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Le pillage des ressources


Pegase

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Posté

Je pense que pour beaucoup de gens à gauche, le tiers-mondisme est sans doute le schéma conceptuel le plus puissant dans leur mode de pensée. C'est en gros ce que disait Lénine avec l'impérialisme comme stade ultime du capitalisme et c'est sur cette idée je crois aussi que Naomi Klein a rencontré un petit succès.

 

Mais dans les faits, que peut-on répondre à ça ? On peut difficilement nier que face à des ressources rares, certains Etats et entreprises vont tenter de se les accaparer et de sécuriser leurs approvisionnements. Ces derniers temps, on parle beaucoup de cobalt, utilisé dans les batteries de véhicules électriques dont les ressources proviennent principalement de la RDC et implique notamment le travail des enfants. Je sais bien que le commerce est rarement un jeu à somme nulle, mais briser cette vision tiers-mondiste me semble particulièrement difficile à entrependre. 

Posté

Et au passage, le tiers-mondisme est passé de mode puis 20 / 30 ans.

Maintenant on parle de "néo-eco-colonialisme" ;  voir cette très intéressante interview de Guillaume Blanc sortie avant-hier : https://elam.hypotheses.org/3142

  • Yea 1
Posté
Il y a 1 heure, Pegase a dit :

Mais dans les faits, que peut-on répondre à ça ? On peut difficilement nier que face à des ressources rares, certains Etats et entreprises vont tenter de se les accaparer et de sécuriser leurs approvisionnements.

 

C'est vrai mais quel rapport avec le libérlamise ou le capilatimse ? Si pillage il y a, nous sommes dans un cas où le droit de propriété est visiblement bafoué (que ce soit dans le cas où un Etat s'accapare les ressources en question au détriment de leur(s) propriétaire(s) légitime(s), ou dans le cas où un Etat (pour une raison ou une autre) laisse une entreprise faire main-mise sur ces mêmes ressources).

Posté
8 minutes ago, poney said:

Et au passage, le tiers-mondisme est passé de mode puis 20 / 30 ans.

Maintenant on parle de "néo-eco-colonialisme" ;  voir cette très intéressante interview de Guillaume Blanc sortie avant-hier : https://elam.hypotheses.org/3142

 

Le mec avait signé une tribune récente dans le Monde il me semble (disant que les Blanc étaient vilains à part lui).

  • Haha 1
Posté
Il y a 2 heures, Pegase a dit :

Mais dans les faits, que peut-on répondre à ça ? On peut difficilement nier que face à des ressources rares, certains Etats et entreprises vont tenter de se les accaparer et de sécuriser leurs approvisionnements. 

 

"Certains Etats". Tu veux parler de la Corée du Nord et du Venezuela?

Quant aux entreprises, que signifie "s'accaparer" des ressources? Une entreprise achète des ressources à d'autres entreprises qui les extraient sur leurs propriétés ou en louant des concessions.

Je ne vois pas ce qu'il y a à "nier" ni pourquoi il faudrait le faire.

Posté

J'y vois aussi, à la question de la justice dans l'appropriation originelle, un problème pour le libéralisme... Mais pas spécifique au libéralisme. J'ai souvent entendu dire de la part de gauchistes anti-américains, par exemple, que coca cola s'était appropriée une grande partie des ressources d'eau du Mexique, au dépend de la population qui les utilisaient traditionnellement (et on peut imaginer, acheté soit à l'état qui se les serait approprié illégitimement, soit à des cronies). Je n'ai jamais vérifié ce qu'il en est, dans quelle mesure c'est vrai, etc, mais si c'est le cas, je suis d'accord pour y voir une certaine forme d'agression.

Mais après, le problème, c'est qu'il n'y a pas de réponse évidente au problème. A moins de croire en un espèce de lien organique entre une race et la terre qu'elle occupe, ou encore plus aberrant, un droit des cailloux et des arbres en eux même à ne pas trop être exploité...

Posté

C'est pas si compliqué : ce schéma ne tient que par l'ignorance de la véritable vie des gens d'avant l'industrialisation. Avant de travailler dans les usines, les enfants crevaient de faim, invisibles dans les campagnes. Leurs descendants iront à l'école et deviendront ingénieurs.

Ca se répète partout où on laisse les choses se faire librement (l'asie du sud-est est un des exemples classiques).

  • Yea 1
Posté

Tu peux avoir un problème dans les configs genre république bananière, avec une multinationale (soutenue par un Etat elle-même) qui, pour des deals avantageux, soutient un Etat autoritaire qui appauvrit son pays.

