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Tout ce qui a été posté par Vilfredo
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Je dois être d’humeur germanique mais nous on a quand même produit Rousseau donc on n’a rien à dire lol
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Kant est clair oui. Je pense même que c’est son obsession. Il a écrit la Critique de la raison pure et on lui a dit chouchou c’est compliqué ton bouquin. Il a fait ok je vais écrire une préface qui résume tout le bouquin pour les dummies. Et on lui a dit chouchou tu introduis 36 concepts dans ton bouquin tu crois pas ça serait cool d’écrire un bouquin pour simplifier? Il a dit ok pas de problème je vais écrire les Prolégomènes pour que les gens comprennent. Dans ces textes il écrit vraiment “je veux qu’on comprenne ce que j’écris arrêtez de faire des contresens siouplé je ferai tout ce que vous voudrez” Il est même très systématique (la Doctrine du droit appliqué à la politique les concepts de la Critique de la raison pure de façon parfois un peu inattendue même). Et il utilise un allemand normal enfin il a juste inventé beaucoup de concepts. Mais on peut toujours résumer sa thèse en un énoncé qui combine les concepts dans le bon sens et avancer. Avec Hegel par exemple au contraire le mec crée sa propre façon de poser les problèmes, sa propre logique et sa propre façon de penser. Tout de suite c’est plus galère. Enfin je trouve. Nietzsche par exemple est plus facile à lire mais il est tout aussi compliqué à comprendre. Kant il rend juste la difficulté obvious avec des mots atroces, ça c’est parce qu’il a 0 talent d’écrivain, aucun style et pas d’humour. Après ce n’est que mon avis il faut ajouter qu’on comprend parfois facilement un auteur difficile juste parce qu’on a une certaine affinité avec sa pensée. C’est d’ailleurs une belle expérience intellectuelle je trouve.
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-- Sur le kantisme de Kelsen -- (Warning: WoT) Alors je viens de commencer et ne suis pas sûr de finir cette Théorie pure du droit, mais Kant ne croit pas, par exemple, que la nature est déterminée par des lois causales, il me semble qu'il dit plutôt que la causalité est une condition de l'expérience. D'ailleurs "la nature" n'a pas de lois, c'est l'entendement qui les lui prescrit. Et par extension, l'histoire n'est pas la découverte de lois causales dans le comportement humain, comme l'écrit Kelsen. Il écrit tout ça pour opposer le principe de causalité au principe d'imputation, l'un nécessaire (bah oui, la nature est le royaume de la nécessité, tout le monde sait ça), l'autre normatif. En outre, la fondation de la doctrine du droit est l'axiome de la liberté externe, alors que dans Kelsen, ça devient une histoire de goûts personnels: "Les hommes divergent d'opinion quant aux valeurs à considérer comme évidentes et il n'est pas possible de réaliser toutes ces valeurs dans le même ordre social. Il faut ainsi choisir entre la liberté individuelle et la sécurité sociale, avec cette conséquence que les partisans de la liberté sociale jugeront injuste un ordre juridique fondé sur la sécurité et vice-versa." (chap. 2) Cette position des problèmes est étrangère à Kant, pour qui l'Etat de droit ménage la compossibilité des libertés. Kelsen pousse plus loin le relativisme, de façon très peu kantienne ama: "Par le fait même que ces valeurs sont supposées suprêmes, il n'est pas possible d'en donner une justification normative, car il n'y a pas au-dessus d'elles de normes supérieurs dont elles seraient dérivées. Ce sont des mobiles d'ordre psychologique (!) qui conduisent un individu à préférer la liberté ou la sécurité et ils ont leur fondement dans son caractère. Celui qui a confiance en soi optera probablement pour la liberté, celui qui