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Traductions pour Contrepoints, Wikiberal et autres


Nick de Cusa

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Ça sonne mieux que ce que j'avais mis initialement, merci pour la suggestion :)

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Voici ma traduction. Certains de ses passages sont en rouge : ils correspondent à des mots ou expressions que je n'ai pas réussi à traduire ou pour lesquels j'ai des doutes. Les termes en anglais de cette couleur seront donc à retirer avant publication bien entendu. Toute relecture, correction ou suggestion est la bienvenue en tout cas.
Je me suis par ailleurs permis de rajouter deux notes en fin d'article pour développer certains points.
 

Le vote obligatoire est une très mauvaise idée (en plus d’être insultant)
Les partis politiques n’ont aucunement le droit de nous exiger d’approuver leurs élections.
 
Par Scott Shackford, le 19 mars 2015. Traduction : Raphaël C.
Source : http://reason.com/blog/2015/03/19/mandatory-voting-is-a-terribleand-insult
 
Vers la fin d’un discours comprenant une séance de questions/réponses (about an hour and 10 minutes in) à Cleveland hier (le 18 mars 2015), le Président Barack Obama a abordé quelques instants le sujet de la réforme des élections, se plaignant de [l’influence de] l’argent en politique, du redécoupage des circonscriptions électorales et de l’arrêt Citizens United[1]. Une des idées à « court terme » qu’il lança serait de rendre le vote obligatoire en prenant l’Australie comme exemple.
 
« Que tout le monde vote pourrait être source de changement », expliqua-t-il, « ça serait le meilleur moyen de s’opposer à l’argent ».
 
Non, cela ne serait pas le cas, vraiment pas. Revenons sur la suggestion en elle-même dans un premier temps : le vote obligatoire est une violation de nos droits civils de la même manière que d’ôter le droit de vote à un citoyen. Voter c’est s’exprimer, c’est montrer son soutien ou son opposition à un candidat ou à une proposition. Rendre le vote obligatoire signifie donc que celui-ci n’est plus un droit mais une obligation, une parole forcée. Si nous étions obligés d’assister à une cérémonie religieuse tout en conservant la possibilité de choisir parmi différents cultes, la majorité d’entre nous considérerait que cela resterait une violation de notre liberté de ne pas pratiquer une religion.
 
Deuxièmement, le vote obligatoire rendrait probablement les campagnes électorales moins chères, mais uniquement pour les candidats déjà en poste et les politiciens bien établis. L’inertie institutionnelle profite en effet terriblement aux candidats sortants, ceux-ci étant rarement éjectés de leur poste. Obama se plaignait de toutes les publicités télévisées durant la saison électorale. Imaginez ce que cela impliquerait que de vouloir défier un candidat sortant en étant un candidat entrant dans un environnement où vous pouvez partir du principe que tout le monde va voter. Quelle quantité d’argent devront dépenser ces nouveaux candidats pour essayer de toucher un maximum de monde de façon à faire obstacle à l’avantage naturel des candidats en fonction ? Vouloir limiter les dépenses de campagne pose le même problème : les candidats sortants ayant un historique et leur travail en poste ayant été couvert par les médias (en général gratuitement) pendant des années, les candidats entrants ont parfois besoin d’amasser puis de dépenser de plus grosses sommes d’argent pour pouvoir les concurrencer (en supposant que le candidat sortant ne traîne pas derrière lui une succession d’échecs, de scandales et de maladresses). Il y a bien une raison à ce que l’expression « mieux vaut un mal connu qu'un bien qui reste à connaître » ("the devil you know") soit si fréquemment invoquée quand on parle de politiciens et d’élections.
 
Troisièmement, le système parlementaire australien est totalement différent de celui des États-Unis. L’Australie a un mode de scrutin proportionnel et non un système majoritaire. Le processus est assez complexe, les électeurs ayant à classer les candidats par préférence. Le pays a ainsi plus de deux partis politiques représentés dans son parlement et le système électoral amène donc parfois des coalitions au pouvoir, ce qui est d’ailleurs le cas en ce moment, la coalition actuelle étant composée de partis de centre-droit. Il est donc autant absurde de vouloir comparer le mode de scrutin américain à son équivalent australien que de vouloir le confronter au système électoral nord-coréen, bien que ce soit pour d’autres raisons.
 
