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Johnathan R. Razorback

Yabon Nonosse
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Tout ce qui a été posté par Johnathan R. Razorback

  1. J'imagine que ça dépend à la fois du contenu de l'île déserte, mais surtout de qui sont l'homme et la femme en question.
  2. C'est ce qu'on appelle une opinion. Et c'est bien tout ce qu'on trouve en lisant Onfray. Une doxa libertaire néo-proudhonienne, écologiste, avec des morceaux de décadentisme de droite. Un vrai philosophe il te prend le texte de Platon ou Kant, il trouve le passage qui parle d'une hiérarchie des sens, il trouve l'argument qui soutient le raisonnement (lorsqu'il y a un argument à trouver) il y réfléchit, et s'il n'est pas convaincu il revient en disant: "X a soutenu Y en disant Z, mais en fait Z était faux en raison de ceci et de cela...".
  3. La survie collective est-elle un tout plus grand que la somme des survies individuelles dont elle est composée ?
  4. L'objectivisme a des implications politiques libérales, or le libéralisme et le nationalisme sont contradictoires. Donc évidemment qu'objectivisme et nationalisme sont incompatibles. Ce qui n'empêchait pas Ayn Rand de clamer bien haut son patriotisme envers les USA, ce qui n'est pas illogique puisque patriotisme et nationalisme sont deux choses différentes.
  5. Quel manque de bon sens ! L'idée de perdre l'ouïe, ou pire, la vue, me terrifie. Mais (bien que j'ai cru comprendre que ça impacte l'humeur), perdre l'olfaction est manifestement moins dramatique.
  6. Mais si le Juste vit dans un monde (au moins partiellement) injuste, ne serait-il pas tué précisément pour sa justice ou en déployant ses vertus ? (#Socrate , #Qui-vous-voulez). Comment peux-tu justifier la résistance à l'oppression politique en posant un tel principe ?
  7. Pas du tout. Mais c'est une objection très courante contre le rationalisme moral que tu avances là. Sauf que cette objection est elle-même relativiste. Elle procède tu fais que tu vois des gens différents qui suivent des valeurs différentes et qui mènent des vies différentes qui, pourtant, permettent également d'aboutir à des existences épanouies, heureuses. La conclusion logique semble alors être qu'il n'y a pas de vie bonne mais plusieurs, ou encore qu'il n'y a pas de lien entre bonheur et morale, ou encore qu'il n'y a pas de valeurs morales universellement valables. Tout ceci repose sur une incompréhension du pourquoi le rationaliste moral parle de la vie bonne au singulier. Il s'agit d'un concept qui écarte de ces vies heureuses particulières toutes leurs contingences, pour dégager quelles sont les vertus ou les principes moraux sous-jacents qui les rendent possibles. Et lorsqu'on les synthétise, on observe un modèle abstrait de ce que c'est que c'est que de mener une vie bonne, valable universellement, indépendant de toutes les contingences historiques, techniques, des choix professionnels*, etc., dans lesquels sont engagés les êtres humains effectifs. Le rationalisme moral eudémonistique ne consiste pas du tout à défendre l'idée que les individus devraient mener des vies identiques en tout, mais à soutenir que l'identité de leur nature implique une universalité des règles à suivre pour qu'ils réalisent la finalité de leur nature. Ce n'est pas du tout contradictoire qu'une règle ou une vertu générale se traduise dans des comportements empiriques variables (mais variables jusqu'à un certain point seulement). * ce qui ne veut pas dire qu'il n'y ait pas une éthique professionnelle. Mais elle n'a pas l'universalité de la vie bonne, puisque tout le monde ne peut pas pratiquer le même métier.
