme.

Concernant le capitalisme et la démocratie

16. Le capitalisme est une condition nécessaire, mais non suffi-sante, de la démocratie.

17. Si une économie capitaliste est sujette à un accroissement des contrôles étatiques, un point sera atteint au-delà duquel un gouverne-ment démocratique deviendra impossible.

18. Si une économie socialiste se trouve ouverte de manière croissante aux forces du marché, un point sera atteint au-delà duquel un gouvernement démocratique deviendra une possibilité.

19. Si le développement capitaliste permet de parvenir à une croissance économique bénéficiant à l’essentiel d’une population, des pressions en faveur de la démocratie sont susceptibles d’apparaître.

Concernant le capitalisme et la culture de l’autonomie individuelle

20. Les racines de l’autonomie individuelle dans la culture occiden-tale remontent à bien plus loin que le capitalisme moderne. L’ « indivi-dualisme » prémoderne inhérent à la culture occidentale a engendré 1’ « individualisme » spécifiquement associé au capitalisme.

21. La culture bourgeoise en Occident, tout spécialement dans les sociétés protestantes, a produit un type de personnes fortement marquées tout à la fois par la valeur et par la réalité psychique de l’autonomie individuelle.

22. Etant donné les bases sociales et culturelles de la civilisation occidentale, le capitalisme est la condition nécessaire, mais non suffisante, de la survie de l’autonomie individuelle.

23. Certains composants de la culture occidentale bourgeoise, notamment l’initiative, l’esprit d’innovation rationnelle et l’autodiscipline, sont des conditions préalables à l’essor et au triomphe du capitalisme quel que soit le lieu où celui-ci émerge.

24. Le capitalisme nécessite des institutions qui permettent de compenser les aspects impersonnels de l’autonomie individuelle par des éléments de solidarité commune. Les principales de ces institutions sont la famille et la religion.

Concernant le capitalisme et le développement du tiers monde

25. L’inclusion d’un pays du tiers monde à l’intérieur du système capitaliste international tend à favoriser son développement.

26. La supériorité de la capacité de production du capitalisme telle qu’elle s’est manifestée dans les pays industriels avancés de l’Occident continue à se manifester aujourd’hui partout où le système capitaliste fait irruption.

27. Le développement de type capitaliste est plus à même que le développement de type socialiste d’améliorer le niveau de vie matériel de tous les hommes vivant dans le tiers monde contemporain, y compris les plus pauvres.

28. Le développement capitaliste, en ce qu’il conduit à une croissance économique rapide et grosse utilisatrice de main-d’oeuvre, est plus à même de permettre une égalité dans la répartition du revenu que les stratégies redistributrices délibérées susceptibles d’être utilisées par un gouvernement.

Concernant le capitalisme en Asie orientale (un « second cas »)

29. L’Asie orientale confirme la capacité de production du capitalisme industriel.

30. L’Asie orientale confirme l’aptitude supérieure du capitalisme industriel à élever le niveau de vie matérielle de grandes masses de gens.

31. L’Asie orientale confirme la relation existant entre le capita-lisme industriel et l’émergence d’un système de classes caractérisé par une mobilité sociale relativement ouverte.

32. L’Asie orientale ne confirme pas la thèse selon laquelle la croissance économique, lorsqu’elle s’enclenche dans les conditions du capitalisme moderne, accroît nécessairement l’inégalité de revenus, bien qu’elle confirme la thèse selon laquelle la répartition du revenu se stabilise à mesure que la croissance économique se poursuit.

33. Les données concernant l’Asie orientale viennent réfuter la proposition selon laquelle un développement effectif ne peut survenir dans une condition de dépendance par rapport au système capitaliste international.

34. Les données émanant d’Asie orientale viennent réfuter l’idée qu’un degré élevé d’intervention de l’Etat dans l’économie est incom-patible avec un développement capitaliste couronné de succès.

35. Les données émanant d’Asie orientale viennent partiellement à l’appui de la thèse selon laquelle un développement capitaliste couronné de succès génère des pressions vers la démocratie.

36. L’expérience est-asiatique vient confirmer l’hypothèse selon laquelle certains composants de la culture bourgeoise occidentale - en particulier l’initiative, l’esprit d’innovation et la discipline - sont nécessaires à un développement capitaliste couronné de succès.

37. Des éléments propres à la civilisation est-asiatique, qu’ils appartiennent aux « grandes traditions » ou à la culture populaire, ont favorisé l’émergence de ces valeurs et ont, par conséquent, donné aux sociétés de la région un avantage comparatif dans le processus de modernisation.

38. Les sociétés d’Asie orientale ont réussi pendant longtemps à se moderniser dans des conditions capitalistes sans connaître une individualisation de type occidental.

39. Les valeurs de l’autonomie individuelle sapent le communau-tarisme est-asiatique et sont susceptibles de continuer à le faire.

40. Les mouvements de démocratisation et d’individualisation en Asie orientale ont été nettement renforcés par l’inclusion de ces sociétés dans un système capitaliste international centré sur l’Occi-dent.

Concernant le socialisme industriel (un « cas de contrôle »)

41. Il y a un lien intrinsèque entre le socialisme et la bureaucra-tisation envahissante de l’économie.

42. Il y a un lien intrinsèque entre le socialisme et l’inefficacité économique.

43. Il existe une affinité intrinsèque entre le socialisme et un fonctionnement politique de type autoritaire.

44. Il existe une affinité intrinsèque entre le socialisme et le projet totalitaire moderne.

45. Le socialisme industriel est caractérisé par l’interaction conti-nue de deux formes distinctes de stratification, un système de classes et un système de patrimonialisme politique.

46. Une modification du socialisme industriel par le biais de l’introduction de mécanismes de marché se heurtera à des limites politiques suscitées par la résistance de l’élite patrimoniale défendant ses avantages acquis.

47. Une modification du socialisme industriel par le biais de l’introduction de mécanismes de marché se heurtera à des limites économiques suscitées par l’inaptitude d’un marché artificiel à se doter d’une efficacité identique à celle du marché capitaliste.

48. Il ne peut y avoir d’économie de marché efficace sans propriété privée des moyens de production.

Concernant la légitimation du capitalisme

49. Le socialisme, outre le fait qu’il est un ensemble de thèses politiques et la source d’interprétations de la société, est aussi l’un des mythes les plus puissants de la période contemporaine; dans la mesure où le socialisme a cette dimension mythique, il ne peut être réfuté par des données empiriques aux yeux de ceux qui y adhèrent.

50. Le capitalisme a une capacité intrinsèque à se légitimer lui-même et il est particulièrement dépourvu d’aura mythique; il dépend par conséquent des effets légitimants de sa stricte facticité ou de l’association avec d’autres éléments de légitimation non économiques.

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