Ce mode de scrutin australien, si compliqué, a permis l’élection de David Leyonhjelm, premier sénateur libertarien du pays. Malgré sa position privilégiée, proche du sommet du scrutin, et bien que bénéficiant nominalement du vote obligatoire, Leyonhjelm s’en est violemment pris à ce dernier dans une interview avec Reason : « Nous affirmons que nous avons un droit de voter mais ce n’est pas un droit si vous êtes verbalisés pour ne pas l’avoir fait. Cela devient donc une obligation comme payer vos impôts : vous n’avez pas un droit de les payer, vous en avez l’obligation et vous êtes sanctionnés si vous ne le faites pas. Voter rentre dans la même catégorie : prétendre que c’est un droit quand vous pouvez être poursuivis pour ne pas l’avoir fait est tout-à-fait ridicule ».
 
Ici, aux États-Unis, les Démocrates et les Républicains font tout ce qui est en leur pouvoir pour garder les candidats comme Leyonhjelm loin des scrutins, ce qui rendrait le vote obligatoire équivalent à découvrir que le frigo de votre superette locale est uniquement approvisionné en Coca-Cola et en Pepsi. En Californie, l’État a instauré pour de nombreux scrutins un système de primaires ouvertes uniques permettant de désigner les 2 candidats d’une élection[2]. Ainsi, durant les scrutins de novembre, pour six élections du Congrès les électeurs n’eurent le choix qu’entre deux candidats du même parti. Préférez-vous un Coca ou un Coca Light ?
 
Obama aimerait nous faire croire que le vote obligatoire donnerait d’une façon ou d’une autre plus de pouvoir aux citoyens. Mais en réalité, cela revient  à considérer les citoyens comme les domestiques des partis politiques. Rappelez-vous l’automne dernier quand des opérateurs (employés ?) de partis politiques ont envoyé des messages sinistres aux électeurs, les prévenant que le fait qu’ils aient ou non voté était rapporté publiquement (was a public record) et qu’ils seraient « intéressés d’entendre » les raisons pour lesquelles une personne ne serait pas allé voter. Comme je l’avais dit à l’époque, ces méthodes absolvent les partis politiques de trouver de meilleurs candidats qui motiveraient les gens à prendre le chemin des urnes. Imaginez le genre de candidat insipide et terne que nous rencontrerions dans le cadre d’un vote obligatoire et ce qu’il dirait, ferait ou promettrait pour essayer d’avoir le soutien de gens qui ne s’y intéresseraient pas actuellement.
 
Retournons en Australie quelques instants : Leyonhjelm a redéposé aujourd’hui son projet de loi permettant la reconnaissance du mariage gay au pays des kangourous. Une partie du processus pour voir ce projet adopté consiste à convaincre un des partis de la coalition à autoriser ses législateurs à procéder à un vote de conscience, ce qui veut dire que ces hommes et ces femmes pourraient choisir librement comment voter, sans être obligés de se soumettre à la ligne de leur parti. Même si les sondages montrent que les australiens sont proportionnellement bien plus nombreux à être favorables à la reconnaissance du mariage homosexuel que les américains, Leyonhjelm est obligé de faire du lobbying pour que les membres d’un parti puissent voter comme ils le souhaitent et non selon les directives de leur parti.
 
Enfin, pour des raisons évidentes, Obama échoue en premier lieu  à s’attaquer aux raisons expliquant pourquoi (to engage in why) des groupes d’intérêts dépensent tant d’argent dans les élections: l’Etat fédéral est très, très puissant et a vu sa taille et son étendue augmenter sous son mandat. Il fourre son nez dans chacune des choses que nous faisons en tant que citoyens, de même que dans chacune des activités menées par n’importe quelle entreprise. Et ce ne sont pas des résultats d’élections qui changeront quoi que ce soit à cela, ce phénomène pourrait même s’amplifier si les candidats finissent par promettre tout un tas de nouveaux programmes pour attirer des électeurs qui autrement ne s’en seraient pas souciés dans le système actuel. Le désir de l’administration Obama et de ses agences de réguler tout ce qui bouge favorise un environnement où il n’est pas seulement payant pour des groupes d’intérêts syndicaux et d’entreprises (labor and corporate interests) de dépenser de l’argent pour influencer leurs revenus, mais où cela s’avère parfois, eh bien, obligatoire.


