Mégille Posté 28 mars 2019 Signaler Posté 28 mars 2019 Il y a 2 heures, Kassad a dit : C'est pire que ça car même dans un monde déterministe (et qui serait mathématisable sans perte) les conséquences des actes ne seront pas calculables : je veux dire même avec une information parfaite des conditions initiales. Certains phénomènes n'apparaîtront que si on fait l'expérience en vrai. La théorie du chaos (effets non linéaires et sensibilité aux conditions initiales) ne fait qu'agraver les choses : car tu ne peux pas donner de marges d'erreurs suffisamment intéressantes. Ta remarque est intéressante, et montre qu'appliquer concrètement l'utilitarisme est encore plus difficile qu'il n'y paraît, mais je faisais allusion à un autre problème : L'utilitarisme, comme tous les conséquentialismes, juge que ce qui est jugé bon ou mauvais est la conséquence d'une action (contrairement au déontologue, qui estime que c'est l'action en elle même qui est bonne ou mauvaise, et à l'arrétaïste, qui estime que c'est celui qui agit qui est etc). Or, "bon" et "mauvais", comme jugement moraux, ne peuvent signifier que la conformité à une nécessité pratique (morale). Et étant donné qu'on ne peut devoir faire que ce que nous pouvons faire (ce qui n'est pas possible ne peut pas être nécessaire), nous ne pouvons pas avoir d'obligation morale concernant ce qui ne dépend pas de nous. Il se trouve que dans la nature les conséquences de nos actes sont toujours à la fois les conséquences d'innombrables autres facteurs que nous ne pouvons qu'ignorer, ergo, juger "bonne" ou "mauvaise" (moralement, comme le fait l'utilitarisme) les conséquences de nos actes est absurde. Il y a 2 heures, Kassad a dit : Avec le présupposé derrière que les gens ne changent pas et que leur utilité individuelle est stable à travers le temps. Par exemple le temps qu'il faut pour réaliser un plan pour maximiser l'utilité à temps t mène à un temps t+x, temps auquel la personne a finalement changé d'idée sur ce qui était important de faire. Oh, il y a tellement plus de présupposés douteux que ça chez Bentham ! Il assimile le plaisir à une quantité, que l'on peut sans problème diviser, additionner (même d'une personne à l'autre), etc etc 1
Johnathan R. Razorback Posté 28 mars 2019 Signaler Posté 28 mars 2019 il y a 51 minutes, Mégille a dit : 1): l'arrétaïste, qui estime que c'est celui qui agit qui est etc). 2): Or, "bon" et "mauvais", comme jugement moraux, ne peuvent signifier que la conformité à une nécessité pratique (morale). Et étant donné qu'on ne peut devoir faire que ce que nous pouvons faire (ce qui n'est pas possible ne peut pas être nécessaire), nous ne pouvons pas avoir d'obligation morale concernant ce qui ne dépend pas de nous. Il se trouve que dans la nature les conséquences de nos actes sont toujours à la fois les conséquences d'innombrables autres facteurs que nous ne pouvons qu'ignorer, ergo, juger "bonne" ou "mauvaise" (moralement, comme le fait l'utilitarisme) les conséquences de nos actes est absurde. 1): Une bonne personne c'est quelqu'un qui veut les bonnes choses* mais aussi qui les réalisent effectivement par les actions adéquates** (bonnes est aussi prédicables s'agissant des actions). Je ne vois pas quelle autre définition serait valide. Je me demande aussi comment une théorie des vertus non-téléologique peut fonder le caractère bon desdites vertus. * Si on ne retient que ce premier élément pour définir la moralité (ce qui en gros ce qui arrive aux kantiens), on fait naufrage avec tous les cas de tragédie des bonnes intentions (belle âme, route vers l'enfer, toussa). Le type qui voudrait être bon mais qui n'y arrive jamais ne peut pas légitiment être qualifié de bonne personne. Il n'y a pas de bonté sans efficacité. Et si on ne retient que le deuxième (**, ce qui en gros arrive aux utilitaristes), on aboutit à cette violation du sens commun qui devrait nous faire qualifier de "bon" le type malveillant dont les actions s'avèrent contre son gré positives... 2): Le toujours me semble abusif. Si j'ai besoin de manger et que je vais me chercher une pomme, ça ne semble pas impliquer d'innombrables facteurs hors de mon contrôle. Et s'il elle était empoisonnée à mon insu, la manger s'avère certes une mauvaise action mais ma responsabilité morale s'avère insignifiante parce qu'en dehors de tout contexte justifiant de soupçonner ma pomme, le coût de vérification systématiquement de son non-empoisonnement serait manifestement un inconvénient bien supérieur au risque encouru. Je ne pense pas non plus qu'on puisse dire que bien agir c'est faire ce qui aurait dû avoir de bonnes conséquences sans interférences en dehors de mon contrôle, parce qu'alors on peut tenir n'importe quelle action pour potentiellement bonne, on se prive de l'essai-erreur comme méthode pour déterminer ce qui est moralement bon. Or la morale se découvre a posteriori puisque nous ne naissons pas équipés de la connaissance morale. Sinon il serait bon de continuer la discussion ici:
POE Posté 28 mars 2019 Signaler Posté 28 mars 2019 il y a 46 minutes, Mégille a dit : Ta remarque est intéressante, et montre qu'appliquer concrètement l'utilitarisme est encore plus difficile qu'il n'y paraît, mais je faisais allusion à un autre problème : L'utilitarisme, comme tous les conséquentialismes, juge que ce qui est jugé bon ou mauvais est la conséquence d'une action (contrairement au déontologue, qui estime que c'est l'action en elle même qui est bonne ou mauvaise, et à l'arrétaïste, qui estime que c'est celui qui agit qui est etc). Or, "bon" et "mauvais", comme jugement moraux, ne peuvent signifier que la conformité à une nécessité pratique (morale). Et étant donné qu'on ne peut devoir faire que ce que nous pouvons faire (ce qui n'est pas possible ne peut pas être nécessaire), nous ne pouvons pas avoir d'obligation morale concernant ce qui ne dépend pas de nous. Il se trouve que dans la nature les conséquences de nos actes sont toujours à la fois les conséquences d'innombrables autres facteurs que nous ne pouvons qu'ignorer, ergo, juger "bonne" ou "mauvaise" (moralement, comme le fait l'utilitarisme) les conséquences de nos actes est absurde. Le raisonnement fait impliquerait qu'on ne peut rien prevoir ni juger les actes des individus, ce qui en pratique parait faux. On peut prevoir. On peut juger aussi. Imparfaitement. Ce qui est humain.
poincaré Posté 29 mars 2019 Signaler Posté 29 mars 2019 Le 28/03/2019 à 11:08, Mégille a dit : Il me semble que le problème fondamental avec les morales conséquentialistes est que de façon générale, les conséquences de nos actes (sur autrui ou sur les choses) nous échappent toujours au moins en partie, et que l'on ne peut être responsable que ce qui dépend de nous. A propos de la maîtrise des conséquences, un ami utilitariste évite le problème pragmatique en me disant qu'il suffit que l'on ait un peu plus de chance d'obtenir de bonnes conséquences en les visant qu'en se comportant au hasard, ce qu'il estime pouvoir démontrer. Mais ça laisse le premier problème ouvert. Sinon, les reproches que l'on fait le plus souvent à l'utilitarisme sont qu'il peut impliquer (enfin, qu'il devrait pouvoir) de violer les droits (voir la vie) d'un individu si c'est profitable à la majorité. Ce qui est un argument fort quand on s'adresse à des humains, mais un utilitariste peut toujours répondre, "oui, et alors ?". L'autre gros problème est la possibilité d'additionner des utilités individuelles, ce qui est tout particulièrement incongrue si on considère que l'utilité est un classement subjectif entre plusieurs choix par des individus particuliers. Mais on peut tout de même remarquer que même en reconnaissant que les utilités individuelles sont ordinales et incommensurables entre elles, on peut arriver aux même conclusions politiques que les grands utilitaristes (le libéralisme classique) simplement grâce à leurs autres postulats. C'est à dire, si l'on admet comme les utilitaristes que 1) les valeurs sont immanentes aux jugements de préférence des individus, et que l'on ne se donne donc pas d'autres buts que la satisfaction des utilités individuelles et 2) chacun compte pour un, c'est à dire qu'on ne privilégie pas l'utilité d'une personne au dépend de celle de quelqu'un d'autre, et pas même (en tant que législateur) la notre à celle des autres, ALORS, les bonnes lois sont celles qui empêchent un individu de maximiser son utilité uniquement lorsque c'est au dépend direct d'un autre. Ce qui est plus ou moins équivalent au droit naturel de nous autres, libéraux jusnaturalistes. En bref la morale utilitariste n'a pas de bases suffisamment solides suffisantes pour prétendre concurrencer les autres morales déontologiques et téléologiques (on ne fonde pas une morale sur de simples "probabilités" ou "prévisions", ce n'est pas sérieux), et est vraisemblablement incapable de justifier rationnellement le critère lui permettant de favoriser une utilité individuelle plus qu'une autre - s'il en existe : pour les utilitaristes soft, le critère est quantitatif, mais ça ne résout pas le problème de la subjectivité et de l'incommensurabilité des utilités ; et pour les utilitaristes hardcore, il n'y a pas vraiment de critère : une seule utilité individuelle justifie le sacrifice de toutes les autres, mais ça ne règle pas le problème de la valeur absolue ou relative des utilités en présence.
