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Mégille

Tribun de la Plèbe
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Tout ce qui a été posté par Mégille

  1. Mégille

    Shower thoughts

    Je me représentais plutôt le genre "de cape et d'épée" comme se situant au moyen-âge. My bad. Intéressant tout de même de remarquer que le mousquetaire et le cowboy sont également des évolutions de la figure du chevalier, dans des directions assez différentes.
  2. Mégille

    Shower thoughts

    Si la France était restée une monarchie/si elle l'était redevenue après la troisième république comme les députés le souhaitaient, les républiques auraient sans doute été vue comme de brèves expériences, transitoires par nature... Et on aurait peut-être vu un "genre mousquetaire" se développer dans l'imaginaire et les récits populaires français, en parallèle au genre cowboy des américains. Ce qui aurait été profondément nul, puisqu'alors que le cowboy est un homme humble et indépendant se battant pour sa liberté et faire respecter le nap, le mousquetaire n'est qu'une sorte de crs royaliste se battant pour des valeurs collectivistes. Nous vivons donc dans le meilleur des mondes possibles, ou presque.
  3. Ce n'est pas récent, c'est déjà la thèse que Arendt développe dans tout le tome II de son Origine du totalitarisme. Mais de façon un peu plus subtile, peut-être. Ce n'est pas tant, pour elle, le racisme qui cause le colonialisme puis le colonialisme qui cause ensuite le nazisme, mais c'est plutôt d'abord l'impérialisme/colonialisme qui cause à la fois le racisme (comme idéologie moderne, qui lui sert à se légitimer dans les colonies) et le totalitarisme (qui, en tant qu'administration d'un peuple pris comme masse, ne fait effectivement qu'appliquer en métropole ce qui était déjà expérimenté dans les colonies).
  4. Marrant, j'avais perçu la druide comme loyal-neutre (elle reste fidèle aux intérêts de sa communauté et se fiche pas mal, voire méprise, les autres), le mage et le ménéstrel comme initialement true neutral et chaotique neutre respectivement, pour ensuite devenir neutre-bon et chaotique-bon (leurs modes de vie initiaux ne sont pas particulièrement "bon" et ils ont peu de scrupules moraux à ce sujet, et je ne vois pas en quoi le mage est chaotique, il est assez constant dans ses décisions, reste fidèle à son projet de courtiser la druide, etc). D'accord évidemment pour la mage rouge loyal-mauvais. Et j'aurais vu l'escroc chaotique-mauvais. Mais bon, j'imagine qu'on a tous notre propre façon d'interpréter et de jouer l'alignement de notre personnage.
  5. J'hésitais entre ouvrir un nouveau sujet et poster dans un topic plus généraliste, mais tout compte fais, je préfère déterrer celui-ci... Savez vous qui a mis en place les différentes modes urbanistiques aux USA ? Je pense en particulier à ce modèle majoritaire, particulièrement laid (pas celui de NY) du patchwork de gratte-ciel et de parking en guise de centre-ville, entouré de banlieues pavillonnaires identiques. Je crois avoir vu quelque part que des réformes hygiénistes d'il y a un siècle y ont contribués, mais je ne sais pas qui les a mis en place. Dans quel mesure l'état (ou la municipalité, etc) contribue à planifier la ville là bas ?
  6. J'ai déjà entendu le "al". Il ne me plaît pas, et encore moins à l'écrit, je l'entends mentalement comme s'il était prononcé avec un fort accent québécois. Et même sans ça, ça ressemble un peu trop à un diminutif de prénom. Mais peu importe, tout ça devrait moins être une question d'inclusivité que de liberté artistique.
  7. Inhabituel. Dans les milieux woke, l'usage est plutôt d'utiliser "toustes". J'apprécie la créativité lexicale, toutefois. Ce n'est pas encore au niveau de Rabelais, et plusieurs formes sont assez laides, mais on est sur la bonne voie. J'aime tout particulièrement l'usage du "ae", très élégant, j'espère que ça va accrocher.
  8. Mégille

    Aujourd'hui, en France

    C'est ce qu'il prétend en effet. Reste qu'il a aussi été publiquement anti-covidiste.
  9. Mégille