souffre d'un complexe d'infériorité préférera sans doute la sécurité." Tout ce vocabulaire de "normes" est étranger à Kant, et ama, il incline au relativisme. Cela dit, non seulement l'influence de Kant est bien évidemment visible sur Kelsen (de façon ama très caricaturale, comme quand il explique que les actes ont lieu dans l'espace et dans le temps; ben oui mon coco tu penses qu'on croit qu'ils ont lieu où exactement?), mais ils essaient de répondre à un problème semblable: comment fonder la légitimité des lois sans appel au droit naturel? Dans Kant, ça passe par un remake complet de l'état de nature tel qu'il est d'habitude présenté dans la philo politique. L'état de nature est divisé chronologiquement et logiquement en un état originel, qui est l’état dans lequel aucun acte légalement pertinent n’a eu lieu, auquel succède l’état adventice, après qu’un acte légalement pertinent a eu lieu, l’acte légalement pertinent étant défini comme tel qu’il puisse servir de fondation à de nouveaux droits ou devoirs (tel que A épouse B). Ici, j'ai l'impression qu'on a l'avant-goût de ce que Kelsen appellera un acte normatif. De façon analogue, la lex justi est l’ensemble des suppositions devant être faites pour considérer tel ou tel acte comme étant légalement pertinent, tandis que la lex juridica est l’ensemble des actes concrets reconnus comme tels en vertu de la lex justi. Dans Kelsen, de même, on casse la régression à l'infinie d'une norme à une autre norme par la supposition que l'acte juridique de création de la première constitution était valable. Si vous trouvez vous aussi que ça se mord sérieusement la queue, ça me rassure, je ne serai donc pas le seul. Pour Kelsen, de ce que j'ai compris, le DN commet l'erreur de confondre ce qui est et ce qui doit être, càd de confondre la logique de causalité de la nature et la logique d'imputation de la société. Par exemple, "devoir" ne s'applique pas aux phénomènes naturels (l'eau ne "doit" pas bouillir à 100°C) (oui c'est minable comme critique). Mais d'un certain point de vue, c'est assez kantien, puisque Kant distingue également l'homme en tant qu'être naturel, homo phaenomenon, de l'homme en tant qu'être juridique, homo noumenon. De même, il distingue l'imputation légale et l'imputation physique. Kelsen partage donc avec Kant la différence radicale entre droit et morale (mais pas pour les mêmes raisons du tout), d'abord parce que "moral" dans la terminologie kantienne signifie: non-physique ou métaphysique (noumenon/phaenomenon). La loi morale est intelligible. Elle peut être tirée de la raison pure a priori. Pour Kant, le droit régit seulement les actions libres, en tant qu’elles sont susceptibles d’affecter les libertés en présence, à la différence de la vertu, qui légifère sur les règles subjectives universalisables adoptées par les agents (appelées maximes) et le motif pour lequel il convient de les adopter (respect pour la loi qui nous y oblige). Kelsen est d'accord avec ça aussi. Là où Kelsen dépasse Kant, ou tire des conclusions de la théorie de Kant que Kant lui-même n'a pas tirées je pense, c'est quand il écrit par exemple: "Il n'y a pas de comportement humain qui ne puisse être jugé d'un point de vue juridique ou auquel le droit positif national ou international, ne soit applicable." Il me semble que ce n'est pas kantien, car au sujet de l'imputation, Kant écrit que les actes méritoires dépassent ce qui est requis par la loi, ce qui fait que le "mérite" est une question de vertu et non plus de droit. Mais on pourrait toujours dire que dans la mesure où ça "dépasse" la loi, c'est toujours relatif à la loi m'enfin c'est un peu sophistique, dans ce cas tout est vert ou non-vert donc il n'y a rien qui ne puisse être jugé du point de vue de la verdeur. Magnifique. L'autre point important où