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Johnathan R. Razorback

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Tout ce qui a été posté par Johnathan R. Razorback

  1. 1): Disons que la plupart des soi-disant dilemmes moraux insolubles que j'ai pu croisé ne m'ont guère paru difficile à résoudre dans le cadre théorique que j'ai retenu, et donc a priori je suis optimiste sur le fait qu'il n'existe en fait pas de dilemmes insolubles ou de situations où toutes les parties auraient autant raison les unes que les autres (d'ailleurs je compte écrire un petit essai sur le cas paradigmatique de Créon et Antigone pour exposer cette idée). Mais je ne vois pas comment on pourrait établir définitivement et par avance qu'il en serait ainsi dans tous les cas conflictuelles imaginables. C'est plus une orientation de pensée qu'une position théorique en bonne et due forme. 2): Avec plaisir ;)
  2. Je n'ai pas eu le temps d'éditer mais l'extrait de Freund que j'ai cité (p.5) est bien sûr tiré de son indispensable opus magnum, L'Essence du politique. Sinon je crois que c'est mon meilleur post depuis longtemps J'arrive de mieux en mieux à présenter "ma" philosophie (enfin j'espère que c'est aussi clair pour vous que pour moi ! XD).
  3. 1): Je dirais plus exactement que la morale et la politique (dont le droit est un outil) sont autonomes mais que la seconde est hiérarchiquement ordonnée à la première (et je serais tenté de soutenir que toutes les essences, au sens anthropologique de Freund, sont en fait hiérarchiquement subordonnées à la morale, car la morale étant ce que je dois faire, toute activité humaine imaginable en est de facto une partie, même s'il est important de saisir que toutes ces activités ou dimensions existentielles de l'être humain ont des buts ou des règles spécifiques. En ce sens, Machiavel -dont s'inspire explicitement Freund- demeure un penseur majeur en soulignant que les vertus politiques ne sont pas celles qu'on peut attendre d'une personne privée, leçon dont l'expérience quotidienne montre qu'elle n'est pas acquise): "Au deuxième sens, l’essence a un caractère ontologique. Elle définit alors une des orientations et activités vitales ou catégoriques de l’existence humaine, sans lesquelles l’être humain ne serait plus lui-même. Toute essence en ce sens a pour fondement une donné de la nature humaine ; par exemple il y a une politique parce que l’homme est immédiatement un être social, vit dans une collectivité qui constitue pour une grande part la raison de son destin. La société est donc la donnée du politique, comme le besoin est la donnée de l’économique ou la connaissance celle de la science. Dans ce cas il ne s’agit plus seulement d’analyser l’essence du politique et nous dirons même que la politique est une essence. Nous croyons qu’il y a six essences de cette sorte : la politique, l’économie, la religion, la morale, la science et l’art. Comprises en ce deuxième sens les essences se distinguent de ce que nous appelons les dialectiques, comme le droit, la question sociale, l’éducation, etc. La caractéristique de ces dialectiques consiste en ce qu’elles ne se fondent pas sur une donnée de la nature humaine, mais sur deux ou plusieurs essences au sens ontologique. Ainsi le droit a pour fondement la morale et la politique, la question sociale a pour fondement la politique et l’économie." (p.5) Le problème que j'ai avec Freund est qu'il est tellement engagé dans une lutte pour souligner l'autonomie des essences (typiquement: la politique est irréductible à la morale -d'où sa critique impitoyable du pacifisme, qui n'a rien à voir avec faire la paix), à lutter contre les confusions ou les prétentions abusives de l'une sur l'autre, qu'ils ne les pensent plus comme hiérarchisées (ce qui devait à mon avis être le cas dans la tradition aristotélo-thomiste). Il suppose en passant que « La confusion entre politique et morale est peut-être nécessaire à toute entreprise politique qu’elle soit de commandement ou de révolte. » (p.179), mais il considère justement ça (à tort) comme une confusion, pas comme un indice d'une primauté d'une dimension de l'existence humaine sur les autres, d'une dépendance de la politique envers quelque chose qui n'est pas elle et qui lui donne un sens hors duquel elle serait une activité vidée de sa finalité, réduite à la pure recherche et conservation du pouvoir, définalisée comme le serait une éducation qui se limiterait à contrôler les élèves sans les instruire ni les rendre