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Apologie du libéralisme


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Bonjour à tous,

Je me suis amusé à rédiger le texte suivant, si une grande patience et une grande générosité pouvait vous amener à le lire et à le commenter (pour le pas dire le corriger) je vous en serais reconnaissant…

Merci! :-)

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Apologie du libéralisme

Évidemment, le titre est un peu ronflant, je n’ai pas la prétention d’étudier ici le problème de façon exhaustive, puisqu’il faudrait pour cela des années de réflexion. L’état du monde et l’état de la politique en France sont cependant tels que je n’ai pas pu avoir la patience d’attendre plus longtemps pour écrire ces quelques lignes, tant les choses me paraissent urgentes. D’Olivier Besancenot à Marine le Pen en passant par Martine Aubry ou encore François Bayrou, à peu près tous nos hommes politiques font la satire du «libéralisme», cette idéologie matérialiste, néfaste et immorale qui serait responsable de tous nos malheurs, dont le combat serait un programme politique d’actualité à part entière, et nécessaire. Que l’économie se porte mal, c’est assez net… La désignation du libéralisme en tant que coupable serait si évidente qu’il ne serait même pas nécessaire d’en faire le procès avant que de le brûler vif, lui qui est accusé d’être un système favorisant les grands capitalistes et notamment le monde de la finance, la dictature du marché sur les Nations, et la subordination de l’humain à l’économique. Or, le libéralisme n’est rien de tout cela.

* * *

Le libéralisme n’est pas la dictature du marché sur les nations, et en ce sens, le capitalisme que nous subissons aujourd’hui n’est pas du libéralisme.

Comme l’écrit Francis Balle, c’est les physiocrates qui ont ouvert la voie à la doctrine libérale. Or, le but des physiocrates, plus précisément celui de Quesnay, c’était d’améliorer la position politique et militaire de la France par des ressources économiques accrues. Si Quesnay considérait qu’il était bon d’affranchir le marché de certaines contraintes que lui imposait l’État, ce n’était pas pour le bien du marché contre celui de la nation mais bien parce-qu’il voyait là l’intérêt de la nation.

De plus, on s’accorde pour considérer comme l’acte de naissance du libéralisme la Déclaration des droits de l’homme de 1789. Or, c’est sous la forme du principe de la «souveraineté nationale» que la démocratie est instaurée en France: «Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément.». Le libéralisme affirme la prééminence du politique sur l’économie. Le capitalisme tel qu’il s’exerce aujourd’hui est contraire à cette perspective. Il le trahit en s’opposant aux nations de deux manières: en agissant à la fois contre leurs intérêts, avec les délocaliation qui sont synonyme de disparition de l’État-nation — ce n’est pas une exagération: au delà de la disparition économique de l’État-nation avec la délocalisation des usines, on voit apparaître, en Norvège, la délocalisation de maisons de retraites: après la disparition de l’économie, la disparition physique de l’État-nation commence — et en leur imposant ses contraintes sur leurs politiques, d’une part avec la compromission entre les politiciens et les intérêts financiers privés que nous connaissons en France (aussi bien avec des personnalités de gauche que de droite), les Français se font d’ailleurs de moins en moins d’illusion sur l’identité de ceux qui les dirigent vraiment, et d’autre part avec les organisations supra-nationales, telles l’O.M.C. ou l’Union européenne avec sa monnaie unique, qui ont participé à la création d’un monde économique d’une complexité telle qu’il en est devenu absolument ingouvernable.

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Pas plus qu’il n’est la dictature du marché sur les nations, le libéralisme n’est pas la subordination de l’humain à l’économie.

Le libéralisme a toujours été envisagé comme une méthode pour tendre vers l’intérêt général. Il est fondé sur la thèse de l’harmonie fondamentale entre les intérêts particuliers et l’intérêt général. Cette harmonie fondamentale peut se trouver mise à mal par certaines contingences, et le rôle de l’État, dans un système libéral, est précisément de veiller constamment au maintient de cette harmonie. Par exemple, le colbertisme avait conduit à un système dans lequel les paysans s’enrichissaient davantage lorsque leurs récoltes étaient mauvaises, leur blé, cher, et que le peuple avait faim. L’idée des physiocrates a été non pas de contraindre les paysans à produire beaucoup contre leur intérêt à eux (ce qui serait une réponse étatiste de base), mais de réinventer le système économique de sorte à ce que l’intérêt des paysans devînt que leurs récoltes fussent bonnes, leur blé, abordable, et que le peuple n’eût plus faim. Voilà donc le pilier central de l’idéologie libérale, résumé dans la thèse de l’harmonie fondamentale entre les intérêts particuliers et l’intérêt général d’Adam Smith. Cette philosophie de la politique nous est devenue tout aussi étrangère dans les faits qu’elle nous semble évidente quand nous nous la rappelons. Étrangère, puisqu’aujourd’hui l’intérêt particulier de nos grands capitalistes implique, je l’ai montré plus haut avec les délocalisations des usines et des maisons de retraites, la destruction pure et simple des sociétés dont ils sont issus. On peut prendre aussi pour exemple le monde dégénéré de la finance, qui ne vise absolument plus à garantir les performance de nos marchés, mais à gaver ceux qui y travaillent et qui sont absolument détachés de toute idée de société, de nation, et dont on peut même se demander s’il vivent sur la même planète que nous.

