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Johnathan R. Razorback

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Tout ce qui a été posté par Johnathan R. Razorback

  1. Le problème du libéralisme, c'est d'être un rationalisme. Il a l'impression qu'une fois démontré par A+B que l'adversaire a tort, la victoire est acquise -alors qu'il n'y a hélas aucune force intrinsèque de l'idée vraie, comme le notait Camus. De surcroît, le libéralisme répugne à utiliser l'affectivité pour arriver à ses fins: "Aucune secte et aucun parti politique n'a cru pouvoir se permettre de défendre sa cause par le simple appel à la raison. L'emphase rhétorique, la musique et le retentissement des chants, le mouvement des bannières, les couleurs et les fleurs servent de symboles ; les dirigeants cherchent à attacher leurs partisans à leur personne. Le libéralisme n'a rien à voir avec tout cela. Il n'a pas de fleur ou de couleur qui lui soient associées, pas de chant ni d'idoles, pas de symboles ni de slogans. Il a pour lui le contenu et les arguments. Ce sont eux qui doivent le mener à la victoire." -Ludwig von Mises, Le Libéralisme (1927). D'un certain côté c'est noble. Mais pour paraphraser Aron, si l'on entend survivre dans l'ordre de la politique intérieure, il faut consentir aux moyens efficaces. Et des fois, la survie, ce n'est pas très propre -ce n'est définitivement pas "idéal". Et ceci implique les symboles, les chants, les idoles et les slogans -toute cette panoplie du militantisme de base qui froisse la sensibilité, l' "objectivité" durement acquise des intellectuels, justement parce qu'elle parle aux masses populaires. Le résultat: une tradition intellectuel brillante et aucune forces sociales derrière, aucun parti politique digne de ce nom, donc très peu de personnalités libérales élues et a fortiori de gouvernements libéraux. Le libéralisme a besoin de devenir un peu machiavélien.
  2. En admettant que ce soit vrai, ça n'est pas synonyme de réussite, à moins de la confondre avec l'accès à la richesse matérielle tel un sale libéral bourgeois matérialiste radin. Je pense que c'est une très mauvaise manière de répondre au féminisme pathologique / misandrique d'affirmer que la vie est plus dure pour les hommes. C'est se placer sur le terrain de la concurrence victimaire, de la guerre des sexes -soit un champ de bataille inutilement défavorable. Et en plus ça prend la forme d'un concours de pleurnicherie. Il faut au contraire attaquer ce féminisme en montrant qu'il est 1): liberticide ; 2): pétri de ressentiment (au sens nietzschéen) ; 3): mène à une dégradation de la condition de la femme (comme on le voit avec sa tendance puritaine et geignarde qui présente la femme comme une petite chose fragile à protéger, avec une sensiblerie que le puritanisme victorien n'aurait pas renié*).
  3. Pourtant, si on regarde les chiffres de l'abstention ou des partis politiques, c'était exactement le contraire au 20ème siècle, et jusqu'au milieu des années 1980 environ. Mai 68 est passé par-là (cf le mot d'Aron, repris par Castoriadis, sur le "repli sur la maison de vacances").
  4. Ils sont vraiment admirables, les résultats de l' "exportation de la démocratie" par l'empire états-unien.
  5. D'ailleurs le régime actuel réhabilite cette figure historique, via une série de la télévision publique notamment. Je serais les voisins de la Turquie, je trouverais cette nostalgie de l'Empire ottoman moyennement rassurante.
  6. Mais si, mais si. Mais comme dirait Len à Joco dans Shaman King : "Les blagues ont un début, un milieu, et même parfois elles ont des chutes. Et toi, tu balances des mots n'importe comment !"
  7. Moui. La réalité de la distinction me paraît peu sûre : https://www.google.com/search?q=révolution&ie=utf-8&oe=utf-8&client=firefox-b https://www.google.com/search?q=coup+d'état&ie=utf-8&oe=utf-8&client=firefox-b
  8. Pour une raison ou pour une autre on parle de "la" Révolution française et "des" révolutions russes: https://fr.wikipedia.org/wiki/Révolution_d'Octobre
  9. Je ne vois pas où est le mal dans la révolution russe... de février: https://fr.wikipedia.org/wiki/Révolution_de_Février Le problème dans les deux cas est que ceux qui commencent les révolutions sont rarement ceux qui les terminent. En particulier quand des puissances étrangères envahissent le pays et que ça tourne à la guerre civile.
  10. A vrai dire, politiquement, Gramsci est stalinien hein. Stalinien hétérodoxe si on veut (son marxisme est plus sophistiqué que celui qui se développe en URSS, il avait d'ailleurs critiqué le manuel de vulgarisation de Boukharine), mais pas du côté de ceux, ultra-minoritaire à l'époque, qui critiquent Staline au nom du léninisme (ligne de La Revue marxiste au sein du Front populaire en France ; c'est aussi la position de Trotsky et ses partisans), ou au nom de Marx (ligne d'Anton Pannekoek et des marxistes libertaires). Ensuite Révolution française et Révolution d'Octobre diffèrent considérablement, ne serait-ce que parce que la seconde était planifiée par un parti déjà constitué qui a ensuite exercé le pouvoir en renversant la démocratie et en éliminant ses opposants. Du coup, la Révolution bolchévique est évidemment beaucoup plus "homogène" que l'autre.
