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Johnathan R. Razorback

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Tout ce qui a été posté par Johnathan R. Razorback

  1. C'est moi qui te remercie ! Il y a beaucoup d'heures de rédaction et de nuit sans dormir derrière tout ça.
  2. Comme elles portent sur l'économie essentiellement, ça ne réponds pas à plein de questions importantes. Par exemple, je peux défendre, dans certains contextes particuliers, la légitimité de la conscription. Or c'est antilibéral, mais ni Friedman ni Hayek ne risquent de prouver que l'Etat ne peut pas employer la conscription comme un outil militaire pertinent. Et il y a des centaines de sujets comme ça. L'obligation d'assistance à personne en danger et tout en tas d'autres lois peuvent parfaitement être promulguées et appliquées efficacement par l'Etat ; les objections "empiriques" ne peuvent rien y redire. En revanche on peut y apporter des objections morales et politiques. Et c'est ce plan-là qui m'intéresse avant tout.
  3. 1): Je n'ai pas dit qu'il n'y avait qu'un seul moyen (les rapports dans la société civile ou l'intervention de l'Etat) pour que les individus bénéficient des biens favorables à la vie bonne. 2): Probablement pas. Pourtant elles sont victimes d'une injustice, et si l'Etat peut y faire quelque chose qui améliore leur situation, il devrait le faire. 3): Cette analogie est fausse car il y a une différence entre arnaquer quelqu'un et l'utiliser comme un objet. Mais je serais sans doute aussi favorable à ce que l'Etat prenne des mesures contre le dol, car c'est une nuisance, et je ne vois pas du tout pourquoi il serait raisonnable de laisser les gens nuire à autrui.
  4. 1): J'ai démontré dans mon essai sur la naturalité du bien qu'il y a des valeurs et une morale objective. D'où je déduis ce qu'est une bonne personne, ce qu'elle doit faire. D'où je déduis ce qu'est un bon régime et ce qu'il doit faire. Donc ce n'est pas arbitraire. Bien sûr ceux qui ne sont pas d'accord avec les thèses de La naturalité du bien ne pourront pas être d'accord avec la suite. Raison pour laquelle j'ai une nouvelle fois recommandé sa lecture. 2): Si, parce que le libéralisme est une idéologie politique, et que seule une minorité de ses partisans sont des philosophes capables de justifier pourquoi nous devrions considérons comme bon que les individus soient libres. Friedman ou Hayek ne le font jamais. Ils ont une démarche "empirique" (non-philosophique, non-normative) qui consiste à essayer de prouver que le planisme ou l'intervention de l'Etat sont inefficaces. Rien de tout ça ne prouve que les individus ont des droits*. Raisons pour lesquelles j'ai toujours préféré Mises ou Ayn Rand. * raison pour laquelle Rothbard ou Rand ont copieusement insulté Hayek, aussi.
  5. 1): Les principales objections que je ferais à l'utilitarisme, sont, brièvement, les suivantes: -J'ai lu le bouquin de J. S. Mill et les utilitaristes n'existent jamais pourquoi il serait moral de viser le plus grand bien du plus grand nombre (vers de terre à ne pas écraser inclus). Ils posent ça de façon arbitraire. Aussi longtemps qu'ils n'auront pas justifié pourquoi, c'est une raison suffisante de rejeter l'utilitarisme. -Personne ne peut agir de façon utilitariste et efficace, à moins d'être omniscient. Le temps de calcul des utilités est incompatible avec toute action concrète. Si je croise un SDF qui mendie, le temps d'analyser si cet argent ne sera pas mieux analysée dans quels-est-déjà-la-zone-du-monde-la-pauvre-et-si-je-pouvais-sauver-plus-d'animaux => le SDF sera déjà parti. En fait, l'agent moral sera probablement mort de vieillesse avant d'avoir trouver la réponse. C'est là encore une raison suffisante. Une morale impossible à pratiquer ne peut pas être vraiment morale, puisque, être moral, c'est faire ce que l'on doit faire. On ne peut pas être tenu de faire quelque chose d'impossible, c'est absurde. -Dans L'Etat, Anthony de Jasay explique qu'on ne peut pas comparer les utilités individuelles entre elles. 