Mégille Posté Jeudi at 14:20 Signaler Posté Jeudi at 14:20 Marrant, ça ne correspond pas du tout à mon expérience des musulmans des Balkans. Souvenirs en vrac. Un grand blond, apparemment bosniaque, m'explique une bière à la main qu'il est musulman parce qu'il se sent plutôt serein quand il est dans une mosquée, même s'il n'y va jamais. A la sortie d'une mosquée à Sofia, je vois une femme intégralement voilée sortir... puis, aussitôt dehors, enlever son gros drap noir, le jeter négligemment dans un panier à coté, se recoiffer un peu, et puis continuer son chemin en mini short et crop top. Une tatar de Roumanie surprend son groupe d'amies (dont plusieurs la connaisse depuis quelques années) en leur apprenant qu'elle est techniquement musulmane... Je me souviens aussi avoir discuté avec un petit gars dans une mosquée je ne sais plus où (Varna ou Constantsa), chapeau de prière et amulette contre le mauvais-oeil, et il était clairement du maddhab "babos néosoufi". Je ne doute pas qu'il y ait des intégristes là bas (même si eux aussi boivent sans doute de la bière). Mais je doute que dans l'ensemble ils soient plus violemment théocrates que ne le sont les serbes orthodoxes. Par contre, on pourrait parler des tchétchènes, qui eux ont été très profondément radicalisés, avec la bienveillance de Poutine, pour en faire de bons soldats-djihadistes, et les écarter de tout autre facteur d'identification pouvant les mener à la rébellion.
Domi Posté Jeudi at 18:34 Signaler Posté Jeudi at 18:34 Le 01/07/2026 à 15:49, Soda a dit : Pourquoi la Chine n'a pas inventé la révolution industrielle en 1100 Révéler le contenu masqué Ce nouvel épisode de DirtyBiology est passionnant. Leo Grasset s'y attaque à un grand classique de l'histoire économique : l'énigme de Joseph Needham et le débat de la Grande Divergence. Il y analyse comment la Chine de la dynastie Song (autour de l'an 1100), malgré une avance technologique monumentale de plusieurs siècles sur l'Europe, n'a pas déclenché la révolution industrielle. L'épisode s'articule autour de l'exemple fascinant de la ville de Zigong (Sichuan), une ancienne mer intérieure devenue le centre mondial du forage profond. Les artisans y extrayaient de la saumure et du gaz naturel à plus d'un kilomètre sous terre (le puits de Shenhai atteint 1 000 m en 1835, quand le premier puits américain plafonnait à 21 m) via des pipelines et des derricks en bambou. Ils y ont même inventé une forme de capital-risque pour financer ces forages. Pourtant, la greffe industrielle n'a pas pris. Pour expliquer ce paradoxe, la vidéo passe en revue plusieurs théories majeures : 1. La théorie des hauts salaires (Robert Allen / Mark Elvin) La Chine disposait d'une main-d'œuvre pléthorique. À quoi bon investir des fortunes dans la conception et la maintenance de machines complexes si l'on peut employer 200 ouvriers pour trois fois rien ? À l'inverse, l'Europe (et surtout l'Angleterre) a subi le choc de la Peste Noire en 1348, décimant 40 à 60 % de sa population. Les survivants ont obtenu un pouvoir de négociation inédit, créant une économie à hauts salaires. Cette rareté de la main-d'œuvre a forcé les investisseurs britanniques à financer l'automatisation. L'exemple frappant de la vidéo : Une roue à filer le chanvre automatique, activée par un moulin à eau, avait été inventée en Chine en 1300. Elle fut totalement abandonnée et oubliée au profit du retour au tissage manuel, car la machine n'était tout simplement pas rentable face au coût dérisoire des ouvriers. 2. La géographie et la contrainte énergétique (Kenneth Pomeranz) Si la Chine utilisait le charbon et le gaz naturel, ses immenses gisements (notamment dans le Shanxi) étaient situés dans le Nord-Ouest, à des milliers de kilomètres du delta du Yangzi, le cœur économique et manufacturier du pays. Transporter cette énergie était un défi logistique colossal. En Angleterre, le charbon était situé à proximité immédiate des côtes, des fleuves et des grands centres urbains, rendant son exploitation immédiatement rentable. De plus, les mines britanniques souffraient d'inondations (déclenchant l'invention de la pompe à vapeur de Newcomen puis la machine de Watt pour vider l'eau), tandis que les mines chinoises souffraient d'émanations de gaz toxiques invisibles et explosives, un défi technique bien plus complexe qu'aspirer de l'eau. 3. Le rôle des colonies (Kenneth Pomeranz) L'Europe a bénéficié d'un immense "coup de chance" économique en colonisant le Nouveau Monde. D'une part, l'afflux massif d'argent extrait des mines sud-américaines est tombé à point nommé au moment où la Chine (sous les Ming) abandonnait le papier-monnaie pour réclamer l'argent métal comme base fiscale, enrichissant considérablement les marchands européens. D'autre part, l'exploitation des terres d'Amérique (bois, coton, laine) a permis à l'Angleterre de déléguer sa production agricole de périphérie, libérant ainsi un tiers de son propre territoire et une quantité massive de main-d'œuvre pour les usines. Enfin, ces colonies ont constitué un marché de consommateurs captifs et affamés de produits manufacturés, boostant la demande de textile. 