Kelsen et Kant diffèrent, peut-être le plus important à vrai dire, est que Kelsen, en bon positiviste, est très sceptique sur la pertinence des concepts métaphysiques: la justice serait une Idée platonicienne pas pbservable et donc ça n'a pas sa place dans le droit. Aucun ordre juridique n'est donc juste ou injuste (parce que le droit et la morale sont des ensembles disjoints) et l'impératif catégorique, par exemple, est dépourvu de toute signification, ou pas scientifique, puisque pour les positivistes, c'est la même chose (c'est écrit noir sur blanc). Pour un kantien, ça la fout mal. Kelsen est assez typique, en wtf intellectuel, de ces penseurs qui ont essayé de reprendre Kant en jettant la métaphysique, sans se rendre compte qu'ils jetaient le bébé avec l'eau du bain. Rawls, avec ses contresens sur l'homme de Königsberg, est un cas d'école. Dans son analyse (enfin, si on peut appeler ça comme ça) de la justice, Kelsen la réduit à tout ce que Kant voulait qu'elle ne soit pas, càd des conflits d'intérêts, ce qu'il reproche à Hume et Smith par exemple. C'est assez impressionnant de voir un tel niveau de jargon kantien mêlé à un anti-kantisme aussi bête primaire. Maintenant que j'ai repris un peu les idées des deux messieurs, le problème des deux entreprises est qu'elles se mordent toutes les deux la queue: dans le cas de Kant, il y a cet argument circulaire de: on passe de l'état de nature originel à l'état de nature adventice quand un acte légalement pertinent survient, càd un acte tel qu'il devienne légitime de forcer les autres hommes à tendre vers l'Etat juridique. La définition de "légalement pertinent" repose sur le postulat de la lex justi, qui est bien commode. Mais en même temps, ce fondement en papier mâché est aussi ce qui distingue Kant du positivisme juridique. Il s’oppose par exemple à Hobbes sur le terrain du droit de propriété (et l'argument vaut pour le positivisme juridique en général): alors que Hobbes considère qu’il n’y a aucune propriété dans l’état de nature (Léviathan, XIII), Kant pense exactement le contraire : une réelle propriété peut exister dans l’état "de nature", au sens de la lex juridica, au sens où, lorsque quelqu’un s’approprie un objet, et le dit sien, une situation juridique émerge, et ce bien que ce droit ne soit pas "péremptoire". Il ne s’en agit pas moins d’une possession légale provisionnelle. S’il n’y avait pas de droits dans l’état de nature, il n’y aurait rien à sécuriser pour motiver l’émergence de l’Etat, donc aucun fondement au commandement : "tu dois faire advenir l’Etat de droit" (ce à quoi Hobbes répondrait en riant qu’il y a tout de même la vie qu’il faut préserver mais bref). Ça résume bien ce qui m'énerve dans la philosophie de Kant: le recours systématique à des postulats pour avancer dans la réflexion en se tirant par les cheveux comme le baron de Münchausen (une image déjà employée par Nietzsche, précisément pour se moquer des raisonnements circulaires, enfin plus précisément de la causa sui). dans le cas de Kelsen, de ce que j'ai compris jusqu'ici, la loi juridique a pour principe l’imputation : càd que la relation entre l’acte et la sanction est l’effet d’une norme (i.e. le sens attaché par les hommes à un acte). Le droit et la morale sont des ordres positifs dans la mesure où leurs normes sont créées par des actes. Du fait de cette "création", les normes font partie de la réalité et sont l’expression d’une valeur. Ainsi, quand on juge qu’une conduite correspond ou non à la norme, on n’effectue pas seulement un jugement de valeur mais aussi un jugement de fait, car il se rapporte à une norme positive. Ce qui n'est pas clair, c'est comment on met fin à la régression à l'infini des normes. J'ai du mal à me pencher en détail sur le problème parce qu'autant Kant est clair, autant Kelsen