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D’autres éléments montrent que le capitalisme actuel n’a rien à voir avec le libéralisme.

Le libéralisme suppose la séparation des pouvoirs et restreint les droits de l’État à ce que personne d’autre que lui ne pourrait faire. Or, il n’est pas certain qu’il y ait eu dans l’Histoire de France une période plus étatique que la nôtre, dans laquelle l’État s’arroge tous les droits et ne recule que lorsque ce qu’il reste de la Justice (massacrée par l’Exécutif) l’y contraint. La campagne de vaccination contre la grippe A confisquée aux médecins, comme l’existence de la commission Karmitz pour la culture, suffisent à montrer à quel point la France de 2010 est le contraire d’un État libéral.

La professionnalisation de la classe politique et la place à laquelle sont relégués les simples citoyens sont aussi tout à fait contraires à la logique libérale. Le libéralisme est fondé sur la souveraineté du peuple. Il nécessite donc ce que les anglais nomment l’«empowerment», c’est-à-dire la prise en charge de l’individu par lui-même, de sa destinée économique, professionnelle, familiale et sociale, et j’aimerais faire une parenthèse afin de montrer à quel point la pensée de nos dirigeants s’inscrit dans la logique du pur renoncement (volontaire?) à l’empowerment. Cette parenthèse porte sur la loi sur l’incitation à la haine raciale. On a voulu limiter la liberté d’expression en distinguant entre les propos en tant qu’ils expriment une opinion, et les propos en tant qu’ils constituent une action de celui qui les prononce sur celui qui les entend ou qui les lie, et en rendant possible la condamnation pénale pour incitation à la haine raciale. Cela est une erreur monumentale pour plusieurs raisons. Pour commencer, la distinction est absurde: tout d’abord, l’idée qu’il existe des propos qui ne constitueraient pas une action sur celui qui les reçoit est fausse: notre entendement, nos raisonnements, notre vision du monde, sont affectés, que nous nous en rendions compte ou non, à chaque instant, par tout ce qui entre en inférence avec notre conscience. Ensuite, cette législation fait preuve d’une piètre idée du peuple sur lequel elle entend s’appliquer, puisqu’elle confond le discours partisan de la haine raciale avec l’incitation à la haine raciale, ce qui revient à considérer que l’entendement des citoyens est si faible qu’il y a identité entre ce qu’on leur dit et ce qu’ils se mettent à penser. C’est faire bien peu de cas de leur faculté de raison et de leur capacité à se prendre en charge et à réfléchir par eux-mêmes, et une telle idée du peuple est absolument contraire à l’idée de sa capacité à se gouverner par lui-même, et donc avec l’idée de démocratie libérale, fondée sur le libre examen et la responsabilité individuelle. Finalement, qu’est-ce qui représente le plus grand danger d’incitation à la haine raciale, entre le premier idiot venu qui vous dira «Ce type est un sale noir.» et une association antiraciste oppressante qui verrouille les médias et milite pour des législations de préférence étrangère pour le travail et le logement? Si quelqu’un me dit à propos d’une telle association «Ca m’agace tellement qu’à chaque fois que je vois un maghrébin je ne peux pas m’empêcher de ressentir quelque-chose de désagréable en moi.», puis-je attaquer cette association en Justice parce-qu’elle a incité cet individu à la haine raciale? En fait, il serait plus opportun de condamner l’incitation volontaire à la haine raciale et/ou la tentative d’incitation à la haine raciale. Mais alors se poseraient des question d’éthique: la loi doit-elle condamner des intentions ou uniquement des actes? Je suppose que bien évidemment les législateurs qui ont écrit, défendu, et voté les lois relatives à ce problème se sont posé toutes ces questions, ont mené une réflexion approfondie sur la morale, et en ont imaginé un système cohérent à l’intérieur duquel s’intègrent parfaitement les lois en question… En tous cas, je ne crois pas qu’ils soient toujours dans la même pensée que ceux qui écrivaient en 1789 «Nul ne peut être inquiété pour pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestations ne troublent pas l’ordre public.»: la limitation de la liberté d’expression est un déni de la capacitation du peuple et donc de la démocratie et du libéralisme.