2): Je ne pense pas qu'il existe quelque chose comme "un argument utilitariste". Soit on est utilitariste, ce qui signifie adhérer à un certain nombre de thèses en éthique normative, soit on ne l'est pas. Je comprends de ton commentaire que tu as dû identifier intuitivement que, comme les utilitaristes, j'ai une conception instrumentaliste de la liberté. Et j'ai toujours défendu cette idée (cf le thread: "La liberté, fin ou moyen ?"). Il est totalement absurde de dire que la liberté est une fin en soi. Nous aimons la liberté pour ce qu'elle nous apporte, pour quelque chose. Nous n'aurions aucune raison valable de l'aimer si elle ne nous apportait pas un bienfait. Et ce bienfait, c'est que la liberté est une des conditions pour que les gens puissent mener des vies bonnes. Lorsqu'ils sont radicalement privés de liberté, comme le sont les esclaves ou les gens qui vivent dans des régimes tyranniques, ils ne peuvent pas mener des vies bonnes. Par conséquent, la liberté est un des moyens du bien des individus. Elle est bonne pour cette raison et dans cette mesure-là. 3): Ce sont des objections sociologiques ou empiriques. Peut-être qu'il n'est pas possible, dans telle situation historique particulière, de taxer les gens, ou peut-être que ça entraînerait des conséquences nuisibles à la prospérité du pays, tellement nuisibles que les inconvénients causés par la chute de la prospérité serait plus grands que tous les avantages que telle niveau donné de redistribution peut apporter à un peuple. C'est possible. Mais ce n'est qu'une objection empirique. Cela ne prouve pas qu'il serait injuste de le faire s'il était possible de le faire ; et c'est bien d'abord cette question de la légitimité qui fait l'objet du débat.
  6. Ces deux affirmations sont contradictoires. (Je présume que par droits égaux tu entends les droits naturels individuels du libéralisme, etc.).
  7. 1): Si tu admets ce point, je ne vois pas vraiment ce que tu trouves à redire à la 2ème partie de l'Annexe 2, parce que l'autonomie et la dignité sont des biens assez proches hein. De plus, favoriser l'autonomie des individus inclut certainement leur conférer des capabilités, leur éviter la dépendance économique, etc., donc un grand nombre de choses qui dépassent les limites de l'action de l'Etat libéral. 2): Tu as mal compris ce que je disais, ou je me suis mal exprimé. J'ai dis que sur le plan politique, les libéraux agissent de fait comme si la liberté était le seul bien digne de valeur, tellement important qu'aucun arbitrage public ne peut jamais le diminuer au profit de la réalisation d'un autre bien plus urgent (comme la santé publique, pour prendre un exemple très actuel). Je dis dans la traduction de Scott Alexander et encore dans l'essai qu'il y a quelque chose de très bizarre dans le fait que les individus libéraux agissent à titre privée en arbitrant entre des biens, mais dès qu'il s'agit des arbitrages de l'Etat, aucun abandon de liberté pour un autre bien plus urgent n'est acceptable. Comme si le bien public ne renvoyait pas aux biens des individus qui composent le peuple. 3): Méditez, peut-être. Etre satisfait de façon générale par cette obligation, j'en doute. Et comme ce n'est pas représentatif de la réaction des individus, ça ne favorisent pas la poursuite de la vie bonne pour le plus grand nombre. On ne peut pas rendre les gens heureux de force, comme je le disait à @Nathalie MP. 4): Dans ce cas il ne faut pas le faire, puisque ce qui justifierait de l'interdire serait encore moins réalisé par l'interdiction. 5): L'Etat n'agresse pas une prostituée en arrêtant ses clients ou ses employeurs. Il l'empêche d'exercer son contrat de travail. Tu peux dire que c'est injuste, on peut en débattre, mais factuellement ce n'est pas une initiation de la violence à son encontre. 6): J'appelle paternalisme le fait de décrire et de traiter comme un enfant quelqu'un qui ne l'est pas. Or mon argument n'est pas que l'Etat a le droit de forcer les gens à vivre de telle manière parce qu'il sait mieux ce qui est bon pour eux, il est que l'Etat peut être légitime à réprimer des personnes qui réifient autrui, parce qu'il est mauvais d'agir de la sorte, parce que cela est nuisible pour les victimes de la réification. Et je pense que la majorité des personnes qui connaissent les situations de réification que j'ai décrite savent très bien qu'elles sont maltraitées, mais ne peuvent pas agir autrement à cause de la dépendance économique, ou d'autres causes. Et même si elles ne le savent pas, ça prouve juste que je vois plus clairement qu'elles le fait qu'il est mauvais pour elles d'être traitées comme des objets. Prétendre connaître ce fait ne me semble pas spécialement présomptueux. Je ne prétends pas connaître leur bien à leur place ou les forcer à vivre de la manière qui me semble la meilleure ; je prétends qu'elles ne devraient pas être victimes de réification. Cette volonté de préserver leur dignité, je n'appelle pas ça du paternalisme mais de l'humanisme. 7): je n'ai pas compris ton propos.
