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Coligny

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  1. Coligny

    Indépendance financière

    Admettons donc que tu ne critiques la privation si elle n'a que pour seul objectif d'accumuler un capital suffisant pour tomber dans l'oisiveté ensuite (bien que tes précédents messages condamnent bien plus la frugalité excessive en générale) : le coût tout d'abord est incertain et totalement subjectif (tu mesures un certain degré de souffrance sans tenir compte du caractère même de ces gens là qui sont aptes à mener un tel train de vie, et donc non tout le monde n'en souffre pas, de là à recommander ce modèle de vie à tout le monde, non), l'argument teinté du carpe diem (vivons la vie au jour le jour, on ne sait pas ce que l'avenir nous réserve) est assez facile et en raisonnant en ce sens, on ne bâtirait pas grand chose dans la vie ; l'argument psychologique est convaincant et je suis d'accord, une personne ayant vécue sa vie durant dans une grande austérité aura un grand blocage psychologique à l'idée de dépenser à nouveau. Mais c'est un peu l'idée même de ce concept : les revenus accumulés dans la phase d'activité à coup de privations permettent une seule et éventuelle indépendance financière, càd une vie future inactive tout aussi paisible et responsable, pas une vie de jet setter. C'est donc plutôt cohérent ; dans l'ensemble ce choix colle à une certaine perception de la vie/ personnalité.
  2. Coligny

    Indépendance financière

    Tu supposes un modèle de vie qui conduirait à un certain idéal mais ce n'est pas la vie que tout le monde souhaite prendre en modèle. La frugalité a du bon et peut être motivée par tout un tas de facteurs psychologiques, religieux,... C'est mon côté méthodiste qui va parler, mais je me retrouve dans les propos de Eltourist ; s'imposer des privations n'a pas pour unique objectif de cesser toute activité ultérieure dans les années qui suivent et vivre en tant que rentier (ce qui me répugnerait) mais il faut voir cet acte dans sa dimension même : épargner excessivement, se restreindre apporte un sentiment de contrôle, une estime de soi, une certaine félicité qui fait défaut à toute dépense (associée plutôt à un certain sentiment de culpabilité, d'écart). Je caricature bien sûr à l'envi dans ce cas de figure, mais penser que les individus légèrement freak-control sur les bords, prêts à une épargne excessive, une austérité constante, souffrent de cette situation, c'est totalement méconnaitre le genre de caractère qui préside à ces modes de vie. « Exhortons tous les chrétiens à gagner et à épargner tout leur saoul, autrement dit à s’enrichir »
  3. Coligny

    Je raconte ma life 8, petits suisses & lapidations

    Je suis chrétien mais je dois avouer que j'ai la gueule d'un juif israélien car je suis très brun, yeux noirs et je bronze facilement donc tout le monde pense que je suis juif ici. Mais ta question est extrêmement intéressante : je pense qu'un non juif se sentira toujours en dehors de cette société et c'est pourquoi, sauf à obtenir une opportunité de carrière énorme en Israël, je ne pourrais jamais y "vivre". Mais ça c'est plutôt sur le long terme donc, autrement le marché du travail est beaucoup plus souple en Israël et s'inspire beaucoup du modèle americain (comme dans de nombreux autres secteurs), et n'importe quel immigré (non juif compris) trouverait rapidement ses marques ici.
  4. Coligny

    Je raconte ma life 8, petits suisses & lapidations

    C'est tout à fait ça en réalité. Et au quotidien c'est pesant. Mais à côté de ça, je me fais inviter régulièrement pour shabbat chez des gens que je connais à peine, il y a une vraie culture de la communication, de l'idée de réseau (héritage juif je pense). Et trouver un emploi est super simple ; je voulais travailler un peu en parallèle de la fac, j'ai demandé à mon ami qui a demandé à un autre ami un job et je bosse maintenant quelques après midi par mois comme vendeur dans un magasin (je ne parle quasiment pas hébreu et mon visa n'est même pas adéquat).
  5. Coligny

    Je raconte ma life 8, petits suisses & lapidations

    Ah ouais mais Herzliya est un peu leur 16e arrondissement
  6. Coligny

    Je raconte ma life 8, petits suisses & lapidations

    Je n'aime pas généraliser mais tu conviendras quand même que les israéliens sont dans l'ensemble assez sauvages dans leur façon de se comporter. Mais on s'y fait. Et je me comporte moi aussi comme un sauvage désormais. Le retour à Paris va être dur. J'ai rarement eu un si grand coup de coeur pour un pays.
  7. Coligny

    Je raconte ma life 8, petits suisses & lapidations

    Il n'y strictement aucune règle de politesse, de courtoisie, d'attention à l'égard des autres (ce qui contraste avec le fait qu'ils sont extrêmement devoués et ouvre facilement leurs portes). Et l'hygiène laisse carrément à désirer (tout le monde pisse dans la rue à Tel Aviv par exemple).
  8. Coligny

    Je raconte ma life 8, petits suisses & lapidations

    L'hébreu est une langue très simple finalement. J'ai commencé le programme Ulpan, je pense parler assez couramment à la fin de mon année.
  9. Coligny

    Je raconte ma life 8, petits suisses & lapidations

    Mmm... ma manager habite en ""colonie"" israélienne, ce qui est quand même plus sensible que de visiter Bethléem par exemple (qui effectivement ne pose aucun problème) et ce y compris pour un français.
  10. Coligny