[1] NdT : Arrêt permettant la participation financière des entreprises aux campagnes politiques.
[2] NdT : Depuis 2010, toute élection locale, fédérale ou nationale en Californie est désormais précédée d’une primaire unique, au cours de laquelle tous les candidats (démocrates, républicains et indépendants) s’affrontent. Les deux candidats ayant reçu le plus de votes lors de cette nonpartisan blanket primary sont sélectionnés pour participer à l'élection véritable.

Posté

"(about an hour and 10 minutes in)" : une heure et dix minutes après son début.

"de [l’influence de]" : je dirais OK ; tu peux aussi prendre "du rôle de l'argent en".

"« mieux vaut un mal connu qu'un bien qui reste à connaître » ("the devil you know")" : je dirais "mieux vaut un mal connu qu'un bien incertain", mais sans certitude.

"opérateurs (employés ?)" : employés.

"était rapporté publiquement (was a public record)" : "était une information publique".

"échoue en premier lieu à s’attaquer aux raisons expliquant pourquoi (to engage in why)" : "oublie surtout de s'occuper de pourquoi".

"groupes d’intérêts syndicaux et d’entreprises (labor and corporate interests)" : "lobbies syndicaux et patronaux".

Posté

Influence ou importance ou rôle de oui. Plus importance que influence amha

 

Pour le devil, une variation sur le mieux est l'ennemi du bien me semblerait plus approprié.

 

 

Posté

Ok, merci beaucoup à vous deux pour vos suggestions :)
@Tramp : je ne suis emballé par la variation sur le mieux est l'ennemi du bien et vais plutôt partir sur la proposition de Rincevent. Néanmoins, si l'équipe de Contrepoints préfère ton idée, qu'ils n'hésitent pas à l'intégrer.

 

J'ai un peu tardé mais voici la dernière version de la traduction :
 

Le vote obligatoire est une très mauvaise idée (en plus d’être insultant)
Les partis politiques n’ont aucunement le droit de nous exiger d’approuver leurs élections.
 
Par Scott Shackford, le 19 mars 2015. Traduction : Raphaël C.
Source : http://reason.com/bl...ribleand-insult
 
Vers la fin d’un discours comprenant une séance de questions/réponses (soit une heure et dix minutes après son début) à Cleveland hier (le 18 mars 2015), le Président Barack Obama a abordé quelques instants le sujet de la réforme des élections, se plaignant du rôle de l’argent en politique, du redécoupage des circonscriptions électorales et de l’arrêt Citizens United[1]. Une des idées à « court terme » qu’il lança serait de rendre le vote obligatoire en prenant l’Australie comme exemple.
 
« Que tout le monde vote pourrait être source de changement », expliqua-t-il, « ça serait le meilleur moyen de s’opposer à l’argent ».
 
Non, cela ne serait pas le cas, vraiment pas. Revenons sur la suggestion en elle-même dans un premier temps : le vote obligatoire est une violation de nos droits civils de la même manière que d’ôter le droit de vote à un citoyen. Voter c’est s’exprimer, c’est montrer son soutien ou son opposition à un candidat ou à une proposition. Rendre le vote obligatoire signifie donc que celui-ci n’est plus un droit mais une obligation, une parole forcée. Si nous étions obligés d’assister à une cérémonie religieuse tout en conservant la possibilité de choisir parmi différents cultes, la majorité d’entre nous considérerait que cela resterait une violation de notre liberté de ne pas pratiquer une religion.
 
