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Johnathan R. Razorback

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Tout ce qui a été posté par Johnathan R. Razorback

  1. J'allais répondre Lordon oui. Et vu qu'il se base sur Spinoza, tous les althussériens devraient arriver à la même conclusion, mais je doute que ces aspects de l'épistémologie les intéressent (ou qu'il existe encore des althussériens de nos jours). Il me semble que Joan Robinson rejetait cette idée. Peut-être Castoriadis aussi vu qu'il est très critique du marxisme. Elle est aussi été attaquée par Charles Andler (le maître de Charles Péguy) dans sa thèse: "Ce fut l'année suivante, en 1896, qu'Andler débuta un cours sur Marx, au Collège libre des sciences sociales [où il ne fut que professeur]. [...] Sorel sut mettre à profit le titre de ce cours qui s'étendit sur deux années en publiant la Décomposition du marxisme." (p.92) "Dans le même temps qu'il enseignait au Collège libre, Andler achevait une thèse soutenue en 1897. Elle portait sur les origines du socialisme d'Etat en Allemagne. Marx y est peu présent. [P.418] "Ils disent que des industries diverses sont inégalement productives pour un même travail. Mais mesurant toutes choses par le travail, ils n'ont pas le droit de dire cela, et le même travail doit engendrer nécessairement, dans leur théorie, des valeurs égales. Pourtant ils constatent avec raison que le produit d'un travail également grand en diverses industries ne serait échangeable contre une somme égale des produits de toutes les industries. Il ne vaut pas de même. Et voilà leur dogme en ruines devant le simple fait de cette différence. Mais ce qui peut faire cette différence, puisque ce n'est pas le travail, c'est uniquement que des produits divers sont inégalement désirés." [...] Andler précisait ses arguments. Son objectif est bien alors la ruine des fondements du marxisme." -Christophe Prochasson, "Sur la réception du marxisme en France : le cas Andler (1890–1920)", Revue de Synthèse, Janvier 1989. A l'époque le marxisme n'était pas mainstream dans le socialisme français.
  2. ça me rassure que tu dises ça car j'ai lu un ou deux de ses entretiens qui comportaient en effet des déclarations très surprenantes.
  3. Il faut distinguer les vérités absolues (du genre X rend tout Y plus joyeux, où Y est un humain), et les arguments probabilistes à base "ça marche la plupart du temps". Une recommandation morale peut être raisonnablement bonne lorsqu'elle couvre la plupart des cas. Du coup le fait de savoir si les gens sont en moyenne plus heureux avec des enfants que sans m'intéresse, quand bien même j'ai moi aussi l'intuition qu'on peut être heureux sans.
  4. J'ai beaucoup aimé le film. Merci !
  5. On peut les lire respectivement ici et là. Le discours de Tocqueville est comme toujours bien écrit et utile pour comprendre son conservatisme face à une question pratique essentielle à l'époque. Le bouquin de Schatz est assez poussiéreux je trouve, et comporte même de petites inexactitudes sur Hume (ou Smith, je ne sais plus). Si l'histoire de l'individualisme vous intéresse je recommanderais plutôt L'individu et ses ennemis d'Alain Laurent.
  6. Petit quizz amusant: https://transhumanistes.com/quiz-etes-vous-prete-pour-lemulation-de-cerveau/ J'ai un score de 26.
  7. 1): Il est dit clairement que oui dans Le Crépuscule des Idoles. C'est là où je me dis que la morale naturelle d'Holbach a fait le travail que Nietzsche n'est pas allé au bout de son œuvre. 2): Hum, si tu as raison, ça ferait un contresens de plus de Nietzsche sur la culture grecque. Mais ce qui est beau c'est que l'accumulation de ces contresens lui permet d'inventer de nouvelles idées intéressantes.
  8. 1): Est-ce le fait qu'ils n'existent pas encore qui compte, ou le fait qu'ils pourraient ne pas exister ? Dans ce dernier cas, tenir ses promesses (parmi d'autres choses) n'est pas un devoir, car autrui envers qui je me suis engagé pourrait tout à fait mourir 5 minutes après. 2): Je pense que le bien que nous apportes la perpétuation de notre culture dépasse de très loin le plaisir purement esthétique.
  9. Hmm, on peut débattre de si la métaphysique de Nietzsche est un vitalisme ou un matérialisme, mais dans tous les cas elle ne laisse pas de place au divin (et ce en dépit des appels de Nietzsche à "enfanter de nouvelles divinités", qui font les joies de ses lecteurs néo-païens de droite, mais qui ne sont rien de plus qu'un appel poétique à la création de nouvelles valeurs, pour sortir du nihilisme précisément). Par contre Nietzsche est un athée qui vit mal la mort de Dieu, effectivement.