autonomes, ou un art qui se limiterait à exprimer des émotions ou mobiliser une technique ou "créer du nouveau" ou "faire passer un message", sans souci pour la qualité proprement esthétique (c'est-à-dire la beauté) résultante de l'activité... (cette dernière phrase est dédiée à @NoName). Il écrit au contraire que: "Entre politique et morale il y a une différence d’essence. L’une n’est pas le prolongement ni l’aboutissement ni le couronnement de l’autre." (p.42) -ce qui ouvre la voie au collectivisme en ce sens que, si on pose le bien moral et le bien politique comme séparés, on doit alors admettre qu'il y a des situations où les deux entrent en conflit sans pouvoir être réconciliés, on l'on se retrouve sans principes pour choisir ce qui serait préférable, où l'on doit préférer arbitrairement Créon ou Antigone sans qu'une objectivité puisse permettre d'argumenter et de légitimer nos préférences, et où l'on peut in fine choisir arbitrairement de privilégier un "intérêt général" hypostasié contre le bien de l'individu. Or il me semble que la situation tragique ainsi définie n'existe en fait pas (parce qu'il ne peut y avoir de conflits entre différents biens qui sont réellement des biens, inter-individuels ou entre l'individu et la collectivité. Mais j'admets qu'à ce stade je ne saurais pas comment démontrer systématiquement cette thèse, et que d'aucun pourrait railler un libéralisme universalisme "naïf" et abusivement optimiste, qui se donne a priori des "harmonies" éthiques là où il n'y en a pas toujours). 2): Non. Je m'oppose au perfectionnisme politique, c'est-à-dire que je conteste que le pouvoir politique soit à la fois légitime et capable de rendre les individus bons, de les faire se conformer à un modèle de la vie bonne. D'une part parce qu'on ne peut pas rendre les gens bons par des moyens violents (et la Loi repose sur la force publique et non sur la seule autorité que nous sommes prêts à conférer à nos gouvernants) ; d'autre part parce que si on admet comme légitime de telles prétentions et une telle étendue au pouvoir politique, les conceptions de la vie bonne étant très différentes au sein de la société, tous les groupes dotés d'un idéal éthique chercheront à utiliser le pouvoir pour l'imposer aux autres, ou du moins à tenir le pouvoir pour empêcher les autres de les détruire. Il s'ensuivra une guerre de tous contre tous. C'est justement pour sortir de ce cercle vicieux que le libéralisme s'est développé comme solution politique aux guerres de religions. Mais dire que le pouvoir politique ne peut ni ne doit chercher à rendre les individus bons, ce n'est pas dire qu'il ne peut pas obliger les hommes à agir en conformité avec certains principes moraux... Car dire cela serait rompre la subordination du politique à la morale, et vider la loi de tout contenu éthique (ce que fait le positivisme juridique. Ce n'est pas un hasard si Hobbes, observant les ravages des guerres de religion et donc du perfectionnisme politique, ait pensé trouvé la solution de la paix civile dans le relativisme moral et dans le fait de vider la loi de tout fondement moral pour la réduire à un impératif de survie en se subordonnant au pouvoir). Hobbes (et Spinoza) avaient raison de dire (et étaient "pré-libéraux" en souhaitant) que le pouvoir politique doit se contenter de l'obéissance des gouvernés à la Loi, et non d'une adhésion en leur fort intérieur au contenu de la loi, d'une transformation de la qualité éthique des gouvernés par la Loi. Ce faisant, ils portèrent un coup puissant à l'encontre du perfectionnisme politique de la tradition occidentale (de Platon à la scolastique tardive). Mais ils le combattirent à partir de mauvaises prémisses (relativistes, contractualistes, et reconduisant une forme d'absolutisme positiviste-juridique). L'erreur, ce n'était pas de subordonner la politique à la morale, c'était et de se tromper sur la véritable morale, et de chercher à réaliser intégralement une moralisation des êtres humains par des moyens politiques (donc violents). Si les gouvernés ne sont pas tenus d'adhérer à la loi ou de se laisser transformer qualitativement par elle, mais seulement de lui obéir pour assurer la continuité de l'ordre social et politique, ils ne sont plus empêchés de réfléchir et de discuter du bien-fondé de la Loi (et en ce sens Hobbes et surtout Spinoza sont "pré-libéraux" en ruinant la légitimité de la censure, qui est cohérente dans le cadre du perfectionnisme politique où l'on veut, depuis Platon, transformer les croyances