Voilà pour quelques faits indiquant à quel point nous ne vivons pas dans un système libéral. J’aimerais maintenant dénoncer un autre aspect du problème, l’aspect le plus désespérant: celui des mensonges permanents de nos politiques qui conduisent le peuple à une méconnaissance absolue de ce qu’est le libéralisme. Actuellement, c’est un parti dit «de Droite» qui dirige la France. Je ne sais pas s’il est «de Droite», mais clairement il n’est pas libéral. Le libéralisme, comme nous l’avons vu, suppose à la fois la primauté du politique sur l’économie et l’humilité du politique qui doit se contenter de définir les «règles du jeu» et non les objectifs à atteindre et les moyens à mettre en oeuvre. Or, non-seulement nos dirigeants actuels souffrent d’un manque d’humilité qui les entraîne dans une conception autoritaire et dirigiste de la pratique politique (avec des dénis de démocratie fréquents, l’un des plus intéressants étant l’adoption sous une forme à peine camouflée de la prétendue Constitution européenne d’abord refusée par le peuple), mais en plus ils ont délibérément placé la politique sous la domination de l’économie, à la fois officiellement en fabriquant un système institutionnel mondial redoutablement complexe et officieusement en dirigeant le pays sous la tutelle de leurs amis les «grands patrons», dont j’ai déjà montré que l’intérêt était la disparition des États-nations, alors que quelques mesures protectionnistes de bon sens nous donneraient beaucoup plus de chance d’assurer notre survie. Ainsi, la politique menée par nos dirigeants dits «de Droite» est doublement contraire au libéralisme dans ce qu’il a de plus essentiel. Mais, faire la démonstration de ce que l’U.M.P. est un parti antilibéral n’intéresse personne. Cela n’intéresse pas l’U.M.P. au moins pour deux raisons. D’abord, parce-que ses différences les plus évidentes avec le libéralisme touchent à ce qu’il y a de plus détestable dans ce parti, subordination du politique à l’économie, autoritarisme, compromissions… Ensuite, parce-que le libéralisme s’il était vraiment connu des Français risquerait de les séduire, alors qu’on a réussi à le rendre suffisamment méconnu pour qu’il n’y ait plus aujourd’hui aucun homme politique libéral dans notre paysage politique pour menacer ceux qui se partagent les rôles. Cela n’intéresse pas non plus le P.S. ni aucun autre adversaire de l’U.M.P., probablement aussi pour cette même raison: le libéralisme s’il était vraiment connu serait un adversaire bien plus difficile que la «Droite» actuelle, souvent faussement considérée comme libérale, de plus en plus impopulaire et facile à attaquer. De plus, les contrastes si forts qui apparaîtraient d’une part entre la politique prônée par le P.S. et le libéralisme, et d’autre part entre la politique de l’U.M.P. et le libéralisme, achèveraient de convaincre les derniers indécis de l’homogénéité désolante et stérile de ce que le F.N. appelle avec raison (quoi que l’on pense par ailleurs de ce parti) l’«U.M.P.S.». Ne parlons même pas des partis qui se disent centristes…

Il faut aussi évoquer la notion d’«ultralibéralisme», dont l’emploi peut révéler deux choses de la personne qui s’en rend responsable: soit sa méconnaissance totale du libéralisme, soit sa malhonnêteté. Prenons une image: un animal peut être ultra-rapide ou ultra-grand, mais aucun chat n’est un ultra-chat, aucun chat n’est plus un chat qu’un autre chat. La rapidité est une qualité superficielle qui se définit par une grandeur, celle de la vitesse que, ici, l’animal, est capable d’atteindre. Mais le fait d’être un chat n’est pas une qualité superficielle se définissant par une grandeur: c’est une essence. Un être possède ou ne possède pas cette essence. Ainsi en va-t-il du libéralisme. Le fait de croire que la notion d’«ultralibéralisme» peut avoir un sens montre une méconnaissance totale du libéralisme, puisque c’est croire que le libéralisme se définit par une grandeur (la liberté accordée aux capitalistes?), et que plus cette grandeur est importante plus le système est libéral. Or, je l’ai répété tout au long de ce texte, le libéralisme n’est pas une technique économique, c’est une idéologie touchant à tous les aspects de la vie, et incluant notamment la valorisation de l’être humain et la subordination de l’économie au politique. En ce sens, le libéralisme est ou n’est pas, mais il ne peut pas être «ultra-», et certainement pas lorsque l’économie se libère du politique jusqu’à en faire son esclave, et certainement pas lorsque l’argent devient la seule valeur au détriment de l’humain. Qu’on dise que nous souffrons d’un capitalisme fou, oui, mais certainement pas d’un capitalisme libéral.

