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Démocratie, Aristocratie Et Monarchie

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Je suis en ce moment en pleine réflexion sur la démocratie, la monarchie, etc. c'est-à-dire sur la question de la détention du pouvoir. Je n'ai pas encore d'avis bien précis, aussi il me semble utile de lancer le débat autour de quelques points clef, d'autant plus que l'on s'est contenté jusqu'à présent de tourner autour du pot sans lancer véritablement de discussion.

Le grand avantage de la démocratie construite à partir du suffrage universel est de permettre le changement politique dans la douceur ; néanmoins, ses inconvénients sont multiples : 1) désintérêt total pour la question politique : puisque le droit de vote est détenu par tous, il n'est plus considéré comme un privilège, l'abstention devient (très forte) ; couplé au système des partis, on en vient à voter pour n'importe qui (exemples : régionales de 2004, où n'importe quel âne estampillé PS pouvait remporter les élections - je parle en connaissance de cause ; ou plus récemment, l'affaire Lassalle, lorsque l'on se retrouve avec des déstabilisés sur le plan mental au sein même de l'Assemblée, on est tout de même en droit de se poser des questions…) 2) capacité pour les électeurs à voter* : on peut se demander, par ailleurs, si tout le monde est intellectuellement apte à déterminer ce qu'il faudrait faire pour ce qui est de la gestion des affaires publiques 3) Le système des partis, destructeur au possible : par solidarité et pour permettre la cohésion des groupes parlementaires, l'opinion défendue par les "forts" d'un parti est officiellement automatiquement suivie par le reste ; on s'attache plus par conséquent à défendre une image plutôt que des idées 4) le clientélisme électoral : il est plus bénéfique pour un homme politique de faire ce qui plaît plutôt que ce qu'il faut, même si ce n'est pas une généralité (il est possible d'avoir des convictions, ex : Thatcher) 5) l'absence, dans nos démocraties modernes, d'une réelle séparation du pouvoir (pouvoir législatif et exécutif sont semblables, en dehors de leur dénomination)

* l'Education Nationale, d'ailleurs, ne fait qu'empirer le phénomène.

La monarchie (non démocratique) est un système intéressant à plusieurs titres (il limite le clientélisme, motive le volontarisme politique, évite le gouvernement par la masse ; bref, règle de nombreux problèmes posés par la démocratie) mais il comporte de gros défauts, peut-être plus graves encore (mais c'est en particulier là-dessus que j'aimerais que l'on discute) : 1) en concentrant le pouvoir dans les mains d'un seul homme, le danger est de conduire au despotisme le plus total, le souverain ayant tendance à se considérer comme étant la source de la loi et n'étant pas réellement contrebalancé ou limité par d'autres pouvoirs… cela m'invite à ouvrir par la même occasion du discussion sur la différence entre monarchie et tyrannie. 2) cependant, l'objection soulignant le caractère aléatoire de la monarchie (le roi pourrait être débile…) me semble ne pas tenir, d'une part parce que le roi, en principe, ne gouverne pas directement mais s'entoure de ministres un minimum - pas toujours… - compétents, d'autre part parce que la réelle question est plutôt "le roi a-t-il plus de chances d'être plus capable qu'un dirigeant élu par la majorité populaire ?" et la réponse n'est pas forcément négative…

C'est pourquoi, j'en viens - pour le moment - à la conclusion qu'une "aristocratie", une démocratie reposant sur un suffrage limité par le cens, l'âge (par exemple) me semble la meilleure solution - assorti bien entendu d'une réelle séparation des pouvoirs : on évite (presque) tous les écueils que j'ai dressé quant à la démocratie sous sa forme "classique", tout en évitant le grand risque de despotisme que représente la monarchie. Au niveau local, néanmoins, je ne vois pas d'inconvénient au suffrage universel, puisqu'il s'agit de politique locale et non de questions plus ardues et plus graves (orientation économique, etc.) La solution de Hayek (séparation stricte des pouvoirs, avec un pouvoir législatif composé de nomothètes élus par les hommes de quarante-cinq ans) me semble à ce titre très intéressante.

