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Ayn Rand ou le devoir d'égoïsme


Copeau

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Elle avait une pensée très originale, très mordante dans ses analyses. (…) Elle m'a fait connaître un immense domaine auquel je m'étais fermé. " Dans ses Mémoires (Le Temps des turbulences, J.-C. Lattès, 2007), Alan Greenspan, ancien président de la Réserve fédérale américaine, dit l'admiration qu'il a gardée depuis sa jeunesse pour Ayn Rand (1905-1982). L'économiste évoque avec nostalgie le salon que cette femme brillante tenait chaque semaine, au début des années 1960, dans son appartement new-yorkais. Il rappelle l'ascendant qu'exerçait alors sur un groupe de jeunes intellectuels anticommunistes cette émigrée russe qui, à l'approche de la soixantaine, se découvrit une âme de philosophe après avoir été scénariste à Hollywood et romancière à succès.

Paru en 1964, La Vertu d'égoïsme fut un best-seller : plus d'un million d'exemplaires ont été vendus à ce jour, comme le rappelle Alain Laurent dans la préface de l'édition française. Caractéristique d'une époque marquée par une relecture de la pensée libérale affranchie de l'héritage keynésien - La Constitution de la liberté, de Friedrich Hayek, a été publiée quatre ans plus tôt - le bref essai théorique de Rand expose la doctrine qui la rendra célèbre : l'" objectivisme ".

VERTU SUPRÊME

Plus encore qu'une ontologie ou qu'une métaphysique, l'objectivisme - qui ne s'embarrasse pas de références aux grands auteurs - se définit avant tout comme une éthique. " Le principe social fondamental de l'éthique objectiviste, écrit-elle, est que (…) chaque être humain vivant est une fin en lui-même, non le moyen pour les fins ou le bien-être des autres. Ainsi, l'homme doit vivre pour son propre intérêt, ne sacrifiant ni lui-même aux autres ni les autres à lui-même. Vivre pour son propre intérêt signifie que l'accomplissement de son propre bonheur est le plus haut but moral de l'homme. "

Dans ce système, qui exalte l'" égoïsme rationnel " comme la " vertu " suprême, l'erreur a un nom : l'" altruisme ". L'individu moral, explique la philosophe, " ne subordonne pas sa vie au bien-être d'autrui " ; " le soulagement - des - souffrances - des autres - n'est pas sa préoccupation première ". Célébrant la noblesse du " travail productif " et érigeant " l'échange " en principe cardinal du lien social, Rand ne reconnaît aucune valeur au don gratuit ou désintéressé : pour elle, " toute aide que - l'individu - accorde est une exception et non la règle, un acte de générosité et non un devoir moral ".

L'objectivisme est-il une utopie ? Rien n'est moins sûr. Car pour Rand, la " société civilisée " a déjà existé. Il s'agit de la société américaine à ses débuts. Une époque bénie où " le seul but moral d'un gouvernement - était - la protection des droits individuels ". Un âge d'or qui n'a duré que " cent cinquante ans ", c'est-à-dire en gros jusqu'à la mise en oeuvre du New Deal par Roosevelt, une politique qui, selon l'auteur, a marqué l'avènement d'une funeste " éthique altruiste-collectiviste " à laquelle les Etats-Unis feraient bien de renoncer.

On peut lever les yeux au ciel face à des analyses simplistes qui considèrent comme de simples " variantes de l'éthique altruiste-collectiviste " des régimes aussi dissemblables que " la théocratie de l'Egypte, avec le Pharaon comme Dieu incarné, la règle majoritaire ou démocratie illimitée d'Athènes, l'Etat-providence dirigé par les Empereurs de Rome, l'Inquisition du Moyen Age, la monarchie absolue en France, l'Etat-providence de la Prusse de Bismarck, les chambres à gaz de l'Allemagne nazie et les abattoirs de l'Union soviétique "…

Outrancières, ces considérations sont représentatives d'une certaine rhétorique anticommuniste en vogue pendant la guerre froide - en 1947, Rand avait fait partie des témoins à charge dans le procès des " Dix de Hollywood " qui précipita la constitution des fameuses " listes noires ". Mais elles méritent d'être prises au sérieux, ne serait-ce qu'en raison de l'écho qu'elles rencontrèrent - et rencontrent encore - aux Etats-Unis.

Ultralibérale (ce qui en fit une opposante résolue du Parti démocrate) mais aussi farouchement athée (ce qui compliqua toujours ses relations avec les républicains), Ayn Rand est connue bien au-delà des cercles " libertariens " et " anarcho-capitalistes ". En 1991, une étude réalisée par la Bibliothèque du Congrès révéla que son roman Atlas Shrugged (1957, non traduit en français), fascinante épopée de plus de mille pages glorifiant la figure de l'entrepreneur en lutte contre un Etat oppresseur, était le livre ayant le plus influencé les Américains… après la Bible.

Thomas Wieder

La Vertu d'égoïsme

d'Ayn Rand

Traduit de l'anglais (Etats-Unis)

par Marc Meunier et Alain Laurent,

Les Belles Lettres, 168 p., 19 ¤.

Bon au moins l'auteur lit le WL, apparemment.

Posté

Disons que l'inspiration est plus implicite qu'explicite, mais tu as évidemment raison.

