Pelerin Dumont Posté 11 décembre 2021 Signaler Posté 11 décembre 2021 En parcourant la notice wikipedia du SERG (ou HRE comme vous preferez) , car j'avais commande le livre de Frances rapp, je suis tombé sur un article de Murray Rothbard sur la depression du 14 eme siecle : https://mises.org/library/great-depression-14th-century et je me demandais ce que ça valait ? J'ai l'impression que cela se rapproche de l'"Automne du Moyen age" de Huizinga? Citation The causes of the great depression of western Europe can be summed up in one stark phrase: the newly imposed domination of the State J'ai souvent essaye de relier l'histoire médiévale avec les théories des libéraux/anarcap et ce genre de papiers m'intéressent ?
Rincevent Posté 11 décembre 2021 Signaler Posté 11 décembre 2021 il y a 33 minutes, Pelerin Dumont a dit : En parcourant la notice wikipedia du SERG (ou HRE comme vous preferez) , car j'avais commande le livre de Frances rapp, je suis tombé sur un article de Murray Rothbard sur la depression du 14 eme siecle : https://mises.org/library/great-depression-14th-century et je me demandais ce que ça valait ? J'ai l'impression que cela se rapproche de l'"Automne du Moyen age" de Huizinga? J'ai souvent essaye de relier l'histoire médiévale avec les théories des libéraux/anarcap et ce genre de papiers m'intéressent ? 1
Pelerin Dumont Posté 14 décembre 2021 Signaler Posté 14 décembre 2021 Je continue mes lectures sur le SERG/les gibelins avec le mystère du Graal de Julius Evola. Ce dernier balance des punchlines sexistes sans retenue : Citation Following the Golden Age, we encounter the Silver Age, which corresponds to a priestly and feminine rather than regal and virile type of spirituality [...] the moon is the feminine star that, unlike the sun, no longer has in itself the principle of its own light. Citation Since every symbolism is based on specific relationships of analogy, it is necessary to begin with the possible relationships between man and woman. These relationships can be either normal or abnormal. They are abnormal when the woman dominates the man. Citation Another, opposite aspect may be related with what someone has called "the death which comes from a woman," referring to the loss of the deeper principle of virility. Cela me rappelle un peu Jankelevitch, mais en plus lourd
Pelerin Dumont Posté 14 décembre 2021 Signaler Posté 14 décembre 2021 il y a 24 minutes, Vilfredo a dit : Evola te rappelle Jankelevitch Je parlais de son passage sur les femmes (et la dichotomie actif vs passif qui va avec), pour le reste effectivement c'est très différent ? il y a 21 minutes, Vilfredo a dit : mais effectivement les nazis étaient rarement féministes Lui se voit pourtant comme un simple partisan de la "tradition" ?
Pelerin Dumont Posté 14 décembre 2021 Signaler Posté 14 décembre 2021 il y a une heure, Vilfredo a dit : Dans Aristote aussi alors. L’homme par rapport à la femme est comme la forme par rapport à la matière. Et il se voit comme il veut mais il était au Sicherheitsdienst Ah en effet, d'ailleurs dans le chapitre que je lis il se met à parler des Aryens et des peuples nordiques (hyperboréens) etc donc il a l'air de partager la même mystique qu’Himmler et consorts
Rincevent Posté 14 décembre 2021 Signaler Posté 14 décembre 2021 il y a 32 minutes, Pelerin Dumont a dit : Ah en effet, d'ailleurs dans le chapitre que je lis il se met à parler des Aryens et des peuples nordiques (hyperboréens) etc donc il a l'air de partager la même mystique qu’Himmler et consorts Tu n'étais pas au courant ?
