Je viens de lire deux livres très intéressants, qui adoptent tous les deux une démarche "institutionnaliste" en économie pour traiter du même sujet, le capitalisme.
Le premier est Prospérité, puissance et pauvreté, Pourquoi certains pays réussissent mieux que d'autres, de Acemoglu et Robinson (le livre a fait un peu de bruit à sa sortie) : l'idée est de montrer que la clef du développement et de la prospérité repose sur des institutions politiques (inclusives) qui incitent les individus à s'enrichir et s'autonomiser politiquement (grâce aux droits de propriété, à un certain degré de centralisation étatique, etc). Les auteurs opposent à ces institutions des institutions extractives, qui, en gros, sont synonymes de rente économique pour une fraction minoritaire de la population. Grâce à cette grille de lecture, les auteurs jugent un certain nombre de régimes présents ou passés pour expliquer leur échec ou leur triomphe.
Le second est Conceptualizing Capitalism, de Geoffrey Hodgson. Comme son titre l'indique, l'ambition du livre est de donner une définition claire du capitalisme. Inspiré à la fois par Marx, Schumpeter et Hayek, l'auteur fait du coeur des institutions légales la spécificité du capitalisme. Sa démarche n'est pas sans rappeler celle de Hernando de Soto et son mystère du capital : la rupture du capitalisme repose essentiellement dans les procédures juridiques qui garantissent la propriété et la possibilité de la faire fructifier (à travers un Etat protecteur du droit). Il y a un passage critique très intéressant sur le "libéralisme de l'ordre spontané" et la différence entre droit et convention/coutume (la coutume n'est pas le droit). L'auteur a pris la peine de critiquer de manière argumentée des auteurs qu'il a lu (Hayek, Benson). Un autre adressé en particulier à l'école autrichienne (Mises, Bohm Baverk) relève leur propension à naturaliser la propriété (et donc ne pas percevoir la rupture entre société capitaliste et précapitaliste).
Bref de quoi réfléchir un peu.