  8. 1): ça c'est peut-être une partie de l'explication causale de pourquoi l'homme se soucie de la morale, mais pas une raison pour motiver quelqu'un à être moral. 2): Pour arriver à cette conclusion tu inclus des prémisses cachées dans ton raisonnement. Tout ce que j'ai lu ici jusqu'à présent ne m'a pas fait changer d'avis relativement au fait que l'approche évolutionniste mène au relativisme. Je conteste aussi le fait de faire de la vie ou de la survie le critère justifiant la morale. Parce qu'alors il n'est que trop facile de justifier le cynisme en soulignant que la morale contraint mon action et donc hypothétiquement la maximisation de mes chances de survie: « Mon intention étant d’écrire chose utile à qui l’entend, il m’a paru plus pertinent de me conformer à la vérité effective de la chose qu’aux imaginations qu’on s’en fait. Et beaucoup se sont imaginés des républiques et monarchies qui n’ont jamais été vues ni connues pour vraies. En effet, il y a si loin de la façon dont on vit à celle dont on devrait vivre, que celui qui laisse ce qui se fait pour ce qui se devrait faire apprend plutôt à se détruire qu’à se préserver : car un homme qui en toute occasion voudrait faire profession d’homme de bien, il ne peut éviter d’être détruit parmi tant de gens qui ne sont pas bons. Aussi est-il nécessaire à un prince, s’il veut se maintenir, d’apprendre à pouvoir n’être pas bon, et d’en user et n’user pas selon la nécessité. » -Nicolas Machiavel, Le Prince, GF-Flammarion, trad. Yves Lévy, Paris, 1992 (1532 pour la première édition italienne), 220 pages, p.131. En réalité ce n'est pas la vie que la morale permet de rechercher (et c'est là mon désaccord avec Rand qui soutient le contraire ; or personne ne vit pour vivre, sauf peut-être les animaux et les plantes). C'est la vie heureuse. Comme je l'ai déjà dit la vie n'est pas un absolu. La preuve est qu'on peut en sortir. Alors que la recherche du bonheur, non. "C’est le motif de toutes les actions de tous les hommes, jusqu’à ceux qui vont se pendre."
  9. Moui enfin un jusnaturalisme à base théologique, façon école de Salamanque ou Locke, ça ne m'enchante pas forcément des masses. Cela dit il y a un truc bien chez Grotius: « Grotius écrivait bien, au début du XVIIe siècle, que le droit [naturel] serait ce qu'il est "même si Dieu n'existait pas". » -Simone Goyard-Fabre, Les embarras philosophiques du droit naturel, Paris, Librairie philosophique J. Vrin, coll. Histoire des idées et des doctrines, 2002, p.24.
  10. Ah bon ? Rappelez-moi de venir dire pourquoi ce n'est pas mon avis. Même si je partage ce qu'en a déjà dit Durandal à 70%:
  11. Il est vraiment très complet, fin et nuancé.
  12. Ah, tu ne m'encourages pas à me lancer dans son Droit de la guerre et de la paix qu'on m'a pourtant offert...
  13. Je n'ai pas vraiment le temps aujourd'hui. Sur le Glucksmann fils tu dois trouver des passages télés sur Youtube. C'est l'idéologie du PS en gros. Sur le père, on peut citer ce que disait Deleuze des nouveaux philosophes (car, oui, à côté d'un nouveau philosophe, même un nihiliste gauchiste comme Deleuze est intelligent. Comme quoi tout arrive). Sur la vacuité de la "pensée" des Nouveaux "philosophes" (alors qu'il y a une critique anti-totalitaire de gauche intelligente, qui va au fond des choses, typiquement celle de Castoriadis et Claude Lefort*), tu as un chapitre très bien dans Mai 68, l’héritage impossible de Jean-Pierre Le Goff. Tu as aussi ce bouquin. * Lesquels ont eu le tort d'avoir raison avant tout le monde, et d'être contre l'URSS avant que ça ne devienne la norme à gauche. On peut citer Boris Souvarine aussi d'ailleurs. En gros, on peut résumer la pensée de la team BHL en disant: "La politique c'est mal, la preuve ça tue des gens". Remplace politique par "économie" ou par "sport", et tu constateras la bêtise éminente du propos. Les causes historiques du totalitarisme, la manière dont on passe de la pensée de Marx à celle des bolcheviks, le pourquoi de l'aveuglement de la gauche sur l'URSS, ne sont absolument pas analysées* (mais seulement dénoncés sur le mode indigniais du camp du Bien, dans une sorte d'inversion de Sartre: "tout communiste est un anti-humaniste, donc un chien"). On rejette la faute sur une essence intemporelle "LE pouvoir politique". Mais à l'époque ça passait dans les média pour une critique révolutionnaire du communisme. * Alors qu'il existe des ex-communistes qui ont vraiment réfléchi au pourquoi de l'aveuglement de la gauche. Au hasard:
  14. Je suis d'accord mais si tu lis le texte de Ruper il n'en déduit pas du tout qu'il ne faut pas essayer de travailler ou de passer des alliances à droite. Il écrit que ça tend à prouver que les libertariens sont plus proches de la gauche qu'on ne le croit généralement (justement en raison de l'histoire spécifique des USA, du fusionisme, etc. Mais mutatis mutandis ça marcherait aussi pour le libéralisme français). Et s'il était exact que les gens qui ont des modes de raisonnements psychologiques similaires se comprennent mieux, alors ça pourrait devenir une bonne raison pour que les libéraux s'adressent prioritairement à la gauche. Du reste ce n'est pas ce que défend Ruper, lui plaide pour un rééquilibrage (après, Ruper est vice-président de Students For Liberty International, et peut-être que quelqu'un comme @PABerryer dirait que le rééquilibrage à gauche de SFL est allé trop loin ).
  15. En fait le débat date de 2013 Ruper répond à Jacqueline Otto dans une série de textes: https://www.cato-unbound.org/2013/05/10/clark-ruper/death-fusionism https://www.cato-unbound.org/2013/05/22/liberalism-individualist-worldview https://www.cato-unbound.org/2013/05/29/clark-ruper/libertarianism-radical-centrism Sa thèse est très intéressante et consiste à dire que: -les libertariens se sont approchés des conservateurs dans un contexte historique précis, celui de la Guerre froide et de la menace du communisme*. -Mais il n'y a pas de convergence de fond entre les principes des libertariens et des conservateurs. D'ailleurs à certains égards les libertariens sont plus proches de la gauche. Des recherches en psychologie tendent à montrer que les libertariens partagent avec les liberals une affinité pour des modes abstraits de raisonnements. -Le mouvement libertarien est aujourd'hui autonome (institutionnellement notamment) et perdrait en visibilité en cherchant à être une aile du Parti républicain. Il y a déjà 10 à 20 % d'électeurs libertariens qui s'ignorent, et réunir ces gens impliquent de conquérir le centre (car les élections se gagnent au centre), en attirant à la fois une partie de la gauche et une partie de la droite. * Ce qui ressemble beaucoup à la thèse de Guillaume Bernard suivant laquelle en France, les libéraux ont été classé à droite uniquement à cause de la pression des gauches, du sinistrisme et de la guerre froide.