En résumé, là où le libéralisme était moral, envisageait le long terme, visait aux intérêts de la nation et à l’intérêt général, se fondait sur une valorisation de l’être humain, et subordonnait l’économie au politique, notre capitalisme actuel, lui, est un monde économique verrouillé par quelques grands capitalistes dont les intérêts n’ont plus rien à voir avec ceux des nations ni des États ni même de la planète, mais qui parvient néanmoins à s’imposer comme directeur du politique et à dévaluer l’humain au profit de l’argent. C’est un système non seulement injuste mais, plus grave, destructeur à très court terme.

*

Ce monde absurde dans lequel nous vivons n’est pourtant pas une fatalité.

Si nous subissons un système financier extrêmement complexe et dangereux, c’est parce-que nous l’avons bien voulu, plus précisément parce-que nos dirigeants ne pouvant se satisfaire de la leçon d’humilité donnée par l’idéologie libérale ont préféré se sentir les chefs tout puissants de l’économie mondiale, nos messies en quelques sortes. Les électeurs ont choisi — évidemment sans s’en rendre compte — un capitalisme dictatorial et antilibéral en élisant Giscard d’Estaing, Mittérand, Chirac, et Sarkozy, jusqu’à se retrouver face à une scène politique presque homogène (à l’exception des extrêmes) se partageant le gâteau entre faux libéraux et faux antilibéraux.

Il ne tient qu’à nous de dire non au système immoral et destructeur que nous subissons et de rétablir le libéralisme. La démocratie libérale n’est pas seulement le meilleur système proposé jusqu’à présent, c’est avant tout le seul envisageable. Il y a en effet trois façons d’envisager la société, en fonction du rôle que l’on donne au politique. Premièrement, l’anarchisme croit que toute forme de pouvoir en général et le politique en particulier doivent disparaître totalement et que le monde sera viable ainsi, ce qui est pour le moins optimiste. Deuxièmement, le libéralisme cherche à penser le présent, en se demandant quel présent est le plus susceptible d’engranger un futur agréable (qu’il ne prétend pas pouvoir deviner à l’avance). Il travaille à penser ce présent, à penser comment le faire exister, comment le faire subsister, en l’adaptant éventuellement aux problèmes qui se posent. Il ne consiste donc pas en le fait de diriger l’Histoire dans un certain sens mais de veiller à chaque instant au maintien d’un certain cadre propice à ce que les hommes, dans l’aléa de leurs vies libres et de leurs activités libres, dans le cadre de la loi, se dirigent spontanément vers un futur désirable. Troisièmement, les doctrines étatistes croient que le politique doit deviner l’univers des avenirs possibles (prétention évidemment vouée à l’échec), décider de la valeur de désidérabilité de chacun des éléments de cet univers (qui ne sont que des fantasmes), et des moyens autoritaires (et éventuellement douloureux) à mettre en oeuvre afin d’atteindre l’avenir considéré comme celui qui est à désirer, il en résulte un futur perpétuellement fantasmé et un présent perpétuellement douloureux.

*

Ainsi, le libéralisme se situe entre l’anarchisme qui nie l’idée de Droit en considérant que les consciences des hommes se suffisent à elles-mêmes et l’étatisme qui nie le Droit en considérant devoir aliéner les hommes à un projet. Le libéralisme, en tant qu’il consiste en une définition non pas des buts mais des «règles du jeu» est le seul système fondé sur le Droit (ou plutôt, qui fonde le Droit), c’est le seul système compatible avec la démocratie et il en est d’ailleurs indissociable. Quant au capitalisme fou dans lequel nous vivons actuellement et qui n’a rien à voir avec le libéralisme, c’est probablement le pire modèle de société qui n’ait jamais été inventé dans l’Histoire, puisqu’il place l’ensemble des sociétés humaines entre les mains de gens qui n’ont pas d’intérêts dans leur survie. À nous maintenant de prendre notre avenir en main ou de nous regarder bêtement mourir en disant bêtement «C’est la faute du libéralisme.», ou, pire, «C’est la faute de l’ultralibéralisme».

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Bonjour à tous,

Je me suis amusé à rédiger le texte suivant, si une grande patience et une grande générosité pouvait vous amener à le lire et à le commenter (pour le pas dire le corriger) je vous en serais reconnaissant…

Merci! :-)

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Apologie du libéralisme…

J’ai donc pris le temps de lire cet article courageux pour avoir l’ambition de faire l’apologie du libéralisme en ces temps inquiétants pour l’avenir de notre pays. Je trouve cette démarche méritoire, je me permets de le souligner, car je vais devoir faire part de mes modestes objections, notamment sur divers passages.