est vraiment pénible à lire, mais voici: on en remonte à une première constitution, dont on suppose qu'elle est valable, et cette supposition est elle-même une norme, mais en même temps c'est une supposition, donc ce n'est pas un fait (manière de dire que ce n'est pa du droit positif). Mais la validité normative dépend aussi de ce que Kant appellerait la lex juridica, càd les actes qui appliquent les normes (les normes n'étant plus des normes/n'étant plus valides si elles ne sont plus appliquées, captain Obvious est avec nous comme vous voyez). Ça pose un problème, qui est qu'on ne peut pas "créer" de normes; on ne peut pas créer une société d'hommes qui obéissent tous ou en grande majorité à une règle de conduite, donc si la validité de la norme dépend du fait qu'elle est respectée, elle ne peut que devenir légitime, sans l'être au départ. Et on voit donc mal comment cette histoire d'acte juridique originel tiendrait la route. Et puis rien ne nous garantit que la règle deviendra une norme. Bref c'est le bordel dans sa théorie pure et ça ne veut rien dire une norme créée. Kelsen distingue enfin entre norme et règle: la norme est juste ou injuste (en vertu de quoi?), la règle est vraie ou fausse, selon qu'elle décrit bien ou mal la loi. Je ne sais pas si on peut faire plus morsure de queue que ça. TLDR (j'ai lu la moitié du bouquin) Kelsen a pris Kant, y a ajouté sa frappadinguerie personnelle aggravée de positivisme post-XIXe dégueu et a tordu sa pensée par plusieurs aspects. Les deux mecs ont essayé de contourner le DN et ça donne des trucs inutilement compliqués et shaky (Kant) ou complètement flippants (Kelsen). Kelsen veut faire croire qu'il n'est pas relativiste en distinguant jugements de valeur et jugements de fait et en prétendant que les jugements relatifs au droit sont des jugements de faits parce que normatifs mais cette norme ne repose sur rien sinon une décision et son application. PS @Rincevent justement Nietzsche est une heureuse exception à la règle. edit 2: heureusement je lis aussi le Buchanan et c'est quand même plus propre (et ça n'a absolument rien à voir mais je voulais mettre un peu de gaieté)
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Oh non ?♂️ je passe encore pour Sheldon
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La police peut pas faire grève si facilement je crois Oui mais je comprends pas comment ça peut marcher dans l’autre sens. Si tu es responsable de qqch mais pas coupable, ça veut dire que le fait que l’imputation te revienne n’entraîne pas de peine. C’est une imputation morale et non pénale. Je vois le truc. En revanche, attribuer à qqn une peine alors qu’il n’est pas moralement impliqué dans l’affaire je vois pas. Dans ce cas en plus, obéir à un ordre n’absout pas de la responsabilité morale. Après je suis moyen à l’aise j’ai des lacunes en droit.
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Comment est-ce possible?
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N'empêche Mozinor devrait faire une vidéo parodique des films avec Louis de Funès et les nudistes.
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Il se lave les mains parce qu'il est entré dans la zone d'influence des buveurs de bibinette, autour desquels flottent les droplets comme des satellites infectieux. Et toute cette Schmutzigkeit ça le rend nerveux.
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Hé mais Lunel c'est pas à côté. C'est à 20 km. Streng verboten. Il faut des plages privées avec des barbelés et des barrières électrifiées, et Mel Gibson à l'entrée pour empêcher les flics d'entrer.
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10 flics armés (huge respect pour le mec qui fait le guet avec un fusil d'assaut à l'arrière-plan) pour un couple et un gosse. Pourquoi pas les blindés.