    Shower thoughts

    Ca peut sembler anodin, mais je suis sûr que ça a aujourd'hui un impact important notamment en Afrique, où la plupart des pays ont soit l'anglais soit le français (ils ont de la chance d'avoir évité les danois, j'imagine) comme langue administrative, sans que ce ne soit la langue maternelle de la totalité de leurs populations.
  10. Mégille

    Shower thoughts

    Le thai semble appartenir à la même famille que le français, le mandarin et le russe (et peut-être les hiéroglyphes) : https://link.springer.com/chapter/10.1007/978-3-030-05977-4_12 Le danois, aussi connu pour son orthographe demèrd, me donne plutôt l'impression d'une difficulté symétrique, comme l'anglais. https://ebooks.au.dk/aul/catalog/download/322/218/971-1?inline=1 Il faudrait voir si ça correspond aux structures sociales et de pouvoir auxquelles je m'attends. Quoi qu'il en soit, les orthographes complexes, par rapport à la diversité des langues, semblent être l'exception plus que la règle. Je me demande si la complexité asymétrique est intrinsèque aux écritures logographiques, plus anciennes. Je crois que le maya autorisait une certaine liberté dans les rébus par lesquels les mots sont formés, ce qui simplifie l'écriture (moins de chance de se faire démasquer comme émetteur illégitime en utilisant le mauvais rébus), mais complexifie peut-être la lecture. Ce qui en ferait une écriture aristocratique comme l'anglais. A vérifier. Les écritures phonographiques semblent toutes avoir initialement visée la transparence. Le fait de conserver une orthographe malgré des difficultés soit de lecture et d'écriture (chez les langues aristocratiques) soit seulement d'écriture (chez les langues bureaucratiques) semble être des innovations ultérieures (sauf peut-être pour le thai ?), lorsque les classes au pouvoir ont inconsciemment découvert qu'elles pouvaient en tirer profit.
  11. Mégille

    Shower thoughts

    Il me semble que les hiéroglyphes étaient assez faciles à lire, avec de très nombreux diacritiques (souvent redondants) pour éviter les ambiguïtés. Je m'attends à ce qu'il ait été proche du français et du mandarin, et pour des raisons similaires. Doublé par Rincevent ici, mais je plussoie, ce n'était pas spécifique au latin, et ce n'était pas tant une difficulté intrinsèque pour la lecture qu'une adéquation à un autre usage, la lecture à voix haute, en public. La ponctuation et les diacritiques sont des inventions plus tardives, qui ont servit justement à permettre et faciliter la lecture solitaire et silencieuse. (je crois que ça date de la fin de l'antiquité/du début du moyen-âge, aussi bien en latin qu'en grec et en hébreux. C'est sans doute lié au changement de place des pratiques de l'écriture et de la lecture dans la société à cette époque) Les alphabets anciens étaient très adéquats à leur usage, et l'écriture aussi bien que lecture (orale et publique) était sans doute encore plus simples que celle des écritures les plus simples actuelles. Il suffisait de connaître ses lettres, sous une seule forme chacune (plutôt que majuscule/minuscule), d'écrire et de lire phonétiquement, sans avoir à maîtriser de conventions et de normes supplémentaires.
  12. Mégille

    Aujourd'hui, en France

    Et pendant ce temps, je connais quelques confrères qui n'ont jamais été inquiétés pour leur militantisme d'extrême gauche, qu'ils n'ont d'ailleurs pas honte de faire déborder sur leurs cours.
  13. Mégille

    Aujourd'hui, en France

    Je ne sais pas si l'info devrait être partagée ici, dans un fil autour du covid, dans le fil éducation ou dans le fil liberté d'expression... https://www.lemonde.fr/societe/article/2023/05/07/pap-ndiaye-justifie-la-suspension-de-deux-professeurs-de-philosophie-pour-des-propos-d-une-tres-grande-violence_6172434_3224.html Deux profs de philo virés, vraisemblablement, tous les deux pour leurs critiques du passe vaccinal.
  14. Mégille