Voilà donc le pilier central de l’idéologie libérale…

Employer ce terme antinomique quand il s’agit de décrire le libéralisme me fait doublement sursauter quand cette remarque provient d’un libéral. Une idéologie peut s’entendre au sens large, mais celui qu’il est utile de cerner ici c’est qu’est idéologique une vision qui ne respecte pas les penchants naturels des être humains, mais qui est élaborée sur la base de constructions mentales purement déconnectées des réalités et volontairement fallacieuses. L’archétype est pour moi l’idéologie marxiste. Alors svp, ne donnons pas aux adversaires le bâton pour nous faire battre.

Le libéralisme affirme la prééminence du politique sur l’économie. Le capitalisme tel qu’il s’exerce aujourd’hui est contraire à cette perspective. Il le trahit en s’opposant aux nations de deux manières: en agissant à la fois contre leurs intérêts, avec les délocaliation qui sont synonyme de disparition de l’État-nation — ce n’est pas une exagération: au delà de la disparition économique de l’État-nation avec la délocalisation des usines, on voit apparaître, en Norvège, la délocalisation de maisons de retraites: après la disparition de l’économie…etc..

Autant je suis d’accord pour accorder cet attachement à la Nation – où l’Etat n’y représente que la fonction de "gestionnaire" - qui est à mes yeux une extension de la notion de famille mais cette fois élargie à l’échelle d’un pays et à sa sphère publique – autant je vois une méprise dans cette dissociation systématique entre capitalisme et libéralisme, erreur due à mes yeux due à l’influence des poncifs gauchistes largement répandus par nos médias pétris comme on le sait par la "pensée unique de gauche". Et ce n’est surement pas en recourant à du protectionnisme systématique dont devrait bénéficier la Nation (condamnation des délocalisations pour la protéger) que l’on se sortira de cette impasse. Tout comme pour n’importe quelle entreprise, les économies nationales doivent être capables d’affronter la concurrence des autres économies et subir l’épreuve de vérité des marchés.

Pour échapper à ces méprises je trouve utile de prendre appui sur la distinction entre la sphère économique et la sphère politique : la 1ère correspondant aux mécanismes capitalistiques, lieu des forces dynamiques de production de richesses, fondé sur l’initiative individuelle et privée, la concurrence, l’efficacité, etc… et qui n'a donc pas à se préoccuper collectivement d'éthique. La 2ème fondée sur des mécanismes démocratiques de participation des peuples aux prises de décision, la politique étant chargée de moraliser, de donner du sens aux actions humaines à l’appui de valeurs prédéfinies constitutionnellement.

Mais le libéralisme contrairement à l’étatisme, s’il accorde une importance particulière aux valeurs politiques de liberté et d’équité, n’en accorde pas moins une importance non moins essentielle aux impératifs économiques du libre marché.

D’où le fait que je ne partage pas diverses opinions émises dans la suite de l’article, notamment cette réflexion sur le "capitalisme dictatorial et antilibéral" de nos précédents gouvernements. Là encore on accuse le modèle quand il s’agit de dysfonctionnements ou d’abus de pouvoirs. De même ces réflexions sur la "dictature des marchés" ou sur le "monde dégénéré de la finance" … Arlette Laguiller ou Besancenot n’auraient pas dit mieux. :icon_up:

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Si la rédaction de ce texte est courageuse, sa lecture l'est aussi (je le reconnais), et je vous remercie d'avoir relevé le défi et de m'aider avec vos remarques. Je ne réponds pas à FreeDame car il faut que je réfléchisse plus posément que ce jour à cette heure. ;-)

J'aimerais juste tenter d'évacuer un point si c'est possible, car je crois que celui-ci est simple et que la remarque de Lucilio n'est due qu'à un manque de clarté de ma part. On verra bien…

Non.

La pensée anarchiste est fondée sur une réflexion sur le Droit naturel et sur l'idée qu'en l'absence de toute autorité, de toute domination, l'exercice spontané des consciences des uns et des autres permettra la conformité de la vie, pour ainsi dire, avec le Droit naturel… ce qui signifie que l'anarchisme vise le Droit naturel en niant la pertinence du Droit positif, et d'ailleurs de l'institution judiciaire… J'aurais donc dû écrire «La pensée anarchiste nie le Droit positif.»…

Fais-je erreur?

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Fais-je erreur?

Je crois. Il y a toujours un droit positif. La question est de savoir si celui-ci est il inspiré / issu / découvert à partir du droit naturel, ou bien si les deux sont déconnectés.