  8. 1): En fait, ce n'est pas exclusif. La formulation de l'argument de La Dame aux mains rouges inclut les capabilités parmi les conditions politiques de la vie bonne (il faudrait évidemment préciser lesquelles). Que les biens soient fournis aux individus, ou que les individus soient rendus aptes à les obtenir, ou les 2 ensemble ; ça implique de toute manière un Etat dont l'action est certainement plus étendue qu'un Etat libéral. 2): Moi ça me conviendrait très bien. Le problème est que les libéraux accepteront la suppression des aides sociales, mais pas la création d'institutions publiques (ou le financement public d'institutions privées potentiellement plus efficaces) qui garantiront l'accès à ces formations / capabilités / acquisition d'autonomie. Et ce parce qu'ils veulent avant tout faire diminuer l'impôt et l'intervention publique, parce que la liberté individuelle prime à leurs yeux absolument.
  9. 1): D'accord, mais pourquoi est-ce que ça importe si ça n'est pas la transposition à la philosophie politique d'une règle morale générale comme le respect du NAP ? Pourquoi est-ce que ce serait juste de se soucier de la liberté des gens, alors ? 2): oui. 3): Je suis d'accord mais je pars de pas grand-chose puisque Kekes balance sa liste des conditions de la vie bonne sans en justifier aucune. Il ne précise même pas qu'il doit y avoir une différence entre condition politique et non-politique, ça s'est moi qui déduit cette distinction implicite. Il est évident qu'un traité de philosophie politique bien fait devrait consacrer énormément de place à justifier chaque condition, mais aussi à justifier pourquoi telle chose qui est un bien moral pour les agents ne peut pas être (de façon absolue ou dans des circonstances historiques spécifiques) être fournie par la puissance publique. Néanmoins, bien que la liste soit à réviser et justifier, j'estime avoir présenter la distinction entre condition politique et impolitique comme un fait plausible. Le reste c'est du travail pour plus tard. 4): soit, mais ça ne prouve pas qu'il a raison de vouloir ça. On pourrait même aller jusqu'à se demander jusqu'à quel point la possibilité d'abus de pouvoir est un risque moralement acceptable au regard des avantages que peut fournir le fait que l'Etat s'occupe d'une tâche déterminé. 5): Je peux tout à fait entendre cette objection, mais c'est une objection sociologique ("qu'est-ce que l'Etat, comment ça marche concrètement ? Est-il incompétent de façon accident ou structurelle ? prisonniers de groupes d'intérêts ? moins efficace qu'une entreprise privée, etc." ?) et pas une objection sur les principes en eux-mêmes. Néanmoins je suis d'accord qu'un principe inapplicable n'a pas de pertinence morale. Le fait que j'admette que l'Etat devrait être limité en fonction de sa propre inefficience me semble une bonne preuve que je ne suis pas soudainement devenu ultra-collectiviste
  10. 1): On peut faire cette objection à toutes les théories politiques, y compris le libéralisme. Pourquoi est-ce que le bien public ce serait d'imposer de force la non-initiation de la violence, et aucune autre règle ? Tous les gouvernements ont une idée de ce qu'est le bien et agissent en fonction, les gouvernements libéraux non moins que les autres. 2): Je pense qu'il y a une bonne grosse marche avant d'être arrivé au stalinisme ? 3): On peut aussi ne pas se soucier de la protection de la dignité des personnes. Mais est-ce que c'est le genre de société dans lequel nous voulons vivre ? Est-ce que vous trouvez satisfaisant de ne pas faire interdire, par exemple, le revenge porn, sous prétexte que ça ne viole pas le principe de non-agression ? Pourquoi préserver les individus de nuisances causées par autrui se limiterait à leur éviter la violence physique ? 4): Ce n'est pas ce que je défends. J'ai déjà répondu sur ce point dans le fil.