Pelerin Dumont Posté 14 décembre 2021 Signaler Posté 14 décembre 2021 il y a 1 minute, Rincevent a dit : Tu n'étais pas au courant ? Ah si bien sûr j'en avais entendu parler mais là je le lis vraiment (c'est assez proche de Kantorowicz en fait)
Pelerin Dumont Posté 14 décembre 2021 Signaler Posté 14 décembre 2021 il y a 15 minutes, Vilfredo a dit : Pourquoi Kantorowicz? L'intro de ma version le mentionne : Citation The model was the Middle Ages, the time of the German emperor Frederick II of Hohenstaufen, the "Astonishment of the World," who was raised in Italy (Sicily, to be exact) and thus united the German and Italian regions in his Holy Roman Empire, and who also apparently personified the best of both geographical areas. In those years Evola stood strongly under the influence of Ernst Kantorowicz's two-volume biography of the Starfen emperor, at that time the object of great enthusiasm. Ce qui est assez clair quand il analyse les légendes autour des gibelins/de frederic II ou simplement la mythologie nordique. Gouguenheim disait aussi que Kantorowicz faisait partie d'un cercle d'idées proche de la révolution conservatrice "hostile au rationalisme, recherchant une forme de syncrétisme entre le politique et le religieux". DE plus, Kantorowicz déplore dans son introduction que l'époque manquait d'empereurs, est très critique envers la république de Weimar et se fait partisan d'un état autoritaire mais efficace. Si on ajoute à ça sa nostalgie d'un âge d'or perdu, le messianisme et la mystique orientale, les ressemblances sont frappantes.
Moustachu Posté 15 décembre 2021 Signaler Posté 15 décembre 2021 Le 13/12/2021 à 22:39, Raffarin2012 a dit : Lu Le désert de l'amour de Mauriac. Très court (100 pages) et bien vu. Je recommande. Très bon en effet, contrairement à ce que pourrait suggérer le titre (naze) du livre.
NoName Posté 20 décembre 2021 Signaler Posté 20 décembre 2021 C'est pas un contresens de considérer Nietzsche comme un nihiliste ? Je croyais que le point de Nietzsche c'était justement de dire que l'absence de Dieu ne mettait pas fin aux valeurs mais qu'elle appelait au remplacement de valeurs obsolètes par des valeurs plus appropriée.
Johnathan R. Razorback Posté 20 décembre 2021 Signaler Posté 20 décembre 2021 il y a une heure, Vilfredo a dit : 1): l'humanisme athée (càd pour lui Comte, Feuerbach, Marx et Nietzsche; il a aussi l'air de considérer Heidegger comme un nihiliste, ce qui est un contresens sur la Lettre sur l'humanisme; mais bon après pour lui tout athée est nihiliste) dépouille l'homme de toute substance. Il en fait une abstraction, le produit de son devenir social et historique 2): comment trouver une justification qui ne soit pas transcendante du respect que l'on doit à la personne humaine ? 1): ça me semble juste pour les auteurs cités mais: 1): on peut certainement être un humaniste athée sans adhérer à ça ; 2): on peut parfaitement ajouter Heidegger et un paquet de philosophes modernes dans la catégorie de ceux qui rejettent l'idée d'une nature humaine. D'ailleurs Voegelin a fait ce reproche à Arendt. 2): Étant toujours plus ou moins un égoïste éthique, je dirais: Je n'ai pas envie que ma dignité soit foulé au pied parce que c'est mauvais pour moi (et pour bien rester dans un immanentisme à la Spinoza/Nietzsche, appelons mauvais ce qui diminue ma puissance d'agir). Ensuite, pour ne pas risquer que ma dignité soit violée, il est rationnel de poser comme une norme universelle que personne n'a le droit de nuire à autrui. Si je ne veux pas que X m'arrive (ou que X m'arrive), je dois vouloir vivre dans un monde où X est universellement admis illégitime (ou que X est un devoir reconnu par tous). C'est un genre d'égoïsme éclairé / universalisé qui reste parfaitement immanent.
Arlequin/TuringMachine Posté 20 décembre 2021 Signaler Posté 20 décembre 2021 En lien avec le sujet de la "désacralisation" ou la perte du sentiment mythique, je lis Arbeit am Mythos de Hans Blumenberg. J'ai pas eu le temps de le lire en entier pour le moment, et je m'en sers surtout pour consolider ma maîtrise de la langue allemande sans avoir spécialement le temps d'organiser ma lecture ou de la ficher (un peu par flemme). Mais ça doit être assez haut dans le top des lectures les plus puissantes que j'ai pu faire, je conseille si le sujet vous intéresse.