intimes des gouvernés). Du coup, il devient possible de voir (mais ça implique de reconnaître la validité d'une certaine ontologie et d'une certaine anthropologie) que certaines lois sont objectivement meilleures que d'autres, que la Loi doit se subordonner à certains principaux moraux fondamentaux et que le pouvoir politique peut être renversé s'il les violent (et historiquement c'est là qu'arrive John Locke, qui n'est ni relativiste ni perfectionniste). On peut donc échapper à l'arbitraire positiviste sans retomber dans le perfectionnisme et son incapacité à faire coexister des groupes ayant des conceptions divergentes de la vie bonne. Je soutiens donc que la morale est objective, universelle, rationnellement découvrable, et que le pouvoir politique doit s'y conformer (ce qui implique que les gouvernés, en suivant la Loi, suivront certains principes moraux, mais ce n'est pas une conception perfectionniste parce que ces principes se limitent à rendre la vie sociale possible malgré la conflictualité des idéaux et des valeurs, et non à faire en sorte que les individus suivent une conception de la vie bonne, qui a un caractère "totalisant" -elle ne définit pas seulement la justice mais la totalité de ce que je devrais faire et être). Je défends donc une conception libérale jusnaturaliste. Je ne dirais pas non plus que la morale est personnelle. Je pense que les principaux moraux sont universellement valables et qu'il implique des vertus et des attitudes qui déterminent ce qu'est la vie bonne (la manière dont cet idéal général se décline en des vies particulières faites de goûts et d'activités diverses est un problème beaucoup moins sérieux que ne le croient les sceptiques ou les relativistes, mais je le traiterais une autre fois). Tout ce que je me borne à soutenir est que l'existence d'un genre de vie objectivement meilleur que les autres ne fonde pas les prétentions d'un pouvoir politique à chercher à l'imposer, et s'y opposerait même (parce que la rectitude morale conduit à s'opposer à un pouvoir politique abusif).
  4. Le Président a déclaré qu'il tiendrait ses engagements. Et aussi qu'il assume ne pas supprimer les postes de fonctionnaires prévus et annoncés durant sa campagne, si le gouvernement estime que "ça n'est pas tenable". Cherchez l'erreur...
  5. Le perfectionnisme politique est une forme de collectivisme basé sur des prémisses morales très spécifiques. Il y a des perfectionnistes de gauche (le jacobinisme me semble tomber sous cette catégorie, avec sa référence constante à la vertu), mais pleins de courants de gauche ne sont pas perfectionnistes, soit parce qu'ils sont "individualistes" ou plutôt pluralistes (Rawls par exemple dirait pas, je crois, qu'il y a une hiérarchie des modes de vie ou qu'un mode de vie en particulier est meilleur que tous les autres et doit être imposé politiquement. Et Rawls a influencé un paquet d'autres penseurs politiques contemporains), soit parce qu'ils sont relativistes (comme peuvent l'être, de manière très différentes, Karl Marx, Isaiah Berlin, Castoriadis, ou encore les post-modernes à la Deleuze / Foucault). La différence entre les perfectionnistes politiques et les autres est que les premiers veulent utiliser le pouvoir politique pour façonner les individus vers le modèle abstrait unique d'une certaine individualité, alors que les autres ne formulent pas leurs objectifs politiques de cette façon. Mais en pratique, ils peuvent soutenir les mêmes lois ou les mêmes partis. On peut imaginer qu'un écologiste socialiste perfectionniste n'aura guère de divergences concrètes d'avec son compère non-perfectionniste. Leurs prémisses morales et leur façon d'argumenter seront simplement différentes. Le second pourra se contenter de poser comme souhaitable des objectifs qui n'ont rien à voir avec la qualité éthique des personnes, par exemple dire qu' "il faut sortir du capitalisme destructeur de la nature" ou que "les animaux ont une valeur intrinsèque". C'est important de maîtriser cette catégorie parce qu'une fois qu'on a montré que le perfectionnisme politique est intenable, on réfute plusieurs positions différentes à la fois à droite (auquel cas en général conservatrices, peut-être fascistes aussi mais c'est moins clair) et à gauche. C'est un sacré gain de temps, en plus du bug cognitif qu'on peut produire chez l'adversaire en lui montrant qu'il résonne exactement comme des gens dont les positions l'horrifient (par exemple le jacobin ou le liberal pour le conservateur, et inversement).