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Non mais comment ce mec a-t-il été pris au sérieux? surtout que dans la préface il explique que la raison pour laquelle sa théorie a fait des rageux c'est qu'elle est trop cool sa théorie et que les autres ont ragé rien que pour lui casser les couilles en faisant rien que caricaturer tout (Théorie pure du droit, éd. suisse de 1953, 37) Donc to sum up payer l'impôt est obligatoire parce que c'est un impôt et qu'il faut le payer, alors que payer le brigand n'est pas obligatoire parce que c'est un brigand et qu'il ne faut pas. "Acte" est défini auparavant comme "ce qui arrive dans l'espace et le temps", et ce dans une page qui est le concentré d'indigestion kantienne la plus maladive que j'aie lue. Je comprends mieux le genre d'ambiance dans laquelle Mises défendait la subjectivité de la valeur face à des frappadingues pareils. Aled. edit dafuq! https://publishing.cdlib.org/ucpressebooks/view?docId=kt209nc4v2&chunk.id=ss1.12&toc.id=&brand=ucpress/
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C’est difficile d’imaginer que Kelsen croit à ce qu’il raconte
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Je raconte my life 9 : hache de bûcheronnage et vaporetto
Vilfredo a répondu à un sujet de poney dans La Taverne
Deux: Les Trois Moustiquaires et Vingt taons après -
https://www.nytimes.com/2021/03/26/well/live/covid-fully-vaccinated-guidelines.html
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C'est aussi une question de limite de l'horizon temporel. La religion était censée être ce qui projette l'homme dans l'éternité (ordre spirituel), la modernité (post-sécularisation) donne cette fonction à la politique (traditionnellement ordre temporel) (paix perpétuelle, progressisme, totalitarisme, ça prend plusieurs formes bien sûr). Mais symétriquement, la démocratie donne une fenêtre d'action beaucoup plus restreinte dans le temps aux gouvernements successifs, justifiant cette limitation pour éviter la dictature ou le totalitarisme, justement. A ce sujet, le skin in the game des gouvernants diminue voire disparaît et la préférence temporelle augmente dans la décision politique (/Hoppe). Ici, il y a aussi un trait distinctif de la conception religieuse de l'Etat, qui est axiologiquement neutre tant qu'on maintient la dichotomie des ordres temporels et spirituels. La vraie vie étant au ciel, sur terre, il faut se contenter de se démerder dans l'ordre de la concupiscence, sans réaliser le bonheur de tous. D'autre part, ça ne donnait pas au prince un blanc-seing pour faire tout ce qu'il voulait, au contraire. On avait pas besoin d'un contrat pour établir le partage du légitime et de l'illégitime, ce partage était pas seulement formel (écrit sur du papier) mais réel: il était l'objet d'une morale sociale effective (/Villey). Pour le coup, Rousseau lui-même notait que la démocratie ne fonctionnait que dans les petits Etats (Genève et pas la Russie) +1000
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Guerre civile culture, IDW, SJW & co
Vilfredo a répondu à un sujet de 0100011 dans Politique, droit et questions de société
https://www.bbc.com/news/entertainment-arts-52990714 -
Guerre civile culture, IDW, SJW & co
Vilfredo a répondu à un sujet de 0100011 dans Politique, droit et questions de société
Dans ce cas c'est-le-plus-intolérant-qui-gagne -
Pas faux, mais ce n'est pas un raisonnement historique que je fais, et qui irait de Newton à Hawking. Ça peut s'observer aujourd'hui aussi sur un nb de variables plus restreint: Aux USA, tu as de plus en plus de gens qui se disent religieux et de moins en moins de gens qui vont à l'Eglise. Où passe cette religiosité? Au passage, en philosophie, la concomitance entre les premières formulations de la bounded rationality sont explicitement des rejets de Dieu hors de la métaphysique: Kant being a case in point ("je dus abolir le savoir pour faire place à la foi"). On pense une objectivité de la phénoménalité détachée de la transcendance (Dieu, le noumène etc.) Ça pour le coup, ça n'est pas une coïncidence, c'est le but avoué. Le new atheism, qui défend une version appauvrie du rationalisme du genre la "science" vs la religion (Dawkins, Harris, tout ce que déteste Gray), comme courant intellectuel, montre bien aussi que ce qu'on appelle communément la rationalisation, le retrait de la religion et le recours à la "science" (je mets des guillemets parce que ces gens ont, selon Gray, une conception simpliste de la science et du progrès dont elle serait porteuse) sont liés dans un même projet politique. @Tramp a raison d'évoquer le scientisme, on pourrait aussi y voir une forme de nihilisme. Dans un autre fil, je parlais aussi bien du fait que le débat sur les mesures liberticides oppose l'argument "ça marche" à l'argument "ça marche pas". De ce point de vue, et peut-être que c'est encore trop schématique, la sécularisation contribue à remplacer le débat sur les valeurs (qui devrait être le propre du politique) par un débat sur les faits, d'où mon emploi de "nihilisme", et => compétence technique élevée, pourtant impossible à atteindre pour tout le monde (as @Lancelot pointed out).