  10. 1): Il y a quasiment autant de lectures de Nietzsche que de lecteurs, mais je peux te recommander ceci. 2): La philosophie de Nietzsche est un anti-réalisme et un perspectiviste ("Il n'y a pas de faits, uniquement des interprétations"). Dans le domaine cela se traduit par le rejet de l'idée de valeurs morales universelles, qui domine la tradition philosophique occidentale (De Socrate à Kant en passant par le christianisme et les Lumières). Pour Nietzsche la différence de complexion de chaque corps implique qu'il y a une normativité différente adéquate à ce corps : « A l'individu, dès lors qu'il cherche son bonheur, on ne doit pas imposer de prescriptions sur le chemin qui y mène. Car le bonheur individuel procède de lois propres à chacun et que tous ignorent, il ne peut qu'être empêché et entravé par des prescriptions venues du dehors. Les prescriptions que l'on appelle "morales" sont en vérité dirigées contre les individus et ne visent absolument pas leur bonheur. Ces prescriptions se rapportent tout aussi peu au "bonheur et au bien-être de l'humanité", termes auxquels on ne peut aucunement associer des concepts rigoureux, et qu'on peut encore moins utiliser comme étoiles pour se guider sur le sombre océan des aspirations morales. » (Friedrich Nietzsche, Aurore. Pensées sur les préjugés moraux, trad. Éric Blondel et all., Paris, GF Flammarion, 2012 (1881 pour la première édition allemande), 419 pages, §108, pp.104-105). A partir de là je présume qu'un nietzschéen pourrait dire du personnage dont tu parles (je n'ai pas lu le roman): -Qu'il n'a pas trouvé la normativité qui lui convenait en propre, il n'a pas su donner à ses pulsions la discipline, l'orientation qui lui aurait permise de tendre vers le surhumain. Peut-être restait-il prisonnier inconsciemment d'un modèle (collectif ou individuel) qui ne lui correspondait pas (il y a un dimension individualiste très forte dans la pensée de Nietzsche, quoi qu'il ne soit nullement libéral). -Ou bien (variante du point précédent), si on suit le schéma de La Généalogie de la morale avec l'opposition entre morales des maîtres et morales des esclaves, la constitution physiologico-socio-historique du personnage faisait peut-être de lui "un esclave", c'est-à-dire quelqu'un de pas assez indépendant pour vivre selon la morale aristocratique et cruelle des maîtres. Il lui aurait alors convenu d'être maintenu très fortement dans un ordre social hiérarchique et une vision du monde fausse mais apte à le rendre docile et productif (le bouddhisme, le christianisme, etc. Nietzsche ne veut pas la disparition de la religion, il a une approche voltairienne de la religion pour tenir en respect "la canaille"...).
  11. David Friedman a répondu à la "non-libertarian FAQ" de Scott Alexander, que j'avais partiellement traduite.
  12. Aie aie aie, je ne saurais pas vraiment dire. Et je ne voudrais pas caricaturer Simondon en essayant de présenter ce qu'il répondrait. Sinon que ça à voir avec la notion d'opération. Par contre il me semble évident que son ontologie se comprend beaucoup mieux lorsqu'on connaît les scholastiques, justement, ce qui n'est hélas pas mon cas. Même pour sa critique d'Aristote j'ai mis beaucoup de temps à comprendre de quoi il retournait, faute de connaître la métaphysique traditionnelle. J'ai récupéré le Oxford Handboock of Metaphysics, ça a l'air bien pour se former. Il y a aussi un livre qui a été publié sur Whitehead et Simondon je crois. Mais je n'ai pas lu que le premier aurait influencé le second.