4. L'hypothèse anthropologique du "cerveau collectif" (Joseph Henrich) L'innovation dépend de la manière dont les cerveaux d'une population sont connectés. En Chine, la structure sociale reposait historiquement sur le clan élargi (Tsangu), où les savoirs, secrets de fabrication et techniques se transmettaient jalousement de père en fils ou d'oncle à neveu, compartimentant les idées. En Europe, à partir du IVe siècle, l'Église catholique a imposé des restrictions maritales strictes (interdiction des mariages entre cousins jusqu'au 6e degré, fin de la polygamie, interdiction du lévirat). En brisant les clans, l'Église a forcé la création d'une psychologie individualiste et ouverte aux inconnus (la psychologie WEIRD). Cela a favorisé l'émergence d'associations volontaires non basées sur le sang : les universités, les guildes, les corporations et les sociétés savantes (comme la Royal Society), permettant aux idées de circuler et de s'hybrider beaucoup plus vite. 5. La fragmentation politique et la République des Lettres (Joel Mokir) L'Europe est restée un continent morcelé en États faibles et en compétition constante. Si un savant ou un libre-penseur était persécuté dans un pays (comme Descartes ou Voltaire), il pouvait fuir dans un État voisin (souvent les Provinces-Unies / Pays-Bas) pour continuer ses travaux. En Chine, l'Empire était unifié sous une administration centrale. Si l'Empereur ou la caste des hauts fonctionnaires confucéens décidait qu'une technologie ou une idée n'était plus une priorité (comme la destruction de la monumentale Flotte du Trésor de l'amiral Zheng He en 1433), le programme de recherche s'arrêtait net, sans alternative possible. 6. Le modèle du "Tournoi Militaire" (Philip Hoffman) Entre 1500 et 1800, les puissances européennes ont passé environ 50 % de leur temps à se faire la guerre, y consacrant jusqu'à 80 % de leur budget. Ce conflit permanent a agi comme un tournoi darwinien hyper-compétitif, poussant à un perfectionnement frénétique des technologies militaires, et en particulier de l'artillerie et de la métallurgie du fer. La Chine, bien qu'ayant inventé la poudre, faisait face à des menaces nomades venues des steppes du Nord, contre lesquelles les canons fixes étaient peu efficaces, limitant l'incitation financière à perfectionner les armes à feu. Le décalage s'est payé cher lors des guerres de l'opium au XIXe siècle face aux canonnières en fer britanniques. En conclusion, Leo Grasset rappelle (en citant les travaux de l'économiste Victor Court) qu'il n'y a probablement pas un seul facteur magique, mais une importance relative qui change au fil du temps : les structures institutionnelles et anthropologiques ont préparé le terrain dès le Moyen-Âge, avant que des facteurs conjoncturels et géographiques (la peste, l'emplacement du charbon, l'accès aux colonies) ne fassent définitivement basculer l'Angleterre dans l'ère industrielle. 1. La base scientifique : Très solide (L'école de Californie) Léo Grasset s'appuie directement sur les thèses de l'École de Californie (portée par des historiens comme Kenneth Pomeranz et son ouvrage culte The Great Divergence, ou R. Bin Wong). Sur le plan factuel, la vidéo est juste lorsqu'elle présente la Chine des Song (vers 1100) : La réalité des faits : La Chine de cette époque avait effectivement une production de fonte massive (grâce au charbon de bois puis minéral), l'usage de la boussole, de l'imprimerie, du papier-monnaie, et des institutions marchandes très avancées. Le concept clé : L'idée que l'Europe n'avait aucune avance culturelle ou institutionnelle intrinsèque avant le $XVIII^e$ siècle est le consensus actuel en histoire globale. La vidéo évite brillamment le piège de l'ethnocentrisme (l'idée que l'Europe aurait réussi grâce à une "supériorité intellectuelle ou culturelle"). 