Posté

et surtout inexact, car il y a bien eu une traduction par une édition genevoise, cela dit de très piètre qualité. Comme l'écrit le wiki :

La Révolte d'Atlas est une traduction française du roman, mais à cause de sa mauvaise traduction , il n'a pas reçu l'aval de l'auteur.

Elle a été réalisée par Henri Daussy pour les Editions Jeheber et publiée en deux volumes:

* Les Requins ("Non Contradiction"), 1958, 435p.

* Les Exploités ("Either-or"), 1959, in-16 (20 cm), 479p.

Posté
* Les Requins ("Non Contradiction"), 1958, 435p.

* Les Exploités ("Either-or"), 1959, in-16 (20 cm), 479p.

C'est moi ou bien, en sus d'un choix de traduction tellement con qu'Aristote doit se retourner dans sa tombe, il manque un tome ?

Posté
C'est moi ou bien, en sus d'un choix de traduction tellement con qu'Aristote doit se retourner dans sa tombe, il manque un tome ?

Il manque en effet un tome. Sinon, le journaliste n'échappe pas au classique "ultralibéral" mais intéressant sinon de voir que Le Monde s'intéresse à la sortie de l'ouvrage et que le WL sert :icon_up: ..

Posté

Je possède un exemplaire du premier volume traduit en français et datant de 1958…

Comme je n'ai pas lu les vo, j'ai été tout a fait satisfait de la traduction et ai été pris d'un sentiment d'oppression grandissant au fur et à mesure du livre et de la pression soc dem bien pensante imposée aux entreprises par d'autres entrepreneurs voulant "moraliser" le capitalisme… c'est saisissant d'actualité, et c'est vraiment flippant de voir que cela est encore en marche et en progression…

Si quelqu'un a le deuxième volume…

Posté
Il faut dire que les traductions de l'anglais vers le français publiées dans les années '50 sont notoirement médiocres en général.

L'amateur de polars vintage que je suis ne peut qu'approuver…

Posté
Il faut dire que les traductions de l'anglais vers le français publiées dans les années '50 sont notoirement médiocres en général.

C'est à peine meilleur aujourd'hui. Que ce soit l'ouvrage de Rupert Smith ou les mémoires de Greenspan, les deux ont été massacrés.

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Un traduction c'est comme une femme, elle ne peut pas etre belle et fidele et a la fois :icon_up:

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Ces deux traductions n'étaient ni élégantes ni précises. Traduire "armed with clubs" par "armés de clubs", ou "vouchers" en "coupons de récompense", je vous jure…

Posté
C'est à peine meilleur aujourd'hui. Que ce soit l'ouvrage de Rupert Smith ou les mémoires de Greenspan, les deux ont été massacrés.

+1

Ces deux traductions n'étaient ni élégantes ni précises. Traduire "armed with clubs" par "armés de clubs", ou "vouchers" en "coupons de récompense", je vous jure…

Et les éternes "libertaires" que sont Friedman ou Rand :icon_up:

Posté
(…)

Bon au moins l'auteur lit le WL, apparemment.

Pas sûr… Sans vouloir être rabat joie, il semble que l'explication nous ait été donnée par l'orateur du Café Liberté d'hier soir: l'auteur de l'article a téléphoné au responsable de la collection qui a passé 3/4 d'heures au téléphone avec lui…

Posté

Tiens, au passage, je cherche un extrait d'AS traduit, celui sur l'argent.

Je l'ai eu, je l'avais trouvé excellent pour répondre à ceux qui disent "l'argent c'est mal".

Jabial, je pense que tu vois de quoi je parle (la traduction ne te satisfaisait pas, si mes souvenirs sont bons).

Invité jabial
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Si j'ai le temps, je ferai une full trad. Mais en ce moment, proba 0.

Posté

Deux questions:

1 - Où trouver de la documentation sur la communauté qui s'était développée autour de l'auteur? Ce qui m'intéresse particulièrement ce sont les dérives comme les excommunications et les tendances au mimétisme. Liens? Articles? Livres?

Il y a Thomas Stephen Szasz (évoqué par A. Laurent pendant ce CL) qui aurait pu avoir une opinion intéressante ayant observé le phénomène de l'intérieur, mais je ne crois pas qu'il se soit penché sur le sujet, et pire, il critiqua les auteurs libéraux qui s'intéressèrent à la psycho…

2 - Est-ce qu'un wikipédien inscrit ici accepterait de faire une page Homonyme

A ce jour quand je tape Rand, je suis renvoyé sur cette page:

http://fr.wikipedia.org/wiki/Rand

Passer 3/4 d'heure avec Alain, c'est être assuré de ne plus rien comprendre :doigt:

:icon_up:

Tout de même, au passage, pour ceux qui ne l'auraient jamais entendu,

1 - Copeau a mis un clin d'oeil

2 - Peu d'orateurs sont plus limpides.

Posté

Alain Laurent dit d'ailleurs préparer une biographie de Rand. Donc, La Fougère, ta documentation, tu l'auras dans deux ou trois ans au maximum. :icon_up:

Posté
Il faut dire que les traductions de l'anglais vers le français publiées dans les années '50 sont notoirement médiocres en général.
C'est à peine meilleur aujourd'hui. Que ce soit l'ouvrage de Rupert Smith ou les mémoires de Greenspan, les deux ont été massacrés.

La solution : lire en vo.

Un traduction c'est comme une femme, elle ne peut pas etre belle et fidele et a la fois :icon_up:

roooooh

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