  11. 1): Je n'ai pas compris ton point. 2): Parce que les individus ont peu de chance de trouver satisfaisantes des activités qu'on les a contraint de faire en leur mettant un pistolet derrière la tête. 3): Je conteste le terme, du moins. 4): J'ai dis que ça ne doit pas être interdit si les pauvres pénalisés n'ont pas d'autres options pour subvenir à leurs besoins. Cela restera un mal mais il faut parfois tolérer certains maux pour en éviter de pires. 5): bof. 6): Cf le point 4. 7): En ce moment c'est surtout la réflexion sur la non-domination dans la pensée républicaniste qui m'intéresse.
  12. Sinon, au lieu de faire des hypothèses psychologisantes*, il est possible de lire l'essai *J'ai aussi eu droit à "tu as une nouvelle copine et elle est de gauche". Hélas, je n'ai pas de nouvelle copine.
  13. Je vais essayer de simplifier à l'extrême les thèses de l'essai pour @Bisounourset @Vilfredo Pareto ( et aussi @Flashy et @poney que je n'ai pas encore vu). 1): Le bien est ce qui est favorable au bonheur des individus. 2): Etre une bonne personne (=faire ce qui est bon pour son propre bonheur) implique des vertus comme la bienfaisance (=se soucier du bien des autres). 3): Pour faire le bien des personnes il faut leur assurer des biens matériels et moraux (intangibles, comme la sécurité ou la confiance sociale, etc.) 4): Le gouvernement devrait être composé de personnes bienfaisantes. Il sera d'autant plus un bon gouvernement qu'il assure les conditions d'une vie heureuse pour le plus grand nombre de citoyens. 5): Parfois, on ne peut pas avoir deux biens en même temps (comme un environnement plus sain et davantage d'emplois), et il faut faire un choix. Le pluralisme soutient que pour faire réellement le bien des citoyens, ce n'est pas toujours le même bien que le gouvernement faut augmenter. 6): Comme le libéralisme dit qu'il faut toujours augmenter la liberté, il y a incompatibilité entre le libéralisme et le pluralisme. Les libéraux ont tort de ne pas accepter de sacrifier une certaine quantité de liberté pour permettre d'avoir des biens qui sont plus utiles au bonheur de la population. 7): L'argument de La Dame aux mains rouges affirme que les libéraux ne peuvent pas rejeter les idées pluralistes, et que ces idées sont incompatibles avec le libéralisme. L'argument conclut que c'est plutôt un Etat-social / Etat-providence qui serait le meilleur Etat. 8): Dans l'Annexe 2, j'explique pourquoi il peut être moralement acceptable de contraindre le comportement d'autrui même dans des cas où autrui n'est pas violent. J'avance le fait que préserver la dignité des individus est une bonne raison pour limiter la liberté individuelle (ce qui ressemble très très fort à l'idée de @Mégille concernant l'importance de l'autonomie). 9): Dans l'Annexe 3 j'explique que le pluralisme bien compris doit susciter un souci prioritaire vis-à-vis des personnes les plus pauvres / précaires.
  14. Je comprends qu'on puisse défendre le libéralisme à partir du NAP, qui semble une règle morale convaincante, du moins si on n'y regarde pas de trop prêt (cf ma critique du NAP dans l'Annexe 2). Mais les autres ? Comment justifient-t-ils que la liberté individuelle devrait être défendue, alors ? "Parce que je le veux" est une réponse arbitraire. Il y a aussi des libéraux utilitaristes mais je rejette l'utilitarisme.