  11. Pourtant pas le cas de Tocqueville, pourtant libéral-conservateur. « Messieurs, qu’est-ce qui a brisé toutes ces entraves qui de tous côtés arrêtaient le libre mouvement des personnes, des biens, des idées ? Qu’est-ce qui a restitué à l’homme sa grandeur individuelle, qui est sa vraie grandeur, qui ? La révolution française elle-même. » -Alexis de Tocqueville, Études économiques, politiques et littéraires, Michel Lévy, 1866 (Œuvres complètes, vol. IX, pp. 536-552, p.543. Ni des Idéologues, ni de Hugo, ni d'Anatole Leroy-Beaulieu, ni de plein d'autres. Le truc c'est de ne pas accepter la prémisse de Clemenceau et de Chevènement suivant laquelle il faut accepter (ou rejeter) la Révolution "en bloc". Parce que la Révolution n'est nullement monolithique. Comme dirait Gramsci: « Un certain moment historico-social n'est jamais homogène, il est même riche en contradictions. » (Antonio Gramsci, Problèmes de civilisation et de culture (1930-1935) ). J'ai pas lu le bouquin mais je serais sans doute de l'avis de Nemo sur le sujet: https://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_Nemo#Les_Deux_Républiques_françaises
  12. "[La Révolution française] a été plus entière que celle de l'Amérique, et par conséquent moins paisible dans l'intérieur, parce que les Américains, contents des lois civiles et criminelles qu'ils avaient reçues de l'Angleterre ; n'ayant point à réformer un système vicieux d'impositions ; n'ayant à détruire ni tyrannies féodales, ni distinctions héréditaires, ni corporations privilégiées, riches ou puissantes, ni un système d'intolérance religieuse, se bornèrent à établir de nouveaux pouvoirs, à les substituer à ceux que la nation britannique avait jusqu'alors exercés sur eux. Rien, dans ces innovations, n'atteignait la masse du peuple ; rien ne changeait les relations qui s'étaient formées entre les individus. En France, par la raison contraire, la révolution devait embrasser l'économie tout entière de la société, changer toutes les relations sociales, et pénétrer jusqu'aux derniers anneaux de la chaîne politique ; jusqu'aux individus qui, vivant en paix de leurs biens ou de leur industrie, ne tiennent aux mouvements publics ni par leurs opinions, ni par leurs occupations, ni par des intérêts de fortune, d'ambition ou de gloire." -Nicolas de Condorcet, Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain, "Les classiques des sciences sociales", 1793, p.169. @Mister_Bretzel: "utilité commune" veut juste dire qu'une fonction sans utilité n'a pas lieu d'être (surtout quand c'est l'Etat qui l'a fait exister) ; dans le contexte ça vise les privilèges de la noblesse et du clergé.
  13. Une fois je discutais avec un mariole qui me soutenait très sérieusement que l'avenir ce sera de meilleures formations, beaucoup plus de cadres et 0% d'ouvriers. Dans la réalité les ouvriers sont toujours 20-22% de la population active, ils ne vont pas disparaître comme ça. Une fois qu'on a dit ça, penser l'argumentaire libéral en fonction de cet électorat aussi serait une bonne chose.
  14. L'échange c'est la base de l'économie de marché. Le capitalisme c'est quand même plus que ça.
  15. Non mais faudrait quand même lire les auteurs un minimum avant de commenter hein. Hobbes est un tenant du subjectivisme moral et du positivisme légal. On ne peut décemment pas appeler ça un système d'éthique. L'éthique de Locke est totalement dépendante de ses présupposés religieux (chrétiens). Les droits individuels y sont déduits d'un commandement divin. Hume est un sceptique et suivant certain le père de l'émotivisme en méta-éthique.
  16. Mikhaïl Gorbatchev. (Peut-être William Ewart Gladstone mais je n'ai pas assez étudié le cas.)
  17. Mises a écrit quelque part que Kropotkine aurait pu bien tourner mais s'était perdu en route... A noter que lui et d'autres anarchistes ont signé une pétition durant la Grande Guerre, comme quoi les Alliés étaient quand même mieux que les empires centraux. Ce qui a rendu furax les autres anarchistes qui suivaient la ligne "ne pas prendre parti dans les guerres impérialistes-bourgeoises".
