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Vilfredo

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Tout ce qui a été posté par Vilfredo

  1. L'ordre spontané n'est pas voulu. L'ordre spontané résulte de l'action humaine (les achats faits sur le marché) mais pas de la volonté humaine, et c'est en ce sens seulement qu'il peut être dit "naturel". Ce qui résulte de la volonté humaine est un ordre prédéfini et télocratique, c'est-à-dire une "organisation", tandis qu'un "ordre", à l'inverse, est nomocratique et évolue librement dans un cadre de règles. Je veux bien que tu n'aimes pas Hayek mais lire Règles et ordres des fois ça serait pas une mauvaise idée. Par suite, l'ordre spontané ne saurait donc "diriger des politiques publiques". Du coup, toute la question sur l'équilibre entre les biens, le bonheur OU la richesse, est un calcul qui est laissé aux individus, précisément parce que l'ordre spontané est le plus à même d'assurer la compétition maximale, ce qui maximise donc les probabilités d'émergence de la meilleure solution, de la meilleure vie etc. parce qu'on laisse le plus d'options ouvertes.
  2. It's a sin! Pour Aristote, qui me semble un peu incontournable sur la question, l'âme a 3 parties: la partie appétitive la partie active la partie rationnelle A chaque partie correspond une vertu: la tempérance le courage la sagesse (sophia ou phronesis) La justice est la 4e vertu, qui harmonise l'ensemble. Elle consiste à agir selon le juste milieu (entre deux vices, l'excès et la déficience) et le critère du juste milieu est la droite règle (orthos logos). Pour atteindre le juste milieu, ce qui n'est pas chose facile, il faut s'écarter de ce qui nous emporte facilement (le plaisir et toutes les choses pas propres). La prudence (phronesis) est le type spécial d'habileté qui distingue l'homme vertueux, qui est la mesure du juste (et pas l'inverse, tiens). L'idée d'Aristote ici, c'est que la vertu n'est pas seulement une disposition cultivée mais une situation, le caractère résultant d'un ensemble d'actions continuellement itérées et non d'une seule décision fatale faite avant de boire le Léthé (version pas du tout caricaturale de Platon). On voit donc que la prudence n'est pas tant une vertu morale que ce qui nous permet d'adopter le bon moyen pour atteindre la fin, que la vertu morale, elle, nous permet d'atteindre. Au passage, il y a une distinction entre vertus morales (générosité, tempérance), fruits de l’habitude, et vertus intellectuelles (sagesse, sagacité, compréhension), fruits de l’enseignement. Ces dernières demandent du temps et de l’expérience avant d’être enseignées, c’est pourquoi elles viennent après les vertus morales. Ethos ("habitude") a justement donné êthikê ("morale"). De là il suit que la vertu n’est pas naturelle sinon on ne pourrait rien y changer. Ce n’est pas parce qu’on fait souvent l’acte de voir que nous disposons de la vue mais parce qu’on dispose de la vue que l’on peut voir. En revanche, c’est en faisant de la cithare que l’on devient cithariste et c’est en agissant justement que l’on devient un homme juste. C’est le rôle du politique, ainsi, d’instiguer chez ses citoyens le sens du juste. "Toute vertu met finalement en bon état ce dont elle est vertu et en même temps, lui permet de bien remplir son office." (1106a16) La vertu d’un cheval fait qu’il est un bon cheval (porte bien son cavalier, galope vite). Pareillement, la vertu d’un homme est ce qui le rend bon et "lui permet de bien remplir son office propre". Le vice, comme la vertu, relève d'une décision, d'une délibération (contrairement à la bestialité, qui se trouve toutefois chez les hommes, mais seulement les barbares). Si, quand je trompe chouchou, le principe de mon acte est mon désir, ce n'est pas un vice. "Si personne, en effet, n'est bienheureux à contecoeur, par contre la perversité est bien volontaire." (1113b16) NB qu'on ne délibère pas sur les fins mais sur les moyens (1112b12). C'est, avec l'incontinence, un exemple de mauvaise régulation des parties de l'âme. Mais l'incontinence est consciente, alors que le vice est inconscient (1150b35): Je