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Oui il y a le problème du scientisme mais celui la est assez bien connu (l’exemple de lorganicisme s’applique bien sûr dans ce sens, je n’y avais pas pensé alors que c’est évident); moi je posais la question inverse, mais sans poser la connaissance scientifique comme condition suffisante de la compétence politique. Je ne sais pas si j’étais clair mais je ne voulais pas dire du tout qu’il y a des philosophes rois qui pourraient décider pour tout le monde ou qu’on pourrait être compétent en tout. Mais une société de plus en plus complexe (selon JBP qui laisse de moins en moins de travail aux bas QI par exemple (je me fiche un peu de savoir si ses chiffre sont vrais ça a été débattu dans ces lieux et je pense qu’il se plante mais je retiens l’idée générale)) ou plus aliénante (dans le sens où le monde dont parle la science est plus étranger que jamais au monde observable), ce qui génère sans doute son propre nihilisme politique, demande à la fois des compétences plus complexes pour la politique et à la fois rend l’acquisition de ces connaissances plus impossible que jamais (et Lancelot a raison d’ajouter que la démocratisation s’ajoute à ce grand écart). La division du travail permet justement la spécialisation et elle est “naturelle” dans ce sens. Je ne cherche pas tant le système adapté à la bounded rationality, je me demande plutôt , pour reformuler : “depuis quand est-ce que la bounded rationality est un problème politique?” Et il me semble que la réponse est depuis la sécularisation.
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Oui bien sûr mais il me semble que ce n'est devenu un problème que récemment. Quand tout l'univers sur lequel devait s'exercer la décision était le patelin, la rationalité bornée, ça suffisait très bien (et peut-être qu'il y a un argument à construire comme quoi c'est pour ça que c'est fait, je ne sais pas). En outre je me demande dans quelle mesure cette incomplétude de la connaissance n'est pas plus grande aujourd'hui, quand la science décrit de plus en plus le non observable et avec des maths de plus en plus compliquées. Mais bon c'est un autre débat. Sinon évidemment agree avec le §2.
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Oui mais je suis con j'ai digressé un peu, même si ça reste cohérent. J'ai lu la Théologie politique, et puis on pourrait ajouter Voegelin à la biblio, mais je voulais plus répondre à la question: "quel genre d'idées politiques se fait un mec qui croit que le nucléaire augmente le RCA ou a une explication poétique du bruit des avions?" Le rapport entre la conception scientifique (ou poétique) du monde physique et les préférences politiques, au sens où, dans les deux cas, un package de connaissances sur le fonctionnement de systèmes est un peu impliqué. Mon avis, pour l'instant, est que quand on est complètement out pour comprendre des systèmes physiques, on est aussi complètement out pour comprendre des systèmes sociaux aujourd'hui, où la décision politique est beaucoup plus technique que dans la Cité d'Aristote. On pourrait (j'en suis pas sûr) abstraire, en théorie, certains patterns d'analyse, certaines façons de pensée ou de poser les problèmes qui cadrent le discours et évitent de dire trop de conneries (bannir le recours à la métaphore (par exemple organiciste), parce qu'elle transfère un principe de fonctionnement connu (pour l'organicisme, celui du corps humain, enfin, à supposer que le mec en question le connaisse) sur un système inconnu* de façon méthodologiquement illégitime. On voit ça quand on parle de la Terre comme d'un être humain ou ce genre de choses (sans parler des âneries sur l'immigration). Voilà un exemple, il y en aurait d'autres (comprendre ce que veut dire "non-linéaire" par exemple, ou d'autres outils d'analyse transdisciplinaires (Taleb dirait que je suis juste en train de dire que le monde va mal parce que les gens ne savent pas faire de stats, mais en un sens c'est pas étonnant que John Gray me ramène à NNT, si?)). Après il y a une histoire de religion mais