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Largo Winch

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  1. Largo Winch

    Bac 2026

    La mode managériale de la "bienveillance" a fait des ravages. En fait, je ne crois pas que c'est une question de niveau. Selon les retours de consultants que je connais, on a aussi aujourd'hui des top managers qui se disent "bienveillants" mais qui ont en réalité perdu le souci de l'exigence. Il me semble qu'autrefois on trouvait ce souci d'exigence quel que soit le niveau : chez le mécanicien d'un garage, chez l'ouvrier patissier (dont le rêve était d'être nommé meilleur ouvrier de France), chez le plombier qui venait chez vous faire une réparation et en profitait pour faire le tour de toutes vos installations et vous conseiller au mieux. En tout cas, la société française valorisait ce type de travailleur. Autrefois, le "professionnalisme" était une valeur clef de la société française. Je suis convaincu que la "valeur travail" a régéressé en France. Pas seulement en termes d'effort fourni, comme on l'évoque souvent dans les médias, mais surtout en termes de qualité du travail fourni (d'ailleurs produire un travail de qualité ne nécessite pas nécessairement davantage de temps de travail). Amha, ce n'est pas une question de niveau. Ni une question de génération : j'ai moi-même trop souvent tendance à le penser car j'ai aujourd'hui des étudiants nettement moins rigoureux qu'avant. Il me semble que c'est sociétal : quels que soient le niveau de qualification, le statut social et l'âge, les Français sont globalement beaucoup moins rigoureux et exigents. Et ça ne se voit pas que dans le monde professionnel ou à l'école, mais aussi à la maison dans l'éducation des enfants. Le ministre de l'EN a déclaré il y a quelque jours que les fautes de français seraient pénalisées au bac. Il faut aller lire les commentaires des parents d'élèves sur les réseaux sociaux : la plupart trouvent scandaleux que l'EN pénalise les fautes. Il faut se rendre à l'évidence : majoritairement, les parents ne souhaitent même plus un enseignement rigoureux et de qualité pour leurs enfants. Pour revenir aux étudiants, je fais le constat que ce qui était une norme implicite autrefois doit être défini aujourd'hui dans une consigne explicite. Ex : "Si vous ne rendez pas le devoir dans les temps, il y aura un malus". "Les fautes de français seront pénalisées." "Les réponses aux questions devront être argumentées et structurées." "Vous ne devez pas vous contenter de paraphraser le cas. Vous devez mobiliser les concepts et les théories de management dans un souci démontsratif." Etc. Pour les étudiants d'il y a 20 ans, c'était évident, je n'avais pas besoin de le préciser. Aujourd'hui, si je ne le précise pas, on me rend un torchon sans queue ni tête. Le truc qui me rend dingue est qu'il suffit d'élever le niveau d'exigence pour qu'une grande partie des étudiants se mettent au diapason. Exemple : je règle les soucis d'orthographe, de grammaire et de syntaxe dans les copies avec une simple consigne : "Les fautes d'orthographe, de grammaire et de syntaxe seront fortement pénalisées." En général, les étudiants pensent que je bluffe (l'expérience du lycée et du bac...). Etrangement, après la remise d'un premier DS où les cancres ont perdu 8 points sur 20 sur leur copie, je constate ensuite lors du 2e DS que j'ai résolu les 3/4 des soucis de français...
  2. Largo Winch

    Bac 2026

    Je n'avais pas ces données en tête. Honte à moi, je vais devoir faire pénitence : tel un socialiste, j'ai bêtement supposé dans mon message précédent qu'en augmentant les heures de français/maths, les bâcheliers cesseraient d'être nullissimes. L'EN n'a pas un problème de moyens, elle a un problème d'exigence.
  3. Largo Winch