Deuxièmement, le vote obligatoire rendrait probablement les campagnes électorales moins chères, mais uniquement pour les candidats déjà en poste et les politiciens bien établis. L’inertie institutionnelle profite en effet terriblement aux candidats sortants, ceux-ci étant rarement éjectés de leur poste. Obama se plaignait de toutes les publicités télévisées durant la saison électorale. Imaginez ce que cela impliquerait que de vouloir défier un candidat sortant en étant un candidat entrant dans un environnement où vous pouvez partir du principe que tout le monde va voter. Quelle quantité d’argent devront dépenser ces nouveaux candidats pour essayer de toucher un maximum de monde de façon à faire obstacle à l’avantage naturel des candidats en fonction ? Vouloir limiter les dépenses de campagne pose le même problème : les candidats sortants ayant un historique et leur travail en poste ayant été couvert par les médias (en général gratuitement) pendant des années, les candidats entrants ont parfois besoin d’amasser puis de dépenser de plus grosses sommes d’argent pour pouvoir les concurrencer (en supposant que le candidat sortant ne traîne pas derrière lui une succession d’échecs, de scandales et de maladresses). Il y a bien une raison à ce que l’expression « mieux vaut un mal connu qu'un bien incertain » soit si fréquemment invoquée quand on parle de politiciens et d’élections.
 
Troisièmement, le système parlementaire australien est totalement différent de celui des États-Unis. L’Australie a un mode de scrutin proportionnel et non un système majoritaire. Le processus est assez complexe, les électeurs ayant à classer les candidats par préférence. Le pays a ainsi plus de deux partis politiques représentés dans son parlement et le système électoral amène donc parfois des coalitions au pouvoir, ce qui est d’ailleurs le cas en ce moment, la coalition actuelle étant composée de partis de centre-droit. Il est donc autant absurde de vouloir comparer le mode de scrutin américain à son équivalent australien que de vouloir le confronter au système électoral nord-coréen, bien que ce soit pour d’autres raisons.
 
Ce mode de scrutin australien, si compliqué, a permis l’élection de David Leyonhjelm, premier sénateur libertarien du pays. Malgré sa position privilégiée, proche du sommet du scrutin, et bien que bénéficiant nominalement du vote obligatoire, Leyonhjelm s’en est violemment pris à ce dernier dans une interview avec Reason : « Nous affirmons que nous avons un droit de voter mais ce n’est pas un droit si vous êtes verbalisés pour ne pas l’avoir fait. Cela devient donc une obligation comme payer vos impôts : vous n’avez pas un droit de les payer, vous en avez l’obligation et vous êtes sanctionnés si vous ne le faites pas. Voter rentre dans la même catégorie : prétendre que c’est un droit quand vous pouvez être poursuivis pour ne pas l’avoir fait est tout-à-fait ridicule ».
 
Ici, aux États-Unis, les Démocrates et les Républicains font tout ce qui est en leur pouvoir pour garder les candidats comme Leyonhjelm loin des scrutins, ce qui rendrait le vote obligatoire équivalent à découvrir que le frigo de votre superette locale est uniquement approvisionné en Coca-Cola et en Pepsi. En Californie, l’État a instauré pour de nombreux scrutins un système de primaires ouvertes uniques permettant de désigner les 2 candidats d’une élection[2]. Ainsi, durant les scrutins de novembre, pour six élections du Congrès les électeurs n’eurent le choix qu’entre deux candidats du même parti. Préférez-vous un Coca ou un Coca Light ?
 
Obama aimerait nous faire croire que le vote obligatoire donnerait d’une façon ou d’une autre plus de pouvoir aux citoyens. Mais en réalité, cela revient  à considérer les citoyens comme les domestiques des partis politiques. Rappelez-vous l’automne dernier quand des employés de partis politiques ont envoyé des messages sinistres aux électeurs, les prévenant que le fait qu’ils aient ou non voté était une information publique et qu’ils seraient « intéressés d’entendre » les raisons pour lesquelles une personne ne serait pas allé voter. Comme je l’avais dit à l’époque, ces méthodes absolvent les partis politiques de trouver de meilleurs candidats qui motiveraient les gens à prendre le chemin des urnes. Imaginez le genre de candidat insipide et terne que nous rencontrerions dans le cadre d’un vote obligatoire et ce qu’il dirait, ferait ou promettrait pour essayer d’avoir le soutien de gens qui ne s’y intéresseraient pas actuellement.
 