En un mot (si vous en êtes arrivés jusque-là), qu'en pensez-vous ?

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Rappelons la distinction classique opérée par les Grecs anciens :

La triade Monarchie - Aristocratie - Démocratie qui était vue comme positive dans chacun de ses éléments. Et la triade équivalente mais corrompue, à savoir Tyrannie - Oligarchie - Démagogie.

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Pour moi c'est kif.

Tu oublies cependant l'avantage le plus important de la monarchie absolue et héréditaire, c'est qu'elle donne à son détenteur un incitant pour gérer de manière intelligente et avec une perspective temporelle longue.

Sinon:

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La question plus fondamentale à ce propos n'est pas la forme de l'organisation mais la nécessité-même d'une organisation, d'une politique, me semble-t-il.

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La question plus fondamentale à ce propos n'est pas la forme de l'organisation mais la nécessité-même d'une organisation, d'une politique, me semble-t-il.

Certes mais c'est déjà un autre débat. La question est ici, si tu préfères : en absence d'idéal anarcho-capitaliste, qui doit détenir le pouvoir politique ?

Tu oublies cependant l'avantage le plus important de la monarchie absolue et héréditaire, c'est qu'elle donne à son détenteur un incitant pour gérer de manière intelligente et avec une perspective temporelle longue.

J'y ai pensé, mais lorsque l'on voit les conneries accumulées par certains empereurs romains (Néron, Caligula, etc.), j'en doute sérieusement. D'autre part, des autocrates comme Napoléon Bonaparte, s'il a pu, le concernant, mettre de l'ordre dans ce bordel qu'était (devenu ?) la Révolution dans les premières années de son règne, il a par la suite clairement dévié vers la folie despotique…

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L'empire n'était pas héréditaire, mais bon, tu as raison, ce n'est qu'un incitant, pas une garantie.

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Ecoute le cours de Raymond Aron diffusé le Lundi et enregistré en Sorbonne en 1958 (il dure 34' environ, je crois) :

http://www.radiofrance.fr/chaines/france-c…fusion_id=11770

Je me devais de mettre un lien vers le dossier de France-Culture puisque ils ont eu l'obligeance de citer Catallaxia parmi les sites d'information sur le grand penseur libéral, ainsi que Lib.org parmi les sites recommandés. :doigt:

http://www.radiofrance.fr/chaines/france-c…/aron/liens.php

Finalement, Laure Adler me plaît de plus en plus : j'oublie la ci-devant miterrandienne et ne connaît plus que la houellebecquienne, l'aronienne, l'arendtienne (étienne). :icon_up:

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Merci pour les liens, je vais écouter tout ça.

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Je suis en ce moment en pleine réflexion sur la démocratie, la monarchie, etc. c'est-à-dire sur la question de la détention du pouvoir. Je n'ai pas encore d'avis bien précis, aussi il me semble utile de lancer le débat autour de quelques points clef, d'autant plus que l'on s'est contenté jusqu'à présent de tourner autour du pot sans lancer véritablement de discussion.