la première question qui m'occupe c'est ça. Même si je pense aussi que l'évolution du rapport à la science, compte tenu de ce que la science moderne est devenue (càd un truc très abstrait et mathématisé), est aussi influencé par les effets du vide religieux (mais là j'invente l'eau tiède). Certains conservateurs, d'ailleurs, sont tout aussi à côté de la plaque que les autres, justement parce que leur compréhension scientifique est du type poétique de les avions font du bruit quand ils trouent le mur du son. Attention, je veux bien parler quand même de Schmitt et Blumenberg et Taubes et toute la bande, juste je connais bien Schmitt, les autres rigolos un peu moins, et la Théologie politique II j'ai trouvé ça difficile (apparemment c'est normal). Tout ça reste un peu désorganisé dans ma tête aussi, c'est normal, je suis pas en train d'expliquer la pensée d'un autre mec, j'essaie de mettre de l'ordre dans la mienne (ce qu'on enseigne assez peu dans les humanités, en fait, mais c'est normal.) *Je dis système mais on pourrait dire ordre, dans le sens hayékien de "ensemble de variables fortement intercorrélées, ou suffisamment pour qu'on puisse en utiliser certaines pour faire des prédictions valables sur d'autres." Hayek fait partie de ces penseurs (de fait transdisciplinaires) qui articulent l'épistémologie à la politique. Popper est son grand frère; par exemple: "The situation is really very simple. The belief of a liberal--the belief in the possibility of a rule of law, of equal justice, of fundamental rights, and a free society--can easily survive the recognition that judges are not omniscient and may make mistakes about facts and that, in practice, absolute justice is hardly ever realized in any particular legal case. But this belief in the possibility of a rule of law, of justice, and of freedom, can hardly survive the acceptance of an epistemology which teaches that there are no objective facts; not merely in this particular case, but in any other case; and that the judge cannot have made a factual mistake because he can no more be wrong about the facts than he can be right." (Conjectures and Refutations, "On the Sources of Knowledge and of Ignorance")
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Ca me rappelle la discussion qui avait eu lieu quand un avion avait “troué le mur du son au-dessus de Paris” parce que les gens croyaient que le bruit c’était l’avion qui trouait le mur du son (et après je sais pas plus rien sans doute). Je ne sais pas dans quelle mesure la conception magique ou enfantine (“poétique”?) de la science ou du fonctionnement de la réalité n’a pas des effets délétères en politique. Bien sûr que les hommes du Moyen Âge ne connaissaient pas la Physique d’Aristote, mais (1) la science moderne a atteint un degré d’éloignement de l’observable et d’abstraction mathématique à la cheville duquel Aristote n’arrivait même pas, et on se retrouve dans le paradoxe d’un monde rationalisé mais ou en même temps personne ne sait comment ça fonctionne; on est entourés de produits de la science moderne (:= post newton on va dire) sans y connaître que dalle et (2) le médiéval moyen n’avait pas du tout l’influence sociale et politique du péquin moyen de maintenant. Et je schématise à l’extrême, il y a le facteur religieux qui entre en compte aussi (fournissait une explication basique du monde que les gens n’ont plus ajd, d’où le succès un peu absurde de l’astrophysique pour les nuls, de l’athéisme à la sauce fucking love science etc). Et je continue de croire dur comme fer que la politique est fondée sur une épistémologie, donc avec une vision merdique du fonctionnement des systèmes complexes (pour éviter de dire “de la réalité” because what the hell is that even supposed to mean), on finit par avoir des conceptions politiques dangereuses (parce que complètement inappropriées et parfois revendiquées comme telles). De ce point de vue, c’est la politique qui remplace la religion, et on peut être reconnaissant à Hayek d’avoir bien décrit les mécanismes psychologiques à l’œuvre dans ces perversions de la