Mais je pense que ça existe de moins en moins de façon évidente, les grands deal sont des soumis à des appels d'offres et les pays peuvent choisir le mieux offrant (modulo corruption tout de même, mais en faisant attention vu les sanctions de nos jours...), le problème est plus dans la relation Etat / peuple, où là les Etats nuisibles perdurent. (Après y a quelques cas folklo qui existent encore genre Gertler).

  • Yea 1
Posté
il y a 48 minutes, Calembredaine a dit :

Une entreprise achète des ressources à d'autres entreprises qui les extraient sur leurs propriétés ou en louant des concessions.

C'est là que rentrent en jeu la corruption généralisée, les renversements de gouvernement, les réseaux de Francafrique, avec leurs réalités et une part de fantasme qu'il ait toujours assez difficile de définir.

Posté
il y a 44 minutes, Pegase a dit :

C'est là que rentrent en jeu la corruption généralisée, les renversements de gouvernement, les réseaux de Francafrique, avec leurs réalités et une part de fantasme qu'il ait toujours assez difficile de définir.

Absolument. La cible est donc à ce niveau et ce n’est certainement pas le capitalisme.

  • Yea 1
Posté

En France, le code minier est tel que si tu te retrouves avec des richesses chez toi, tu te feras exproprier au profit d’une multinationale ou une horreur publique. 
Les droits sur l’eau sont aussi gérés de façon invraisemblable (des organismes multi-partis totalement opaques) ce qui fait qu’il y a régulièrement des pénuries. 

  • Yea 2
Posté

Selon ce qu’on m’a raconté lorsque j’étais en Afrique sub-saharienne (il y a une quinzaine d’années) certains pays se font piller leurs ressources minières par des entreprises étrangères selon un schéma très simple. Elles négocient des redevances dérisoires avec les dirigeants et l’affaire est dans le sac. Les dirigeants empochent l’essentiel des redevances (bien que dérisoires çà fait beaucoup de sous pour un clan). La population ne profite aucunement des redevances. Ceux qui travaillent dans les mines sont payés au tarif local donc pas cher. C’est de la corruption pure et simple. Difficile à briser sans une grosse ingérence politique.


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Posté
il y a 4 minutes, fm06 a dit :

Elles négocient des redevances dérisoires avec les dirigeants et l’affaire est dans le sac.


En quoi c’est du pillage ?

 

il y a 6 minutes, fm06 a dit :

La population ne profite aucunement des redevances.


Pourquoi devrait-elle en profiter ?

 

il y a 6 minutes, fm06 a dit :

Ceux qui travaillent dans les mines sont payés au tarif local donc pas cher.


Pourquoi devraient-ils être payés plus ?

Posté

Je me contente de répéter ce que des locaux m’ont raconté. Ils préfèreraient évidemment que les dirigeants utilisent les redevances pour développer les infrastructures du pays plutôt que pour mener grand train. Assurer les missions régaliennes de l’Etat ce serait déjà un bon début...


Envoyé de mon iPhone en utilisant Tapatalk

Posté
35 minutes ago, fm06 said:

lles négocient des redevances dérisoires avec les dirigeants et l’affaire est dans le sac.

 

C'est de moins en moins le cas, il y a des appels d'offre ouverts à plusieurs entreprises internationales, et les redevances ne sont plus dérisoires (au moins dans le pétrole par ex.).

 

 

Posté
il y a 44 minutes, fm06 a dit :

Je me contente de répéter ce que des locaux m’ont raconté. Ils préfèreraient évidemment que les dirigeants utilisent les redevances pour développer les infrastructures du pays plutôt que pour mener grand train. Assurer les missions régaliennes de l’Etat ce serait déjà un bon début...


Envoyé de mon iPhone en utilisant Tapatalk


faudrait déjà qu’ils aient un État et pas que ce soit un genre de guerre civile permanente cf la RDC

  • 5 years later...
Posté

Encore une masterclass.

 

Révélation

Cette vidéo de la chaîne Trait D'Olympe, intitulée "LE PARADOXE QUI EXPLIQUE LA PAUVRETÉ EN AFRIQUE", propose une analyse économique et structurelle des défis de développement du continent africain en s'appuyant sur un concept théorique précis : le paradoxe de Jevons.

Voici une synthèse détaillée des principaux points abordés dans la vidéo :

1. Le Paradoxe de Jevons appliqué à la démographie africaine

  • Le concept d'origine : En 1865, l'économiste britannique William Stanley Jevons a observé que l'introduction de machines à vapeur plus efficaces, qui consommaient moins de charbon pour une même tâche, n'avait pas réduit la consommation globale de charbon. Au contraire, cette efficacité a rendu l'énergie moins chère, multipliant les machines et augmentant la consommation totale de la ressource.