Johnathan R. Razorback Posté 29 mars 2019 Signaler Posté 29 mars 2019 Sinon, TIL qu'Aron était déjà partiellement traduit en Chine. Comme quoi la France n'est pas condamnée à exporter uniquement ce qu'elle a de pire (existentialisme, "french theory", etc.): "Certaines des œuvres d’Aron sont déjà traduites en chinois, comme, parmi les plus importantes, l’Opium des Intellectuel, Dix-huit leçons sur la société industrielle, La Lutte de classes, Essai sur les libertés, ou encore Les Étapes de la pensée sociologique et Leçons sur l’histoire. Mais ses deux premiers ouvrages philosophiques, difficiles d’accès, ne sont pas encore disponibles. En outre, il n’existe pour l’instant qu’une seule thèse sur Aron, intitulée The Political Philosophy of Raymond Aron : In defense of Political Reason." (p.4) -Lan Li. Raymond Aron. De la philosophie critique de l’histoire à l’analyse politique. Philosophie.Ecole normale supérieure de lyon - ENS LYON, 2012. Français. <NNT: 2012ENSL0798>. <tel-00787035>
Domino Posté 29 mars 2019 Signaler Posté 29 mars 2019 il y a 21 minutes, Johnathan R. Razorback a dit : Certaines des œuvres d’Aron sont déjà traduites en chinois, comme, parmi les plus importantes, l’Opium des Intellectuel No comment. 1
Mégille Posté 30 mars 2019 Signaler Posté 30 mars 2019 Il y a 8 heures, Vilfredo Pareto a dit : Du coup est-il valide d'attaquer Rothbard pour comparaison interpersonnelle d'utilité ? Je ne crois pas parce que l'argument de Rothbard est avant tout éthique (NAP) et ne présuppose rien d'autre que l'acceptation de la propriété privée. Du coup c'est moi ou Caplan fait l'idiot ? C'est un problème intéressant... Pour rester un peu en surface, il me semble qu'une possible comparaison entre les utilités individuelles pourrait justifier au moins une petite redistribution (à la Hayek ou Friedman), puisqu'en vertu de la loi d'utilité marginale décroissante, 100€ profitent moins à un millionnaire qu'à un pauvre. Sinon, même sans comparaison d'utilité inter-individuelle, on peut toujours dire que le comportement de quelqu'un avantage ou désavantage quelqu'un d'autre. Et qu'une société de marché, basé sur le respect de la propriété privée, a cette vertu de faire que la meilleure façon de parvenir à ses fins est d'aider d'autres à aller vers les leurs, alors que dans une société de swangswirtschaft, on est amené à se nuire les uns aux autres.
POE Posté 30 mars 2019 Signaler Posté 30 mars 2019 il y a 58 minutes, Mégille a dit : C'est un problème intéressant... Pour rester un peu en surface, il me semble qu'une possible comparaison entre les utilités individuelles pourrait justifier au moins une petite redistribution (à la Hayek ou Friedman), puisqu'en vertu de la loi d'utilité marginale décroissante, 100€ profitent moins à un millionnaire qu'à un pauvre. Sinon, même sans comparaison d'utilité inter-individuelle, on peut toujours dire que le comportement de quelqu'un avantage ou désavantage quelqu'un d'autre. Et qu'une société de marché, basé sur le respect de la propriété privée, a cette vertu de faire que la meilleure façon de parvenir à ses fins est d'aider d'autres à aller vers les leurs, alors que dans une société de swangswirtschaft, on est amené à se nuire les uns aux autres. Tu peux traduire le terme allemand ? Sinon, je ne saurais confirmer si ce que tu dis est vrai mais bien souvent, le marché n'est pas vu de cette manière mais plutôt dans la lutte de tous contre tous. Cette perception du marché me semble malgré tout un point clef de la philosophie libérale, de sa place dans la politique.