    Bac 2026

    On ne bâtit pas une maison sur du sable.
  4. Largo Winch

    Bac 2026

    Il faudrait surtout arrêter de commenter les sujets de français et de philo car c'est du gros foutage de gueule. Je les connais les super bacheliers qui ont obtenu des 15/20 au bac en français et en philo : je les récupère à la sortie du lycée et constate qu'ils ne sont pas fichus d'écrire correctement (fautes d'orthographe et de grammaire à chaque ligne et syntaxe sans queue ni tête) et sont inaptes à construire un petit texte argumenté d'une quinzaine de lignes (incapacité à structurer une argumentation, pauvreté du champ lexical, etc.). L'EN a acté que les bacheliers devaient se contenter d'un niveau collège en maths (cf. l'épreuve de maths de Première) mais continue d'entretenir l'illusion qu'ils philosophent ou dissertent sur des sujets littéraires. Quelle blague ! Quelle mascarade ! Il est grand temps de cesser ces tartufferies et de réapprendre aux gamins à écrire. La première des mesures devrait être de supprimer les cours de philo pour tous (réserver la philosophie uniquement pour certains parcours, certaines spécialités) et remplacer ces heures de cours inutiles pour des quasi-illettrés par le réapprentissage du français et/ou des maths basiques.
  5. Largo Winch

    Nécrologies

    Je l'ai écouté justement ce matin. Joli costard effectivement. Je ne connaissais pas spécialement Morin, bien que j'ai L'éthique dans ma bibliothèque, que je n'ai jamais réussi à vraiment lire. Dans ma discipline, il y a 20 ans, 30 ans, on aimait bien citer Morin (et son disciple JL Lemoigne) dans les productions académiques de management : alors que les pragmatiques chercheurs anglosaxons prévilégiaient les approches contingentes (recenser les facteurs clefs qui font varier les choix d'organisation et identifier les best practices pour s'y adapter), les Français préféraient s'engluer dans les "approches systémiques" (tenter de recenser tous les éléments d'un contexte et toutes leurs relations de dépendance/interdépendance jusqu'à construire de véritables "usines à gaz" illisibles et incompréhensibles). Morin était cité au détour d'une phrase pour donner un vernis d'intellectualisme (je l'ai fait aussi dans ma thèse, péché de jeunesse), mais sa "méthode" était rarement opérationnalisée, et pour cause : elle n'a pas pour vocation de l'être. Sa méthode n'en est pas une, c'est plutôt une "expérience de pensée". Elle a un intérêt pour justifier le positionnement épistémologique d'une recheche, mais ne fournit aucune aide méthodologique. Je me souviens que, jeune doctorant, j'avais fondé beaucoup d'espoir en achetant tous les tomes de "La méthode" car j'avais justement choisi de traiter un sujet "complexe" : comment concilier individualisme et dynamique collective au sein des équipes projet. Espoir déçu. Je me suis arrêté au deuxième tome quand j'ai compris que sa "méthode" tournait en rond et n'était que de l'esbrouffe conceptuelle fondée sur des allitérations creuses (la vie de la vie, la nature de la nature, la complexité de la complexité, etc.). Le réconfort méthodologique, je l'avais trouvé auprès d'un autre sociologue français : Raymond Boudon et son "individualisme méthodologique". Je ne conseillerais pas la lecture de Morin, cest beaucoup trop d'enculages de mouches. Depuis, dans ma discipline, les chercheurs anglosaxons se sont emparés de ces problématiques de gestion de la complexité, du management paradoxal, et comme à leur habitude, c'est traité avec davantage de pragmatisme que ne l'ont fait les Français, pourtant precurseurs sur ces sujets : https://academic.oup.com/edited-volume/34627
  6. Largo Winch