  • L'application à l'Afrique : L'auteur applique cette logique à la démographie africaine [03:06]. Alors qu'on présente souvent la jeunesse et l'importance de la population à venir (25 % de la population mondiale en 2050) comme un "dividende démographique" automatique, la vidéo soutient que sans changement structurel, cette abondance humaine accentue la consommation et la dépendance au lieu de créer de la richesse [06:13].

2. Une économie de consommation plutôt que de production

  • Le déficit industriel : La part du PIB africain issue de la production manufacturière reste inférieure à 10 % dans la majorité des pays subsahariens [04:15]. Le continent exporte 90 % de ses matières premières à l'état brut (sans valeur ajoutée) et réimporte les produits finis [32:21].

  • La fuite des capitaux : Chaque achat de produit technologique importé (comme un iPhone) représente un flux financier net qui quitte le continent [05:44]. L'Afrique ne représente que 2 % de la production manufacturière mondiale, malgré ses vastes ressources naturelles [30:15].

3. L'impact structurel des transferts de la diaspora

  • Argent de consommation vs Capitalisation : La diaspora africaine envoie environ 100 milliards de dollars par an [09:34]. Cependant, plus de 75 % de ces fonds sont fléchés vers des dépenses courantes de consommation (santé, scolarité, alimentation) [12:25]. Bien que légitimes, ces dépenses ne se reproduisent pas et ne créent pas de valeur à long terme.

  • Le coût des intermédiaires : Les frais de transfert vers l'Afrique subsaharienne sont les plus élevés au monde (entre 7 et 9 %), ce qui signifie que plusieurs milliards de dollars sont captés chaque année par des institutions financières étrangères avant même d'arriver sur le continent [13:04].

  • L'investissement immobilier : Entre 60 et 80 % des investissements non consommés de la diaspora vont dans l'immobilier [18:04]. L'auteur qualifie cela d'"argent de la rente" ou d'actif illiquide : la construction crée peu d'emplois durables, fige le capital et dépend souvent de matériaux importés (ciment, carreaux), ce qui fait repartir les fonds vers l'Asie ou l'Europe [18:23].

4. Les barrières à l'investissement productif

La diaspora n'investit pas massivement dans les entreprises locales en raison de freins rationnels et identifiés [20:39] :

  1. L'insécurité juridique : Faible protection de la propriété et risques liés à la corruption [21:27].

  2. Le manque d'outils adaptés : Absence de fonds d'investissement transparents ou de marchés boursiers profonds pour la diaspora [21:55].

  3. La pression sociale horizontale : Les réseaux de solidarité familiale imposent une redistribution immédiate des gains, ce qui empêche l'accumulation verticale du capital nécessaire à la création de grandes industries [22:23].

5. Comparaisons macroéconomiques et solutions

  • Des géants technologiques face à des nations : Pour illustrer le déficit de productivité basé sur la connaissance, la vidéo compare le chiffre d'affaires d'entreprises comme Apple (416 milliards de dollars en 2025) au PIB de pays majeurs comme l'Afrique du Sud, l'Égypte ou le Nigéria, constatant qu'une seule entreprise privée peut générer plus de valeur que ces économies réunies [41:01].

  • L'exemple asiatique : Des pays comme la Corée du Sud, Taïwan ou la Chine ont brisé ce cercle vicieux à partir des années 1980 en protégeant leurs industries naissantes et en investissant massivement dans les compétences techniques [35:54].

  • Les pistes de sortie : L'auteur préconise de transformer localement les matières premières avant export (ex: le cacao en chocolat) [08:55], de réorienter au moins 20 % des flux de la diaspora vers des fonds productifs coordonnés [24:49], et de privilégier le développement de compétences techniques rares plutôt que l'accumulation de diplômes théoriques [44:22].

 

 

 

Pour pousser l'analyse de cette vidéo encore plus loin, on peut croiser ses constats avec d'autres théories économiques et réalités géopolitiques. L'auteur a posé des bases comptables et structurelles très froides (et très justes), mais on peut enrichir la réflexion en explorant pourquoi ces structures persistent et comment d'autres mécanismes bloquent ou pourraient libérer ce potentiel.

Voici plusieurs axes pour approfondir l'analyse :

1. La "Malédiction des ressources" et l'effet de serre institutionnel

L'auteur mentionne que l'Afrique possède 30 % des ressources mondiales mais ne produit que 2 % de la valeur manufacturée. En économie, c'est le cœur du mécanisme de la malédiction des ressources (ou Dutch Disease).

  • Le mécanisme : L'exportation de matières premières brutes (pétrole, minerais) génère des devises qui apprécient artificiellement les monnaies locales (ou maintiennent une illusion de richesse). Cela rend les importations de produits finis moins chères et détruit toute compétitivité pour une industrie manufacturière locale naissante.

