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F. mas

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Tout ce qui a été posté par F. mas

  1. John Gray est vraiment agaçant et décevant. Agaçant parce qu'on aimerait le suivre dans son scepticisme politique, parce qu'il est lecteur de Strauss, Oakeshott et Hobbes, parce qu'il a proposé une fois il y a très longtemps une critique intéressante du libéralisme. Décevant parce qu'au fond son oeuvre en tant qu'universitaire est globalement oubliable, et que l'essayiste est poussif, paresseux et superficiel. Je suis en train de lire son dernier essai (The New Leviathans), et sauf à être extrêmement complaisant, c'est un peu de la merde. Il prétend s'inspirer de Hobbes, mais en propose une lecture de classe de terminale, resuce une de ses critiques plus anciennes du libéralisme pour en faire un portrait suffisamment simplet pour le réfuter, le tout tartiné de considérations sur la politique internationale contemporaine digne de BFTM TV. Il ne prend pas la peine d'argumenter, restitue de manière approximative les théories/idéologies qu'il prétend critiquer, le tout sur un ton dépressif qui visiblement plait au supplément littéraire du Times.
  2. Je pense que pour comprendre la démarche de Strauss, il faut se rappeler que son ambition est d'abord de défendre la philosophie politique 'socrato-platonicienne' contre ce qu'il estime être ses concurrents ou ses négateurs modernes (le droit naturel moderne, le positivisme, l'historicisme, la théologie mais aussi les conceptions thomistes ou néothomistes). Le droit naturel ancien se comprend comme une manière de poser les problèmes fondamentalement différente du droit naturel moderne. D'un côté, la question de la vie bonne, du bien humain, et de l'ordre politico-social correspondant aux réponses apportées à ces premières questions, de l'autre des attributs associés aux individus en dehors de tout contexte théologique immédiat (Hobbes, Locke, Rousseau). De mémoire, l'aspect 'engagé' de DNH, in a very straussian way, va être de reconnaître aux auteurs classiques anciens et modernes un idiome commun (celui de la référence à la nature, et non à l'histoire), qui rend possible la démarche philosophique que l'historicisme ou le positivisme interdit au sein de la démocratie libérale. Toutefois, il laisse entendre que ce n'est pas tout à fait la même chose quand on commence à gratter. Je prend un exemple pour être plus clair: Strauss fait de Locke le philosophe par excellence de la démocratie américaine, en remarquant qu'au fond il appartient à la première vague de la Modernité, celle qui parle le langage de la loi naturelle, ce qui est pour lui un terrain d'entente -parler de nature des choses plutôt que des conventions- pour revenir à la possibilité même de philosopher. Super! La démocratie libérale américaine mérite d'être défendue parce que son philosophe roi parle la langue des philosophes, en gros. En gros, parce qu'en détail, Locke reste un moderne et surtout, selon Strauss (et c'est une de ses thèses controversées) ne défend pas vraiment la loi naturelle mais plutôt une réorganisation rationnelle du monde en rupture avec le monde théologique chrétien (enfin cette partie là, il la développe dans ses études de philosophie platonicienne).
  3. C'est très intéressant, et témoigne d'une proximité avec les textes que je n'ai plus depuis quelques années. Je n'ai pas grand chose à ajouter, et les lectures philosophiques plus récentes se situent plus dans le sillage de Richard Rorty, Oakeshott et d'hégélianieries plus ou moins subtiles. J'aurais également tendance à historiciser l'idée de nature (oh!) et donc à collectionner ses différentes significations à travers les auteurs et les contextes langagiers. C'est mon côté sceptique/philosophie du langage ordinaire un peu paresseux.
  4. F. mas

    Nécrologies

    Ce n'était pas vraiment un politicien, mais un technicien de la politique et un écrivain-historien étonnamment prolifique (peut être un criminel de guerre). Son dernier livre sur l'IA cosigné avec un mec du MIT et un ex ceo de Google a quand même été écrit à 98 ans si je me souviens bien.