Rincevent Posté 20 décembre 2021 Signaler Posté 20 décembre 2021 Il y a 4 heures, Vilfredo a dit : je sens une sympathie intuitive pour ce qu'il écrit qui me surprend beaucoup, n'ayant jamais été croyant mais toujours très fasciné par la liturgie catholique. Tu as déjà assisté à une messe tradi ? Le latin, ça en jette. 1
Rincevent Posté 20 décembre 2021 Signaler Posté 20 décembre 2021 il y a 7 minutes, Vilfredo a dit : On dit notamment que La Légitimité des temps modernes chez Gallimard est très mal traduit aussi. Je ne connais la thèse que indirectement (par Schmitt). Sur ma wish list depuis longtemps. Peut-être @F. mas aura-t-il une opinion.
F. mas Posté 20 décembre 2021 Signaler Posté 20 décembre 2021 8 minutes ago, Rincevent said: Peut-être @F. mas aura-t-il une opinion. Malheureusement non : je ne connais que la version française
F. mas Posté 20 décembre 2021 Signaler Posté 20 décembre 2021 Oui, Leo Strauss aussi (et tout ce qui touche à la querelle de la sécularisation). Il faut aussi lire ses sources d'inspiration (Hobbes, Machiavel, Cortés, Proudhon etc). C'est passionnant mais c'est un gros boulot.
Pelerin Dumont Posté 25 décembre 2021 Signaler Posté 25 décembre 2021 Je finis "Comment l'empire romain s'est effondré : Le Climat, les maladies, et la chute de Rome" de Kyle Harper. Je l'ai trouve très intéressant (il aborde le recit de la chute de l'empire sous un angle différent et s'etend même jusqu'a la conquête arabe) , même si je trouve que son principal défaut est de consacrer de trop longues parties à la description des epidemies/maladies/climat etc (je préfère largement les parties récit des événements que j'ai trouve bien courtes et analyse des conséquences de ces changements climatiques et biologiques sur l'empire). Bon vous me direz c'est la these principale de l'ouvrage mais j'ai trouve un peu indigeste les parties plus scientifiques (interessantes au debut mais sa tendance à répéter en boucle les memes grands thème use un peu a la longue). Au final c'est un ouvrage instructif surtout couple à d'autres historiens de la chute qui developpent plus d'autres perspectives (notamment ward perkins)
Pelerin Dumont Posté 31 décembre 2021 Signaler Posté 31 décembre 2021 Je trainais par hasard sur catallaxia et je suis tombé sur l'excellent texte de Phillipe Nemo sur la V eme république où j'ai trouve cette phrase qui a mal vieilli ?: Citation Certes, dans la pratique, cet absolutisme (de la Veme République) a été souvent mitigé. Il faut tout de même que l’Assemblée vote, et l’on ne peut lui faire voter n’importe quoi n’importe quand, d’autant que le Sénat vote lui aussi et qu’on ne peut s’offrir le luxe de conflits systématiques. 1
poincaré Posté 1 janvier 2022 Signaler Posté 1 janvier 2022 Quelqu'un a lu "Risk Society" d'Ulrich Bech ? Je cherche un ouvrage pertinent sur la société du risque.
F. mas Posté 1 janvier 2022 Signaler Posté 1 janvier 2022 1 hour ago, poincaré said: Quelqu'un a lu "Risk Society" d'Ulrich Bech ? Je cherche un ouvrage pertinent sur la société du risque. J'avais trouvé ça d'une très grande médiocrité. De mémoire, de la mauvaise sociologie pleine d'a priori idéologiques trop abstraits pour que ça soit utile à quelque chose.
poincaré Posté 2 janvier 2022 Signaler Posté 2 janvier 2022 La quatrième de couverture m'avait mis à la puce à l'oreille. C'est plutôt un ouvrage dans une thématique sanitaire qui m'intéresserait.