  16. 1): Fondement. La finalité de la morale c'est de donner à l'homme les principes ou les règles dont il a besoin pour mener sa vie, y introduire de la régularité, de la prévisibilité pour autrui, et ne pas sombrer dans le chaos (d'où il suit clairement que la philosophie politique est une branche de la philosophie morale, puisque les réalités qu'elles régissent sont imbriquées, mais que l'action politique est une spécification de l'action en général). En ce sens, toute personne à une morale implicite, généralement héritée passivement de sa socialisation. Mais on retombe sur le même problème: pourquoi ne pas vouloir sombrer dans le chaos ? Pourquoi ordonner son action sinon en vue d'un but déjà donné ? Ou encore: pourquoi être raisonnable ? La raison découvre la tendance ultime de nos aspirations, dont nous n'avions conscience que confusément. En montrant que le bonheur est la fin de notre nature, en dégageant en quoi consiste celle-ci, elle permet de trouver un critère objectif, en droit admissible universellement, pour déterminer les règles moralement bonnes. 2): On peut parler d'éthique pour la partie de la morale qui ne concerne que le rapport de soi à soi (car à la différence d'Ogien, Holbach affirme, comme les classiques, que nous avons des devoirs moraux envers-nous mêmes), et de moralité pour les aspects sociaux de la morale. Puisque la morale est un guide pour mes actions et que je sais que j'ai besoin de la suivre pour mener une vie heureuse, elle me régit aussi bien sur une île déserte que n'importe où ailleurs. "Que dois-je faire ?" est une question à laquelle je dois répondre quasi-continuellement dès que je suis éveillé. Tous mes choix, toutes les techniques de survie imaginable sur mon île déserte, du rationnement à l'orientation, relèvent* d'éthique appliquée. Je dois décider continuellement de ce qu'il est bon que je fasse. (Je n'abolis la différence entre éthique et technique ; je fais remarquer que les techniques sont mises en œuvre à la suite de choix qui engagent ma personne. "Comment pêcher un poisson ?" est une question technique. "Dois-je aller pêcher mon poisson maintenant ?**" est un problème moral -bénin si on veut mais la moralité ne concerne que rarement les grands dilemmes moraux dramatiques que goûtent un peu trop volontiers les philosophes). ** Cet exemple très simple montre soit dit en passant que le questionnement moral implique le questionnement épistémologique. Ce que je sais ("il y a du poisson" + "c'est l'heure idéale pour les attraper") conditionne mes choix moraux. Mais c'est vrai que ça peut sembler difficile de distinguer ce qui relève de l'éthique ou de la moralité dans un contexte social. La plupart des actions qui je peux accomplir vis-à-vis de moi (par exemple choisir mes vêtements) concernent forcément indirectement les autres, ne serait-ce parce qu'elles impliquent la manière dont ils peuvent me percevoir. La situation-limite de l'île déserte ou de la nacelle spatiale de survie est tout de même une expérience de pensée utile pour voir que la morale n'est pas juste un guide pour vivre en société.
  17. J'ai passé un bon moment en le regardant mais... avec le recul je le trouve moins bon qu'Infinity War, lequel n'était certainement pas la tuerie cosmique qu'on m'a vendu (mais ça, je m'y attendais déjà). Je me demande même s'il y a un seul Marvel qui m'aura autant touché que le Iron Man 1. #nostalgie
  18. "There is nothing about conservatism that fundamentally aligns it with the libertarian values of individualism, freedom, equality before the law, free exchange, and peace. The libertarian movement should continue to grow beyond the recent historical anomaly that is fusionism. We have just as much to gain by working with the left as with the right." => https://www.cato-unbound.org/2013/05/22/liberalism-individualist-worldview
  19. Ils ont dû oublier beaucoup de choses, notamment que Péguy a été athée, anti-colonialiste, socialiste, républicain et dreyfusard. Personnage très intéressant.
  20. "De tout ce qu'on vient de dire, il ressort clairement que nous percevons de nombreuses choses et que nous formons des notions universelles de plusieurs façons : 1) À partir des choses singulières qui nous sont représentées par les sens d'une manière mutilée, confuse, et sans ordre valable pour l'entendement (voir le Corolaire de la Proposition 29). C'est pourquoi j'ai l'habitude d'appeler ces perceptions : connaissance par expérience vague. À partir des signes, quand, par exemple, après avoir lu ou entendu certains mots, nous nous souvenons des choses et nous en formons certaines idées semblables à celles par lesquelles nous imaginons les objets (voir le Scol. de la Prop.18). Ces deux façons de saisir les choses, je les appellerai désormais connaissance du premier genre, opinion ou imagination." (Éthique II, proposition 40, scolie 2).