  15. A partir du moment où l'autre est utilisé comme moyen d'assouvir ses pulsions, et non pas traité comme un partenaire. C'est le cas dans le viol ou dans le fait de payer une prostituée comme on payerait une poupée-robot pour avoir la même chose.
  16. Ils sont certes libres mais ils ne font pas quelque chose de favorable à leur propre bien, juste à leur propre survie. Et ceux qui les embauchent pour en tirer profit font certainement quelque chose de mal.
  17. De mon point de vue c'est impossible. Parce que tout claquer en expansionnisme militaire ne permet pas de favoriser le bien-être de ta population (donc c'est contraire à la finalité légitime de l'Etat). Parce que les autres pays vont s'unir contre toi et probablement à terme te défoncer façon Allemagne en 1945. Etc, etc. Bref ça ne marche pas.
  18. Admettons. Toujours est-il qu'on peut consentir à quelque chose qui nous est nuisible.
  19. 1): Tous ne le sont pas mais je considère que ceux qui ne contestent pas le principe de l'impôt ne sont pas cohérents intellectuellement. 2): Les minarchistes pensent que l'Etat est une mauvaise chose non-éliminable, et qu'il faut restreindre pour s'en accommoder le mieux possible. Les anarcho-capitalistes pensent qu'une société de pures relations privées non-coercitives, sans pouvoir politique, est atteignable. Ce qui est utopique.
  20. L'argument contenu dans le 3ème critère du pluralisme, c'est qu'on ne peut pas savoir a priori quelle condition faire primer dans un conflit, parce que les données de chaque situation réelle sont différentes et que ce qui était pertinent pour que plus de citoyens puissent mener des vies bonnes à un moment donnée ne l'est pas forcément à un autre moment. Mais disons que, dans la France de 2021 là toute de suite, si le législateur décide que le tapage nocturne n'est plus un délit, j'estime que ça détériorera, par exemple, la bonne volonté réciproque entre les citoyens, et la santé publique. Sans améliorer aucun autre élément favorable à ce que les citoyens mènent des vies épanouies. Donc ça semble une bonne raison de restreindre la liberté individuelle, au profit de ces biens-là qui, dans ce contexte défini, sont plus important que la maximisation de la liberté pour favoriser le bien commun. Et si tu ne me dis que le tapage nocturne viole déjà le NAP, et que donc un Etat pluraliste est superflu, je répondrais que ça repose sur des tours de passe fictionnels, du genre "l'air au-dessus de mon jardin fait partie de ma propriété, il y a du bruit extérieur qui rentre dans MON air, je suis agressé." Il y a de bonnes raisons d'interdire le tapage nocturne, mais pas des raisons déductible de la défense libérale de la liberté individuelle. Et c'est vrai de plein d'autres choses que les libéraux acceptent déjà, mais qu'ils ne peuvent pas justifier. Par, exemple, l'obligation de respecter des contrats. On ne peut pas purement la réduire à une forme de vol, je pense. Par ailleurs, l'argument de La Dame aux mains rouges explique à la fois pourquoi la justification de la liberté individuelle suppose d'accepter le premier critère du pluralisme, et pourquoi elle entraîne simultanément le rejet du libéralisme.