  5. D'après Philippe Raynaud, le débat demeure vivace jusqu'aux années 90 (la chute de l'urss!) l'Etat de droit se distinguant des constitutions autoritaires. L'expression a aussi par la suite une seconde vie en particulier en philosophie politique (par ex philosophie du droit par Sosoé et Renaut en 91). On retrouve cependant la notion dans les différents traités européens qui utilisent le terme rule of law pour opérer une sorte de synthèse entre la notion continentale et celle anglo (le sens n'est fixé qu'en cours de route mais bon). Plus généralement, je suis assez d'accord sur le rapprochement entre les deux traditions (même le royaume uni, le pays de la common law, s'est doté d'une cour constitutionnelle comme un vulgaire constitutional governement), il demeure deux idées tout de même : la conception positiviste de l'Etat de droit permet d'englober un peu trop de régimes autoritaires pour avoir du sens ; la rule of law soumet l'administration au droit commun (c'est une spécificité de la common law qu'observe d'ailleurs Hayek dans la constitution de la liberté), ce que ne fait pas l'état de droit opposé à l'état de police (par ex la France et son famoso droit administratif).
  6. Les japonais de langue anglaise qui demandent des leçons pour tenir leur chambre rangée (Marie Kondo?).
  7. J'ai regardé les dix premières minutes de la vidéo, et en effet, l'Etat de droit pour l'intervenant répond à la définition positiviste qu'en donne Kelsen (un Etat comme pyramide de normes), qu'il oppose explicitement à la rule of law anglo-britannique protectrice des libertés individuelles (habeas corpus, due process, etc). Il est évident que quand les libéraux parlent de l'état de droit, ils se reportent à la tradition portée par Locke et Montesquieu, celle qui a perlé dans le droit anglo-américain (mais aussi britannique) et qui s'est aussi étendu sur le continent relativement récemment (via le droit européen notamment). Dire que l'état de droit au sens positiviste ne dit rien sur les libertés individuelles est un truc assez banal, soutenir que la seconde définition n'a aucune portée est idiot (elle a déjà une portée politique et éthique). Maintenant, pourquoi évoquer l'état de droit avec autant d'insistance ces dernières décennies ? Voilà une question qu'elle est bonne, et qui renvoie au grand ennemi de Kelsen Carl Schmitt : la normalisation de la gouvernance par l'exception, qu'elle soit terroriste, climatique, sécuritaire ou covidiste se construit en opposition à l'idéal nomocratique de l'état de droit libéral. Les circonstances exceptionnelles invoquées systématiquement par les pouvoirs publiques supposent de violer ou de suspendre les règles ordinaires du droit et de consacrer l'arbitraire (le souverain au dessus du droit et légitime à le casser) comme le new normal des activités institutionnelles.
  8. Je vois que la Macronie en profite pour essayer de se faire détester un peu plus. Décidément, ils font des efforts extraordinaires pour passer pour le parti des privilégiés, des rentiers et de la nomenklatura bureaucratique la plus déconnectée et méprisante de ce qui n'est pas elle-même.
  9. Rendez-nous Jacques Médecin!
  10. Je comprends l'envie de voir le libéralisme traduire concrètement dans l'arène politique démocratique, en particulier chez ceux qui s'agacent de le voir systématiquement coincé au stade de la théorie propre à égayer les discussions amicales ur les réseaux sociaux. Seulement, il me semble prudent de rappeler qu'entre le discours (ou la communication) et pratique du pouvoir, il y a non seulement un fossé, mais deux activités très différentes, que la classe politique française, en particulier à droite, a découplé depuis longtemps. Il y a le Lisnard libéral, celui sécuritaire, celui impliqué dans l'asso des maires de France, etc. Cela introduit une certaine incertitude quant à ce que l'homme d'Etat ferait effectivement une fois élu à une place décisionnaire importante, surtout quand cette place est un maquis bureaucratique qui ne fonctionne qu'avec l'onction des technocrates qui en vivent.