0100011 Posté 30 mars 2019 Signaler Posté 30 mars 2019 20 hours ago, poincaré said: En bref la morale utilitariste n'a pas de bases suffisamment solides Elle a des bases sordides. On 3/28/2019 at 3:23 PM, Mégille said: Et étant donné qu'on ne peut devoir faire que ce que nous pouvons faire (ce qui n'est pas possible ne peut pas être nécessaire), nous ne pouvons pas avoir d'obligation morale concernant ce qui ne dépend pas de nous. Il se trouve que dans la nature les conséquences de nos actes sont toujours à la fois les conséquences d'innombrables autres facteurs que nous ne pouvons qu'ignorer, ergo, juger "bonne" ou "mauvaise" (moralement, comme le fait l'utilitarisme) les conséquences de nos actes est absurde. La morale utilitariste est misérable : elle suppose qu'on peut faire un modèle du monde pour juger de la qualité de nos choix dans notre esprit (en calculant les conséquences des choix) avant de les mettre en œuvre dans la réalité. D'ailleurs ça montre que ça ne marche que dans une optique dualiste (mais ça ne me choque pas trop) car le mécanisme du choix (la simulation du monde doit être différente du monde sinon on arrive aux délires de "viol par la pensée" et autres incongruités). Il n'est même pas la peine de considérer des raisons extérieures pour constater que ça ne peut pas fonctionner. 1
Mégille Posté 30 mars 2019 Signaler Posté 30 mars 2019 il y a 31 minutes, POE a dit : Tu peux traduire le terme allemand ? Mises, qui écrit en anglais, cherche un antonyme au français "laissez faire", et juge bon de choisir l'allemand "swangswirtschaft", qui veut littéralement dire "économie de contrainte", ça désigne habituellement l'économie planifié, "mixte", façon social-démocrate ou national-socialiste. A ce sujet, j'aime bien ce texte : http://laissez-faire.ch/fr/articles/laissez-faire-vs-zwangsgesellschaft-le-seul-debat-politique-qui-compte/ Citation Sinon, je ne saurais confirmer si ce que tu dis est vrai mais bien souvent, le marché n'est pas vu de cette manière mais plutôt dans la lutte de tous contre tous. Cette perception du marché me semble malgré tout un point clef de la philosophie libérale, de sa place dans la politique. Je m'efforce de clarifier ça pour moi-même depuis un petit moment. Il y a une certaine forme de coopération au sein d'une bande de brigands, mais seulement parce qu'il y a primairement une compétition entre le brigand et sa victime (ce qu'à l'un, c'est ce que n'a pas l'autre). La coopération est ici secondaire, dérivé de la relation primaire, puisqu'elle n'existe qu'en vue d'elle. Symétriquement, il y a une compétition entre des producteurs concurrents, mais d'ordre supérieur, la relation primaire étant l'échange entre les producteurs, relation de coopération. La compétition est une destruction de richesse, car au moins l'un des compétiteurs y perd. La coopération est une création de richesse, puisque tous y gagnent (on peut faire de cette création/destruction la définition de la coopération/destruction). Mais la coopération/compétition d'ordre supérieur n'est une création/destruction que relative, abstraite, qui n'apparaît qu'à la condition d'abstraire la relation d'ordre supérieur de la relation d'ordre inférieur. Seule la coopération/compétition primaire est une création/destruction absolue. Le marché repose fondamentalement sur la coopération. Et de la même façon que la coopération entre brigands permet plus de destruction, la compétition entre producteur permet plus de création. Pour aller plus loin : la coopération peut prendre deux formes : en vu d'un but commun, qu'on peut appeler "cybernétique", ou en vu d'une pluralité de buts, catallactique. La nature et l'homme étant ce qu'ils sont, multiple, pluriel, individuel, la coopération primaire prend généralement la forme catallactique. A l'inverse, la coopération d'ordre supérieur va généralement dans un but bien précis, unique. La coopération cybernétique se retrouve plus souvent chez elle. Il n'est pas anodin, ni surprenant, que les socialismes, qui veulent organiser la production, la coopération primaire, sur le mode cybernétique plutôt que catallactique (c'est à dire, sur le mode d'une armé), aient généralement une vue de la société comme une lutte entre des groupes antagonistes. C'est bien le libre-marché qui est la coopération, et le socialisme qui est la compétition, fondamentalement.
POE Posté 30 mars 2019 Signaler Posté 30 mars 2019 il y a 12 minutes, Mégille a dit : ... C'est bien le libre-marché qui est la coopération, et le socialisme qui est la compétition, fondamentalement. Au vu des développements précédents, on peut l'extrapoler mais le raccourci parait néanmoins un peu rapide.