  21. Les autres candidats au statut de finalité de la nature humaine ne sont guère convaincants. Comme je l'ai dis plus haut, le plaisir a un aspect dynamisant qui fait qu'on ne peut pas le qualifier d'état final. La mort est aussi une certaine sorte d'état final mais elle n'est pas propre à l'être humain, et je ne vois pas comment on pourrait en tirer une normativité. Toutes les prescriptions qu'on peut imaginer vis-à-vis de la mort ("meurt bien", "meurt le plus tard possible") semblent gratuites si on les coupe de la recherche du bonheur de l'agent. Il y a bien Augustin qui transforme l'eudémonisme ancien en posant que le vrai bonheur que recherche l'homme est supra-terrestre. Sauf qu'admettre le salut comme finalité de l'être humain suppose d’admettre un paquet d'idées invraisemblables et indémontrables. Sur le pessimisme de Schopenhauer: "Vivre heureux peut seulement signifier ceci: vivre le moins malheureux possible ou en bref vivre de manière supportable." -Arthur Schopenhauer, L'Art d'être heureux. « La satisfaction, le bonheur, comme l’appellent les hommes, n’est au propre et dans son essence rien que de négatif ; en elle, rien de positif. Il n’y a pas de satisfaction qui d’elle-même et comme de son propre mouvement vienne à nous : il faut qu’elle soit la satisfaction d’un désir. Le désir, en effet, la privation, est la condition préliminaire de toute jouissance. Or avec la satisfaction cesse le désir, et par conséquent la jouissance aussi. Donc la satisfaction, le contentement, ne sauraient être qu’une délivrance à l’égard d’une douleur, d’un besoin (...) Tout bonheur est négatif, sans rien de positif ; nulle satisfaction, nul contentement, par suite, ne peut être de durée: au fond ils ne sont que la cessation d’une douleur ou d’une privation. » -Arthur Schopenhauer, Le Monde comme volonté et comme représentation, livre IV, chapitre 58, traduction Burdeau revue par Richard Roos, PUF, Paris, 2004, pp.403-404. Sa thèse est fausse parce que si on examine nos expériences de bonheur (et ça suffit en fait pour sentir intuitivement combien la description qui précède est erronée), il y a des cas où ne verra pas du tout à quelle souffrance antérieure ledit bonheur viendrait venir répondre. Et conceptuellement, s'il avait raison, il faudrait alors dire d'un individu plongé dans le coma ou privé de souffrances par des moyens chimiques qu'il est heureux, ce qui semble manifestement abusif. En réalité le bonheur ne cesse pas du tout parce qu'il est dénué de positivité, il cesse parce qu'il est interrompu par des causes extérieures.
  22. Ceux qui voient un autre fondement à la moralité peuvent en proposer (d'ailleurs tu n'as pas répondu à ma question sur le sujet). Si la nature humaine n'a pas de tendance interne nécessaire, être heureux est un but aussi discutable qu'un autre, et je ne vois pas sur quelle base rationnelle on peut chercher à convaincre autrui de préférer le comportement moral. Donc, par élimination des alternatives, mon fondement me paraît le meilleur, même si j'ai dû mal à rendre évident que la nature humaine a un aspect téléologique et normatif (ce qui en fait un fait bizarre, qui serait à la fois un fait et une norme). Je pourrais aussi défendre cette idée en suggérant que les principes philosophiques fondamentaux sont souvent bizarres ou contre-intuitifs. Le fait que ce soit un peu étrange ne prouve pas que c'est faux.