    Shower thoughts

    L'italien et le néerlandais sont loin d'être aussi éloigné de la symétrie entre la difficulté de lecture et d'écriture que ne le sont le russe, le français et le mandarin. Je doute qu'il y ait vraiment des langues qui soient significativement asymétrique dans l'autre sens, ce serait inutile, on écrit toujours pour être lu. Tout au plus, peut-être que ça simplifie légèrement l'apprentissage (d'où, peut-être, la légère asymétrie de l'italien, du néerlandais, et de l'anglais qui est en fait sur la même ligne), mais je serai plutôt enclin à y voir du bruit. Idem pour le coréen et l'arabe, qui sont tout simplement agglutiné, comme presque toutes les autres langues, dans le coin de la communication facile, avec différentes stratégies légèrement différentes pour y parvenir. Elles sont loin d'avoir une asymétrie aussi prononcée que le français le mandarin et le russe. D'un point de vue génétique plutôt que structurel, j'ai tendance à croire que le cas de l'anglais s'explique par l'absence d'autorité centrale sur la langue, ce qui fait que c'est l'idiome de la classe dominante, elle-même intéressée à préserver sa différence en étant plus conservatrice, qui a servi de norme pour la langue. Quant au français, son asymétrie s'explique par le fait que les réformes successives se sont assurées de simplifier la lecture, sans beaucoup se préoccuper de faciliter l'écriture. Ce qui s'explique sans doute par le fait que ces réformes étaient pensées et demandées par la classe écrivante, qui avait intérêt à être lue, mais pas forcément à être pouvoir être imitée (à la façon de n'importe quelle corporation qui à intérêt à avoir beaucoup de clients et peu de concurrents, et qui fera du lobbying dans ce sens si elle le peut). Mais il s'agit là bien de processus qui mènent à ce que je supposais tout à l'heure. J'imagine que ça s'est passé d'une façon similaire au français pour le russe et le mandarin. Peut-être que la grande transparence à la lecture du russe, mais pas du mandarin, est dû au fait que le premier servait à s'adresser -à se faire directement obéir, donc- à un public large, alors que le second n'avait qu'à s'adresser à une élite un peu plus large, qui servait d'intermédiaire du pouvoir. Ou alors, peut-être que c'est un aléa historique.
  15. Mégille