Mégille Posté 30 mars 2019 Signaler Posté 30 mars 2019 il y a 36 minutes, POE a dit : Au vu des développements précédents, on peut l'extrapoler mais le raccourci parait néanmoins un peu rapide. C'est pourtant le cas. Le marché est un tissu de relations de coopération entre les échangeurs. La concurrence émerge de cette coopération, la coordonne et l'améliore. Alors que les socialismes mettent avant toute chose une compétition primaire, c'est à dire, rend les intérêts individuels fondamentalement antagonistes. Le prolétaire contre le bourgeois, le fonctionnaire contre le contribuable, le preneur-au-tas contre le metteur-au-tas, l'aryen contre le juif, le "minorisé" contre l'homme blanc, etc. La coopération que prônent les socialistes est toujours du même genre que celle au sein d'une bande de brigands. La société de marché ne supprime pas la compétition primaire, hein. On garde tous des intérêts antagonistes concernant l'usage des biens rivaux. Mais ça ne dépend pas d'un mode d'organisation ou d'un autre, c'est un fait avec lequel il faut composer. De la compétition et de la coopération, aucun ne vient avant l'autre, tous les deux sont fondamentaux. Et le respect de la propriété privé revient justement à limiter la compétition primaire pour permettre le plus de coopération primaire.
Rübezahl Posté 30 mars 2019 Signaler Posté 30 mars 2019 Le refus du marché, c'est la croyance qu'un gentil ange gardien va gentiment s'interposer entre les 2 contractants, dont l'un serait en situation injustement défavorable et l'autre en situation injustement favorable. Absolument tout est évidemment dramatiquement faux dans cette conception des rapports humains. Seuls des enfants véritables ou des gens qui aspirent à rester des enfants (ils sont nombreux) peuvent gober de telles niaiseries. Le refus du marché c'est complètement cohérent avec la culture de la victimisation. C'en est même une conséquence primaire. Le pire est que, à moyen ou long-terme, cette stratégie n'est même pas profitable aux niais qui croient en bénéficier. Et qu'ils ne comprennent même pas son échec.
Johnathan R. Razorback Posté 30 mars 2019 Signaler Posté 30 mars 2019 il y a une heure, Rübezahl a dit : Le refus du marché, c'est la croyance qu'un gentil ange gardien va gentiment s'interposer entre les 2 contractants, dont l'un serait en situation injustement défavorable et l'autre en situation injustement favorable. C'est un peu le fondement du droit du travail, semble-t-il: https://www.contrepoints.org/2012/12/11/107458-la-non-specificite-du-lien-de-subordination-ou-labsurdite-du-droit-du-travail Enfin, je n'ai pas fait d'étude de droit, donc c'est assez difficile pour moi de juger ce genre d'argumentaire. Sans doute que @PABerryer aurait un avis plus éclairé.
POE Posté 30 mars 2019 Signaler Posté 30 mars 2019 Pour comprendre le marché, esprit de géométrie ou esprit de finesse ? Vous avez deux heures.
Rincevent Posté 30 mars 2019 Signaler Posté 30 mars 2019 Il y a 7 heures, Mégille a dit : il y a primairement une compétition entre le brigand et sa victime Il n'y a pas compétition, mais prédation. La compétition, c'est la rivalité dans la poursuite d'un même but ; plusieurs entités peuvent réussir séparément (si il y a "assez à manger" pour tout le monde par exemple), ou bien certaines peuvent y laisser leur peau en essayant de réussir, sans que leurs rivales n'aient pour autant participé à ce funeste destin de manière directe et active. La prédation, c'est justement quand une entité s'en prend directement et activement à une autre (ou à ses possessions préalables). Il y a 7 heures, Mégille a dit : La compétition est une destruction de richesse Pas du tout. Il y a 7 heures, Mégille a dit : car au moins l'un des compétiteurs y perd. Non sequitur. Il existe des jeux à somme positive, où pourtant certains participants ont un bilan négatif. Il y a 4 heures, POE a dit : Pour comprendre le marché, esprit de géométrie ou esprit de finesse ? Vous avez deux heures. Les deux, mon général. Le premier s'appelle l'économie (et sa caricature ultra-géométrisante, l'économie néoclassique) ; le second s'appelle le droit. Ils marchaient main dans la main jusqu'au milieu du XXème siècle, puis on a séparé les siamois de force, et les deux risquent d'en crever. https://www.amazon.fr/Droit-économie-essai-dhistoire-analytique/dp/2731409797