Retournons en Australie quelques instants : Leyonhjelm a redéposé aujourd’hui son projet de loi permettant la reconnaissance du mariage gay au pays des kangourous. Une partie du processus pour voir ce projet adopté consiste à convaincre un des partis de la coalition à autoriser ses législateurs à procéder à un vote de conscience, ce qui veut dire que ces hommes et ces femmes pourraient choisir librement comment voter, sans être obligés de se soumettre à la ligne de leur parti. Même si les sondages montrent que les australiens sont proportionnellement bien plus nombreux à être favorables à la reconnaissance du mariage homosexuel que les américains, Leyonhjelm est obligé de faire du lobbying pour que les membres d’un parti puissent voter comme ils le souhaitent et non selon les directives de leur parti.
 
Enfin, pour des raisons évidentes, Obama oublie surtout de s'occuper de pourquoi des groupes d’intérêts dépensent tant d’argent dans les élections : l’Etat fédéral est très, très puissant et a vu sa taille et son étendue augmenter sous son mandat. Il fourre son nez dans chacune des choses que nous faisons en tant que citoyens, de même que dans chacune des activités menées par n’importe quelle entreprise. Et ce ne sont pas des résultats d’élections qui changeront quoi que ce soit à cela, ce phénomène pourrait même s’amplifier si les candidats finissent par promettre tout un tas de nouveaux programmes pour attirer des électeurs qui autrement ne s’en seraient pas souciés dans le système actuel. Le désir de l’administration Obama et de ses agences de réguler tout ce qui bouge favorise un environnement où il n’est pas seulement payant pour des lobbies syndicaux et patronaux de dépenser de l’argent pour influencer leurs revenus, mais où cela s’avère parfois, eh bien, obligatoire.


[1] NdT : Arrêt permettant la participation financière des entreprises aux campagnes politiques.
[2] NdT : Depuis 2010, toute élection locale, fédérale ou nationale en Californie est désormais précédée d’une primaire unique, au cours de laquelle tous les candidats (démocrates, républicains et indépendants) s’affrontent. Les deux candidats ayant reçu le plus de votes lors de cette nonpartisan blanket primary sont sélectionnés pour participer à l'élection véritable.


Question stupide, j'envoie ensuite la traduction à redaction@contrepoints.org ?

Posté

Oui. Précise que l'idéal serait de le publier demain Dimanche, pour l'élection.

Posté

J'ai télécharger récemment un papier de Taleb où il prétend démonter intégralement l'analyse de Pinker sur laquelle Hannan se base.

Pas encore eu le temps de le lire, mais je vous tiens au courant.

Posté

Voilà ma trad, les machins en rouge sont à corriger et si quelqu'un trouve des traductions "officielle (-> lues dans un bouquin" des citations ça serait bien (sauf pour Montesquieu, c'est déjà une trad officielle).

 

La semaine dernière, dans la version théâtrale du livre Sa Majesté des Mouches faite par son école, ma fille a jouée le rôle de Porcinet. Forcément je ne suis pas impartial, mais je l'ai trouvé brillante, tout comme le reste de la pièce d'ailleurs. Faire jouer des jeunes filles dans ce qui était à l'origine une histoire purement masculine a rendu le public particulièrement attentif aux différences entre les sexes: on sait tous que les garçons, si on leur en laissait la possibilité, céderait plus facilement à la barbarie que leurs petites sœurs. Ce qui amène à une autre réflexion, plus profonde: l'histoire horrible de William Golding n'aurait plus la même crédibilité aujourd'hui.

 

Sa Majesté des mouches raconte l'histoire d'un groupe d'écoliers, évacués suite à ce qui semble être une guerre nucléaire, dont l'avion s'écrase sur une île déserte. L'ombre de l'apocalypse qu'ils fuyaient demeure en permanence, larvée, tandis qu'ils s'enfoncent toujours plus dans la sauvagerie. Golding, lui-même mâitre d'écoe, écrivit cette histoire macabre en réaction au livre pour enfant L'Ile de Corail, trop altogether-too-wholesome à son goût. Laissez-moi vous montrer, disait-t'il à ses lecteurs, comment les garçons se comporterait vraiment s'ils se retrouvaient naufragés.

