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Johnathan R. Razorback

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Tout ce qui a été posté par Johnathan R. Razorback

  1. Hayek critique une conception "rationaliste illimitée" qu'il décrit comme "une vision des choses qui postule que la Raison (avec un grand R) éclaire toujours parfaitement, avec la même intensité, tous les humains, que tout progrès de l'homme est le résultat direct de la raison individuelle et qu'il est donc soumis à son contrôle." (Vrai et faux individualisme, 1945). Il parle ensuite du Discours de la Méthode de Descartes qu'il considère comme emblématique de cette conception: "Descartes y affirme qu''il n'y a pas tant de perfection dans les ouvrages composés de plusieurs pièces et faits de la main de divers maîtres qu'en ceux auxquels un seul a travaillé". Il poursuit ensuite par la suggestion (après avoir cité l'exemple de l'ingénieur tirant ses plans, ce qui est significatif) que "les peuples qui, ayant été autrefois demi-sauvages et ne s'étant civilisés que peu à peu, n'ont fait leurs lois qu'à mesure que l'incommodité des crimes et des querelles les y a contraints, ne sauraient être si bien policés que ceux qui, des le commencement qu'ils se sont assemblés, ont observé les constitutions de quelque prudent législateur...". Pour bien faire comprendre son argument, Descartes ajoute qu'à son avis "si Sparte a été autrefois très florissante, ce n'a pas été à cause de la bonté de chacune de ses lois en particulier... mais à cause que, n'ayant été inventées que par un seul, elles tendaient toutes à même fin"." Je trouve que les extraits qu'il cite ne démontre pas du tout que le rationnalisme cartésien attribuerait à la raison une omnipotence ou une puissance démesurée ; orgueil qui serait la racine du constructivisme et du planisme moderne. La citation 1 valorise l'action individuelle comme produisant un résultant plus parfait que l'action collective. La même idée est ensuite étendue à la législation, où la perfection ne vient pas de réactions successives aux événements mais de l'initiative d'un fondateur unique, dont les lois initiales sont censés être cohérentes entre elles. On peut discuter la pertinence de ce que raconte Descartes, mais ça n'a apparemment pas de rapport avec la Raison et ses limites. Au contraire, une vision qui postule que "tout progrès de l'homme est le résultat direct de la raison individuelle" devrait plutôt inviter à soumettre les lois aux tribunal de la Raison et à les modifier au besoin, plutôt qu'à respecter l'œuvre fondatrice, parfaite et incritiquable... Je ne serais d'ailleurs pas surpris que le modèle unifié et cohérentiste de la législation que défend Descartes prenne exemple sur le Dieu législateur (titre d'un bouquin de Suarez: http://www.amazon.fr/lois-du-Dieu-l%C3%A9gislateur/dp/2247052258/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1451580056&sr=8-1&keywords=du+dieu+l%C3%A9gislateur) et non sur la raison naturelle des individus.
  2. Une intuition c'est particulièrement peu consistant pour traiter publiquement quelqu'un de connard... Laisse-moi te donner une raison objective : « Il faut toujours préférer les intérêts du tout, dont on est partie, à ceux de sa personne en particulier. […] Si on rapportait tout à soi-même, on ne craindrait pas de nuire beaucoup aux autres hommes, lorsqu’on croirait en retirer quelque petite commodité, et on n’aurait aucun vraie amitié, ni aucune fidélité, ni généralement aucune vertu ; au lieu qu’en se considérant comme une partie du public, on prend plaisir à faire du bien à tout le monde, et même on ne craint pas d’exposer sa vie pour le service d’autrui, lorsque l’occasion s’en présente ; voire on voudrait perde son âme, s’il se pouvait, pour sauver les autres. » -René Descartes, Lettre à la princesse Élisabeth, 15 septembre 1645.
  3. On dit ça mais je soupçonne qu'Hayek serait jugé trop pragmatique par nombre de liborgiens. Et sa critique de Descartes m'a l'air à côté de la plaque.
  4. Moi. Il est venu s'inscrire ici et il débat poliment, c'est déjà bon signe. Il n'y a plus qu'à lui expliquer pourquoi ses bonnes intentions pavent la Route de l'Enfer et c'est gagné.