Mégille Posté 31 mars 2019 Signaler Posté 31 mars 2019 Il y a 18 heures, Vilfredo Pareto a dit : Que la désutilité de la perte soit plus grande que l'utilité du gain me semble assez ad hoc (et difficilement vérifiable), et ne sert justement qu'à justifier une plus petite redistribution, pas à l'interdire. (et puis, cas à la con, je perds 2€, je m'en aperçois à peine, je trouve une pièce de 2€ par terre, je suis refais) Si on reste utilitariste, par contre, on peut aussi s'opposer à la redistribution contrainte en suivant plutôt un utilitarisme de la règle. A tel moment, prendre à X pour donner à Y augmentera peut-être le bonheur agrégé, mais si on le fait de façon répété non, puisque le redistributeur sera incité à détourner le système en sa faveur, et puisque les victimes et les bénéficiaires de la redistribution seront désincité à la création de richesse, etc. Mais indépendamment de tout ça, faire de l'économie néo-classique n'implique pas nécessairement de croire en la commensurabilité des utilités. J'ai bien l'impression que leur notion d'utilité est une échelle d'intervale plutôt que de ratio. Il y a 13 heures, Rincevent a dit : Il n'y a pas compétition, mais prédation Oui, j'ai définis "compétition" d'une façon inhabituelle, et stipulatoire... j'aurais peut-être du dire simplement "antagonisme". Ceci dit, contrairement à ce que tu dis, il me semble que par essence, dans une compétition, tout le monde ne peut pas gagner. S'il y a à manger pour tous, aucune raison de se battre. Ensuite, la distinction entre compétition et prédation n'est pas si claire que ça. Le voleur est prédateur de sa victime. Mais à la fois, deux personnes qui se battent pour un bout de viande sont compétiteurs. Mais une fois la bête chassé (la viande "produite"), que l'un des deux compétiteurs se trouve être celui qui a produit la viande ne change rien : elle est là, deux personnes la veulent, et leurs intérêts sont antagonistes (ce que chacun prend, il en prive l'autre). Pour définir le producteur de la viande comme "volé" et l'autre compétiteur comme "voleur", il faut que j'introduise des notions de droit, et donc de devoir, et donc que je quitte le discours descriptif pour m'aventurer dans le normatif. Il y a 13 heures, Rincevent a dit : Pas du tout. Et bien, au sens où j'ai posé les mots préalablement (désolé de l'avoir fait n'importe comment), seule la compétition secondaire, c'est à dire, comme mode d'une interaction primaire qui est de coopération (l'échange) est vraiment créatrice de richesse. Même en enlevant l'hypothèse que l'un des deux soit le producteur, deux types (ou deux animaux) qui se battent pour un bout de viande ne créent pas de richesse supplémentaire. Ils risquent même d’abîmer la bidoche. Il y a 13 heures, Rincevent a dit : Non sequitur. Il existe des jeux à somme positive, où pourtant certains participants ont un bilan négatif. Je suis toujours gêné par cette notion de "somme" des gains d'un jeux, qui suppose une commensurabilité des utilités individuelles. Il me semble que la notion de "jeu à somme nulle" est définie autrement, en terme d'espérance de gain individuelle nulle (je ne suis pas sûr), mais même dans ce cas, je ne suis pas sûr que ça permette de dire d'un jeu à somme non nulle, ou plutôt d'un "non - jeu à somme nulle" qu'il est positif ou négatif. Quand bien même un joueur gagne un token, et tous les autres en perdent dix, comment comparer la valeur, subjective, du token gagné par le premier joueur, à la perte des autres ? (ce que supposerait de dire qu'il s'agit d'un jeu à "somme négative") Et puis, si ton jeu (ton interaction entre les joueurs) est à "somme positive", alors, ce n'est pas une compétition. Formellement, de deux compétiteurs sur le marché, l'un gagne ce que perd l'autre. Pour voir la création de richesse, il faut regarder un peu plus loin que ce jeu là, et prendre en compte l'interaction des deux producteurs en compétition (secondaire) avec leur client, relation qui est cette fois une coopération (primaire).