    Nécrologies

    En guise d'hommage à Morin, l'excellent Philippe Silberzhan lui taille un costard : https://philippesilberzahn.com/2026/06/01/edgar-morin-ou-la-derniere-tragedie-de-l-intellectuel-a-la-francaise/
  7. Tu me prêtes des propos que je n'ai pas tenus. Je ne répondrai donc pas à ton homme de paille.
  8. Oui. C'est bien pour ça que j'ai distingué dans mon post précédent le "point de vue professionnel" du "point de vue plus global de la défense des institutions libérales". Mais ce n'était peut-être pas suffisamment clair.
  9. Bof. Je suis de près le tennis. J'ai regardé ce match et il faut vraiment être d'une sacrée mauvaise foi pour ne pas admettre que le public a clairement joué un rôle clef dans la victoire du Français. D'ailleurs ça a été les premiers mots, à juste titre, de Kouamé sur le terrain dès sa victoire et en interview d'après-match : "cette victoire je la dois en grande partie au public". Le fait qu'un public peut faire basculer un match de tennis est une évidence. On l'a vu par exemple, l'année dernière, avec les "exploits" très médiatisés de la Française Loîs Boisson. Si celle-ci a battu Mirra Andreeva, largement supérieure à la Française techniquement et tactiquement, en quart de finale de Roland Garros, c'est uniquement grâce au public qui a été particulièrement dégueulasse avec la jeune Russe, encore émotionnellement fragile à l'âge de 18 ans. Ici, le Paraguayen Daniel Vallejo n'a que 22 ans et c'était aussi sa première vraie grosse expérience en Grand Chelem. Il est évident que 10 000 personnes qui vocifèrent contre lui ne l'a pas aidé. Manque de fairplay ? J'avais écouté sa conférence de presse d'après-match et il faisait au contraire preuve de beaucoup de fairplay. Il disait en substance qu’il savait que le public français soutiendrait son joueur, qu’il ne s’estimait pas personnellement "lésé" par cela, mais que cette ambiance renforçait Kouamé. Il reprochait tout de même à l’arbitre de ne pas avoir assez contrôlé les cris, les temps morts et les interruptions entre les points. Jusque-là, on est dans une critique classique d’un joueur frustré par l’ambiance et la gestion du match. Dans l'interview accordée à Clay qui a fait polémique, il dit comprendre que le public soutienne son compatriote ; il reproche aussi à Kouamé d’avoir pris du temps, d’être resté au sol ou d’avoir profité de pauses, et estime qu’il n’est pas normal que le public puisse crier longtemps avant la reprise du jeu (et il a raison : tous ces éléments sont factuels). Il conclut néanmoins que cette situation est difficile à gérer pour n’importe quel arbitre. Bref, je ne vois dans ses propos aucun manque de fairplay de sa part : Vallejo n'a pas dit que sa défaite était uniquement due à l’arbitre ; de plus, il a bien reconnu le mérite de Kouamé et la légitimité du soutien du public local. Son seul propos qui a fait polémique est le suivant : il a déclaré que "ce type de match doit être arbitré par un homme", qu’une femme ne peut pas arbitrer ce type de match. Selon lui, il fallait un homme parce que le public était "très lourd" à gérer et qu’il fallait beaucoup de force ou de fermeté pour aller contre le public. Ensuite sur les réseaux sociaux, Vallejo a expliqué que ses propos avaient été sortis de leur contexte (il ne parlait pas des femmes en général mais de cette arbitre en particulier, et il n’affirmait pas avoir perdu à cause d’elle) et il reconnaît avoir été très ému après une bataille de cinq heures, présente ses excuses, précise qu’il ne tient pas l'arbitre pour responsable de sa défaite, et dit vouloir apprendre de l’épisode. Une personne neutre idéologiquement ne verrait rien de polémique ici : Vallejo a simplement fait preuve de maladresse. Il a probablement voulu dire : "dans un contexte aussi hostile, il fallait quelqu’un avec de l'autorité". Mais il l’a formulé en disant : "il fallait un homme", ce qui transforme aux yeux des idéologues une critique de compétence en jugement de genre. Pour moi, ce qui pose vraiment problème ici est la décision disproportionnée de Roland-Garros : infliger une sanction (une forte amende) pour un propos maladroit, une bête expression de "stéréotype de genre". D'un point de vue professionnel, je comprends la décision de RG : le tournoi protège ses officiels, son image et ses règles de conduite. Roland-Garros pose une limite claire : on ne disqualifie pas publiquement une arbitre en raison de son genre. Mais, plus globalement, du point de vue de la défense des institutions libérales ou de la promotion des valeurs occidentales, ça ne me semble pas très malin : la sanction est maladroite si elle donne l’impression d’une punition morale venue d’en haut.. Elle peut nourrir le récit suivant : "les Occidentaux imposent leurs normes à un joueur étranger", au lieu de produire une pédagogie des principes libéraux et valeurs occidentales. Dans ce cas, la sanction risque de transformer Vallejo en victime symbolique aux yeux des non-occidentaux, et de déplacer le débat du "stéréotype de genre" vers une critique de la "police morale". Àmha, la sanction est ici contre-productive. Une simple communication accompagnée d’une démarche pédagogique était suffisante : expliquer qu'on ne disqualifie pas publiquement une arbitre en raison de son "genre". Autrement dit : décrier le manquement, mais ne pas stigmatiser le joueur en le faisant passser pour "sexiste".