    Shower thoughts

    L'orthographe française se rapproche d'une cryptographie asymétrique, et est utilisée à des fins comparables. Alors que les autres langues romanes rendent très faciles aussi bien le passage de l'écrit à l'oral que de l'oral à l'écrit, et alors que l'anglais, par exemple, rend les deux aussi difficiles l'un que l'autre, la français a à la fois une lecture facile et une écriture très difficile (il est relativement facile de prévoir la prononciation d'un mot inconnu rencontré pour la première fois à l'écrit, mais très difficile de deviner l'écriture d'un mot entendu pour la première fois à l'oral). De la double difficulté de l'anglais résulte une tendance "aristocratique" : la part la moins éduquée de la population est exclue de l'espace de communication légitime, mais les communicants sont sur un relatif pied d'égalité, entre pairs. La difficulté à sens unique du français résulte plutôt d'un esprit monarchique/bureaucratique, et de pouvoir descendant : tout le monde peut recevoir les messages, mais tous ne peuvent pas en émettre, et ceux qui tentent d'émettre des messages sans avoir l'éducation suffisante (sans maîtriser suffisamment la clef de chiffrage) sont facilement débusqués, et, de fait, décrédibilisés. Pour aller dans mon sens (dans le sens qu'il y a quelque chose de politique là dedans et que ce n'est pas qu'un hasard), les langues à opacité asymétrique comme le français tendent beaucoup plus à être plus difficile à écrire plutôt que l'inverse, et les autres langues les plus asymétriques sont elles aussi liées à des états historiquement très autoritaires et bureaucratiques : la Chine (avec le mandarin un peu plus difficile à écrire que le français, mais à peu près aussi "facile" à lire pour qui en maîtrise les codes) et la Russie (le russe étant quasi transparent dans le sens de l'écriture, mais à peine plus facile que le français et l'anglais dans le sens de l'écriture). Mes spéculations s'appuient sur ça : https://aclanthology.org/2021.sigtyp-1.1.pdf (en particulier la fig3, page 6)
  16. "I just want to watch the world grill" - Macron.
  17. Les italiens font justement de la philosophie beaucoup plus tôt, mais seulement en étudiant son histoire. Et autant j'aime l'histoire de la philo, autant, je ne pense pas que la connaître soit absolument nécessaire à tout le monde (encore que, ce serait tout de même plus utile que d'étudier la littérature classique de [insérer son pays ici]). C'est le coté raisonnement qui est intéressant. Les élèves qui tentent de réfuter les titans me dérangent beaucoup moins que ceux qui les utilisent comme des arguments d'autorité. Il me semble qu'à 7 ans, la plupart des enfants sont déjà tout à fait en mesure de formuler un argument. Il n'est évidemment pas question de leur faire apprendre des tables de vérités, mais apprendre à repérer un bon argument d'une grosse entourloupe, et commencer à réfléchir à propos de sujets de philo pratique qui les concernent directement (autorité, justice, plaisir, altruisme...) est à leur porté et leur serait profitable.
  18. Oui, je suis assez d'accord avec ça, et ça m'étonne beaucoup d'ailleurs. J'ai de plus en plus d'élèves et d'étudiants qui redoublent les formules interrogatives, par exemple (ex "On va se demander est-ce que faut-il préférer l'ordre à la liberté ?"). Je croyais que c'était de l'inattention, mais il s'avère que même à l'oral, plusieurs ne voient pas immédiatement le problème. C'est une faute qu'ils ne font plus sitôt que je la leur explique, mais tout de même, je suis étonné d'en avoir besoin. Si elle n'est pas parfaite, elle ne fait pas de mal non plus. Et simplement changer le format suffirait à régler beaucoup de problème. Quand tu as un an pour préparer tes élèves, et que tu sais que la méthodo et les connaissances sont ce qui a le plus de chance de leur donner des points au bac (tout simplement parce que c'est ce qui se mesure le plus facilement, et le plus objectivement, à travers nos exercices canoniques), et bien, tu es fortement incité à mettre le paquet sur ça. Apprendre à argumenter proprement et à mener un raisonnement en éthique pourrait, et devrait, être fait dès le primaire. Et ce serait beaucoup plus utile que d'apprendre par coeur les fables amorales de notre pseudo-Esope national, y compris pour ce qui est d'apprendre à s'exprimer clairement. Je ne vois pas l'intérêt de l'écriture argumentée en français, et surtout, enseignée et corrigée par des profs de français. La plupart des profs de philo ont beau avoir été mauvais en logique, ils en ont tous au moins fait un peu, les profs de lettres, non. Ils se retrouvent donc à enseigner ni plus ni moins que de la sophistique. La "littérature d'idée" est de la philosophie qui ne dit pas son nom, et si elle ne mérite pas ce nom (ce qui est quand même