Mégille Posté 31 mars 2019 Signaler Posté 31 mars 2019 il y a 5 minutes, Vilfredo Pareto a dit : Corrigez-moi si je caricature, mais les néoclassiques s'appuient sur les calculs de Jevons sur l'égalisation des utilités marginales qui permet de tracer des courbes d'indifférence, qui supposent que l'on compare les utilités produites par des biens de ratio prix ou désutilité/utilité pour une même personne. Je ne connais pas les calculs en question, mais es tu sûr qu'il ne s'agit pas uniquement de ratio entre les intervalles qui séparent les utilités ? (ou que l'on puisse les interpréter ainsi)
Tramp Posté 31 mars 2019 Signaler Posté 31 mars 2019 il y a 22 minutes, Vilfredo Pareto a dit : D'ailleurs je me réponds à moi-même mais je me suis toujours un peu demandé ce qui se passe pour un produit gratuit. On divise par 0 ? S’il est vraiment gratuit alors il n’est pas rare. Sinon, il a tout de même un prix de marché. 1
Rincevent Posté 31 mars 2019 Signaler Posté 31 mars 2019 Il y a 5 heures, Mégille a dit : Ceci dit, contrairement à ce que tu dis, il me semble que par essence, dans une compétition, tout le monde ne peut pas gagner. Faux. Dans un monde (théorique) monogame où chacun cherche à se marier, les jeunes hommes sont en compétition pour les jeunes femmes ; à la fin, tout le monde finit marié (et espérons-le, père de famille), donc gagnant par rapport à la situation où il était célibataire ; et ceux, même si les plus belles / fertiles / whatever sont prises par les meilleurs compétiteurs seulement.
0100011 Posté 31 mars 2019 Signaler Posté 31 mars 2019 15 minutes ago, Rincevent said: Faux. Dans un monde (théorique) monogame où chacun cherche à se marier, les jeunes hommes sont en compétition pour les jeunes femmes ; à la fin, tout le monde finit marié (et espérons-le, père de famille), donc gagnant par rapport à la situation où il était célibataire ; et ceux, même si les plus belles / fertiles / whatever sont prises par les meilleurs compétiteurs seulement. Et après tu as des défilés pour lutter contre la fracture génétique. 1
Mégille Posté 31 mars 2019 Signaler Posté 31 mars 2019 il y a 7 minutes, Rincevent a dit : Faux. Dans un monde (théorique) monogame où chacun cherche à se marier, les jeunes hommes sont en compétition pour les jeunes femmes ; à la fin, tout le monde finit marié (et espérons-le, père de famille), donc gagnant par rapport à la situation où il était célibataire ; et ceux, même si les plus belles / fertiles / whatever sont prises par les meilleurs compétiteurs seulement. Hm... la praxéologie conjugale sans doute encore trop peu explorée. On a un très complexe mélange de coopération et de compétition, à la fois au sein et entre les sexes et les générations. L'évopsy étudie et explique des régularités empiriques, mais il y a sans doute beaucoup a dire à propos de la forme sous-jacente de tout ça. Il me semble abusif de parler de compétition sans perdant. Si Alphonse et Bertrand rivalisent pour l'amour de Clotilde, ressource limitée dont un seul peut jouir, alors, au moins l'un des deux perdra. Et quand bien même le sort du perdant signifie de se retrouver avec Daphné plutôt que seul, il n'en est pas moins perdant, car c'est le coeur de C qui était l'objet de la compétition entre A et B, pas celui de D.
Rincevent Posté 31 mars 2019 Signaler Posté 31 mars 2019 Il y a 2 heures, Mégille a dit : Hm... la praxéologie conjugale sans doute encore trop peu explorée. On a un très complexe mélange de coopération et de compétition, à la fois au sein et entre les sexes et les générations. L'évopsy étudie et explique des régularités empiriques, mais il y a sans doute beaucoup a dire à propos de la forme sous-jacente de tout ça. Il me semble abusif de parler de compétition sans perdant. Si Alphonse et Bertrand rivalisent pour l'amour de Clotilde, ressource limitée dont un seul peut jouir, alors, au moins l'un des deux perdra. Et quand bien même le sort du perdant signifie de se retrouver avec Daphné plutôt que seul, il n'en est pas moins perdant, car c'est le coeur de C qui était l'objet de la compétition entre A et B, pas celui de D. Si être avec Daphné est moins apprécié qu'être avec Clotilde, mais plus apprécié qu'être célibataire, alors celui qui finira avec Daphné restera gagnant, même si il est moins gagnant que si il avait fini avec l'autre femme. Non seulement ton raisonnement est biaisé, mais de plus il pose de manière certaine la fondation de vivre dans le ressentiment et de finir aigri (et socialiste). Tl;dr : quand tu gagnes 10 000 balles au Loto alors que le gros lot est de 10 millions, tu es gagnant.