  11. Disons que le stress test de la crise covid me rend tout aussi suspicieux. https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/04/22/il-est-temps-de-developper-une-politique-francaise-de-maitrise-stricte-du-covid-19_6077614_3232.html
  12. Il y a aussi l'option de toutes les formations minoritaires radicales en assemblée : transformer son siège en tribune pédagogique (comme l'a fait Ron Paul par exemple). Toute intervention peut devenir l'occasion d'un exposé pédagogique sur les bienfaits du libéralisme/les méfaits du centralisme bureaucratique par ex.
  13. Excellent retour de terrain. La liberté communale est prioritaire, mais n'existe pas dans un pays extrêmement centralisé comme la France, et qui s'est recentralisé subrepticement surtout via la fiscalité à partir des années 2000. PS: je suis incapable de remettre la main sur cet article passionnant qui faisait l'historique de la recentralisation discrète depuis les années 80 en France via la fiscalité (et spécialement le retour de l'Etat dans les budgets des collectivités locales). Si ça dit quelque chose à quelqu'un...
  14. Un libéral conseiller municipal ? Excellente chose, enfin quelqu'un qui se frotte à la pratique politique. Félicitations et bienvenue.
  15. Tiens, les conservateurs postlibéraux (et marxisants) de Compact ressortent Michael Lind du placard pour critiquer les 'Eugenicons' https://compactmag.com/article/against-the-eugenicons Ama ce n'est pas convaincant, mais cela donne une idée des tensions qui sont en train d'émerger au sein du mouvement conservateur américain des années 2020. Edit: The Tablet, de son côté, rattache Hanania a un certain nombre d'ex de l'alt-right qui se sont réinventés centristes après la disparition presque total du mouvement à la droite de la droite https://www.tabletmag.com/sections/news/articles/what-was-alt-right
  16. J'ai posté cet article dans le fil sur la Chine, mais il mérite amplement de figurer ici (sur la convergence managériale de l'Occident et de la Chine) https://theupheaval.substack.com/p/the-china-convergence?fbclid=IwAR1pymZY1tuFjMusVXlzCEiP_KpVdbfC03pJ0GbFabyPu0GKOaUqOEXJsLI Il complète ama intelligemment la réflexion de Jacob Siegel sur le complexe politico-industriel de la censure. C'est l'une des meilleures réflexions sur le capitalisme managérial qui m'ait été donné de lire. Il permet de comprendre en quoi ce stade du capitalisme est à la fois un spin off et une rupture d'avec le capitalisme bourgeois 'libéral'. Sinon, à l'adresse de @Lameador, j'ai trouvé cette critique intéressante de Peter Turchin https://compactmag.com/article/peter-turchin-s-false-prophecy
  17. Sur la convergence entre capitalisme managérial et la société de contrôle techologique chinoise, un texte très éclairant: https://theupheaval.substack.com/p/the-china-convergence
  18. La tendance obsessionnelle du personnage à tout ramener au qi et à en faire la toise universelle pour juger des inégalités sociales et des rapports politiques est pour moi rédhibitoire. Ce réductionnisme bétassou signale immanquablement le midwit droitard (enfin là, c'était plutôt le upper class twit).
  19. C'est une trace de la réflexion "métapolitique" qui s'est engagée à l'ED à l'issue des années 60. Elle s'est attachée à reconstituer ou repenser une 'culture' de droite à en s'imaginant que c'est sur ce terrain qu'il fallait préparer le terrain pour pouvoir dans un second temps reprendre la main politiquement (le gramscisme!). Ce côté baroque a toujours accompagné les marges de l'ED, qui après tout déteste la politique comme activité ordinaire (et par voie de conséquence la démocratie) et ne manque jamais une occasion de lui préférer la littérature, la quincaillerie militaire ou le scoutisme. Pour l'anecdote, le SdesA est une source d'inspiration ancienne pour l'ED : les Français découvrent aussi la métapolitique avec leurs voisins néofascistes italiens du MSI au cours des années 70 grâce aux campi Hobbit, ces rencontres culturelles très avant-gardistes destinées à former la jeunesse. Déjà le mélange d'élitisme, de mythologies européennes et de culture chrétienne apparaît comme une bonne inspiration pour les gens du FdG.