  18. Et pourquoi libéral-conservateur ?
  19. L'antilibéralisme continue de faire vendre... "Moins brutale, l’époque ? Pas si sûr, répond l’historien François Cusset dans son livre “Le Déchaînement du monde”. Aux violences de la guerre se sont substituées celles de l’économie libérale, tout aussi dévastatrices. L’époque que nous vivons serait-elle la moins violente depuis que le genre humain existe ? Le psychologue canadien Steven Pinker l’affirmait, après d’autres, dans un livre paru en France à la fin de l’année dernière, La Part d’ange en nous. A cette idée d’un déclin historique de la violence, l’historien des idées François Cusset oppose un constat beaucoup moins optimiste. ­Celui d’une violence nouvelle dans sa logique et ses modalités, moins visible, différente des formes familières qu’on lui connaissait. Mais omniprésente et dévastatrice." https://www.telerama.fr/idees/le-neoliberalisme,-une-ultra-moderne-sauvagerie,n5618220.php Extrait de la 4ème de couverture: "Le monde est déchaîné. La violence n'y a pas reculé, comme le pensent certains. Elle a changé de formes, et de logique, moins visible, plus constante : on est passé de l'esclavage au burn-out, des déportations à l'errance chronique, du tabassage entre collégiens à leur humiliation sur les réseaux sociaux, du pillage des colonies aux lois expropriant les plus pauvres... L'oppression sexuelle et la destruction écologique, elles, se sont aggravées. Plutôt qu'enrayée, la violence a été prohibée, d'un côté, pour " pacifier " policièrement les sociétés, et systématisée de l'autre, à même nos subjectivités et nos institutions : par la logique comptable, sa dynamique sacrificielle, par la guerre normalisée, la rivalité générale et, de plus en plus, les nouvelles images. Si bien qu'on est à la fois hypersensibles à la violence interpersonnelle et indifférents à la violence de masse. Dans le désastre néolibéral, le mensonge de l'abondance et la stimulation de nos forces de vie ont fait de nous des sauvages d'un genre neuf, frustrés et à cran, et non les citoyens affables que la " civilisation " voulait former. Pour sortir de ce circuit infernal, et de l'impuissance collective, de nouvelles luttes d'émancipation, encore minoritaires, détournent ces flux mortifères d'énergie sociale." C'est tellement vu et revu ; on dirait qu'ils se plagient les uns les autres.
  20. Et en plus développé ? Ce genre d'approche ressemble à la sociologie plutôt qu'à de la philosophie morale. Constater ce que font les gens n'est pas suffisant pour déterminer ce qu'ils doivent faire.
  21. Ben justement, les non-libéraux ne voient pas de problèmes avec le niveau des dépenses.
  22. C'est-à-dire que l'exemple vient d'en haut: « Un jour de 2003, le ministre des Finances, Francis Mer, est informé par son cabinet d’un danger : le surrendetement de l’Etat. Ancien patron de la sidérurgie, il est saisi par l’ampleur des chiffres figurant dans la note qui lui est remise. Il demande aussitôt audience, en tête à tête, avec le président de la République. Il précise que c’est important, qu’il s’agit d’un sujet grave. Le jour venu, il expose à Jacques Chirac les grandes lignes de son constant terrifiant. Le message est clair : si l’on ne fait rien, dans dix ans, la France sera en faillite. Quelle est la réaction du Président ? Décide-t-il de convoquer une réunion de crise ? De demander des précisions supplémentaires à Bercy ? De s’informer sur la situation des autres pays européens ? Nomme-t-il une personnalité pour prendre en charge ce dossier ? Non. Il regarde Francis Mer dans les yeux et lui répond tranquillement : « Écouter, Mer, ça fait trente ans qu’on se débrouille comme ça. Alors on peut bien continuer un peu, non ? » Vous avez dit oligarchie des incapables ? » -Sophie Coignard & Romain Gubert, L’Oligarchie des Incapables, p.184.
  23. Produire à un prix de marché c'est ultralibéral (comme dirait* mes parents à propos des services de la Poste). *ça et: "les services publics ne sont pas faits pour être rentables".
  24. Que très honnêtement, personne ne lit. L'idée de Gramsci est que la prise du pouvoir par les communistes -pardon, je veux dire par le prolétariat révolutionnaire-, n'est pas possible en Occident selon le modèle léniniste insurrectionnel. Du coup, il faut utiliser la démocratie, les syndicats, les institutions politiques modernes. Il faut passer "de la guerre de mouvement à la guerre de position", l'idée de Gramsci étant que si la bourgeoisie domine alors qu'elle est quantitativement ultra-minoritaire, c'est grâce à une domination culturelle qui passe par l'Etat, les institutions éducatives, le rôle de l'intelligentsia, etc (c'est un peu, avant la lettre, l'idée des Appareils Idéologiques d'Etat d'Althusser). La révolution et la venue au pouvoir d'une nouvelle classe dominante (prolétarienne) implique donc au préalable une lutte culturelle. https://fr.wikipedia.org/wiki/Hégémonie_culturelle Gramsci est aussi un critique de l'économisme, c'est-à-dire cette forme vulgarisée du marxisme qui tend à tout expliquer par le déterminisme économique (le vrai déterminisme économique de Marx étant plus subtil que ça, bien que faux également). Mais en vrai personne ne lit Gramsci, à peine les marxistes eux-mêmes.
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