Johnathan R. Razorback Posté 31 mars 2019 Signaler Posté 31 mars 2019 @Rincevent: toutes ces frustrations découlent de telles prémisses monogames ! Alors que le sage Platon a trouvé le moyen de créer la cité idéale grâce à la collectivisation des femmes ! (Oui, c'est le premier moment vraiment sympathique dans l'ouvrage, lorsque Aristote argumente contre le communisme platonicien. Dédicace à @Rübezahl pour sa collection): "On prend fort peu de soin de ce qui est commun à un très grand nombre: les individus en effet s'occupent principalement de ce qui leur est propre et moins de ce qui est commun, ou seulement dans la mesure où chacun est concerné. Et outre ces différents raisons, on néglige plus ce qui est commun parce qu'on a l'impression que quelqu'un d'autre d'en s'occupe, comme c'est le cas dans les travaux domestiques où les serviteurs font parfois moins bien leur travail quand ils sont en grand nombre qu'en nombre plus réduit. C'est donc mille fils qu'acquiert chaque citoyen, et ils ne sont pas à lui individuellement, mais le premier enfant venu est également le fils du premier venu, de sorte que tous les parents négligeront également tous les enfants." -Aristote, Les Politiques, Livre II, trad. Pierre Pellegrin, Paris, GF-Flammarion, 2015, 591 pages, p.158. 1
Rincevent Posté 31 mars 2019 Signaler Posté 31 mars 2019 @Johnathan R. Razorback : Donc en fait, c'est Aristote qui a formulé le premier la différence entre les stratégies r et K.
Johnathan R. Razorback Posté 31 mars 2019 Signaler Posté 31 mars 2019 il y a 4 minutes, Rincevent a dit : @Johnathan R. Razorback : Donc en fait, c'est Aristote qui a formulé le premier la différence entre les stratégies r et K. en même temps c'était un zoologue. Entre autres choses.
Mégille Posté 31 mars 2019 Signaler Posté 31 mars 2019 il y a 44 minutes, Rincevent a dit : Si être avec Daphné est moins apprécié qu'être avec Clotilde, mais plus apprécié qu'être célibataire, alors celui qui finira avec Daphné restera gagnant Bertrand gagne le jeu coopératif du mariage avec Daphné (et elle aussi, du coup, jeu coopératif oblige. Ce qui n'exclue pas que d'autres "jeux" compétitifs s'instaurent entre eux). Il gagne aussi, sans doute, un jeu compétitif contre les autres prétendants de Daphné. Mais il n'en reste pas moins qu'il a perdu contre Alphonse le jeu compétitif pour la main de Clotilde. Quand il y a compétition, il y a au moins un perdant. Après, évidemment, je te l'accorde, ça ne fait pas de la vie toute entière un gros jeu à somme nulle dans lequel les "perdants" absolu n'auraient plus rien d'autre que le ressentiment (ou le socialisme) pour se consoler. Nous sommes constamment dans un très grand nombres d'interactions, avec un très grands nombres d'autres joueurs, et à différents "niveaux" à la fois, etc. il y a 31 minutes, Johnathan R. Razorback a dit : en même temps c'était un zoologue. Entre autres choses. Non, pas autres choses. C'est un zoologue qui a fait une zoologie des humains, une zoologie des astres, et une zoologie de tout le reste !
Rincevent Posté 31 mars 2019 Signaler Posté 31 mars 2019 il y a 3 minutes, Mégille a dit : Bertrand gagne le jeu coopératif du mariage avec Daphné (et elle aussi, du coup, jeu coopératif oblige. Ce qui n'exclue pas que d'autres "jeux" compétitifs s'instaurent entre eux). Il gagne aussi, sans doute, un jeu compétitif contre les autres prétendants de Daphné. Mais il n'en reste pas moins qu'il a perdu contre Alphonse le jeu compétitif pour la main de Clotilde. Quand il y a compétition, il y a au moins un perdant. Après, évidemment, je te l'accorde, ça ne fait pas de la vie toute entière un gros jeu à somme nulle dans lequel les "perdants" absolu n'auraient plus rien d'autre que le ressentiment (ou le socialisme) pour se consoler. Nous sommes constamment dans un très grand nombres d'interactions, avec un très grands nombres d'autres joueurs, et à différents "niveaux" à la fois, etc. Et donc, celui qui a gagné 10 000 balles au Loto, il a perdu parce qu'il n'a pas gagné les 10 millions ?
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