  20. Le tropisme européen est ancien à la droite de la droite. Bien sûr on commence à le voir apparaître entre les deux guerres chez les régionalistes antijacobins et les sympathisants de l'Allemagne hitlérienne, qui partagent une même opposition au nationalisme français classique à la Maurras/Barrès (on a déjà parlé des pages de Rebatet sur "l'inaction française" dans Les décombres il me semble, mais il y en a d'autres du genre Saint Loup, Saint Paulien ou Benoist Méchin). On ne s'étonnera pas de voir certains précurseurs de l'union européenne et de la 'souveraineté partagée' sous la férule allemande en 1940 parmi les ultras de la collaboration (attention trolling). Après guerre, certains sont restés très européistes, il en a même qui se sont engagés pour le fédéralisme européen. En général, ce sont des profils qui viennent de la gauche (par ex Jean Thiriart). Après la guerre d'Algérie, un peu comme pendant les années 1930, le même clivage est réapparu entre nationaux et européens, entre d'un côté les partisans de la 'France seule' et ceux du dépassement, en général racialiste et volkisch, du cadre national. Parmi ces derniers, on retrouve Mabire, Venner ou encore de Benoist, qui se retrouvent autour d'Europe Action puis de la FEN. Parmi les nationaux, Longuet, Madelin, Holeindre se rapprochent plutôt des trucs du genre l'Oeuvre Française de P. Sidos. Tout ce petit monde est d'abord occidentaliste, puisqu'il s'agit de défendre la civilisation contre les bolcheviques, mais rapidement, le grece va développer une critique anti-occidentale (anglo-américaine, technicienne capitaliste, libérale : le "système à tuer les peuples") en lui opposant la civilisation européenne. De Benoist est la queue de comète de ce double mouvement, qui aboutit finalement à la critique du nationalisme français jugé trop étroit et artificiel, et de l'occidentalisme sous toutes ses formes, y compris sous celle du racialisme scientiste qui pour lui s'en subsume. En général, les identitaires et l'extD européiste, tout en s'inspirant dans les grandes lignes du postnationalisme de la ND, vont se réclamer de ses éléments demeurés fidèles au 'nouvel ordre européen' (Guillaume Faye, Pierre Vial, Terre et Peuple) tout en prenant leurs distances avec de Benoist. Il y a quelque chose d'ironique à voir aujourd'hui les minots du FNJ se réclamer de DB, quand on sait que tout le courant mégrétiste (autour de la revue identités) s'est constitué dans les 90s autour de dissidents du grece qui jugeaient DB trop mou et trop impolitique.
  21. Les zids c'est essentiellement un spinoff des activités groupusculaires nazebroques du début des années 2000. Certains voulu sortir de l'activisme folko pour attirer un plus grand public. Leur grand auteur de l'époque c'était Guillaume Faye, ex du grece mais viré pour extrémisme/racialisme et ses mauvaises relations avec AdeB..
  22. Je vois plutôt un recentrage sur le souverainisme bon teint (qui est le coeur du marinisme), socialement acceptable au-delà du petit cercle de la droite radicale.
  23. Décidément, ils mollissent: plus de Drieu, Brasillach, Degrelle, de Léon Gauthier, d'Otto Rahn, de Jacques du Perron, de Mabire, de Benoist Méchin, de Pierre Sergent ou de Saint Loup. Le FNJ-RE achève sa révolution vaguement conservatrice. Sans doute faut-il interpréter cette réorientation comme une manière de se notabiliser : l'ambition désormais est de prendre la place de LR, plus la rupture avec le 'système', la 'bande des quatre' ou 'l'establishment politico-médiatique'.
  24. F. mas

    Nécrologies

    Richard Lynn, lundi dernier.
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