 

L'opinion de Golding vis-à-vis de notre espèce n'était peu reluisante, ce qui n'est guère surprenant étant donné l'époque durant laquelle il écrivait. Il avait vécu deux guerres mondiales et demi. Les deux furent, en termes absolus, les plus mortelles de l'Histoire, tuant respectivement 18 millions et 55 millions de personnes. L'autre moitié -la Guerre de Corée- arrivait à son dénouement sordide quand le roman fût publié en 1954, mais elle révélait aussi l'opposition croissante entre les deux superpuissances. Le Vietnam commençait sa descente aux enfers alors que les Français, vaincus, se retiraient. Sur chaque continent, des preuves rappelaient la capacité de l'homme à céder à ses mauvais penchants, de la répression des marches pour les droits civiques dans le sud des États-Unis, jusqu'au exactions des Mau Mau au Kenya.

 

L'histoire de Golding fait partie de cette série de roman dystopique parus après guerre, les plus célèbres étant 1984 de George Orwell et L'Orange Mécanique de Anthony Burgees. Ces années se caractérisaient par leur profond pessimisme, par ailleurs non dépourvu de fondement. De nombreuses personnes craignaient un holocauste nucléaire, parmi lesquelles Albert Einstein, C. P. Snow et Carl Sagan. Le champignon atomique était alors une image populaire, ornant les pochettes de disques, les couvertures de livres et les magazines. La prochaine guerre, pensait-t'on, mettrait un terme à la civilisation, et, peut-être, à la vie elle-même.

 

En réalité, et bien qu'il ne puisse pas la savoir, Golding écrivait précisément au début de la période la plus paisible de l'histoire de l'humanité. Jamais nous n'avons été aussi peu susceptible de mourir de mort violente que maintenant. Le déclin de la violence des six dernières décennies tient pratiquement du miracle – the more so for being counterintuitive. Dans son magnifique ouvrage, The Better Angels of our Nature, qui déploie plus de milles pages de données afin de convaincre même le le lecteur le plus sceptique, Steven Pinker démontre que sur tous les points -guerre, meurtres, tortures, esclavage, violence contre les femmes- nous devenons une espèce de plus en plus

 

Vous ne le croyez pas ? Vous voulez savoir comment la thèse de Pinker peut s’accommoder avec l'invasion de l'Ukraine qui a vu les plus féroces affrontements de blindés en Europe depuis 1945 ? Ou les monstruosités qui se déroulent en Irak et en Syrie ? C'est parce que c'est dans notre nature de nous focaliser sur les événements immédiats. Les meurtres d'ISIS et de Boko Haram font tourner la télévision, mais aucun journal de dira jamais : « Bonsoir, il n'y a pas de guerre aux Malouines, ni en Yougoslavie, ni au Vietnam. »

 

Plusieurs théories ont été avancées afin d'expliquer cette période de paix. La plus idiote d'entre toutes attribue la paix à l'Union Européenne. En fait, l'UE n'est pas tant la cause que la conséquence de la paix en Europe. Les causes étaient la défaites du fascisme, le développement de la liberté et la stabilité de l'OTAN.

 

« Deux démocraties ne rentrent pas en guerres » est aussi souvent avancé. Ce n'est pas tout à fait vrai. Selon la manière dont vous définissez démocratie, on peut y inclure les deux dernières guerres entre Israël et le Liban, la guerre de 1995 entre le Pérou et l’Équateur, la guerre de la Croatie contre le reste de la Yougoslavie, la guerre Russie-Georgie de 2008 et peut-être même la guerre Anglo-Américaine de 1812. Il est vrai cependant que les démocratie sont moins susceptibles d'engager une guerre d'agression.

 

D'autres critères, plus excentriques, furent également proposés. Il fut dit par exemple que jamais deux pays avec des McDonalds étaient entrés en guerre, mais les bombardement de l'OTAN sur la Serbie durant la guerre du Kosovo, et l'invasion de l'Ukraine par la Russie viennent contredire cette affirmation. La théorie selon laquelle deux participants à l'Eurovision en viendraient aux armes fut également infirmée lorsque Poutine s'empara de l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud.