  13. Si, mais dans un sens remanié. Ce n'est pas le sujet source de la conscience morale (Rousseau / Kant), ou fondement de la connaissance, législateur et maître de la nature (Descartes ; un peu Kant aussi): « Pour Simondon, le « sujet est plus qu'individu ». En d'autres termes, il ne s'identifie pas aux fonctions, identités, dénominations et rôles (familiaux, professionnels, ethniques, religieux, personnels, etc.) constitutifs des individus dans un cadre donné et en fonction de ce seul cadre. Il est porteur de la totalité de la puissance de ce qui est, cette puissance que tout ordre social tente de réduire, de fixer et de dominer. Il est porteur de l'autre de cet ordre (voir autre et analogie), de son dehors [...] Comme l''écrit Simondon, « le sujet est l'ensemble formé par l'individu individué et l'apeiron qu'il porte en lui. ». » -Daniel Colson, Petit lexique philosophique de l'anarchisme. De Proudhon à Deleuze, Librairie Générale Française, 2001, 378 pages, pp.313-314. « Le psychique n’existe donc pas comme réalité séparée, n’étant qu’une « voie transitoire » vers le collectif. Simondon rend ainsi transitoire ce que la pensée moderne depuis Descartes et Kant avait constitué comme stabilité et fondement : le sujet individuel existe, mais il n’est qu’une transition amenée à se résoudre dans un collectif. » (p.60) « Un sujet se présente finalement comme un système polyphasé présentant trois phases : une phase préindividuelle, une phase individuée et une phase transindividuelle qui le met en relation d’individuation avec d’autres sujets. Le transindividuel est, en fin de compte, le nom du préindividuel en tant qu’il est mis en commun. C’est donc précisément en tant que les individus assument cette présence en eux d’une nature dépourvue de structuration individuée que ceux-ci peuvent être dits sujets. Plus encore, un sujet n’existe en tant que tel que s’il est en tension vers le collectif, que s’il assume son incapacité à résoudre seul le problème qu’il est pour lui-même. Le sujet est par conséquent l’épreuve d’un préindividuel à même de devenir transindividuel dès lors qu’il se trouve associé à des réalités instructurées du même ordre portées par d’autres individus. » (p.71) -Vincent Beaubois, "Gilbert Simondon: une philosophie de l'individuation", Cours magistral à l'université Paris X Nanterre, 2020-2021, 77 pages.
  14. 1): Ce sont des penseurs qui réhaussent le sujet, pour des raisons épistémologiques (innéisme ; anti-empirisme) notamment. Heidegger parle de métaphysique de la subjectivité (qu'il identifie abusivement à la philosophie moderne) ; Ferry en parle dans cette série: 2): Non, je n'ai pas dis ça. Simondon parle de "retentissement du schème hylémorphique" dans l'épistémologie, il y voit la source de la plupart des dualistes classiques erronées (sujet / objet ; nature / culture ; masculin / féminin ; corps / âme ; animal / humain...).
  15. Contrepoints a eu la gentillesse de reprendre mon dernier billet: Le libéralisme, le socialisme, et l’héritage divisé des Lumières | Contrepoints
  16. Je sens beaucoup de souffrances derrière ce que tu me dis @Vilfredo Pareto, beaucoup de colère et de misanthropie. Et comme dirait l'autre ce sont des affects qui diminuent ta puissance d'agir. Je pense aussi que tu ne vas pas aimer mon essai de méta-éthique, du coup.
  17. Intro à sa philo de la technique ici ; j'ai également écris ceci sur son concept d'idolâtrie de la machine. J'ai aussi fait un dictionnaire sur ses concepts (mais il n'est déjà plus à jour car j'avance vite). Certaines de ses idées ontologiques et technologiques sont exposées dans cet article que j'ai traduis. A noter que Simondon est de plus en plus étudié dans le monde anglophone, nombreux articles et plusieurs livres de commentaires. Résumé sommaire de quelques idées intéressantes: En ontologie (thèse principale): défense d'un matérialisme non-mécaniste, qui repose sur une critique tant du matérialisme substantialisme classique (Démocrite / Épicure) que de la distinction aristotélicienne entre forme et matière. L'une et l'autre échouent à rendre compte du processus d'individuation. Il faut penser l'être à partir des relations qui le structure et non de façon chosiste / substantialiste. L'Etre est devenir. La continuité entre monde physique, biologique et psycho-sociale est repensée à partir du concept de pré-individuel, dont la résolution des tensions internes appelle le devenir (le temps n'est pas catégorie a priori transcendantale) et la complexification / émergence. On pourrait parler d'un matérialisme émergentiste et non dialectique (influence de l'apeiron d'Anaximandre, de Spinoza, Bergson et Bachelard). Le primat cartésien et kantien du Sujet et l'épistémologie de Kant sont rejetées comme des dualistes héritées de la métaphysique d'Aristote. Réinscription de l'humain dans l'animalité et la nature. Le sujet est resitué comme un moment du devenir qui dépasse les abstractions réciproques que sont l'individu et la société. La morale est aussi repensée comme fidélité au mouvement d'individuation. J'ai moins étudiée la thèse secondaire sur les objets techniques, mais sur ses aspects éthiques, on peut noter: l'homme n'est pas aliéné par la technique de part une perversité intrinsèque de cette dernière (rejet de la techno-critique de Jacques Ellul et de l'épouvantail mythologique qu'est la domination par le robot), mais parce que l'objet technique est lui-même aliéné par une idéologie du rendement, productiviste, qui ne respecte le mouvement d'individuation propre de la technique et l'autonomie croissante de l'objet technique. L'aliénation de la machine est irréductible aux rapports de production capitalistes (distance d'avec le marxisme, déjà critiqué dans la thèse principale sous l'angle sociologique). Une culture technique et un renouveau de l'éducation sont nécessaires pour à la fois désaliéner l'homme et dé-esclavagiser l'objet technique. L'humain comme animal technicien. En outre, en esthétique, Simondon observe que certains aspects de la beauté naturelle ne sont appréhendables que par des médiations d'objets techniques. Il y a aussi une beauté spécifique de l'objet technique.