Rübezahl Posté 2 janvier 2022 Signaler Posté 2 janvier 2022 http://www.contrepoints.org/2013/08/13/134548-initiative-individuelle-prise-de-risque-et-responsabilite-3
POE Posté 9 janvier 2022 Signaler Posté 9 janvier 2022 Le 28/04/2019 à 08:23, POE a dit : Lecture de Démocratie et Totalitarisme, un "classique" de Raymond Aron, qui est en fait une reprise des cours donnés à la Sorbonne en 1957, donc juste avant la V° République. Très didactique avec un exposé relativement clair des différents types de régime, des exemples, et parfois des prédictions sur certains pays. Une attention particulière est donnée aux régimes constitutionnels pluralistes dans la deuxième partie de l'ouvrage avec un exemple historique intéressant de corruption de ce type de régime. Il s'agit de la république de Weimar de 1929 qui me semble avoir certains points communs avec la situation française actuelle. Surtout dans l'équilibre des forces politiques actuelles avec finalement une majorité de votants favorables soit à un parti d'extrême droite nationaliste (FN), soit à un parti d'extrême gauche socialiste (FI). Heureusement, la situation diffère par ailleurs : d'une part, l'économie parait tout de même en meilleure santé, d'autre part, les partis en question se disent malgré tout républicains, et non révolutionnaires. Intéressant aussi de voir qu'Aron pense que la solution qui aurait permis en Allemagne d'éviter le désastre du national socialisme au pouvoir, aurait été une forme de coup d'Etat réalisé par le centre démocrate, qui aurait gouverné par décret-loi. Solution qui n'est pas sans rappeler la forme de gouvernement actuel de la république en marche... Relire Aron...
POE Posté 15 janvier 2022 Signaler Posté 15 janvier 2022 anéantir... quelqun l'a lu pour me spoiler ?
NoName Posté 15 janvier 2022 Signaler Posté 15 janvier 2022 Pas lu. J'ai terminé Rendez vous avec Rama. Quelle claque sérieusement. Quelques remarques au vol - Clarke me donne l'impression d'être vraiment un auteur au plus classique possible qui ferait de la science fiction. 2001 comme RDVaR sont deux histoires où l'antagoniste est l'environnement et l'objet d'étrangeté, mais pas les hommes. - Il écrit dans un style absolument impeccable, ultra fluide et léger. Il fait de l'humour sans insister et campe très bien ses personnages à la fois très basiques mais bien conçus. Son style est aussi fluide et efficace que Asimov est lourd et pataud - La construction du plot est tout simplement nickel. Il y a toujours des rebondissement mais ça n'a jamais l'air de sortir de nulle part Je pense que je vais enchaîner sur les Enfants d'Icare avant de reprendre la série des 2001 mais je sais déjà qu'avant la fin de l'année j'aurais bouffé au moins deux ou trois de ses romans. 2
Pelerin Dumont Posté 15 janvier 2022 Signaler Posté 15 janvier 2022 J'ai lu les origines chinoises de benoit Malbranque (Institut Coppet). Étant pas mal sinophile et intéressé par le libéralisme, le livre me vendait du rêve et je dois dire que j'ai apprécié sa lecture dans l'ensemble. Le propos du livre est de s'intéresser à l'influence du modèle chinois sur les libéraux français du XVIII ème siècle (compris ici au sens de physiocrates+Turgot, et philosophes des Lumières : Voltaire/Montesquieu/Diderot... et Vauban?), phénomène relativement peu étudié et intéressant de prime abord vous en conviendrez. Toutefois j'aurais quelques points à reprocher, sans tomber dans l'excès inverse qui serait un européocentrisme obtus comme Hayek qui lâche sans pression ni connaissance aucune dans la présomption fatale : Citation La forme abrégée sous laquelle j’ai trouvé cette phrase la première fois que je l’ai lue est apparemment la conséquence de ce qu’il n’existe pas en chinois de mot (ou de caractère) pour « liberté ». (hint : 自 由 ) Le plan se déroule de la façon suivante : une première partie qui traite de la découverte progressive de la Chine par les Européens, via les voyageurs comme Marco Polo, Plan Carpin, Rubrouck, puis des jésuites qui viennent évangéliser le pays et dont on étudie en détail les témoignages (Matteo Ricci, Gabriel de Magalhães, Alexandre de Rhodes, le père Fouquet...) pour tenter de connaître le point de vue