raison. Ce que je veux dire par la au-delà de la fameuse querelle de la sécularisation c’est que la pratique de la politique est par certains aspects religieuse (la campagne messianique de Obama), ce qui donne à la politique des objectifs démesurés, puisqu’avec la religion organisée qui décline et la science que personne ne comprend, elle devient la seule emprise que les gens de base ont sur “le monde” on va dire. Alors vous me direz d’où ils ont besoin d’avoir une emprise sur le monde. Je pense que la mondialisation explique assez bien ça (le pécheur du Sénégal utilise son iPhone pour surveiller les cours du poisson). La crise du Covid m’a révélé à quel point j’étais touchant de naïveté par mon optimisme: avec toutes ces discussions sur les faux négatifs, l’ARN messager, je me disais que ça allait donner de la culture scientifique aux gens (et à moi aussi, I’m more of a humanities kind of guy), mais C’est tout le contraire qui s’est produit. Les gens ont vu les médecins pas être d’accord et en ont été surpris (lolwut ils croyaient quoi), l’Etat a vite rendu le débat scientifique impossible de toute façon. Comment en serait-il autrement puisqu’il n’y a quasiment plus un seul secteur de la science qui ne soit pas politisé (a part la physique quantique?), ou, plus subtilement, que les opinions politiques en viennent (je parle pas seulement d’aujourd’hui là) à déterminer les prémisses épistémologiques, un lien qu’explore bien Pinker au début de The Blank Slate. Il trouvait que la psychologie est épargnée bon le débat sur le QI montre bien que c’est pas le cas. Le problème c’est que l’ignorance scientifique se trouve la une justification politique. Là encore vous me direz que le mépris de la science était justifié avant par la religion mais la encore on parle pas des mêmes échelles. Et pardon mais science et religion ça va beaucoup beaucoup mieux ensemble que science et politique. Genre si Newton était pas religieux taré je sais pas de qu’il vous faut. Bien sûr que la religion n’explique pas tout. Et ce n’est pas un problème éducatif au contraire la science, même si dans le cas français ces matières sont de moins en moins bien enseignées, est beaucoup plus à l’honneur qu’il y a cent ans, ou les matières nobles était les langues anciennes; justement, c’était pas tout à fait le même rapport au monde et le même rapport à la politique. Mais je digresse. Plus les gens s’y connaissent en science, plus ils sont humbles. Des dynamiques complexes m’ont l’air d’être à l’œuvre qui les rendent moins humbles. Ils commencent à convertir en idéologie leur vision poétique du monde. C’est problème. Je dis tout ça parce que je lis John Gray et mes posts sont le tamis de mes lectures
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Ces phrases qui vous ont fait littéralement hérisser le poil 2
Vilfredo a répondu à un sujet de Mathieu_D dans La Taverne
Tout ces threads sont déprimants mais ça me fait pas exactement hérisser le poil. C'est le genre de thread que je peux lire en entier en mode: Les threads de Quora "how does it feel when you cut your wrist" sont bien heavy aussi. Pour ceux qui lisent en écoutant de la musique, il faut mettre Dress Rehearsal Rag et c'est parfait. -
Ça dépend pour qui. Le confinement fait envie pour ceux qui veulent sauver la planète. Oui c’est vrai mais j’ai l’impression qu’il y a un niveau de délire juste pas implementable (l’utopie)
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C’est bizarre je suis en train de me dire que pour un tare pareil on peut être heureux que ça ne soit pas réalisable politiquement. Donc la politique devient notre bouée de secours contre l’utopie confiniste (de plus en plus ça a les caractéristiques de l’utopie : la vie dans un cocon stérile), et en même temps c’est la politique qui menace, même si elle a une force d’inertie plus grande parce que son instrument, le gouvernement, est une grosse bête administrative qui remue moins vite que les intellos ne cogitent. J’aimerais bien écrire qqch sur l’utopie confiniste mais quand j’aurai du temps (genre dans deux mois).