  18. Simondon est technique mais très intéressant. Je suis de plus en plus simondonien pour tout dire. Sinon à propos de ta remarque @Vilfredo Paretocomme quoi je serais devenu l'exact inverse de l'objectivisme ; évidemment que non ! Sur certains points je ne l'ai jamais été (l'objectivisme n'est pas un matérialisme par exemple ; idem en méta-éthique où je n'ai pas été vraiment convaincu) ; sur certains points d'éthique et de politique je suis maintenant en désaccord radical, mais il y a plein de choses intéressantes et pertinentes dans l'objectivisme (et je n'hésite pas à le dire à des gens de gauche. L'Introduction à l'épistémologie objectiviste c'est très bien par exemple). Je considère que c'est une rencontre qui a hautement fécondé la qualité de ma pensée.
  19. Qu'ils le méritent ou non n'a pas finalement guère d'importance ; ce qui est important, c'est qu'on ne peut pas vivre heureux au milieu d'une société d'aliénés. Il faut donc œuvrer à désaliéner autrui, lutter contre les croyances obscurantistes, le mépris de la liberté, de l'autonomie, de toutes les valeurs légitimes. Or, nous ne pouvons pas être motivés à le faire en étant insensible, comme tu dis. Le manque de sympathie pour autrui qu'on observe souvent chez les libéraux est moralement problématique, pour ne pas dire inquiétant.
  20. J'ai beaucoup aimé la problématique de L'Enracinement et les réflexions sur le patriotisme qu'on peut y lire. Je suis moins convaincu par d'autres livres. Oh, et sa critique du marxisme est intéressante aussi:
  21. Hum, une loi ne peut-elle pas être immanente à un ensemble de rapports sociaux (et donc dépendre de faits conventionnels), en étant bien une loi (nécessité), mais sans être naturelle ? Par exemple, pour Marx, il y a des lois du capitalisme (baisse tendancielle du taux de profit et autres entités féériques), mais ce ne sont pas des lois naturelles / transhistoriques. Sinon oui j'ai déjà entendu des économistes de gauche dire qu'il n'y a pas de lois en économie. Un cas peut-être moins extrême est celui de David Cayla qui conteste la loi de l'offre et de la demande.
  22. Pas mal du tout ! @Vilfredo Pareto Je ne suis pas tout à fait d'accord sur ta définition initiale de l'art comme "élaboration de la matière" (et pas juste à cause du dualisme et de passivité attribuée à ladite matière). Je pense plutôt que l'art doit se définir comme l'ensemble des productions humaines qui jouent un rôle de supports de contemplation. Par "production" (ou création, comme vous voulez), je n'entends pas seulement la production d'objets matériels, comme les tableaux. Les ballets, les symphonies, les pièces de théâtres sont aussi des œuvres d'art, bien qu'éphémère et sans ressemblances avec l'artisanat. Par ailleurs, la définition exclut que ce qui fait que quelque chose de l'art, ce soit l'intention qui préside à la création (l'intention que le ballet soit fait pour être regardé par exemple). Un objet créé initialement pour un but utilitaire peut devenir une œuvre d'art dès lors qu'on décide de l'ériger en support de contemplation. C'est la fonction que remplit une réalité donnée qui la rend artistique, et non l'intention qui préside à sa production. Ensuite tu as décris certains arts comme "ayant pour objet d'agréer". Moi je pense que toutes les arts ont vocation à agréer, ou plutôt à être beau (mais le beau s'accompagne de l'agréable, et peut-être même s'y réduit, je n'ai pas encore d'avis là-dessus). Mais dire cela n'est par définir l'art, c'est définir la norme de l'art, ou l'excellence de l'art, ce qui fait qu'une œuvre est réussie ou raté.
  23. (Je veux bien que tu développes sur la philosophie de l'art de Nietzsche dans le fil d'esthétique, si ça te dit).
  24. C'est un problème parce que le bien d'autrui (ou même de soi), et la compréhension qu'on peut en développer, est très largement irréductible au fait de ne pas lui casser la gueule. De la même façon que ne pas s'auto-mutiler est un début pour avoir une bonne vie, mais on ne va pas très loin juste avec ça. Pour employer une image, fabriquer un robot intelligent, indépendant et non-violent n'est pas spécialement nuisible à l'humanité, mais s'il s'en fiche de l'humanité, ça ne nous apporte pas de bénéfices notables. C'est pauvre quoi.
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