  23. L'argument est plutôt de dire que dans ton activité productive, tu met en œuvres des dispositions ou des savoir-faire que tu as acquis grâce à la société. Mais il y a plusieurs sauts logiques avant que ce fait trivial (le self-made man n'est pas un Robinson Crusoé) puisse devenir une légitimation de l'impôt et de la redistribution. Et d'ailleurs si c'était une justification un minimum cohérente, il faudrait que la redistribution soit dirigée vers les membres de la société qui m'ont effectivement permis de développer des talents, et non pas de façon random ou vers des gens "qui en ont besoin".
  24. 1): Holbach a lu l'Éthique et on peut dire que son ontologie est une sorte de spinozisme matérialiste (en mieux ). Dire que l'être humain a une finalité naturelle (alors que tout le reste de la nature n'est compréhensible que par la causalité) n'est pas contradictoire avec le déterminisme mécaniste et le rejet du libre-arbitre. Dire que la volonté est déterminée n'est pas nier que l'homme soit doté d'une volonté (ou qu'il fasse des choix). Et cette volonté le différencie de la matière inerte: il est naturellement motivé ou orienté vers des choses. Mais si on examine la structure de cette intentionnalité, on s'aperçoit qu'il ne veut pas simplement tel objet ou telle fin exclusivement, mais quelque chose d'autre par la médiation de son action -jusqu'à épuisement temporaire du désir d'agir. C'est en tout cas comme ça que je comprends la praxéologie de Mises, et aussi ces textes: « Est final, disons-nous, le bien digne de poursuite en lui-même, plutôt que le bien poursuivi en raison d'un autre ; de même, celui qui n'est jamais objet de choix en raison d'un autre, plutôt que les biens dignes de choix et en eux-mêmes et en raison d'un autre ; et donc, est simplement final le bien digne de choix en lui-même en permanence et jamais en raison d'un autre. Or ce genre de bien, c'est dans le bonheur surtout qu'il consiste, semble-t-il. Nous le voulons, en effet, toujours en raison de lui-même et jamais en raison d'autre chose. L'honneur en revanche, le plaisir, l'intelligence et n'importe quelle vertu, nous les voulons certes aussi en raison d'eux-mêmes (car rien n'en résulterait-il, nous voudrions chacun d'entre eux), mais nous les voulons encore dans l'optique du bonheur, dans l'idée que, par leur truchement, nous pouvons être heureux, tandis que le bonheur, nul ne le veut en considération de ces biens-là, ni globalement, en raison d'autre chose. […] Donc, le bonheur paraît quelque chose de final et d'autosuffisant, étant la fin de tout ce qu'on peut exécuter. » -Aristote, Éthique à Nicomaque, I, 5, trad. R. Bodéüs, Paris, Flammarion, 2004, p. 67-68. « Tous les hommes recherchent d’être heureux. Cela est sans exception, quelques différents moyens qu’ils y emploient. Ils tendent tous à ce but. Ce qui fait que les hommes vont à la guerre et que les autres n’y vont pas est ce même désir qui est dans tous les deux accompagné de différentes vues. La volonté ne fait jamais la moindre démarche que vers cet objet. C’est le motif de toutes les actions de tous les hommes, jusqu’à ceux qui vont se pendre. » -Blaise Pascal, Pensées, 138, édition Michel Le Guern (1670 pour la première édition). 2): De mon point de vue ce ne serait pas un humain, par définition. D'ailleurs je ne me prononce pas sur le fait que les êtres vivants non-humains ont une finalité ou pas. Vu de loin on dirait quand même que les mammifères ou les formes supérieures du vivant recherchent naturellement un certain bien-être ; mais différent du bonheur humain. Bien sûr il y a des gens qui prétendent ne pas chercher le bonheur ("L'homme n'aspire pas au bonheur ; il n'y a que l'Anglais qui fait cela." -Friedrich Nietzsche, Le Crépuscule des idoles, "Maximes et pointes", trad. Henri Albert, GF-Flammarion, 1985 (1889 pour la première édition allemande), 250 pages, p.73, §12). Mais si j'ai raison, c'est une méconnaissance de leur propre nature.
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