  5. Non, pas du tout. Le concept de spectacle est une reformulation du concept de réification de György Lukács, mais intégrant une critique de l'emploi de la technique moderne ("Le spectacle n'est pas un ensemble d'images, mais un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images." -Guy Deobrd, La société du spectacle, thèse n°4, 1967). Or la réification vise à critiquer les rapports "marchands" générés par le capitalisme. « La structure fondamentale de la réification peut être saisie dans toutes les formes sociales du capitalisme moderne. » -Gyorgy von Lukàcs, Histoire et conscience de classe. Essai de dialectique marxiste (1922). Avec le concept de spectacle s'ajoute une critique de la division dirigeants/dirigés, intellectuels/manuels, bref de la division du travail qui "isole" l'individu de la communauté et de la compréhension de la totalité du processus social (hégéliano-marxisme). C'est donc un concept foncièrement collectiviste (nostalgie unitaire de la tribu), même s'il intègre une dimension anarchisante / antihiérarchique pour faire barrage à l'intelligentsia communiste et au PCF.
  6. C'est pas inintéressant mais le Manifeste communiste de Marx raconte aussi tout ça Je serais plutôt intéressé de comprendre pourquoi le commerce prend de l'essor à ce moment-là et pas avant, et comment ça se répercute au niveau théorique. Gilson et Braudel me paraissent un bon début.
  7. Ce qui l'aide à rester un minimum humble. On a pas encore vu de Président de la République se faire construire pour leur plaisir personnel l'équivalent de Versailles.
  8. Tu lis dans les pensées ? Sinon la critique de l'Allemagne par Mélenchon se résume en gros à dire que les vils ultra hyper ordolibéraux empêchent un usage "progressiste" de l'euro (savoir monétiser la dette et autres facéties de socialiste décomplexé). Il n'a donc aucune raison de critiquer les suisses. Concentrons nous sur ses bêtises proférées plutôt que sur des intentions imaginées.
  9. Se pose alors la question fondamentale: pourquoi d'Ockham ? Pourquoi ce siècle-là et pourquoi l'Angleterre ?
  10. Pour le moment je n'ai pas trouvé de traces antérieures à la théologie nominaliste de Guillaume d'Ockham. Je continue de chercher.
  11. Tu ne peux pas nous quitter Camille, pas après tout ce qu'on a vécu ensemble ! Salut et bienvenue. (non mais sérieux on fait si peur que ça ?)
  12. « Que faudrait-il prouver par des images ? Rien n’est jamais prouvé que par le mouvement réel qui dissout les conditions existantes, c’est-à-dire l’organisation des rapports de production d’une époque, et les formes de fausse conscience qui ont grandi sur cette base. » -Guy Debord, In girum imus nocte et consumimur igni.
  13. => https://wrathofnino.files.wordpress.com/2009/07/failure.jpg
  14. Pas mal. Mais vu que j'ai une préférence pour les citations sérieuses, je vais avoir du mal à contribuer au fil. Encore que. "Ma mission est de tuer le temps et la sienne est de me tuer à son tour. On est à l'aise entre assassins." -Cioran.
  15. C'est simplement ce que tu as exigé d'eux en allant voter aux élections. Et si ce n'est toi c'est donc ton frère.
  16. Pas du tout. Ce qui dérange un libéral, ce sont les politiques publiques liberticides mises en œuvre. Si la réélection des élus dépendait de leur empressement à mettre en œuvre un programme libéral, nous ne leur reprocherions nullement de chercher leur propre intérêt. CQFD.