  10. Tiens, je tombe sur cette vidéo YT qui montre, encore une fois, les progrés incroyables des IA en matière d'audiovisuel. Beaucoup de gens se font avoir sur les réseaux sociaux par la mode des guitaristes bombasses IA. Image et musique sont tellement réalistes qu'il n'est pas facile de détecter qu'il s'agit d'IA. Comme je suis beaucoup de comptes de musiciens sur Insta, les algorithmes m'ont souvent amené de tels reels dans mon fil. Quand on est guitariste on voit tout de suite l'absurdité des positions des mains sur les manches de guitare. Mais c'est tellement bien fait que je comprends que, quand on ne pratique pas l'instrument, on puisse tomber dans la supercherie. Imaginez ce que seront capables de faire les IA dans un an : amha, ce sera indétectable.
  11. Un billet d'Olivier Sibony : L'étude en question : https://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=6787638
  12. Les (2) existent parce que les (1) sont omniprésents. Soit ils finissent pas devenir complotistes en réaction à la stupidité du discours anxiogène de la technocratie, totalement contreproductif (de la même façon que le discours alarmiste durant le Covid a généré des anti-vax). Soit ils trollent parce que la technocratie et les éco-anxieux finissent par lasser.
  13. Intéressante, ta typologie de l'esthétisme. Tout dépend de la façon dont on voit l'usage qui sera fait de l'IA en la matière. Si on imagine quelqu'un qui, le soir en rentrant du boulot, veut regarder un film et, au lieu de se taper 20 mn de recherche pour trouver la bonne vidéo sur Netflix, décide de peaufiner durant 20 mn le bon prompt qui permettra à l'IA de lui pondre un film sur-mesure de 2h pour le divertir, alors il n'y a rien d'artistique. Celui qui rédige le prompt n'est qu'un consommateur : prompter revient ici à passer commande. Ce scénario n'existe pas encore, mais il est probable que ça devienne un usage possible des IA dans un avenir proche. Ce n'est pas de ça dont je parlais plus haut. Je parlais de la personne qui réalise un film de A à Z grace à l'IA : Il commence par rédiger son scénario, puis les dialogues, aidé par l'IA. Il crée ensuite de façon détaillée avec une IA de création d'image chacun de ses personnages : il peut peaufiner pas à pas et dans les moindres détailes son physique, sa façon de s'habiller, sa façon de se déplacer, etc. Il crée ensuite avec une IA le storyboard. Muni de ce storyboard, il peut ensuite avec son IA de création d'images, créer les images de chaque scène en contrôlant, peaufinant tous les détails : le cadrage, le décor, la colorimétrie, etc. Avec une autre IA, il peut transformer toutes cette séquence d'images en vidéo, en contrôlant tous les "mouvements de caméras" ("fais moi un travelling avant ici", etc.) et transformer les dialogues écrits en jeux d'acteur (il peut contrôler le timbre de la voix, les intonations, etc.). Avec une autre IA, il peut ajouter à sa vidéo des effets sonores (sound design). Une autre encore lui permettra de créer de toute pièce la musique... Dans un tel cas, il s'agit bien d'un projet artistique. Et ce que je raconte là n'a rien de "speculatif". Toutes les IA dont je parle ici existent déjà et font un travail à la perfection (ce qui n'était pas le cas il y a seulement 1 an). Ce que je trouve fascinant et vertigineux à la fois, c'est le potentiel disruptif de l'IA qui peut faire exploser des industries entières. Outre le gars qui bidouille seul dans sa chambre, le scénario le plus probable est celui d'une petite équipe de vidéastes/cinéastes qui s'emparent de tous ces outils et qui mélangent dans un même film des séquences générées par IA avec des captations vidéo réelles avec de vrais acteurs, pour réaliser des projets artistiques à très faible coût qui surpassent les grosses productions hollywoodiennes sur les trois critères de l'esthétisme.
  14. Je le fais aussi : pour certaines épreuves pointues, j'autorise les étudiants de venir avec les livrets de cours que je leur fournis au départ (en bac+5, ou en bac+3 sur des matières très spécialisées). En revanche, en bac+1, on pose les bases : j'attends des étudiants qu'ils aient mémorisé les concepts essentiels et indispensables à la construction des raisonnements élémentaires de la matière. Sur le sujet un bon article de Philippe Silberzahn : Le cloître et le vaisseau spatial: repenser l’enseignement supérieur à l’heure de l’IA
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