souvent le cas), c'est que c'en est de la très mauvaise. Quand au coté créatif et ludique de l'écriture, il gagnerait à être mis en relation avec les autres pratiques créatives. D'où l'intérêt de couper le cours de français en deux. Un bout pour la philo, l'autre pour les arts. Je ne dis pas qu'il faut enseigner la télépathie et l'introspection, mais qu'il faut enseigner l'expression comme moyen et pas comme fin. Une bonne partie de l'enseignement de la philo consiste, ou devrait consister, à demander aux élèves de reformuler leurs questions et leurs affirmations, en leur montrant systématiquement l'ambiguïté et la confusion de ce qu'ils disent. Si les jeunes ne voient pas l'intérêt d'apprendre à dire correctement leur pensée, c'est, j'en ai peur, parce qu'ils n'ont souvent pas grand chose à dire. Donne leur des choses à dire, et ils verront, au fur et à mesure, la nécessité de se saisir des outils nécessaires pour le faire. (et si certaines règles de l'orthographe, même grammaticale, finissent laissées de coté malgré tout, et bien c'est qu'elles ne servaient à rien de toute façon)
  19. En tout cas, je n'ai pas pris le temps de regarder d'où viennent les chiffres, mais ourworldindata montre une baisse de l'illétrisme en France qu'au début des années 2000. Et je crois aussi avoir vu, ici et là, des anglophones se plaignant d'une baisse du niveau d'orthographe des jeunes. Je n'ai pas de chiffres là dessus, mais ça irait plutôt dans le sens d'un impact de la technologie. (et concernant les autres européens, et bien, ils ont déjà des écritures phonétiques, alors...) Pour ce qui est d'apprendre à penser clairement et rigoureusement, je pense qu'on gagnerait à remplacer le français par de la philo. C'est parce qu'il a des choses à dire, et à demander, que le très jeune enfant commence à apprendre la langue, pas pour l'amour de la langue elle-même. Donnons aux jeunes le besoin de penser avec clarté et distinction, et ils se donneront les moyens d'y parvenir.
  20. Ok centriste. (c'est avec des "plus j'y pense" et des "je ne vois pas pourquoi" -à propos de l'impôt, des régulations, de l'état, etc- qu'on est tous arrivé au libéralisme/libertarianisme)
  21. Il me semble que la tendance au déclin date d'une vingtaine d'années tout au plus, et que le taux d'illetrisme était assez haut auparavant -et en recul jusqu'aux années 2000. Et je pourrais m'attrister de cette perte de repère grammaticaux des jeunes aussi... Mais après tout, pourquoi ? Les humains ne vont pas magiquement cesser d'être capables de se comprendre et se disperser façon tour de Babel. Les humains tendent naturellement à chercher, et trouver, des façons de se comprendre. Tant et si bien que lorsqu'un baleinier basque croise un chasseur-cueilleur algonquin, ils créent ensemble un pidgin, sans même -incroyable !- attendre qu'on leur donne une Académie et un Bescherelle. Que la perte de l'orthographe des jeunes soit causée par la politique bureaucratico-éducative, je n'ai pas de doute à ce sujet. Mais c'est d'une façon tout à fait comparable à l'économie planifiée qui cause l'apparition et la généralisation d'un marché noir. Ce n'est que la nature qui reprend ses droits. On peut même trouver des vertus à la pluralité des usages -puisque c'est ce dont il s'agit, lorsque l'on parle de "faute" au regard d'une certaine norme- . Ca pousse à ne pas prendre pour évidentes ses propres habitudes, et à conscientiser l'effort d'interprétation nécessaire pour aller vers l'autre et se comprendre mutuellement. A propos de cette pluralité, toujours : elle était déjà là, plusieurs des grands-parents de mes élèves avaient encore des "patois" en guise de langue natale. Concrètement, ce qui se passe lorsque l'on fixe une norme, c'est que l'on se dispense de cette effort de comprendre l'autre, en décidant arbitrairement que certains usages ne méritent pas d'effort de compréhension (les anglais l'on fait de manière aristocratique et organique, alors que les français, façon "monarchie absolue", ce qui est pire). Les usages tendent à s'uniformiser, c'est vrai -c'est de cette façon que naissent les langues... mais je suis sûr que c'est déjà en train d'avoir lieu. Je doute que les "fautes" aujourd'hui répandue soient parfaitement aléatoire, sans aucune régularité... et ces régularités ne sont rien d'autres qu'une grammaire. Ma chestar volir ti, francé non sabir...
  22. Non, surtout une question d'admiration et de soumission culturelle. Les suisses allemands n'ont pas ressenti le même besoin d'imiter le gros voisin. Molière est réécrit aussi, hein. Et sans doute beaucoup plus que ne l'est Churchill. J'espère bien qu'on peut comparer et évaluer sans être automatiquement discrédité et traité d'utopiste, oui. Et sans être le pire (l'histoire du mandarin est bien gratinée elle aussi elle aussi), le français est quand même assez exemplaire, dans son genre.