 

Alors, quelle est l'explication la plus plausible ? Il y'a bien plus d'un facteur qui entre en jeu, et nous devrions prendre garde à ne pas simplifier la situations, mais la plus forte corrélation de toutes, ainsi que Bruce Russet et John O'Neal le montrèrent dans leur ouvrage de 2001, Triangulating Peace, est celle qui existe entre paix et libre-échange. « Si les marchandises ne traversent pas les frontières, alors les soldats le feront » déclarait l'économiste Frédéric Bastiat au XIXe siècle, laquelle opinion trouve un écho dans la déclaration de Richard Cobden selon laquelle « Le Libre-échange est la diplomatie de Dieu. Il n'existe aucun moyen plus sûr d'unir les peuples

 

Le raisonnement en lui-même est limpide. S'il n'y a pas de douanes, quelle différence cela fait que les ressources naturelles se trouvent ailleurs. Pourquoi dépenser tant de sang et de richesses afin de s'approprier, par exemple, les richesses des mines de diamants d'un autre pays quand vous pouvez acheter ces même diamants au même prix ? Puisque les marchands ont intérêt à rester en bon termes avec leurs fournisseurs et leurs clients, le commerce diffuse un réseau de bonne volonté à travers les frontières. La gauche se trompe lorsqu'elle affirme que la capitalisme est égoïste. Au contraire, aucune force sur Terre ne lie les hommes ensemble aussi harmonieusement. Le commerce nous apprends l'empathie -au sens strict du terme-, la capacité à se mettre à la place de quelqu'un d'autre. Ainsi que le faisait remarquer Samuel Ricard en 1704:

« Le commerce attache les hommes les uns aux autres à travers l'utilité réciproque. Il affecte les sentiments des hommes si fort qu'il amène celui qui était fier et hautain à se faire soudainement serviable, souple et arrangeant. Par le commerce, les hommes apprennent à négocier, à être honnête, à être polis, prudent et réservés aussi bien dans l'action que dans la parole. »

 

Les sceptiques avancent que Cobden, Bastiat et Ricard furent démentis par la Première Guerre mondiale, mais la véritable explosion du commerce international a eu lieu lors des six dernières décennies. Bien que les douanes étaient faibles en 1914, les moyens d'exporter étaient limités. Il n'y avait ni Internet, ni avions, ni réfrigération. Les bateaux étaient lents, les marchandises lourdes, et la plupart des entreprises ne commerçaient qu'a quelques kilomètres de là où elles se trouvaient. Aujourd'hui, le commerce maritime représente, en pourcentage total de l'activité économique, environ 30 fois plus qu'il y a un siècle.

 

Tout aussi important, peu aujourd'hui craignent le retour du protectionnisme. Cela n'était pas vrai au début du XXe siècle, lorsque les Tories se déchiraient sur la question de la "préférence impériale", et la France menait un débat similaire à propos de la possibilité de créer un bloc "autarcique" avec ses colonies. C'était en partie en réaction à ces éléments protectionnistes que les Allemands se mirent à vouloir conquérir leurs propres colonies -avec les conséquences désastreuses que nous savons.

 

Bastiat et Cobden, en bref, n'avaient pas tort; ils étaient en avance sur leur temps. Tandis que les droits de douanes chutèrent dans la monde industrialisé après 1945, la guerre devint de moins en moins utile. Le même processus est maintenant en train de se répandre dans l'hémisphère Sud. Ainsi que Milton Friedman aimait à faire remarquer, le commerce est le meilleur moyen d'amener des gens qui ne s'aiment pas à travailler ensemble. Ou, pour reprendre la formule de Montesquieu, « l'effet naturel du commerce est de porter à la paix ». Amen.

 
Posté

Je crois que Tucker est un fervent partisan du copyleft. Ça devrait valoir le coup de demander.

Posté

Quand j'y pense d'ailleurs, suite au léger HS dans le thread Images fun sur la Somalie, ça pourrait intéresser Contrepoints la traduction de cet article de Reason ?

 

http://reason.com/archives/2015/03/28/somalia-lived-while-its-govern/

 

Je peux m'en charger même si ça ne serait pas pour tout-de-suite.

 

Excellente idée ! vazy !

 

:icon_bravo:

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