mets en cache à la fin le passage entier (qui est absolument prodigieux à tous égards). L'idée étant que l'incontinence est à mettre sur le compte de la tyrannie des affections, et que l'intempérant n'a pas l'excuse de l'appétit: il se livre à l'excès en toute conscience, le regrette plus tard et évite systématiquement le moindre mal. Aristote fait un parallélisme entre l'intempérant et la Cité qui a de bonnes lois mais ne les applique pas, tandis que le vicieux fait carrément appliquer des lois pourries: il ne voit pas le bien et fait le mal, c'est plutot qu'il n'a que le mal pour horizon, souvent parce qu'il a cultivé de mauvaises habitudes (culture dont il est reponsable, par exemple s'il a passé sa vie à boire, cf. le livre III). Ca me rappelle un cours de JBP sur le refoulement où il critique la version de Freud, en disant que quand tu commences à te mentir à toi-même, ce n'est pas inconscient every step of the way: you knew once, and then you made it into a routine. But you knew! (Malheureusement je n'arrive pas à retouver cette excellente vidéo.) Mais en gros, pour prendre un exemple amusant d'Aristote, on ne blâme pas l'aveugle de naissance mais celui qui est devenu aveugle par abus de vin (sic). C'est la différence entre l'action et la disposition. La disposition n'est pas exactement volontaire au sens où elle n'est pas sous mon contrôle du début à la fin, mais elle émerge d'actions entièrement volontaires, et donc elle m'est in fine imputable. C'est pourquoi il ne suffit pas de connaître le bien, il faut aussi le pratiquer. C'est son désaccord avec Platon ; j'aime bien le passage en 1109a23 où Aristote écrit que "c'est tout un travail d'être vertueux". On peut y voir une connexion avec Kant, pour qui il y a deux façon de se mettre hors-la-loi : 1) soit en contournant la loi, dont on reconnaît néanmoins la validité, quitte à avoir honte de son action, soit 2) ce qui est pire, en faisant de la violation de la loi la règle de son action : c’est la différence entre tuer le roi dans une émeute et organiser sa condamnation à mort au terme d’un procès (ce qui horrifie Kant au dernier degré comme le sommet du non-droit et "le Mal le plus extrême"). Bon le rapprochement vaut ce qu'il vaut et bien sûr c'est pas tous les jours qu'on a l'occasion de mettre Aristote et Kant du même côté du filet mais je crois que ça éclaire l'idée. Pour Aristote, résister à la tentation ne rend donc pas vertueux: le vertueux est plutôt celui pour qui le mal n'est même pas une tentation, qui a appris à faire coïncider le bien et le plaisir: selon le P. Gauthier, Aristote corrige Socrate: l'intelligence du bien ne suffit pas à déterminer l'action vertueuse, il faut y ajouter l'appoint d'un désir subordonné à la détermination intellectuelle de la fin. (Il y a un passage dans Docteur Faustus de Mann qui dit exactement le contraire, quand Schlepfuss dit que quand on résiste à la tentation, ce n'est pas un péché mais un test de la vertu. Eh bien Aristote dirait exactement le contraire: ça prouve que tu n'es que modéré, et qu'avec un peu d'habileté (pure potentialité, talent, étranger à la morale et capable d'être employé pour le bien comme pour le mal), tu pourrais te faire passer pour vertueux.) C'est pourquoi la continence ou l'incontinence ont une position intermédiaire entre le vice et la vertu. Je pense que ça nous a permis de distinguer un peu les torchons des serviettes et de poser les bonnes questions sur l'action, la disposition, le rapport à l'ignorance, à la volonté, la théorie/la pratique et le bonheur. Dans un esprit très McIntyrien, si l'on comprend bien le bien, la poursuite de mon bien ne peut être antagoniste à la poursuite du bien de @Lancelot parce que c'est LE bien que je poursuis, tandis que dans le domaine des vices, le conflit peut émerger (et on retrouve le problème de la justice, de la nécessité d'harmoniser (cf. petit exposé du début du message)). Dans Après la vertu, si mes souvenirs sont bons (parce que j'avais bossé tout ça en 1e année de prépa), il y a l'exemple du grand joueur d'échecs vicieux qui n'atteint pas le bien interne au jeu d'échecs, car, étant vicieux, le bien qui l'intéresse est externe ($) et donc nullement spécifique au jeu d'échecs. On peut ainsi considérer que la vertu est une façon de vivre le plaisir et d'être heureux de façon constante. La stabilité du bonheur ne tient pas à la fortune, qui est changeante, mais à l’activité vertueuse. De la sorte, le bonheur n’est pas assombri par l’infortune. "Si ce sont les actes qui décident souverainement de la vie, personne, s’il est bienheureux, ne peut devenir un misérable." (1100b33) La petite lecture du soir:
  3. Pour les perplexes, https://www.wordreference.com/enfr/toupee
  4. depuis le 23 mars dernier (effectivement 11 mois, pas un an)
  5. Dans le cas examiné dans l'article, ça dure depuis un an. Mais il y a des tentatives impressionnantes:
  6. Dans Le Figaro : 10% des malades du coronavirus ont perdu durablement l'odorat ainsi que le goût https://www.lefigaro.fr/sciences/une-partie-de-moi-est-morte-apres-le-covid-19-l-amertume-d-une-vie-sans-gout-ni-odeur-20210227
  7. En perdant du temps à loler sur les articles de la library of hate, je tombe accidentellement sur un article (apparemment) passionnant que je n'ai pas encore eu le temps de lire en entier mais que je pose là pour vous les copains et aussi pour revenir le lire plus tard. J'aime en particulier l'idée que ce ne soient pas les mêmes aires du cerveau qui soient sollicitées pour l'évaluation objective et subjective de l'oeuvre. The Golden Beauty: Brain Response to Classical and Renaissance Sculptures
  8. Et what about les effets long terme? Quels équivalents pour la tite grippe?
  9. Sinon les pierres blanches de notre civilisation sont menacées ils ont touché a mr patate https://trib.al/fPyd1XU
  10. Tu as oublié and next time you clean up your room à la fin
  11. Oh ok. Merci edit je viens de voir ta réponse @Zagor, TIL pour "brouteur" merci à toi aussi
  12. J'ai reçu il y a qq mois une invitation d'ami sur fb d'une femme (peut-être portugaise) qui avait sur son profil essentiellement des photos d'elle en lordose et pas très habillée et beaucoup de liens vers des sites pornos. Là j'ai reçu une invitation par message de qqn de Tours qui me dit Site de namoro, vadia safada (c'est du portugais), ce qui veut dire Dating site, naughty bitch (j'ose espérer que ce n'est pas une virgule vocative). Granted, j'aime le porno mais pas particulièrement le porno portugais donc pourquoi ils me cassent les cojones? Et puis même c'est une drôle d'extension du cookie. Puisque j'en suis là je reçois aussi beaucoup d'appels du Mali et du Piémont (où je ne connais personne), j'ai répondu une ou deux fois mais on entendait rien (soit du bruit, soit qqn qui marchait je crois). J'ai essayé de bloquer l'appeleur mais ça n'empêche pas (env. 1 fois par mois). Je pense que je suis traqué par une équipe de réalisateurs de snuff movies Hostel/8mm wise. Plus sérieusement, ça vous est déjà arrivé?
  13. C'est beaucoup plus clair, merci!
  14. Tant pis si j'ai l'air neuneu mais la Fed achète mes actifs pourris, donc je reçois de l'argent (créé) en l'échange de mes actifs (qui viennent s'ajouter au gros bilan de la Fed). Est-ce que c'est ce que la banque centrale me donne pour payer mes actifs pourris qui constitue "l'augmentation des réserves"? Et si oui je vois pas pourquoi l'argent arrête de circuler (sauf si par là tu veux dire que la vélocité de la monnaie reste constante au terme de ce tour de passe-passe)
  15. D'accord merci. Le QE n'est pas censé ne pas donner d'inflation (ou du moins pas dans l'immédiat) dû au fait que l'augmentation de la masse monétaire ne touche pas le marché primaire? Par exemple si les banques se retrouvent avec plus de réserve mais qu'on rend plus dures les conditions d'emprunt, ça n'augmente pas la masse de monnaie en circulation au sens du portefeuille de Mme Michu (la M1 donc)?
  16. Ce que je ne comprends pas très bien c'est que j'ai lu que le covid avait été une période d'épargne, donc plutôt de contraction de la masse monétaire. Dès lors, comment explique-t-on que les gens aient retiré le fric de leurs comptes d'épargne? What am I missing?
  17. Vilfredo