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En répondant, je me suis rendu compte que j'étais encore imprécis et que je trahissais ma propre pensée. Je pense que l'anarchisme réfléchi sur le Droit naturel et le Droit positif en tant que définition de ce qui est permis ou non mais qu'il considère que l'exercice de ce Droit positif doit se faire par le seul exercice spontané des consciences des uns et des autres et donc il nie l'idée du Droit en tant que concrétisation du Droit positif dans diverses institutions, législatives, exécutives et judiciaires. La négation du Droit dont je parle ne concerne donc ni la première ni la seconde, mais la troisième étape. Et c'est bien par rapport à cette troisième étape que je dégage une différence essentielle entre l'anarchisme, le libéralisme, et les étatismes.

Deux questions maintenant:

1) Est-ce que maintenant mon propos sur l'anarchisme est correct?

2) Est-ce qu'à la lumière de cette clarification (vis-à-vis de moi aussi bien que de vous…) de ma pensée le texte que j'ai écrit doit encore subir l'objection de Lucilio?

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et donc il nie l'idée du Droit en tant que concrétisation du Droit positif dans diverses institutions, législatives, exécutives et judiciaires

pas necessairement puisqu'il s'agit d'anarchie et non pas d'anacademisme. ca existe, anacademisme?

edit: non.

aninstitutionnalisme :icon_up:

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Apologie du libéralisme

Pas de notes, pas de bibliographie. Commence par citer l'origine des idées que tu n'as très probablement pas sorties tout armées de ton génial cerveau. Comme d'autres ont déjà inventé l'eau chaude, le mieux dans un premier temps est de se placer sous leur patronage, de les confronter, de les critiquer après les avoir bien lus et compris. "Tout est dans Bastiat" disait S. Schweitzer, et on ne sort souvent une petite idée semi-originale qu'après de longues années de commentaires et de travail… un peu d'humilité et de courage.

1) Est-ce que maintenant mon propos sur l'anarchisme est correct?

2) Est-ce qu'à la lumière de cette clarification (vis-à-vis de moi aussi bien que de vous…) de ma pensée le texte que j'ai écrit doit encore subir l'objection de Lucilio?

Commence par te demander ce qu'en diraient, je sais pas moi, Rothbard, Leoni, Spooner, Mises, Friedman fils, ou tous les auteurs cités dans l'article anarchisme du Wikibéral… dans un second temps seulement tu te confronteras avec Lucilio, qui, lui, pour n'avoir pas forcément (encore) marqué l'histoire par une philosophie novatrice, connait ces références et trouvera ta conversation plus intéressante une fois que tu maîtriseras tout ça ou en feras la preuve. Moi-même j'ai La liberté et le droit de Bruno Leoni qui prend la poussière dans la bibliothèque et m'insulte à chaque fois que je le vois. Tu comprendras que je le mette avant toi dans ma liste des textes à lire. Et puis de toute façon à quelqu'un qui répond d'un laconique "non", on ne peut doit rétorquer qu'avec un flegmatique "si".

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Et puis de toute façon à quelqu'un qui répond d'un laconique "non", on ne peut doit rétorquer qu'avec un flegmatique "si".

Non.

:icon_up:

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Non.

:icon_up:

Ah, si j'oubliais, reste une variante déclinable en deux modalités :

* un bon coup dans les roubignoles quand l'interlocuteur est en face de soi [quand faire c'est dire]

* une petite insulte bien sentie qui mettra de facto fin à la discussion de fond pour inaugurer un petit jeu de rhétorique malsaine dont le plus patient ou le plus désœuvré a une chance de sortir gagnant ; consulter les archives du forum pour trouver moults exemples. D'ici là, farce de chevalier, je ne m'abaisse pas à répondre au petit tas de poussière inintéressant que tu es. (j'ai plus qu'à espérer que tu ne sois pas trop costaud :doigt: )

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Sans entrer dans un jeu de rhétorique, un simple "non" peut avoir plus d'utilité qu'un grand discours d'une part en indiquant que le point souligné est trivialement erroné et d'autre part en poussant l'interlocuteur, par une sorte d'appel d'air, à combler lui même son manque d'information. C'est une sorte d'équivalent littéraire au fameux RTFM dont les vertus pédagogiques ne sont plus à démontrer.