des européens sur les chinois et inversement le point de vues des orientaux sur ces nouveaux venus (pour expliquer en partie le non succès de la conversion des Chinois, ce qui provoque ensuite une remise en cause des dogmes du christianisme et des préjugés occidentaux par les penseurs lisant ces récits de voyage). Viennent ensuite le point de vue des philosophes puis des économistes sur la Chine (et en quoi celle-ci a pu influencé leurs conceptions/théories libérales) . Enfin la quatrième partie (la plus réussie à mon goût) traite du libéralisme de la pensée chinoise (dans le confucianisme, taoïsme ou les œuvres littéraires). Ma principale critique à l'encontre de l'auteur est de se laisser entrainé par son angle d'analyse : à trop vouloir étudier une nouvelle conception d'aborder deux phénomènes, il a tendance à vouloir exagérer le moindre lien entre les deux, voire à faire l'un (le libéralisme français) la conséquence de l'autre (la pensée chinoise) et à tout vouloir analyser à travers cet état d'esprit. On retrouve ce même défaut par exemple chez Frankopan (qui analyse la première croisade à travers le prisme byzantin sans donner de volontés propres aux croisés ou au pape) ou chez grousset (qui cette fois ci adopte un point de vue "national" et colonial et fait de la croisade et des états latins une affaire purement franque et colonialiste la comparant même aux mandats français en syrie, sans égards pour les autres participants ou aux variations au sein même du groupe franc ). Pour illustrer cet avis qui peut semble flou : Malbranque affirme entre autre que : Citation "Avec son idéal du pré carré, Vauban rejoignait encore la Chine " Donc la doctrine pré carré et les fortifications de Vauban lui auraient été soufflé par ses lectures chinoises ? Sérieusement? Ce n'est pas comme si sa reflexion était la synthèse logique des réflexions européennes de plusieurs siècles sur la matière... ou que les Européns n'avaient pas attendu de découvrir les chinois pour polir leur art de la poliorcétique (limes romains, Longs murs d'Athènes, châteaux forts et armes de sièges médiévales puis de la Renaissance, Fortification bastionnée italienne et hollandaise...) Par ailleurs, le tableau économique de Quesnay serait en fait une transposition (ou carrément un plagiat) du Classique des mutations aux 64 hexagrammes. : Citation Le Tableau économique doit certainement être tenu pour la plus célèbre production physiocratique, quoique loin d’être la meilleure ni la plus solide. Or d’où vient-elle ? Aurait-elle, comme le reste, des origines chinoises ? Nous savons d’abord que le Tableau économique, d’aspect effectivement assez curieux, était perçu comme une conception très étrangère aux modes de pensée habituels, et il frappait universellement par sa complexité. Encore une fois, ce n'est pas comme si on pouvait établir une filiation d'idées entre Quesnay et ses prédécesseurs, sans nécessairement invoquer des influences chinoises... Mon second point est que la vision de la Chine des penseurs français reposent sur des témoignages de jésuites biaisés et partiaux. Donc on se retrouve avec une Chine quasi utopique , sur laquelle les philosophes ont tendance à projeter leurs idéaux et attentes. Citation Les nations plus que semi-barbares de notre Europe moderne, dit sévèrement l’abbé Baudeau, sont encore dans un éloignement prodigieux du point de perfectionnement de ces quatre grands peuples [Chaldéens, Égyptiens, Péruviens et Chinois]. L’idée d’une administration vraiment royale, de la majesté de ses œuvres et de leur influence nécessaire sur le bien-être de l’humanité, ne vient que d’éclore parmi nous… Il n’en est pas moins vrai, qu’en jetant les yeux sur les États qui nous environnement, on y trouvera la prospérité des sujets dans une proportion exacte avec la sagesse de l’administration, avec la grandeur des travaux par elle consacrés à ce grand et unique objet de vivifier son territoire. (Nicolas Baudeau) On notera cette volonté intemporelle de dirigisme à la française Citation Seul l’Empereur de la Chine paraissait surtout occupé à cultiver son jardin, c’est-à-dire à donner de la valeur à son territoire et à soutenir le travail de son peuple