  6. C'est @Marlenus qui soutenait que seul 4) était un problème. Moi je soutiens que tous ces éléments sont illégitimes. Ou plutôt, seul 3) n'est pas illégitime si 1), 2) et 4) ne sont pas présents. Car un Etat libre aussi recours à la violence contre les criminels. Ce n'est pas un problème à partir du moment où les règles sont justes, c'est au contraire une nécessité pour qu'il y ait une justice.
  7. Non mais je ne laisserais personne insinuer que je ne suis pas ouvert d'esprit et nuancé. Là, le titre est très joli
  8. Le XXe siècle est décidément le siècle de toutes les atrocités... (et encore, je n'en sais pas la moitié visiblement). J'allais faire une vanne mais @Soda y a pensé avant moi. Mais c'est très bien qu'il nous reste tous ces manifestes esthétiques, ça remet du compréhensible au milieu de l'absurde. Telle méthode, tel résultat. C'est très instructif.
  9. 1): Entre cette critique et l'incompréhension primaire des gens qui me rétorquent que le droit n'est pas naturel parce que les animaux n'en ont pas, ça fait un moment que je milite pour privilégier l’appellation de normes naturels ou de bien naturel. Un autre argument est que les notions de droits ou de loi, projetées sur la nature, l' "anthropomorphise", ce qui a peut-être un sens dans un cadre théologique chrétien, mais pas en dehors. Alors que parler de norme est cohérent avec l'ontologie matérialiste que je présuppose. 2): Je pense qu'on peut peut-être dire que la justice est une partie du Bien (ça semble valide de dire que faire le bien c'est davantage que seulement rendre justice). En outre (mais le droit est une réalité que je comprends assez mal donc je m'avance à petit pas) le droit -ou plutôt le pouvoir politique dont le droit n'est qu'un outil parmi d'autres- doit être hiérarchiquement dépendant la morale* pour éviter le positivisme juridique. Par contre hiérarchisation ne veut pas dire absence d'autonomie ; ça semble valide de dire qu'un risque de confusion entre droit et morale existe. Tous les concepts moraux ne peuvent pas être transformés en concepts juridiques, ou l'être tels quels. Par exemple on pourrait soutenir que l'amour ou du moins certaines de ses formes sont moralement bonnes, mais on voit mal comment ça pourrait devenir un principe juridique, si tant est que l'effectivité du droit est garantie par la violence du pouvoir politique, et qu'un amour rendu effectif par de la violence apparaît comme une impossibilité. (D'une manière générale faire des obligations morales impliquant l'exercice d'une vertu des obligations juridiques -comme le préconisent les perfectionnistes politiques, généralement conservateurs- est contradictoire, parce qu'il n'y a pas de vertu contrainte -alors que la simple non-nuisance à autrui peut être garanti par la menace du gendarme, jusqu'à un certain point en tout cas). * Ce que Julien Freund me semble ignorer, trop occupé qu'il est à souligner l'autonomie du politique vis-à-vis de la morale. Or autonomie n'est pas indépendance complète... Lui-même semble l'admettre discrètement ici ou là, mais comme à contrecœur.