  23. Certains de ces régionalismes ont effectivement une origine francoprovençale... mais pas tous. Et il s'agit tout de même de quelques variantes lexicales ajoutées au français parisien, adopté relativement tardivement par les suisses (XVIIIème siècle, je crois ?). Je suis à peu près sûr que la plupart des suisses romands comprennent plus facilement le français de Paris que le "patois" du village le plus proche... Et rien de surprenant à ça, puisque les deux premiers sont de très légères variations du même dialecte d'oïl, alors que les "patois" sont des dialectes arpitans, issus de la langue de leurs ancêtres. Que je sache, les suisses, les belges et les québécois écrivent tous "honneur" avec deux "n" et "honorable" avec un seul, "rationnel" avec deux, "rationalisme" avec un, etc... C'est donc que les lubies des académiciens des XVIIème et XVIIIème ne se sont pas arrêtés aux frontières, parce qu'il s'agit bien là de décision arbitraire de petits groupes, et non d'évolution naturelle des usages. Je n'idéalise pas l'anglais, je ne dis pas qu'il est absolument bon... mais je dis qu'il est relativement meilleur, par son invitation à une plus grande lucidité sur la source de ses normes, ainsi que par sa possibilité d'évoluer de façon plus souple, et d'être plus tolérant au pluralisme. Tout ça pour la même raison et de la même façon que je trouve le droit jurisprudentiel supérieur au droit statutaire, sans que ça ne me donne le moins du monde envie d'idéaliser l'état actuel de la common law d'un pays ou d'un autre. Et il y a bien de nombreuses absurdités dans le français. Avant que les réformateurs (de l'état, face à une académie plus tiède) n'oeuvrent à rendre la langue plus simple et plus inclusive, l'académie a été un grand moteur de changements visant au contraire à complexifier la langue, indépendamment des usages (jugés vulgaires par le grammairien jaloux du latin), sous prétexte de mieux épouser les étymologies (parfois imaginaires) des mots. Un bon paquet de "h" après les "t" ont été ajoutés à la fin du XVIIème, ou au début du XVIIIème (je ne sais plus), par exemple. Molière écrivait "misantrope", pas "misanthrope". Et ici, comme pour d'autres cas (honneur/honorer, etc), c'est bien le fruit de la décision d'une poignée d'emperruqués. Il n'y a absolument rien de rationnnel à ça. Les anglais ont décidés de conserver leurs anciens usages même lorsque ça ne collait plus avec la langue orale, les italiens -et la plupart des autres européens- ont décidé de forcer la langue écrite à épouser phonétiquement la langue orale, il n'y a bien que les français pour avoir réformer leur écriture afin de la rendre encore plus complexe. Ceci, évidemment, historiquement dans le but de permettre aux nobles (qui n'avaient vraiment que ça à faire) d'affirmer leur supériorité sur les bourgeois et de délégitimer le discours de ceux là. C'est la trace de tout ça que garde encore l'orthographe française actuelle, et les cours de français obligatoires, ainsi que l'autorité morale de l'Académie, en font toujours vivre l'esprit.
  24. Les autres pays francophones sont sous influence française. C'est particulièrement visible avec les suisses, par exemple : traditionnellement, c'étaient des dialectes du franco-provençal/arpitan qui étaient parlé en Suisse romande, le français qui y est maintenant parlé n'est rien d'autre que le français parisien dicté par l'Académie et l'état français. La langue française est un franc cfa version culturelle. Pas d'accord. En tout cas, pas d'accord avec la nécessité des moyens employés pour le français. L'anglais, qui permet une intercompréhension avec une bien plus grande partie de l'humanité, n'a pas d'Académie et a tout au plus des manuels de style en guise de source des normes linguistiques. Ce qui n'empêche pas une grande diversité de prononciations, et même souvent de graphies différente. Et ce faisant, ils respectent d'autant plus leur histoire linguistique, en lisant par exemple Shakespeare dans sa propre langue, avec des "thou" et tout, là où nous nous retrouvons à réécrire Molière (concrètement, à le complexifier, en rajoutant inutilement des "h" après les "t" ici et là par exemple) pour le rendre plus conforme à la "langue de Molière" actuelle. L'imitation mutuelle, et l'imitation de ceux identifiés comme l'élite culturelle (la famille royale, les grandes universités) fonctionne très bien pour trouver des règles communes, et permet aujourd'hui aux linguistes anglo-saxon d'aborder avec moins de mépris les parlers divergents. Il ne s'agit pas encore d'une approche parfaitement anarchiste de leur langue (ils ont bien des cours d'anglais, mais c'est déjà moins inutile en ce qui concerne le volet "littérature"), mais ça s'en rapproche beaucoup plus. Une normalisation