par des travaux publics intelligents. La politique étrangère, et surtout les guerres, passaient au second plan, racontaient les Jésuites : le mot de conquête ou de colonie ne se prononçait pour ainsi dire jamais L'éternel mythe de la chine pacifique aux intentions paisibles. Citation En conclusion, la Chine est le modèle ultime des économistes physiocrates : cette nation lointaine n’est pas un simple exemple ou un argument, c’est une incarnation parfaite ou quasi-parfaite de libéralisme, tel qu’il était entendu alors, et une leçon perpétuellement donnée à l’Europe, encore plongée dans la barbarie. Or on pourrait facilement nuancer cette vision naïve d'une Chine libérale : La Chine est présenté comme un modèle de laissez-faire où les impôts et taxes sont fort légers mais en même temps les physiocrates louent son paternalisme économique, sa politique de grands travaux public J'avais lu que pendant la période des song du sud , il y avait un monopole etatique des lieux de stockages des marchandises, ce qui remet en cause la tradition chinoise de non intervention en economie De plus les Chinois méprisent le commerce, bizarre pour un pays censé être un modèle de liberté économique ? La Chine serait un parangon de tolérance religieuse, jusqu'à en être débonnaire : mais que dire des persécutions des nestoriens ou de l'ordre d’exécution de Tome Pires par l'empereur Zhengde ? Il serait plus juste de dire que la tolérance religieuse est un équilibre complexe qui dépend du contexte et de la volonté du souverain du moment Les auteurs s'extasient du concours mandarinal et du caractère non héréditaire de la noblesse chinoise : quel rapport avec le libéralisme? Premièrement, il existait bien une noblesse héréditaire : la famille impériale, https://fr.wikipedia.org/wiki/Huit_Bannières... Secondement l'énarchie, les corps de fonctionnaires et leurs privilèges c'est bien du moment que c'est non héréditaire en théorie (parce qu'en pratique c'était plutôt réservé aux classes aisées...) ? Enfin l'existence d'une noblesse héréditaire n'est pas incompatible avec une véritable liberté politique (Royaume-Uni, Provinces-Unis, République des Deux Nations...) On vante aussi l'excellence du système judiciaire chinois, son légalisme strict (l'empereur ne condamne pas homme à mort s'il n'y a pas au moins 3 jugements, l'accusé peut faire appel quasi infiniment...) mais en même temps la bastonnade est courante (mais Malbranque nous dit que ce n'est pas grave car ce n'est pas considéré comme infamant wtf?) et on voit par ailleurs que les officiels n’hésitent pas à sortir outre du champ légal pour réprimer le peuple , donc au final quel est l’intérêt d'une législation théoriquement libérale si elle n'est pas appliquée en pratique? Citation Les chefs de village qui auraient participé à un quelconque abus se voyaient parfois promis la bastonnade à mort, quoique cela sortît du cadre légal, lequel ne prévoyait que la bastonnade simple, ou une certaine forme de torture, et encore sous certaines conditions : mais un « acci- dent » n’étant pas impossible à dissimuler aux supérieurs, la menace était prise au sérieux Malbranque affirme sans ambages que les chinois sont mysogines et relèguent les femmes dans leur maison, donc que celles ci jouissent relativement moins de libertés qu'en France mais en échange les chinois font plus attention à leur liberté sexuelle et au plaisir féminin, donc au final ça passe . J'ai pour ma part une difficulté avec cette mise sur le même plan des droits (politiques ou économiques) et du plaisir sexuel : Pourquoi vouloir amener dans la sphere politique quelque chose qui appartient fondamentalement au domaine privé et qui gagnerait à le rester. Est-on plus vraiment libre lorsqu'on est plus épanouie sexuellement ? De plus, les chinoises n'ont vraisemblablement pas eu leur mot à dire sur ce choix (être plus épanouie à la maison ou faire un métier pénible dehors) donc vouloir excuser cette facette peu reluisant des chinois au motif d'une plus grande considération pour la libération sexuelle je me marre... Bon pour être honnête il corrige cette vue idyllique de la chine avec son dernier chapitre où il émet quelques scrupules : Citation