    Je raconte ma life 8, petits suisses & lapidations

    Ça fait désormais trois semaines que je vis en Israël et j'ai fait à peu près le tour du pays (Tel aviv, Jerusalem, Haifa, Nazareth, Eilat...) pour me donner une idée de la vie ici. Honnêtement, même si au début c'était laborieux car les israéliens sont d'une vulgarité sans égal, je m'y plais énormément et me sens de plus en plus connecté à cette terre. Les gens sont dynamiques, travaillent énormément et il y a une certaine insouciance du politique que j'admire beaucoup. Il m'est arrivé tellement de choses totalement loufoques dont celle ci : j'ai fêté Rosh Hashana chez ma manager qui habite dans la West Bank. Elle ne m'avait absolument pas prévenu et avait appelé un taxi pour moi, ce qui fait que je me suis retrouvé au milieu des territoires disputés sans trop rien comprendre. A 2 heures du matin, aucun taxi ne voulait venir me chercher dans ces zones là ; j'ai appelé un ami juif de Tel Aviv (qui a un crush sur moi, d'où le dévouement) et qui a traversé tout le pays pour venir me chercher dans ce trou. Il était carrément flippé au moment de passer la frontière ; j'étais énormément alcoolisé donc sur le moment je trouvais ça un peu balagan mais sans trop m'en soucier. Puis le lendemain j'ai réalisé que, ouais quand même, c'était délicat. (+ cf l'attentat aujourd'hui contre 3 israéliens en territoire) Ah et les transports publics sont ici une catastrophe monumentale. Je ne me plaindrai plus jamais du RER parisien.
  11. Coligny

    Je raconte ma life 8, petits suisses & lapidations

    Qui est Gio ?
  12. Coligny

    Je raconte ma life 8, petits suisses & lapidations

    Et c'est précisément lorsqu'il comprend que tout n'est que médiocrité, et triste banalité, qu'il trouve la force d'écrire son roman à la fin de La Recherche. Il y a une dimension ascétique très prononcée (Proust était grand lecteur de Schopenhauer). Le parallèle que tu fais avec la Bovary est génial car La Recherche est un peu la résolution du paradoxe de Emma Bovary : elle aurait pu s'épargner un suicide si elle avait trouvé, à travers l'art, cette aptitude à sublimer ce quotidien médiocre, à "transformer la boue en or", à puiser dans le spleen une force créatrice. Les 7 tomes de la Recherche raconte le dynamisme de cette force ; elle puise sa source dans la négation du monde matériel et dans la recherche d'une forme d'éternité, d'un temps sublime et extensif. Le titre "A la Recherche du temps perdu", ne fait pas seulement référence au temps de son enfance que le narrateur essaie de retrouver (à travers ses souvenirs), mais à la recherche de l'idée même du "Temps", que les hommes ont perdue, en ne concevant le temps que comme le marquage d'un instant T et plus dans son idée englobante d'éternité, de ce "long" temps (l'incipit commence d'ailleurs par "Longtemps, je me suis couché de bonne heure", il faut entendre Long-temps et Bon-heur : c'est annonciateur du bonheur qu'obtiendra le narrateur en retrouvant ce temps long). Le final de La Recherche, qui aboutit à retrouver ce Temps, est la plus belle création humaine jamais conçue : "Si du moins il m’était laissé assez de temps pour accomplir mon œuvre, je ne manquerais pas de la marquer au sceau de ce Temps dont l’idée s’imposait à moi avec tant de force aujourd’hui, et j’y décrirais les hommes, cela dût-il les faire ressembler à des êtres monstrueux, comme occupant dans le Temps une place autrement considérable que celle si restreinte qui leur est réservée dans l’espace, une place, au contraire, prolongée sans mesure, puisqu’ils touchent simultanément, comme des géants, plongés dans les années, à des époques vécues par eux, si distantes — entre lesquelles tant de jours sont venus se placer — dans le Temps."
  13. Coligny

    Je raconte ma life 8, petits suisses & lapidations

    Les romans de Flaubert sont plus sombres qu'ils en ont l'air : l'enfance désastreuse de la Rosanette dans l'Education sentimentale (viol infantile), la vie misérable de Charles Bovary, la pauvreté de sa fille à la fin réduite à rien, la description très fréquente de cadavres, de corps en putréfaction tout comme la charogne de Baudelaire. La figure de l'Aveugle dans Madame Bovary résume un peu tout le spectre de désoeuvrement qui plane sur les romans de Flaubert. Proust c'est plutôt dans la veine du libertinage et persiflage aristocratique, immémoriel donc...
  14. Coligny

    Je raconte ma life 8, petits suisses & lapidations

    Pente glissante, cher ami, attention Proust c'est Flaubert puissance 1000. Les faits bruts tiennent sur un post it mais la pureté du style rend l'oeuvre éblouissante. Et là encore, les faits sont relativement inintéressants. Ps : Rousseau est un trop grand menteur pour qualifier son oeuvre d'autobiographie. Roman, donc!
  15. Coligny

    Je raconte ma life 8, petits suisses & lapidations

    Tu me jugerais si je te disais que mon roman préféré est l'inintéressante vie de J-J Rousseau qu'il raconte à travers les 1000 pages de ses Confessions. Mais voilà, l'art est ici : dans l'inutile.
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