  10. WOW, bah TIL un truc dit donc. Le nouvel esprit du capitalisme a encore frappé.
  11. C'est un bon résumé (le 4ème groupe étant le pouvoir en place et son "on va reconstruire en 5 ans en mieux..."). Mais ce sont surtout des individus isolés ou des groupuscules sur Internet. Le cas de Jean MESSIHA est beaucoup plus sérieux puisqu'il est quand même membre du bureau national du RN.
  12. Mais non, ils sont devenus socialistes précisément parce que trop de liborgiens les ont accusé de l'être !
  13. "Ce rassemblement, qui réunira environ 50000 adhérents et sympathisants." Mouarf. Mais bon, je leur souhaite bonne chance anyway. Peut-être cela sera un nouveau départ et que certaines erreurs du passé ne seront pas répétées.
  14. Je viens de voir qu'ils ont aussi une affiche contre les travailleurs détachés et la concurrence déloyale. Du coup, je vois mal la différence avec ce que défendent Mélenchon et le Rassemblement national (ou DPA).
  15. Tient, j'avais raté cette déclaration de Madame Pécresse. Toujours intelligent d'insulter un pays qui est notre premier débouché commercial et le seul avec lequel nous menons des coopérations liées à la dissuasion nucléaire.
  16. Aller. Rassurez-moi pour une fois, c'est une fake new n'est-ce-pas ?
  17. Ce n'est pas un spectacle agréable de voir un esprit sain sombrer dans la folie: "Le terme de gender est né au début des années 1960 aux États-Unis. D’abord utilisé en psychiatrie et en psychanalyse (Robert Stoller), il migre ensuite vers la sociologie (Ann Oakley), avant d’arriver en France en 1988 avec l’article de l’historienne Joan Scott, où il désigne « une catégorie utile d’analyse historique »." -Didier Lett, "Les régimes de genre dans les sociétés occidentales de l'Antiquité au XVIIe siècle", Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2012/3 (67e année), pp.563-572. "Le clivage binaire sexe/genre, qui définissait le genre comme une assignation sociale de signification à des différences de sexes données biologiquement, demeure en place en dépit d’une génération de chercheurs qui ont tenté de déconstruire cette opposition. Je l’ai déjà mentionné, la déconstruction mettait l’accent sur le fait que le sexe, à l’instar du genre, devait être appréhendé comme un système de significations fabriquées et plaquées ; ni le sexe, ni le genre n’ont à voir avec la nature, l’un et l’autre sont produits par la culture. Le sexe n’était pas un phénomène transparent ; il a acquis son statut naturel rétrospectivement, pour justifier l’assignation des rôles genrés. Aussi longtemps que les « femmes » continueront à « servir de toile de fond passive aux conceptions changeantes du genre » (Riley 1988 : 7), notre histoire reposera sur un fondement biologique que les féministes – sur le plan théorique au moins – cherchent à contester. Tel était l’argument, il y a déjà deux décennies, de Denise Riley (1988)." "Il n’existe pas d’essence de la féminité (ou de la masculinité) qui puisse servir de sujet stable à nos histoires ; il n’y a que des occurrences successives d’un mot dont le référent, donc la signification, varie sans cesse." -Joan W. Scott, "Le genre : une catégorie d'analyse toujours utile ?", Diogène, 2009/1 (n° 225), pp.5-14.
  18. Je n'ai pas une haute opinion de la philosophie française du XIXème et le peu que j'ai lu sur Victor Cousin en particulier ne donnait guère envie. Mais je suis en train de réviser mon opinion en raison de ce texte sur l'esthétique. Si la thèse est traditionnelle, elle n'en demeure pas moins tout à fait défendable et Cousin le fait en alliant la clarté à une certaine grâce littéraire. (Bon par contre quand il se met à discuter des opérations des diverses facultés, j'avoue que c'est le genre de sujet philosophique qui m’endort, et l'auteur du Mythe de Sisyphe est de mon avis).