centralisée et planifiée d'une langue est tout aussi inutile qu'une banque centrale ou un code de loi. Et la complexité absurde du français qui en résulte a sans doute joué au moins un petit rôle dans son incapacité à rester une lingua franca, d'ailleurs. Oui, et tous les prix sont un "juste prix" tant que les échangeurs y consentent. Restent que de temps en temps, on ne peut pas ignorer que les prix sont légèrement influencés par le fait qu'un agent coercitif vient réguler ceci et injecter de l'argent là. Je ne veux évidemment pas plus un plan de re-naturaliser le français que je ne veux, par exemple, une régulation sur les loyers pour compenser l'effet des APL et des PLU... mais ça ne m'empêche pas de trouver que la cause de la distorsion est mauvaise, et d'imaginer que beaucoup de choses iraient mieux sans elle. L'approche actuelle de l'Académie est beaucoup plus correcte que celles des réformateurs, puisqu'elle part effectivement du constat d'un certain usage. Mais elle a ce défaut de se focaliser sur l'usage moyen d'un groupe précis, à l'exclusion des autres (les non-parisiens, non-diplômés, jeunes, etc). Que l'usage d'un sous-groupe particulier finisse par être adopté par tous est en effet naturel, et c'est bien ce qui a lieu (avec plus de souplesse et de façon plus continue) en anglais. Mais ça se ferait tout aussi bien sans l'académie, et ce que l'académie ajoute au processus ressemble bien plus à ce que prônait Oskar Lange, ce planiste qui prônait de prévoir d'avance les prix sur lesquels le marché tomberait sans même passer par le marché. Elle ressemble à la nature française, après que celle-ci ait été torturée et réformée à répétition avec 300 ans de plans et de réformes à la fois centralisés et incohérents.
  25. En fait, on a pas tant un monopole qu'un duopole, avec d'un coté l'état et ses occasionnelles volontés de réformes en vu rationaliser la langue, même en ignorant les usages, et de l'autre, l'académie, à peu près indépendante, qui appuie ses prescriptions sur l'observation des usages d'un certain groupe social (parisien, âgé et de classe moyenne-haute, etc). Mais la compétition entre les deux (puisqu'il s'agit d'une compétition pour contraindre, et donc pour nuire, et non pas pour servir) est à notre désavantage, puisqu'elle donne l'impression que l'évolution de la langue ne peut être que le fruit d'une décision politique, planifiée, suite à une compétition entre plusieurs idéologies. Et malheureusement, le pouvoir du duopole sur la langue ne s'arrête pas à la discussion avec l'état. D'abord, il prend une place assez centrale dans l'éducation obligatoire, et sert ainsi à tuer dans l'oeuf le sens de la liberté en apprenant à obéir aveuglément à des normes absurdes, tout en nous faisant croire qu'il s'agit d'une condition sine qua non de la vie en société. La grammaire scolaire française, avec ses catégories creuses et incohérentes et ses exceptions a tout d'une préparation à la soumission face à la bureaucratie. Ensuite, une fois entré dans les esprits de cette façon, il devient un outil de coercition douce de ceux qui en sont le plus atteint, contre tous les autres, afin de délégitimer leur parole. Quand l'orthographe est dicté par l'état ou ou son collaborateur, chaque rappel à l'ordre orthographique, chaque condamnation d'une "faute", est en fait une profession de foi statolâtre et servile. Le simple usage du mot "faute", plutôt que "erreur", montre qu'il y a un peu plus en jeu que l'application correcte d'une règle quelconque (on parle de faute morale, mais seulement d'erreur, et pas de faute, en math). Et bien dans ce cas, qu'est-ce que je ne vois pas ? Tu ne fais sans doute pas allusion à la beauté de la langue ou quoi que ce soit du genre en tout cas, puisqu'affirmer qu'une grammaire normative unique est nécessaire à ça reviendrait à affirmer préférer Houellebecq et Arnaud (et pourquoi pas Le Maire) à Rabelais et Molière, qui ont tous les deux -et tous ceux entre eux aussi- utilisé abondamment la liberté linguistique dont ils jouissaient. Et pourquoi pas ? Ou plutôt, sans la caricature, oui, je crois bien que la forte tradition interventionniste sur le français est un vecteur de transmission de l'étatisme chez les francophones, et je ne vois pas ce que ça a d'absurde. A propos du bébé jeté avec l'eau du bain - je ne prône évidemment pas un désordre linguistique qui nous ferait perdre la capacité de nous entendre mutuellement, au contraire, je veux voir les règles apparaître et évoluer d'elles mêmes. Je suis à peu près sûr que la complexité absurde de l'orthographe du seul français reconnu et sanctifié comme bon est un gros facteur de la diversité des usages orthographiques (aux "fautes" que font certains) nuisant à l'intercompréhension aujourd'hui.
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