  21. 1): Du moment que je deviens pas kantien... 2): Je n'ai absolument pas dit que le libéralisme présupposait le minimalisme éthique d'Ogien (Ayn Rand est un exemple massif et brillant du contraire). Je n'ai pas dis que les libéraux ne valorisaient pas d'autres choses que la liberté, j'ai même montré l'inverse dans la traduction du texte de Scott Alexander que je cite au début de ce fil. Je dis que dans le domaine politique, à chaque fois que tu considères un conflit entre un libéral et un non-libéral, le libéral va expliquer que la bonne chose à faire est de maximiser la liberté individuelle. C'est vrai sur l'environnement, la politique commerciale, l'immigration, que faut-il faire des drogués et ainsi de suite quel que soit le sujet. Un libéral peut admettre qu'il y a plusieurs biens moraux, mais factuellement dès qu'on parle d'un problème politique il prône la maximisation continuelle de la même condition de la vie bonne contre toutes les autres, comme si c'était toujours un accroissement de liberté qui répondait le mieux à ce qui est favorable pour que les individus mènent des vies bonnes. C'est donc bien une forme de pensée moniste. 3): Kekes lui-même dit que cette liste est perfectible. Il y manque des conditions que je trouve importantes d'ailleurs. 4): Si on définit la prospérité comme le contraire de la pauvreté ou de la gêne, ça me semble fortement improbable. Et de toute façon ce sont des conditions favorables à la vie bonne ; je n'ai pas affirmé que telle ou telle était une condition sine qua non. 5): La prospérité n'est pas exactement la même chose que le confort. Et avoir ces choses me semblent plus favorable au fait d'avoir une vie bonne que si on en manque, c'est d'ailleurs ce qui t'a conduit à les choisir comme exemples. 6): Kekes ne fait la différence qu'implicitement, et je n'ai pas la réponse sur le critère ou la liste des uns et des autres. Il me semble néanmoins évident que cette distinction a un sens. Par exemple, la sérénité est un bien moral, et l'Etat ne peut pas fournir de la sérénité directement. Il peut au mieux fournir des biens qui vont favoriser indirectement la sérénité, comme l'ordre public. L'Etat ne peut pas tout. Tout ce qu'il est incompétent pour faire, il ne doit pas le faire, parce que toute intervention supplémentaire de l'Etat diminue la liberté individuelle (via les impôts notamment) ; or la liberté est elle aussi une condition à maximiser. Mais comme l'incompétence peut varier historiquement, la liste des conditions politiques et impolitiques ne peut pas être totalement tracée a priori. On peut aussi s'apercevoir à une époque donnée qu'on n'avait pas saisi l'existence d'une condition, comme préserver un environnement sain. Ce n'est jamais que du droit naturel pour le coup. 7): Parce que je doute très fortement que l'Etat soit compétent pour améliorer l'efficacité de ce service. Par ailleurs, "rencontrer des gens" n'est pas tout à fait la même chose que trouver l'âme-soeur, donc la fonction remplie par ce genre de site n'est pas nécessairement quelque chose qui apporte à ses utilisateurs un bien moral réel. Après tu pourrais me répondre qu'avoir du sexe est aussi un bien moral, mais ça lancerait un autre débat. 8): Je n'ai pas dis qu'il n'y avait pas eu de société sans Etat ; j'ai dis qu'il n'existe pas de sociétés sans pouvoir politique, c'est-à-dire quelque chose qui, en gros, fait à son échelle la même chose que l'Etat. 9): Je ne trouve pas. Quoi par exemple ? Dans l'Annexe 2 je réponds à l'objection d'infantilisme. 10): Un cas particulier n'est pas forcément généralisable. 11): J'ai dis qu'il ne fallait pas le faire si de meilleures raisons s'y opposaient. L'argument de l'accroissement de sécurité et l'argument suivant laquelle l'abolitionnisme ne fait que déplacer le problème dans le marché noir, à cause de la précarité économique, sont de bons contre-arguments. Mais ça ne change pas le fait que la réification des personnes impliqué dans ces contrats est immorale et que les gens qui les achètent devraient être poursuivis pénalement si ça n'engendrait pas des conséquences encore plus négatives. 12): En tout cas ça n'est pas la même situation que celle qui consiste à traiter autrui comme un objet. Je profite plutôt de sa crédulité ou de son incapacité à ne pas se nuire. Maintenant, si on réfléchit à la dignité humaine au-delà du problème de la réification, il est assez facile de voir que les drogues sont problématiques. Mais les vices ne sont pas des crimes. 13): Je suis d'accord et je ne vois pas à quel moment de l'essai j'aurais fait ça. Les pages 10-11 expliquent pourquoi le pluralisme n'est pas un perfectionnisme à la Platon-Aristote-Thomas d'Aquin. 14): ça doit venir du fait que tu n'es pas une femme indienne pauvre.