  • Le choix des élites : Il est plus facile et politiquement plus rentable pour un gouvernement de capter la rente d'une mine ou d'un puits de pétrole (en distribuant des contrats ou des postes) que de bâtir un système fiscal complexe basé sur la production d'une classe moyenne industrielle. La structure politique s'adapte à la nature de la richesse : la rente favorise l'autocratie et le clientélisme, là où la production exige la démocratie, l'État de droit et la stabilité juridique.

2. L'absence de Marché Unique réel (Le défi de la ZLECAF)

L'auteur compare l'Afrique à la Chine ou aux États-Unis. Or, la force de la Chine ou d'Apple est de disposer d'un marché intérieur gigantesque et unifié.

  • En Afrique, le commerce intrare régional est l'un des plus faibles au monde (environ 15 % contre plus de 60 % en Europe ou en Asie). Produire localement à Douala pour vendre à Lagos ou Dakar se heurte à des barrières douanières, des monnaies différentes (hors zone CFA), des infrastructures de transport désastreuses et des tracasseries administratives.

  • Pour aller plus loin, le salut structurel passe par l'accélération de la ZLECAF (Zone de libre-échange continentale africaine). Sans un grand marché fluide, aucune usine locale ne peut atteindre les "économies d'échelle" nécessaires pour concurrencer les géants asiatiques ou occidentaux.

3. La capture de la valeur par la "Propriété Intellectuelle" (L'économie intangible)

L'exemple d'Apple donné dans la vidéo est excellent : Apple ne produit rien physiquement, elle conçoit. C'est le concept de la courbe en sourire (Smile Curve) de la chaîne de valeur globale.

  • La valeur ajoutée se situe au début (R&D, design, brevets) et à la fin (marketing, service après-vente, écosystème logiciel). La fabrication pure (l'usine) est la phase qui rapporte le moins.

  • L'analyse peut être poussée en disant que même si l'Afrique commençait à industrialiser des usines d'assemblage (comme le fait l'Inde ou le Vietnam), elle resterait dans la partie basse du sourire si elle ne maîtrise pas la propriété intellectuelle. Le vrai défi n'est pas seulement de fabriquer le téléphone ou de raffiner le pétrole, c'est de posséder les standards technologiques et les marques.

4. Le modèle de Singapour et le capitalisme d'État (Référence à Lee Kuan Yew)

La vidéo cite brièvement Lee Kuan Yew. Pour aller plus loin sur ce modèle qui a fait ses preuves :

  • Singapour n'a pas seulement forcé l'épargne (via le Central Provident Fund), l'État est devenu un entrepreneur stratégique. À travers son fonds souverain Temasek, Singapour a investi directement dans des secteurs clés (logistique, transport maritime, finance) pour créer des champions nationaux avant de les ouvrir au privé.

  • En Afrique, le débat oppose souvent un libéralisme de façade (imposé historiquement par les plans d'ajustement structurel du FMI) à un étatisme corrompu. Le modèle singapourien montre qu'il faut un État stratège et pragmatique, capable de s'allier aux multinationales étrangères (en exigeant des transferts de technologie stricts) tout en protégeant ses intérêts nationaux.

5. Repenser la Diaspora : Du "sauvetage" au "Venture Capital"

L'auteur note à juste titre que l'argent de la diaspora va à la consommation et à l'immobilier stérile. Pour inverser la tendance, la solution ne viendra pas de la bonne volonté morale, mais de l'ingénierie financière.

  • Diaspora Bonds / Fonds de Capital-Risque : Les structures étatiques africaines actuelles inspirant peu confiance, la solution réside dans la création de fonds d'investissement privés ou semi-privés, gérés selon les standards internationaux (à Londres, Paris ou New York), mais dédiés exclusivement au financement des PME productives africaines.

  • Si un membre de la diaspora sait qu'en plaçant 5 000 € dans un fonds, il obtient un rendement de 6 % et finance une usine de transformation de noix de cajou au pays, il préférera cela à la construction d'une énième villa inachevée. Le problème n'est pas le manque de patriotisme économique, c'est le manque de canaux financiers sécurisés.

En résumé

Pour compléter la thèse de la vidéo : l'Afrique n'est pas bloquée par une fatalité culturelle ou géographique, mais par un alignement de mauvaises incitations économiques. Tant qu'il sera plus rentable, moins risqué et plus valorisé socialement d'importer et de consommer (ou de capter la rente brute) plutôt que de produire, le paradoxe de Jevons continuera de tourner à plein régime. La rupture doit être à la fois institutionnelle (sécurité juridique), financière (outils de placement pour la diaspora) et continentale (intégration des marchés).

 

 

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