Dans ce cadre il est assez contre productif de s'arrêter là ou de mal le prendre…

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moui, sans parler du fait que souvent l'idee est juste mais la facon de l'exprimer induit l'auditeur ou lecteur dans l'erreur de croire que l'idee est fausse, ce qui provoque une necessite de redemonstration longue et chiante pour en revenir au meme point ou l'on se dit "ah d'accord, bon ben chui d'accord" et d'ou il faut repartir dans le meilleur des cas quand on ne s'est pas perdu dans le pugilat latéral (le pugilatéral :icon_up: ) . C'est comme creuser dans le sable…

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Bonjour à tous,

Merci de l'attention que vous accordez à ce sujet. Contrairement à ce que supposent certaines critiques, je n'ai pas prétention de révolutionner la pensée libérale, même pas de la modifier. Ce texte n'est pas fait pour être lu par quelqu'un qui est déjà libéral. Si j'étais un auteur génial et révolutionnaire, je ne mettrai pas mon texte ici, je le ferais éditer… Voyez-le donc plutôt comme un brouillon que j'ai songé pouvoir difficilement améliorer encore tout seul…

JIM16, je n'ai pas compris si vous critiquez mon texte dans votre dernier message ou autre chose?

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Bonjour à tous,

Merci de l'attention que vous accordez à ce sujet. Contrairement à ce que supposent certaines critiques, je n'ai pas prétention de révolutionner la pensée libérale, même pas de la modifier. Ce texte n'est pas fait pour être lu par quelqu'un qui est déjà libéral. Si j'étais un auteur génial et révolutionnaire, je ne mettrai pas mon texte ici, je le ferais éditer… Voyez-le donc plutôt comme un brouillon que j'ai songé pouvoir difficilement améliorer encore tout seul…

JIM16, je n'ai pas compris si vous critiquez mon texte dans votre dernier message ou autre chose?

ah non non je reagissais juste au propos de John Cleese Lancelot

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Un simple "non" peut avoir plus d'utilité qu'un grand discours d'une part en indiquant que le point souligné est trivialement erroné et d'autre part en poussant l'interlocuteur, par une sorte d'appel d'air, à combler lui même son manque d'information. C'est une sorte d'équivalent littéraire au fameux RTFM dont les vertus pédagogiques ne sont plus à démontrer.

Non, non. Un simple "non" :

1) permet à celui qui se cache derrière de prendre la pose en suggérant qu'il pourrait s'abaisser à expliciter un peu, mais, bon, il n'a pas le temps et n'en voit pas vraiment l'intérêt - c'est pas très très gentil, quoi… mieux vaut rien dire.

2) d'augmenter artificiellement le postcount du plaisantin

3) ferme une porte au nez de celui qui propose quelque chose, ce qui non seulement est assez peu agréable, mais ne l'avance pas plus, sauf à lui indiquer où se trouve le fucking manual qui donne objectivement la résolution du point en question. "Non", c'est un peu trop court, jeune homme. Il faut moins répondre "Non, cf. Anomie" lorsqu'on est poli et bienveillant.

Tiens, ça c'est bien fait pour vous :

[dailymotion]xd44pa_camelia-jordana-non-non-non-live-di_music[/dailymotion]

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Le terrorisme auditif n'y changera rien.

Initialement je voulais juste faire un bon mot et nous sommes largement hors sujet donc je vais m'en arrêter à mon argument précédent avec l'ajout de JIM16 (effectivement on appréhende souvent mieux les choses avec détachement, loin de l'ardeur des débats).

Ah si, quand même : pour moi il est évident que LE manuel (même si il en existe d'autres), c'est liborg. Pas un manuel très pratique mais ô combien gratifiant.

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Le terrorisme auditif n'y changera rien.

Initialement je voulais juste faire un bon mot et nous sommes largement hors sujet donc je vais m'en arrêter à mon argument précédent avec l'ajout de JIM16 (effectivement on appréhende souvent mieux les choses avec détachement, loin de l'ardeur des débats).

Ah si, quand même : pour moi il est évident que LE manuel (même si il en existe d'autres), c'est liborg. Pas un manuel très pratique mais ô combien gratifiant.

Oui ! :icon_up:

Posté

Ah, sinon : quelqu'un croit qu'un non-libéral va se taper un mur de texte bien dense, avec des concepts qui ne sont pas forcément ceux de tous les jours ? KISS !

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Ah, sinon : quelqu'un croit qu'un non-libéral va se taper un mur de texte bien dense, avec des concepts qui ne sont pas forcément ceux de tous les jours ? KISS !

Ben, je suis bien venu au libéralisme par la lecture de l’action humaine :icon_up:

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J’ai donc pris le temps de lire cet article courageux pour avoir l’ambition de faire l’apologie du libéralisme en ces temps inquiétants pour l’avenir de notre pays. Je trouve cette démarche méritoire, je me permets de le souligner, car je vais devoir faire part de mes modestes objections, notamment sur divers passages.