  22. 1): Je crains que ça n'excède ses capacités ^^ A la rigueur on peut dire qu'il est au service du bonheur des individus, mais de façon indirecte et non-totalisante. On pourrait parler d'un eudémonisme politique à propos du pluralisme. 2): C'est parce que le pluralisme de Kekes est une philosophie politique non-perfectionniste (= le but n'est pas de rendre les individus vertueux, quel que soit le contenu qu'on donne à la vie vertueuse), et que le libéralisme est lui aussi un non-perfectionnisme. Plus généralement il y a un aspect individualiste ou moderne chez Kekes, parce qu'il affirme que la liberté est nécessaire à la vie bonne et qu'elle se compose de droits individuels. Son conservatisme est un conservatisme qui tend vers le libéralisme, dans une certaine mesure. On n'est pas chez Maurras ou les contre-révolutionnaires. J'en profite pour taguer @Rincevent, @Mégille. Et aussi @PABerryer, je pense que le moment de l'Annexe 2 où j'évoque la GPA lui apportera matière à réflexion.
  23. 1): "Bof" n'est pas une objection philosophique extrêmement puissante. Mais je reconnais que ce point serait d'autant plus évident qu'il serait bien établi que le patriotisme est une vertu, ce qui fournirait la matière d'un autre essai. 2): Puisque les droits individuels sont cités au nombre des conditions politiques de la vie bonne, cela signifierait qu'un Etat qui les mépriserait ouvertement ou qui détruirait radicalement la liberté ne peut pas être un bon régime. Puisque l'assurance de la préservations des conditions politiques de la vie bonne est le fondement et la limite de la liberté individuelle, cela signifie aussi qu'un gouvernement doit montrer que la restriction d'une quantité donnée de liberté est nécessaire pour préserver d'autres conditions conjoncturellement plus importante. Tous les autres raisons employés pour justifier des restrictions de liberté, notamment des réalités vagues du genre "la grandeur nationale" ne sont pas des raisons acceptables. Je sais bien que les libéraux objecteront à cette dernière précision que CHAQUE FOIS qu'un gouvernement veut restreindre liberté quelconque, il prétend que cela sert l'intérêt général (ou alors il est mode full despotisme osef de persuader l'opinion publique). Néanmoins, l'abus d'un principe ne prouve pas que ce principe est faux ; il ne prouve que l'abus. Sinon, ça fait longtemps qu'on aurait abandonné tous nos principes, car on a commis toutes sortes d'abominations au nom de tous les idéaux concevables, y compris au nom de la liberté.
  24. Je réponds rapidement à quelques interventions. Pas vraiment. Mais j'ai déjà précisé par avance que si l'Etat est structurellement inefficace pour s'occuper d'une activité économique ou industriel, ça semble une très bonne raison pour contester qu'il puisse avoir le devoir de s'en occuper. Mais c'est ce qu'on appelle une objection "utilitaire" et pas une objection sur les principes proprement dit. Non, pas du tout. Je précise dès le 2ème paragraphe de la page 2 que c'est la dimension pluraliste de la pensée de Kekes qui m'interpelle, et pas son conservatisme proprement dit. Je ne sais pas pourquoi ce point n'a pas été compris, y compris par @ExtremoJe n'ai absolument pas dit qu'il fallait interdire les contenus pornographiques (j'ai dû reste donné ailleurs un argument pro-sécurité assez original en défense de la dépénalisant de la pornographie et de la prostitution). J'ai dis que le fait d'acheter la mise en scène de l'acte sexuel relevait de la réification, et que nous ne devrions pas accepter que des individus qui ont les moyens achètent la dignité d'autrui pour leur faire faire des choses qu'ils ne feraient jamais en temps normal, mais qu'ils sont contraint de faire à cause de leur situation économique. J'ai aussi précisé que même le fait de mettre hors-la-loi les commanditaires de ce type d'action n'était pas adéquat aux biens des personnes qui sont recrutés par l'industrie du porno, dès lors que n'étaient pas éliminé en amont les causes qui les ont forcé à consentir à ce type de contrat. Je sais très bien que l'interdiction toute seule est une imbécilité qui ne fait que déplacer le problème dans le marché noir, ce qui n'est certainement pas favorable aux plus vulnérables.
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