Le grand avantage de la démocratie construite à partir du suffrage universel est de permettre le changement politique dans la douceur ; néanmoins, ses inconvénients sont multiples : 1) désintérêt total pour la question politique : puisque le droit de vote est détenu par tous, il n'est plus considéré comme un privilège, l'abstention devient (très forte) ; couplé au système des partis, on en vient à voter pour n'importe qui (exemples : régionales de 2004, où n'importe quel âne estampillé PS pouvait remporter les élections - je parle en connaissance de cause ; ou plus récemment, l'affaire Lassalle, lorsque l'on se retrouve avec des déstabilisés sur le plan mental au sein même de l'Assemblée, on est tout de même en droit de se poser des questions…) 2) capacité pour les électeurs à voter* : on peut se demander, par ailleurs, si tout le monde est intellectuellement apte à déterminer ce qu'il faudrait faire pour ce qui est de la gestion des affaires publiques 3) Le système des partis, destructeur au possible : par solidarité et pour permettre la cohésion des groupes parlementaires, l'opinion défendue par les "forts" d'un parti est officiellement automatiquement suivie par le reste ; on s'attache plus par conséquent à défendre une image plutôt que des idées 4) le clientélisme électoral : il est plus bénéfique pour un homme politique de faire ce qui plaît plutôt que ce qu'il faut, même si ce n'est pas une généralité (il est possible d'avoir des convictions, ex : Thatcher) 5) l'absence, dans nos démocraties modernes, d'une réelle séparation du pouvoir (pouvoir législatif et exécutif sont semblables, en dehors de leur dénomination)

* l'Education Nationale, d'ailleurs, ne fait qu'empirer le phénomène.

La monarchie (non démocratique) est un système intéressant à plusieurs titres (il limite le clientélisme, motive le volontarisme politique, évite le gouvernement par la masse ; bref, règle de nombreux problèmes posés par la démocratie) mais il comporte de gros défauts, peut-être plus graves encore (mais c'est en particulier là-dessus que j'aimerais que l'on discute) : 1) en concentrant le pouvoir dans les mains d'un seul homme, le danger est de conduire au despotisme le plus total, le souverain ayant tendance à se considérer comme étant la source de la loi et n'étant pas réellement contrebalancé ou limité par d'autres pouvoirs… cela m'invite à ouvrir par la même occasion du discussion sur la différence entre monarchie et tyrannie. 2) cependant, l'objection soulignant le caractère aléatoire de la monarchie (le roi pourrait être débile…) me semble ne pas tenir, d'une part parce que le roi, en principe, ne gouverne pas directement mais s'entoure de ministres un minimum - pas toujours… - compétents, d'autre part parce que la réelle question est plutôt "le roi a-t-il plus de chances d'être plus capable qu'un dirigeant élu par la majorité populaire ?" et la réponse n'est pas forcément négative…

C'est pourquoi, j'en viens - pour le moment - à la conclusion qu'une "aristocratie", une démocratie reposant sur un suffrage limité par le cens, l'âge (par exemple) me semble la meilleure solution - assorti bien entendu d'une réelle séparation des pouvoirs : on évite (presque) tous les écueils que j'ai dressé quant à la démocratie sous sa forme "classique", tout en évitant le grand risque de despotisme que représente la monarchie. Au niveau local, néanmoins, je ne vois pas d'inconvénient au suffrage universel, puisqu'il s'agit de politique locale et non de questions plus ardues et plus graves (orientation économique, etc.) La solution de Hayek (séparation stricte des pouvoirs, avec un pouvoir législatif composé de nomothètes élus par les hommes de quarante-cinq ans) me semble à ce titre très intéressante.

En un mot (si vous en êtes arrivés jusque-là), qu'en pensez-vous ?

Vaste question. Une première chose à distinguer dans ce débat me semble d'indiquer sur quel plan normatif on se place : se positionne-t-on sur un plan conséquentialiste (utilitariste), le but étant alors que le régime politique est la plus grande "efficacité" (économique, sociale etc…) ; ou se positionne-t-on sur un plan déontologique avec l'idée que le régime politique doit satisfaire à certains "impératifs éthiques et moraux", bref à des critères de justice. A mon sens (mais je peux me tromper), la démocratie telle qu'elle a pu être conçue aux 18ème et 19ème siècles répondait d'abord à une problématique de justice. Ce n'est que bien après que l'on a commencé à penser la démocratie comme une organisation politique "efficace" sur le plan économique.

Par conséquent, il est tout à fait possible qu'un régime "monarchique" ou apparenté soit plus efficace économiquement et politiquement, mais que la démocratie lui soit préférée pour des considérations morales.

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