  17. D'un point de vue normatif, je suis évidemment d'accord (c'est un peu la base même du libéralisme). Mais d'un point de vue analytique, c'est aussi vain que de se révolter contre la force de gravité. Que le régime soit démocratique ou pas, la majorité a toujours le pouvoir d'imposer sa volonté à ses dirigeants ou aux minorités. Accuser les institutions démocratiques n'a donc pas de sens, le facteur-clé, ce sont les mœurs, les affects collectifs. Si la majorité du peuple veut un gouvernement tyrannique, il le sera. C'est une simple question de rapports de force. Et qui est ce "on" qui va empêcher la majorité d'avoir la puissance d'imposer sa volonté à la minorité (la plus petite minorité étant l'individu, comme dit Ayn Rand), puisqu'elle le peut par définition ? C'est tout simplement impossible. Tout ce qu'on peut faire, c'est chercher les formes institutionnelles les plus aptes à maintenir les libertés individuelles, et mener une lutte politique (pour faire avancer un parti libéral) et culturelle (pour détourner autant de gens que possible de la démagogie interventionniste). Mais quoi qu'il arrive le peuple est souverain et tranchera en dernière analyse, démocratiquement ou non. Les élections ont plusieurs mérites: forcer les dirigeants à se dévoiler jusqu'à un certain point, les faire s'engager afin de pouvoir les remplacer lorsque les électeurs s'estiment trahis par leurs actions. Et même dans un Etat revenu à ses limites régaliennes, la classe politique permet d'introduire de la division entre les élites, donc d'être un contre-pouvoir de facto, même si elle n'en a pas l'intention. Un "gouvernement" par l'administration, un pouvoir technocratique, ça donne le régime de Vichy ou les administrations coloniales. Il n'y a rien de pire pour la liberté, sinon le Totalitarisme.
  18. Les ministres ne sont pas élus. C'est effectivement une question de degré, mais malgré des abus criant, on est encore loin d'un véritable régime autoritaire façon Russie poutinienne. Les meilleurs appellations de la France contemporaine seraient plus "Etat-Providence en bout de course" ou "Social-Démocratie autoritaire". La causalité fonctionne probablement en sens inverse. Si tu regardes l'histoire de France, l'apparition de l'Etat moderne (étendu sur tout le territoire, centralisé, armée et impôt national permanent, etc), se produit sous Charles VII (cf: https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_VII_(roi_de_France)). Tu as ensuite un renforcement de l'Etat qui culmine avec le colbertisme et l'absolutisme. Le premier moment démocratique, la Révolution française, ne survient que bien après. Ensuite les guerres sont un facteur majeur d'accélération des ambitions étatistes. La IIIème République était relativement libérale, mais passé la guerre de 14, le poids de l'Etat n'a fait qu'augmenter jusqu'à atteindre ses records historiques dans notre XXIème siècle. Dans ce cas, pour être équitable, il faut dire que les torts sont bien répartis entre le peuple (le démos) et ses élites. C'est justement l'erreur de la gauche radicale de croire que le "système" n'est pas démocratique, alors que c'est le cas. Mais à moins d'une révolution complète, le peuple ne peut faire autre chose que de voter pour les politiciens qui se présentent, et s'ils sont tous socialistes, il n'y peut rien (sauf s'abstenir massivement, ce qui commence à être le cas).
  19. Moi j'aime bien le terme, il a une charge affective tout à fait non négligeable, mais malheureusement l'extrême-gauche, y compris stalinienne, a fait une OPA sur lui (cf: https://fr.wikipedia.org/wiki/Progressisme), et les rares fois où je m'en suis servi, j'ai vu qu'il avait toujours cette connotation Progrès est moins connoté. Et puis parler de "libéralisme progressiste" serait une erreur rhétorique, ça donne l'impression que sans l'adjectif la chose est mauvaise.
  20. De toute façon ce n'est pas l'essence métaphysique de l'Homme qui peut être bonne ou mauvaise, mais seulement les actes d'un individu concret, qui nous permettent de savoir si celui-là est bon ou non. Et ces actes peuvent être bons ou mauvais.
  21. C'est antilibéral dans la mesure où ces personnes utilisent le pouvoir de l'Etat pour remodeler la société (et endoctriner des enfants) en violant les libertés individuelles. Sinon ce sont justes des opinions qu'on peut juger (ou non) délirantes.
  22. C'est surtout simpliste, dans les trois cas. Spinoza et Hobbes basent leur anthropologie "réaliste" (celle de Spinoza étant nettement moins sombre que celle de Hobbes, et celle de Locke encore moins) sur Machiavel. Or Machiavel ne dit pas que "l'homme est mauvais" (thèse augustinienne, l'homme est pêcheur, il lui faut la grâce), mais que les hommes sont généralement méchants. "Des hommes, en effet, on peut dire généralement ceci: qu'ils sont ingrats, changeants, simulateurs et dissimulateurs, ennemis des dangers, avides de gain." -Nicolas Machiavel, Le Prince, chapitre XVII "De la cruauté et pitié ; et s'il vaut mieux être aimé que craint, ou l'inverse".
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