Toutefois, cette Chine libérale, qui donnait des leçons à l’Europe, n’était peut-être au fond qu’un mirage, que le discours des missionnaires jésuites, plein de superlatifs et sur- tout plein d’erreurs, avait adroitement ou maladroitement transmis Ah enfin ! A la page 157 ce n'est pas trop tôt . Il nuance donc un petit peu via une présentation de la philosophie chinoises dans ses aspects liberhallal mais il manque je trouve un chapitre sur l'histoire économique de la chine (comment était appliqué ses principes dans la réalité, parce que dire "L'empereur appliquait une politique conforme aux valeurs confucéennes" c'est un peu vague) et un autre sur les penseurs de la phase étudiée, le XVIIIème siècle (parce que confucius, Mencius, Laozi et compagnie c'est plutôt ancien et cela serait intéressant de comparer les physiocrates/les lumières à leurs contemporains chinois), donc je pense que je vais creuser cet aspect là pour la suite. Mais au final c'était une lecture très enrichissante, on trouve même des passages bougrement intéressants sur la pratique libre, non régulée et sans diplômes étatiques de la médecine au Vietnam sur le modèle Révolte sur la lune de Robert Heinlein : Révélation L’exercice et l’enseignement de la médecine sont absolument libres. Devient médecin qui veut et comme il veut », dit Anatole Mangin, qui ajoute que « le médecin est en même temps pharmacien. L’exercice de la pharmacie est complètement libre. » Cette libre concurrence, sur ce marché, avait des effets très perceptibles. Un autre auteur explique que pour gagner la confiance des clients, le médecin annamite devait montrer son savoir-faire. « L’Hippocrate, pénétré de sa dignité, surtout quand il n’est pas con- nu, met son honneur à ne prendre aucun renseignement ni près du malade, ni près de son entourage. Il connaît, du reste, le risque d’être peu apprécié et d’être bientôt remercié, s’il paraissait étudier l’état du malade autrement que par le pouls qui lui est présenté. » Selon Édouard Hocquard, dont on a déjà cité les témoignages dans d’autres chapitres, cette libre concurrence s’illustrait aussi dans la question du prix des soins, qui demeurait généralement faible, et qui surtout ne s’exigeait jamais qu’à la guérison. « Les médecins annamites ne fixent pas comme nous leurs honoraires d’après le nombre de visites qu’ils font à leurs clients : ils débattent une fois pour toutes avec la famille la somme qui leur sera versée à la fin de la cure. Cette somme n’est exigible que si le malade guérit ; s’il meurt, le médecin en est pour ses frais. » . En somme, la médecine même pouvait être exercée sur un marché libre. 3 3
ttoinou Posté 15 janvier 2022 Signaler Posté 15 janvier 2022 C'est incroyable cette histoire du prix de la vie que tu obtiens si tu sauves la personne mais perds si elle meurt. Même dans le libéralisme politique les vies humaines ont donc un prix.
ttoinou Posté 15 janvier 2022 Signaler Posté 15 janvier 2022 Le 09/01/2022 à 07:28, POE a dit : Relire Aron... j'ai lu des trucs de ce style d'Aron c'était très cool et assez digeste Il y a 4 heures, NoName a dit : J'ai terminé Rendez vous avec Rama. Quelle claque sérieusement. la SF faut la lire en VO tu conseilles ?
Rübezahl Posté 16 janvier 2022 Signaler Posté 16 janvier 2022 De mémoire la trad fr de Rendez-vous avec Rama est ok. (et d'ailleurs je n'ai pas de souvenirs de bouquin de Clarke mal traduit).
POE Posté 16 janvier 2022 Signaler Posté 16 janvier 2022 Il y a 11 heures, Pelerin Dumont a dit : J'ai lu les origines chinoises de benoit Malbranque (Institut Coppet). Étant pas mal sinophile et intéressé par le libéralisme, le livre me vendait du rêve et je dois dire que j'ai apprécié sa lecture dans l'ensemble. Le propos du livre est de s'intéresser à l'influence du modèle chinois sur les libéraux français du XVIII ème siècle (compris ici au sens de physiocrates+Turgot, et philosophes des Lumières : Voltaire/Montesquieu/Diderot... et Vauban?), phénomène relativement peu étudié et intéressant de prime abord vous en conviendrez. ... A mon sens, les véritables libéraux chinois sont les Taoïstes. Il faut lire Lao Tseu, et Tchouang Tseu.
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