    Gaspard Koenig

    Oui merci de corriger. Pour être rigoureux, j'aurais dû dire que Kant reconnaît que tous les droits existent dans l'état pré-juridique, où règne le droit privé (c'est difficile de parler d'état de nature, Kant préférant des divisions comme état originel et état adventice), et que l'Etat juridique ou Etat de droit permet à chacun d'en jouir, grâce au recours au droit public. Ici d'ailleurs, la distinction de Kant n'est pas celle des juristes (je crois): le droit public est le droit tel qu’il est accessible à tous, rendu public, tandis que le droit privé, quoiqu’il puisse être dérivé a priori, consiste en ce que chacun suit son propre jugement, avec des désaccords possibles en raison de la faillibilité de la raison humaine. Pour échapper à ce problème et s’assurer que chacun puisse profiter de ses droits, il nous faut une justice publique dans un Etat juridique, justice qui se décompose en justice protective, distributive et commutative. Point I wanted to make was que l'Etat ne rend pas l'homme libre dans Kant, c'est plutôt qu'il lui permait d'exercer sa liberté (i.e. jouir de ses droits), tandis que pour Rousseau, on passe d'une liberté mauvaise (l'indépendance) à une liberté bonne (la liberté civile). Un exemple: les 'condominiums' n'étaient pas reconnus par la loi en Allemagne avant 1951 (et aux US avant 1960). Ce n'est pas que c'était physiquement impossible d'acquérir un condominium ou que la loi l'interdisait: c'est juste que ça n'était pas moralement possible, parce que le 'condominium' n'existait pas. La loi a donc permis aux individus de jouir de ce droit. Rousseau reconnaît aussi des droits dans l'état de nature (le DN), mais il y a un tour de passe-passe des DN aux droits civils, par lequel "chacun s’unissant à tous n’obéit pourtant qu’à lui-même et reste aussi libre qu’auparavant," qu'on ne trouve pas dans Kant. La liberté s'en trouve complètement phagocytée par la souveraineté. D'un autre côté, dans Hayek, on se soumet bien souvent à la loi sans le savoir (knowing that/knowing how), et la loi est plutôt l'expression de la liberté parce que ce que Hayek a en tête est la loi coutumière, évolutive/spontanée. Dans Kant en revanche, se soumettre à l'impératif de la loi est une opération tout ce qu'il y a de plus consciente. Parce que 'nature' dans Hayek n'a pas le sens qu'il a pour les théoriciens modernes du DN comme Locke, où c'est qqch de fixe et de très divin. Le point commun restant que le droit n'est pas créé mais découvert, que cette découverte soit religieuse et raisonnable (Locke) ou catallactique (Hayek). Mais c'est là le Hayek de DLL, et c'est bien différent du Hayek de la Constitution de la liberté (celui que critiquent Hamowy et Rothbard). (C'est aussi le plus convaincant.) Donc ça ne se contredit pas.
  18. Vilfredo

    Pandememe

  19. Avec le covid? Vous n'y pensez pas. Ou alors on ouvre les vitraux toutes les heures.
  20. “Le problème c’est que les gens sont cons”
  21. Vilfredo

    Supa Playlist!

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