2. Les raccourcis et approximations majeures C'est là que le format "vulgarisation" force des choix qui occultent la complexité du débat scientifique. Le coût du travail et le piège de l'équilibre de haut niveau La vidéo explique que la Chine avait trop de main-d'œuvre bon marché, ce qui rendait les machines non rentables (le théorème de l'incitation économique). C'est la thèse de Mark Elvin (High-level equilibrium trap). Le raccourci : Les données récentes de l'histoire économique (notamment les travaux de Robert Allen) montrent que la situation était très hétérogène. Si les salaires étaient bas dans les campagnes, certaines régions ultra-développées comme le delta du Yangzi avaient des niveaux de vie et des salaires comparables à ceux de l'Angleterre du $XVIII^e$ siècle. Le facteur "main-d'œuvre infinie et pas chère" est donc une vérité générale qui masque des dynamiques régionales complexes. La géographie du charbon : Un peu trop déterministe La vidéo insiste sur le fait que la Chine avait du charbon, mais situé au Nord (Shanxi), loin des centres économiques et manufacturiers du Sud (le Delta du Yangzi), contrairement à l'Angleterre où les mines étaient proches des côtes et des villes. L'approximation : C'est l'argument central de Pomeranz, mais il est jugé par d'autres historiens comme un peu trop déterministe. La Chine disposait d'un réseau de canaux de transport absolument gigantesque (comme le Grand Canal). Transporter du charbon sur de longues distances était techniquement difficile, mais pas totalement impossible si la volonté politique et économique avait été là. La contrainte n'était pas purement géographique, elle était aussi liée aux priorités de l'État impérial. 3. Le grand débat manquant : L'institutionnel et le technologique Pour faire tenir la vidéo en 30 minutes, l'auteur a dû choisir son camp (le camp matérialiste/géographique de Pomeranz) et écarter d'autres théories scientifiques majeures : La thèse institutionnelle (Acemoglu / Robinson) : Beaucoup d'économistes soutiennent que l'Angleterre a réussi parce qu'elle a développé des institutions limitant le pouvoir royal (Glorieuse Révolution de 1688), garantissant les droits de propriété et brevetant les inventions. En Chine, l'État impérial, bien que très sophistiqué, restait une bureaucratie centralisée capable de couper court à une industrie si elle menaçait l'ordre social (comme cela s'est produit après les Song). Les "Lumières industrielles" (Joel Mokyr) : Une autre école de pensée affirme que ce qui a manqué à la Chine, ce n'est pas l'ingéniosité, mais la sédimentation d'une culture scientifique connectée aux artisans. En Europe, la méthode scientifique et la diffusion des connaissances (l'Encyclopédie, les académies) ont permis de perfectionner la machine à vapeur, qui au départ était un gouffre énergétique hautement inefficace. L'interdiction des mariages entre cousins parait une explication assez convaincante.
Soda Posté Vendredi at 23:23 Signaler Posté Vendredi at 23:23 Le 09/07/2026 à 16:20, Mégille a dit : Marrant, ça ne correspond pas du tout à mon expérience des musulmans des Balkans. Souvenirs en vrac. Un grand blond, apparemment bosniaque, m'explique une bière à la main qu'il est musulman parce qu'il se sent plutôt serein quand il est dans une mosquée, même s'il n'y va jamais. A la sortie d'une mosquée à Sofia, je vois une femme intégralement voilée sortir... puis, aussitôt dehors, enlever son gros drap noir, le jeter négligemment dans un panier à coté, se recoiffer un peu, et puis continuer son chemin en mini short et crop top. Une tatar de Roumanie surprend son groupe d'amies (dont plusieurs la connaisse depuis quelques années) en leur apprenant qu'elle est techniquement musulmane... Je me souviens aussi avoir discuté avec un petit gars dans une mosquée je ne sais plus où (Varna ou Constantsa), chapeau de prière et amulette contre le mauvais-oeil, et il était clairement du maddhab "babos néosoufi". Je ne doute pas qu'il y ait des intégristes là bas (même si eux aussi boivent sans doute de la bière). Mais je doute que dans l'ensemble ils soient plus violemment théocrates que ne le sont les serbes orthodoxes. Par contre, on pourrait parler des tchétchènes, qui eux ont été très profondément radicalisés, avec la bienveillance de Poutine, pour en faire de bons soldats-djihadistes, et les écarter de tout autre facteur d'identification pouvant les mener à la rébellion. C'est pour ça que dans le résumé que j'ai mis, il y a des nuances, tout n'est pas parfait dans la vidéo.
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