Employer ce terme antinomique quand il s’agit de décrire le libéralisme me fait doublement sursauter quand cette remarque provient d’un libéral. Une idéologie peut s’entendre au sens large, mais celui qu’il est utile de cerner ici c’est qu’est idéologique une vision qui ne respecte pas les penchants naturels des être humains, mais qui est élaborée sur la base de constructions mentales purement déconnectées des réalités et volontairement fallacieuses. L’archétype est pour moi l’idéologie marxiste. Alors svp, ne donnons pas aux adversaires le bâton pour nous faire battre.

Autant je suis d’accord pour accorder cet attachement à la Nation – où l’Etat n’y représente que la fonction de "gestionnaire" - qui est à mes yeux une extension de la notion de famille mais cette fois élargie à l’échelle d’un pays et à sa sphère publique – autant je vois une méprise dans cette dissociation systématique entre capitalisme et libéralisme, erreur due à mes yeux due à l’influence des poncifs gauchistes largement répandus par nos médias pétris comme on le sait par la "pensée unique de gauche". Et ce n’est surement pas en recourant à du protectionnisme systématique dont devrait bénéficier la Nation (condamnation des délocalisations pour la protéger) que l’on se sortira de cette impasse. Tout comme pour n’importe quelle entreprise, les économies nationales doivent être capables d’affronter la concurrence des autres économies et subir l’épreuve de vérité des marchés.

Pour échapper à ces méprises je trouve utile de prendre appui sur la distinction entre la sphère économique et la sphère politique : la 1ère correspondant aux mécanismes capitalistiques, lieu des forces dynamiques de production de richesses, fondé sur l’initiative individuelle et privée, la concurrence, l’efficacité, etc… et qui n'a donc pas à se préoccuper collectivement d'éthique. La 2ème fondée sur des mécanismes démocratiques de participation des peuples aux prises de décision, la politique étant chargée de moraliser, de donner du sens aux actions humaines à l’appui de valeurs prédéfinies constitutionnellement.

Mais le libéralisme contrairement à l’étatisme, s’il accorde une importance particulière aux valeurs politiques de liberté et d’équité, n’en accorde pas moins une importance non moins essentielle aux impératifs économiques du libre marché.

D’où le fait que je ne partage pas diverses opinions émises dans la suite de l’article, notamment cette réflexion sur le "capitalisme dictatorial et antilibéral" de nos précédents gouvernements. Là encore on accuse le modèle quand il s’agit de dysfonctionnements ou d’abus de pouvoirs. De même ces réflexions sur la "dictature des marchés" ou sur le "monde dégénéré de la finance" … Arlette Laguiller ou Besancenot n’auraient pas dit mieux. :icon_up:

Bonjour!

J'ai essayé de digérer les commentaires, et voici quelques tentatives de réponses…

0) Je tiens à ce que ce texte soit pris pour ce qu'il est: une façon pour moi d'entamer la conversation avec des gens antilibéraux mais prêts à dépenser un minimum d'énergie pour converser. Éventuellement, une façon de déclencher une petite prise de conscience de ceux qui croient opportun de combattre le libéralisme dans notre monde tel qu'il est.

1) Je ne comprends pas que vous me reprochez la dissociation entre le libéralisme et le capitalisme. Certes, il ne saurait y avoir de libéralisme sans capitalisme. Mais ce n'est pas parce-qu'on met en place un système capitaliste qu'on peut prétendre être dans un système libéral… Par exemple, à propos de Keynes? D'autre part, ne sommes-nous pas dans un système capitaliste? Sommes-nous dans un système libéral?

2) Que pensez-vous de la politique de nos gouvernements précédents? N'est-elle pas capitaliste (parce-qu'elle n'ose pas être vraiment étatique) mais antilibérale, une sorte de tiède kéynésianisme ainsi que nous sommes plus ou moins amenés à le dire dans une autre discussion?

3) Ne trouvez-vous pas que le monde actuel de la finance présente certains problèmes parce-que la complexité que les politiques lui ont donnée (probablement avec de «bons» sentiments) ont contribué à créer des moyens de spéculer en étant très loin de l'économie réelle, et qu'ainsi on est loin de l'harmonie entre les intérêts privés et l'intérêt général?

4) Ne trouvez-vous pas que le vide doctrinal de nos politiques (ni communistes — ouf — ni libéraux ni rien d'autre) les amène dans une démarche empirique qui, incidemment, subordonne leur politique aux aléas de la finance, ce qui subordonne (même accidentellement) le politique à l'économie et est donc contraire à l'éthique libérale de la prééminence du politique sur l'économie?

Merci…

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Pourquoi "prééminence du politique sur l'économie" ? Le laissez-faire c'est précisément le contraire.

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