  19. Texte intéressant sur ce que je qualifierais de tendance impolitique du mouvement: "Le mouvement des Gilets jaunes, en particulier depuis que le RIC est devenu son cheval de bataille, a mis sur le devant de la scène une autre conception de la politique, que l’on peut qualifier de citoyenniste. Elle repose sur la revendication d’une déprofessionnalisation de la politique, au profit d’une participation directe des citoyens, visant à faire régner l’opinion authentique du peuple, sans médiation. Le peuple, ici, est un peuple considéré comme uni, sans divisions partisanes, sans idéologies, une addition d’individus libres dont on va pouvoir recueillir la volonté par un dispositif simple, en leur posant une question, ou en tirant au sort parmi eux un certain nombre d’individus libres qui vont pouvoir délibérer en conscience. Il s’agit d’une politique du consensus*, appuyée sur une conception essentiellement morale de la situation actuelle, avec d’un côté les citoyens et leur bon sens, et de l’autre les élites déconnectées, souvent corrompues, surpayées et privilégiées." * Ce qui est une contradiction dans les termes. "Le mouvement des Gilets jaunes s’oppose aux technocrates, mais il en reprend largement la conception péjorative de la politique partisane et la manière de penser l’action publique. Le citoyennisme est le pendant démocratique du macronisme qui nous disent tous les deux qu’il faut en finir avec les idéologies : l’un comme l’autre réduisent la politique à une suite de problèmes à résoudre, de questions auxquelles répondre." Noter que les mêmes remarques seraient valides pour qualifier certains acteurs "populistes". Le discours que tient par exemple Tatiana Ventôse est typiquement de type citoyenniste (et donc impolitique comme dirait Julien Freund). Elle dénonce la classe politique "qui ne fait pas son travail" (comme si la politique était réductible à une technique et n'impliquait pas un conflit intrinsèque sur les finalités, c'est-à-dire sur le Bien), elle veut les remplacer mais n'indique jamais quelle politique alternative elle conduira à la place, et elle est donc contrainte de se réfugier dans une posture morale ("nous nous serions décents et honnêtes"), comme si être une personne moralement bonne et faire le bien politique était strictement la même chose (confusion d'autant plus surprenante que la demoiselle est une lectrice de Machiavel, dont l'idée centrale est justement que les vertus privées et publiques diffèrent et même sont inconciliables).
  20. D'autant qu'il s'est fait expulser d'Allemagne et de France pour ses activités politiques. Et il a joué un rôle actif au sein de la Ière Internationale. On peut reprocher à Marx ce qu'on veut mais il n'était pas là pour épater le bourgeois et se dédire lorsque le militantisme devenait contraignant.
  21. Je ne crois guère que ce soit parce que les auteurs marginalistes (a supposé qu'il les aient lu), lui auraient paru un obstacle théorique. Les raisons sont vraisemblablement extra-scientifiques: "La santé de Marx est minée par son travail politique inlassable d'organisation de l'Internationale et la rédaction encore plus épuisante de son œuvre. Mais le fait qu'il boive de façon croissante avec l'âge a beaucoup aggravé ses problèmes héréditaires de foie. En 1866, il peut boire chaque jour jusqu'à un litre et quart de stout (une bière brune très forte). Parallèlement, il fume également beaucoup et parce qu'il est pauvre, il fume du tabac de piètre qualité. Il est touché successivement par trois maladies : hépatite, furonculose et tuberculose pulmonaire25. Il laisse pour l’essentiel à Engels le soin de suivre les développements du SPD, même si en 1875 Marx écrit une critique très sévère du programme de Gotha du SPD. Karl Marx se consacre ensuite essentiellement à l'achèvement du Capital, pour lequel il collecte une masse considérable de nouveaux matériaux et, en plus des langues vivantes qu'il maîtrisait déjà (français, anglais, italien et allemand), apprend le russe. Toutefois, sa santé déclinante l'empêche d'achever les deux derniers volumes du Capital. Engels se chargera par la suite de rassembler et mettre en forme ses notes afin de publier des matériaux partiels."
  22. Il dit aussi que les Britanniques empêchaient la mise en place d'une taxation européenne sur les transactions financières, mais que maintenant on allait voir ce qu'on allait voir... Le bon côté du Brexit c'est que la nocivité de l'UE en tant que couche étatique supplémentaire ne pouvant se constituer que par une dynamique interventionniste se manifeste sans plus aucune ambiguïté. La conclusion libérale conséquente s'impose d'elle-même.
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